‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 7 sur 189 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

LA DOSE ET SA RépÉTITlON ; — CHANGEMENT ET ALTERNANCE DES MEDICAMENTS ; — AUXILIAIRES J — LES DEVOIRS DU MEDECIN HOMŒOPATHE.

Vous voici en présence d'un cas de maladie. Vous êtes en possession, soit par quelque adaptation préalable du remède à la maladie, soit par la comparaison des symptômes qu'elle présente avec la matière médicale, du médicament semblable qu'il vous faut. Mais plusieurs questions restent à décider avant de l'employer ; et une des premières qui se présentent est celle de la dose à laquelle vous devez l'administrer.

Vous avez probablement appris déjà que tandis que tous les praticiens de notre école s'accordent sur le principe qui doit présider au choix du médicament, ils sont fort divisés quant aux quantités à en donner. Il me serait de peu d'utilité d'ajouter mon opinion individuelle à la multitude déjà existante ; mais vous aurez à vous en former une sur ce sujet, et je puis au moins vous fournir quelques données sur lesquelles vous aurez à asseoir votre jugement.

Voici l'histoire de la a dose homœopathique . » Lorsque Hahnemann commença à prescrire des médicaments suivant la règle a similia similibus » il les donna aux doses usuelles. Il n'y a rien de surprenant que les symptômes éprouvés par ses malades, quoique en fin de compte enlevés, fussent souvent tout d'abord très aggravés. Il n'y a pas de difficulté à démontrer que les doses ordinaires d'Arsenic, contre lesquelles un estomac sain lui-même a besoin d'être protégé, devaient augmenter l'irritation chez un autre déjà enflammé. C'est ainsi qu'Hahnemann en

arriva à réduire ses doses. Je ne saurais dire à quel degré de cette réduction il trouva que des fractions d'une petitesse qu'il avait éôé impossible de rêver jusque-là exerçaient encore une influence puissante. Mais une fois satisfait du pouvoir des doses infinitésimales, il les adopta avec enthousiasme comme une partie du nouveau système de médecine qu'il inaugurait. Il régla leur préparation par une échelle ûxe de dilution, la centésimale. Avec son aide, il la poussa hardiment jusqu'à ce qu'il eut atteint, à la 30° dilution, le décillionnième. Ici il s'arrêta, et semble avoir voulu tirer à ce point « une ligne dure et ferme. » Dans ses «Maladies chroniques^ » il recommande de donner tous les médicaments à la 30* dilution, avançant ainsi à ce point la plupart des constituants de sa « matière médicale pure » auxquels il avait ici assigné les 12*, 9* ou 3® dilutions, ou même la teinture mère, comme plus convenables. A l'exception d'une suggestion de la préface à sa pathogénésie de Thuya, que ce médicament pourrait avec avantage être atténué jusqu'à la 60® dilution, il semble avoir regardé lui-même la 30° comme une ultime.

Mais ses disciples furent plus royalistes que le roi. Un petit nombre, il est vrai, parmi lesquels Trinks est éminent, refusèrent de suivre le maître, et n'employèrent que les premiers, deuxièmes et troisièmes degrés de l'échelle. Mais les plus enthousiastes la poussèrent jusqu'à atteindre la 200°, et ne s'arrêtèrent pas là. Vous trouverez un récit des actes de ces a hauts dilutionnistes » dans les lectures du D'*Dudgeon. Ils sont presque tous morts en Allemagne, et n'ont trouvé que fort peu d'imitateurs en France ou en Angleterre. Mais en Amérique, l'Ecole a pris un nouvel essor. Avec de nombreux praticiens dans ce pays, la 200® est considérée comme une basse puissance, convenable pour l'usage habituel ; tandis que la millième forme une nouvelle unité d'où l'on part, et nous entendons parler de cures obtenues à l'aide de la 71 m., ce qui signifie la 71,000' dilution ! ! Encore plus, récemment on a inventé une « machine à dynamiser » pour rendre l'atténuation

capable d'être portée encore plus haut. Et la dix-millionnième a déjà été atteinte I

Je vous laisserai vous-même vous édifier, si vous désirez le faire, sur les prétentions élevées en faveur de ces « hautes puissances. » Elles sont entièrement en dehors de i'homœopathie dans laquelle je veux vous aider à vous instruire. Je ferai plus pour vous en vous apprenant en quoi consiste et a consisté la question des doses dans ce pays, laquelle est (à Texception mentionnée ci-dessus) une représentation exacte de tous les autres sur ce sujet.

