MORVE
directe, réclame sans aucun doute que la partie affectée soit excisée ou cautérisée de bonne heure. Le succès qui couronne cette pratique est trop grand et trop constant pour qu'il soit excusable de la négliger. Mais si le virus a été introduit d'une autre manière dans Téconomie, ou si le malade est vu trop tard pour que des moyens locaux aient chance de succès, les symptômes ressemblent tellement à ceux de la gangrène traumatique et des autres empoisonnements du sang dans les places infectées dans lesquelles Lachesis s'est trouvé être le remède spécifique, que son administration serait fortement indiquée. En vérité, le D' Carroll Dunham Ta déjà employé avec les plus grands succès dans une explosion de cette maladie en Amérique, qu'il raconte en ces termes (1) :
« En Tannée 1853, il parut dans Brooklyn une épidémie tout à fait grave de ce que Ton appelait « Pustule maligne. » Il survenait une élévation furonculeuse, en général sur la lèvre inférieure, accompagnée d'une vive douleur, etsouvent entourée d'une auréole érysipélateuse. Le symptôme constitutionnel le plus remarquable était une perte excessive et très rapide des forces, le malade se trouvant réduit de la vigueur à la prostration absolue dans l'espace de vingt-quatre à trente-six heures. Les médecins allopathes eurent d'abord recours aux applications de nitrate d'argent sur la pustule. Dans ces cas, ainsi traités, que je pus observer personnellement, la mort suivit la cautérisation dans les vingt-quatre heures. « Dans huit cas traités par moi, Lachesis fut le seul médicament employé, il soulagea la douleur peu d'heures après l'administration de la première dose, et les malades guérirent tous très promptement. »
MORVS.
Lorsqu'elle se présente dans sa forme aiguë chez l'homme, elle est si constamment mortelle, que la guérison
(1) AmeHccm Hom. Review, IV, 110.
12Ô MALADIES GÊNÉHALES.
serait en vérité un triomphe. Je ne sache pas que pareil succès ait jamais été remporté par Thomoeopathie. Bâhr ni Jahr ne font pas même mention de celte maladie, et Jousset ne parle que théoriquement des remèdes que Ton pourrait lui opposer. Il recommande Aconit et Arsenicum. Ma propre étude de la maladie, telle qu'elle est décrite dans les livres (car je n'en ai aucune connaissance pratique) me porterait à suggérer l'emploi deKahbichromicrunij Mercuriics et Crotalus comme les médicaments promettant le plus. Le premier est parfaitement homœopathique aux affections respiratoires, spécialement nasales, de la maladie, et presque autant à ses phénomènes cutanés, comme on peut le voir en lisant la section « Peau » de l'arrangement du D' Drysdale à propos de ce médicament dans la « Hahnemannian Materia medica, M. Moore dit avoir effectué des cures non équivoques de morve chez le cheval principalement par son emploi. Mercurius serait préférable si la tendance purulente était plus prononcée, et les glandes lymphatiques affectées primitivement, formant les « chapelets farcineux » des vétérinaires. Mais je serais disposé à remplacer l'un ou l'autre de ces médicaments par un autre plus capable de combatre l'état septique du sang qui est toujours présent; et celui-ci, pour des raisons que j'ai données en traitant des venins des serpents, j'espérais le trouver dans le Crotalus. Ce médicament, ou le Lachesis, serait indiqué comme le seul remède dans les cas où des symptômes malins, comme des bulles noires et une tendance à la gangrène viendraient à se montrer.
Les « Eaux aux jambes » des chevaux, communiquées accidentellement à l'homme, sont mentionnées dans notre nosologie comme une maladie distincte, sous le nom « d'Equinia mitis. » Cette maladie paraît être analogue, sinon identique, à la «Vaccine des vaches.» Thuya est son spécifique chez le cheval et pourrait être égale • ment utilisé chez l'homme. La « Maladie des pieds et de la bouche » (Foot and mouth disease) dont on a parlé dernièrement, est aussi communicable d'une manière
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indubitable à l'homme, même en buvant le lait (non bouilli) des vaches infectées. Cela semble être une stomatite aphteuse jointe à une éruption vésiculeuse des mains et des pieds, et accompagné d'un peu de fièvre. Merçurius, avec ou sans Aconit, semblerait en être le remède le plus convenable.
PYOHÊMIE.
Le D' Bristowe, dans son article sur cette maladie dans le a System of medicine » de Russell Reynolds, est arrivé aux conclusions suivantes :
« 1. La Pyohémie est presque invariablement, sinon toujours, précédée de quelque suppuration locale, laquelle est érysipélateuse, gangreneuse ou malsaine de quelque autre façon.
« 2. Le lien entre la lésion locale et l'infection constitutionnelle est le plus souvent Tinflammation des veines de la partie affectée, mais peut être simplement l'absorption de Tichor de mauvaise nature.
