‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 150 sur 189 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

Ovaires et menstruation.

Les affections propres au sexe féminin vont nous occuper, et, à cause de la fréquence avec laquelle elles s'offrent à nous, elles réclament de notre part une attention suivie. Pour la même raison, j'aurai de nombreux matériaux à compulser. Outre les sections consacrées à ce sujet dans nos ouvrages systématiques, nous avons plusieurs traités sur la thérapeutique gynécologique, parmi lesquels je puis citer ceux de Ludlam, Guernsey, Leadam, Matheson, Jahr, Croserio et Peters.

Les Lectures du D*" Ludlam, clinical and didactic on the Diseases of Women viennent d'atteindre leur troisième édition. Quoique «cliniques,» et par conséquent occasionnelles, elles sont assez nombreuses pour embrasser presque toute l'étendue du sujet. Elles sont le résultat d'une observation complète et pratique, et sont écrites dans un langage qui les rend des plus agréables à lire.

Le livre Ohstetrics (1) du D*" Guernsey (qui en est aussi fi sa troisième édition) offre un type différent. Il présente le choix des médicaments sur la base d'une symptomatologio minutieuse et de « Key-notes w (caractéristiques) desquelles cet auteur est un des principaux propagateurs, et peut, sous ce rapport, être consulté constamment.

Le D^ Leadam a publié, il y a environ vingt ans, un volume intitulé The Diseases of Wonien, homœopathically

(1) The application of the jjvinciples of Homœopathy ta Ohstetrics and the dtsorders peculiar to Women and young Children, traduit en français par le D^Chauvet. Paris, 1880.

Hughes. — Thérap. homœop. 29

ireatedj et une seconde édition récente y incorpore les résultats de son expérience depuis cette époque. Le D** Matheson nous a donné quelques matériaux pratiques précieux dans ses quatre leçons On some of the Diseases of Wornefiy faites en 1876, au London Homœopaihic HôspitaL Le livre de Jahr (1) et celui de Croserio, Manicel d'obstétrique homœopathique , représentent une homœopathie plus vieille et plus limitée, tandis que le D' Peters a fondé plusieurs de ses utiles traités sur la « Collection of recorded expérience» deRuckert. J'aurai aussi à vous renvoyer à plusieurs auteurs fournissant à nos journaux et sur une large échelle des matériaux de thérapeutique utérine, et parmi eux je puis citer mon laborieux ami, le D' Edward Blake.

Je commence par les affections des ovaires. A une époque on savait 1res peu de chose de l'action des médicaments sur ces organes, et nous étions forcés de nous reporter sur leur homologie avec les testicules pour nous assurer des médicaments convenant à leurs états morbides correspondants. L'expérience a confirmé, il est vrai, la justesse de cette manière de faire ; mais nous possédons actuellement, dans la large collection d'effets tirés de. V%ASUS in morbiSj et dans plusieurs pathogénésies instituées sur des femmes, un certain nombre de remèdes ovariens bien définis, et nous pouvons les employer avec précision.

Je parlerai en premier lieu de l'inflammation de l'ovaire,

OVARITE.

Il existe une grande différence d'opinion parmi les pathologistes sur la fréquence de l'inflammation réelle des ovaires, et sur ce point de savoir si elle se montre jamais, si ce n'est comme affection secondaire à une maladie utérine. Mon propre jugement concorde avec celui du D' Lud-

(1) Jahr, Vu traitement homœopathiç[ue des malildies des femmes. I>aris, 1856, 1 vol. in-18 jésus.

OVARITB. 507

lam (qui a eonsacré deux excellentes leçons à ce sujet) en faveur à la fois de la fréquence et de la primauté de Tovarite, au moins sous une forme subaiguë. Une suppression subite du flux menstruel, comme après un refroidissement ou un coït; des rapports sexuels désordonnés ou des désirs sexuels non satisfaits ; des violences mécaniques ou rirritation produite par des emménagogues, telles sont quelques-unes de ses causes les plus communes, et elles font voir la forme de Taffection que je désire vous voir présente à Tesprit comme objet de traitement.

