AU DIAGNOSTIC ET A LA CLINIQUE
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Les recherches d’hislologie proprement dite demandent un apprentissage long et délicat. L’art de durcir les tissus, de l'aire des coupes, et de conserver les préparations, ne s’acquiert que grâce à une grande patience et une sérieuse application : il exige l’emploi d’un grand nombre de réactifs et de petits moyens, parfois insignifiants en apparence, mais dont la pratique fait ressorlir la nécessité.
Il n ’en est plus de même lorsqu’il n’est question que des applications du microscope à la clinique : il s’agit ici moins de recherches scientifiques que de constatations pratiques. Le plus souvent, dès lors, il suffit de dissocier les éléments soumis à l’examen, de les comprimer légèrement et de les éclaircir par quelques
réactifs, pour arriver au but qu’on se propose. Tout le monde n’est pas appelé à dessiner et à peindre en artiste, mais chacun doit pouvoir compléter l’expression de sa pensée par un dessin clair et rapide, par une esquisse simple, mais précise. De même tout médecin ne peut se consacrer à des recherches fines et compliquées sur la structure des tissus, mais, dans l’état actuel de la science, tout praticien doit pouvoir discerner, avec le microscope, la nature d’un produit de sécrétion, d’une végétation, d’un parasite, et les altérations que subissent, dans les différentes maladies, les éléments figurés dont la présence caractérise tel ou tel liquide de l’économie.
Nous allons passer en revue les instruments et les réactifs indispensables pour arriver à ce but.
Microscopes. — Nous ne parlerons que très-succinctement du choix d’un microscope, et nous n’insisterons que sur quelques appareils particuliers.
Le microscope dit petit modèle de Nachet (fig. 1) est très-suffisant pour toutes les recherches cliniques, pourvu qu’il soit muni des oculaires 1, 2, 3 et des objectifs 1, 3, 5. On obtient ainsi des grossissements qui varient entre 50 et 600 diamètres. Aujourd’hui que l’attention est fixée sur les infiniment petits (vibrions, bactéries), l’emploi de forts grossissements peut devenir indispensable. Dans les recherches scientifiques de ce genre, les puissants objectifs à immersion sont nécessaires ; mais pour une simple constatation pratique, les objectifs précédemment indiqués demeurent suffisants. — Il serait certainement intéressant d’apprécier la valeur réelle des grossissements obtenus par la combinaison de ces oculaires et de ces objectifs, mais Ch. Robin a montré que la plupart des
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moyens employés pour évaluer ces grossissements sont entachés d’erreur, et la méthode qui peut conduire à une évaluation exacte est trop délicate pour que nous
en lassions ici l’étude. Ajoutons que cette question est plus théorique que pratique. Autre chose est de calculer le grossissement donné par le microscope, et le grossissement du dessin d’un objet microscopique, ob-
tenu par la chambre claire ; sur ce dernier point, trèsimportant et essentiellement pratique, nous donnerons bientôt les indications essentielles. Contentons-nous, pour le moment, de rappeler que, si l’on se sert du microscope petit modèle de Nachet, on obtient avec l’objectif 1 , combiné successivement aux oculaires 1 , 2, 3, des grossissements de 50, 80, 120 diamètres; '
Fig. 2. — Microscope à démonstration portatif (Nacliel).
avec l’objectif 3, combiné successivement aux oculaires 1, 2, 3, des grossissements de 250, 400, 500; avec l’objectif 5, combiné successivement aux oculaires 1, 2, 3, des grossissements de 300, 500, 600 diamètres.
Parmi les formes de microscope adaptées à un but plus spécial et qu'il est bon de connaître pour fixer son choix à un moment donné, nous signalerons seulement le microscope à démonstration portatif de Nachet : la figure 2 suffit pour faire comprendre les
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avantages de cet instrument, que l’on peut passer de main en main dans un auditoire nombreux, et dont on s’est servi avec succès pour des démonstrations publiques
Fig. 5. —Microscope de poche (modèle Nachel).
dans des leçons cliniques. — Plus intéressant encore est le microscope de poche (fîg. 3 et 4), qui peut devenir indispensable dans certaines circonstances spéciales,
Fig. 4. — Microscope de poche (replié dans sa boîte).
mais rares : le temps est venu où tout médecin a senti la nécessité de se munir pour ses visites d’un petit
thermomètre de poche ; mais on ne peut encore penser à lui imposer l’obligation de se charger d’un microscope, quelque petit qu’en soit le volume, quelque simple qu’en soit la disposition.
