LETTRE XXXVI
Les Reins, la Vessie et VUrèthre.
Je n'ai parlé jusqu'ici que des maladies dans lesquelles raffection rénale n*est qu'un élément, quoique important; mais je dois vous dire ce que nous pouvons faire quand le rein est affecté seul et primitivement.
COKaESTTOK RÉlfAUS.
La Congestion re'naUy récente et d'un caractère actif, est reconnue par Bartels comme une simple conséquence de l'élimination par les reins de certaines substances irritantes, comme la térébenthine et les cantharides. Je pense cependant qu'il n'est pas rare qu'elle soit Teifet du froid. Je Fai observée plusieurs fois, et j'ai toujours trouvé Terebinthina (que je donne d'habitude à la 3** dilution décimale) très efficace pour son traitement. La rencontrons-nous causée par cette drogue, ou par un vésicatoira, Camphora paraît (d'après l'expérienÉce du D' Reginald Southey) être aussi efficace que pour la strangurie (1) survenant de la môme manière.
La forme chronique et passive de la congestion rénale est presque toujours due à l'embarras de la circulation déterminé par une affection obstructive du cœur ; et sa thérapeutique appartient à celle de l'hydropisie cardiaque. La congestion rénale forme probablement le fond de la plupart des cas de
{{)Cychpœdta de Ziemssen (traduction Anglaise), XV, 196 (Note
483 MALADIES DES ORGANES URINAIRisS.
SirPPRBSSIOK DITRTNX:,
et Terebinthina occupe en conséquence la première place parmi nos moyens de guérir cet état périlleux. Le D*" Yeldham a publié un cas [guéri par la première dilu- • tien, dans lequel il n'avait pas été excrété d'urine pendant quatre jours (1). La suppression a été aussi observée dans des cas d'empoisonnement par Mercurius coruosivus, Arsenic, Cantharis et Kali bichromicum; de sorte que nous avons quelques médicaments sur lesquels nous pouvons compter dans le cas où la térébenthine nous ferait défaut. J'ai fait mention de Futilité du dernier dans Tischurie qui suit quelquefois le choléra Asiatique, et menace le malade de mort si on n'y remédie pas (2).
U Hématurie est souvent une autre manifestation de la congestion rénale, et par conséquent Terebinthina prend la première place parmi ses remèdes, même d'après Texpérience de la vieille école. Je ne puis dire si l'Arnica peut rendre des services, si l'urine sanguinolente dépend, comme cela a lieu souvent, de l'irritation mécanique causée par la gravelle ou des calculs rénaux. Jousset dit que c'est le médicament convenable dans ces cas ; mais Bâhr pense que l'on manque de preuves quant à son efficacité. Sirhématurie fait partie d'un purpura général, vous la traiterez nécessairement suivant les principes établis à propos de cette maladie.
Dans la soi-disant « hématurie intermittente » on ne trouve pas, suivant le D' Beale, de globules sanguins ; si ce sont eux qui altèrent la couleur de l'urine, ils y sont dans un état de destruction. Le D»" Samuel Jones con-
(1) Annals^ I, 386.
(2) Il y a encore une ressource précieuse dans le Solidago Virga aurea, l'«dil., cité par la Bibliothèque Homœopathique, t. III, p. 27.
(Note du traducteur.)
NÉPHRITE SUPPURATIVE. 483
seille pour cet état Tacide Picrique comme un médicament d'avenir.
KSPHRITK SUPPXJIIATIVB.
Les reins, comme le foie, peuvent être le siège non seulement d'une inflammation diffuse de nature cirrhotique ou liquéfiante, mais aussi d'inflammation circonscrite tendant à la suppuration. Cette sorte de néphrite est souvent le résultat d'une violence mécanique, ou de J'irritation causée par des calculs rénaux. Cannabis sativa est très recommandée par les anciens homœopathes (tels que Jahr et Hartmann) dans cette affection; mais je doute volontiers avec Bâhr que son action atteigne aussi loin. Comme lui aussi je pense que Mercurius corrosivus est le médicament le plus homœopathique et le plus efficace pour cette maladie. Quelques auteurs disent encore que le Nitre (Kali nitricum) détermine la néphrite suppurative à doses toxiques, et pourrait être donné après le sublimé dans les cas menaçant de devenir chroniques, dans lesquels Hepar sulfuris pourrait aussi être consulté.
PÉHINÉPHRITE.
La périnéphrite n'a pas de relation directe avec le rein, et doit se traiter par les médicaments et les autres moyens qui conviennent dans l'inflammation supppurative du tissu cellulaire.
Il en est autrement de la
PYÉXiITE,
qui demande un chapitre à part. Cette inflammation peut aussi survenir par suite de causes externes ou internes. Plus fréquemment, cependant, elle est secondaire à uno affection vésicale ou uréthrale, et manifeste souvent son existence principalement par des symptômes de souf-
france de la vessie. Sir B. Brodie, dans ses Leçons sur les maladies des organes urinaires, a fait une description de ces cas. Il croit qu'ils surviennent souvent après c Tusage immodéré de fortes doses de Copahu et de Cnbèbe, spécialement du dernier ; et que c'est ici, et non dans le simple catarrhe de la vessie, que TUva ursi et le Buehu exercent rinfluence qui a fait leur réputation dans les affections urinaires. » Il recommande aussi la teinture de Muriate de fer. Ces conseils peuvent nous rendre service. Je suis porté à penser que de tous ces médicaments Uva ursi est ici le plus efficace. S'il y a écoulement purulent du rein, vous maintiendrez nécessairement votre malade sous Tinâuence de China.