En traitant une inflammation ovarique récente, aiguë ou subaiguëy l'indication la plus importante pour le choix de nos médicaments est la présence ou Tabsence de Taffection simultanée du péritoine qui revêt ces organes. Cette particularité existe-t-elle, ce qu'indique le caractère des douleurs, vous ferez bien d'y avoir égard tout d'abord. Tous nos médicaments pour la péritonite conviennent ici, et ont été trouvés utiles, comme Belladonna par Bâhr et Ludlam, Colocynihis par ce dernier, Bryonia par Jahr et Leadam, Mercuritis corrosivus par moi-même. Les indications générales de ces médicaments en règlent l'emploi ici, et je n'ai pas besoin de les répéter.Lorsque, par l'un ou l'autre d'entre eux, vous avez éliminé l'élément péritonitique du cas, ou lorsque celui-ci est absent tout d'abord, Pulsatilla et Ilamamelis sont nos médicaments, comme pour l'orchite. Ici encore le premier convient aux cas subaigus, le dernier aux formes plus intenses de la maladie, et tous deux peuvent être aidés par Aeonii si cela est nécessaire. Apis a été préconisé dans l'ovarite parenchjmateuse : on dit que l'indication spéciale de ce médicament est « la douleur piquante. » Le D' Ouernsey place aussi Cantharis au premier rang des médicaments pour cet état.

Au moyen de ces médicaments, avec un traitement général convenable, vous réussirez d'ordinaire à empêcher l*inflammation de devenir chronique. La trouveriez- vous, cependant, à cet état, vous pouvez en entreprendre le traitement avec bonne chance de succès. La première

508 MALADIES BBS ORGANBS SBXUELS DB LA FBMMB.

question que tous devez résoudre est de savoir si vous avez à combattre une induration ou un abcès. Dans le premier cas, Conti^m, Platina (1) et Graphites (2) sont très réputés. La stérilité chez les femmes mariées, les règles retardant et pauvres, sont les indications de ces médicaments. Le D' Guernsey ajoute Thuya lorsque l'ovaire gauche est affecté et qu*il y a beaucoup de douleur, avec une grande aggravation à la période cataméniale. Palladium est un autre médicament qui, bien que peu connu encore, parait avoir une véritable action sur l'ovaire, et ne doit pas être perdu de vue. Dans les abcès de l'ovaire, XacAe^w, d'abord recommandé par leD*" Hering, a trouvé plusieurs enthousiastes; mais vous ne devez pas négliger nos remèdes accrédités de la suppuration sur divers points du corps, comme Mercurius lorsqu'elle menace de survenir, Hepar sulfuris et Silicea pour la modérer lorsqu'elle est établie, et China et Phosphori acidum pour combattre l'épuisement de l'économie.

lŒVRALans ovARiaiTE:.

Seuls, parmi les auteurs, Ludlam et Guernsey consacrent une section à cette affection. Il est vrai qu'une forte proportion des cas ainsi appelés dépend d'un état subinflammatoire chronique de la surface de l'organe et du péritoine adjacent (folliculite et pelvipéritonite ovarique). Lorsqu'il en est ainsi (comme peut le faire penser la présence, en plus des accès passagers, d'une sensibilité et d'un gonflement permanents (et peut-être d'une douleur continue}, on doit choisir des médicaments convenant à la fois à l'élément inflammatoire et peut • être aussi à l'élément névralgique du cas. Tels sont Hamamelis et ColocynthiSy le premier approprié aux cas où l'ovaire elle-même, le second à ceux où son enveloppe péritonéale est la partie affectée. En tous cas, tous les deux attei-

(1) Voy. BriU Journ, offfom.j XXV,. 157.

(2) J6Jd.,XXXI, 183.

HYDROPISIE OVARIQUB. 509

gnent la névralgie de la partie. Mais il peut exister inoontestablemént une pure névalgie de l'ovaire, correspondant au testicule irritable et névralgique. Lorsque vous aurez recherché et enlevé les sources excentriques d'irritation qui peuvent être la base d'une telle affection, vous en chercherez les remèdes parmi les nervins. Le D»* Ludlam parle avec éloges de V Atropine (3® tritur.) pendant Tattaque, et de Zincwn sous forme de Valerianate (3® trit. déc.) dans les intervalles. Il cite aussi Naja comme s'étant montré utile ; il est devenu mon médicament favori pour les douleurs ovariques obscures, non franchement inflammatoires. Le D^ Guernsey recommande la Staphysagria lorsque l'affection a une origine mentale,

HYDROPISIB OVARiatTS.