Usage du microscope. — L’habitude seule peut rendre facile et précis l’usage du microscope, et sur ce point les petits insuccès que l’on éprouve d’abord en se livrant à cette étude sont plus instructifs, si l’on cherche avec patience à surmonter les premières difficultés, que toutes les instructions pratiques que nous pourrions donner ici. Il faut donc s’exercer à examiner un grand nombre de produits normaux et de substances que l’on trouve facilement : par exemple, les grains de fécule, les corpuscules qui nagent dans le liquide salivaire, une goutte du sang humain ou du sang des divers animaux qui nous entourent. On parvient ainsi rapidement à prendre l’habitude de mettre la préparation au point, à ne plus confondre des poussières atmosphériques ou des bulles d’air avec les éléments que l’on veut rechercher, et enfin à éviter ces mouvements brusques qui, par des chocs violents entre l’objectif et la préparation, détruisent cette dernière et mettent bientôt l’instrument hors de service.
Quant à l’éclairage, les micrographes de profession ont dès longtemps indiqué les conditions qui doivent présider à la disposition et à l’orientation d’une table et d’un cabinet de travail : il ne peut être ici question de ces installations parfaites. Le plus souvent on est réduit, faute de lumière naturelle, à employer celle d’une lampe. Contentons-nous de rassurer ceux qui n’auraient pas confiance dans la fidélité et l’intensité de cette lumière : avec une lampe ordinaire, on peut parfaitement se livrer à toutes les études du genre de
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celles qui nous occupent ; il suffît même d’une simple bougie, placée à 0m,60 en avant du microscope et à 0m,25 au-dessus du niveau de la table, pour obtenir un éclairage suffisant, pourvu que l’on parvienne, par le jeu du miroir réflecteur, à projeter parfaitement l’image de la flamme sur la préparation qu’elle éclaire d’une lumière transmise, parfois même trop vive. — 11 faut cependant se souvenir que cette lumière artificielle est jaune : par suite, les objets colorés que l’on examine dans ces conditions ne présentent pas toujours exactement la nuance classique qui leur est attribuée ; il en est ainsi pour les globules du sang, pour les cristaux d’hématine et d’hématoïdine: mais, en général, la différence est peu sensible, et il est facile de teqir compte des conditions spéciales dans lesquelles se fait l’examen.
Chambre claire. — De tous les appareils accessoires qui doivent accompagner un microscope, le plus important est la chambre claire, indispensable pour prendre un croquis exact des objets microscopiques, indispensable dans l’un des procédés de mensuration que nous donnerons. La figure 5 montre la disposition
de cet appareil et la manière .
, , ,, Fie-. 5. — Chambre claire de
dont on le dispose sur 1 ocu- Nachet.
laire du microscope. Quant
à sa théorie , on la trouvera expliquée dans tous les ouvrages de physique. (Voy. Gréhant, p. 579.) U nous suffira donc d’indiquer ici que cet instrument se compose d’un prisme à peu près rhomboï-
dal, disposé de telle façon que l’œil de l’observateur , regardant dans le microscope , aperçoit en même temps et l’objet mis précédemment au point et ce qui se trouve placé sur la table à côté du microscope, par exemple une feuille de papier et la pointe d’un crayon que l’on promène sur ce papier. Ces deux images, provenant de sources différentes, se confondent dans l’œil de l’observateur, de sorte que l’objet vu au microscope se projette sur le papier en question, et qu’avec un crayon on en peut suivre et fixer les contours. C’est ainsi que l’on prend le dessin d’un objet microscopique ; c’est ainsi que nous procéderons également pour mesurer indirectement cet objet. Dans tous ces cas, on a l’habitude de placer la feuille de papier non sur la table, à côté du pied du microscope, mais sur un plan plus élevé. On dispose, par exemple, deux ou trois livres de diverses épaisseurs au-dessous d’elle, de telle sorte qu’elle se trouve précisément faire suite au plan de la platine du microscope et, par suite, être au même niveau que la préparation examinée. Dans tous les cas où nous indiquerons l’usage de la chambre claire , nous supposerons une fois pour toutes cette disposition réalisée.
