‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 6 sur 189 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

Avant d'entrer en plein dans le sujet de nos présentes recherches, savoir : le traitement homœopathique des diverses formes de maladies, il existe plusieurs questions préliminaires sur lesquelles nous devons nous entendre. La principale est : Qu'est-ce que l'homœopathie ? En quoi consiste-t-elle essentiellement? Que renferme-t-elle et qu'exclut-elle? et quels sont nos devoirs et nos restrictions actuellement que vous pratiquez ouvertement sous sa bannière ? Je consacrerai ma présente lettre à l'examen de ce groupe de questions.

L'homœopathie, tout d'abord, s'entend du traitement de la maladie par des médicaments choisis suivant la règle « similia similibus curentur, » « que les semblables soient guéris par les semblables (1). » Le « semblable » (opLoiGv) dont il est ici question est expliqué par Hahnemann comme opposé à la fois au « différent » (âxxoîov) et au « contraire » (lyavWov). Ainsi, voilà un cas de maladie, nous n'allons pas examiner quels procédés d'évacuation, de révulsion et ainsi de suite lui profiteront, ni prescrire nos remèdes en conséquence. Nous ne penserons pas non plus quel médicament agira dans une direction opposée à celle des symptômes sous nos yeux ; et par conséquent

(1) Je préfère ce texte, qui est en réalité la formule originale de Hahnemann, â cette autre a Similia similibus curantur, » habituellement adoptée aujourd'hui- Je n'ai aucune envie de disputer sur la latinité de la dernière ; quoique l'emploi de ce euro » dans le sens de « cure » soit au moins peu familier. Mais dans l'état actuel de nos connaissances, je crois sage d'établir notre principe comme une « règle d'art » plutôt que comme une « loi de science. »

^^^^ep la strychnine pour une paralysie, ou Topiam pour ^j^^^^^ insomnie. Notre enquête doit plutôt être : « Qaelméùcament est capable de produire sur le corps en santé un état morbide semblable à celui qui est devant nous? » La présence de Tinsomnie nous conseillera un médicament capable de bannir le sommeil naturel, comme le café ; tandis que Topium sera plutôt indiqué dans les états soporeux, comme dans les fièvres, semblables à ceux qu*il détermine communément.

Mais actuellement, à propos de cette « similitude » elle-même, se soulève cette question : en quoi consistet-elle ? C'est là un point qui a exercé Tesprit de nos meilleurs auteurs depuis Hahnemann. Pour les opinions du maître et de ses premiers disciples, je vous renverrai aux Lectures on Homœopaihy du D' Dudgeon. Des considérations plus récentes sur ce sujet se trouvent dans les essais sur le « Contraria contrariis » par le D' Madden dans le 25® volume du British Journal of Homœopaihy ; dans « The Homœopathic and Allopathie use of spécifies d par le Di* Drysdale, dans les 24® et 26® volumes, et dans u Similia similibus curantur » par le D"' Elb, dans le 26° volume du même journal; et encore dans « Organopathy » et « The Anatomical basis of Therapeutics d par le D'Scharp, dans ses Essays on Medicine, A ceux-là je dois ajouter le traité du D*" CaroU Dunham, Homœopaihy ihe science of Therapeuiics(l). Vous ferez bien, dans vos loisirs, de lire ce que ces habiles penseurs ont pris la peine d'exposer sur le siyet qui nous occupe. Pour le moment je vais essayer d'exprimer ce que je comprends moi-même par notre règle thérapeutique et par la « similitude » dont elle parle.

Pour cette « similitude » donc, je pose comme première condition qu'elle soit réelle, et non simplement apparente.