En pensant à la curabilité possible de cette affection, il faut se rappeler qu'elle correspond non pas à l'hydrocèle, mais à l'affection kystique du testicule. Comme le seul soulagement pour cette dernière gît dans la castration, il semblerait aussi que l'ovariotomie serait tout à fait en situation pour elle. Le D' Ludlam pense que cela est vrai quant à ce qui concerne les tumeurs multiloculaires ; mais il pense, d'après son expérience, que les médicaments homœopathiques ont une puissance considérable sur celles dont le caractère est d'être uniloculaîres. Il en a vu beaucoup de la sorte « que l'on n'a pas touchées, soit parce que les malades ont été trouvées trop délicates ou trop faibles, ou entachées d'une teinte de consomption ou de cancer, subir un traitement persévérant et prolongé, et diminuer à la fin, et les malades recouvrer leurs forces. » Il en cite plusieurs exemples. Le D' Guernsey étend ce pronostic favorable à toutes les espèces de tumeurs ovariques. «La profession en est venue à réaliser ce fait, » dit-il, « que toutes ces tumeurs ont une origine dynamique, et que l'usage persévérant d'un médicament homœopathique au cas particulier en question agira avec une telle certitude contre l'état maladif que la tum**'

510 BCALADnSS DES ORaAMSS SBXUBLS D£ LA FEMME.

disparattra. » Dans le ffahnemannian MofUhly dô décembre 1877, il a rassemblé une quantité de cas dân» lesquels ce résultat paraît avoir suItI le traitement ho-** mœopathique.

Il n*était que juste de placer sous vos yeux ces asser- UoiiB encourageantes, quoique j*ayoue qu^elles dépassent mapro]^ «Z|iérience et mon attente.. Cependant, comme rien ne presse dans lliydropiaie oTariqne, il n*est ptm maurais que quelque chose nous engage à essayer les effets d'un traitement avant d*avoir recours à Topération.

Les médicaments que le D^ Guemsey conseille de consulter sont Apis, Arnica, Arsenicum, Belladonna, China, Conium, Graphites, lodium, Lachesis, Lycopodium et Zincum. Parmi eux, Apis et lodium paraissent avoir le plus de preuves en leur faveur. Plusieurs cas démontrant Taction du premier nous sont venus d'Amérique ; et un collègue Allemand en a publié un dans lequel une guéri«> son complète suivit Tusage des eaux lodiées de Hall. Le D' Jousset conseille de permettre à Tlode d*agir plus directement en injectant de « TEau iodée » dans l'intérieur du kyste. Un autre médicament plein d'espérances est le Kali bromatum^ auquel on peut attribuer au moins trois guérisons apparentes (1).

Si l'on se décide pour Tovariotomiei nos médicaments pour la péritonite et les vomissements peuvent beaucoup pour augmenter les chances du medade d'échapper aux suites de l'opération.

Je vais maintenant entreprendre l'étude des désordres de la mevifStruation ^ qui occupe le terrain commun aux maladies de l'ovaire et à celles de l'utérus, et je parlerai en premier de la ménorrhagie*

MâNORRHAGIB.

Jo pense que la meilleure division des cas dans lesquels se montre cette affection est celle du D' Guerns^y, qui

(1) Voy. Action des médioaments ou Eléments de Phannacodynamiqt^, art. KA.LI bromatum.

MÉNORRHAOIB. 511

classiûe la ménorrhagie comme étant organique, sympathique ou fonctionnelle.

