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MUQUEUSES GASTRIQUE ET INTESTINALE

Anatomie et physiologie

La muqueuse de toute la partie sous-diaphragmatique du tube digestif est tapissée par un épithélium cylindrique , depuis le cardia jusqu’à l’orifice anal. Ces cellules ne forment qu’une seule et simple couche qui repose immédiatement sur le chorion de la muqueuse; cependant on peut apercevoir au point d’implantation des cellules cylindriques des éléments plus petits, de forme plus ou moins polyédrique, destinés sans doute à reproduire les cellules cylindriques lorsque celles-ci sont détachées de la muqueuse. Cette chute des cellules prismatiques est très-fréquente : d’après certaine théorie de l’absoption (Küss), elle constituerait meme un phénomène physiologique auquel est soumise à chaque digestion toute la muqueuse de l’intestin grêle : il est donc très-important d’étudier l’aspect de ces cellules détachées, leur forme normale, et les modifications qu’elles subissent par suite de l’imbibition, de la macération et sous l’influence de certains réactifs.

Les cellules cylindriques sont des éléments de 22 à 26 y de long sur 6 à 9//. de large: elles sont à 5 ou 6 pans, de sorte que vues d’en haut, c’est-à-dire par leur extrémité libre, elles représentent, par leur juxtaposition , une élégante mosaïque (fig. 52 c); l’extrémité par laquelle elles adhèrent au tissu sous-jacent est plus ou moins effilée. Ces cellules adhèrent très-fortement entre elles, de sorte qu’elles se détachent d’ordinaire par petits lambeaux, plus rarement en éléments isolés. Elles sont formées d’un protoplasma granuleux, con-

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tenant beaucoup de mucine, comme le montre l’action de l’acide acétique, et un noyau clair, vésiculaire ovalaire. Le tout est renfermé dans une enveloppe qui, au niveau de la partie libre de la cellule, s’épaissit en un bourrelet, dit bourrelet de la base ; par la juxtaposition des cellules, les bourrelets voisins forment comme une couche particulière, une cuticule audessus de l’épithélium cylindrique. Ce bourrelet de la base paraît finement strié, et en effet les recherches sur les animaux inférieurs (insectes) permettent facilement de constater qu’il est percé de fins canalicules. L’eau imbibe rapidement ces cellules et produit d’abord une sorte de hernie de la matière muqueuse (fig. 54, A); si l'action de l’eau continue, le plateau peut être soulevé, le contenu de la cellule refoulé vers la pointe, de sorte que la cellule cy- Fig. 51-Cellules épithéliales lindrique se présente fortement des villosités, gross. 550 renflée ( fig*. 54, C); cet. aspect (Kœlliker) — a> dont la peut encore s’exagérer (comme Jnembrane est gonflée — en I)). Le plateau lui-même, sous *'.don‘ a ra.e.mbrane 8°"- 1 action de 1 eau et de la mace- ques oellules vues d.en ration, se gonfle : si l’on ajoute haut, de l'acide acétique, il paraît se dédoubler en une multitude de bâtonnets juxtaposés (comme en B, fig. 54), de sorte que l’on croit avoir sous les yeux une cellule à cils vibrátiles : enfin le plateau peut se détacher en restant soudé aux plateaux de cellules voisines, de façon à représenter un lambeau de cuticule libre. Malgré la chute du plateau, la cellule prismatique ne reste pas ouverte au niveau de la base, ce qui prouve qu’en ce point la membrane d’enveloppe est double, ou, mieux, que le plateau est une couche surajoutée à la membrane générale

en un point particulier ; mais la cellule prend alors des formes particulières sous l’influence de l’imbibition : la

Fig. 53. — Cellules épithéliales de l’inlestin grêle, encore adhérentes les unes avec les autres (gross. 500 d.) — a, membrane gonflée par l’eau (Kœlliker).

figure 54, D, donne une idée de ces cellules renflées et liydropiques à une extrémité, avec noyaux et protaplasma

Fig. 54. — A, Cellules épithéliales de l’intestin, traitées par l’eau [a, plateau épais et strié — b, goutte transparente du contenu, sortie sous l’influence de l’eau) ; — B, cellules isolées — C, cellules semblables, à paroi supérieure soulevée par l’action de l’eau. — D, les mêmes, après l’action prolongée de l’eau.

