‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 8 sur 189 · CHANGEMENT DE MÉDICAMENT · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE MÉDICAMENT

simillimum de Tétat de votre malade, que celui-ci soit guéri par ce remède seul ? Qu'il puisse être guéri ainsi serait peut-être l'idéal et le but ultime de la méthode homœopathique. Mais cela n'est certainement pas praticable pour le moment, dans une maladie chronique, même dont le point de départ aurait été dans un organe ; d'autres organes graduellement sont envahis, et il est probable que le sang et le système nerveux ont dévié de l'état sain. Un certain nombre d'éléments morbides concourent à la formation de la maladie concrète qui est devant nous ; et il n'est nullement certain que, même si vous pouvez découvrir la lésion primitive, vous puissiez détruire les branches en coupant l'arbre et la racine. Très souvent aussi, la tendance de la pathologie moderne est de dire presque toujours (1) que l'affection a commencé dans tout le système en général avant de se localiser dans quelque organe particulier. D'où il suit que votre traitement d'une maladie chronique doit en général être le démêlage des fils d'un nœud compliqué, et que vous serez obligé de recourir à plus d'un médicament pendant son cours. Revoyez avec soin les symptômes de votre malade de temps en temps ; et si quelque amélioration ayant résulté du médicament qu'il prend actuellement paraît s'être arrêtée, voyez si quelque autre médicament ne vous semble pas plus convenable. Ne vous pressez seulement pas trop de changer. Gardez l'idéal devant vos yeux, même quoiqu'il soit inaccessible pour le motnent. Vous pouvez quelquefois, si les symptômes indiquent encore le premier médicament, vous contenter de changer son atténuation, soit en montant, soit en descendant. Vous devez vous en tenir aussi fermement que possible, pendant tout le traitement, aux médicaments que vous aura indiqués votre première étude du cas, si elle a été complète.

4. Dans les maladies aiguës, nous pouvons approcher plus près du but. Dans beaucoup de cas nous pouvons opposer

1) Voy. l'adresse sur la médecine présentée par sir Williams Gull à l'Association médicale Anglaise, 1868.

CHANGEMENT DE MEDICAMENT. . 35

à tout un groupe de symptômes un seul et même médicament, et voir ceux-ci disparaître sous sa seule influence. Le nombre des maladies capables d'être combattues de la sorte augmente continuellement et elles forment quelquesunes des parties les plus satisfaisantes de notre pratique. De plus, toutes les exceptions n'en sont véritablement pas ; par exemple, lorsque des maladies ont des stades bien marqués, comme la méningite, la fièvre typhoïde, la coqueluche^ ce n'est pas se départir de l'idéal spécifique d'appliquer à chaque stade un médicament différent ; et la conformité est complète quand les médicaments des différents stades montrent qu'ils ont le pouvoir de guérir la maladie là et avant qu'elle n'aille plus loin. Ainsi, par exemple, lorsque la coqueluche est un catarrhe avec une toux violente hors de proportion avec l'irritation inflammatoire, l'Aconit et l'Ipécacuanha en couvrent précisément les symptômes, et la guérissent de temps en temps. Mais lorsqu'elle devient un spasme pur, elle a dépassé le champ d'action de ces remèdes, et Drosera, Belladonna, . Corallia, etc., etc., prennent leur place. On peut en dire autant de Baptisia et d'Arsenicum dans les première et deuxième période de la flèvre gastrique ; et vous êtes familiarisé déjà avec ces faits dans les rapports du mercure et de l'iodure de potassium avec la syphilis secondaire et tertiaire. Reconnaissant ce principe des périodes, et appropriant avec soin nos médicaments aux Variétés, je pense que nous pouvons, dans les maladies aiguës, faire du médicament unique la règle plutôt que l'exception (1).

La question que nous venons de traiter touche de près à celle de Valternance^ sur laquelle je veux actuellement dire quelques mots.