(1) Nous possédons en français de nombreux écrits sur l'homœopathie, qu'il serait trop long: d'énumérer ici, mais parmi lesquels je

Ce ne sera pas, parce que un médicament aura causé un sentiment de faiblesse et de fatigue dans les extrémités inférieures, une raison pour ([u'il soit déclaré homœopathique à la paraplégie. Quand l'expérimentateur d'un médicament à éprouvé sous son action une toux avec des élancements dans le côté, il ne doit pas pour cela en conclure qu'il a trouvé le semblable de la pleurésie ou de la pneumonie. Quelque nombreuses que soient les variétés des maladies sus-nommées, quelque unique sous certains rapports que soit chaque cas individuel de leur occurence, il y a dans tous certains éléments essentiels, certaines altérations pathologiques particulières. Qu'un médicament (avec les réserves faites dans ma première lettre) soit capable de déterminer ces altérations dans le corps en santé, telle est la condition première de sa parenté homœopathique.

Comment doit-on maintenant s'assurer que cette similitude essentielle entre lamaladie et le médicament existe ? Hahnemann répond, en trouvant que la « totalité des symptômes » dans chacun d'eux coïncide. On a fait des objections à sa proposition; mais je crois qu'elles sont basées sur quelque confusion de ce qu il entend par « symptômes. » Il ne peut avoir voulu limiter ce terme aux phénomènes qui sont apparents au dehors, et frappent un œil inexpérimenté. En tous cas, ce n'est pas ce que nous entendons actuellement par symptômes. Nous savons que très fréquemment les mêmes symptômes extérieurs appartiennent à deux ou même à un plus grand nombre d'états entièrement différents du corps, tandis que les symptômes qui différencient ces états ne résident pas à la surface, et ne peuvent être constatés que par une investigation plus profonde. Ce sont encore des symptômes, car chaque maladie n'est qu'un groupe de symptômes ou d'apparences. Mais il faut le pathologiste pour les découvrir, en apportant à son aide toutes les ressources de la science (le stéthoscope, le microscope, le spéculum, le tube à analyse), et en voyant ainsi non seulement ce que d'autres peuvent voir à la surface, mais encore et aussi

bien ce qui est caché sous cette surface, en sorte qu'il peut distinguer là où d'autres ne le pourraient pas, et que ce qui pour eux serait op.otov serait àxxotov pour lui. A l'époque de Hahnemann, il est vrai, on pouvait à peine dire que la pathologie existât comme science. Mais la doctrine est la même. Obtenez tous les symptômes que vous pourrez, tant en expérimentant vos médicaments qu'en examinant vos malades ; ensuite, en prescrivant pour un cas individuel, choisissez le remède qui corresponde le mieux à peu près à la totalité des symptômes présents.

Les symptômes par le moyen desquels doit s'efPectuer la comparaison entre la maladie et le médicament sont donc tous ceux que Ton peut découvrir, subjectifs et objectifs, superficiels et profonds. Si tout ce qui constitue la maladie peut se trouver dans la pathogénésie du médicament avec les mêmes proportions et le même ordre d'apparition, on peut considérer comme établie la similitude désirée. C'est le simile de la strychnine et du tétanos, du cannabis indicaetde la catalepsie, et de l'acide hydrocyanique et de l'accès d'épilepsie. Une serait pas juste d^objecter que d'une semblable comparaison le diagnostic est exclu. Si diagnostic signifie iac( perception » du siège précis de la maladie et de l'altération morbide exacte qui s'y passe, il est alors, il est vrai, souvent exclu de ce qui a trait à la maladie ou à l'action médicamenteuse. Qui nous dira ce qu'est la catalepsie? Cependant c'est un état défini, et le chanvre indien a été observé pour le produire. Mais « diagnostic >> signifie plus à proprement parler la distinction d'une forme d« maladie de toutes les autres qui lui ressemblent; et le vrai moyen d'effectuer cette distinction est de considérer la valeur des symptômes présents et de ceux qui sont absents.

Et l'on ne saurait affirmer qu'une telle méthode de trouver le a simile » expose celui qui prescrit « à ne pas faire la distinction entre les affections idiopathiques et symptomatiques ; entre les symptômes qui viennent des maladies d'organes avec lesquels ils sont en rapport, et

ceux qui sont l'effet de la sympathie avec d'autres organes souffrants (1). » Une telle méprise devrait être attribuée à sa propre ignorance ou à sa négligence, et non à quelque défaut de sa méthode. Comment diagnostiquons-nous le vomissement d'origine cérébrale ou gastrique, si ce n'est par l'élude de tous les symptômes présents, et l'observation de leur proportion et de leur ordre d'apparition? Si nous avons fait la même chose pour nos symptômes médicamenteux, nous ne craindrons pas de choisir des remèdes non appropriés dans n'importe quel cas donné.