La ménorrhagie organique est celle dans laquelle existe quelque affection locale derutérus, de laquelle Thémorrhagie, en général intermenstruelle aussi bien que menstruelle, n'est qu^un symptôme. La ménorrhagie sympathique est celle qui se montre dans la maladie de Bright et dans la tuberculose, chez les habitants des contrées marécageuses et chez les sujets intoxiqués par le plomb. Le traitement persévérant de ces cas doit nécessairement être celui de la maladie primitive. Mais vous ne devez pas, cependant, supposer que vous ne pourriez diminuer Tabondance du flux menstruel pendant l'époque. Ce que le D' Kidd nous a dit peut être accompli à Taide de Sabina, Secale et Ferrum dans la ménorrhagie des tu* meurs fibreuses (1). Le D'Jousset, en parlant de résultats similaires obtenus du Ledum et de Platina dans des formes plus atténuées de Taffection, est dans le vrai encore pour d'autres exemples des formes organique et sympathique de raffection«

Lorsque je parlerai des médicaments pour la. ménorrhagie fonctionnelle seule, vous comprendrez donc qu# les indications que j*en donnerai sont celles qui influenceront aussi votre choix dans les cas où Talfection est secondaire.

Les médicaments pour la ménorrhagie sont, au premier rang. Crocus, Sabina et Ipecacaanha; au deuxième, Arsenicum, Belladonna, Calcarea, Chamomilla, China, Hamamelis, Nux-Yomioa, Platina et Secale.

Crocus est précieux dans la ménorrhagie fonctionnellei lorsque Técoulement est noirâtre, ou par caillotSi ou tenace comme de la poix. 11 n*est pas de médicament que j*aie donné plus souvent, ou avec de meilleurs effets, que celui-ci, lorsque Taffection s'est montrée cbe» des femmes un peu jeunes. Je Tai en générid administré pendant Tépoque, et China dans llntervalle. L'aspect foncé et

(1) Voy. BriU Jaumé of B^m.% XX, 5S*

caillé de l'écoulement a été mon indication pour le choisir. Je n*ai jamais rencontré la « sensation comme s'il y avait quelque chose de vivant dans Tabdomen » que l'on dit être si caractéristique de ce médicament.

Sahina convient lorsque le sang est rouge brillant, caractère avec lequel correspondent en général des symptômes indiquant Thyperémie se rapprochant de Tinflammation de l'utérus. Je trouve cette condition dans la Ménorrhagie moins fréquemment que celle qui indique Crocus ou Ipecaouanha; mais, lorsqu'elle se montre, Sabina est très efficace pour y remédier. Le D' Matheson, (qui a fait une excellente leçon sur la Ménorrhagie) Testime comme « un médicament qui guérira un plus grand nombre de cas de ménorrhagie et de métrorrhagie simple et non compliquée que tout autre médicament parmi ceux de la matière médicale homœopathique entière. » S'il comprend dans cette règle la métrorrhagie, je suis d'accord avec lui. On devrait l'administrer pendant et entre les époques.

Ipecactmnha peut être donné dans les cas où ni Crocus ni Sabina, ni aucun des médicaments plus spécialement définis dont je vais parler, n'est indiqué. Il convient mieux pendant l'époque elle-même.

Les autres médicaments antiménorrhagiques sont indiqués dans les circonstances suivantes :

Arsenicum, à doses massives, s'est montré curatif dans quelques cas rebelles, peut-être dans Tendométrite chronique (1).

Belladonna peut être donnée lorsque les symptômes menstruels et utérins sont ceux de Sabina, mais qu'en même temps l'état cérébral et général est celui qui correspond à ce polychreste, qui est encore indiqué par le ténesme utérin qui en est caratéristique.

Calcarea convient, dans les intervalles, dans les cas

où la ménorrhagie n'est qu'un élément d'une mauvaise

nutrition générale. La malade doit être dans les conditions

(1) Voy. Hahnemann. Traité de matière médicale homœopa- * '^iie, trad. par Léon Simon. Paris, 1877, t. I, p. 383, art* Arsenic

BfÊNORRHAOIE. 513

qui indiquent ce médicament, quoiqu'il ne soit pas nécessaire de trouver chez elle ces pieds froids et humides sur lesquels ont tant insisté les D" Guernesej et Skinner. Selon Hahnemann, l'époque devrait avancer, aussi bien que Técoulement être en excès, si Calcarea est bien le médicament.

Chamomilla a un effet non douteux sur Thémorrhagie venant de l'utérus ; et on peut la donner dans la ménorrhagie lorsque celle-ci est la suite d'émotions pertubatrices, et lorsque la sensibilité, locale et générale, est anormalement exaltée. Un écoulement noir et en caillots, avec douleur dans le dos, l'indique, et aussi une extrême irritabilité du caractère à chaque époque.

