LETTRE VIII
MALADIES aENÉRALES.
Les fièvres de marais {Paludéennes),
Continuant à suivre la table nosologique choisie par nous, il nous faut aujourd'hui étudier la thérapeutique des fièvres « malariales, » qui comprennent les intermittentes et les rémittentes, et de plus Tétat connu sous le nom de cachexie paludéenne. Les formes « larvées » ou « irrégulières » de Tempoisonnement paludéen, telles que le « brow-ague » et les autres névralgies, seront étudiées lorsque j'en arriverai aux désordres (affections) qu'elles simulent.
Nous parlerons en premier de la
FIÉVRS IKTBRMITTBKTS
et sous ce titre doivent trouver place toutes les considérations générales relatives au sujet. De semblables généralités ont une grande importance en présence de cette maladie. Elles ont été largement introduites par Hahnemann lui-même dans son Organon (1), et par les docteurs Wurmb et Caspar, dans leurs Klinische Studien (2). En vous priant de lire vous-même les remarques fécondes de ces auteurs, je dirai immédiatement mon opinion particulière sur le sujet.
(1) Habnemann. Exposition de la doctrine médicale homœopa" thique ou Organon de V art de guérir, 5« édition, n»» CCXXX-CCLIV. Paris, 1873.
(2) Traduites dans les volumes XII et XIII du Brit. Joum, of Hom.j et plus complètement dans le yolnvae 11 de VUnited States fnedical Investigator.
Qu'avons-nous à traiter dans la fièvre intermittente ? Beaucoup répondraient : Un accès de frisson, de chaleur et de sueur révenant à des intervalles périodiques, qui hypertrophie la rate du malade et dérange encore autre- 'ment sa santé. Cette description serait sans doute vraie (au moins phénoménalement) de ces fièvres intermittentes qui surviennent sporadiquement ou épidémiquement dans les régions paludéennes, ou qui attaquent un étranger à son arrivée pour la première fois dans un pays où elles sont endémiques. Chez les résidents de ces districts, cependant, on observe presque toujours une période prodromique d'une durée plus ou moins longue, à la fin de laquelle, subitement ou graduellement, les accès fébriles se développent, les symptômes prémonitoires subsistant pendant l'apyrexie. Chez ces sujets, déplus, il se présente fréquemment une espèce d'intoxication paludéenne dont les accès fébriles ne sont qu'un trait incident et de peu d'importance; et cet état peut être soit primitif, soit secondaire dans une fièvre intermittente non traitée ou mal traitée. Quand il est primitif, le premier symptôme de l'affection est très souvent l'anémie. « J'ai vu, écrit le D' Sircar, de Calcutta (dont j'aurai à citer bientôt les précieuses contributions à la littérature de ce sujet), des hommes sains, robustes, pourvus d'une riche provision de sang rouge, pâlir après quelques jours de résidence dans une contrée paludéenne, avant même que les symptômes d^ la fièvre ne fussent entière mentdéveloppés, et longtemps avant que le foie et la rate ne soient hypertrophiés. Il paraît évident, d'après ces faits, que la vraie fièvre intermittente n'est pas une simple névrose vaso-motrice, mais une infection du sang et des organes formateurs du sang, dont l'accès de froid, de chaleur et de sueur n'est que l'expression. Si donc la méthode homœopathique doit être employée dans son traitement, il est évident que l'accès lui-même ne peut qu'être notre guide dans le choix d'un médicament lorsqu'il est primitif ouïe seul symptôme de la maladie. Alors, donc, un médicament qui en couvre les traits peut être à bon droit présumé correspondre
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aussi aux altérations plus profondes qui le produisent, et être ainsi son simile pathologique. Quand je dis ses traits, il est nécessaire de spécifier lesquels d'entre eux méritent notre attention. Les premiers de tous doivent être nommés la succession elle-même du froid, de la chaleur et de la sueur qui est variable, et ensuite la prédominance de l'un ou de l'autre de ces phénomènes ou la concurrence dans l'un ou l'autre d'entre eux de conditions spéciales ou de phénomènes concomitants.