Un mérite signalé de cette méthode pour arriver à la véritable similitude est qu'elle donne la certitude que l'analogie sera spécifique et non simplement générique. Toutes choses sont comme chaque autre par quelques points, mais différentes par d'autres. Toutes les maladies sont des dérangements de la santé, mais les unes sont « miasmatiques, » les autres « diathésiques » et d'autres encore « diététhiques. » Toutes les maladies miasmatiques sont fébriles, mais quelques-unes de ces fièvres sont intermittentes, d'autres sont continues : d'autres encore, éruptives. De plus, les fièvres éruptives ressemblent les unes aux autres par le fait d'un exanthème, mais différent en ce que celui-ci a les caractères de la rougeole, de la scarlatine ou de la variole. Ensuite, il y a certaines variétés bien définies de chacune de ces maladies dans lesquelles les caractères essentiels à chacune d'elles existent avec certaines modifications ou circonstances concomitantes différentes. Enfin, chaque cas individuel de variole, de rougeole, de scarlatine ou de toute autre maladie a ses particularités qui la distinguent de tout autre cas. La méthode par la recherche de la totalité des symptômes pourvoit à cette individualisation, aussi bien de la maladie que du remède. Si on la poursuit jusqu'au bout, le médicament correspondra à la maladie, non seulement dans la lésion générique que nousj^appe-

(1) D«* Sharp : « Organopathy. »

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Ions pneumonie, phthisie, dysenterie, etc., mais dans les caractères spécifiques pris par elle dans la variété que nous observons ou dans Tindivualité du patient qui en est porteur. Ces différences spécifiques ne sauraient être accidentelles; elles font partie d'un tout organique. Si on ne les trouve pas dans le médicament aussi bien que dans la maladie, le premier manque d'autant de cette parfaite similitude qui est nécessaire pour assurer le succès complet.

La méthode par la totalité des symptômes a en outre l'avantage de rencontrer tous les cas possibles. Il n'y a qu'une portion du grand monde des maladies qui aient été étudiées avec assez de soin pour pouvoir être dessinées, planifiées et pourvues de noms. Il n'y a que pour dételles maladies définies que l'on puisse d'avance désigner des spécifiques. Au delà existe une terra incognita des affections les plus diverses, complexes et variables qui jusqu'à présent défient toute classification ou nomenclature.

Aux cas de Côtte nature la méthode symptomatique est seule applicable. Je ne connaissais pas la signification , chez une malade qui était en suites de couches, d'une urine chargée de lithates, avec débilité, découragement, anorexie, abondante transpiration aigre et douleur persistante dans les seins. Mais je trouvai que tous ces symptômes (à l'exception du dernier) appartenaient à la pathogénésie du causticum, et je choisis ce médicament et en obtins les résultats les plus satisfaisants.

Jusqu'ici j'ai soutenu l'exactitude scientifique et l'adaptibilité pratique de la méthode Hahnemannienne. Une telle justification était nécessaire si nous ne voulions pas désavouer ces succès précoces qui firent si rapidement la fortune de l'homœopathie. Mais à mesure que vous lirez ce que je vais vous écrire par la suite, vous verrez qu'il est rare en vérité qu'un parallélisme complet existe entre les symptômes des maladies et ceux de leurs remèdes. Il n'y a que peu de médicaments qui aient été expérimentées complètement, et la forme sous

laquelle les premières pathogénésies nous ont été données fait qu'une comparaison rationnelle de leurs symptômes avec ceux de la maladie est hors de question. Vous nous verrez conduits au simile, — quelquefois par une simple suggestion de la pathogénésie, quelquefois par le témoignage des autopsies, quelquefois par Tîmw in worôÎ5 jetant du jour sur un groupe de symptômes insignifiants autrement ; d'autres fois enfin par Vusus in morbis seul. Mais je voudrais vous faire observer que, quelle que soit la voie suivie, c'est le vrai simile qui est obtenu, c'est-à-dire que nous avons trouvé le médicament en relation spécifique avec la maladie, avec la partie affectée et avec le mode de cette affection. Baptisia éteint la fièvre gastrique d'une manière aussi définie que l'aconit le fait pour la fièvre simple; mais l'emploi du premier nous vient de sources purement empiriques, tandis que celui du second fut une indication exacte de Hahnemann des symptômes de sa pathogénésie.