China est nécessairement le meilleur médicament pour soulager la débilité qui suit la ménorrhagie. Mais il est homœopathique aussi à l'affection elle-même, et détermine un écoulement analogue à celui de Crocus ; il* est en conséquence utile spécialement pour renforcer ce médicament dans l'intervalle des règles. Il aide, déplus, à rétablir la périodicité dans les cas où elles viennent irrégulièrement.

Nuœ vomica est une adjonction utile aux médicaments hygiéniques, à laquelle nous devons avoir recours principalement lorsque la ménorrhagie survient comme conséquence d'un régime trop stimulant, avec habitudes sédentftires, chez des sujets relativement pléthoriques.

Platina a été longtemps un médicament favori pour cette affection. U paraît mieux convenir aux cas dus au développement prématuré et excessif des instincts sexuels, et à ceux qui chez les femmes âgées sont associés à la mélancolie. Les règles avancent et durent trop longtemps, et en même temps sont trop abondantes.

Secale paraît, au premier abord, n'être utile que comme palliatif antipathique capable de fournir une aide temporaire dans les cas extrêmes. Mais l'évidence du dosage prouve qu'il y a une vraie relation homœopathique à Thémorrhagie utérine, car il est) souvent curatif aux

514 MALADIES DBS OROANBS SIXUBLS DE LA FBMBfE.

dilutions telles que la 6^ et au-dessus (Teste). Même soiui cette forme il paraît mieux conyenir aux états d'atonie de Tutérus, comme chez les femmes qui ont longtemps résidé dans les climats tropicaux: Le D"^ Guernsey ajoute que les sigets auxquels il convient sont maigres et cachectiques.

Les médicaments cités plus haut sont ceux que mes propres connaissances et mon expérience signalent comme utiles dans la ménorrhagie. Plusieurs autres, cependant, sont indiqués par nos divers auteurs, et je dois vous parler de quelques-uns d'entre eux, quoique je ne puisse faire mieux que de vous renvoyer à la liste des quatre-vingt-quatre caractérisés par le D' Guernsej* Bâhr mentionne Phosphorus dans les cas où les règles retardent mais sont abondantes, et déterminent beaucoup de débilité et des douleurs de dos, et encore lorsque la ménorrhagie survient chez les femmes nourrices. (Ici le Dr Guernesej préconise Calcarea et Silicea). Il pense que la ménorrhagie dépend souvent d'une stase sanguine par suite d'une affection du cœur, et qu'ici Digitalis est indiqué. Jousset estime que la ménorrhagie a fréquem» ment la même signification que les hémorrhoïdes fluentes, et dans ces cas donne Nux vomica ou Ignatia, le dernier si en mâme temps les règles ava&oent. Le D' Leadam donne des indications complètes et précieuses sur vingt médicaments, dont font partie la plupart de ceux dont il vient d'être question: On peut très avantageusement consulter sa liste dans les cas difficiles. Il a obtenu de bons effets du traitement constitutionnel recommandé par le D' Patzack, consistant en Calcarea, Sulfur, China et Nux vomica donnés successivement dans les intervalles.

Les recommandations du D^ Matheson sont en grande partie les mêmes que les miennes ; et il en est de métne aussi de celles du D** Carfrac dans une leçon clinique sur la' ménorrhagie parue dans le huitième volume des Atmah, excepté qu'il fait beaucoup usage de doses de cinq gouttes de teinture mère de Secale qu'il ne me

AMSNO&BHéB. 515

parait conséquent avec le traitement homœopathique pur.

C'est là tout ce que j*ai à dire sur la ménorrhagie proprement dite ; pour les autres médicaments de Thémorrhagie utérine indépendante de la menstruation, nous ayons encore à les étudier, ce que nous ferons à propos de la métrorrhagie.Pour le moment J'ai à appeler votre attention sur Tétat opposé, connu sous le nom d'

Je comprends sous ce titre tous les défauts marqués du flux cataménial, soit en qualité soit en quantité, jusqu'à son absence complète. Je ne yeux pas parler en ce moment de la forme de cette affection que nous rencontrons chez les personnes qui entrent dans l'âge de puberté, devant parler de leurs troubles au chapitre de « l'âge critique.» Pour l'instant, j'ai en vue les sujets chez lesquels les règles se suppriment tout à coup, ou diminuent graduellement jusqu'à ce qu'elles disparaissent.

