‹ Manuel de vivisectionsChapitre 25 sur 90 · ŒSOPHAGE · texte numérisé non relu

ŒSOPHAGE

de décrire, il est enveloppé d'une couche épaisse de tissu conjonctif lâche, qui l'unit aux organes voisins et que facilite ses mouvements de distension. Les rapports varient un peu suivant qu'on les étudie à la partie supérieure ou inférieure du cou, point important pour si guider dans l'expérience, suivant le lieu choisi pour opérer.

En haut, l'œsophage est placé immédiatement en arrière de la trachée, dans le plan médian; il est longé de chaque côté par l'artère carotide primitive, par le grand sympathique et le pneumo-gastrique ou leur cordon commun, et enfin par le laryngé inférieur ou nerf récurrent.

En bas, l'œsophage, étant porté sur la gauche, est en rapport, du côté interne, avec la trachée et, du côté externe, avec le muscle scalène inférieur, les nerfs e vaisseaux de la gouttière cervicale gauche y compris la veine jugulaire. Il est important d'observer que, dans cette partie, le nerf récurrent gauche, au lieu d'être sur le côté du conduit œsophagien, se trouve logé dans la gouttière formée par l'adossement de l'œsophage contre la trachée.

Ces détails anatomiques étant connus, voici le procédé opératoire pour mettre à nu le conduit œsophagien. L'animal, un chien par exemple, est fixé dans la gouttière ou sur la table, sur le dos, la tête immobilisée dans Textension, de façon à tendre la région cervicale; on l'anesthésie et on rase la région médiane du cou, puis, un peu à gauche de la ligne médiane, on pratique une incision de 10 à 12 centimètres de long, dont le milieu doit se trouver à égale distance de la fourchette du ster-

num et du cartilage thyroTde. Cette incision que l'on doit diriger parallèlement à la trachée doit comprendre la peau, le peaussier et mener jusqu'au niveau du muscle sterno-maxillaire (sterno-mastoïdien). Arrivé sur ce muscle, suivant que l'on se porte en dedans ou en dehors, on tombe, en dedans, sur l'interstice cellulaire qui le sépare des muscles sterno-hyoïdien et ster no-thyroïdien et, en dehors, sur l'interstice qui le sépare du muscle mastoïdo-huméral (cleïdo-mastoïdien).

On peut pénétrer indifféremment par l'un ou par l'autre de ces espaces, mais à cause de la disposition anatomique des parties, lorsque l'on se tient un peu haut dans la région, il vaut mieux pénétrer entre le sternomaxillaire et le sterno-hyoïdien; lorsque, au contraire,on opère un peu plus bas, en pénétrantentre le sterno-maxillaire et lemastoïdo-huméral onarriveavec moins de tiraillements. Il suffit d'écarter le tissu cellulaire, qui réunit ces muscles, avec la sonde cannelée, pour tomber sur le paquet vasculo-nerveux qui longe la trachée et que l'on rejette doucement en dehors, avec un crochet mousse, de façon à éviter la lésion des vaisseaux et le tiraillement des filets nerveux. On se trouve alors en présence d'une cavité, dont la paroi interne est formée par la trachée, facilement reconnaissable à sa couleur blanche et à ses anneaux cartilagineux, et dont le fond est constitué par l'œsophage, facile à reconnaître au doigt, à sa consistance molle et à sa mobilité ; à l'œil à sa couleur rose pâle qui tranche sur la couleur foncée des muscles prévertébraux. En s'aidant du doigt et de la sonde cannelée, on détruit le tissu lâche qui environne ce conduit, en ayant bien soin de ménager les organes voisins et d'éviter le récur-

rent gauche qui, comme nous l'avons dit, se trouve entre l'œsophage et la trachée. On isole alors l'œsophage sur un crochet mousse, ou bien sur une anse double d'un gros fil. 046 conduit ainsi préparé et isolé, rien n'est plus facile que d'y pratiquer les expériences nécessaires.

Lorsque l'on pratique une ouverture à l'œsophage, il y a un point auquel il faut faire attention, c'est que les couches musculaires étant incisées la muqueuse fuit sous le scalpel, à causQ de sa grande mobilité et, lorsque l'incision est complète, la muqueuse fait hernie à travers la section. On ne considérera donc la section opérée, que lorsque l'on apercevra la muqueuse, facile à distinguer à son aspect particulier ; et lorsque, après une section, l'on voudra obtenir une cicatrisation prompte, on devra faire rentrer avec précaution la hernie muqueuse, avant d'appliquer les points de suture.

L'estomac est un organe qui se prête bien aux vivisections permettant d'étudier les phénomènes chimiques qui se passent dans son intérieur. Mais tous les animaux ne sont pas indiflëremment bons pour réussir une fistule gastrique, tant au point de vue du moment qu'au point de vue des suites. Pour réunir les plus grandes chances de succès, il faut choisir un animal dont l'estomac soit assez rapproché de la paroi abdominale et en même temps large et facilement dilatable. C'est pour cela que le e^Aat^ez/, dont Testomac est petit et profondément situé, n'est pas propre aux fistules gastriques. On ne peut pratiquer de fistules chez les oiseaux à gésier, mais on peut expérimenter

sur le corbeau et les oiseaux de proie j dont Testomac est musculeux. Le lapin doit être rejeté, car son estomac est toujours plein d'aliments, et Ton ne pourrait obtenir du suc gastrique. En somme, de tous les animaux celui gui par sa nature se prête le mieux à cette opération est le chierij car non seulement son estomac présente les conditions nécessaires, mais encore il fournit une grande quantité de suc gastrique propre à l'étude. Le chat est encore assez bon. On pourrait encore ppérer sur des ruminants^ comme l'a fait Flourens pour étudier la rumination, mais il faudrait avoir soin d'opérer sur la caillette, qui est la seule portion de l'estomac qui fournisse du suc gastrique.

On pratique généralement les fistules gastriques, soit pour recueillir du suc gastrique, soit pour étudier les phénomènes de la digestion stomacale.

Les notions anatomiques nécessaires pour cette opération sont des plus simples : l'estomac est situé dans rhypochondre gauche; àl'étatde vacuilé ilne dépasse pas le rebord des côtes, plein au contraire il dépasse ce rebord et empiète sur la ligne médiane. On comprend aisément que rien n'est plus changeant que la position de l'estomac, et que ses rapports doivent varier suivant l'état de plénitude dans lequel il est.

Bassow et Blondlot furent les premiers expérimentatateurs qui essayèrent de pratiquer des fistules gastriques.

Bassovr incisait les parois abdominales, fixait les parois stomacales aux téguments, incisait l'estomac et obtenait ainsi une fistule étroite, qu'il obturait au moyen d'une éponge reten.ne par un fil fixé extérieurement.

FISTULE OASTRIQUE. 81

Mais ces fistules avaient toujours une grande tendance à se fermer et leur petit diamètre s'opposait aux expériences.

Blondiot opérait un peu différemment, il empêchait la plaie de se fermer, en plaçant une canule d'argent munie d'un double rebord saillant. Afin d'empêcher l'écoulement continu du suc gastrique, la canule était fermée au moyen d'un bouchon de liège.

Le procédé opératoire dont il se servait était le suivant : Il incisait les téguments sur la ligne blanche, attirait au dehors un pli de l'estomac et le fixait aux lèvres de la plaie au moyen d'un fil d'argent qui le traversait de part en part. Les deux extrémités du fil étaient tordues au moyen d'un petit garrot. Chaque jour la torsion du fil était augmentée, jusqu'à ce que la paroi stomacale fût sectionnée ; alors seulement la canule était introduite.

L'opération était encore pratiquée de la façon suivante : La paroi abdominale étant incisée, on faisait faire hernie à l'estomac. A travers ses parois, on passait un fil d'argent que l'on enroulait autour d'un obturateur de bois placé en dehors de l'abdomen. Cette première partie de l'opération terminée» on laissait reposer quelques jours l'animal, pendant lesquels l'estomac contractait des adhérences avec les lèvres de la plaie abdominale. Il suffisait alors d'inciser l'estomac pour y introduire la canule.

Cette opération était donc pratiquée en deux temps. Cl. Bernard l'a simplifiée en pratiquant la fistule en un seul temps, et c'est le procédé que suivent actuellement presque tous les expérimentateurs. La canule a été aussi modifiée par lui de la façon suivante. Elle se com-

Livoir. — Vivisections. 6

pose de deux tubes {ûg. 44) munis chacun d'un rebord saillant. Un de ces tubes se visse sur l'autre, de façon à pouvoir allonger ou raccourcir la canule. L'orifice qui doit rester à l'extérieur est obturé par une soupape ou

FiG. U. — Canule i flslule gaitrique.

b ciiiula, — e, rebordi de li cinulB. — C, ullllu qui n

ilriimlidi.

un boucboQ métallique vissé, de façon à ce qu'il ne puisse (tre enlevé par l'animal.