Mensuration des objets microscopiques. — Rien n’est plus important que de mesurer les objets soumis à l’examen microscopique; car leurs dimensions peuvent souvent servir de caractères spécifiques, et les modifications de taille que les éléments normaux éprouvent dans certains états pathologiques doivent être rigoureusement constatées : il nous suffira, pour en donner un exemple, de citer la microcytliémie ou diminution de volume des globules rouges du sang, diminution que nous aurons à étudier dans certaines maladies générales.
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L’appareil essentiel de toute mensuration microscopique est un micromètre objectif : on nomme ainsi une plaque de verre sur laquelle se trouve gravé un millimètre divisé en 100 parties égales; ce petit dessin est à peine visible à l’œil nu, mais en l’examinant au microscope avec divers grossissements, on aperçoit facilement chacune des divisions, chacun des centièmes de millimètre qui le forment; ce millimètre étant alors l’objet examiné, on lui a donné le nom de micromètre objectif. La plus simple manière de mesurer un objet avec cet instrument consisterait à placer cet objet (par exemple des globules de sang) sur le micromètre objectif, à faire, en un mot, la préparation avec ce micromètre comme porte-objet : en examinant le tout au microscope, on verrait, par exemple, qu’un globule du sang de grenouille, placé selon son plus long diamètre, occupe à peu près une division et demie du millimètre divisé en 100 parties : on en conclurait donc que ce grand diamètre — ^ 4- la moitié de — de millimètre, c’est-à-dire = 15 à 16 millièmes de millimètre. C’est, en effet, le millième de millimètre que l’on a l’habitude de prendre pour unité dans les mesures micrométriques, et l’on tend généralement à le désigner par la lettre ix; nous dirions donc que le grand diamètre des globules du sang de grenouille est de 15 à 16 ix.
Mais il est facile de comprendre les inconvénients de cette manière de procéder; en faisant ainsi des préparations directement sur le micromètre objectif, on ne tarderait pas à le salir, à en effacer les fines divisions et à le mettre hors d’usage : de plus, pour mesurer comparativement des éléments différents, il serait bon d’avoir plusieurs micromètres objectifs; enfin,
si l’objet microscopique n’est pas bien placé pour correspondre aux divisions micrométriques, il est difficile,
11 est même impossible, par exemple pour un globule du sang, d’aller directement rectifier sa position. On a donc imaginé des méthodes indirectes de mensuration, méthodes basées sur l’usage du micromètre objectif, qui n’exposent pas à mettre cet instrument hors d’usage. De plus, ces méthodes sont telles qu’après une première série d’expériences destinées à donner une fois pour toutes l’image des divisions du micromètre objectif, on peut désormais laisser celui-ci de côté. On peut, en un mot, emprunter pour quelques heures un micromètre objectif, s’en servir comme étalon et ne plus y recourir désormais. Cette considération n’est pas tout à fait sans intérêt, vu le prix élevé du micromètre objectif. L’exposé rapide de deux méthodes de ce genre fera facilement comprendre notre pensée, et mettra au courant de la manière de procéder :
Io La première méthode est basée sur l’usage de la chambre claire : on met le micromètre objectif au point, on coiffe l’oculaire avec la chambre claire, et sur un papier disposé comme nous l’avons dit précédemment, on dessine les divisions du micromètre : si maintenant on remplace le micromètre objectif par une préparation de sang de grenouille par exemple, on voit des globules sanguins superposer leur image à celle des traits précédemment dessinés du micromètre, et puisque la préparation occupe exactement la place qu’occupait le micromètre, on peut mesurer les dimenr sions des globules par le nombre de divisions que leur image occupe sur le dessin métrique où il se trouve projeté. On a, de plus, l’avantage de pouvoir déplacer ce dessin dans le plan horizontal, de manière à faire
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bien correspondre une des divisions avec l’une des extrémités du globule sanguin que l’on veut mesurer.
