HYDROPISIE CARDIAQUE
trouvant que là où Tembarras circulatoire causé par l'affection valvulaire a amené une
HYDROPISIB CARDIAaUS,
qui est un trait d'une importance suffisante dans les maladies chroniques du cœur pour mériter une attention thérapeutique spéciale. Il est très important de savoir si la médication homœopathique est capable de la combattre.
Là réponse doit dépendre, tout d'abord, de la nature de l'état. Sil est purement mécanique par obstacle au retour du sang veineux, il ne serait pas compréhensible que des moyens mécaniques pussent la soulager, et la seule voie rationnelle à suivre serait d'entraîner au dehors le liquide épanché, à travers les reins, les intestins ou (par des piqûres) la surface cutanée. Mais il est actuellement reconnu partout que cet état, excepté dans les cas rares d'affection primitive du cœur droit, n'est pas la pathogénie de l'hydropisie cardiaque. C'est le défaut de tension artérielle par l'embarras du cœur gauche qui détermine la trop grande réplétion du système veineux, et c'est ce manque de pression dans les reins qui diminue la sécrétion de ces derniers. De là Texcès d'eau dans le sang et son extravasation au sein des tissus. Il est donc évident que tout médicament qui pourra rétablir la tension défaillante du système artériel soulagera l'hydropisie, momentanément au moins, et que ce résultat peut être obtenu de deux manières, soit enfortifiantla substance du cœur lui-même, soit en stimulant les nerfs vaso-moteurs. Nous avons dans la Digitale un médicament réunissant ces deux propriétés, quoique par des moyens différents. Il fortifie le muscle cardiaque homœopathiquement, car il l'affaiblit et même le tue à l'état de santé d'où, si la faiblesse d'action cardiaque est curable, la Digitale peut empêcher l'épanchement d'une façon permanente en en frappant la cause, et n'a besoin ici d'être donnée qu'à nos doses
habituelles. Mais trop souvent ce n'est pas ce qui a lieu. Le ventricule gauche ne peut remplir les artères, non parce que sa vitalité propre est faible, mais parce qu'il est embarrassé dans son travail par les altérations qui existent dans ses valvules ; et ces altérations sont irrémédiables. Notre seule ressource dans ces cas est de stimuler les nerfs vaso-mosteùrs, qui agissent directement sur les artères aussi bien que sur le cœur lui-même. Nous pouvons encore accomplir cela avec la Digitale; mais ce doit être en mettant en jeu son action primitive, physiologique, qui, ainsi que nous l'avons vu, est d'exciter l'influx nerveux sympathique de la circulation, et d'augmenter la tension artérielle. Il faut ici de plus fortes doses, et une infusion ou une décotion de feuilles paraît être la préparation la plus efficace. L'inhalation d'un air comprimé a un effet semblable en augmentant aussi la tension artérielle ; mais on l'a trouvée posséder une influence moins durable que la Digitale.
Je ne pense pas que vous puissiez obtenir de bons résultats par aucun moyen plus homœopathique. Le D' Jousset il est vrai, tout en le préconisant aussi, paraît le considérer comme conforme à la loi des semblables, parce que la Digitale à hautes doses détermine un état « d'asystolie » très semblable à celui dont il s'agit. Mais celui-ci n'est que son effet secondaire et le signe d'un épuisement consécutif: et si lorsqu'il existe vous amenez l'état opposé par des doses suffisantes pour le produire chez le corps en santé, vous faites évidemment une pratique antipathique et non homœopathique, et vous devez reconnaître le fait. Bâhr et Jahr, écrivant à un point de vue strictement homœopathique, parlent de l'hydropisie cardiaque en termes très désespérés, opinion avec laquelle s'accorde ma propre expérience ; tandis que les recommandations du D^ Haie sont aussi éclectiques quelles sont théoriques.
La dernière affection du cœur dont j'ai à parler est 1'
ANOiNE DE POITRINE. 448
ANGINB DS POITRINé.
On ne peut douter, je pense, que cette affection ne soit toujours une névralgie des nerfs cardiaques. Qu'elle soit quelquefois associée avec des altérations organiques du cœur ou de l'aorte, ce fait, tout en aggravant notre pronostic, n'en altère pas la nature, ou n'en affecte pas le traitement; on ne doit pas nécessairement (comme le fait remarquer Eulemberg) la confondre avec les attaques de a eténocardie » qui peuvent survenir dans tout cas d'affection chronique du cœur avec embarras de sa circulation.
Le traitement de l'angine de poitrine se résume en deux points : Quel secours pouvons-nous donner pendant l'attaque ? Et que pouvons-nous faire pour en empêcher le retour ?
Dans ces deux buts, je pense que l'on doit reconnaître deux formes de l'affection, l'une dans laquelle il y a spasme, déterminant de l'oppression, tandis que dans l'autre la douleur est le seul trait de l'affection. Dans la première je recommanderai la médication antipathique palliative. L'inhalation du nitrite d'Amyle donne un soulagement tellement rapide et- certain que je redouterais de prolonger les souffrances de mon malade en essayant un autre médicament agissant dans le même sens. Lorsqu'il n'y a pas spasme, cette substance est inutile, et le traitement ordinaire n'a rien d'assez brillant à nous offrir pour nous porter à négliger [l'homœopathie ; Jahr cite un cas dans lequel l'attaque était, à chaque retour, soulagée presque immédiatement par une dose d'Arsenic 30°; et on ne saurait donner un meilleur médicament lorsque (comme dans son cas) l'anxiété est accompagnée de prostration, et qu'il y a menace de syncope. Lorsque la circulation est plus active 4'Aconit (peut-être mieux l'Aconitine) pourrait soulager.