L'avantage de ce modèle sur celui qu'employait

Blondlot, c'est que, lorsque les lèvres de la plaie se

' tuméfient, on peut en dévissant les tubes qui coosti-

tuent cette canule, faire cesser par son allongement la compression et prévenir, soit son déplacement, soit la mortification de la peau.

Procédé opératoire, — Avant l'opération, on fait manger copieusement l'animal, de façon à distendre son estomac et à appliquer les parois de l'organe contre les parois abdominales. L'animal est solidement fixé sur le dos et il est bon de l'anesthésier. On rase la région épigastrique et l'hypochondre gauche, en ayant soin de bien enlever les poils, avec une éponge humide, pour éviter qu'ils ne s'insinuent dans la cavité péritonéale. On fait alors, à 3 centimètres environ au-dessous de l'appendice xyphoïde, une incision d'environ 3 centimètres sur la ligne blanche ou un peu à gauche sur le bord externe du muscle droit antérieur. Cette incision doit ôtre parallèle à la ligne blanche ou à la direction des fibres musculaires et ne pas dépasser en diamètre celui de la canule que Ton doit y introduire^ Avant d'ouvrir le péritoine on doit arrêter tout écoulement de sang. Gela fait, on ouvre la cavité abdominale sur la sonde cannelée. On aperçoit alors appliquées contre les téguments de l'abdomen, les parois distendues de l'estomac, dont on attire un pli au dehors au moyen d'une pince à ligature ou à anneau. On choisit, autant que faire se peut, un point de la grande courbure où les vaisseaux ne soient pas trop nombreux et, au moyen d'une aiguille courbe, on passe deux fils dans les parois stomacales, distancés l'un de l'autre par une longueur égale à peu près au diamètre de la canule. Entre ces deux fils, au moyen d'un bistouri à lame étroite, on fait une incision aux parois de l'estomac, incision qui doit juste permettre le passage de la canule. Alors avec

deux érignes placées aux deux angles de la plaie, on maintient l'estomac soulevé, et, au moyen des deux fils passés dans les parois stomacales, on dilate l'ouverture, comme une boutonnière, pendant qu'on y introduit avec force une des extrémités de la canule. L'estomac est alors lié au tube de la canule par les fils que l'on a passés dans ses parois, et qui doivent aussi servir à pratiquer les sutures ultérieures. La canule fixée à l'estomac, on réduit le viscère que l'on maintient en contact avec les lèvres internes de la plaie abdominale, par les extrémités des fils sur lesquels on tire. L'opération se termine en réunissant par deux points de suture, en dessus et en dessous de la canule, les parois stomacales aux téguments. On noue solidement les fils et l'animal est abandonné à lui-même. Au bout de quelques jours des adhérences s'établissent entre l'estomac et les parois abdominales (fig. 45).

U faut avoir soin de laisser la canule débouchée pendant quelques instants, car souvent après l'opération, surtout si l'animal a été anesthésié, au réveil, le chien est pris de vomissements et les aliments contenus dans l'estomac, sous l'influence des efforts, pourraient bien se répandre dans la cavité abdominale s'ils ne trouvaient une issue facile par la canule. Pendant un ou deux jours on nourrit l'animal avec du lait, et, si l'opération s'exécute en hiver, on a soin de le maintenir dans un appartement à température douce. Les bords de la plaie ne tardent pas à se tuméfier, c'est alors que, pour éviter tout étranglement, il suffit de dévisser proportionnellement la canule, de façon & allonger l'espace qui sépare les deux rebords ; plus tard, la tuméfaction passée, il suffit de revisser la canule.

FISTULE GASTRIQUi:. 85

Pendant l'intervalle des expériences, on maintient la canule fermée, soit au moyen d'un obturateur métallique tenant à la canule par une petite charsière ou mieux vissé sur l'orifice externe ; soit au moyen d'un bouchon de liège que l'on trempe préalablement dans une décoction de coloquinte, ou dans de l'acide phosphorique, afin d'empécber l'animal de l'abtmer avec les dents.

(Cl. Berna

Pour recueillir le suc gastrique, il suffit d'enlever l'obturateur et de fixer k la canule une petite poctie en caoutchouc, dans laquelle vient tomber le suc gastrique.

Des modifications à ce procédé de fistule gastrique ont été apportées par Blondiot et SchiD". Quoiqu'il ne rentre pas dans mon cadre de faire l'historique complet de ta question, je vais citer pourtant le passage de Schiff, qui peut intéresser ceux qui voudraient pratiquer de larges fistules.

€ Schiff se sert d'une canule se composant d'un tube de cuivre jaune d'une longueur d'environ 4 centimètres et dont les parois ont de 1 jusqu'à 11/2 millimètres d'épaisseur. Le diamètre de l'orifice, que l'on fait varier selon le but spécial des expériences, mesure de 2 jusqu'à A centimètres. L'orifice externe de la canule est entouré d'un large rebord qui s'applique aux téguments abdominaux. L'extrémité interne ne porte pas de rebord saillant. Celui-ci est remplacé par deux lames de métal mobiles, recourbées à angle droit à leurs deux bouts et pouvant être mises en place après l'introduction de la canule. Ces lames, larges de 5 à 8 millimètres et un peu plus longues que la canule, glissent dans deux rainures de la surface interne du tube, qu'elles remplissent sans faire saillie (l'épaisseur de la canule est choisie si forte précisément dans ce but). Les pièces horizontales qu'elles portent aux deux extrémités, ne sont pas d'égale grandeur, celle destinée à faire saillie dans l'estomac est plus large que celle qui couvre le rebord externe de la canule ; le crochet interne n'est cependant pas plus large que le diamètre de la canule, dont il peut être librement retiré. Les deux lames sont maintenues en place par le bouchon, dont la pression les applique solidement contre les parois de la canule. Le bouchon enlevé, les crochets deviennent mobiles et peuvent être retirés ainsi que tout l'appareil.

» Pour établir les fistules de grand diamètre auxquelles s'adapte cet appareil d'occlusion, il est préférable en général d'opérer en deux temps, comme le prescrit Blondlot. Le premier acte consiste à attirer au dehors par une incision des téguments, et d'après la méthode déjà indiquée, un pli de l'estomac dont on provoque la réunion circu-

laire aux parois abdominales. Au bout de quelques jours^ cinq à sept seulement, on exécute le second acte de l'opération, consistant à inciser la portion herniée de l'estomac et à fixer dans l'ouverture la canule munie de ses deux pièces latérales.

» Ici encore on a soin de faire l'incision plus petite que n^est le diamètre du tube, afin que les lèvres de la plaie stomacale, en revenant sur elles-mêmes, s'appliquent exactement autour de l'instrument. On facilite ce dernier temps de l'opération en fixant à l'extrémité interne de la canule (extrémité dépourvue de rebord saillant) un cône de cire jaune, destiné à élargir l'ouverture par laquelle doit passer l'instrument. L'introduction du tube ne présente de cette manière aucune difficulté, et, la canule une fois engagée dans l'estomac, on peut retirer le cône de cire à l'aide d'un crochet ou le pousser dans l'estomac avec une baguette, ce qui n'offre aucun danger • Pour fixer la canule et prévenir l'épanchement des matières alimentaires dans l'abdomen, l'on doit prendre les mômes précautions que celles décrites plus haut, en ayant bien soin de faire solidement les sutures ; car on ne peut laisser la canule ouverte pendant les vomissements qui succèdent à l'opération, les pièces latérales ne tenant que par le moyen du bouchon.

» Sur des animaux qui ne sont pas trop gros, il n'est pas impossible d'établir la fistule en un seul acte. Une précaution cependant est indispensable au succès de cette opération. Après avoir fixé la canule dans la plaie de l'estomac, on réduit le viscère; mais non content de l'avoir solidement lié à l'instrument on réunit encore, par au moins quatre points de suture, les parois stomacales

aux lèvres de la plaie des tégi^ments. Ce moyen est le seul qui prévienne avec quelque sûreté les déplacements de Testomac et Tépanchement de son contenu dans la cavité péritonéale, pendant le vomissement. Le rebord interne de la canule n'étant formé que par les deux saillies horizontales des crochets mobiles, et par conséquent interrompu dans les intervalles de ces saillies, on conçoit que lors d'une locomotion violente de l'organe, les lèvres de la plaie stomacale pourraient facilement se disjoindre de l'instrument, dans les intervalles signalés, et permettre la sortie du contenu stomacal dans le péritoine. La ligature qui sert à appliquer l'estomac au pourtour de la canule, n'est réellement suffisante que durant le premier ou les deux premiers jours qui suivent l'opération ; plus tard la portion du viscère étranglé par le fil s'atrophie et ne résiste plus efficacement aux efforts qui tendent à éloigner l'estomac des parois abdominales.