Il sera facile de se construire ainsi une fois pour toutes un tableau ou une série de tableaux représentant les divisions du micromètre avec les différentes combinaisons de grossissements que peut donner le microscope : il suffira alors, étant donné une préparation d’éléments anatomiques dont on veut déterminer les dimensions, de coiffer le microscope de la chambre claire et de faire tomber l’image des éléments sur le dessin micrométrique correspondant aux grossissements employés.
Prenons un exemple simple : j’examine le micromètre objectif avec l’oculaire 1 et l’objectif 3 ; j’applique la chambre claire, etc., et j’obtiens le dessin n° 1 (fig. A); par une opération semblable, avec l’oculaire 1 et l’objectif 5, j’obtiens le dessin n° w2 (fig. A) ; on devra faire des dessins semblables pour chaque combinaison d’objectif et d’oculaire, mais ces deux exemples nous suffisent. — Supposons que nous ayons une préparation de sang de grenouille examinée avec l’oculaire 1 et l’objectif 3 ; nous plaçons la chambre claire et, au lieu de faire tomber l’image des globules de batracien sur un papier blanc ordinaire, nous la faisons coïncider avec le dessin n° 1 (fig. 6) ou avec un décalque de ce dessin-étalon ; nous obtenons alors l’image des globules, placée sur l’échelle micrométrique, comme nous le représentons figure 7, n° 1, et nous voyons que le grand diamètre de ces globules occupe un peu plus de 1 division 4 du dessin du micromètre; puisque chacune de ces divisions = ~ de millimètre, nous dirons que le grand diamètre des globules rouges de la grenouille est de de mili i—
mètre -h la moitié de de millimètre, c’est-à-dire de 15 à 16 millièmes de millimètre (15 à 16 p.). — Si, au contraire, il s’agit de sang humain, on l’examine avec l’oculaire 1 et l’objectif 5; on place alors la chambre
claire et on fait les mêmes opérations que précédemment, mais avec le dessin micrométrique n° 2 (fig. 6) ou avec un décalque de ce dessin : le résultat obtenu
est représenté figure 7, n° 2. On voit que le diamètre d’un globule rouge du sang humain occupe un peu plus de la moitié de ^ de millimètre, en d’autres termes, qu’il est de 6 à 7 millièmes de millimètre (6 à 7 p.).
2° Dans la deuxième méthode, au lieu de chambre claire et de dessin du micromètre objectif, on se sert
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d’un micromètre oculaire . Le micromètre oculaire se compose d’une plaque de verre, sur laquelle est gravé un millimètre divisé en cent parties égales ; cette plaque est enchâssée dans le diaphragme de l’oculaire. Quand on regarde à travers cet oculaire on voit très-nettement les divisions du millimètre, parce qu’elles sont grossies par la lentille. Sans chercher à apprécier ce grossissement, il faut dès lors déterminer le nombre de divisions du micromètre objectif qui correspondent à une division du micromètre oculaire lorsqu’on se sert successivement des divers objectifs. L’étude pratique fera mieux comprendre notre pensée. Voici comment on procède pour construire un petit tableau qui remplace le dessin que nous faisions dans la méthode précédente avec la chambre claire.
