LETTRE XVIII
Les névroses.
Dans cette lettre, je me propose d'étudier la thérapeutique d'un groupe de maladies, lesquelles, quoique appartenant évidemment au système nerveux, ne sont pas localisées d'une façon définie dans aucune de ses divisions, et les intéressent peut-être toutes. Ce sont Tépilepsie, la chorée, les tremblements, Thystérié et la catalepsie. Elles forment, avec certaines autres affections (comme la migraine, les névralgies, etc.) dont il est traité ailleurs, le groupe des névroses.
Je parlerai d'abord de 1'
Sous ce nom, je ne comprends que la maladie idiopathique. Toutes les convulsions symptomatiques ettoxémiques, quoique épileptiformes en apparence, doivent ici être exclues, si nous voulons éviter toute confusion. En cela, je suis l'exemple de tous les auteurs. Trousseau, Van der Kolk, Brown-Séquard, Russell Reynolds, Sieveking et Radcliffe, qui ont récemment écrit sur cette maladie. Pour remplacer ces ouvrages du côté thérapeutique, l'homœopathie possède de nombreuses relations de cas de soulagement et de guérison, dont la plupart sont contenus dans une collection faite par le D' Baertl, que vous trouverez traduite dans le vingt-deuxième volume du Britïsh Journal ofRomœopaihy, Y ous devriez lire aussi les deu'x leçons sur Tépilepsie dans les Climcal lectures
du D' Russell.
Vous VOUS demanderez peut-être, cependant, sUl est à propos d'aller plus loin avant de savoir si Thomœopathie peut faire mieux que ce que la pratique de la vieille école obtient par l'usage aujourd'hui universellement répandu des bromures. J'ai étudié à fond cette question lorsque j'ai parlé du Bromure de potassium dans mes leçons, et j'en suis venu à conclure que les doses fortes et continues du médicament, qui étaient nécessaires pour suspendre les attaques, étaient elles-mêmes si préjudiciables, que le traitement bromure de Tépilepsie ne doit pas être adopté, si ce n'est lorsque la fréquence des convulsions menace la vie ou la raison, et alors comme un palliatif temporaire. Rien de ce que j'ai lu ou vu depuis n'a changé ma manière de voir. Le D^ Hammond, qui a eu pour sa part trois cas de mort de bromisme, et reconnaît la cachexie produite par les hautes doses qu'il est nécessaire de donner, considère néanmoins que la production d'un semblable état est favorable à l'extirpation de la tendance épileptique, et en conséquence s'efforce de la produire aussitôt que possible. Chose assez étrange, cependant, il en arrive à dire que, parmi les composés du Brome, celui qu'il forme avec le zinc a, dans plusieurs cas, été extrêmement efficace, en arrêtant les accès là où les autres bromures avaient échoué, mais que le bromisme n'était pas un des résultats de son administration. Il estime néanmoins que le Brome du composé exerce une influence curative considérable. Quand, de plus, il parle du pronostic, il dit que (( les cas .récents peuvent souvent être guéris, mais que ceux qui ont déjà quelques années de durée peuvent rarement être amenés à une terminaison favorable. » Comme J'homœopathie ne parle pas certainement d'une manière moins encourageante, mais au contraire plus, et qu'elle n'a pas besoin d'empoisonner ses malades dans ses procédés pour les guérir, je pense que vous pouvez en conscience mettre de côté les bromures quand vous avez à traiter des épileptiques, et vous trouver satisfaits de
I faire de votre mieux en agissant suivant la méthode de
I Hahnemann.
ÉPII^EPSIE. 227
Etudions Tétat que nous avons à traiter chez les malades affligés de cette maladie.