1 La suture est d'autant plus nécessaire, dans ces conditions, que l'on n'a pas, comme dans les autres procédés, la ressource de laisser la canule ouverte pendant les vomissements qui succèdent à l'opération. En effet, si Ton ne se hâtait pas d'appliquer le bouchon, les pièces latérales de l'appareil et la canule elle-même risqueraient de tomber. Le bouchon retenant seul l'appareil, il importe également de le protéger des dents de l'animal. Le moyen le plus simple consiste à se servir, durant les trois ou cinq premiers jours, d'un bouchon de liège remplissant exactement la canule, mais ne faisant pas saillie au dehors. Plus tard, lorsque la cicatrisation est achevée, on le retire à l'aide d'un tire-bouchon et on le remplace par un autre bouchon plus long et doublé de fer-blanc

à son extrémité. Les substaaces sur lesquelles on veut faire agir le suc gastrique, sont renfermées dans un sac de tulle que Ton fixe à un petit crochet que porte la surface interne du bouchon.

> Que Ton ait fait l'opération en un ou deux actes» on peut, après l'établissement de la fistule, abandonner l'animal à lui-même sans se préoccuper des fils restés au fond de la plaie. Ce n'est qu'exceptionnellement, lorsque les fils sont restés en place très longtemps après la cicatrisation, que l'on est obligé de les retirer. Le plus souvent ranimai lui-même les enlève, en léchant la plaie.

» Si, plus tard, dans le cours des expériences, l'ouverture fistuleuse vient à se dilater spontanément, de manière à laisser échapper le contenu stomacal à côté de la canule, on enlève tout l'appareil, pendant quelques heures, ce qui suffit toujours pour amener la rétraction de l'anneau fistuleux. Dans le cas contraire, s'il y a rétrécissement de la fistule, rendant plus difficile ou impossible l'introduction de la canule, il n'est pas autant nécessaire, comme on Ta proposé, de mettre en usage l'éponge comprimée ; le cône de cire jaune fixé à l'extrémité interne du tube, est encore ici le moyen le plus expéditif pour faire rentrer l'instrument (1). »

Le succès de cette opération devant dépendre de la connaissance exacte de la disposition anatomique des conduits pancréatiques, qui varient beaucoup suivant les

(1) Schiff, Phfjs. de la digestion, t. I*% XV* leçon.

animaux, nous allons commencer par quelques considé* rations anatomiques.

L'on sait que chez l'homme, le pancréas est allongé transversalement au-devant de la colonne vertébrale, sur les limites des régions épîgastrîque et ombilicale. Son extrémité droite est fixée au duodénum qui entoure complètement sa tète ; son extrémité gauche répond à la rate et au rein gauche. Sa face antérieure est enveloppée par le péritoine qui applique le corps et la tète contre la paroi postérieure de l'abdomen. Deux canaux excréteurs versent dans l'intestin le produit de la sécrétion de cette glande; Tun se jette dans le canal cholédoque, l'autre va s'ouvrir directement dans le duodénum, celui qui s'anastomose avec le canal biliaire est un peu plus gros que l'autre. Entre les deux conduits existe une anastomose directe, ce qui fait que, lorsqu'un des canaux est obstrué, la sécrétion s'écoule par l'autre dans le tube digestif.

Chez le chien^ le pancréas est extrêmement allongé, il est compris entre les lames du feuillet mésentérique auquel le duodénum est attaché. Un peu derrière l'estomac, vers la ligne médiane de l'abdomen, il se recourbe à son extrémité antérieure. Gomme le pancréas de l'homme, celui du chien est muni de deux conduits, dont l'un s'ouvre dans le duodénum au-dessous du canal cholédoque, à une distance qui varie de 2 à 5 centimètres, l'autre, au contraire, vient rejoindre le canal biliaire. Ici c'est le canal inférieur qui est le plus développé, aussi est-ce lui que l'on emploie exclusivement (fig. 50).

Chez le chat^îX n'y a qu'un seul canal pancréatique qui s'unit au canal cholédoque (Leyh). D'après Cl. Bernard,

nSTULE PANCREATIQUE. 91

ce conduit présente beaucoup d'insularité; quant au pancréas lui-même (fig, 46), il présente les mêmes dispositions que chez le chien.

Chez le cheval, le pancréas est situé à la région souslombaire, en travers de la veine cave postérieure et de

FiG. 4S, — Pancréas et duoJénum lie chai, le duodénum est ouvert.

deaceBdanlB du conduit pincréaliqne inférieur dam l'inleilin. ~ h, ouTerlure comidune du conduil pancréitique lupérieur e( du unil choli<daqae du> l'inleilia. —

(CI. Berrurd).

l'aorte, il est en arrière de l'estomac et du foie, en avant des reins. Il est muni de deux canaux excréteurs, l'un qui est le principal, le véritable canal de Wirsung, et l'autre le canal accessoire. Le canal de Wirsung sort de la portion droite du pancréas, vient se joindre au canal cholédoqtie, avec lequel il vient s'ouvrir dans l'ampoule

de Vater. Le canal accessoire naît du tronc principal, reçoit plusieurs ramifications et s'ouvre isolément dans rintestin à l'opposé du premier.

1 Chez le bœuf^ le pancréas est situé entre les deux lames

du petit épiploon, à droite de Tarière grande mésentérique. Il y a un canal excréteur principal qui vient s'ouvrir dans l'intestin de 35 à 40 centimètres au delà du canal cholédoque, et plusieurs petits canaux qui s'anastomosent avec l'appareil biliaire.

Chez le mouton et la chèvre^ le pancréas ne présente rien de spécial, le canal pancréatique est unique et se réunit avec le canal cholédoque avant de pénétrer dans l'intestin.

Chez le porc^ le pancréas présente trois lobes, il n'y a qu'un canal excréteur qui débouche dans le duodénum de 10 à 15 centimètres en arrière du canal cholédoque.

Chez le lapin^ le pancréas est étalé entre la portion de l'intestin qui forme le duodénum ; et par une disposition des plus favorables, les conduits s'étalent en éventail sur le mésentère, avant de pénétrer dans le duodénum, elle conduit le plus souvent unique vient s'ouvrir dans l'intestin à 30 centimètres au-dessous du canal cholédoque

(fig. 47).

Chez les oiseaux^ on constate plusieurs pancréas, mais chacun a un conduit particulier qui ne communique pas avec les autres, de sorte que, quand on met un tube dans un de ces conduits, on ne détourne qu'une fraction de la sécrétion. Chez les Gallinacés pourtant, il y a deux conduits principaux qui pénètrent isolément dans l'intestin un peu en avant du canal hépatique (fig. 48).

De tous les animaux que je viens de signaler celui

FISTULE PANCRËATKJUE. 93

e mieux & cette opération est le chien, et si

a, pylore. — b, glani ...

pancrealùpie qui ni éulé en fines irboriiatioiii antre les deui feullleuils m^Hn'

cbolédoqu*. — g, pelil conduit pincrëalique eiceplinnnel venant «'ouvrir dans le oaal choLédoque. — t, inaei jljlore. — i, bout da l'i

dans cette espèce Ton peut choisir la race, l'on aura de plus grandes chances de réussite; car parmi les différentes races de chiens, les unes résistent mieux que d'autres et meurent moins facilement des suites de la péritonite; c'est ainsi qu'il faut rejeter les chiens de chasse et prendre plutôt, ainsi que le préconise CL Bernard, les chiens de berger.