refoulés. Ces cellules ainsi modifiées ont été prises souvent pour des éléments normaux particuliers ; contentons-nous

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d’indiquer que c’est là probablement ce que Gruby et Delafond ont décrit sous le nom d'épithélium capitatum , ce que plusieurs auteurs appellent cellules de Letzerich, du nom d’un histologiste qui a insisté sur leur description. Nous devons cependant ajouter que cette question es! encore réservée jusqu’à un certain point, et que quelques micrographes admettent, en elfet, au milieu des cellules cylindriques, des cellules particulières, à formes renflées, qu’ils regarderaient volontiers comme des glandes unicellulaires (Kœlliker, Banvier).

L’épithélium cylindrique tapisse non-seulement toutes les parties unies de la muqueuse digestive, mais encore ses saillies et ses dépressions ou glandes : ses saillies sont les villosités , sortes de prolongements digitiformes, très-riches en vaisseaux sanguins et lymphatiques, vu leur rôle essentiellement absorbant, et coiffées d’un capuchon complet de cellules prismatiques : parfois le capuchon épithélial d’une villosité peut se détacher en entier et être retrouvé ainsi dans les selles. Les villosités n’existent que dans l’intestin grêle, depuis le pylore jusqu’à la face supérieure de la valvule iléo-cœcale.

Dans la plupart des glandes, l’épithélium de la muqueuse reste cylindrique. Telles sont les glandes de Lieberkühn, les glandes dites muco-gastriques de l’estomac, les glandes en tube du gros intestin et la glande biliaire elle-même : en effet, ce n’est que vers les extrémités terminales, encore mal connues, des canaux biliaires, que l’épithélium change de nature; partout ailleurs, dans la vésicule, dans le canal cholédoque, dans les canaux hépatiques, l’épithélium des voies biliaires est cylindrique comme celui de l’intestin. Dans les autres glandes, l’épithélium, cylindrique dans les canaux excréteurs, se modifie au niveau des culs-de-sac sécréteurs ; ainsi au niveau des glandes pepsiques il se compose de grandes cellules polygonales pâles, finement granulées, à noyau très- distinct, mais sans membrane d’enveloppe bien visible (cellules à pepsine) ; au niveau des glandes de Brunner et des culs-de-sac du pancréas, l’épithélium devient semblable à celui des glandes en grappe de la bouche et de l’œsophage. Nous ne parlerons pas des

follicules clos isolés ou agminés (plaques de Peyer) de l’intestin ; leur partie fondamentale, les follicules lymphatiques, présentent des éléments analogues à ceux que nous avons étudiés dans les cavités buccales et pharyngiennes.

La muqueuse gastro-intestinale donne naissance à des produits spéciaux et à des mucus qui diffèrent peu du mucus que nous avons étudié d’une manière générale.

Dans l’estomac, le mucus est sécrété, comme nous l’avons vu, par des glandes distinctes de celles qui donnent naissance au suc gastrique. Ces glandes fonctionnent isolément, c’est-à-dire que la muqueuse gastrique produit du mucus et ne produit pas de suc gastrique, ou bien donne naissance à du suc gastrique et ne produit que très-peu de mucus.

Dans l’intestin grêle, le mucus proprement dit se mélange continuellement au produit des glandes de Brunner et de Lieberkühn, de sorte que le suc entérique représente, au point de vue microscopique, un mucus plus ou moins dilué.

Dans le gros intestin, la sécrétion muqueuse est trèsprononcée et forme à la surface de la muqueuse une couche visqueuse douée d’une certaine ténacité; ce mucus est souvent excrété sous la forme de flocons distincts, plus ou moins volumineux. (Voy. Mucus en général.)

Les liquides de sécrétion spéciale versés normalement dans le tube intestinal sont : le suc gastrique, le suc pancréatique et la bile.

Le suc gastrique , s’il n’est pas mêlé à du mucus, est un liquide parfaitement limpide dans lequel on ne trouve aucun élément figuré; il contient seulement

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quelques granulations libres et tout à fait accidentellement des cellules épithéliales prismatiques de l’estomac.

