MALADIES DÉTERMINÉES PAR LA PRÉSENCE DE PARASITES
Depuis que l’on étudie, à l’aide du microscope, les maladies cutanées, on a découvert un assez grand nombre de parasites végétaux ou animaux. Leur étude a éclairé d’un jour tout nouveau la palhogénie de ces affections et en a singulièrement modifié le traitement. Aussi ne saurait- on trop louer les ouvrages qui, comme ceux de Bazin, de Davaine, de Ch. Robin, etc., ont si minutieusement décrit les caractères des parasites qui se rencontrent à la surface du corps. Toutefois, il faut bien l’avouer, dans certaines circonstances la maladie cutanée existe avec tous ses caractères, et il paraît impossible de retrouver le parasite qui est censé lui donner naissance; d’autres fois le même parasite est retrouvé, alors que l’on étudie les produits qui se rencontrent à la surface du corps dans diverses maladies ( microsporon fur fur). Enfin il arrive souvent aussi que les débris parasitaires ne peuvent servir à affirmer l’espèce que l’on aurait à déterminer. Toutefois ces observations ne peuvent que nous engager à redoubler d’attention quand il s’agira d’étudier les maladies cutanées. Peu à peu le jour se fera, les espèces décrites seront mieux classées, et l’on pourra affirmer qu’à tel parasite correspond toujours une affection cutanée bien déterminée.
Dans cette étude des parasites cutanés, nous suivrons l’ordre généralement admis en étudiant d’abord les végétaux, puis les animaux parasites. Nous classerons les uns et les autres par régions au lieu de sui-
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vre un ordre plus conforme aux théories botaniques, mais moins utile au clinicien.
Les végétaux parasites de la peau humaine ont une organisation des plus simples. Ce sont des champignons , c’est-à-dire des organismes manquant de chlorophylle. Leurs éléments ont été rapportés à deux systèmes 1 : le système reproducteur comprenant les spores et les /ilaments tubuleux rêcept oculaires ou réceptacles ; et le système végétatif qui ne renferme que du mycélium.
Les spores présentent l’aspect de granulations blanches réfractant fortement la lumière. Leurs dimensions varient entre 1 g. et 6 g.. Les acides concentrés coagulent le liquide qu’elles renferment, la teinture d’iode colore en vert leur membrane d’enveloppe.
Les réceptacles sont des cellules allongées sous forme de tubes quelquefois comme articulés. Il y en a des variétés infinies depuis le tube vide jusqu’au tube rempli de spores développées. D’autres fois les spores étant placées bout à bout comme les grains d’un chapelet, il semble n’y avoir pas de tube enveloppant ¿
Le mycélium se compose de cellules allongées sous forme de tubes plus ou moins étroits. Ils ont un diamètre de 2 y. à 5 {x. Leur longueur et leurs bifurcations sont très-Tariables.
Tous les épiphijtes semblent se loger de préférence au niveau des poils. Cependant on en rencontre aussi sous l’épiderme ; mais le plus souvent les poils sont leur siège de prédilection, et l’on donne le nom de teigne
Voy. Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées parasitaires. Paris, 1862, p. 26.
aux affections que leur présence détermine (Bazin).
Avant d’étudier, comme U a fait Bazin, les diverses espèces de teigne, bornons-nous à signaler quelques 1 parasites encore peu connus ; Hardy 1 croyait avoir reconnu dans Yacné varioliforme ( molluscum contagio sum) des tubes ramifiés très-distincts, contenant dans leur intérieur ou à leurs extrémités des points sphériques ou ovoïdes, qui paraissaient être des spores. Ces éléments assez fréquents, même à l’état normal, dans les follicules sébacés et la matière qu’ils renferment, paraissent formés par l’accumulation d’aiguilles d’acides gras.
Fig. 53. — - Aspergillus; tubes du myc.lium. (L. Beale).
Dans le conduit auditif externe, au milieu des nombreuses lamelles qui souvent, dans les cas d’otite externe aiguë, se mêlent au liquide de l’otorrhée, on rencontre des parasites appartenant au genre aspergillus (fig. 55). Depuis 1844, époque à laquelle Maver2 les décrivit pour la première fois, plusieurs observateurs, mais surtout Robert Wreden (de Saint-Pétcrs-
1 Hardy, Leç. sur les maladies de la peau, 2° éd., p. 99.
- Miiller's Arch., 1844, p. 4!)1.