Permettez-moi de m'étendre un peu plus sur ce chapitre. J'ai parlé de la nécessité de tenir compte de la succession des symptômes. Ceci s'applique spécialement à ceux connus sous les noms de « primitifs et secondaires. » Ainsi, le frisson initial et la chaleur brûlante consécutive de la fièvre sont en apparence des phénomènes opposés ; et il devrait sembler qu'un médicament qui serait homœopathique au frisson devrait être antipathique à la chaleur. Mais l'observation nous apprend que le frisson et la chaleur ne sont que des expressions successives du même état morbide : l'expérience prouve même que la température s'élève pendant que le malade est encore frissonnant. Loin donc qu'un médicament différent soit cherché pour les deux stades, il est essentiel qu'un médicament qui les combatte tous deux soit capable de les causer tous deux, comme le fait, il est vrai, l'aconit. Il est le simile des deux séries de phénomènes parce qu'il est en relation spécifique avec cette altération du processus calorifacient en quoi consiste la fièvre simple. La même chose est vraie de ce qui est connu

SOUS le nom de « symptômes alternants. » Nous connaissons Nux vomica comme un des remèdes de la constipation, et Mercurius de la diarrhée. Mais nous trouvons le relâchement des intestins un symptôme nullement rare dans la pathogénésie du premier, et la constipation dans celle du dernier. Si nous sommes embarrassés, l'observation de la maladie aplanit bientôt la difficulté. Le même état irritable de la fibre intestinale qui chez Tadulte amène les constrictions empêchant la libre évacuation, porte les enfants à Timpatience et à vider souvent le canal. C'est ainsi que dans une affection hépatique chronique il n'est pas rare que le patient se plaigne que ses intestins sont quelquefois indûment resserrés, et quelquefois tout à fait dérangés d'une autre manière. Dans les symptômes alternants donc comme dans ceux appelés primitifs et secondaires la relation de similitude du médicament gît dans sa capacité de produire les uns ou les autres.

De là suit que le « contraria contrariis » est souvent aussi vrai, phénoménalement, que le « similia similibus, » et un guide non moins certain pour la médication appropriée. Je ne veux pas donner à entendre par là qu'un simple pouvoir antipathique de la part d'un médicament le qualifie digne d'une place parmi nos remèdes. De semblables moyens peuvent rencontrer quelquefois des indications momentanées; mais ils se sont toujours trouvés manquer le but dans le traitement d'affections prolongées et récurrentes. Le Bromure de potassium du Df Madden peut avoir , ainsi qu'il le relata dans son essai w contraria contrariis, » apaisé à tel point l'excitation erotique de son patient que celle, toute sympathique, du cerveau a eu le temps de se remettre de sa manie. Niais l'emploi de ce médicament dans l'épilepsie, si vanté de nos jours, est à mon avis une pratique déplorable. Par son influence stupéfiante sur les centres nerveux il suspend les accès pendant un temps, mais ils reviennent bientôt après qu'on l'a discontinué, et le pa- , tient doit forcément vivre sous son influence pendant

toute son existence, avec des inconvénients passés sous silence que son usage développe ; on est condamné à ne suspendre son influence répressive que pour voir les accès reparaître, peut-être avec une nouvelle force après une suspension temporaire. L'adoption de la méthode antipathique comme telle est de plus larement praticable. Très peu d'états morbides possèdent leurs contraires. Pouvez-vous me dire celui de la goutte ou de la scrofule, du typhus ou de Térysipèle? Mais la grande masse des opposés n'est réellement pas contraire, mais complémentaire les uns des autres. Le spasme et la paralysie, l'hyperesthésie et Tanesthésie, la contraction et la dilatation des vaisseaux sanguins, la somnolence et Tinsomnie, la constipation et la diarrhée peuvent succéder les unes aux autres ou se remplacer entre elles ou même coexister chez le même malade. Elles ne sont que des expressions variées d'un état sub-vital d'un organe ou de toute l'économie, la variation dans l'expression étant gouvernée par des lois qui nous sont peu connues jusqu'à présent.