« 3. Les lésions locales qui caractérisent la pyohémie sont des congestions, des extravasions de sang, des dépôts inflammatoires, des abcès, des nécroses. Elles sont en général, sinon toujours, le résultat de l'obstruction des petites artères soit par des « embolies » détachées des veines de la partie affectée primitivement, soit par des « thromboses » formées dans les artères par le sang altéré. C'est à « l'rchorémie » elle-même que sont dus certains processus inflammatoires (tels que l'inflammation des articulations et des surfaces séreuses), pour lesquels l'obstruction artérielle ne saurait être invoquée.
a 4. Les symptômes constitutionnels de l'infection purulente sont des frissons suivis de sueurs, un état typhoïde, un pouls vite et faible, l'ictère, l'épuisement rapide et en général la mort. L'ictère ne dépend d'aucune affection appréciable du foie. Lorsque la maladie prend une marche plus chronique, les symptômes sont ceux de la fièvre hectique. »
J'ai posé ces détails sous vos yeux afin que vous puissiez comprendre combien je suis justifié en affirmant que Lachesis est le remède qui donne le pluS d'espérances pour cet état. Les phénomènes, locaux et généraux, qui suivent la piqûre des serpents nous portent à espérer que lorsqu'une affection locale revêt un caractère malin, et part de là pour empoisonner le sang et sidérer Ténergie du système nerveux, là, le Lachesis sera homœopathique et curatif. C'est justement ce que nous avons dans la pyohémie. J'ai déjà parlé de la valeur éprouvée du médicament dans la pustule maligne, et j'aurai à vous entretenir de son pouvoir d'arrêter la gangrène. Ces dernières sont exactement l'espèce d'affection locale que détermine la septicémie. Le D*" Carroll Dunham (1) relate un cas d'infection purulente observé sur lui-même à la suite d'une blessure avec décollement. « Les symptômes locaux et généraux étaient graves, mais cédèrent rapidement à Lachesis 12^ trois fois par jour. » Il ajoute, de plus, le cas suivant, où les symptômes paraissent être ceux de la pyohémie suite de phlébite : « J'ai eu trois fois l'occasion de traiter des cas d'ulcères chroniques des extrémités inférieures (probablement d'origine syphilitique) dans lesquels l'écoulement avait cessé, l'extrémité du membre était œdématiée, et un cordon dur, légèrement rouge s'étendait le long des veines principales, le tout accompagné d'une grande et subite prostration des forces, d'un délire tranquille et de symptômes typhoïdes, ce qui me donnait lieu de penser qu'il était survenu une phlébite générale (pyohémie). Dans ces cas, l'étude attentive des symptômes me conduisit à prescrire le Lachesis. L'effet fut tout ce qu'on pouvait désirer, les malades se rétablissant promptement, et tous les symptômes de phlébite disparaissant de même. La théorie et l'expérience nous portent donc à croire que nous avons dans le Lachesis un médicament capable de modifier les états locaux malsains qui sont le point de départ
(1) CarpoU Dunham, American Homœopathic Review^ IV.
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de la pjohémie, de maîtriser la phlébite qui est son second degré, et de neutraliser la toxémie et Tadjuamie qui en sont la conséquence dans Téconomie entière. Son efficacité dans ce dernier cas en fait un médicament convenable même à ceux qui n*ont pas une origine locale extérieure, comme lorsque la pyohémie est le résultat d'une endocardite ulcéreuse. Ce n'est que dans la pyohémie chronique, avec fièvre hectique que sa place pourrait être prise évidemment par China.
Tout ce que je viens de dire est mon opinion particulière. Il existe peu d'écrits relatant l'expérience homœopathique dans le traitement de la pyohémie (1), et nos manuels, excepté deux, sont brefs ou silencieux sur ce point. Jahr, après avoir raconté deux cas mortels parmi les blessés qu'il traita à Paris pendant l'insurrection de 1832, écrit : « Sur ces entrefaites nous eûmes connaissance du rapport de Thorer sur les vertus curatives du Calendula, et en employant ce médicament nous prévînmes la suppuration, et nous sauvâmes tous nos blessés. » Le D*" Von Granvogl montre la même tendance quand, rappelant d'anciennes traditions (2), il exalte le pouvoir que possède l'Arnica de provoquer la rapide guérison des blessures, et de s'opposer à toute tendance de leur part à l'infection purulente (3). Les deux auteurs cependant que j'ai exceptés ne sont pas ceux-là, mais Kafka et Jousset. Le premier distingue la pyohémie de la septicémie, l'une présentant simplement les phénomènes de l'infection purulente tandis que l'autre implique « la décomposition putride du sang. » Il traite la pyohémie avec la Quinine (l'« décimale) depuis le commencement, et donne l'arséniate (à la même puissance) si la prostration est grande. Ce dernier médicament, avec l'Arsenic luimême, et quelquefois d'autres remèdes antityphiques
(1) Voy. Transactions of the Amer. Inst. of Hom,, 1870 (6 cas) et Brit. Joum. of Hom., XXXI, 700.
(2) Voy. Hughes, Action des vnédicavïients ou Eléments de Pharmacodynamigue, Paris, 1874, article Arnica.
(3) Voy. Brit. Jovtm. of Hom., XXXIV, 731.
comme Rlms et Phosphorus, constituent sa thérapeutique de la septicémie. Jousset (1) regarde la maladie comme une « diathèse purulente, » et pense qu'elle peut naître spontanément. Il donne la quinine à la dose deungramme après chaque accès, lorsque les frissons reviennent régulièrement ; mais en Tabsence de cette indication il a recours à l'Aconit et à l'Arsenic.
(1) Jousset. Eléments de médecine pratique, 2" édition. Paris,