‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 137 sur 189 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

Les reins.

Dans cette lettre, je commence Tétude des maladies des organes urinaires. Les affections des reem fixeront d*abord notre attention ; et parmi celles-ci, nous commencerons par étudier ces états morbides rénaux auxquels est associée Talbuminurie, et qui sont connus sous le nom de « maladie de Bright. »

Ayant de nous occuper de la thérapeutique, cependant, nous devons élucider certains points quant à ce qui regarde la pathologie et la nosologie. Je m'étais habitué pendant quelque temps à me servir de la nomenclature des affections rénales que nous avions apprise ensemble du D' Georges Johnson. Actuellement, autant que celle-ci reconnaît l'existence (outre la dégénérescence granuleuse et Tamyloïde) de deux formes distinctes de rein brightique, le grand, blanc et lisse, et le petit, dur et granuleux, chacun d'eux ayant une origine primitive et indépendante, et ayant son étiologie et son histoire clinique propres, autant, dis-je, cette nomenclature est entièrement justifiée par toutes les recherches les plus récentes. La doctrine Allemande que ces deux variétés de la maladie n'étaient que deux périodes successives d'un même processus est rarement soutenue aujourd'hui. Elle a été rejetée par l'auteur le meilleur et le plus moderne sur ce sujet de ce pay«, le D*" Bartels, dans la Cj/clopœdia, de Ziemssen. Mais le D' Johnson avait l'habitude d'appeler la première de ces deux maladies une Néphrite chronique non desquamative, » affirmant que dans celle-ci l'on ne trouve pas après la mort les cellules épithéliales détachées, et qu'elles ne se voient pas non

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plus dans Turine pendant la vie ; et qu'en fait, Taugmentation de volume de la glande consiste en une réelle hypertrophie de son appareil sécréteur.

Il considérait cette maladie comme se montrant quelquefois sous une forme aiguë, dont il donne trois exemples dans son ouvrage stir ce sujet (1). Il considérait le « rein dur et rétracté » comme le résultat d'une « néphrite desquamative chronique, » et pensait quela diminution de volume de l'organe était produite par la perte de ses cellules ^pithéliales.

Le D^ Diçkinson, d'autre part, peut être pris pour le représentant de l'opinion actuelle sur le sujet, lorsqu'il soutient (2) que le grand rein blanc de la maladie de Bright est simplement la forme chronique de la « Néphrite desquamative aiguë x>, que les deux auteurs reconnaissent comme causée par le froid et la scarlatine. Dans le rein atrophié, il considère que la lésion commence dans le moule fibreux, et que le processus entier est identique à celui qui a lieu dans la cyrrhose du foie. Il voudrait en conséquence que l'on appelât l'une, la Néphrite « tubaire » et l'autre, la Néphrite « interstitielle. » Je ne puis avoir aucune hésitation à adopter ces doctrines. La « Néphrite non desquamative » du t)^ Johnson est donc ainsi ressortie de ma nosologie dans tout ce que j'ai écrit pendant ces dix dernières années. Je puis sans difficulté reporter dans la catégorie congestion rénale ses cas aigus ainsi décrits, tandis que ses cas chroniques sont bien plusj je pense, des exemples de la maladie amyloïdcj lorsqu'il écrivait d'une manière peu compréhensible» Et encore, son attribution de la dégénérescence granuleuse à une Néphrite desquamative peut venir du fait que le rein blanc et gros (où se passe ce processus) peutj si les sujets qui le portent vivent assez longtemps, subir ce que le D»" Bartels appelle judicieusement « la rétraction secondaire. »

(1) On diseajes of the Kidney^ 1852.

(2) Dickinson, On Alhv^minuria^ 1868.