« Le remède, » dit Hahnëlnann, « doit être capable de produire surle corps en santé des états alternatifs semblables, ou autrement doivent correspondre en similitude de symptômes à celui qui est le plus fort, le mieux marqué et le plus remarquable, soit au stade de froid avec les siens, soit aii stade do chaleur ou de sueur avec leurs symptômes accessoires, suivant que l'un ou l'autre est le plus fort et le plus particulier. »
Vient ensuite l'époque du jour à laquelle l'accès, s'il est strictement périodique, éclate, et tout à fait en dernier lieu, et probablement sans importance aucune quant à ce qui concerne l'applicabilité homœopathique, nous avons son « type » quotidien, tierce, quarte ou autrement. Hahnemann a anticipé sur la pratique adoptée de nos jours en recommandant de donner une seule dose du médicament approprié immédiatement après l'accès, ou, dans les cas oul'apyrexie est courte ou incomplète, pendant son déclin.
MaisJ lorsque les accès de fièvre ne sont qu'un trait d'une intoxication paludéenne générale, alors devient une vérité ce que VOrganon tend à poser comme règle, que (( les syîûptômes de la santé du patient pendant ses intervalles libres doivent être le principal guide pour trouver le médicament homœopathique approprié. » Les j)r8 W'urmb et Caspar insistent avec beaucoup d'instance et soutiennent que la règle est d'une application générale plutôt qu'exceptionnelle, faisant remarquer que la forme des accès est, dans la majorité des cas, très changeante, tandis que les conditions constitutionnelles sont
ûxes. Ils posent donc comme règle que « si, durant l'emploi du médicament, Tétat cachectique ne subit pas de changement, en même temps que l'accès diminue de force, le médicament, après avoir été continué quelque temps, doit être changé pour un autre, même si les accès avaient pendant ce temps été entièrement jugulés par lui. D'autre part, la diminution de l'état cachectique est un signe certain que le choix du médicament a été convenable, et on ne doit pas en discontinuer l'usage, même s'il j. avait retour plus fréquent des accès^ la cure est certaine si le médicament n'est pas changé. » En même temps ils professent qu'un médicament, pour être véritablement applicable à la fièvre intermittente, doit correspondre à la fois aux phénomènes nerveux de l'accès et aux altérations de la vie végétative perceptibles dans l'apyrexie. S'il influence seulement les premiers, il ne peut convenir qu'aux cas légers et récents; si les secondes sont sa sphère unique, il ne saurait être un vrai apyrétique. En conséquence, les plus grands médicaments anti fébriles sont ceux qui, comme l'Arsenic, occupent tout le terrain : au second rang sont les médicaments purement nerveux comme l'Ignatia, et ceux purement végétatifs comme Pulsatilla.
Il n'y a pas besoin d'Arguments pour démontrer la justesse, selon les principes homœopathiques, de ces règles pour le traitement des fièvres intermittentes. Mais avant que je n'arrive à leurs applications pratiques, vous désirez naturellement savoir quel a été le succès d'un tel traitement, positivement dans les deux sens, et en tant que comparé avec la méthode ordinaire d'administrer la quinine en doses massives à tout patient qui est atteint de fièvre intermittente.
Maintenant, relativement aux fièvres intermittentes chroniques, aux cas ayant duré des mois et des années, les accès supprimés pour un temps par le Quinquina, mais revenant toujours jusqu'à ce qu'il cesse de les influencer, les témoignages en faveur de la médication homœopathique (et de celle la plus hahnemanienne possible quant à
ce qui est de Tindividualisatiôn et l'atténuation) sont généraux et forts. Vous n'avez qu'à parcourir n'importe quels de nos journaux publiés en Amérique, où la maladie est commune, pour vous édifier sur ce point. Le traitement ne paraît pas moins efficace lorsque, ainsi qu'il arrive quelquefois, une épidémie de fièvre intermittente éclate dans une localité qui en est exempte d'habitude. Ici l'expérience générale semble avoir confirmé le dire de Hahnemann sur ce fait que « chaque épidémie revêt un caractère particulier, uniforme, et que lorsque l'on parvient à découvrir ce caractère d'après la totalité des symptômes communs à tous les cas, cela guide pour trouver le remède horaœopathique spécifique convenable pour tous les cas, et qui est presque universellement curatif chez les patients qui jouissaient d'une bonne santé avant l'arrivée de l'épidémie. »