.C'est un état morbide chronique d'une certaine portion des centres nerveux (généralement, sinon toujours, la moelle allongée) qui conduit à une production irrégulière de sa force, et à des décharges explosives occasionnelles do celle-ci. Cet état morbide peut être une infirmité héréditaire, ou peut être acquis sous l'influence de causes émotionnelles déprimantes ou autres, ou d'irritations excentriques continues. Dans chaque cas lui-même se trouve la cause prochaine contre laquelle notre médication doit être dirigée. Les accès sont seulement Tindication de sa présence.
Nos médicaments utiles pour cet état sont de plusieurs espèces. Il y a, en premier lieu, certains poisons végétaux dont Taction intense peut déterminer des convulsions épileptiques. Ce sont l'Acide hydrocyanique, les trois Ombellifères, -^nanthe crocata, Cicuta virosa, et ^thusia cynapium^etla Belladone. Ensuite, nous avons quelques substances minérales, dont Faction longtemps continuée donna lieu à de semblables phénomènes. Je parle du Cuivre, du Plomb et de l'Arsenic. En dernier lieu, il y a des médicaments qui, quoique ne causant jamais d'accès épileptiformes, ont une relation certaine soit à la surexcitabilité des centres nerveux, soit à leur nutrition imparfaite. Dans la première classe sont la Strychnine et ses mines (comme on peut les appeler), Nux vomica et Ignatia; dans la seconde, nous avons Calcarea et Silicea. Ces médicaments constituent notre arsenal anti-épileptiquo ; il est rare que vous ayiez à chercher en dehors de lui. Permettez-moi devons esquisser leur adaptation à l'épilepsie dans ses différentes périodes, et dans les formes sous lesquelles elle se présente.
Et d'abord, quant à l'accès lui-même, pouvons-nous quelque chose pour le prévenir, lorsque des symptômes prémonitoires nous en donnent le temps et l'occasion? Si nous le pouvons, je pense que ce doit être par l'emploi de la méthode antipathique de préférence à rhoinopopa«
thique, quoique l'un des médicaments avec lesquels nous arrivons à ce but soit particulier à l'école de HaJinemann. Je parle ici du Glonoïn. Dans ma leçon sur cette substance, j'ai développé les raisons que j'avais de croire qu'elle agissait immédiatement sur la moelle allongée, et par elle sur les nerfs vaso-moteurs de la tête et de la face, déterminant ces rougeurs et ces battements bien connus. Il occupe ainsi le même terrain et traverse le même chemin que le Nisus épileptique, pendant que son influence est précisément contraire, et il agit avec une rapidité presque égale. Il répond de la sorte sous tous les rapports à tous les besoins d'une palliation antipathique efficace, et devrait être très utile en cette qualité. J'ai conseillé de l'employer dans ce but il y a dix ans (1) ; mais je n'ai paâ eu d'occasions suffisantes pour essayer son efficacité. Sur ces entrefaites, cependant, un autre agent d'une nature analogue a été introduit dans la pratique ordinaire : le Nitrite d'amyL Les D"*» Weir Mitchell et Crichton Browne découvrirent en même temps la possibilité de l'appliquer au traitement de l'attaque épileptique, et ont fajt de très-favorables rapports sur son emploi. Le D'^ Hammond le préconise aussi, mais en limite avec juste raison l'usage aux cas dans lesquels la face devient d'ordinaire pâle au moment même où commence l'attaque. Il ne lui a trouvé, comme on pouvait s'y attendre, aucun pouvoir curatif lorsqu'il est donné systématiquement. On devrait faire inhaler le Nitrite d'amyl : on peut toucher la langue avec la première dilution décimale de Glonoïn.
Le traitement que nous adoptons dans l'intervalle des attaques, dans le but de prévenir leur retour, sera quelque peu modifié suivant que la maladie sera récente ou durera depuis longtemps. Pour Tépilepsie d'origine récente, nous avons deux médicaments précieux, qui n'ont que peu ou pas de pouvoir sur les cas confirmés. Ce sont Ignatia et Hydrocyani acidum.
(1) Voy. Hughes, Action des médicaments ou Manuel de Phav' macodynavnique, traduction française, Paris, 1874.