C’est toujours le micromètre objectif qui sert de point de départ. On examine, par exemple, ce micromètre objectif avec le microscope pourvu de l’objectif n° 5 et de l’oculaire micrométrique. Le microscope étant mis au point, on aperçoit à la fois et les divisions du micromètre oculaire et celles du micromètre objectif : on remarque qu’il faut trois divisions du micromètre oculaire pour couvrir une division du micromètre objectif, telle qu’elle est vue avec l’objectif n° 5 ; donc, une division du micromètre oculaire équivaut à | d’une division du micromètre objectif, elle équivaut donc à 5*0 de millimètre. On noie une fois pour toutes ce chiffre ^ comme correspondant à l’oculaire n° 5. — De même on examine le micromètre objectif avec l’objectif n° 5, et l’oculaire micrométrique ; les choses étant disposées comme précédemment, on voit qu’il faut deux divisions du micromètre oculaire pour couvrir une division du micromètre objectif ; donc, dans ce cas, une division du
micromètre oculaire vaut ~ de millimètre. On se fait ainsi un tableau de la valeur des divisions du micromètre oculaire avec chaque objectif. Les deux exemples choisis nous suffisent pour faire comprendre la méthode.
Si nous venons, par exemple, d’examiner des globules du sang de grenouille avec l’objectif n° 3 et un oculaire quelconque, nous remplaçons, pour procéder à une mensuration, cet oculaire par le micromètre oculaire : nous voyons ainsi les globules du sang et les divisions du micromètre. Après avoir constaté qu’un globule du sang de grenouille, par son plus grand diamètre, couvre trois divisions du micromètre oculaire, nous regardons sur le tableau construit précédemment et nous voyons qu’avec l’objectif n° 5 une division du micromètre oculaire vaut ^ de millimètre. Nous en concluons que le grand diamètre des globules de la grenouille est de ¿èô X 3 ou de ou de 15 millièmes de millimètre (15 p).
De même pour les globules du sang de l’homme : comme ils sont plus petits, supposons qu’on vient de les étudier avec l’objectif n° 5 ; pour les mesurer, on remplace l’oculaire ordinaire par le micromètre oculaire, et l’on voit que la largeur d’un globule de sang répond à deux divisions du micromètre oculaire ; mais le tableau précédemment construit nous indique qu’avec l’objectif 5, chaque division du micromètre oculaire répond à ^ de millimètre ; le globule sanguin de l’homme a donc une largeur de ^ de millimètre, ce qui, réduit en décimales, nous donne 0,006 ou 6 p.
Après la chambre claire et les micromètres, les divers appareils qui peuvent être annexés au microscope ne
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sont pas d’un usage assez fréquent pour que nous en donnions ici la description. Nous renvoyons aux traités spéciaux pour ce qui est de l’emploi de Y appareil de polarisation , dont l’application pratique pourrait devenir utile quand il sera question d’étudier, par les différences de rétraction qu’elles présentent, les enveloppes des cellules animales ou végétales. Quant aux spedroscopes, si nécessaires pour l’étude speclroscopique du sang et de sa matière colorante, nous en étudierons l’usage dans le chapitre consacré au sang. (Voy. p. 42.)
Nous n’avons rien de particulier à dire ici sur les instruments nécessaires au genre d’explorations extemporanées que comportent les recherches cliniques : les instruments tranchants, les stylets, les pinces, les spatules contenues dans une trousse doivent suffire à cet effet, ou du moins seront toujours utiles pour obtenir les produits (raclures épidermiques ou muqueuses, liquides divers), qui doivent être l’objet de l’examen; il sera bon d’y joindre une petite pipette qui permet de recueillir isolément certaines parties d’un liquide, et, par exemple, d’aller chercher au fond d’un vase les dépôts urinaires qui s’y sont réunis.
Nous n’avons aussi qu’à rappeler la nécessité des plaques porte-objet et des plaques couvre-objet, indispensables pour toute préparation : ces dernières devront être choisies parmi les plus minces ; il est bon cependant d’en posséder quelques-unes relativement épaisses, dont la résistance permet d’écraser certaines préparations et d’en dissocier ainsi les éléments. — Enfin, pour effectuer certaines dissociations plus délicates, il faut être pourvu d’aiguilles pointues à manche de bois, ou d’aiguilles à cataracte, et de quelques pinceaux, qui sont fort utiles pour laver les préparations,
pour les étaler et pour éliminer certains éléments.