Procédé opératoire. — La manière de procéder pour pratiquer une fistule pancréatique est la suivante :

Quatre à cinq heures avant l'opération, il est bon de faire faire à l'animal un repas copieux de pain et de viande, car pour se procurer du suc pancréatique, il faut que l'animal soit en pleine digestion. L'animal est main^ tenu solidement comme de coutume, sur le dos ou un peu sur le côté gauche suivant le manuel opératoire, et Ton procède à l'anesthésie, de façon à pouvoir opérer aussi promptement que possible. Comme toujours, il est bon de raser la partie sur laquelle va porter l'opération ^ en ayant soin de bien enlever les poils pour quHls ne tombent pas, pendant l'opération, dans la cavité abdominale. L^incision des téguments peut se faire indistinctement sur deux points différents^ Ou bien sur la ligne blanche, au milieu de l^espace qui sépare l^ombilic de l'appendice xyphoïde, ou bien dans Thypodhondre di'oit, sur le bord extei'ne du grand droit de Tabdomen^ Dans les deux cas

on fait une incision de 7 à 8 centimètres, dans la direc-

tion de la ligne blanche, incision qui doit comprendre les parois abdominales, mais qui doit s'arrêter avant d'entamer le péritoine, afin de donner le temps d'étan* cher complètement le sang. Il arrive souvent que le duodénum, placé vis-à-vis de la plaie, est visible à travers

I FISTULE PINCRËATIQUE. 95

le péritoine, il a*y a alors qu'à inciser la séreuse, lorsque

Ton ne craint plus Tépanchement sanguin dans la cavité abdominale, pour tomber sur le duodénum ; lorsque le duodénum ne se voit pas d'emblée, il sufGt d'introduire le doigt dans la plaie, et l'on ne tarde pas à sentir la portion pylorique de l'estomac et le duodénum qui lui fait suite, on l'attire alors doucement au dehors, et le pancréas qui lui est intimement uni vient avec lui. On rejette alors la portion intestinale du côté droit de l'animal (car j'ai reconnu que de cette fagon l'on trouvait bien plus facilement le conduit) , et c'est sur le bord gauche de l'intestin que l'on recherche le conduit de la glande, à quelques centimètres au-dessous du canal cholédoque. Je l'ai trouvé quelquefois à 2 centimètres, quelquefois à 6 centimètres au-dessous. La partie du pancréas où se trouve le conduit, est généralement étroitement unie au duodénum et en même temps le recouvre un peu ; il est assez rare que ce conduit soit immédiatement visible, il est assez souvent recouvert par de gros vaisseaux, qui vont de l'intestin à la glande pancréatique. Au moyen de la sonde cannelée, on écarte, avec les plus grandes précautions, les vaisseaux et le tissu glandulaire, afin de ne pas produire d'hémorrhagies et des inflammations secondaires, et l'on ne tarde pas à tomber sur un conduit d'un blanc nacré, assez court, mais delà grosseur d'une plume de corbeau environ; ou isole alors ce conduit et l'on passe au-dessous une anse de fil.

Avec de fins ciseaux on fait une petite incision en V, à pointe tournée vers le duodénum ; par cette incision on introduit une petite canule de 10 à 15 centimètres de long (fig. 49), sur laquelle on serre fortement le fil préalablement passé. Pour plus de solidité et en même temps

pour plus de fixité, car on ne peut pas introduire profondément la canule dans le conduit pancréatique , au moyen d'un second fil et d'une aiguille à suture, on fixe la cajiule contre les parois intestinales, dans le voisinage du point d'abouchement du canal pancréatique dans le duodénum, comme le montre la figure 50. CiCla fait, on réduit doucement le pancréas et le duodénum ; on ferme la plaie abdominale par des sutures, en ayant soin de réunir les parties profondes avant les îîuperficielles, de façon à prévenir les hernies. L'extrémité libre de la canule reste dehors; et Ton a soin de la pourvoir d'un stylet qui doit l'empêcher de se boucher, ou, d'y fixer une petite poche de caoutchouc, comme le montre la figure 51, chargée de recueillir la sécrétion qui généralement coule assez abondamment, et que l'on peut activer en injectant une petite quantité d'éther dans l'estomac.

Cette fistule est bonne pour recueillir temporairement du suc pancréatique; mais d'un côté, la sécrétion s'altère fig. 49. — canuie

pancréatique.

A, mandrin dont l'extrémité doit dépasser un peu le tube B, pour faciliter l'introduction de celui-ci dans le conduit pancréatique. — B, tube d'argent muni à ses extrémités c, c, de rainures destinées à retenir les fils qui fixent le conduit pancréatique ainsi que la vessie servant do réceptacle au suc sécrété (cl. Bernard).

LivoN. — Vivisections. 7

çt d'un autre, la fistule ne persiste pas loogtenips, la canule tombe, la plaie se cicatrise, de sorte qu'on est obligé d'y revenir. C'est pour parer & cet inconvénient que LudwigetBemstein ont indiqué le procédé suivant, pour établir des fistules permanentes. Ces expérimentateurs

FiG. 50. — Canule fixée dans le conduit pancréalique (cbet le chien). A, Eondiiil principal du psncr&s d

tube 1 llnMilin (poar plus r, P*. pancrd». -— T, cinu

lien dirig:* InnivDrubnieiil. — a luit poncrialique. — a", lifitore - f. f. fll do !■ litatnrc. — I, ii isie da cionlcbuic. — R, nibinil

choisissent de préférence de petits chiens, parce que chez eux le duodénum est plus facilement saisi sur la ligne médiane, et qu'il n'est pas trop tiraillé alors loin de sa position naturelle, par la fistule, comme chez les animaux plus gros. Ils conseillent de prendre un chien & jeun depuis douze heures environ, car les vaisseaux pan-

FISTULE PANCRBATIQtJK. V.l

créatiques pendant la digestion, sont plus pleins et saignent facilement. L'animal est maintenu et anesthésié, comme il a été dit plus haut. On ouvre l'abdomen par

- Chien de berger (remctie) adulte, porteur d pancréatique.

une incision d'environ 2 à 3 centimètres le long de la ligne blanche, au milieu de l'espace qui sépare l'ombilic de l'appendice xyphoïde. On va à la recherche du duodénum, comme nous l'avons dit précédemment, etl'on tire, au dehors de la plaie, la partie contre laquelle est attaché le pancréas. On isole sur une anse de âl le

conduit avec de grandes précautions, et au lieu d*y introduire une canule, on introduit un morceau de fil de plomb, de manière à ce que Tune des extrémités passe dans rintestîn, et l'autre dans la glande, à une assez grande profondeur. La partie médiane du fil de plomb est alors tordue et sort de la plaie, de manière qu'il prend la fornae d'un T, dont la branche horizontale est introduite dans le canal pancréatique, et dont la branche verticale est à l'extérieur; il se trouve ainsi fixé et ne peut sortir ni du duodénum, ni du conduit pancréatique. Seulement, pour ne pas arrêter l'écoulement de la sécrétion et ne pas obstruer complètement le canal, il faut avoir soin de choisir un fil métallique, dont le diamètre soit inférieur à celui de ce conduit. On passe alors trois ou quatre fils à travers les parois du duodénum, près du conduit pancréatique, et l'on replace dans l'abdomen l'intestin et l'épiploon, en fixant contre les parois abdominales le duodénum, au moyen des fils préalablement placés. On suture la plaie extérieure en ayant soin de laisser passer à travers la portion tordue du fil de plomb qui forme la branche verticale du T. Vingtquatre heures après, on enlève les points de suture en respectant le fil de plomb. Deux ou trois jours après, on peut recueillir le suc pancréatique, soit en plaçant une canule à la place du fil de plomb, car les parois du conduit pancréatique adhèrent à la cicatrice abdominale, soit en procédant de la façon suivante : l'animal est suspendu par deux courroies qui lui passent sous le ventre et qui sont fixées à une barre horizontale, que l'on peut hausser ou baisser au moyen d'une corde, passant dans une poulie attachée au plafond du labora*

toire. Le chien est ainsi suspendu au-dessus d'une table à une hauteur telle, qu'il ne puisse la toucher que par Textrémité des orteils. Dans cette position, il reste assez immobile. Un entonnoir est établi sous la flstule, et le suc peut ôtre recueilli dans un verre ou dans un flacon.

Nous n'indiquons pas le manuel opératoire qui consistait à inciser largement l'intestin pour se procurer du suc pancréatique. Mais nous allons donner textuellement le procédé indiqué par Cl. Bernard (1), et qui constitue un moyen mixte.

Sur un jeune chien bien portant, préalablement chloroformé, on procède de la façon suivante :

* 1" Sur la ligne médiane, entre rorabilic et l'appendice xyphoïde et sur une h'gne transversale qui joindrait le bord inférieur des côtes, faire une incision verticale de 4 à 5 centimètres et n'intéressant que la peau.

> 2* Déjeter la peau à droite, et faire une incision \erticaiesur le milieu du muscle droit abdominal, jus- (ju'au péritoine qui doit être ouvert.

9 3" Retirer l'anse du duodénum qui est placé du côté droit, et chercher le conduit pancréatique comme à l'ordinaire.

> ^^ Alors inciser l'intestin vers l'abouchement du conduit, de manière qu'il soit sur le bord de section de la plaie et introduire la canule en forçant l'ouverture.

