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PHYSIOLOGIE

Physiologiquement, l’épiderme dont nous venons d’indiquer la structure se desquame et se reproduit incessamment. Les frictions un peu répétées, surtout après un bain ou lorsque la peau a été longtemps baignée par la sueur, permettent de recueillir un produit presque exclusivement composé de lamelles épidermiques minces, irrégulières, plissées ou chiffonnées, très-aplaties. Dans les conditions normales, ces lamelles épidermiques s’éliminent incessamment et insensiblement. La peau vient-elle à être recouverte d’un enduit ou d’un appareil qui rend cette desquamation impossible, ces débris d’épiderme se rencontrent en plus grande abondance. A ces produits s’ajoute toujours une proportion plus ou moins considérable de matière sébacée, puis quelques corps étrangers venus du dehors. Comme exemple de ce que doit être l’épiderme éliminé en grande abondance et mélangé à une certaine quantité de matière sébacée , nous citerons l’épiderme fœtal.

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Épiderme fœtal l. — 11 se compose d’un grand nombre de cellules très-larges (4 à 5 cent, de millim.), transparentes, minces, aplaties, imbriquées, souvent contiguës par leurs bords et disposées en mosaïque, assez régulièrement polygonales. Leurs bords sont pâles, nets, leurs angles bien déterminés et non arrondis. A la surface de l’épiderme elles sont à peine granuleuses, quelquefois marquées de fines et pâles stries à leur superficie, dépourvues de noyaux et presque tout à fait sans granulations; quelquefois, plus profondément, on en trouve quelques-unes avec granulations grisâtres. Le plus souvent ces cellules sont fortement adhérentes les unes aux autres ; souvent aussi leurs bords sont repliés sur eux-mêmes, et alors on constate aisément leur épaisseur et leur mode de superposition. L’adhérence de ces lamelles épithéliales se fait par l’intermédiaire d’une substance intercellulaire demiliquide que colore en noir le nitrate d’argent.

Le même aspect se constate quelquefois à la suite des larges desquamations que présente la surface cutanée dans l’érvsipèle, la scarlatine, etc., lorsque l’épiderme se soulève en larges plaques macérées sous l’influence de topiques émollients.

Mais, le plus souvent, les produits de desquamation de l’épiderme ne se rencontrent pas isolés ; chez le fœtus l’épiderme se trouve toujours mélangé à de la

Fig. 27.

Épithélium d'un embryon de deux mois.

Gross., 550. (Kœlliker.)

i Voy. Robin, Traité des humeurs, p. 589.

matière sébacée constituant ainsi Y enduit fœtal. Chez l’homme, même dans des conditions toutes physiologiques, l’épiderme uni à de la matière sébacée se trouve accumulé, en assez fortes proportions, dans certaines régions du corps. Il nous faut donc dire en quoi consiste le sébum , quel est l’aspect de cette séborrhée physiologique, enfin quelle est la composition de ces amas de débris épidermiques, mélangés à du sébum et désignés ordinairement sous le nom de smegma1.

Le sébum pur est constitué par une substance huileuse mélangée à quelques sels d’origne minérale. Il apparaît, dans les conditions normales, sous forme d’un enduit gras, s’étendant à la surface du nez, des joues et du front, et tachant le papier comme les corps gras. Vu au microscope, il se présente sous forme de gouttelettes graisseuses isolées ou en séries, réfractant fortement la lumière. Ce produit est mélangé à des lamelles épithéliales aplaties * plissées ou chiffonnées. Quelquefois le sébum prend un aspect qui l’a fait confondre avec du lait. Dans ce cas, le liquide crémeux, blanchâtre ou blanc grisâtre, qui s’écoule des glandes sébacées de l’aréole du mamelon ou du scrotum, se compose d’un liquide séreux qui tient en suspension des gouttelettes graisseuses peu transparentes mélangées à quelques gouttes huileuses, les unes sphériques, les autres à contour sinueux. Souvent aussi ce liquide renferme un grand nombre de cellules épithéliales vésiculeuses arrondies ou ovalaires, et remplies de gouttelettes graisseuses de volume plus ou moins considérable. Ces vésicules apparaissent en grand nombre quand on vient à ajouter de l’eau et un alcali à la matière sébacée. Elles seraient

1 Voy. Robin, 1. clt . , p. 583 et suiv.

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constituées, d’après Robin, par les cellules qui renferment la matière sébacée et qui tapissent les follicules pileux (fig. 28).

Le cerumen , reconnaissable surtout à sa couleur plus ou moins foncée, à sa saveur très-amère et à sa visco-

Fig. "28. — Cellules sébacées des utricules glandulaires et de la matière sébacée. — Gross., 5o0. — a , Petite cellule à noyau, encore pauvre en graisse, et se rapprochant des cellules épithéliales; b , cellules riches en graisse, sans noyau apparent;

c, cellule dont la graisse commence à devenir confluente;

d , cellule avec une seule goutle de graisse; e , f, cellules dont la graisse a disparu en partie. (Kœlliker.)

sité, est formé par une matière analogue à la matière sébacée, mélangée à la sueur de la peau du conduit auditif externe. Il contient des gouttes de graisse, des cellules épithéliales analogues à celles que nous venons de décrire, des portions de gaines épithéliales provenant des follicules des poils du duvet, enfin quelques touffes de poils enroulés sur eux-mêmes. Les cellules épithéliales mesurent 20 à 40 u.. Elles sont remplies par de fines gouttelettes de graisse libre.

