IV. — Conditions de contact
La question du contact des corps mis en réaction est peutêtre la plus importante au point de vue du rendement. Bien que le vieil adage corpora non agunt^ nisi solutay soit loin d'être absolu à l'heure actuelle, il est cependant indéniable qu'une réaction se fera d'autant plus complètement que le contact entre les réactifs sera plus parfait. D'autre part, il y a souvent intérêt à rendre ce contact progressif plutôt que brusque, surtout si les échaufTements locaux sont à craindre. En revanche, une fois la réaction achevée, il sera souvent utile, sinon nécessaire, d'empêcher ou de restreindre le contact entre le produit de transformation et l'excès du ou des réactifs dont on s'est servi.
Ces diverses conditions peuvent être réalisées grâce à de nombreux artifices. Ainsi, l'application d'un dissolvant commun, celle de la chaleur et de la pression, permettent d'obtenir un contact beaucoup plus parfait; il en est de même de l'emploi des corps poreux ou des agents catalytiques dont nous décrirons un exemple typique dans la deuxième partie de
i2 MANUEL DE TRAVAUX PRATIQUES DE CHIMIE ORGANIQUE.
cet ouvrage (Voy. Préparation du cyclohexanol, p. 203). D'autre pari, la soustraction du produit final à l'action ultérieure des réactifs pourra facilement être réalisée, si l'on effectue la réaction en présence d'un dissolvant capable de dissoudre le produit en question à l'exclusion des dits réactifs (Exemple : Nitrosation de Véthcr fjlycinique en présence d'éther, J. prakt. Chem.y [2], 38, 401. Ces divers dispositifs seront d'ailleurs illustrés par des exemples choisis que l'on trouvera décrits plus loin, mais il existe en outre un mode opératoire très général qui est l'agitation mécanique et dont nous allons dire quelques mots.
Modes d'agitation mécanique. — L'agitation mécanique, au l refois réservée à l'industrie chimique, est aujomrd'hui d'un usage courant dans tous les laboratoires. Elle est utilisée pour toutes les opérations d'une certaine durée qui nécessitent, soit Taddition progressive d'un réactif et l'élimination des échauffements locaux, soit l'amélioration du contact entre deux substances non miscibles, l'une au moins des matières étant liquide.
Le dispositif le plus employé dans les laboratoires est le suivant.
La substance liquide sera introduite dans un vase clos ou ouvert, de forme appropriée (ballon à large col, conserve, etc.), pouvant éventuellement être refroidi extérieurement; on fera plonger légèrement dans ce liquide un agitateur en verre ou en métal (plalinc, fer, nickel), de forme variable, et l'on communiquera à cet agitateur un mouvement de rotation rapide en fixant sa partie supérieure à une poulie, reliée elle-même par une courroie ou une ficelle à une turbine à eau ou à un petit moteur électrique ou à air chaud. L'autre substance réagissante sera introduite soit d'un seul coup si la réaction est lente et progressive, soit par petites portions dans le cas contraire; pour les liquides on se servira avantageusement d'un tube à brome doublement coudé qui permettra une introduction automatique et Fégulière; pour les solides, on se servira d'une main en papier ou en métal et on projettera la matière par fractions aussi faibles que cela sera nécessaire.
Si les corps sur lesquels on opère doivent être maintenus à l'abri de l'humidité ou même de l'air, on modifiera légèrement le dispositif précédent, de façon à lui donner la* forme représentée par la figure 4.
Dans cet appareil, îe ballon à large col où se trouve la substance est fermé par un bouchon de liège ou de caoutchouc,