II. — FÉCÈS NORMALES
Les fécès normales renferment, outre les résidus alimentaires que nous étudierons dans un instant, des éléments analogues à ceux que l'on trouve dans le méconium.
Io Le mucus forme des amas grisâtres, lents à se gonfler sous l’eau, donnant à celle-ci une consistance mucilagineuse et un aspect trouble dû aux particules figurées qu’il englobe. 11 est peu strié, même après addition d’acide acétique.
2° Les éléments figurés qu’il renferme sont presque toujours déformés. Tandis que dans le méconium on trouve souvent des gaines entières de villosités (voy. fîg. 53), celles-ci ne se rencontrent dans les lécès de l'homme adulte qu’à l’état pathologique. On trouve, le plus souvent, dans le liquide qui a servi à délayer les matières fécales : des cellules ovoïdes ou prismatiques infiltrées de molécules graisseuses ou des noyaux libres enveloppés de masses irrégulières d’un protoplasma amorphe; souvent des leucocytes granuleux d’un volume assez considérable à un ou plusieurs noyaux.
3° Les granulations moléculaires, très-fines, toujours animées de mouvement brownien, sont : les unes grisâtres, solubles dans l'acide acétique (granulations protéiques); d’autres réfractant fortement la lumière, à contour brillant, solubles dans l’éther (granulations graisseuses), pouvant s’accumuler de manière à former de véritables gouttelettes graisseuses; d’autres enfin, plus volumineuses que les précédentes, s’observant
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surtout quand les matières ont séjourné pendant quelque temps au contact de l’air, très-rares à apparaître quand elles ont été traitées par l’acide phénique, trèsabondantes dans les cas pathologiques, constituent les éléments figurés que nous avons déjà décrits sous les noms de bacterium punctum (voy. p. 55), bacterium catenula, etc. (voy. Fécès path ., p. 232).
4° Les grumeaux amorphes verdâtres, formés par des accumulations de matière biliaire, très-fréquents dans le méconium dont ils sont caractéristiques , ne s’observent dans les fécès que lorsque la bile a été déversée en quantité trèSabondante dans l’intestin (polycholie). Rarement il est possible d’obtenir, avec l’acide azotique, autre chose que la coloration jaunâtre qui décèle l’existence de matières azotées.
5° On n’observe pas de cristaux de cholestérine ; mais, par contre, les fécès normales renferment des aiguilles jaunâtres ou même des masses globuleuses constituées par des accumulations de cristaux aciculaires d’acides stéarique , margarique, oléique, etc., (fig. 58).
6° Enfin les' selles normales renferment toujours quelques filaments de l’algue décrite par Ch. Robin, sous le nom de leptothrix.
Outre ces éléments, qui proviennent des parois in-
Fig. £8. — Cristaux d’acides gras — 1, acide stéarique— 2, acide margarique — 5, vésicules adipeuses contenant des cristaux d’acide margarique — 4, gouttes de graisse - 5, cristaux de cholestérine.
festínales, les fécès contiennent, même à l’état normal, des résidus alimentaires , absolument réfractaires à la digestion ou n’ayant pu être complètement liquéfiés sous l’influence des sucs digestifs.
Parmi les produits végétaux réfractaires à la digestion, nous citerons la cellulose , que l’on peut recon-
Fig. 59.— Débris d’aliments incomplètement digérés — a, trachées — b, amas granuleux de chlorophylle — c, cellule végétale ayant perdu ses grains d’amidon — cl, grains d’amidon — f, globules gras — h , débris de fibres musculaires.
naître à la coloration bleue qu’elle prend sous l’influence du réactif iodo-sulfurique; les cellules végétales renfermant encore de la chlorophylle soit à l’état amorphe, soit en granules disposés en amas plus ou moins symétriques; d’autres cellules végétales de formes et de dimensions variables, les unes sphériques, d’autres cylindriques, etc. ; des vaisseaux et des trachées reconnaissables aux stries que détermine le filament spiral ; enfin des grains d'amidon non modifiés sous l’influence des sucs digestifs.
Il est impossible de décrire tous les aspects que présen-
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}| tent ces matières végétales. Pour les examiner avec quelque
I fruit, il est indispensable d’acquérir une expérience que donne l’examen microscopique des excréments d’herbivores. On évitera ainsi de nombreuses erreurs et une perte de temps considérable.
Ces excréments ne présentent presque pas cette odeur j fétide qui rend insupportable l’étude des matières fécales de l'homme ; en outre, ils montrent une préparation toute faite des éléments végétaux réfractaires à la digestion. L’étude des excréments d’une chenille, d’un insecte, d'un têtard de grenouille suffira même le plus souvent à mettre le médecin au courant de l’aspect que présentent les trachées spirales, les épidermes végétaux, etc., etc. C’est à ce procédé d’isolement que les phytologistes ont souvent recours pour étudier certaines parties des végétaux.
Parmi les produits animaux, on rencontre des débris de tendons, de tissu élastique (qui parfois ont été confondus avec des vers intestinaux), de poils, de fragments osseux, de débris calcaires (enveloppes des crustacés, etc.).
Presque toujours à ces débris s’ajoutent, même dans les conditions normales, des matières alimentaires plus ou moins modifiées. Ainsi, les selles des enfants renferment des masses de caséum plus ou moins transformées; les selles des adultes, des fibres musculaires, encore aisées à reconnaître, bien qu’elles soient, le plus souvent, teintées en jaune brunâtre par la bile ; enfin, et surtout, des accumulations assez considérables de matières grasses non émulsionnées. C’est la présence de ces éléments qui suffit parfois à elle seule pour caractériser, à l’examen microscopique, certaines évacuations pathologiques dont nous avons maintenant à nous occuper.