On peut bien citer ici l'expérience des D^^ Wurmb et Caspar, car leurs cas étaient au plus haut degré de la classe chronique. Une relation de leurs résultats, que je puis dire très déloyale, a été publiée par le D^ Rogers, dans son traité intitulé : The présent state of Therapeutîcs. Il dit que « ces médecins se considéraient comme ayant fait des cures rapides lorsque pas plus de sept accès ne survenaient après le commencement du traitement. » Il cite alors un de leurs malades comme ayant eu 26 accès, un deuxième 25 et un troisième 21 avant que la maladie ne fût guérie. Finalement, il les cite comme disant que les homœopathes ont tout à fait raison de se flatter de leur traitement de la fièvre intermittente, et que « il est évident, d'après ces exemples^ que nous pouvons prendre rang sur les listes de nos rivaux, » laissant supposer que les exemples en question sont ceux qu'il vient de citer plus haut. Au lieu que leurs résultats actuels sur ' ce point, tels qu'ils sont fournis par eux-mêmes {Brït. journ, of Hom,, XII, 391) en réponse à la question si les homœopathes étaient capables d'effectuer la cure rapide des fièvres intermittentes, sont que dans 77 cas traités par eux, après l'administration du remède homœopathique
il ne survient pas d'accès dans 11 cas, 1 seul dans 12, 2 dans 9 et 3 dans 8. Ainsi dans 40 cas sur 77, le cito de la guérison était hors de doute. Parmi les cas restants 15 eurent encore de 5 à7 accès, et le reste de 8 à 26. De ces derniers, les D" Wurmb et Caspar remarquent qu'ils n'auraient pas atteint Jes chiffres si élevés si le remède convenable eût été bien choisi dès le commencement; car après que la sélection ultime et curative eut eu lieu, il ne survint plus d'accès dans 19 cas, 1 seulement dans 16, 2 dans 14 et 3 dans 13. Un succès rapide étant ainsi obtenu dans 62 cas sur 77. En se rappelant, donc, que le but de ces médecins n'était pas autant d'arrêter les accès que de guérir la maladie tout entière, et que tous ces malades quittèrent l'hôpital entièrement guéris, et demeurèrent ainsi, je pense qu'ils étaient fondés à dire que les résultats obtenus par eux prouvent la suffisance du traitement homœopathique dans la fièvre intermittente, au moins de celui qu'ils appliquaient, et dans des cas de fièvre intermittente comme ceux qu'ils avaient à traiter. Un autre auteur sur la fièvre intermittente qui a exprimé et appuyé de preuves sa confiance dans les résultats du traitement homœopathique est le D^ J. S. P. Lord. Le troisième volume du Brïtïsh Journal of Homœopathy contient une notice à propos de son travail sur ce sujet; et je pense que ce résumé vous engagera à lire son livre lui-même.
Quant à ce qui est du traitement des fièvres intermittentes récentes survenant dans les localités malsaines, je ne trouve pas la même expression de confiance générale. Le D^ Bayes, il est vrai, dans une relation de sa pratique dans cette maladie telle qu'elle se présente dans les terres marécageuses qui entourent Cambridge [AnnalSy 1,441), se montre très satisfait des résultats qu'il a obtenus. Mais il ne nous dit pas si beaucoup parmi les 70 cas qu'il a enregistrés étaient des cas récents traités ah tnitio par lui; pas plus qu'il ne mentionne le temps qui a été nécessaire pour leur guérison. Son meilleur résultat est, je crois, qu'il peut dire : « Je n'ai pas eu un seul cas aigu
qui soit devenu chronique entre mes mains, « résultat » (ajouté-t-il avec raison) « qui suit fréquemment la supp7^es3ion de la fièvre intermittente par de fortes doses de quinine. » Lorsque, cependant, nous examinons les relevés de ceux qui pratiquent au milieu de la malaria dans les Etats-Unis et les Indes, nous trouvons que le traitement ordinaire par la ressemblance symptomatique et les petites doses donne peu de satisfaction. L'expérience générale des praticiens américains est donnée franchement par le D'^ Vincent dans le second volume de V United States médical Investigator.