Le suc pancréatique normal ne contient non plus en suspension aucun élément anatomique ; sa matière albuminoïde, la -pancréatine n’est pas comparable à la mucosine ; du reste, on n’a pas besoin de microscope pour la caractériser et l’on a une réaction chimique bien plus nette, découverte par Cl. Bernard, c’est l’action du chlore qui colore la pancréatine en rouge : la pancréatine est la seule substance organique qui présente cette réaction.

La bile , outre les éléments figurés qu’elle peut renfermer elle-même, jouit de la propriété de colorer vivement tous les éléments anatomiques au contact desquels elle se trouve : les débris de cellules, les fragments d’épithélium concentrent la matière colorante de la bile en s’en imprégnant, de sorte que parfois l’étude microscopique des particules en suspension dans un liquide pourra y faire reconnaître la présence de la bile, ou du moins de sa matière colorante, lorsque l’examen à l’œil nu y faisait à peine soupçonner sa présence. Enfin, on pourra rendre la coloration encore plus évidente par l’action de l’acide azotique, qui exagérera la couleur verte des éléments imprégnés de bile; on verra, en continuant l’action du réactif, cette couleur verte virer peu à peu au bleu, au violet et finalement au rouge.

La bile, en dehors des éléments du mucus qui s’y mêle dans la vésicule biliaire, ne renferme en suspension que des éléments pour ainsi dire accidentels, et qui n’ont rien de caractéristique, ou bien des corps qui se forment par la précipitation et la décomposition des

principes tenus en dissolution dans la bile toute fraîche. Les premiers éléments sont : des granulations moléculaires, tantôt isolées, parfois réunies en plaques verdâtres (de Blainville, Ch. Robin); des gouttelettes d’huile d’un jaune verdâtre: des cellules d’épithélium prismatique provenant des gros conduits excréteurs du foie et de la vésicule biliaire (mucus). Parmi les corps qui se forment par la décomposition de la bile avec la précipitation de ses éléments dissous, les plus importants sont : la taurine, qui se dépose parfois spontanément, ou dont on détermine la précipitation par l’action des acides et de la chaleur (qui décompose l’acide taurocholique) ; la taurine se présente alors sous la forme de prismes rhomboïques à six pans, terminés en pointe ; parfois ces formes cristallines sont moins nettes, moins volumineuses, et se groupent en petites masses ou gerbes irrégulières.

Vient ensuite la cholestérine, dont nous avons déjà parlé (voy. Peau et Kystes sébacés). Mais dans le cours normal de la bile, c’est-à-dire lorsqu’elle est versée dans l’intestin pour jouer dans la digestion son rôle encore bien mystérieux, ce n’est pas de la cholestérine qui se dépose et que l’on retrouve sous forme de cristaux lamellaires mêlés aux matières fécales : dans l'intestin, la cholestérine soit par dédoublement, soit par fixation d’eau, se transforme en séroline (Boudet), qui se présente d’ordinaire sous la forme de débris blancs nacrés, solubles dans l’éther comme la cholestérine. Enfin, quoique la matière colorante de la bile normale reste d’ordinaire dissoute, et se dépose rarement et seulement sous forme de particules amorphes, les nombreux dérivés de cette matière colorante, et particulièrement la bilifulvine ou bilirubine, forment parfois

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des cristaux à peu près identiques, comme aspect et comme composition, à l'hématoïdine (voy. p. 63); on ne peut du reste encore dire précisément si ces cristaux de bilirubine proviennent de la matière colorante de la bile ou de celle du sang. Dans le cours normal de la bile dans l’intestin, et pendant son mélange avec les produits de la digestion stomacale, une partie de la matière colorante de la bile exerce son action tinctoriale (voy. plus haut) sur les débris alimentaires qui vont former les matières fécales; en même temps, une portion de la matière colorante se précipite à l’état de grains arrondis et ovoïdes jaunes verdâtres, larges de 5 à 50 millièmes de millimètre (Ch. Robin). C’est surtout dans le méconium du fœtus que l’on peut bien étudier ces grains, remarquables par leur couleur d’un beau vert à la lumière transmise empruntée à des nuages blancs; vus à la lumière jaune orange de la lampe, ils prennent une teinte violacée ou grise à reflets violets qui est moins caractéristique (Ch. Robin) ; on peut, par l'acide azotique, produire sous le microscope dans ces grains de biliverdine les réaclions colorées bien connues et caractéristiques de la matière colorante biliaire (réaction de Gmelin).

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