Liquides et réactifs. L’étude des liquides et des réactifs nécessaires aux recherches microscopiques est beaucoup plus importante et demande quelques détails précis. Ces liquides peuvent être employés dans plusieurs buts différents : Io pour diluer et maintenir à l’état liquide certaines préparations, sans en altérer les éléments ; c’est ce qu’on obtient au moyen de liquides dits liquides neutres; — 2° pour colorer soit l’ensemble d’une préparation trop claire, soit certains éléments que l’on veut rendre spécialement plus visibles ; on se sert alors des réactifs colorants ; — 5° pour isoler certains éléments en détruisant ou en faisant disparaître momenlanémenl les autres ; c’est ce que nous appellerons les réactifs isolants; — 4° enfin différents liquides agissent sur les éléments histologiques de manière à y amener des modifications plus ou moins caractéristiques et qui peuvent parfois servir à différencier des éléments que leur forme et leur aspect naturels auraient laissé confondre. Ce sont là les réactifs proprement dits.
Les liquides neutres ou simples véhicules sont beaucoup plus importants qu’on ne pourrait le croire au premier abord ; souvent un liquide, une goutte de sang ou de sperme par exemple, contient trop d’éléments pour qu’on puisse les examiner nettement, car ils se recouvrent et se voilent les uns les autres ; ou bien, si l’examen dure quelque temps, surtout en été, le liquide qui accompagne naturellement ces éléments (sérum du sang) s’évapore assez rapidement vers les bords de la préparation pour que ces éléments se déforment en se desséchant. Il peut en résulter des erreurs graves : ainsi les globules sanguins, dans ces circonstances, se ratatinent, se rident et présentent de petites bosses péri-
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phériques qui peuvent être prises pour un état pathologique, en même temps qu’une de ces petites saillies, vue de face, peut faire croire à la présence d’un noyau dans l’intérieur du globule. Il faut donc avoir recours à l’adjonction d’un liquide, mais d’un liquide qui ne puisse lui-même altérer ces éléments figurés. On a trop souvent l’habitude d’employer à cet effet de l’eau pure, et même de X eau distillée : or c’est là un grave abus. Si l’eau distillée est le plus souvent un véhicule neutre au point de vue des réactions chimiques, il n’en est nullement ainsi quand elle se trouve au contact d’éléments vivants; moins dense que les liquides qui baignent normalement ces éléments, l’eau distillée imbibe immédiatement ceux-ci, les gonfle, les déforme, et souvent les fait éclater. Ainsi il est presque impossible d’examiner les cellules épithéliales vibrátiles et de voir leurs cils continuer à se mouvoir si on les met en présence de l’eau distillée. Les globules sanguins se gonflent et se décolorent, les spermatozoïdes perdent aussitôt leurs mouvements en présence de l’eau, et surtout de l’eau distillée. Aussi a-t-on depuis longtemps cherché à réaliser des liquides au milieu desquels les éléments cellulaires puissent continuer à vivre, ou du moins ne pas se déformer ; pour les recherches physiologiques ces liquides sont indispensables, et l’eau distillée doit être complètement abandonnée ; il en est de même pour les recherches cliniques, et surtout pour l'étude du sang. Les liquides ainsi employés peuvent être empruntés à des organismes vivants : c’est ainsi qu’on a recommandé le sérum du sang privé de ses globules par la coagulation de la fibrine, l’humeur aqueuse de l’œil d’un animal récemment tué, le liquide sous-arachnoïdien, le liquide amniotique. Pour les recherches cliniques, nous
nous contenterons d’indiquer deux liquides fort simples qu’on peut fabriquer en toutes circonstances : le premier est Xiodsérum artificiel de Schultze ; il se compose de :
Blanc d’œuf 30 gr.
Eau distillée 200 gr.
Chlorure de sodium 40 centigr. (Filtrer.)