De la sorte nous en arrivons à cette conclusion que le vrai contraire d'o|Aoicc n'est ni Ivavnoç mais «xxotôç, ni opposé ni étranger (1). Si un médicament n*a aucune relation spécifique avec la partie affectée, la thérapeutique homœopathique n'a rien à en faire. S'il possède cette affinité nous ne serons pas empêchés de le donner par une contrariété apparente entre les symptômes produits par le médicament et ceux que présente le malade ce jour-là. Les symptômes opposés et complémentaires peuvent apparaître le lendemain. Toutes les foisj en vérité, quoj de même que dans le tétanos et la paralysie post diphthéritique, ou dans la colique de plomb et le choléra^ l'expérience nous apprend que les symptômes ont lieu dans une direction uniforme, il est nécessaire pour l6

(1) Juste comme le véritable contraire de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence. L'amour et la haine comportent tous deux un intérêt pour leur objet, et sont souvent (dans les degrés les plus inférieurs du premier) réciproques.

simile que les effets des médicaments suivent la même voie. Ce qui veut dire que l'espèce d'affection, aussi bien que la partie affectée, doivent coïncider et dans lamaladie et dans le médicament. Cela est encore plus important lorsque nous venons à faire une distinction entre les dérangements spécifiquement différents qui peiu vent affecter le même organe. De ce qu'un médicament agit sur le foie, et y détermine une inflammation simple, cela ne prouve pas qu'il soit homœopathique à Tatrophie jaune aiguë. Les coliques, le ténesme, les selles mucoso-sanguinolentes et les ulcérations trouvées à l'autopsie dans la dysenterie doivent se retrouver dans le médicament qui la guérira, si le pouvoir d'enflammer la membrane muqueuse du gros intestin doit faire d'un médicament le remède de cette. maladie.

Vous verrez donc que je ne saurais m'accorder avec une pure « organopathie, » ni adopter une exclusive » base anatomique de thérapeutique. » Le rapport spécial entre le médicament et la maladie doit comprendre le caractère aussi bien que la localisation. Mais ce que je désire démontrer est que le rapport spécifique, compris de cette manière, est le fait fondamental sur lequel est basée la thérapeutique homœopathique.

Je crois, il estvrai, que dans l'ordre divin de la nature il y a une harmonie préexistante entre la maladie et Taction médicamenteuse, entre les altérations idiopathiques de l'organisme et l'action des poisons sur lui ; qu'il n'y a pas d'état pathologique, quelque particulier ou complexe qu*il soit, que ne puisse produire aussi quelque médicament connu ou inconnu. Lorsque toutes les substances tirées des règnes minéral, végétal et animal, capables d'aôecter le corps vivant auront été expérimentées sui* lui et leurs effets complètement véi'ifi es, l'art de guérir ne serapas bien loin de laperfection. En attendant, ma^/^ venenum magis remedium. Les polychrestes seront ceux qui correspondront au plus grand nombre et à la plus grande variété d'états morbides, ou à ceux qui se présentent le plus fréquemment. Les médicaments de moindre

importance rempliront les vides dans ceux d'un ordre plus éloigné, ou occuperont des cases qui, si elles étaient abandonnées sans tenants spéciaux, seraient des points faibles dans Tédifice thérapeutique.