Le nombre des médecins convertis à I'homœopathie dans la Grande-Bretagne paraît avoir augmenté à dater de la publication de la 2° édition de la Matière médicale pure, La pratique la plus ancienne mentionnée dans la littérature anglaise montre que Ton y employait les dilutions moyennes, surtout de la 3« à la 12®, et que Ton administrait même fréquemment la 30®. Mais il se manifesta bientôt une tendance à descendre plutôt qu*à remonter réch^lie.Les écrits du D'Drysdale (1) et du D'Madden(2), et les cas rapportés par le T>' Henderson (3) font voir la marche de ce progrès. Les statistiques dressées par le D*" Bayes (4) montrent comment beaucoup de praticiens anglais se sont ralliés à cette pratique, mais elles révèlent aussi ce fait que la grande majorité d'entre nous continue à employer, en même temps que les basses dilutions (comme celle de 3 et au-dessous), les plus hautes de Téchelle (depuis la 6®). Peu de praticiens se servent de ces dernières exclusivement, et quelques-uns, qui ne sont pas des moins distingués, se sont faits les avocats de la teinture mère comme la forme normale de notre médecine (5).

(1) British Journal of Hom., vol. VI, 1.

(2) Ibid., XI, 1.

(3) Ibid., VIII, IX, etc.

(4) Ibid,, XXX, 1.

(5) Parmi ces derniers se trouve le D*" Yelanani (Voy. Monthly Homceop, Rev., XV, 742), qui a dernièrement, dans un mémoire lu & la Société homœopathique anglaise, tenté de formuler la règle des doses comme il suit : a Donnez assez du médicament lui-même pour développer une action physiologique, et pas plus ; donnez-en

L'expérience, néanmoins, paraît être en faveur d'un champ plus étendu de doses ; et il existe une opinion généralement accréditée, qui attribue aux basses dilutions une meilleure action dans les maladies aiguës, et aux hautes dans les maladies chroniques.

Le D^ Black a depuis imprimé à cette question une impulsion pratique, laquelle, si elle était suivie, conduirait à des résultats très importants. Dans trois mémoires récents, il a conclu que, sans mettre en doute Taction des hautes atténuations, il n'y a aucune preuve de leur efficacité supérieure à celle des basses; que en supposant les dernières aussi utiles, il y a toutes sortes de raisons pour qu'on les préfère dans la pratique ; et qu'en conséquence il serait à désirer que chacun expérimentât, afin de savoir si les atténuations au-dessous de la 3' centésimale ne suffiraient pas à tous les besoins de la pratique. Vous pèserez ses arguments, et les discussions qui suivirent la lecture de ses mémoires; j'espère qu'ils vous engageront à adopter ce genre de doses comme le fond de votre pratique. Mais de temps en temps, dans les cas difficiles, ou avec des médicaments dont la réputation a été faite par les hautes dilutions, essayez ces dernières, et poursuivez votre expérience. Si elle coïncide avec la mienne, elle vous conduira avec le temps à leur donner une place définitive et nullement insignifiante parmi vos armes de guerre.

assez peu pour éviter raggravation médicinale et pas moins. » Réunissant ces deux conditions (dont la première dans un but pathogénétique, la deuxième, dans un but thérapeutique), le résultat est que la dose curative se trouve être tout près de la limite de la dose physiologique. Mais, ainsi que le D»" Drysdale le fit remarquer dans la discussion qui suivit, cela ne * pourrait s'appliquer qu'aux efiets pathogénétiques a absolus » du médicament, c'est-à-dire à ceux que l'on peut produire à volonté, et non à ces effets a contingents » qui dépendent de la susceptibilité individuelle, et sont, à un très haut degré, indépendants de la quantité. Toutefois cette règle, en soi, est bonne ; et elle sera peut-être mieux effectuée en augmentant vos doses guttatim tous les deux ou trois jours dans les cas chroniques, jusqu'à ce que vous ayez obtenu les effets physiologiques ou thérapeutiques.

Je me suis abstenu soigneusement de vous influencer soit dans ces lettres soit dans mes leçons, quant à la question des doses. Lorsque je vous ai entretenu de nos médicaments, j'ai indiqué lesquelles des hautes ou des basses dilutions ont été le plus en faveur, ou encore si le succès a été revendiqué pour les deux de différents côtés. En étudiant actuellement le traitement des maladies, je me contenterai de nommer la dilution des médicaments que je recommande, seulement quand ce sera par la dose aussi bien que parle remède que Texpérience aura été acquise. Vous serez ainsi mis en position d'essayer, comme chacun de nous a eu à le faire, la question par vous-même; et le résultat auquel vous arriverez sera au moins le vôtre, et non emprunté de seconde main à d'autres.

Pour la bibliographie sur la question des doses je vous renverrai aux Lectures de Dudgeon, aux mémoires déjà cités et à ceux du D' Madden : A few words about the dose (Quelques mots encore sur la dose), Brit. Journ. of Hom.,XIX, 293, Thoughts on dynamization (Réflexions sur la dynamisation), îbid.y XXIII, 529. De plus aux écrits des D^s Cockburn et Q. -T. Blake, avec les discussions qui suivirent leur lecture à la Société homœopathique anglaise, et consignées dans les Annah^ vol. III etV; et celui du D^'CarroU Dunham: Use of high Potendes in the treatment of the sick (Emploi des hautes puissances dans le traitement des malades), dans le quatrième volume de V American homœopathic Review.