On conserve ce liquide en y ajoutant quelques gouttes de teinture d’iode et en y déposant un petit morceau de camphre ; on peut encore recouvrir sa surface d’une légère couche d’essence de térébenthine
Le second liquide est encore plus simple : c’est une solution de 1 partie de chlorure de sodium sur 200 d’eau distillée. Le critérium le plus parfait de ces liquides nous est fourni par les épithéliums à cils vibrátiles; si quelques-unes de ces cellules, obtenues par le raclage de la langue d’une grenouille, par exemple, et placées dans un liquide, y continuent leurs mouvements, on peut considérer ce liquide comme parfaitement neutre ; il sera facile de s’assurer qu’il en est ainsi aussi bien avec l’iodsérum artificiel qu’avec la simple dissolution de sel marin, et l’on pourra alors employer cette dernière avec toute confiance pour l’examen des globules du sang.
Réactifs colorants. — Pour les préparations histologiques destinées à être conservées, on fait un emploi fréquent de liquides colorants ; tout le monde connaît les avantages de la teinture ammoniacale de carmin introduite en histologie par Gerlach. Dans les recherches cliniques, on peut se trouver en présence d’éléments trop transparents, et qui ont besoin, pour devenir bien visibles, d’être mis en contact avec une
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substance colorante dissoute dont ils s’imbibent rapidement et en concentrent pour ainsi dire la couleur dans leurs molécules. Ici la teinture ammoniacale de carmin est de peu d’usage : peu concentrée, elle n’agit, en effet, que grâce à une macération de douze à vingtquatre heures, ce qui la rend peu pratique ; très-concentrée, elle produit des effets qui dépassent généralement le but que l’on voulait atteindre. On pourra employer de préférence une légère solution d’acide chromique, ou mieux encore une solution concentrée d’acide picrique. La solution d acide picrique se sature à chaud, et le liquide refroidi constitue un excellent réactif pour colorer les éléments trop transparents.
En combinant l’acide picrique et le carmin, on obtient une solution colorée encore plus utile. Ce picro- carmínate cV ammoniaque (Ranvier) s’obtient en ajoutant la solution ammoniacale de carmin à la solution d’acide picrique jusqu’à ce que la liqueur prenne la teinte jus de groseille. Cette solution a l’avantage de ne pas colorer également toutes les espèces d’élémenls d’une préparation : sans qu’on puisse encore fixer de règles précises, on remarque que, selon leur nature, les éléments histologiques s’imprégnent les uns de la couleur jaune de l’acide picrique, les autres de la couleur rouge du carmin.
La solution de Fuchsine ou rose d'aniline est aussi un réactif excellent pour colorer en quelques instants une préparation : elle offre de plus cet avantage que, comme les réactifs dont nous parlerons en quatrième lieu, elle agit d'une manière caractéristique sur certains éléments, sur les fibres élastiques par exemple ; en effet, si on dépose sur une préparation une goutte de solution d’aniline, tous les éléments se colorent, mais si on lave
ensuite la préparation avec l’eau acidulée (acide acétique), la couleur disparait et ne reste fixée que sur les fibres élastiques : cette réaction, peu connue, est trèsfidèle, et peut être d’un grand secours, car l’on sait combien il est important de reconnaître et de carac tériser les fibres élastiques dans certains crachats.
Réactifs isolants. — Nous donnerons ce nom aux réactifs qui produisent plus de transparence dans une préparation, et permettent d’apercevoir des éléments qui demeuraient peu visibles au milieu des autres ; nous trouverons des réactifs isolants qui font presque complètement disparaître certains éléments, de façon à mettre entièrement au jour certains autres qui y sont mêlés en moins grande quantité.
Le réactif le plus général de ce genre est la glycérine : ce liquide rend plus transparents presque tous les éléments histologiques ; il n’a guère d’action spéciale sur tel élément plutôt que sur tel autre; on l’emploiera donc comme liquide diluant, toutes les fois que des raisons particulières ne rendront pas nécessaire l’usage des réactifs neutres. La glycérine est très-utile pour l’étude des poils, qu’elle éclaircit de façon à permettre de rechercher les parasites végétaux qui infiltrent parfois leur racine et jusque leur canal médullaire ; mêlée à partie égale d’acide acétique, la glycérine constitue un réactif que Ch. Robin recommande tout spécialement pour l’étude de tous les parasites, et particulièrement pour les acariens.