(( La fièvre intermittente, » écrit-il, « est pour moi une maladie exceptionnelle. J'ai rarement pu guérir un cas récent de fièvre intermittente avec les hautes atténuations, ni (pourrais-je ajouter) avec d'autres atténuations quelconques. Les remèdes même les mieux choisis
m'ont fait défaut dans la majorité des cas Ma propre
expérience dans la fièvre intermittente est celle de 19 sur, 20 médecins de notre école; et ce fait est si universellement connu, qu'il est devenu proverbial dans les districts marécageux que « les médecins homœopathes ne sauraient guérir la fièvre intermittente. » Beaucoup de personnes, ardentes homœopathistes, ont recours à la quinine ou à un allopathe si elles ou leurs familles contractent la fièvre intermittente, plutôt que de courir la chance de voir leur maladie durer plusieurs jours et probablement les forcer d'en venir là de guerre lasse, w
De son côté, le D^ Sircar, de Calcutta, écrit sur ce sujet (1) : « Le fait est que les praticiens, exaltés par leurs succès dans les cas chroniques avec les doses infinitésimales seules, et absolument sans Quinine, étaient abusés dans la croyance qu'ils pouvaient se dispenser de cette dernière dans tous les cas, au moins à doses massives ; mais quand l'heure de leurs essais sonna, quand les malades commencèrent à leur confier des cas depuis le commencement ils furent bientôt désappointés, quoique par
(1) Monthly Hom. Review.y XVIII, 522.
malheur ils ne pussent voir d'où venait leur erreur. En dépit d*un soin plus grand apporté par eux à la recherche du remède approprié, en dépit de tentatives nouvelles pour comparer les symptômes du malade et ceux de la matière médicale, le remède réel semblait toujours échapper aux recherches et se rire de leurs efforts, jusqu'à ce que le cas fût confié aux allopathes qui, avec quelques doses de Quinine, en opéraient la guérison.»
Je suis entièrement de l'avis du D^ Sircar lorsqu'il dit (s'adressant ànotre Congrès de 1874) : « Messieurs, je vous le dis, c'est en vérité le Quinquina et son alcaloïde qui ont conservé la vitalité de la vieille école, et c'est notre déloyauté envers ces agents qui s'est sérieusement mise en travers du progrès de notre propre école, et qui amène souvent sur nos doctrines des injures ou un ridicule immérités. » J'ai déjà(l) démontré l'entière homœopathicité de la quinine à l'accès de fièvre intermittente, et indiqué que lorsque l'accès est la maladie, nous ne pouvons appliquer un meilleur traitement que son administration elle-même. Le D^ Sircar conclut par ces paroles : — « Dans notre anxiété d'être homœopathes nous ne devons pas oublier d'être médecins ; dans notre zèle pour honorer Hahnemann, nous ne devons pas cesser d'honorer la vérité partout où nous la rencontrons. » Mais le plus curieux est que le traitement de la fièvre intermittente récente par le Quinquina seul chez des sujets autrement bien portants résidant au milieu des localités marécageuses est la propre recommandation de Hahnemann luimême. (( La fièvre intermittente endémique là, écrit- il dans VOrganon, attaquerait tout au plus un semblable sujet à son arrivée seulement, mais une ou deux très petites dosesd'une solution très dynamisée d'écorce de Quinquina conjointement avec un "mode de vie bien réglé, le délivrerait rapidement de la maladie. » Si un semblable résultat n'est pas obtenu, le patient doit être traité à l'aide de
(1) R. Hughes. Action des médicaments homœopathigues ou Èlé^ ments de Pharmacodynamique, Trad. de l'anglais et annoté par le D^^Guériu-Méneville. Paris, 1874, article Cinchona, p. 2!87.
médicaments « antipsoriques » (c'est à dire constitutionnels) ; il existe en lui une maladie latente qui prend accidentellement une forme intermittente.
