LETTRE X
MALADIES aéNÉRALES.
Erysipèle. — Pustule maligne. — Morve. — Pyohémie.
Jusqu'à présent j'ai suivi, à quelques légères variations près, Tordre de notre nosologie officielle. Mais il m'est impossible de continuer d'en agir ainsi avec les quatorze espèces de maladies générales qui restent de sa première division. Presque toutes ont, il est vrai, quelque chose du caractère infectieux ou épidémique qui caractérisait les maladies que nous venons d'étudier. Mais la plupart d'entre elles sont ou tellement localisées, ou tellement spéciales à des périodes particulières de la vie, que je pense agir plus suivant votre convenance et la mienne en les étudiant sous d'autres rapports que le présent. Ainsi, la coqueluche et les oreillons seront mieux à leur place parmi les maladies des enfants, les fièvres puerpérale et éphémère parmi celles des femmes ; tandis que la grippe sera rattachée aux maladies du système respiratoire, et le phagédénisme dans ses trois formes spéciales sera mentionné comme un accident des blessures et des ulcères qu'il peut compliquer. Il nous reste donc ainsi à étudier aujourd'hui l'érysipèle, la pustule maligne, la morve, avec le farcin; l'équinie et la pyohémie.
ébysipéIjs:.
Il est considéré, par notre nomenclature , comme comprenant l'inflammation aussi bien phlegmoneuse que superficielle du tégument externe, et aussi la cellulite diffuse. La première catégorie est, je pense, justifiée pathologiquement ; la deuxième Test à peine. Les trois
formes doivent cependant nous passer sous les yeux dans le but thérapeutique.
Le traitement de l'érjsipèle simple est un des mieux définis et des mieux réussis que nous ayons en homœopathie. Il se résume dans Temploi judicieux de trois médicaments : Bel] adonna, Apis et Rhus.
1. La capacité pathogénétique de Belladonna d'enflammer la peau est indiscutable ; vous pouvez la voir démontrée par les nombreux symptômes de la a face » et de la « peau » dans mon arrangement de ce médicament dans la Hahemannian Materia medica. Je ne puis mieux parler de sa puissance curative qu'en citant les paroles d'un médecin qui doit avoir eu de fréquentes occasions de comparer ses effets avec le traitement de l'érysipèle par d'autres moyens : je veux dire feu M. Liston. Après avoir donné des détails sur quelques cas d'érysipèle guéris au moyen de doses fractionnées d'extrait de Belladone, il dit à ses élèves (1) : « Nécessairement je ne saurais prétendre vous dire d'une manière positive de quelle façon l'effet se produit, mais cela semble presque agir magiquement. Vous savez que ce médicament est recommandé par les homœopathes dans cette affection, parce qu'il produit sur la peau une éruption brûlante ou une efflorescence accompagnée d'une fièvre inflammatoire. Similia similibus curantur, disent-ils Les
médicaments, dans les cas dont je viens de parler, ont été certainement donnés â des doses beaucoup plus petites qu'on ne les a jamais prescrits jusqu'à présent; leurs effets bienfaisants, comme vous en avez été témoins, sont indiscutables. J'ai cependant vu de bons effets analogues de la Belladone préparée selon les règles de la pharmacopée homœopathique, dans un cas d'érysipèle très grave de la tête et de la face, entre les mains de mon ami le D*' Quin. Les symptômes inflammatoires et les signes locauxdisparurent avec une très £]frande rapidité. » Tous les homœopathes sont unanimes à préconiser la Bel-
^\) Voy. Lcmcet, 13 avril 1836.
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ladone dans les cas où la dennatite est intense ; et la présence de quelques vésicules ou d'un certain degré de gonflement ne doit pas faire supposer que d'autres médicaments soient préférables, aussi longtemps que la couleur de la partie affectée est d'un rouge luisant, et que la fièvre générale est forte. Mais si rœdème devenait le trait dominant de l'inflammation locale, ou si des phlyctènes se formaient en abondance, et que la peau fût d'une couleur pourprée, Apis ou Rhiis doivent lui être substitués respectivement à ces deux éventualités.
