DES SURFACES SÉREUSES ET SYNOVIALES
De même que la surface cutanée et les surfaces muqueuses, les surfaces qui circonscrivent les cavités internes (plèvres, péritoine, articulations, etc.), sont revêtues d'une ou plusieurs couches cellula res, formant un véritable épithélium ; c’est à ces revêtements que l’on a donné le nom à' endothélium ; nous conserverons ce nom, mais sans y attacher l’importance que llis avait voulu lui donner, car les endothéliums ne forment une classe à part ni au point de vue embryologique, ni au point de vue histologique, ni même au point de vue de l’anatomie descriptive. En effet, il est des cavités qu’ils tapissent et qui cependant communiquent avec l’extérieur ; d’autre part, on trouve dans les alvéoles pulmonaires un épithélium qui, au point de vue histologique, présente le type le plus parfait des endothé-
liums à une seule couche, tandis que le revêtement endothélial des synoviales est slratifié et composé de couches diverses absolument comme les épithéliums ordinaires.
Il est donc impossible de tracer une ligne exacte de séparation entre les épithéliums et les endothéliums; il est de plus très-difficile de diviser ceux-ci. Nous les partagerons en deux classes : ceux qui sont composés d’une seule couche de cellules et ceux qui sont composés de plusieurs couches. Mais nous verrons qu’il y a des transitions entre ces deux formes.
A. Endothéliums à une seule couche de cellules : tel est le revêtement de la face interne des vaisseaux (sanguins ou lymphatiques) et des séreuses. Nous n’avons à nous occuper ici que des séreuses.
Les cellules qui recouvrent les surfaces séreuses sont des cellules très-aplaties, formant de petites plaques à bords irréguliers, de dimensions très-variables : ces plaques sont plus épaisses vers leur partie moyenne, et là elles renferment une masse de protoplasma au centre duquel se trouve un noyau arrondi. L’étude de ces surfaces au moyen de l’imprégnation par le nitrate d’argent a permis de bien constater la disposition de ces lamelles, dont les lignes de séparation sont à peu près invisibles avant l’action de ce réactif: c’est ainsi que Ranvier a pu constater que la plaque épithéliale circonscrite par le dépôt d’argent est une sorte d’exsudation, une cuticule produite par la petite masse de protoplasma à noyau : cette masse constitue l’élément cellulaire actif, et se trouve située au-dessous de la plaque. Lorsqu’on se contente, pour étudier ces éléments, d’examiner le produit obtenu par le raclage d’une surface séreuse, les cellules endothéliales détachées se roulent sur ellesmêmes, et l’on ne voit plus de plaques, mais des éléments fusiformes plus ou moins allongés; c’est cet aspect qu’il est surtout intéressant de bien connaître, car c’est sous cette forme que les cellules endothéliales se retrouvent, nageant au milieu des sérosités des cavités closes (fig. 97). Parfois l’enroulement est si complet que les cellules offrent l’aspect d’une petite fibre épaissie seulement au niveau du point où se trouve le noyau. Si la surface séreuse est le siège d’une
ANATOMIE
inflammation, la forme des cellules qui s’en détachent est encore plus différente de la forme lamellaire : on voit alors de gros éléments granuleux, à noyaux mulliples ou en voie de segmentation; parfois ces cellules sont infiltrées de graisse, etc.
Tels sont les endothéliums des séreuses pleurale, péricardique, péritonéale, vaginale, etc :
les éléments cellulaires ne diffèrent pas sur ces diverses surfaces, surtout lorsqu’on les examine non en place, mais détachés et flottant dans un liquide. Aussi n’avons-nous pas à nous arrêter sur l’étude de chaque séreuse en particulier. Nous indiquerons seulement que la séreuse arachnoïdienne forme une transition entre la disposition des séreuses proprement dites et celles des synoviales ; en effet, le feuillet externe de l’arachnoïde n’est pas simple ; en d’autres termes, la face interne de la dure-mère n’est pas tapissée par une seule couche de cellules :
il y a là deux couches, d’après Luschka, et même plusieurs stratifications d’après líenle.
Toutes les cavités séreuses renferment à l’état normal une certaine quantité de liquide, de sérosité (Colin); ce liquide est, il est vrai, très-peu abondant, si peu abondant qu’on a pu en nier la présence (Richet) ; mais il paraît constant, même pour la cavité arachnoïdienne (Malgaigne), quoique ici le liquide dont on rattache d’ordinaire l’étude à celle de l’arachnoïde, le liquide céphalo-rachidien, soit sous-arachnoïdien , c’est-à-dire entre la pie-mère et le feuillet interne de la séreuse. Ces liquides sont donc peu intéressants au point de vue physiologique; les seuls éléments figurés qu’on y iencontre sont des cellules endothéliales et quelques globules blancs ; à l’état normal, la fibrine y est fort rare. Nous n’insisterons donc sur l’examen microscopique des sérosités qu’au point de vue pathologique.
Fig. 97. — Cellules épithéliales détachées des vaisseaux ; la plus longue provient d’une artère, les deux courtes d’une veine de l’homme. (Kôlliker.)
B, Endothéliums à plusieurs couches de cellules. Tels sont les revêlements des cavités articulaires : on sait aujourd’hui que ce revêtement endothélial ne tapisse pas toute la surface interne des articulations : il n’existe pas au niveau des cartilages articulaires des extrémités osseuses; on ne le trouve pas sur tous les fîbro-cartilages intra-articulaires : il tapisse essentiellement la face interne des capsules ligamenteuses et les ligaments inter-articulaires (comme les ligaments croisés du genou). Dans ces points, l’endothélium synovial peut atteindre 22 /*; dans les couches inférieures on trouve des cellules arrondies ; près de la surface, des cellules aplaties, assez larges, renfermant un ou deux noyaux. Cet épithélium est doublé par une lame de tissu conjonctif, assez vasculaire, et riche en cellules adipeuses, surtout en certaines régions . On voit donc que la structure des synoviales se rapproche beaucoup de celle des muqueuses, puisqu’elles possèdent une sorte de chorion. Aussi la membrane synoviale forme-t-elle des espèces de végétations, des villosités, que l’on nomme franges synoviales, et qui paraissent n’avoir d’autre usage que d’augmenter l’étendue de la surface épithéliale qui sécrète la synovie .
La synovie diffère beaucoup des sérosités : elle se rapprocherait plutôt par son aspect général des mucus : on y
Fig. 98.— Quatre cellules pas de mucosine: cette substance épithéliales de la syno- est remplacée par la synovine , viale du genou. (Kôlli- qUe pon a longtemps confondue ker) avec l’albumine, mais qui en dif-
fère par des caractères que nous étudierons à propos des troubles pathologiques, où on constate sa production en excès . indiquons seulement que, d’après les recherches de Frerichs sur les animaux, la synovine, ainsi que les débris épithéliaux et les leucocytes, sont plus abondants dans le liquide des articulations quand le membre a été le siège
trouve , en effet , les mêmes éléments figurés, c’est-à-dire des leucocytes, des cellules épithéliales (fig. 98) et des débris de cellules épithéliales; mais on n’y trouve
PATHOLOGIE
de mouvements actifs et répétés, que lorsqu’il est resté dans le repos : après le repos, la synovie est abondante, mais très-claire, tandis qu’après une longue marche elle est plus rare, mais plus épaisse.