La conclusion pratique de tout ce qui a été dit est évidente. Le pouvoir du Quinquina sur l'accès intermittent fut la pomme de Newton qui conduisit Hahnemann à l'homœopathie. Il ne l'abandonna jamais dans les fièvres réellement paludéennes (comme il les appelait) ; nous ne devrions jamais le faire non plus, je le soutiens. Il en vient, cela est vrai, après avoir cessé de pratiquer dans des localités marécageuses^ à recommander de l'employer sous une forme très dynamisée, c'est à-dire atténuée. Mais si ceux qui actuellement rencontrent la maladie dans son habitat trouvent qu'une semblable « dynamisation » est mieux atteinte par des doses substantielles, ou même massives, ils agissent suivant l'esprit, sinon la lettre de ses instructions : ils le suivent dans la « médecine expérimentale. » Je crois donc que dans toutes les fièvres récentes et non compliquées que vous trouverez votre meilleure pratique sera de donner la Quinine dans l'apyrexie ; une seule dose forte dès son début, comme cela se pratique d'ordinaire, et comme le recommande Jousset, ou de plus petites quantités répétées pendant tout le temps qu'elle dure (l'apyrexie). Pour ma part, dans le petit nombre des fièvres intermittentes que j'ai vues, j'ai adopté cette dernière manière de faire; et j'ai trouvé que deux ou trois grains de la première trituration décimale, pris toutes les trois ou quatre heures agissaient d'une manière très satisfaisante. Bâhr(qui dit que, « comme règle, » le quinquina guérit tous les cas de fièvre intermittente prenant naissance de la malaria, et d'origine récente) trouve la première trituration centésimale suffisante, et le D^ Panelli, d'après son expérience en Italie, dit la même chose. (1) Vous vous rappellerez aussi la tendance qu'a encore la fièvre intermittente à reparaître à jours fixes, et vous préviendrez son arrivée par des doses du médicament données de temps à autre jusqu'à ce qu'il
(1) Voy. United States médical Investigator, IV, 161.
se soit écoulé environ une quinzaine de jours. Tandis que vous empêcherez ainsi le retour des accès, vous pouvez soulager les souffrances de vos patients et adoucir leur intensité en puisant dans le riche trésor des médicaments homœopathiques et en les donnant pendant les accès. L'Aconit, s'il y a une grande soif, de l'agitation et de l'anxiété; Bel) adonna, si dans le stade de chaleur la tête est très douloureuse; Ipécacuanha, si les vomissements sont abondants; Veratrum album si le frisson est excessif et ressemble au collapsus cholérique. Tous ces médicaments ont fait leurs preuves suivant leurs indications. Et le D^ Sircar a donné des preuves pratiques de la valeur de beaucoup d'autres médicaments de la même espèce. Dans les « frissons congestifs, » qui sont la forme américaine de la « fièvre pernicieuse » des districts romains et autres, le D"^ Morse (1) a publié des résultats très satisfaisants du Veratrum viride. Dans ces fièvres pernicieuses, même un homœopathe aussi pur que le D^ Chargé, de Marseille, admet que nous devons manier hardiment la Quinine, et que nous ne devons pas reculer devant telles quantités qu'il en faut pour arrêter promptement l'accès (2).
Mais les plus ardents admirateurs de la Quinine admettent qu'elle ne réussit pas toujours à arrêter même les fièvres intermittentes récentes. Si donc les accès ne sont pas promptement arrêtés par son emploi (et elle guérit très vite quand elle agit bien de la sorte), vous ferez bien de l'abandonner pour passer à d'autres médicaments. Dans les fièvres intermittentes chroniques, et dans la cachexie paludéenne, on ne peut jamais recommander la Quinine ; quoique le Quinquina en nature puisse quelquefois trouver son indication en vertu de la similitude générale existant entre ses effets et l'état du malade. Il existe un accord général entre nos thérapeutistes au sujet des médicaments parmi lesquels on doit choisir dans ces cas. Arsenicum, Nux vomica, Pulsatilla , Veratrum album,
(1) Voy. United States médical Investigator, II, 359.
(2) Voyez sa communication dans les Transactions ofthe World's Convention (dernier Congrès homœopathique de Philadelphie),
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Ignatia, et Ipecacuanha forment la liste primitive de Wurmb et Caspar : Bâhr donne Arsenicum, Nux, Veratrum, Ipecuananha, Natrum muriaticum et Arnica. Jousset recommande suivant les circonstances diverses, Ipecacuanha, Capsicum, Nux et Arsenicum. Si on ajoute à ces médicaments Cedron, Éupatorium, Cimex, Phosphori acidum et Sulfur, je pense que j'aurai cité tous ceux sur lesquels, excepté certains cas spéciaux, vous pouvez compter probablement pour soulager vos malades. Quant à ce qui est de leurs indications, il est inutile que je répète ici ce que j'ai déjà dit en parlant de chaque médicament. Le seul que j'aie négligé sous ce rapport est Pulsatilla ; Wurmb et Caspar ainsi que le D*" Lord l'estiment hautement. Les premiers guérirent avec son usage dixsept cas et en parlent comme spécialement utile lorsqu'un état chlorotique et hydrémique a été l'effet du poison paludéen. Quelquefois, — comme ce dernier médicament agit peu sur le système nerveux, — Ignatia doit être donné après lui pour enlever les accès.