» 5*" Passer un fil dans les bords de la plaie intestinale, au-dessous et au-dessus de la canule ; les mômes fils seront passés dans les bords correspondants de la plaie du muscle droit abdominal, de manière que, en les ser-

(1) Liquides de Vorganismey t. II, p. 395.

rant, on rapproche la surface péritonéale de l'intestin de celle de la paroi abdominale. Les ligatures seront modérément serrées.

» 6° Alors on fait un trou à la peau extérieure, en la ramenant à sa position normale, et en la faisant passer au-dessus du bord externe de la canule.

)) 7** Coudre la plaie de la peau. »

Chez le cheval^ Torgane étant profondément placé, le canal pancréatique est assez difficile à découvrir ; il faut ouvrir largement le ventre, irriter la glande et les intestins, et ranimai ne résiste pas à la péritonite. Voici le procédé conseillé par G. Colin pour recueillir le suc pancréatique du cheval, sans léser la glande, ni lier son canal excréteur. On lie le canal cholédoque et le pylore d'un animal en pleine digestion, puis on chasse progressivement, à partir de la ligature, à l'aide de la pression des doigts, les matières que contient le duodénum, qu'on lie ensuite à son extrémité postérieure. De cette manière on vide, sans l'ouvrir, la première partie de l'intestin, et Ton prépare un réservoir au suc pancréatique. Au bout d'une heure, on trouve dans l'anse duodénale 600, 800 et quelquefois 1000 grammes d'un suc parfaitement limpide, semblable à la salive maxillaire la plus pure, mais ce n'est pas du suc pancréatique pur ; il y a là aussi le produit des glandes de Brunner.

C'est encore à M. G. Colin que je vais emprunter la description du procédé de fistule pancréatique chez le bœuf. Chez cet animal, comme nous l'avons dit plus haut, le conduit pancréatique vient s'ouvrir dans le duodénum en arrière du canal cholédoque de 35 à 40 centimètres. Ce conduit est souvent détaché de la glande

dans une étendue de S à â centimètres, et il est assez lai^e pour recevoir un tube de 8 à 9 millimètres de diamètre.

Pour arriver sur le canaU on fait dans le creux du flanc droit de l'animal, à 3 ou 4 travers de doigt au^ dessous de la dernière côte et parallèlement à elle, une incision de 10 à 12 centimètres de long ; cette incision doit comprendre ta peau et les muscles, et s'arrêter sur le péritoine. On arrête l'écoulement sanguin fourni par les petits vaisseaux sectionnés et, dès que la plaie ne donne plus de sang, on incise le péritoine. Le canal pancréatique apparaît entre le duodénum et Textrémité inférieure de la glande, on y pratique une petite incision, par laquelle on introduit un tube de verre muni d'un léger bourrelet à chaque extrémité, "et que l'on fixe solidement par une ligature passée autour du canal. Enfin la plaie abdominale est suturée, en ayant soin de laisser passer le tube à travers.

En se basant sur les considérations anatomiques que nous avons données, on arrive par un procédé analogue à établir des fistules chez le porc^ le mouton et la chèvre.

Quoique d'un petit calibre chez le lapin^ le conduit pancréatique, grâce à sa disposition, se prête assez facilement à ropération de la fistule, que l'on pratique en faisant une incision sur la ligne blanche*

Chez les oiseaux^ on arrive sur le pancréas qui est généralement multiple, en faisant une incision sur le côté droit de l'abdomen.

Ce ne sont pas seulement des fistules que l'on pratique sur le pancréas en physiologie expérimentale. Tantôt c'est l'extirpation, ou totale ou fractionnée; tantôt sim-

lOi APPAREIL DIGESTIF

plement la ligature des conduits, ou encore la destruction de la glande par une injection de graisse (Cl. Bernard),

Flo. 53. — Foie du chien e

1 appareil excriStcur

D. duodénum si masse inleslliule. — P, pancrL-as. ~ r, raie. — t, «slomac. —

F, P, foie. — P,' tobo du roio ccliBilcnS pour mwilivr la distrlbulion ds U lïiiu porte qui conduit le MDgiUns lo foie el de lu vgina liôpaliqiK qui le nmëns. — VP. Teine porit. — Vh. veine liuiptliquo. — d, diaphripm. — VC. teino t*ie. — C, cœur (Cl. BemerdJ.

OU de paraffine (Schiff). Mais U est facile de comprendre que le manuel opératoire n'offre rien de spé-

cial, une fois que l'on a décou\ert le pancréas, ainsi que son conduit.

La bile est sécrétée par le foie et se déverse dans le

tube intestinal par un seul orifice qui, dans toute la série animale usitée en vivisection, occupe une situation semblable, au-dessous du pylore.

Quant au foie, sa forme, sa situation, ses rapports varient à l'infini. Ces détails anatomiques n'intéressant pas

le vivisecteur, je me boroerai à dire qu'il occupe généralement la région diaphragmatique droite dans la cavité abdominale.

La sécrétion biliaire est une de celles que l'on peut recueillir le plus facilement, car généralement elle se

Fio. 5i. ~- Vcinca biliaires de la ligure précédente. FPF, folo. ~ A, B», arlère h^i.aliriuc. - VP, veille jiorw. — CH, topi lidoque. — 3. yeina pjloriqiie cl coronaipo stonachiqua. ~ vh, vfine bi L, lelnB ipljnlqiw (Cl. Bcnurd).

ramasse dans un réservoir que l'on nomme la vésicule biliaire. Mais chez quelques animau;x, ce réservoir ne se rencontre pas; chez le cheval par exemple. La vésicule biliaire est logée, en partie ou en totalité, dans une fossette située à la face postérieure du foie des animaux. Son canal excréteur ou canal cholédoque s'ouvre dans le

duodénum en un point variable suivant l'espèce, et audessous du pylore.

Chez le chien (fig. 52, 53), cette ouverture est & une distance qui varie de 4 à 12 centimètres, suivaqt la taille des animaux.

Chez le chat, la distance est de 3 à 4 centimètres, quelquefois plus.

Fig. 55. — Apprail excréteur du fois du cheval. ;<uclie. — î, lobo moyon. — 3. lobo druil du foLe. — 4, lr)biil< de Spigel. line cain pollériuure i ma eoltia dui» le Itit. — 7. veine parle. — S, Moque. — 0, canal pincréitique. — 10, ÎDterlioa conimiina dei deux con-

Chez le cheval, le canal cholédoque s'ouvre environ à 15 centimètres du pylore, en s'abouchant avec le principal canal pancréatique (Gg. 55).

Chez le àœuf, le canal s'ouvre à une très grande distance ; c'est ainsi que M. Colin a trouvé sur deux vaches, une fois 62 centimètres, une autre fois 75.

Chez le mouton et chez la chèvre, le canal cholédoque s'abouche avec le conduit pancréatique, pour se terminer à 30 ou 40 centimètres du pylore.

Chez le porcy ce canal s'ouvre isolément à 2 ou 3 centimètres du pylore.

Chez le lapin ^ ce canal s'ouvre isolément, environ à \ centimètre du pylore.

Chez le cobaye^ le canal cholédoque vient s'ouvrir seu sur la partie médiane du duodéaum.

Chez les oiseaux^ excepté chez le pigeon^ on trouve une vésicule biliaire; mais deux conduits biliaires aboutissent isolément dans l'intestin, vers l'extrémité de la seconde branche de l'anse duodénale. L'un procède directement des deux lobes du foie, c'est le canal hépatique ou cholédoque ; l'autre, ou le conduit cyslique, reste indépendant de ceiuî-ci, en arrière duquel on le voit s'ouvrir. Ce canal cystique déverse dans le tube digestif la bile accumulée dans la vésicule, oîi ce fluide arrive par un conduit particulier, qui vient exclusivement du lobe droît et sur lequel s'embranche le canal cystique.

Les opérations que l'on pratique sur l'appareil biliaire peuvent porter, soit sur la vésicule biliaire, soit sur le canal cholédoque, et quelquefois sur les deux pour la même opération.

Pour se procurer de la bile, on peut l'extraire de la vésicule, immédiatement après la mort (suicidé, décapité ou animal), ou bien on peut la recueillir en pratiquant une fistule, soit à la vésicule biliaire, soit au canal cholédoque.

C'est encore sur le chien que l'on pratique de préférence cette vivisection ; on peut se servir aussi du cochon d'Inde, ou de tout autre animal, mais bien des animaux ne résistent pas à cette opération.