Mais revenons à notre règle « similia similibus curentur.))Elle nous apparaît maintenant sous la forme de la lumière d'un poteau indicateur nous dirigeant vers le véritable objet de nos recherches, le rapport spécifique; nous pouvons nous en servir soit a priori, comme lorsque nous étudions la pathogénésie d'un médicament pour vérifier à quelles maladies idiopathiques il correspondra probablement; ou a posteriori^ lorsque en examinant un cas, nous cherchons quel estle médicament capable de déterminer le groupe de symptômes qui est devant nous. Dansl'un ouTautrecas la règle en question est notre guide pour découvrir le spécifique. Il est évident qu'on peut le découvrir d'une autre manière. Quelquefois, comme je Tai déjà dit, par la règle « contraria contrariis curentur, » comme lorsque Hyoscyamus était donné dans l'excitation cérébrale parceque quelquefois il détermine le sommeil. Quelquefois, d'une manière purement empirique, « par le plus pur hasard, » comme nous disons, et dont l'action de l'écorce de quinquina dans la fièvre intermittente est un exemple notable ,

Je ne fais que revendiquer pour la règle « similia similibus » la première place parmi les instruments de cette découverte. Son titre à cette place étant que, par son aide, plus de spécifiques ont été trouvés dans ces cinquante dernières années que n'en ont récompensé les autres modes de recherches pendant les cinq mille précédentes. L'Aconit dans les fièvres simples, l'Arsenic dans celles à type typhoïde, la Belladone dans l'inflammation de la gorge et l'érysipèle, la Bryone et le Rhus dans le rhumatisme, le Calcarea dans le défaut d'assimilation chez les enfants, le Camphre et le Veratrum dans le choléra, la Camomille dans l'éréthisme nerveux, laColoquinthe dans les coliques.

Je pourrais remplir des pages de l'énumération des spécifiques déjà découverts à l'aide de cepuissantinstrument.

SIMILI A SIMIUBUS. 25

Je crois fermement qu'il en viendra de plus en plus à la lumière à mesure que les matériaux augmenteront, et que leur application deviendra plus parfaite ; jusqu'à ce qu'enfin toutes les variétés possibles de maladies auront trouvé leurs remèdes appropriés. Alors, et pas avant, le « novum organon » de Hahnemann cessera d'être nécessaire, car son œuvre aura été accomplie.

C'est l'avenir de lamédecine que j'ai en vue. La « perfection de la matière médicale » dont nous entendons si souvent parler, je ne la regarde que comme un moyen pour une fin ; et le besoin d'une matière médicale quelconque deviendra d'autant moindre que cette fin sera atteinte .

Peu d'entre nous consultent jamais les pathogénésies

d'Aconit ou deBelladonna, d'Arsenic ou de Camphre. Nous

,tous nous connaissons leurs relations spécifiques : toutes

nouvelles applications qu'elles pourraient encore recevoir

ne seraient que l'extension de celles déjà établies.

La pathologie recule d'année en année ses limites plus loin. Le chaos des maladies est sur le point d'être mis en ordre, et presque toutes leurs variétés infinies vont être distinguées, étiquetées et classées. A mesure qu'une nouvelle espèce sera mise en lumière, notre tache sera de lui assigner un remède spécifique ; et si plus d'un médicament correspond à ces symptômes, nous devrons étudier à quelles variétés de maladies chacun d'eux correspondra. Nous bâtirons de la sorte le grand édifice de la thérapeutique spécifique dont je prends la loi des semblables pour n'être que l'échafaudage.

Noter, de temps en temps, les progrès de cette, construction, et donner des conseils pour sa meilleure extension possible ; inscrire tout traitement spécifique tel qu'il a été accepté, et indiquer la direction à suivre pour laire mieux encore, telle estrœuvre qui a besoin d'être accomplie. Les pages suivantes, quelque faiblement et imparfaitement exécutées qu'elles soient, seront au moins tournées dans cet esprit et dans ce but. Si, en vous aidant et d'autres qui pourront les lire, elles contri-

HUGHBS. — Thérap. homœop. S

buenten quelque chose, si peu que ce soit, à notre connaissance des vrais rapports spécifiques, je ne me serai pas fatigué en vain.

J'ai consacré tant de place à Tétude de la signification de notre loi fondamentale, que je dois remettre à une autre lettre les questions variées que soulève son application convenable.

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