MATIÈRES FÉCALES
L’examen microscopique des matières fécales peut devenir indispensable, dans un assez grand nombre de cas, pour contrôler, rectifier ou préciser ce que n’a pu apprendre l’examen macroscopique. Il sera nécessaire d’avoir recours à ce moyen d’investigation dans la plupart des maladies de l’appareil digestif, et il est probable que s’il était employé plus fréquemment, si la composition anatomique des fécès était aussi bien connue que les réactions chimiques de l’urine, la pathogénie des différente s formes de la dyspepsie serait mieux élucidée.
Pour examiner au microscope les matières fécales liquides,
MUQUEUSE DIGESTIVE
il importe de les laisser reposer afin de pouvoir porter son attention aussi bien sur le dépôt que sur les matières tenues en suspension dans un liquide.
Quand les matières sont liquides, il faudra donc laisser séjourner les produits évacués dans un vase conique ; les parties liquides qui surnageront devront être examinées comme nous l’indiquerons dans un instant ; les résidus accumulés au fond du vase seront l’objet d’un examen plus approfondi. Lorsque les matières sont de la consistance d’une pâte tenace, peu friable, s’étalant sans couler, il sera nécessaire non-seulement d’examiner des parcelles de cette matière solide, mais encore de les délayer dans de l’eau pure et de procéder ensuite comme si l’on avait atfaire à des matières liquides. Enfin dans les cas où l’on aura soupçonné l’existence de corps étrangers d’un volume assez considérable ( calculs , etc.), il pourra devenir indispensable de tamiser les matières en les délayant sur un tamis à mailles assez étroites. On recueillera dès lors les particules solides assez volumineuses pour être examinées isolément.
Dans tous ces cas, il est utile, sinon nécessaire, de désinfecter les matières à examiner à l’aide d’un réactif qui, sans altérer la texture des éléments figurés, puisse faire disparaître en partie l’odeur repoussante que présentent les déjeclions pathologiques. Cette odeur, qui varie avec la nature de l’alimentation, sera surtout combattue en ajoutant aux matières à examiner une solution d’acide phénique (Tobo) eïl songeant toutefois à l’action exercée par une semblable préparation sur les protozoaires (vibrions, bactéries, etc.) dont l’acide phénique, la créosote, etc., arrêtent les mouvements. L’odeur des matières fécales est d’ailleurs presque nulle dans le choléra, la glycosurie, etc.
L’examen macroscopique des matières fécales peut donner quelques renseignements au médecin. Le plus souvent, assez consistantes, adhérentes aux vases qui les renferment, se moulant sur les surfaces intestinales qu’elles ont à traverser, les déjections alvines deviennent d’un calibre excessivement mince, après un jeûne prolongé, lorsque l’intestin a perdu momentanément son calibre primitif (maladies chroniques); parfois elles sont aplaties en forme de
ruban (tumeurs intestinales) ; dans d’autres cas (dysenterie, constipation opiniâtre), des matières dures en ¡‘orme de boulettes analogues aux excréments de brebis sont évacuées en même temps qu’un liquide diarrhéique quelquefois sanguinolent.
La coloration des matières fécales varie aussi dans l’état de santé : souvent brune ou même noirâtre, elle peut devenir grisâtre (ictère), blanchâtre (alimentation lactée), verdâtre (alimentation herbacée, calomel), noirâtre (fer), jaunâtre (rhubarbe), etc. Chez les enfants dont les selles sont normalement plus liquides, plus blanches, moins fétides, la coloration verdâtre, très-fréquente également, paraît due à la présence de quantités notables de biliverdine sous forme de granules que le microscope permet de reconnaître. Cette coloration verdâtre disparaît d’ailleurs au moment de la putréfaction.
Le microscope permet de reconnaître dans les iécès normales certains éléments caractéristiques ; les matières évacuées par l’extrémité inférieure du gros intestin renferment en effet : Io les produits de desquamation des cellules épithéliales qui tapissent toute l’étendue du tube digestif ; 2° les résidus non absorbés des humeurs excrémento- récrémentitielles versées à la surface de l’intestin; 3° des détritus alimentaires en proportions variables. Aces éléments normaux s’ajoutent, dans des conditions pathologiques, des corps étrangers ou des parasites dont nous aurons à étudier la provenance et la composition.
I. Méconium. — Le type le plus simple des fécés normales constitue le méconium l. Au moment de la nais** sanee, ce produit brun, verdâtre, visqueux, tenace, ne renferme, en effet, que les produits de desquamation de l’intestin du fœtus et les résidus des humeurs excrémentielles déversées à sa surface. C’est ainsi que l’examen du méconium permet d’y constater :
4 Voy. Robin, Traité des humeurs.
Io Un mucus transparent, très-tenace, strié, se gon- Hant lentement sous l’eau et englobant tous les éléments iigurés que renferme le méconium.
2° Des débris figurés : cellules épithéliales prismatiques, rares et isolées au moment de l'accouchement, beaucoup plus nombreuses, sous forme de gaines épithéliales des villosités vers le quatrième ou le cinquième mois de la grossesse. Ces cellules, plus ou moins déformées, à noyau ovoïde, très-granuleuses, sont teintées en jaune verdâtre par la bile.
5° Des granulations protéiques ou des granulations graisseuses en nombre plus ou moins considérable.
4° Un grand nombre de grumeaux globuleux, ovoïdes ou polyédriques, souvent agglutinés les uns aux autres, faciles à dissocier, d’une coloration verdâtre, rarement jaune verdâtre, plus rarement encore violacée. Traités par l’acide azotique, ces granules prennent une coloration violacée très-nette. Quelquefois, mais rarement, ils peuvent offrir la série des colorations qui caractérisent la biliverdine. Ces éléments caractérisent le méconium; ils existent toujours* lui donnent sa coloration verdâtre, tandis que la coloration grise, que i’on observe parfois, paraît due à l’accumulation de cellules épithéliales prismatiques ou pavimenteuses.
5° Enfin le méconium renferme assez souvent des cristaux de cholestérine; ils sont petits, sous forme de lamelles transparentes à bords et à angles très-nets (fig. 58). Ils n’existent que pathologiquement dans les fécès évacuées pendant la vie extra-utérine (Robin).
Les fécès d’un enfant à la mamelle jusqu’au dixième ou douzième jour renferment encore une très-grande quantité de grains de biliverdine, bientôt mélangés de grumeaux caséiformes composés de globules de lait
granuleux, demi-transparents, agglutinés les uns aux autres.