Procédé opératoire. — Pour pratiquer une fistule de

FlâTOLE BILIAIRE. 109

la vésicule biliaire chez le chien, on procède de la manière suivante :

L'animal doit être à jeun depuis vingt-quatre heures, on le fixe, suivant Tusage, sur le dos, et comme généralement ce n'est pas pour étudier la bile au moment même, on Tanesthésie. On pratique alors sur la ligne blanche ou un peu à droite, une incision de 7 à 8 centimètres, qui doit comprendre la peau et les tissus sousjacents jusqu'au péritoine, pour donner le temps d'étancher le sang ; l'écoulement sanguin arrêté, on ouvre alors le péritoine. On plonge dans la plaie le doigt indicateur de la main gauche, et à la face postérieure du foie, avec le doigt recourbé, on va accrocher le duodénum que Ton amène dans la plaie; on porte alors Tintestin vers la gauche, et sur sa face droite, entre cet organe et le pancréas, on recherche le conduit cholédoque qui est contenu dans un paquet commun avec la veine porte, l'artère et les nerfs hépatiques. On aperçoit le canal cholédoque superficiellement placé, dans le point où il vient traverser obliquement l'intestin à 3 centimètres ou plus, au-dessous du pylore. On reconnaît ce conduit à son aspect nacré et surtout à la sensation de corde rigide qu'il donne au doigt qui le cherche. On l'isole alors sur une étendue de 1 à 2 centimètres, en passant au-dessous un crochet mousse, puis on place autour de lui deux ligatures : l'une, sur le conduit au moment oîi il pénètre dans la paroi intestinale ; l'autre, aussi haut que possible du côté du foie, et l'on résèque toute la partie du conduit comprise entre ces deux fils. La deuxième ligature placée du côté du foie, a pour but d'empêcher l'écoulement ultérieur de la bile ; la première, du côté de l'intestin.

no APPAREIL DIGESTIF.

pourrait parattre sans utilité, cependant elle sert à empêcher Técoulement du sang, qui résulterait de la division d'une petite artériole, qui accompagne ordinairement ce conduit.

Ce premier temps de l'opération achevé, on abandonne rintestin qui ne tarde pas à revenir en position normale, et Ton sectionne l'excès des fils qui ont servi aux ligatures. C'est alors, qu'avec l'index de la main gauche introduit derechef dans la plaie, on va chercher la vésicule qui se trouve toujours distendue par la bile, en opérant comme nous l'avons indiqué. Lorsque Ton sent la fluctuation particulière qu'elle donne au doigt, et qui se reconnaît parfaitement lorsqu'on l'a ressentie une fois, oo la saisit par son fond, au moyen d'une pince à pansement introduite avec la main droite et on l'attire vers la plaie. On introduit alors dans son fond un trocart ad hoc^ qui présente à l'extrémité de sa canule des rainures transversales, sur lesquelles se fixe solidement le fil au moyen duquel on lie la vésicule sur la canule. Pendant toute cette opération, on ne cesse de maintenir la vésicule attirée vers la plaie, à l'aide de la pince à pansement.

On retire alors le mandrin, et la bile s'évacue. On suture la plaie extérieure, comme d'usage, pour éviter les hernies, et l'on a soin de fixer la canule dans son angle supérieur. En liant la vésicule sur la canule, il faut avoir la précaution de conserver les bouts du fil assez longs, car ce même fil sert à maintenir la vésicule biliaire appliquée contre la face interne des parois abdominales. Aceteflfet, on a soin de les lier au dehors sur un petit morceau de bois. Ce dernier temps de l'opération est destiné à former

des adhérences entre les parois de Fabdomen et la vésicule.

La vivisection est alors terminée ; au bout de trois ou quatre jours, les adhérences sont établies, les fils tombent et l'on a une fistule permanente.

Les chiens peuvent survivre assez longtemps à cette opération.

Il y a peu de différence dans le manuel opératoire , lorsque Ton opère sur le cochon dinde. L'animal, éthérisé de préférence, est fixé sur la table par les quatre pattes^ le ventre en l'aîr; on rase les poils du ventre dans une certaine étendue, et sur la ligne médiane, on pratique une incision de 6 à 7 centimètres, en commençant un peu au-dessous de Tappendice xyphoïde. On incise sur la ligne blanche les tissus y compris le péritoine, que Ton sectionne avec précaution, et même en faisant usage de la sonde cannelée. On découvre ainsi la fin de Testomac près du pylore. Au moyen de légères tractions on fait sortir le duodénum, vers la partie médiane duquel vient se jeter le conduit cholédoque, facile à reconnaître à sa texture et à sa direction. On isole ce conduit sur une cer taine étendue au moyen d'un crochet mousse,et on en opère la ligature. Ensuite, au moyen d'une paire de pinces àpansèment, on saisit la vésicule biliaire qui est généralement pleine, et que l'on ne peut manquer si Ton a soin de passer les pinces immédiatement au-dessous du cartilage costal. On fait alors sur le fond de la vésicule une petite ouverture, par laquelle on introduit une petite canule sur laquelle, au moyen d'un fil, on fixe solidement les parois de la vésicule. Le diamètre de cette canule doit être de !2 à 3 millimètres, et l'extrémité que Ton introduit dans

ilâ APPAREIL DIGESTIF.

la vésicule, doit présenter un petit rebord saillant. On peut avantageusement se servir à cet effet, d'un petit tube de verre, aux extrémités duquel on pratique facilement un bourrelet. La canule ainsi fixée, on suture la plaie abdominale en laissant au dehors l'extrémité libre de la canule.

Généralement, ces animaux meurent au bout de vingt-quatre heures.

Chez le chatj le lapin^ le porc^ le mouton^ le bœuf^ le procédé opératoire est à peu près le même : une première incision à droite, par laquelle on attire le fond de la vésicule, pour y introduire une canule.

Jusqu'à présent les canules que nous avons indiquées pour la fistule biliaire, étaient de simples tubes avec rainures ou saillies aux deux extrémités : Tune, pour retenir la canule dans la vésicule, l'autre, pour attacher à l'extérieur une poche destinée à recueillir la sécrétion. Mais, d'après le principe de la canule qui sert à pratiquer la fistule gastrique, M. Laborde a eu l'heureuse idée de faire construire une canule biliaire, dont ou se sert à peu près comme de la canule gastrique de Cl. Bernard. Cette canule (fig. 56), destinée au chien, se compose d'un tube de 3 millimètres de diamètre et de 6 centimètres et demi de long. Un mandrin le remplit exactement, de façon à pouvoir le déboucher ou le boucher à volonté. La moitié de la longueur de cette canule porte un pas de vis (V) ; l'autre moitié est unie (U), mais présente à son extrémité (R) des rainures. Sur la partie en pas de vis, ghssent deux disques métalliques de grantieur différente (D, D') et indépendants l'un de l'autre, et à l'extrémité de cette portion de la canule, se trouve un

FISTVLE BltlAIRE. 113

petit écrou (Ë), destiné à empêcher les disques de tomber. Ces deux disques représentent les rebords saillants que nous avons décrits dans la canule gastrique.

Pour introduire cette canule, il n'y a rien à changer au premier temps de l'opération, seulement il est bon, par quelques points de suture, d'appliquer le fond de la vésicule contre les parois abdominales, de façon à donner naissance àdesadhérences,qui sont généraleipentétablies au bout de deux à trois jours. Ce laps de temps écoulé,

Fia. &6. — Canule biliaire de Laborde.

A, canula munie da sea deux diaquci D. D'; E. dcrou; B, nandrin de la canule.

on pratique sur le fond de la vésicule une incision, par laquelle on fait entrer l'extrémité de la canule qui porte l'ëcrou et le petit disque. Pendant ce temps-là, te grand disque est maintenu éloigné autant que possible, et après avoir suturé soigneusement la vésicule autour de la canule, on suture de même les parois abdominales à travers lesquelles passe la canule munie du grand disque. La suture terminée, on fait tourner le grand disque autour du pas de vis, et en s'abaissant, il finit par venir s'appliquer contre la peau qu'il comprime légèrement. Par suite de cette disposition de canule, les parois de la

LLïON. — Vivisections. H

iU APPAREIL DIGESTIF.

vésicule sont exactement appliquées contre les parois abdominales, le tout se trouvant pris entre les deux disques saillants de Tinstrument. Gomme pour la canule gastrique, lorsqu'il y a gonflement des téguments, il suffit de dévisser de quelques tours le disque externe (D), pour laisser plus de place entre les deux organes de compression, et éviter ainsi Tétrànglement et même la mortification des tissus. Les rainures R de la portion lisse, qui doit rester à l'extérieur, sont destinées à maintenir solidement, au moyen de fils, une poche pour recueillir le produit de la sécrétion.

