LETTRE XLI
Grossesse et Accouchement.
J'ai à étudier maintenant les maladies (que j'ai omises à dessein jusqu'ici) auxquelles la femme est sujette en accomplissant sa grande fonction de la maternité. Leur traitement est tracé très à fond dans les traités deLeadam et Peters, et je ferai largement usage de leurs recommandations. Je ferai aussi des emprunts à un excellent petit manuel du D' Pope, intitulé A Médical Handbook for mothers.
Deux faits dominent la situation de toute femme enceinte: son sang est hjperfibriné, et son système nerveux est hyperesthésié.
Le premier fait partie de Tétat subfébrile que Ton trouve chez elle quelquefois dans les premiers mois, mais plus fréquemment dans les derniers mois de la grossesse. Il est tout à fait sous le contrôle de V Aconit, L'excès de fibrine est une altération physiologique et non pathologique, et elle a dépassé les. limites de la santé lorsqu'elle vient à déterminer de la fièvre.
L'hyperesthésie elle-même n'est pas nécessairement morbide. Elle n'a pas beaucoup à faire cependant pour amener de l'irritabilité de caractère, de l'insommie et d'autres troubles mentaux. Elle est probablement aussi la cause de la promptitude avec laquelle les autres organes sympathisent avec l'utérus, l'excitabilité réflexe étant accrue.
De là aussi viennent les crampes et les spasmes, et l'agitation continuelle et les fausses douleurs que Ton observe chez ces sujets. Les médicaments pour chacune de ces affections seront indiqués à mesure que nous avancerons.
Je mentionne cet état général principalement pour suggérer qu'il indique les hautes dilutions de nos médicaments comme les plus convenables pour les affections de la grossesse, indication que Texpérience a généralement confirmée.
Je prendrai les souffrances de la femme enceinte dans le même ordre que celui que j'ai suivi en étudiant les maladies de l'espèce humaine en général. En conséquence, ayant déjà parlé de la fièvre, qui est sa maladie sanguine propre, je passerai aux affections du cerveau et du système nerveux en général.
AVFECTIOKS MENTALBS.
Les affections mentales, telles que la manie ou la mélancolie pleinement développées, n'atteignent pas autant les femmes enceintes que celles qui sont dans l'état puerpéral. Mais il est un état de l'esprit que l'on rencontre chez les premières, qui est incontestablement morbide. Il est caractérisé par l'irritabilité du caractère, la facilité à verser deslarmes à la moindre provocation, une crainte exagérée de l'accouchement à venir, et ainsi de suite. Une bonne quantité de médicaments sont cités par Peters et Guernsey comme convenant aux ombres spéciales de cet état de l'esprit. J'ai pour ma part trouvé -4ctœa racemosa si bienfaisant dans cet état, que j'ai eu rarement besoin de recourir à un autre médicament. Si j'avais besoin de le faire, je fonderais beaucoup d'espérances sur Pulsatillay que le D"^ Leadam prise beaucoup. Lorsque la mauvaise humeur est le symptôme le plus évident, Chamomilla est utile, et lorsque la crainte de la mort pendant l'accouchement qui est proche va jusqu'à la monomanie, Aconit*
550 liALADIBS DBS ORGANBS SEXUELS DB LA FEHBfE.
La céphalalgie des femmes enceintes n'est pas, à ma connaissance, différente de celle qu'elles éprouvent en d'autres moments, et dont le traitementa déjà été étudié. Dans les premiers mois elle est d'ordinaire nerveuse, dans les derniers congestive. Vous vous rappellerez nécessairement qu'elle est quelquefois un des signes qui avertissent de l'invasion de la néphrite albumineuse.
L'insomnie chez ces sujets survient souvent par suite d'un état fébrile de l'économie, et sera guérie par V Aconit, Quand cette cause n'est pas en jeu vous trouverez Coffea ou Pulsatilla utiles lorsque la malade ne peut pas trouver le sommeil longtemps après s'être mise au lit, Nux vomica et Sulfur lorsqu'elle dort d'abord, mais se réveille de bonne heure le matin et ne peut plus se rendormir. Dans les derniers mois de la grossesse, le sommeil est souvent empêché par des crampes dans les mollets, ou une sensation de pénible agitation dans les extrémités inférieures qu'elles appellent « fidjets ». Ici nous avons trouvé Chamomilla très bienfaisant. Le D*" Leadam parle hautement de Veratrum pour les crampes. Les organes digestifs sympathisent avec l'utérus gravide plus, peut-être , qu'avec toute autre portion du corps. L'odontalgie, la salivation, les vomissements, le fer chaud, la constipation sont des souffrances bien connues dans la grossesse. Permettez-moi de vous donner quelques conseils pour leur traitement.
ODONTALGIE.
L'odontalgie de la grossesse peut être soit une névralgie sympathique, soit le résultat de caries dentaires produites ou augmentées par l'état de la patiente. Dans le dernier cas, Créosote (et selon quelques-uns Staphysagrta) agiront aussi bien qu'en d'autres circonstances
VOMISSEMENTS. — PYROSIS. — ENVIES. 551
Mais dans le premier cas les médicaments ordinaires tels que Aconit, Belladonna, Coffea et Chamomilla, donneront rarement plus qu'un soulagement passager, tandis que les médicaments utérins, comme Sepia et Magnesia carhonica, sont curatifs. Calcarea est aussi recommandé; peut-être agit-t-il mieux sou^ la formé de Calcarea fiuorica.
SALIVATIOir»
La salivation est une des plus rebelles parmi ces affections. Mercurius et lodtum sont assez homœopathiques. Je voudrais pouvoir dire qu'ils sont curatifs. Peut-être le nouveau médicament Jaborandi se trouvera- t-il être pins efficace. Le D^ Leadam recommande Sulfur, suivi deNatrum muriaticum (lorsqu'il y a beaucoup d'affection gastrique et buccale), ou Arsenicum dans les cas re^ belles,