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bourg) !, ont appelé l’attention sur ces parasites. On les examine avec un grossissement de 300 à 500 diamètres, après avoir traité, par la potasse caustique, le liquide purulent qui les contient. Ne pouvant entrer dans de longs détails sur la description de ces aspergillus, nous renverrons les médecins qui voudraient en avoir une idée un peu nette au mémoire du Dr R. Wreden. Nous ne pouvons nous dispenser cependant, pour montrer l’intérêt de semblables études, de signaler, en citant un exemple, le profit que l’on peut tirer, dans ce cas, d’un examen microscopique. Les myringites dues à la présence des aspergillus ne sont pas rares, parce que les spores de cette algue, mêlées d’autres spores de la moisissure (pénicillium ) peuvent se trouver suspendues dans l’atmosphère des chambres. Ce fait est démontré par l’observation suivante : Madame B... était atteinte d’une myringite, et R. Wreden avait constaté la présence de l’aspergillus dans la fausse membrane qui se développait au fond du conduit auditif externe. Voyant la maladie récidiver à plusieurs reprises, il eut l’idée d’infections nouvelles; « après avoir examiné la moisissure desséchée, d’un vert brun, qui se trouvait sur les plafonds et les renfoncements des fenêtres blanchies à la chaux, il constata qu’elle différait du moisi blanc qui recouvrait les murs peints à l’huile. La première se trouvait être le pénicillium glaucum , et le dernier était parfaitement identique avec celui qui se développait dans l’oreille de la malade, Y aspergillus nigricans. » Des essais de culture prouvèrent, de plus, que « le champignon retiré de l’oreille de madame B... et celui du mur,
1 Congrès médical international de Paris. Août 1867, j). 606.
soumis à une culture sur deux tranches de citron, étaient parfaitement identiques et ne pouvaient être distingués U un de l’autre. »
Gubler l, observant une main blessée soumise à l’irrigation continue, y a découvert un parasite différent des champignons, et auquel il a donné le nom de leptomitus epider midis.
Quant aux champignons mieux connus qui caractérisent les teignes :
Ils occupent, dit Bazin, la couche profonde de l’épiderme entre les cellules paviinenteuses et les cellules à noyaux. Bientôt la couche cornée de l’épiderme cède à la pression du cryptogame qui se montre à nu et sous des formes variables suivant l’espèce de teigne. Ce sont des croûtes jaunes et minces ( favus épidermique ) des lamelles d’un beau blanc de neige [teigne lonsurante ), un duvet grisâtre [pelade). Le champignon qui germe sous l’ongle se comporte absolument de la même manière; il occupe le même siège anatomique. Ici la lame cornée offrira une grande résistance ; il faudra donc au parasite un temps plus long pour la perforer et paraître au dehors. » Quant aux poils, les parasites se comportent, à leur égard, de la même manière absolument. « Les spores se dirigeant vers la profondeur du follicule traversent, les cellules pavimenteuses qui constituent ce canal et sont arrêtées par les conduits sécréteurs des glandes pileüses. Elles viennent se fixer, dans le canal épidermique, immédiatement au-dessus de l’orifice de ces conduits. Delà elles s’étendent, s’accroissent, convertissent tout en leur propre substance. Tout est attaqué, détruit, transformé en matière champignonneuse* de sorte que le poil, examiné au microscope, offre des altérations remarquables. Les fibres longitudinales paraissent écartées et leurs intervalles remplis par des spores qui
Cité par Woillez, Dictionnaire de diagnostic , 2e éd , jj . 771.
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pénètrent souvent jusque dans la partie médullaire; en différents points on peut trouver des renflements circulaires, ovoïdes, tubériformes... quelquefois visibles à l’œil nu. (Bazin.)
Si l’on a égard au siège du parasite et à son mode de développement, on concevra combien il sera difficile de le reconnaître dès le début d’une teigne. D’un autre côté, les éruptions diverses qui précèdent ou accompagnent le développement de l’épiphyte, peuvent en masquer les caractères. 11 est donc urgent de pouvoir, dès le début d’une semblable affection , examiner au microscope les parties malades et rechercher les spores, dont la présence affirme seule le diagnostic. Nous allons indiquer brièvement comment cet examen doit être fait pour chacune des formes de teigne que nous avons admise. Rappelons, une fois pour toutes, ce que nous avons dit (p. 20) en parlant des réactifs. La glycérine devra être employée dans ces recherches pour éclaircir les poils et faire apparaître les parasites végétaux.