Pour aider notre choix du médicament dans ces cas, et on ne saurait les individualiser trop strictement, le D^ C. deBônninghausen a publié il y a longtemps un répertoire détaillé, qui reçut de Hahnemann l'honneur d'une notice favorable (1). Une seconde édition publiée après un intervalle de trente ans a été traduite pour nous par le D^ Korndœrfer. Je voudrais pouvoir parler plus favorablement de ce volume que je n'ai été obligé de le faire (2) ; mais je ne le puis. Dans le rapport de la discussion sur le mémoire du D^ Bayes, il y a quelques remarques utiles du D"^ Quin sur les médicaments indiqués dans la fièvre intermittente par la présence ou l'absence de soif dans les différents stades de l'accès ; et dans le quatrième volume de V United States médical Investigator (p. 144) vous trouverez une « table d'heures » indiquant
(1) C. de Bonninghausen, Manuel de thérapeutique komœopa' tiqiùe pour servir de guide au lit des malades et à V étude de la matière médicale pure, trad. par Roth. Paris, 1846.
(2) British Journal of Homœopathy (vol. XXXII, p. 531.)
celle à laquelle Taccès peut commencer lorsque cette circonstance est caractéristique de quelque médicament particulier. Ce sont tout autant d'aides qui ne sont pas à dédaigner. Mais si vous voulez réussir en traitant des fièvres intermittentes chroniques, permettez-moi de vous recommander « l'étude » répétée et journalière de Wurmb et Caspar sur cette maladie à laquelle je vous ai si souvent adressé.
La cachexie paludéenne doit être combattue (ainsi que vous le verrez par mes remarques sur les médicaments respectifs) par Arsenicum, Natrum muriaticum et Sulfur, le premier spécialement quand les symptômes sont ceux de la phthisie floride, les deux derniers lorsqu'ils affectent un type plus torpide et dégénéré. Je n'ai plus à vous parler que des formes rémittentes des fièvres paludéennes.
D'origine paludéenne, cette maladie est justement une fièvre intermittente dont l'intermission est si imparfaite qu'il a été nécessaire de la désigner sous le nom de « rémission. » Je ne la connais que par la description qui en est donnée dans les livres (1) ; et, en l'absence de toute littérature homœopathique qui en traite, je me contente de vous suggérer les médicaments qui pourraient probablement être les plus utiles.
Le traitement adopté pendant l'attaque doit être en quelque sorte plus important que dans la fièvre intermittente. « Le premier objet du traitement et le plus important, ;> écrit Aitkin, « est de réduire la force et la fréquence de l'action artérielle pendant l'accès. » Nous connaissons trop bien la puissance de l'^con^^ pour effectuer ce résultat pour avoir besoin des saignées spoliatives conseillées par les auteurs Indiens. Avec la règle de commencer à donner la Quinine aussitôt que la rémission se montre,
(1) Je parle spécialement des articles sur elle dans la « Science and pracHce of Medicine j> d' Aitkin, et dans le « System ofMedicine » édité par le D' Russell Reynolds.
FIÈVRE RKMITTENTB BILIEUSE. Ô7
je n ai pas à discuter. Je voudrais seulement suggérer que dans la forme asthénique de cette ûèvre, Arsenic pour* rait souvent être préférable ; et que le pouvoir remarquable de Gelseminum sur les états fébriles rémittents observés dans les climats plus froids, le rendent digne d'être essayé dans les fièvres que nous étudions en ce moment, lorsque les symptômes ne sont pas assez intenses pour nécessiter J'Aconit. Si Tirritabilité gastrique est très marquée, quelques doses dlpécacuanha peuvent rendre service.
Celle-ci paraît ne différer de la rémittente simple que dans ce fait que le foie est impliqué dans Tattaque : on rappelle quelquefois « fièvre jaune paludéenne » d'après la ressemblance de ses symptômes avec la toxémie contagieuse ainsi nommée avec raison. Lorsqu'il en est ainsi, le D*" Neidhard trouve Crotalus aussi utile dans cette fièvre que dans le vrai typhus icterodas (op. cit.). Il le donne aux 1^®, 2*^ et 3* triturations. C'est là tout ce que j'ai à vous dire sur le traitement homœopathique de l'affection en question.
Hughes. — Thérap. homœop.