On peut à volonté rendre cette canule encore plus simple et plus facile à introduire, surtout si Ton tombe sur une petite vésicule biliaire peu distendue, en suppririmant le petit disque D ; Técrou E remplit alors parfaitement l'office du disque enlevé, et son volume est suffisant pour que la canule ne puisse s'échapper de la vésicule.

Chez tous les animaux à vésicule biliaire, on peut employer avantageusement cette canule, en en faisant varier les dimensions suivant la grosseur de l'animal.

Au lieu de pratiquer la fistule sur la vésicule, on peut introduire directement la canule dans le canal cholédoque. Pour cela, il n'y a rien à changer au premier temps de l'opération. Le conduit étant reconnu à sa couleur, sa consistance et sa direction, au lieu de le lier et de le réséquer après l'avoir isolé, il suffit d'y pratiquer au moyen de petits ciseaux, une ouverture en V, par laquelle on introduit comme de coutume une canule simple, que l'on fixe solidement dans le conduit et dont l'extrémité libre sort à travers la plaie abdominale soigneusement recousue. Inutile de dire que cette canule doit présenter

à ses deux extrémités des rainures, afin que les ligatures ne puissent glisser.

Sur le modèle de sa canule pour la fistule de la vésicule biliaire, M. Laborde a fait construire par M. Ch. Verdin, une canule pour le canal cholédoque. Cette canule, dont une extrémité est olivaire pour pouvoir s'introduire facilement dans le canal et s'y maintenir solidement au moyen d'un lien, porte comme la canule de la vésicule deux disques indépendants, avec lesquels on peut comprimer plus ou moins l'épaisseur des parois abdominales, et maintenir ainsi d'une façon fixe la canule dans une position déterminée.

Mais sur certains animaux, comme le cheval, qui n'a pas de vésicule biliaire, le seul procédé possible de fistule biliaire est de fixer la canule dans le canal cholédoque. Nous donnons ici le procédé opératoire indiqué par M. Colin (d'Alfort), procédé fort simple mais assez douloureux, à cause de l'étendue considérable qu'on est obligé de donner à l'incision des parois abdominales.

« Lorsque le cheval est couché sur le dos et que les quatre membres sont solidement fixés en l'air, on fait sur la ligne blanche, une incision allant de l'appendice xyphoïde du sternum jusqu'à 30 ou 35 centimètres en avant du pubis. Cette incision achevée, un aide repousse en arrière et en dehors de la cavité abdominale la partie antérieure du côlon replié, et le maintient dans cette situation ; puis l'opérateur pénètre jusqu'à la scissure postérieure du foie, isole le canal hépatique, le plus souvent très gonflé, l'incise légèrement, aussi près que possible de l'intestin, y engage une sonde et l'y fixe au moyen d'une ligature. La sonde, munie d'un léger bour-

relet, doit avoir] un diamètre de 8 à 10 millimètres et une longueur de 50 centimètres ; elle doit offrir assez de résistance pour ne pas s'affaisser sous la pression des viscères, et assez de flexibilité pour suivre le foie et la concavité du diaphragme. Une fois fixée, on remet le gros intestin en place, et l'on ferme la plaie du ventre par une forte suture à points très rapprochés, au moyen du ruban de fil; puis on relève l'animal.

» Il suffit d'adapter à la sonde une petite vessie de caoutchouc pour recueillir la bile, mais il faut avoir soin de soutenir l'appareil à l'aide d'une ceinture fixée autour de la poitrine, afin qu'il n'exerce pas de tiraillement sur le canal cholédoque (1). »

Chez tous les animaux, labile peut encore être recueillie sans toucher à l'appareil biliaire, en procédant de la façon suivante : l'abdomen étant ouvert comme de coutume, on lie solidement le pylore et les canaux pancréatiques, puis en exerçant avec la main une légère pression de haut en bas, à partir du pylore, on repousse dans l'intestin grêle tout le contenu du duodénum, à l'extrémité inférieure duquel on applique aussitôt une nouvelle ligature. On crée ainsi un réservoir intestinal, dans lequel la bile vient s'accumuler, et il suffit de pratiquer une ponction pour la recueillir.

Mais ce procédé a, comme pour le suc pancréatique (p. 102), l'inconvénient de ne pas donner une sécrétion pure ; la bile se trouve ainsi mélangée avec le liquide fourni par les glandes duodénales ou de Bfunner.

(1) G. Co\inj\Traité de physiologie comparée des animaux, i^édiit, U h p. 781.

Les divers procédés de fistules biliaires décrits jusqu'à présent présentent un inconvénient, c'est de placer les animaux dans des conditions qui ne sont plus physiologiques, puisqu'ils sont complètement privés de leur bile. Aussi, pour se placer dans des conditions aussi normales que possible, a-tron songé à établir des fistules biliaires intermittentes ou amphiboles du canal cholédoque par le procédé suivant :

Après avoir procédé à l'ouverture de l'abdomen et avoir attiré au dehors le duodénum, on pratique une ouverture sur cette portion de l'intestin, vis-à-vis du point où vient s'aboucher le canal cholédoque, et par le duodénum, on introduit à travers Tampoule de Vater, dans le conduit biliaire, une canule ouverte à ses deux extrémités et pourvue d'une ouverture latérale médiane qui donne dans le duodénum. Lorsque Ton veut laisser passer comme d'habitude la bile dans le duodénum, on bouche Torifice externe, et toute la bile s'écoule par l'ouverture latérale dans l'intestin, ce qui place l'animal dans des conditions physiologiques normales. Si au contraire, pour le besoin d'une expérience, on veut empocher cet écoulement, il suffit d'introduire dans la canule un tube qui entre à frottement doux, de façon à fermer exactement l'orifice latéral ; toute la bile s'écoule à l'extérieur et pas une goutte ne pénètre dans le tube digestif.

Mais cette méthode, fait observer Cl. Bernard, offre toutefois un inconvénient sérieux; le tube s'échappe fréquemment du canal quand l'animal remue et s'agite après l'opération ; aussi ce physiologiste avait adopté le procédé suivant :

On pratique une fistule de la vésicule biliaire de la façon que nous avons indiquée (voy. plus haut), puis on pratique au duodénum une ouverture, dans laquelle on fixe une deuxième canule. Lorsque Ton veut rétablir le cours de la bile dans Tintestin, il suffit de réunir les deux canules par un tube de caoutchouc.

En terminant ce paragraphe, nous ajouterons que ron peut simplifier l'opération de la fistule de la vésicule biliaire, en laissant le canal cholédoque intact; en effet, Bidder et Schmidt, Schiff, ont montré que, malgré la perméabilité du canal cholédoque, toute la bile s'écoulait par la fistule pratiquée sur la vésicule biliaire.

Pendant leur parcours dans l'intestin, les aliments subissent encore Tinfluence d'un liquide particulier que Ton appelle le suc intestinal, et qui est sécrété par les nombreuses glandes que Ton trouve dans les parois intestinales. Pour étudier les propriétés de ce suc, onle recueille de préférence dans le duodénum et le commencement du jéjunum, parties de Tintestion où les glandes sont beaucoup plus nombreuses.

Pour se procurer du suc intestinal, plusieurs procédés sont en usage, je vais les exposer sans les faire précéder d'aucune considération anaiomique, vu la facilité avec laquelle l'intestin se montre à travers une incision pratiquée aux parois abdominales.

Gomme animaux il faut choisir ceux qui résistent le mieux à la péritonite. C'est encore le chien qui a la préférence, pour les motifs que j'ai indiqués plus haut.

Procédé opératoire, — Quel que soit le procédé auquel on donne le choix, le premier temps opératoire est toujours le même. On fixe l'animal solidement sur le dos et on Tanesthésie ; les poils sont coupés, et sur la ligne blanche, au-dessous de l'appendice xyphoïde, on pratique une incision de cinq centimètres ou plus de longueur, suivant la grosseur de l'animal. A travers cette ouverture, on fait faire hernie au pylore, au duodénum ou à la première portion du jéjunum.

C'est alors que le choix du procédé fait varier le manuel opératoire.