L'époque qu'un refroidissement ou une émotion a supprimée subitement peut souvent être rétablie çà et là par l'administration faite à temps de VAconity qui peut quelquefois être aidé par Belladonna ou Glonoïn si la tête est très congestionnée. Si cependant vous êtes appelé trop tard, et que l'époque suivante vienne à manquer, il faut un médicament à action plus directe ; et celui-là nous est fourni par rhomœopathie, dans la grande majorité des cas, sous la forme de PulseUilla, Un traitement par ce médicament, continué pendant un ou deux intervaHes, manque rarement de remettre les choses en ordre. Il a agi avec succès dans différents cas aussi bien à la 12^ atténuation qu'en doses de cinq gouttes de la teinture mère. Helleborus, Cyclamen et Senecio sont des médicaments alternants de la même espèce, et pourraient nous venir en aide dans le cas où Pulsaltilla échouerait. S'il s'est déclaré de la chlorose comme conséquence de la suppression menstruelle, elle peut céder à ces derniers;

516 HALADIBS DBS OROAKBS SBXUBLS DB LA FBMMB.

mais si elle est considérable, vous pouvez aider maté»iellement le rétablissement de la santé par un traitement ferrugineux. Le cas que j'ai cité lorsque j'ai traité de l'anémie est un exemple de Tavantage de cette méthode. Les cas dans lesquels les règles sont simplement suspendues, c'est-à-dire manquent de se montrer à l'époque attendue, sont dus en généi'al à un changement de climat ou de genre de vie et sont rarement causes d'un dérangement quelconque dans la santé; ils ne nécessitent aucun traitement. Maisla variété la plus importante d'aménorrhée est celle dans laquelle l'écoulement, après avoir diminué en quantité pendant deux, trois périodes ou plus, ou après que l'intervalle des époques a été de plus en plus long, a cessé finalement. Ce fait dépend en général de causes constitutionnelles, et la suppression menstruelle n'est qu'un symptôme du désordre survenu dans la santé générale. Il est rare que la pléthore soit ici en jeu. Lorsqu'il en est ainsi Belladonna doit être donnée pendant les intervalles, et Aconit aux époques ; en même temps on fait observer des règles hygiéniques appropriées. Beaucoup plus communément, l'état général est celui de la mauvaise nutrition et de la débilité. Si celuici est simplement chlorotique, je vous renverrai aux remarques que je vais faire bientôt sur le traitement de cette maladie ; si l'état (et le D' Ludlam fait remarquer que c'est fréquemment le cas) est celui de la période initiale de la cachexie tuberculeuse, Calcarea^ comme il le recommande est un remède important. Lorsqu'il n'existe aucune maladie aussi définie, vous devez traiter la malade suivant les symptômes qu'elle présente avec des médicaments comme Graphites, Sepia, Sulfur, Natrum muriaticum, Plumbum et Conium. Graphites vient après Pulsatilla pour la fréquence de son utilité dans la menstruation défectueuse. La constipation et la tendance aux éruptions cutanées eczémateuses en sont les indications spéciales, et il est peut-être meilleur lorsque les règles sont en retard, pauvres, et douloureuses eue quand elles sont tout à fait absentes, Sepia est plus

MENSTRUATION DÉVIBB. — DYSMÉNORRHÉE. 517

utile lorsqu'il y a beaucoup de leucorrhée, et que la discrasie générale est considérable. Le rectum aussi peut dénoter des signes de Texistence de congestion portale ou pelvienne. Sulfur est précieux chez les constitutions scrofuleuses ou malsaines de toute autre façon, avec tendance à des éruptions cutanées papuleuses et à des congestions ou bouffées de chaleur passagères. Natrum muriaticum^ de même que Graphites et Sepia, compte la constipation parmi ses indications ; et avec le dernier, est plus utile dans les cas chroniques accompagnés d'une nutrition très altérée, ce que démontre spécialement Taspect de la peau, qui est sèche, rude et de mauvaise couleur. On doit en dire autant de Plumbum qui fut préconisé comme médicament de la chlorose par le D' Winter, de Luxembourg. Vous trouverez son mémoire traduit avec quelques remarques additionnelles du D^ Drysdale, dans le premier volume du British Journal of Homœopathy, Conium est homœopathique aux cas où l'aménorrhée fait partie d'une dépression générale de l'activité sexuelle; dans ces cas, les sels de Baryte pourraient aussi être utiles.