1. Vous remarquerez que chez nous la question de la dose est celle de 1' « atténuation » ou « puissance » et non du nombre de gouttes ou de grains. La dernière est de peu d'importance, en tant que quantité. Mais s'il y a du vrai dans le principe qu'une division minutieuse étend une quantité donnée dans un plus grand rayon (1) et qu'un

(1) Voy. les observations de Dopplep dans l'essai du D*" Samuel Bpown, dans Ylntroductùm to the Study of ffomœopathyj par les D" Drysdale et RusselK

certain nombre de spermatozoïdes est nécessaire pour assurer la fécondation, il semblerait probable que plusieurs gouttes au moins des dilutions les plus élevées devraient faire plus d'impression qu'une seule. J'agis en général d'après cette théorie, mais je n'ai encore, par les résultats obtenus, rien de positif à affirmer.

2. Vous avez choisi votre médicament et fixé la dilu^ tion que vous voulez employer. Les gouttes de teinture que vous prescrirez seront nécessairement mélangées à de l'eau, et les grains de trituration suspendus dans le même véhicule ou mis à sec sur la langue. La question qui se présente alors est celle de la fréquence de la répétition de la dose. Il est étrange qu'il puisse y avoir quelque différence d'opinion sur ce sujet. Vous agirez presque instinctivement comme le fait la grande masse des praticiens, c'est-à-dire que vous donnerez le médicament une ou deux fois par jour dans les maladies chroniques, et dans les maladies aiguës, depuis toutes les quatre heures jusqu'à toutes les quinze minutes suivant la rapidité du processus morbide que vous combattez. Mais vous trouverez que, tandis que la dernière pratique est presque universelle et a reçu, à propos du choléra, la sanction de Hahnemann lui-même, il en est autrement dans les maladies chroniques. Le maître (1) et ses discij^les immédiats, et de nos jours ceux parmi nous qui se désignent spécialement par son nom, soutiennent dans ces cas la pratique de ne donner qu'une dose, et « de la laisser agir » pendant un certain temps. Une certaine « durée d'action» est attribuée dans la Matière médicale pure et dans les Maladies chroniques (je ne sais sur quelles garanties) à chaque médicament; et le praticien est considéré comme impatient si avant cette période il répète sa dose. Vingtquatre heures est la plus courte de ces durées ; et une

(1) Dans ses dernières années, Hahnemann parait avoir abandonné cette pratique en faveur de celle de donner des doses journalières dans les affections chroniques, en augmentant la quantité à chaque administration.

semaine, trente, quarante, cinquante jours ne sont pas rares.

Je ne condamne pas de propos délibéré un tel mode de pratique. Au contraire, je le[crois digne de considération ; mais je dois prévenir qu'il a encore besoin d'être établi sur des bases expérimentales. Il n'y a pas de preuves de la longue durée d'action attribuée à certains médicaments. Il existe des divergances d'opinion parmi les hahnemanniens eux-mêmes sur le point de savoir si les hautes ou les basses dilutions agissent plus longuement. Le professeur Hoppe a traité ce sujet très habilement à leur point de vue dans le vingtième volume du British Journal of homœopathy. Mais tandis que nous pouvons lui accorder que dans certains troubles récents de l'organisme une impression médicinale unique est capable de rectifier la balance désaccordée et de mettre en train le processus qui ramènera la santé, il semble plus probable que dans une maladie de plus longue durée, en particulier s'il y a en même temps lésion organique, une répétition constante et régulière de semblables impressions à intervalles pas trop prolongés ferait beaucoup de bien. En tous cas des cures sont fréquemment accomplies par ce moyen, en sorte que si la répétition est inutile elle est en même temps inoffensiv^.

Je vous recommande donc, pour votre propre part, de suivre le mode ordinaire de procéder. Mais il est juste que vous connaissiez l'existence de cette doctrine et de cette pratique; et je ne vois aucune raison pour laquelle vous ne l'essayeriez pas dans les cas où vous connaissez réellement la longueur de l'action d*un médicament, et où vous êtes à même de surveiller les symptômes de votre malade. Je vous conseillerais tout particulièrement lorsqu'une amélioration décisive se sera montrée une fois, de suspendre le médicament, et de laisser pendant un certain temps la Vis medicatrix naturœ agir seule, ne répétant le médicament que si l'amélioration venait à mollir.

3. Actuellement, examinons si vous continuerez votre médicament. Attendrez-vous, lorsque vous aurez choisi le

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