ALTÉRATIONS DE LA SUEUR
Tandis que le sébum s’accumule souvent à la surface de la peau ou dans l’intérieur des follicules pileux, donnant ainsi naissance à des lésions faciles à reconnaître, la sueur , quelles que soient les modifications que subit son mode d’excrétion, ne donne à l’examen microscopique, aussi bien qu’à l’examen chimique, que des ré-
PATHOLOGIE
sultats presque toujours négatifs. La bromidrose , Yhyperidrose et Yanidrose ne s’accompagnent que d’altérations épidermiques peu marquées dues, en grande partie, à la macération de l’épiderme par le flux exagéré de sueur (hyperidrose) ou bien, au contraire, à l’accumulation des débris épidermiques non ramollis et, par conséquent, difficiles à éliminer (ichthyose suite d’anidrose). Cependant on a prétendu trouver dans la sueur un principe analogue au lait, et l’on a décrit sous le nom de galactidrose une maladie caractérisée par l’épanchement à la surface cutanée d’une matière ressemblant au lait. Il est probable que l’on aura confondu ce produit de sécrétion avec celui des glandes sébacées, souvent liquide, et dans ce cas d’apparence laiteuse. Dans ces conditions, l’examen microscopique permettrait d’éviter une semblable confusion. La présence de cristaux de cholestérine dans ces matières sébacées les distingue d’ailleurs du lait qui n’en renferme pas.
Sous le nom d 'uridrose, on a décrit une affection que détermine l’élimination de l’urée par les glandes sudoripares ; on sait que l’urée existe normalement dans la sueur, bien qu’en proportions assez faibles (environ 0,4 à 0,5 p. 1000); on comprend donc que l’élimination de ce produit puisse augmenter, et il ne nous paraît pas impossible d’admettre qu’on ait pu rencontrer à la surface cutanée des paillettes blanchâtres, d’aspect farineux, que le microscope pourrait faire reconnaître pour des cristaux d’oxalate d’urée (V. Urine). Toutefois les cas d’uridrose sont excessivement rares. Drasche prétend avoir reconnu ces paillettes d’urée à la surface du corps des cholériques. Deininger, Kaup et Jurgensen ont vu cette cristallisa-
lion d’urée dans les cas d’anurie survenant dans le cours d’une scarlatine.
Nous comprenons moins les cas d 'hématidrose. On pourrait admettre à la rigueur, qu’après une suractivité prolongée de la sécrétion sudoripare, du sang en nature fût mêlé au produit de la sécrétion. Toutefois on a dû le plus souvent confondre sous ce nom les hémorrhagies sous-cutanées qui se font dans certaines maladies adynamiques ; peut-être aussi a-t-on cru à une hématidrose , alors qu’on n’avait affaire qu’à une hémorrhagie déterminée volontairement par un traumatisme et dans un but intéressé. (Y. llébra, p. 95.)
Enfin sous le nom de chromidrose , ou chromocrinie cutanée , plusieurs auteurs ont décrit après Le Roy de Méricourt1, Ordonez et Ch. Robin, une sécrétion sudorique anormale colorée par une matière brun foncé. Cette sécrétion, qui a son lieu d’élection aux paupières inférieures, donne naissance à des taches violacées que l’on enlève facilement à l’aide d’un linge imbibé d’huile. Si l’on examine au microscope le produit obtenu après avoir pressé la couche glandulaire au niveau de l'épiderme, on aperçoit des granulations lamelliformes, irrégulières, polygonales, de volume variable, à contour net, comme de minces fragments de gélatine desséchée ou de vernis écaillé, larges de 4 à 40 millièmes de millimètre. Leur coloration est d’un violet ardoisé tirant au bleu indigo, brunâtre dans les parties les plus épaisses. Ces granulations deviennent d’un bleu plus foncé par l’acide sulfurique; l'acide azotique les rend brunâtres, puis jaunâtres, et
1 Mémoire sur la chromidrose , ele. 1 vol. in-8 extrait des Aúnales d'oculistique. Paris, 1864. J. -6. Baillière.