Teigne faveuse. — Tout à tait au début, alors que le cuir chevelu se trouve recouvert d’une quantité assez abondante de débris squameux ou d’une éruption pustuleuse, on reconnaît déjà une altération des poils, qui paraît caractéristique. Les poils sont ternes, leur résistance est moindre, leur couleur devient grisâtre ou rougâtre. Si on les arrache pour les examiner au microscope, on constate que le bulbe du poil et son prolongement radiculaire renferment déjà quelques spores ou filaments tubuleux reconnaissables aux caractères que nous indiquerons dans un instant. Plus tard, l’altération devenant plus grave, on constate ce qui suit : « La tige seule peut paraître affectée, et, sur plusieurs points de sa longueur, on trouve des fragments de matière
analogue à celle qui constitue les croûtes; c'est également du favus ; de plus, le poil est terne, les deux substances corticale et médullaire sont moins distinctes que dans l’état normal, les fibres longitudinales paraissent plus grosses. Il n’est pas rare de trouver sur les membranes non plus seulement des spores, des tubes de mycélium, mais aussi de la matière faveuse en masse, déposée entre le prolongement radiculaire du poil et la tunique capsulaire interne. En même temps la tige offre la même altération, mais plus prononcée encore que celle dont nous venons de parler tout à l’heure. La capsule peut manquer ou bien on n’en trouve que des lambeaux. Le bulbe du poil et son prolongement radiculaire sont parsemés de spores et de filaments tubuleux. Enfin, quand l’altération est portée à son comble, le poil est atrophié, décoloré, les fibres longitudinales sont écartées ; dans leurs intervalles se voient des spores bien distinctes, et, sur les bords, des filaments tubuleux qui semblent sortir de l’épaisseur du cheveu. (Bazin.)
Le diagnostic se trouvera établi le plus souvent par l’examen des croûtes faveuses que l’on délaye dans un peu d’eau ou d’acide acétique, et que l’on examine à un gossissement de 300 diamètres. Dans ces cas, « on ne voit que des sporules, des tubes vides (mycélium) et des tubes chargés de sporules (sporidies). Les sporules ont un volume et une forme variables : les unes, plus petites, se distinguent à peine des granulations noires; les autres ont jusqu’à 0mm,007 à 0mm,008 de diamètre et paraissent avoir deux enveloppes (gross., SOOdiam.). Leur forme est ovoïde, quelquefois triangulaire et comme étranglée vers le milieu : il n’est pas rare de les voir réunies bout à bout en chapelet. Les tubes sont fïexueux, simples ou ramifiés, vides ou chargés de spores et de granules : accolés les uns aux autres, ils forment des tiges plus ou moins larges et
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quelquefois comme articulées. » L’alcool, l’éther et le chloroforme ne dissolvent pas ces croûtes faveuses ; l’ammoniaque ne fait que les blanchir un peu.
Outre Yachorion Schœnleinii , dont nous venons d’in-
Fig. 54. — Parcelles de fa ms. (Bazin, pl. 111). — a , Spoiulcs isolées — b, sporules réunies — c, chaîne de sporules — d , tubes vides — f, filaments tubuleux réunis — g, granules.
diquer les caractères, la teigne faveuse a quelquefois un autre épiphyte : la puccinia favi7 découverte et décrite par M. Ardsten, qui l’a retrouvée dans le pityriasis. Il se compose de deux cellules conoides réunies par leur base.
Teigne lonsurante . — Le parasite qui donne naissance à la teigne tonsurante est caractérisé « par des sporules rondes ou ovales, transparentes incolores, à surface lisse, à intérieur homogène, variant entre 0mœ,002 et 0mra,008 ; les spores naissent dans l’intérieur de la racine des cheveux sous forme d’un groupe de sporules rondes. Celles-ci donnent naissance à des filaments articulés qui, en se développant, rampent dans l’intérieur du cheveu en suivant son axe. 11 a reçu le nom de tricophyton tonsurans. » (Lebert.) Cet épiphyte est donc presque exclusivement composé de spores. Ce-
pendant, d’après Bazin, les tubes de mycélium existeraient dès le début de la maladie aussi bien qu’à une période avancée ; ils disparaîtraient au moment où le
Fig. 35.— Poussière blanche qui revêt les cheveux brisés de l’herpès tonsurant (Bazin, pl. II). — a, sporules isolées — b, sporules réunies — c, tubes vides — d, tube sporulaire.
cryptogame est dans toute la force de son développement.
L’affection1 débute par l’altération des poils. Ils changent de couleur, deviennent ternes, secs, très-cassants. Si l’on peut arriver à les extraire, avec leurs bulbes, on constate que, tout autour du poil et dans son épaisseur, existent des spores quelquefois allongées et se rapprochant des tubes de mycélium. Quelquefois aussi les poils présentent, de distance en distance, des renflements olivaires ou tubéreux. Plus tard, alors que les tonsures se forment, le parasite se montre sur les poils brisés et sur l’épiderme. Il prend la forme d une gaine amiantacée, blanc mat, recouvrant presque complètement les poils. Sur l’épiderme, il forme une substance floconneuse, blanche, qui ressemble assez bien à l'hypersécrétion épidermique qui l’accompagne. On la distingue par sa coloration plus blanche et par l’examen microscopique. A cette période, les poils ne peuvent plus
i Voy. Bazin, loc. cit., p. 170 et suiv.
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