C'est plutôt un ennui qu'une maladie à conséquences. LeD^Leadam recommande Perrum, et le D' Dunham Bryonia, comme étant d'ordinaire les médicaments les plus convenables pour rétablir le molimen menstruel à sa place propre ; Hamamelis a aussi à l'occasion rempli ce but.

J'ai à parler en dernier lieu de la menstruation douloureuse.

En entreprenant le traitement d'un cas de cette nature, vous commencerez nécessairement par éliminer la variété purement mécanique de la «dysménorrhée obstructive. » Qu'elle vienne d'un rétrécissement congénital du col, ou d'une flexion subséquente de l'utérus, elle ne paraît né-

518 BCALADIB8 DBS OROANBS SBXUBLS BB LA FBICMB.

cessiter en aucun de ces cas de traitement mécanique, quoique le dernier (comme nous le verrons) soit quelque peu sous l'influence de la médecine.

La dysménorrhée fonctionnelle implique que les ovaires et l'utérus (principalement le dernier) ne peuvent aocomplir leur tâche périodique sans douleur. Ceci peut nécessairement résulter de leur état d'inflammation chronique, et dans ce cas la douleur spéciale de l'époque ne nécessite rien. Mais môme lorsqu'elles sont saines d'ail* leurs, les femmes peuvent souffrir à tort pendant le flux menstruel. Soit leur hyperémie naturelle, soit leurs nerfs anormalement sensitifs dépassent la limite de la santé ; ou bien les fibres musculaires de l'utérus sont sigettea au spasme, ou raidies par le rhumatisme. Les médicaments principaux de la dysménorrhée trouveront leur place dans l'une ou l'autre de ces formes*

La dysménorrhée obstructive^ c'est-àrdire celle dans laquelle la douleur est ressentie principalement, sinon entièrement, avant que l'écoulement ne soit entièrement établi, est (lorsqu'elle n'est pas mécanique) due au rétrécissement du canal cervical par la congestion ou le spasme. Si c'est par une congestion limitée à l'utérus lui-même, les médicaments que je désignerai comme convenant à cet état, en particulier Sabina ou Sépia, doivent se donner pendant l'intervalle, et Aconit ou PuUatille aux époques elles-mêmes, le premier lorsque l'écoulement est rouge vif, et que la patiente est de constitution sanguine, le second lorsqu'elle est lymphatique, et que le sang est foncé et en caillots. Si la congestion est plus générale, comme cela est démontré par la constipation, les hémorrhoïdes, les troubles hépatiques et ainsi de suite, Collinsonia est un bon médicament, aussi bien aux époques que dans leur intervalle.

Pour la forme spasmodique je trouve Geîseminum (pas plus haut qu'à la première dilution décimale) un très excellent médicament ; on fera mieux de le donner, suivant la recommandation du D' Ludlam, dans de l'eau chaude^

une cuillerée à café même d'un liquide froid étant ca-

DT8HÉN0RRUBE. 519

pable de déterminer les douleurs propres à l'affection ; et Caulophyllum est le meilleur médicament à donner durant les intervalles. Son action sur Tutérus est analogue à celle de Secale. Mais avec cette différence (si importante ici) qu'il influence le col aussi bien que le fond de Torgane. Le Viburnum opulus a été très employé dernièrement dans cette forme de dysménorrhée, aux époques et d*une manière prophylactique ; son modt^ operandi est incertain ; mais les dilutions basses paraissent nécessaires.

Il existe une autre forme de dysménorrhée obstructive qui ne Test que d'une manière secondaire, la faute primitive étant dans la membrane muqueuse utérine. Je veux parler de l'affection appelée « dysménorrhée membraneusoi » dans laquelle la caduque menstruelle est forte et épaisse d'une telle façon anormale qu'elle détermine de violentes douleurs pour être expulsée.