Il y a beaucoup plus à faire dans le but de prévenir le retour des attaques. Arsenicum est ici le principal médicament, dans les deux formes de l'affection, lorsque
les symptômes de Tattaque Tindiquent. Il est préconisé aussi chaudement par Hartmann et Bâhr aux atténuations homœopathiques les plus élevées, que par Anstie aux doses substantielles de la solution de Fowler usitée dans la vieille école. S'il est besoin d'autres médicaments, vous songerez, dans la forme spasmodique, à Vacide Hydrocyanique et au Cv/prum^ au premier dans les cas récents, à l'autre dans les plus avancés, et, dans les cas purement névralgiques, à Spigelia, A l'expérience, favorable à ce médicament, des D" Bayes et Kendall (à laquelle j'ai consacré quelques lignes dans ma Pharmacodynamique), je puis ajouter celle du D' Jousset. « Spigelia, » écrit-il, « est le médicament principal de l'angine de poitrine ; il correspond à la douleur angoissante sous-sternale s'irradiant au cou et aux bras. L'irrégularité du pouls, la tendance à la syncope, les palpitations, l'aggravation par le moindre mouvement, fixent le choix sur Spigelia. J'ai l'habitude de commencer par la 3® dilution, trois ou quatre doses par jour; je descends à trois gouttes de la teinture mère, ou je monte à la 6®, la 12® et la 30 dilution, suivant la susceptibilité du sujet. Je pourrais citer de nombreux cas dans lesquels ce, médicament m'a procuré des guérisons durables ou de longues améliorations. »
Je puis ajouter Digitalis, avec lequel Bahr guérit le seul cas qu'il ait eu à traiter; Nùx vomica, que Jousset range après Spigelia, et donne de préférence aux malades goutteux et hémorrhoïdaires; et Naja, qui compléta une guérison entre les mains du D*" Bradshaw (1). Il convient aussi de rappeler les observations de J.-H. Beau sur la fréquence de l'angine de poitrine à la suite de l'abus de fumer, et l'indication dès lors de défendre l'usage du tabac aux personnes souffrantes de cette maladie, ou de le prescrire sous forme homœopathique (s'il est d'ailleurs indiqué) aux personnes qui n'y sont pas adonnées.
(1) Annals, 1.
LETTRE XXXIIL
MALADIES AFFECTANT LK SYSTÈME CIRCULATOIRE. Artères, veines, lymphatiques et glandes sanguines.
J'atteins actuellement une classe de maladies dont la plupart sont assez obscures au point de vue pathologique, mais qui sont encore moins connues quant à leur thérapeutique. Ce sont les affections des vaisseaux sanguins, des systèmes lymphatique et chylifère et des glandes vasculaires.
Comme maladies des artères^ j'étudierai Tartérite, Tanévrysme et Tathérome.
L'AHTéHITfi.
Si jamais il était possible de la diagnostiquer dans sa forme aiguë, elle pourrait être combattue par le traitement qui convient à Tendocardite, c'est-à-dire V Aconit khsisse dilution et à doses répétées. Une pareille affection doit cependant être extrêmement rare ; et nous n'avons le plus souvent affaire dans la pratique qu'à l'inflammation chronique des artères. Je parlerai de Tendartérite chronique générale au chapitre de Tathérome ; ici je ne m'occuperai que de deux formes localisées de la maladie. La première est l'aortite chronique dont nous devons une description complète àTessier et Jousset. Arsenicum (spécialement sous forme d'arséniate d'Antimoine) a été le médicament qui a donné le plui$ de résultats récemment ; ils le donnent aux triturations les plus basses. Ils trouvent dans Spigelia un aide précieux pour là douleur semblable à celle de l'angine de poitrine associée à cette
affection, et Cuprum pour les attaques de dyspnée. La seconde forme est ce processus morbide dans les artères (d'ordinaire des extrémités inférieures) qui aboutit à ce qu'on a appelé la « gangrène sénile », quoiqu'elle ne soit pas le propre de l'âge avancé seul.L'homœopathicitédUiS^ecale est évidente ici, et Jousset dit avoir obtenu un succès avec ce médicament dans la seule occasion qu'il ait eue de l'essayer. Il a donné une dilution basse.
est considéré par Bâhr comme hors de l'atteinte du traitement médicinal. Je ne vois pas, cependant, pourquoi il n'en serait pas autrement, puisqu'il est souvent le résultat d'une diminution de la vitalité des tissus artériels. De plus, les résultats heureux obtenus dans son traitement pendant ces dernières années au moyen de l'iodure de potassium parlent hautement en faveur de son amélioration possible par les médicaments. Il est fort douteux que nous puissions faire mieux pour un anévrysme déjà ancien, quoique Lycopodium ait quelques titres en sa faveur (1) et qu'Aconit intervienne très utilement (avec l'aide du repos dans la posture horizontale) pour soulager la douleur et maintenir la circulation à son rhythme normal.
Il m'est difficile de réclamer, avec nos connaissances actuelles, l'action de l'iodure de potassium pour Thomœopathie. « Son effet, » écrit le D"^ Balfour, a est de déterminer une diminution de la force du cœur et de la pression sanguine, et secondairement celle de la dimension du sac et l'épaississement de ses parois, » avec soulagement complet de la douleur et des .autres phénomènes subjectifs. « Tel est, » dit-il, « le résultat invariable de l'emploi de l'iodure de potassium à doses suffisantes et pendant un temps assez prolongé. » Il est
impossible de lire les cas cités dans le dix-septième cha-
(1) Voy. Pharmacodynamique.