Les solutions de soude et de potasse sont employées dans les mêmes circonstances pour les poils et les productions épidermiques, dont elles dissocient les éléments : « 11 n’y a que la fibre élastique et les cellules cornées qui résistent à l’action de ces agents énergi-
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qiies. Aussi ne les emploie-t-on que dans les recherches expéditives et surtout dans le cas où l’on veut constater la présence de fibres élastiques dans les crachats d’un malade supposé atteint de phthisie pulmonaire en voie de ramollissement. » (Ch. Morel.)
Il en est de même de Y ammoniaque.
U acide acélique jouit des mêmes propriétés ; mais il est de plus employé, à l’état très-dilué, pour hâter l’imbibition et le gonflement des éléments desséchés ; il gonfle et fait disparaître les fibres connectives en respectant les fibres élastiques : si l’on neutralise la préparation avec quelques gouttes d’alcali, on voit de nouveau apparaître les fibrilles du tissu connectif. — L’acide acétique est précieux pour faire apparaître les noyaux des éléments cellulaires. — A ce point de vue, Veau elle-même constitue un réactif; ainsi dans l’étude des globules blancs du sang et des globules de pus, on fait d’abord agir l’eau pour amener l’apparition des noyaux précédemment peu visibles ; puis on les rend encore plus apparents par l’eau acidulée d’acide acétique. — La manière différente dont Veau imbibe divers éléments en fait dans certains cas un réactif précieux pour distinguer des produits en apparence identiques.
Réactifs proprement dits. — Ces réactifs sont les plus nombreux ; nous ne pouvons indiquer ici que les principaux, car pour être complet, il nous faudrait passer en revue tous les agents employés dans les réactions microchimiques ; quelques-uns seulement de ces réactifs trouvent leur application dans les recherches cliniques, et ils seront indiqués plus spécialement à propos de chacune des recherches auxquelles ils se rapportent. Nous nous bornerons donc ici à quelques indications générales.
Ces réactifs sont souvent employés pour caractériser des éléments anatomiques figurés, ou des substances organiques que leur aspect seul tendrait à taire confondre. C’est ainsi qu’en présence d’organismes très-inférieurs, comme les bactéries et les bactéridies, on se trouve souvent embarrassé pour décider si ces éléments appartiennent au règne végétal ou au règne animal. On a recours en général à la solution de potasse ou de soude, pour trancher cette question : ce qui résiste à cette solution est de nature végétale ; ce qui n’y résiste pas, comme les vibrions, appartient au règne animal. — L 'acide acétique nous permettra d’autre part de distinguer la fibrine de la mucosine. — La solution aqueuse d'iode nous révélera une forme particulière de dégénérescence, l’infiltration amyloïde, en même temps qu’elle nous permettra de constater les corps amyloïdes du cerveau, et de caractériser nettement les grains d’amidon provenant du règne végétal.
Enfin, à un point de vue plus général encore, nous aurons dans le chloroforme et dans Y éther des réactifs qui nous permettront de reconnaître les matières grasses qu’ils dissolvent. Avec les acides acétiquef nitrique , chlorhydrique , etc., nous reconnaîtrons les carbonates dans un grand nombre de petits calculs (calculs salivaires, etc.), par le vif dégagement de bulles gazeuses (GO2) auxquels ils donneront lieu. — L’emploi des autres réactifs, qui constituent des analyses microchimiques proprement dites, sera indiqué avec l’étude des urines normales et pathologiques.
L’examen microscopique du sang est nécessaire dans un grand nombre de circonstances. L’existence des globules rouges, la présence de cristaux d’hématoïdine seront souvent caractéristiques alors que les caractères physiques ou la composition chimique d'un liquide ou d’une tache pourraient nous induire en erreur. Il importe donc de connaître : Io les caractères du sang normal ; 2° les altérations microscopiques du sang contenu dans les vaisseaux ou du sang extravasé. Nous serons bref dans cette étude, renvoyant, pour plus de détails, à tous les traités de physiologie et d’histologie.