Cette affection est quelquefois le résultat d'une inflammation ou d'une congestion chronique, comme dans un cas relaté parle D" Matheson, et guéri par lui à l'aide de Belladonna et Mercurius (1).

Plus souvent, je pense, une irritation ovarique est au fond la cause de l'exfoliation morbide de la membrane muqueuse intra-utérine ; et ici nous devons chercher des médicaments à action plus profonde. Celui qui promet le plus est Borax^ auquel des guérisons ont été attribuées par le D' James-Henry Bennet (2), et par le D' E. M. Haie (3). On a employé des doses massives; mais ce médicament possède incontestablement une relation

(1) Voy. AnnaU, VIII, 252.

(2) Bennet, Traité pratique de V inflammation de Vutérus^ de Bon colj de ses anneâ? e«, trad par M. Peter. Paris, 1864, 1 vol. in-8. — Chorchiil (Fleetwood), Traité pratiquée des maladies des femmes^ hors Vétat de grossesse, pendant la grossesse et après V accouche'^ ment, d« é lition. Paris, 1880, 1 vol. in-S. — Oallard, Leçor^s dUniqt^s sur les maladies des femmes, 2« édition. Paris, 1879, 1 vol. jn»8. — Simpson, Clinique obstétricale et gynécologique, trad. par G. Chantreull, Paris, 1874, 1 vol. tn-S.

(3) Voy. -BHe. /of*r^. of Hom., XXIX, 746.

spécifique aux états morbides et douloureux de Tutérus. Le D' Ludlam a des raisons de penser, d'après les observations qu*il a faites, que Ton peut souvent rapporter cette affection à la répercussion d'éruptions cutanées; et ici il trouve Sulfur utile.

La dysménorrhée non obstructive, dans laquelle la douleur continue pendant Técoulement, signifie qu'il existe une sensibilité anormale des nerfs de l'ovaire ou de Tutérus, ou des deux. C*est probablement dans la dysménorrhée ovarique que les vertus de VlfamameUs, qui est estimée par beaucoup de médecins dans cette affection, trouvent leur carrière. Lorsque c'est plutôt l'utérus qui souifre de douleur névralgique dans Taccomplissement de sa fonction mensuelle, on recommande Chamomilla et Coffea; et ces agents (le premier spécialement lorsque le caractère est très influencé par les souffrances) donnent toute satisfaction.

Dans le casoù ils ne réussiraient pas, ou bien dans lesquels n'existerait pas l'hyperesthésie générale qui les indique l'un ou l'autre, je puis vous recommander le Xanthoœyium fraxineum^ un des médicaments d'Amérique introduits récemment. J'ai l'habitude de donner ce médicament dans la plupart des cas où la dysménorrhée coïncide avec un certain degré de raénorrhagie ; et je pourrais citer plusieurs cures accomplies par lui. Si la caractéristique qu'en donne le D' Massy « prolongation de la douleur le long du nerf crural » est exacte, il correspondrait aussi à la dysménorrhée ovarique.

Il y a certains cas de cette affection dans lesquels l'utérus paraît «rhumatisé, » comme il pourrait bien l'être tout comme d'autres muscles. Depuis l'époque de Dewees le Guaiacum a été le médicament favori de cet état dans la vieille école ; dans la nôtre, -4c^œa racemosa le remplace.

J'ai peu de renseignements à puiser dans les auteurs. Guernsey et Leadam donnent comme c'est leur habitude une longue liste de médicaments pouvant être utilisés. Le D^ Jousset cite Magnesia carbonica comme ayant

DYSMÉNORRHÉE. 521

souvent réussi entre ses mains dans les cas de retard de l'époque, et spécialement dans ceux où l'écoulement s'arrête pendant les douleurs.

J'avais eu l'intention de traiter ici de la chlorose, comme étant une affection presque, sinon toujours associée avec des désordres de la menstruation. Mais cette lettre a déjà été suffisamment longue ; et peut-être après tout, la chlorose appartient-elle plus à proprement parler à la classe des maladies affectant l'évolution sexuelle, parmi lesquelles nous l'étudierons.

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