Enduits cutaniîs. — Mélangé à une grande quantité de cellules épidermiques molles, comme macérées, très-

irrégulières, minces, plissées, ne prenant pas l’aspect vésiculeux des cellules qui renferment la matière sébacée, ne renfermant pas de gouttelettes graisseuses, le sébum constitue des amas d’aspect suifeux, qui portent le nom de smegma. On les rencontre dans la rainure balano-prépuciale, autour des petites lèvres, etc. Examiné au microscope, ce produit présente, outre les cellules épidermiques déjà mentionnées : Io de tiñes granulations moléculaires; 2° des cellules prenant, sous l’influence d’addition d’eau et de potasse, la forme globuleuse; 3° des cristaux d’acide gras (analogues à ceux de l’acide stéarique). On n’y rencontre pas d’ordinaire de cristaux de cholestérine, ce qui tient sans doute à la petite quantité du produit recueilli. Mais la cholestérine se retrouve dans toutes les accumulations pathologiques du sébum; elle existe même en proportions assez notables dans presque tous les produits excrémentitiels (bile, liquide de l’hydrocèle, mamelles, kystes de l’ovaire, etc.). Son aspect est caractéristique. On la rencontre sous formes d’écailles blanches, rhomboïdales, rappelant assez bien dans leur entassement désordonné les petites plaques de verre dont les histologistes se servent pour leurs préparations (fig. 29).

Le réactif iodo-sulfurique donne aux lamelles de cholestérine une couleur rose tendre ou bleu foncé.

L'enduit fœtal , que l’on obtient aisément en raclant la peau d’un enfant nouveau-né, présente un grand nombre de granulations graisseuses, larges de 1 à 4 p. et des cellules épithéliales polyédriques à angles mousses, transparentes, incolores, à peine granuleuses, manquant de noyaux. Ces cellules sont celles qui tapissent les follicules sébacés.

Pour examiner ces différents enduits, il suffit de les

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étaler sous le porte-objet du microscope, en y ajoutant une goutte d’eau ou mieux une gouttelette de glycérine.

Les caractères que présentent l’épiderme fœtal et le smegma cutané du fœtus permettent de reconnaître, dans certains examens médico-légaux, les taches formées sur un drap ou une paillasse. Nous empruntons à Ch. Robin le résultat d’un semblable examen :

Ayant saisi , avec des pinces, de petits lambeaux des pellicules qui adhéraient à la toile de la paillasse, nous les avons laissés tremper pendant quelques heures dans des verres de montre contenant de l’eau. Ils y sont devenus plus mous, plus transparents, faciles à dilacérer.

Portés sous le microscope, eiltre deux lames de verre, et examinés à un grossissement de 500 diamètres, tous se sont montrés composés de cellules épithéliales pavimenteuses, semblables à celles de l’épiderme superficiel du corps des fœtus à terme. Toutes ces cellules étaient imbriquées régulièrement } çà et là, on voyait des orifices glandulaires ou des follicules pileux, reconnaissables par l’imbrication concentrique des cellules épithéliales et par les lignes qui les circonscrivent. Nous y avons même vu un petit nombre de poils du duvet qu’on trouve sur le corps des fœtus et parfaitement reconnaissables à leurs formes et à leur structure propre. Les cellules épithéliales étaient minces, aplaties, polygonales, à cinq ou six pans, larges en moyenile de quatre à cinq centièmes de millimètre.

Leurs bords étaient minces, réguliers. La plupart étaient peu granuleuses ou, du moins, ne renfermaient que

Fig. 29. — Cholesléiiiie cristallisée en tables rhomboédriques. Gross., 200. (Lelimann.)

des granulations moléculaires fines, grisâtres. Quelquesunes pourtant étaient plus foncées, par suite de la présence d’un plus grand nombre de granulations et du plus grand volume de celles-ci. Aucune ne contenait de noyau. L’acide acétique et la glycérine rendaient ces cellules plus pâles, plus transparentes, sans cependant les dissoudre et, en même temps, permettaient de les dissocier plus facilement. .Nous avons en outre rencontré à la surface des lambeaux d’épiderme des granulations microscopiques de forme et d’aspect divers que leurs caractères extérieurs et leurs réactions chimiques nous ont fait reconnaître pour des grains de poussière... Dans l’examen des taches mêmes qui entourent les pellicules épidermiques que nous venons de décrire, nous rencontrons quelques cellules épithéliales un peu plus petites que celles de l’épiderme proprement dit et se rapprochant beaucoup des caractères offerts par celles du smegma cutané1.

La sueur qui, déversée à la surface de la peau, se mélange aux produits de la desquamation épidermique, ne renferme que de rares éléments figurés sous forme de granulations plus ou moins volumineuses foncées ou jaunâtres. Quelquefois, dans les cas de sudation exagérée, on voit s’ajouter à ces éléments des noyaux isolés provenant du contenu des canalicules sudoripares.Le produit des glandes axillaires, même quand on l’examine dans l’intérieur des canaux glandulaires, se compose d’une substance plus ou moins molle, grisâtre ou blanc jaunâtre qui, examinée au microscope, présente une quantité innombrable de granulations fines et pâles et quelquefois des noyaux isolés ou bien un nombre considérable de grosses granulations foncées •ncolores ou jaunâtres, des noyaux et un nombre varia

1 Ch. Robin, Manuel de médecine légale de Priant! cl Chaude, ]). 81o.

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ble de cellules semblables aux cellules épithéliales. (Kœlliker.)

i\ous voyons donc en résumé que, dans les conditions physiologiques, les produits que Ton rencontre à la surface cutanée sont constitués par des débris épidermiques, imbibés parfois par la sueur, presque toujours mélangés à une petite quantité de matière sébacée. Dans les cas pathologiques, nous aurons à constater des dépôts formés par ces débris accumulés en proportions plus considérables ou mélangés à des produits anormalement déposés et retenus à la surface de la peau. (Lymphe, sang, pus corps étrangers, parasites).

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