LETTRE XLII
Etat puerpéral et âge critzqi^.
Les affections de Yétat picerp&al vont actuellement nous occuper.
Lorsque la patiente est une multipare, votre première pensée doit être de diminuer la violence des douleurs qui suivent Taccouchement. Dans ce but, la dose d'-4rnica que je vous ai conse illé de donner avant de la quitter fera beaucoup. Mais si à votre visite suivante vous trouvez que les douleurs sont violentes, vous pouvez avoir à prescrire pour elles ; Oelseminum^ à la première dilution décimale est le médicament auquel j'ai recours d'ordinaire, et le D"^ Leadam confirme ma recommandation. Il peut être nécessaire de donner Chamomilla ou Coffea, et quelquefois Ignatia ou Pulsatilla, les deux premiers s'adressant surtout à Texcessive sensibilité de la malade. Lorsque les douleurs sont plutôt intestinales qu'utérines, Cocùulv^ est le médicament qui convient le mieux; et lorsqu'elles pressent sur le rectum ou la vessie, c'est Nucc vomica.
Si le périnée est déchiré, l'application locale du Caleu' dula vous rendra les plus grands services en en provoquant l'union et la guérison.
La vessie à ce moment peut réclamer votre assistance. Si la malade n'a pas uriné lorsque le travail est terminé depuis 12 heures, vous ferez bien de donner une dose ^Aconity à la 3® décimale, toutes les quinze minutes et d'en attendre les effets. Si ces derniers ne se mon-
HX70BB8. — Thérap. homœop. 32
traient pas après une heure, donnez Belladonna (à une dilution plus élevée) de la même manière (1). Vous aurez rarement besoin de recourir au cathétérisme. Je ne connais pas d'exemple « d'incontinence d'urine » après Taccouchement (Furination par regorgement qui s'observe quand une vessie est trop distendue ne doit pas recevoir ce nom). Le D'' Leadam conseille Arnica et Belladona pour cet accident.
Il se développe quelquefois des hémorroïdes très douloureuses après le travail. Le D^ Leadam recommande PuîsatiUa 30« pour cette affection, et relate un exemple frappant de son efficacité. Dans un cas rencontré par moi. Aconit et Belladonna apportèrent un soulagement très rapide.
Les états morbides des lochies appellent quelquefois l'attention. Si leur caractère sanguinolent persiste trop longtemps, il faut donner Sabina. Si Técoulement prend une odeur fétide, sans qu'une lésion utérine ou le défaut de propreté puissent en rendre compte, Sepia, Secale, Garbo animalis et vegetabilis ont été recommandés; mais l'opinion la plus générale est en faveur de la Créosote^ que j'ai vue pour ma part agir d'une manière très satisfaisante. La suppression des lochies indique presque toujours l'arrivée inopinée de la fièvre ou de l'inflammation, et est le signal de donner V Aconit, Si les lochies continuent trop longtemps, tout en étant normales en quantité et en qualité, le D*" Leadam vante calcarea 30®. C'est généralement le signe d'une subinvolution de l'utérus, et le D'' Lawrence Newton estime que Calcarea est le meilleur des remèdes pour disposer l'organe à retourner à son état normal (2). Caulophylium 3* a encore été donné avec succès.
Quelques mots sur les soins à donner aux intestins après l'accouchement* J'ai à peine besoin de dire que Thomœopathie, qui a toujours de la répugnance à etn-
(1) Voy. Brit. Jout^. of Hom., XXVII, 360.
(2) Jbid., XXVIII, 241;
FlèVRÊ PUERPERALE. 567
ployer les purgatifs, les répudie ici avec une horreur toute particulière. Nous les regardons comme inutiles, et souvent dangereux. Le D'Tyler Smith dit que « laissés livrés à eux-mêmes, les intestins passeraient probablement une semaine ou dix jours dans un état d'inactivité. » Le fait réel est que l'évacuation spontanée se fait en général vers le quatrième ou le cinquième jour. Si elle tarde au delà du sixième, vous pouvez avantageusement traiter la malade comme pour la constipation, en permettant un lavement simple pour prévenir les accumulations. Le rectum est en général en défaut, et alors c'est Collinsonia qui est le meilleur médicament à administrer. Mais le D"* Leadam parle hautement de Veratrum et Zincum. Si la torpeur réside dans le côlon, Bryonia, Opium et Nux conviennent mieux, suivant leurs indications habituelles.
La diarrhée n'est pas commune; lorsqu'elle a lieu, Hyoscyamus ou Pulsatilla peuvent y remédier, le dernier lorsque les évacuations sont plus fréquentes la nuit.
Les troubles de la lactation jouent un rôle important parmi les affections puerpérales, mais j'en traiterai séparément plus loin.
J'ai actuellement à étudier le traitement des grandes phlogoses et névroses qui atteignent la femme en couches. Je ferai cette étude sous les titres de Fièvre puerpérale et de Folie puerpérale.
Les questions pathologiques soulevées par cette maladie sont du plus haut intérêt. Les diverses Inflammations, métrite, péritonite, cellulite pelvienne, phlébite utérine de l'état puerpéral ne sont-elles autre chose que des manifestations locales d'un empoisonnement fébrile du sang? Ce dernier existe-t-il per se, ou n'est-il qu'une forme dénaturée de l'érysipèle avec lequel, sinon avec 4'autres toxémies^ il a de l'analogie ? Quelles sont les
568 MÀLADIBS DBS ORQANBS SBXUELS DE LA FEMMB.
lois qui régissent son origine spontanée, rinûuence épidémique et sa propagation par contagion ? Tels sont quelques-uns des points très activement discutés par les accoucheurs. Je pense que pour nos besoins thérapeutiques nous n*ayons pas besoin d'adopter d'autres conclusions que celles auxquelles s'est arrêté Gooch (1). II existe deux formes principales de la maladie: dans la première, Tinfiammation, quelque soit son siège, est primitive, et par cela même la fièvre est sympathique; dans l'autre forme, ily a des symptômes d'une fièvre adynamique dès le principe, et il peut se développer ou non des affections locales.
1. Lorsqu'un frisson, suivi du développement de la douleur et de la sensibilité, [indique l'invasion deTinflammation, vous mettrez naturellement votre malade sous l'influence de V Aconit ^ et vous pourriez faire plus mal; cependant des preuves se sont accumulées en ces derniers temps en faveur du Veratrum viride comme convenant mieux aux périodes prémonitoires de ces inflammations, qui sont toujours de nature quelque peu érysipélateuse. Voici ce qu'écrit le D^ Leadam : « Il paraît spécialement adapté au soulagement et à la guérison de l'inflammation puerpérale. Pendant de nombreuses années j'ai eu l'habitude de le prescrire toutes les fois que, chez une femme en couches, se montrent les premiers symptômes d'une congestion pelvienne ou péritonéale; et lorsque mes avis, ont été suivis avec confiance, le résultat a été des plus heureux. Il rappelle le lait et les lochies, lorsque ceuxci ont été supprimés subitement, calme les troubles nerveux, soulage la tympanite et le ténesme, vésical ou rectal, et coupe fréquemment court à l'atteinte. Appelé à temps, il m'est rarement arrivé de ne pas réussir à conjurer une cellulite menaçante parles mêmes moyens. Mon habitude est de le donner à la seconde ou troisième dilution décimale. »
(1) Voyez son « Essay ou puerpéral fever », dans l'édition de ses travaux par la New Sydenham Society.