Vous pouvez lire quelques bons exemples de Tefficacité d'Apis, écrits parle D*" Yeldham dans le douzième volume du British Journal of Bomœopathy,
2. Dans Térysipèle phlegmoneux nous devons avoir recours tout d'abord à V Aconit, « Administré au début, » dit le D"" Ringer, « il coupe souvent l'attaque, et même lorsqu'en dépit de ce médicament la maladie continue, il réduit le gonflement et la dureté, diminue la rougeur et empêche l'inflammation de s'étendre. » Si l'inflammation cutanée était considérable, on peut alterner Bell adonna avec lui. Si malgré ces remèdes, la cellulite menace de passer à la suppuration, il est inutile, comme le ditBahr, d'essayer de l'arrêter par Mercurius ; il vaut mieux la provoquer au moyen d'Hepar sulfuris^ en gardant Silicea en réserve pour la limiter si elle devient excessive. Je n'ai pas besoin de dire que les moyens chirurgicaux doivent être employés autant qu'il sera nécessaire. La gangrène survient-elle, Lachesis est le médicament spécifique, mais Arsenicum sera indiqué par l'état typhoïde qui s'ensuivra.
3. Dans la cellulite il existe des raisons de croire que Verntrum viride convient plus précisément à la fièvre inflammatoire que l'Aconit. Le traitement subséquent doit être celui de l'érysipèle phlegmoneux, avec China comme anticachectique si cela est nécessaire .
Tout ce que j'ai dit se rapporte à l'érysipèle tel qu'on le rencontre d'ordinaire ; mais j'ai actuellement à citer quelques variétés, complications et suites qui lui appar-
tiennent. Lorsque Térysipèle de la tête envahit le cerveau, la Belladonne que nous serons probablement en train de donner pour l'éruption cutanée répond d*ordinaire à tous les besoins. Si cependant c'était Rhus que l'état de la surface indiquait dans le moment, Stramonium convient mieux au délire, comme le démontre un cas relaté par la Revue Hom, Belge de décembre 1876. Si les symptôme cérébraux sont ceux de l'oppression, en ^particulier si l'hyperémie de la peau a diminué, Cuprum, selon Jahr, doit être préféré . Pour l'angine érysipélateuse, avec sa menace d'œdème de la glotte. Apis est un excellent médicament. Il existe un érysipèle ambulant dans lequel la dermatite saute continuellement d'une place à une autre . Bàhr et Jahr s'accordent ici à préconiser Graphites; le dernier ajoute Arsenicum lorsqu'il y a une grande prostration des forces. Bahr parle « d'attaques érysipélateuses sans fièvre, » et dit que Lycopodium et Hepar sulfuris prennent la place de Belladonna et Rhus lorsqu'elles surviennent. Il loue les mêmes médicaments pour l'œdème que la maladie laisse quelquefois derrière elle, lorsque souvent il est douloureux; il donne Graphites, Sulfur et Aurum lorsqu'il ne l'est pas.
Quant aux applications locales désignées comme arrêtant les progrès de la dermatite, je ne puis rien dire du Nitrate d'argent ni du Sulfate de fer employés dans la pratique ordinaire, mais je puis citer le D"" Garth Wilkinson comme disant obtenir d'excellents résultats de l'application de la teinture de Yeratrum virida, et aussi le D'' Bayes comme annonçant les mêmes succès avec une forte lotion avec le médicament en question (1).
PUSTULE MALia^E.
La pustule maligne, communiquée par inoculation
(1) En France, on emploie avec beaucoup d'avantage le Collodion élastique pour limiter la marche envahissante de la maladie, par exemple de la face au cuir chevelu.
(Note du traducteur.)