Que ferez-vous lorsqu'aucun médicament ne couvrira tous les symptômes présentés par votre malade ? Dans

(1) Sur ce sujet, Vous devriez lire un mémoire du D*" Neville Wood {Annals, I, 416), avec la discussion qui suivit sa lecture à la Société bomœopathique Anglaise.

les maladies chroniques, je pense qu'il ne peut y avoir d'hésitation sur la réponse à cette question. Vous devez donner le médicament correspondant aux symptômes les plus importants, et le laisser jouer son rôle avant d'en essayer un autre. L'adoption d'un procédé différent amènerait de la confusion, certainement, dans les résultats de votre pratique, et probablement dans l'organisme de votre malade . Excepté dans un petit nombre de circonstances dans lesquelles l'exception est autorisée à la fois par la raison et l'expérience, la règle est de ne jamais donner plus d'un médicament à la fois dans les maladies chroniques.

Mais les maladies aiguës font voir encore la question sous un aspect différent. On n'a souvent pas le temps d'attendre que l'effet d'un médicament soit épuisé avant d'en donner un autre, ou encore, on ne peut demeurer près de son patient le temps nécessaire pour épier le moment favorable pour changer le médicament ; en sorte que, uniquement comme expédient pratique, nous sommes quelquefois entraînés à alterner, puisque nous ne . pouvons mélanger. Enfin, il se présente des cas comme ceux signalés par le D' Russell, dans lesquels deux processus morbides, comme la variole et le typhus, parcourent leur champ en même temps dans l'économie. Ceci, que l'on considérait comme impossible au temps de Hahnemann, nécessite une modification à la sévérité de sa règle de ne donner qu'un médicament à la fois, et nous encourage en outre à croire que deux actions médicinales, aussi bien que deux maladies, peuvent évoluer côte à côte sans collision. Il ne manque pas d'autres exemples dans lesquels l'emploi de plus d'un médicament à la fois paraît justifié. Le processus pathologique que nous appelons dysenterie trouve son analogue précis dans Mercurius corrosivus, et très souvent ce médicament seul répond à tous nos besoins. Mais quelquefois la fièvre, ou les coliques, ou l'hémorrhagie, ou encore le ténesme sont si intenses, qu'un médicament alternant convenable pour l'affection prédominante semble avoir sa raison

(T être y et est certainement utile. Il en est de même lorsque la coqueluche se complique de bronchite, il serait à peine sage de négliger votre médicament pour la névrose, parce qu'il vous en faut donner un pour la phlogose ; vous êtes donc obligé d'alterner.

Tous ces cas sont très diflPérents de la pratique aveugle d'alterner deux médicaments comme une chose «qui va sans dire ; » ou parce que vous les croyez également bien indiqués, et que vous ne sauriez choisir entre eux. Cela n'a qu'à être mentionné pour être condamné. L'alternance devrait toujours être pratiquée, non « sans protestation, » mais comme un procédé exceptionnel. L'exception n'^t pratique qu'en partie, et peut disparaître à mesure que nos connaissances avanceront. De même que nous remplaçons souvent deux demi-vérités contraires par quelque vérité entière plus profonde qui les embrasse toutes deux, de même dans beaucoup d'occasions dans lesquelles nous alternons actuellement deux médicaments, on pourra en découvrir un qui couvrira à lui seul tous les symptômes. Je pense, il est vrai, que nous alternons souvent inutilement, mais je suis disposé à croire jusqu'à un certain point que l'alternance repose sur un principe ; qu'il y a (les preuves appartiennent au D"^ Madden) des étoiles doubles dans le firmament de la médecine, des composés qui sont eux-mêmes des éléments de la chimie thérapeutique. Je ne parle pas de ces médicaments comme l'Hepar sulfuris, qui est un composé de Sulfur et de Calcarea. Ici la combinaison est chimique et elle a été expérimentée comme médicament' simple. « L'homœopathie binaire » dont je parle est vitale et non chimique ; les réactions des médicaments n'ont pas lieu entre eux, mais avec les organes dont ils influencent les divers tissus ; je veux seulement vous suggérer ceci : c'est une enquête qui demande à être faite. Mais pour indiquer justement ce que je comprends : Il m'est difficile de concevoir un médicament plus homœopathique à la fièvre de la rougeole que l'Aconit, et on se trouve toujours mal de le suspendre ; et cependant HUOBES. ^ Thérap. homœop. 3

VOUS devez alterner avec lui d'autres médicaments si vous avez à soulager le coryza, la bronchite ou la diarrhée dont votre malade peut souffrir.