Premier procédé. Fistule intestinale simple. — Bidder etSchmidt, pour pratiquer une fisiuie intestinale par ce procédé, commençaient par lier les conduits pancréatique et cholédoque, et ils ouvraient l'intestin au niveau de la jonction du premier tiers avec le second, en ayant soin de placer une ligature sur le pylore et une autre sur l'intestin au-dessous du point oii devait porter l'opération, afin de bien recueillir les produits de la sécrétion intestinale. Pour pratiquer cette fistule, l'animal doit étr jeun depuis la veille. On recherche les conduits pancréatique et cholédoque que l'on lie, en suivant le manuel opératoire indiqué à propos de la fistule pancréatique et de la fistule biliaire. Ces préliminaires rendent quelque fois l'opération assez longue, car généralement en recherchant ces conduits, on lèse quelques petits vaisseaux qui se rendent au duodénum. On lie le pylore et Tintestin, si l'on veut avoir du suc intestinal sans mélange avec les autres sécrétions et avec les résidus alimentaires, et, vers la partie inférieure du duodénum, on pratique une ouverture aux parois intestinales. Par cette ouverture, à trois

OU quatre reprises, on pousse dans le duodénum de l'eau tiède au moyen d'une seringue, de façon à laver l'intestin aussi complètement que possible, et, sur l'ouverture pratiquée au duodénum, on fixe un petit tube présentant un rebord, de façon à ce qu'il ne puisse pas sortir de l'intestin que Ton fait rentrer dans la cavité abdominale ; l'extrémité libre de la canule à laquelle on adapte un petit réservoir, sort par la plaie abdominale que l'on suture soigneusement.

Deuxième procédé. Ligature d'une anse d'intestin. — Ce procédé, suivi par Frerichs, consiste à comprendre entre deux ligatures une portion de l'intestin grêle de 20 à 30 centimètres de longueur. Pour cela, l'abdomen étant ouvert comme il a été dit plus haut, l'intestin est attiré au dehors. On place une première ligature sur le duodénum au-dessous du point où viennent se déverser les conduits pancréatique et cholédoque; puis, saisissant l'intestin entre le pouce et Tindex de la main droite, par une légère pression exercée de haut en bas, à partir de la ligature préalablement placée, on fait cheminer vers la partie inférieure de l'intestin, toutes les substances qui pourraient se trouver dans cette portion. Quand on a ainsi vidé l'intestin, dans une étendue suffisante, on place une seconde ligature et on le réduit. Au bout d'un certain temps, on peut recueillir par une ponction le liqui de qui s'est ramassé dans ce réservoir intestinal ar* tificiel.

M. G. Colin, en employant un procédé analogue sur les grands animaux, prétend obtenir le suc intestinal assez pur et en quantité suffisante pour les expériences. Voici son procédé :

Sur un cheval en pleine digestion et debout, il fait au flanc gauche une incision de 8 à 10 centimètres, incision par laquelle il attire une petite partie d'une anse dlntestin grêle. Dès qu'il a saisi celle-ci, il applique sur elle un petit appareil (fig. 57) composé de deux lames métalliques enveloppées chacune d'un ruban de velours, et se rapprochant par deux vis de pression que Ton fait mouvoir, tant que les parois de l'intestin ne sont point parfaitement en contact. Une fois que le compresseur est fixé, il soulève Tanse de manière à faire descendre pro-

Ȉii

Fig. 57. — Compresseur intestinal.

A, plaque inférieure. — B, plaque supérieure. — C, la vis fixe. — E, a vis renversée au moment de faire passer le petit appareil sur l'anse intestinale ; D, la même, redressée pour serrer (G. Colin).

gressivement les matières alimentaires, toujours très délayées, et il la presse doucement entre les doigts à partir du point intercepté, jusqu'à ce qu'elle soit débarrassée de son contenu sur une longueur de 1 ™ 1/2 à 2 mètres; puis, sans déplacer les doigts, il applique là un second compresseur, semblable au premier. Enûn, il achève de faire rentrer dans la cavité l'anse qu'un aide y réintroduisait à mesure qu'elle devenait libre, afin qu'elle ne fût pas exposée au contact de l'air, et aussitôt il ferme la plaie du flanc.

Par cette opération simple, qui s'exécute en quelques

m APPAREIL DIGESTIK.

minutes et sans aucune difQculté, on a complètement privé de son contenu une anse intestinale, qui n'a plus aucune communication avec le reste de l'intestin. C'est dans son intérieur que s'accumule le suc intestinal. Les

e inleslinili' pn p^rce pour recueillir le sue cnltrique

(G. Colin).

parois de l'organe n'ont été nullement lésées. Les deux compresseurs, serrés modérément, ne blessent point les membrnnes sur lesquelles ils portent par l'interraédiaire d'une garniture de velours. La circulation n'est en aucune façon troublée, puisque les petites anastomoses de l'anse intestinale sont en dehors des points interceptés {%. 58).

Au bout d'une demi-heure on tue l'animal par effusion de sangi; on laisse descendre, par son propre poids, à une extrémité de Tanse, le. liquide sécrété dans son intérieur, et on le retire à l'aide d'une petite ponction (4),

Troisième procédé. Procédé de Thiry. — Ce procédé consiste à isoler une certaine longueur d'anse intestinale, 40 à 45 centimètres, en la sectionnant aux deux bouts, de façon à la séparer du reste de l'intestin, tout en respectant le mésentère qui lui conserve ses vaisseaux et ses nerfs. On rétablit le continuité de l'intestin, en suturant sa portion supérieure avec sa portion inférieure, et on ferme par une suture invaginée une extrémité de la portion isolée, tandis que l'on fixe l'autre aux bords de la plaie abdominale, en faisant les sutures, après avoir réduit tout Tintestin. On a ainsi un cul-de-sac en forme de doigt de gant, constitué par de l'intestin et qui fournit du suc pour expérimenter, pendant peu de temps, il est vrai, car la sécrétion ne tarde pas à se modifier, et, d'après Albini, cetie anse finit même par s'atrophier.

Le procédé de Thiry a été un peu modifié par Paschutin qui opère sur le duodénum et le commencement du jéjunum, portion de l'intestin qui présente une grande activité de sécrétion. (Pour plus de détails, voy, Burdon- Sanderson, Handbook for the physiologie al laboratory ^ p. 523, § 473.)

Suture de rintestin. — Les sutures de l'intestin indiquées précédemment, nécessitant un manuel opératoire

(1) G. Colin, loc. cit.y^. 819.

Ht APPAREIL DIGESTIF.

particulier pour leur réussite, je crois utile d'entrer ici dans quelques détails.

Lorsque l'intestin est sectionné, la muqueuse a une grande tendance à déborder la plaie, aussi, si l'on veut obtenir une suture, il faut agir de façon à affronter les séreuses. Pour la suture invaginée nécessaire pour former le cul-de-sac intestinal du procédé de Thiry, on agit

de la façon suivante : On refoule dans la cavité de l'intestin une certaine étenduede ses parois, et au moyen d'une fine aiguille, on passe un 01 qui doit traverser quatre fois les parois intestinales, comme le montre la figure 59, A, et dont on noue les deux chefs. En plaçant deux sutures semblables, perpendiculaires l'une à l'autre, on obtient la fermeture complète de l'intestin. Une seule peut suffire, lorsque l'intestin n'est pas volumineux.

Les mêmes précautions sont nécessaires pour suturer les portions supérieure et inférieure de Tintestin ; il faut agir de la façon suivante : On prend une aiguille courbe enfilée et on commence à l'enfoncer de dehors en dedans, à un centimètre environ de la section intestinale, pour la faire ressortir (fig. 59, B) à mi-chemin du bord de la section et du point où on Ta fait pénétrer tout d'abord dans l'intestin ; puis, on la porte sur la face externe de l'autre bout d'intestin à un demi-centimètre plus loin, comme l'indique la figure 59 ; en tirant alors sur les bouts du fil, ou adosse ainsi la membrane séreuse du bout supérieur à celle du bout inférieur ; ainsi de suite, on applique des fils en nombre proportionné à la circonférence de l'intestin, et on a soin de les nouer à mesure.

Divers autres procédés de suture intestinale ont été proposés, mais ils ont tous de l'analogie avec celui décrit et ne présentent aucun avantage pour le vivisecteur. J'indiquerai pourtant le procédé connu sous le nom de procédé de Denans, qui donne de très bons résultats chez le chien.

On prend deux viroles d'argent ou d'étain ayant presque le même volume que le tube intestinal. On en introduit une dans le bout supérieur et l'autre dans le bout inférieur; puis, on renverse les bords libres de l'intestin chacun dans une de ces viroles ; il ne reste plus qu'à les mettre l'un et l'autre en contact, à l'aide d'une troisième virole qui entre à frottement doux dans les deux autres, jusqu'à ce que les bords correspondants soient en contact. Il suffit de maintenir le tout en position par des points de suture , qui établissent le contact

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des séreuses en comprenant les bords de Tintestin invaginé.

La partie renversée de Tintestin tombe avec les viroles, et les surfaces mises en contact adhèrent l'une à l'autre. Quant aux viroles elles sont rendues avec les excréments.

CHAI*. If.

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