Je n'ai rien à dire, au point de vue thérapeutique, du cancer et des tubercules des reins, et de la sorte nous passerons aux voies urinaires, dont nous avons déjà approché en parlant de la pyélite.
Commençons par les affections de la vessie.
CYSTITE.
La Cystite, dans sa forme aiguë, se rencontre rarement. Lorsque nous avons à la combattre, comme dans quelque cas gonorrhéiques, Cantharis est de l'aveu général son grand remède, et on ne doit pas, je pense, la donner au-dessous de la 3e dilution. Bâhr a vu une aggravation immédiate suivre l'administration de la troisième trituration décimale. S'il y a un grand éréthisme général et de la fièvre, on peut donner Aconit, mais pas autrement. Il existe une forme subaiguë de catarrhe de la vessie, qui peut être le résultat de l'humidité locale et du froid, et qui est très sujette à devenir chronique; ici vous trouverez Dulcamara très efficace.
La cystite chronique est assez commune, quoi qu'en général secondaire au rétrécissement de Turèthre, à la pierre, aux affections prostatiques, etc., etc. Vous ne manquerez pas de leur appliquer vos remèdes spécifiques, tout en ne négligeant pas, cela va sans dire, le traite-
CYSTITE, VESSIE IRRITABLE. 485
ment approprié de Taffection primitive, non plus que de vider et de laver la vessie tout autant qu'il faut pour le soulagement de votre malade. Mais au lieu de le gorger de décoctions de Pareira, de Buchu ou de Triticum repens, étudiez les symptômes de son cas particulier, et donnez-lui de petites doses du médicament qui lui est le plus homœopathique. Celui-ci peut être Cantharis, Cannabis, Terebenthina, Copabïba, Dulcamara ou Pulsatilla, et s'il n'existe aucune indication précise pour Tun d'eux, vous pouvez les essayer tour à tour. Un médicament qui m'est encore plus familier est le Ckimophila umbellata, que j*ai souvent employé avec avantage. On doit le donner aux plus basses dilutions ou à la teinture mère.
La Vessie irritable sans inflammation, ni douleur, ni état morbide de l'urine, est souvent un symptôme de goutte ; dans ce cas Nuœ vomica la soulage beaucoup. Elle peut encore dépendre de toute autre maladie siégeant ailleurs, comme dans les reins, l'utérus et le rectum, et ici quoiqu'on doive enlever la cause si c'est possible, Nux peut faire beaucoup de bien en diminuant l'irritabilité réflexe. Si Taffection paraît due à une simple hyperémie, vous obtiendrez en général de bons résultats de l'emploi persévérant de Belladonna, Je n*ai qu'une exception à faire à cette recommandation et celleci a trait aux cas dans lesquels l'irritabilité n'est que diurne. Je vous conseille ici de remplacer Belladonna par Ferrum, Nous devons cette application de ce métal au D' Cooper. Les cas (1) qu'il a publiés sont particulièrement instructifs. Le premier est celui d'une a petite fille blonde, pâle, délicate, » qui avait souifert pendant deux semaines d'incontinence d'urine, celle-ci étant émise presque toutes les demi-heures, quelquefois plus souvent, mais seulement le jour, et cessant de l'être inva-
(1) Voy. AnnaU, V, 399.
486 MALADIBS DES OROAKBS UBINAIRES.
riablement le soir aussitôt qu'elle se mettait au lit, et le jour même, lorsqu'elle prenait la position horizontale. » Elle avait pris beaucoup de médicaments allopathiques, surtout du Fer. Après lui avoir donné pendant trois jours Podophyllum sans résultat, le D' Cooper, supçonnant le Fer d*avoir déterminé TafTection , donna Arsenîcum en qualité d'antidote, et en moins d'une semaine, il ne resta plus trace de cette désagréable affection. Le frère de la petite allé fut alors affecté, deux ou trois mois après, d'une manière précisément semblable, et comme il n'j avait chez lui aucun antécédent de médication pernicieuse, il prit Ferrum phosphoricum 1" avec un succès prompt et complet. Le cas suivant fut celui d'une femme, âgée de 65 ans, membre d'une Société de tempérance ; ses symptômes s'aggravaient lorsqu'elle prenait du thé. Le même médicament à la même dose la guérit en quelques jours ; l'affection durait depuis six mois. Le quatrième cas était après un accouchement, et l'affection vésicale était accompagnée de métrorrhagie, d'un sentiment de pesanteur en même temps que de défaillance épigastrique. Tous les symptômes disparurent en peu de jours sous l'influence du Fer. Dans ce cas, on donna encore le phosphate ; mais dans un cinquième cas, Tacétate agit également bien, et à la sixième dilution. Dans un sixième cas, celui d'un homme, on prescrivit encore avec succès le phosphate ; il lui sembla qu'un fluide le traversait dix minutes après. J'ai moi-même vériflé plusieurs fois cette expérience, »
Bâhr décrit une autre forme de vessie irritable sous le nom de cystospasme, la même que Jousset appelle « Ténesme vésical, » mais plus connue en général en Angleterre sous le nom de
STRANGURIB.
Par ce terme (dont celui de dysurie est l'équivalent pratique) j'entends la miction fréquente, difflcile et douloureuse, dans laquelle le malade ne rend chaque fois