Pour de plus amples suggestions afin de baser votre alternance à Toccasion sur des principes fixes, je vous renvoie au mémoire du D' Drysdale sur ce sujet, dans le troisième volume des Annals. J'appelle spécialement votre attention sur ses remarques sur Texaltation de susceptibilité spéciale qu'amène quelquefois ralternance. J'ai rencontré assez souvent des résultats comme celuici : le médicament A a amélioré le cas jusqu'à un certain point, alors le médicament B a eu à le remplacer; lorsque l'action de celui-ci a été épuisée, il semble qu'il n'y a aucun médicament meilleur simile que le médicament A, lequel améliore encore le cas pour un certain temps, et alors revient le médicament B, jusqu'à ce qu'à la fin la guérison ait lieu.

5. Après celles de la dose et de l'alternance, la question la plus discutée dans nos rangs concerne l'emploi de ce que l'on appelle les auxiliaires* Actuellement je ne puis m'empêcher de penser que beaucoup parmi les sentiments qui portent à employer ce terme sont malsains et demandent correction. Mais il existe un emploi correct de ce terme et une opinion juste sur lui qui peuvent être interprétés de la manière suivante.

Supposons un praticien de la médecine traditionnelle embrassant pour la première fois la doctrine homœopathique. Il sent, selon l'expression du D»* Russell, a qu'un rayon de soleil a éclairé subitement sa pratique ; » il a conscience qu'il est en possession de nombreux agents thérapeutiques nouveaux et d'une clef pour la découverte de beaucoup d'autres. Mais abandonne-t-il alors ceux dont il appris jusqu'à présent à se servir? il serait bien fou d'en agir ainsi. Tout au contraire, il érige son nouvel édifice en dedans des murailles et sous le toit du premier. Il commence par traiter des cas choisis avec ses nouveaux remèdes, ne changeant rien encore au fond de sa pratique habituelle. A mesure qu'il gagne confiance et

AtlXILIAlRES. 39

expérieDce, il pousse son homœopathio plus loin et laisse ses anciens procédés de plus en plus au deuxième plan. A la fin, ces derniers sont devenus Texception, et les premiers la règle de sa pratique, et le terme « homœopathique » devient justement applicable à sa position et à sa manière de traiter,

A présent, il en est du praticien isolé comme de toute récole qui suit les enseignements de Hahnemann. Nous ne doutons pas, à part nous, que les semblables soient guéris par les semblables. Mais c'est chose toute différente d'affirmer que les semblables guérissent toutes les maladies sans l'aide d'autres moyens. L'essai seul peut décider jusqu'à quel point cela est vrai, et la pratique homœopathique, envisagée scientifiquement, est une vaste expérimentation en vue de décider la question. Dans le cas de beaucoup, je puis dire de la plupart des maladies, elle y a déjà, répondu par l'affirmative; dans quelques-unes, en petit nombre, la réponse est déjà négative, mais dans ce qui reste l'expérimentation est pendante, et la question aussi; et alors qu'ici nous employons, comme nous devons le faire, quelques-unes des ressources de la vieille école, nous devrions reconnaître largement que ce sont des auxiliaires étrangers. Vous trouverez des exemples de ce que je veux dire dans plusieurs des lettres que je vous écrirai.

Mais c'est tout différent d'appeler auxiliaire toute ressource en dehors des médicaments spécifiques que nous administrons^ et de l'employer « à son corps défendant » et avec le sentiment de l'imperfection et du besoin d'exécuter. Il me semble à moi qu'une pareille façon de penser est malsaine et même démoralisatrice. Le fait de « donner des médicaments, » quelque important qu'il soit, n'est certainement ni le commencement ni la fin des devoirs du médecin. 11 a encore à faire servir aux besoins de son malade toutes les forces naturelles et les circonstances qu'il a sous son contrôle, la chaleur et le froid, la lumière, l'air et l'eau, le repos et l'exercice, la nourriture et les stimulants. Il a à enlever les obstacles méca-

Page 1