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Parmi nos auteurs homœopathes, Jousset est très clair dans la distinction spéciale qu'il fait des deux variétés chroniques de la maladie de Bright (qu'il classe toutes les deux parmi ses « Cachexies »), mais il Test un peu moins lorsqu'il range à côté de la première la néphrite aiguë résultant de la scarlatine ou du froid* Bâhr tient pour la vieille opinion Allemande, et n'a aucune idée du rein atrophié en tant qu'entité morbide. La même misconception marque la seule monographie que nous ayons sur le sujet, le « Morbus Brighti » {sic) de Buchner, que le D"^ Lilienthal a traduite pour nous. Même autrement il m'est impossible de recommander ce traité, dont les idées me semblent aussi confuses que le style; mais j'essaierai d'incorporer ici tout ce que, au point de vue thérapeutique, il peut contenir ayant quelque valeur. Plus satisfaisant qu'aucun de ces travaux, tant en pathologie qu'en thérapeutique, est le mémoire « on Bright's Diseease and its Homœopathic Treatment», lu par le D^ Kidd devant le Congrès Homœopathique Anglais de 1855, et imprimé dans le troisième volume du British Journal of Homœo' pathy. L'article du traité de Marcy and Hunt sur cette maladie est aussi d'une rare perfection.

Nous traiterons donc en premier lieu de la

terme parlequel Rayer (1) la dénommait, désignant par lui la f Néphrite tubaire » de Dickinson, et la « Néphrite parenchymenteuse » deBartels. Dans sa forme aiguë c'est l'hydropisie rénale aiguë, » ou la « Néphrite desquamative aiguë qui est le résultat d'un refroidissement, ou survient après la scarlatine, la diphthérie, le choléra et quelques autres maladies aiguës. Dans sa forme chonique, elle comprend tous les cas (excepté ceux de pure dégénérescence amyloïde ou graisseuse) dans lesquels on diagnostique ou découvre un rein hypertrophié et blanc, et

(1) Rayer, Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire, Paris, 1839-1841.

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parmi lesquels la néphrite albumineuse de la grossesse tient une place proéminente. Je vous démontrerai mieux la thérapeutique qui la concerne en étudiant les princi* paux médicaments qui ont été employés. Les drogues dont le pouvoir de développer une hyperémie aiguë et une irritation des reins est le plus évident sont la Térébenthine et les Cantharides ; on s'accorde en général à trouver leur action identique. Mais je pense qu'une étude approfondie révèle une différence considérable dans la manière dont chacune d'elles affecte ces organes. Vous vous souviendrez que dans les reins nous avons une double circulation, tendant à des buts distincts. Le sang ar* tériel passe d'abord à travers les glomérules de Malpighi, où l'eau urinaire s'en sépare ; et ensuite dans les capillaires de la portion corticale de la glande, où Tépithélium des tubes contournés en sépare l'urée et les autres éléments solides de la sécrétion. La congestion et l'irritation des glomérules de Malpighi se décèleront alors par des altérations dans la quantité de l'urine, et par la présence dans ce liquide d'éléments anormaux tels que le sang et l'albumine ; tandis que si les fonctions sécrétoires de la glande sont affectées, Tépithélium sera altéré et entraîné au dehors, et l'élimination de l'urée plus ou moins empêchée.

Maintenant, en étudiant, demsmBsPharmacodynamiquey les phénomènes rénaux de l'empoisonnement par la térébenthine, j'ai démontré (sur les données actuelles) que son influence principale s'exerce sur la circulation Malpighienne du rein; et depuis je n'ai rencontré aucune raison qui m'engageât à modifier cette manière de voir. Terehinthina est en conséquence, comme je l'ai fait voir, d'autant moins convenable que la néphrite est desquamative et capable de conduire à l'urémie, tandis qu'elle conviendra d'autant plus que la présence du sang et de l'albumine, et la diminution du liquide urinaire en seront les phénomènes principaux. Ces indications détermineraient son choix dans quelques cas donnés. Mais, parlant en général, on peut dire qu'elles Tindiquent dans la néphrite aiguë

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résultat d'un refroidissement plutôt que dans celle qui est consécutive à la scarlatine, et lui donnent la préférence dans les affections cholériques des reins, dans lesquelles la circulation paraît en défaut primitivement, et la suppression de Turine en constitue le point principal.

Elles en font aussi le médicament principal du rein Brightique lisse, la « néphrite parenchymateuse chronique, » qui reste quelquefois à la suite d*une atteinte aiguë, mais plus communément se développe primitivement sous rinfluence de suppurations étendues, de Texposition au froid et à l'humidité, au miasme paludéen et à d'autres causes analogues. Ici Turémie est rare ; et le grand mal gît dans Tissue continuelle de Talbumine de l'économie » et dans l'hydropisie qui résulte de l'excrétion insuffisante jde l'eau urinaire. Les cas que j*ai cités ou ceux que j'ai empruntés auxD" Kidd, Henderson et Yeldham sont des exemples de ce que j'avance.

Cantharis, d'autre part, tout en n'épargnant pas la circulation primitive des reins, exerce son influence principale sur celle qui appartient aux fonctions sécrétoires de la glande. Dans les expériences de Schroff avec la cantharidine, au lieu de globules sanguins, de globules de pus et de sang, on trouva dans le sédiment urinaire une quantité d'épithélium et de cylindres fibrineux; et dans un cas raconté par le D"" Dickinson (loc. cit., p. 50), l'administration de vingt-cinq minimes de teinture de Cantharides détermina de la douleur dans les reins et augmenta la desquamation, mais il n'y eut pas d'hématurie, et après la mort on trouva une injection intense des capillaires superficiels, c'est-à-dire de ceux qui appartiennent aux tubes sécréteurs. De plus, tandis que ni la Térébenthine ni la Mouche espagnole n'ont déterminé l'œdème caractéristique de la maladie de Bright, la dernière produit ses symptômes cérébraux, douleur, délire, convulsions et coma, et comme ces symptômes se montrent d'ordinaire au moins après l'ingestion du poison, ils sont très probablement secondaires à la lésion qu'il produit.

En conséquence Oantharis est le médicament le plus approprié aux cas de néphrite dans lesquels la desquamation est considérable, où Turémie est menaçante ; et, cœterts paribus, dans la plupart des cas de néphrite post scarlatineuse. J'ai mentionnélarecommandation qu'en fait ici le D' Ringer. Il a à peine reçu dans l'école Horaœopathique Tattention qu'il mérite, principalement, je pense, parce que les symptômes vésicaux de l'empoisonnement parla Cantharide sont si saillants, que l'on croit que leur absence dans la néphrite contre-indique ce médicament.

Je ne saurais voir, cependant, pourquoi il ne produirait pas ses effets spécifiques sur une portion de l'appareil urinaire parce qu'une autre portion de cet appareil demeure saine ; et je le recommande cordialement à mes confrères. Il conviendrait aussi à la néphrite de la diphthérie.

Le seul médicament qui tienne un rang égal à Terebinthina et à Cantharis dans la maladie présente est Arsenicum. Ce poison seul détermine l'œdème de la maladie deBright; et la symptomologie comme la pathologie s'accordent à démontrer que l'hydropisie arsenicale est une hydropisie rénale. J'en ai étudié les caractères dans ma leçon sur le médicament, et j'ai montré quelle réputation élevée il a dans de semblables états. Je n'ai à faire ici que quelques remarques sur la production qui eut lieu quelquefois d'une hypertrophie du cœur chez des animaux dont les reins étaient affectés par lui. J'étais quelque peu embarrassé à ce propos, ayant été conduit à faire coïncider ces lésions cardiaques exclusivement avec la dégénérescence granuleuse. Le D' Buchner suppose que les effets rénaux de l'Arsenic sont secondaires à ceux qu'il détermine dans le cœur. Mais l'état des reins produit dans dételles circonstances semble être une congestion veineuse, arrivant à une induration ; et cet état est tout a fait différent de celui qui se montre dans les expériences auxquelles je fais allusion. La vraie explication nous paraît actuellement fournie par l'observation de

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