‹ Manuel des âmes intérieuresChapitre 6 sur 15 · IX PREFACE · texte numérisé non relu

IX PREFACE

qu'autrefois nous restreignions à nos parents et tout au plus à nos compatriotes, .. Ils aiment tout le monde, et tous lespersécutent; maislamort qu'on leur fait souffrirne sert qu'à leur donner la vie ; les opprobres leur sont un sujet de gloire, les calomnies dont on les noircit servent de témoignages à leur justice, etils ne répondent auxinjures et aux malédictions que par des paroles pleines de respect et de charité. Vivant en gens de bien, ils sont néanmoins punis comme méchants : d'un côté, les Juifs leur font la guerre; de l'autre, les païens les persécutent; mais ni les uns ni les autres ne peuvent rendre raison de la haine qu'ils leur portent. Enfin, pour le dire en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce qu'est l'âme dans le corps : l'âme est répandue dans toutes les parties du corps, les chrétiens sont répandus dans toutes les parties du monde ; l'âme , quoique dans le corps, n'est point corporelle ; leschrétiens, quoique dans le monde, n'en sont point. La chair fait à l'esprit une guerre continuelle, parce qu'il l'empêche de s'abandonner à ses plaisirs, et le monde persécuteles chrétiens, parce qu'ils méprisentles plaisirs qu'il leur présente, etc. (1). » Quelques années après, Athénagore, philosophe platonicien d'Athènes, qui avait embrassé le christianisme, présenta à Marc-Aurèle une sa van te Apologie de la religion chrétienne, dans laquelle il justifie leur croyance et leurs mœurs contre les calomnies des païens; il y compare la morale de l'Évangile avec les études vaines etstériles des philosophes. « Chez nous, dit-il, vous trouverez des ignorants, des ouvriers, de vieilles femmes, qui ne pourraient

(I) Justin , Apolog. I.

l'REFACr:. XXI

peut-être pas montrer par des raisonnements ia vérité dti notre doctrine, mais ils en montrent l'utilité parleseflett>: ils ne savent pas des discours par cœur, mais ils font de, bonnes œuvres; ils ne se défendent point quand on les maltraite; ils donnent à qui leur demande, aimant leur prochain comme eux-mêmes. Je ne crois pas que vous doutiez que des gens dont toute la vie se propose Dieu pour modèle, et dont le but est de se rendre irrépréhensibles devant lui, ne s'abstiennent même de la pensée du moindre péché ; car, si nous ne croyions vivre que sur la terre, on pourrait nous soupçonner de suivre la chair elle sang, et de nous abandonner à l'avarice et à la débauche ; mais nous qui croyons que Dieu est présent jour et nuit, non-seulement à toutes nos aciions, mais encore à nos paroles et à nos pensées, qu'il est toute lumière et voit jusqu'au fond de nos cœurs ; qu'après cette vie mortelle nous jouirons d'une autre bien plus excellente dans le ciel; ou que si, nous tombons avec les autres, nous serons comme eux tourmentés par le feu ; est-il vraisemblable que nous voulions être méchants et nous livrer à la justice de ce grand Juge ?... Si quelqu'un peut nous convaincre du moindre des crimes dont on nous accuse, nous ne refusons pas le supplice le plus cruel ; mais si nous ne sommes coupables que parce que nous portons le nom de chrétien, c'est à vous, très-grand et très-sage prince, à nous défendre par les lois. Jusqu'à présent, tout ce qu'on a dit contre nous se borne à un bruit confus : Aucun chrétien n'a été convatticu de crime; il n'y a point de chrétien méchant s'il n'est hypocrite (i). » (1) Legatio pro Christ.

XXII PRÉFAP*-

Nous avons dans Tertullien, philosophe et célèbre ju. risconsulte d'Afrique, converti à la foi, un autre témoin de la sainteté des chrétiens du troisième siècle ; il oppose dans son Apologie les mœurs des païens à la chasteté, la modestie, l'humilité la patience, la simplicité et la douceur des chrétiens. « Combien de cruautés, dit-il, exercez-vous contre nous ! Combien de fois arrive-t-il que le peuple, sans attendre vos ordres, nous jette des pierres ou met le feu à nos maisons ! Dans la fureur des bacchanales, ils n'épargne pas même les chrétiens morts ; il les tire de leurs sépulcres et les met en pièces. Qu'avezvous remarqué que nous ayons fait pour nous venger de tant d'outrages et de cette animosilé à nous poursuivre jusqu'à la mort? Une seule nuitavec quelques flambeaux pourrait nous satisfaire pleinement, s'il nous était permis de rendre le mal pour le mal ; si nous voulions nous déclarer ouvertement vos ennemis, manquerions-nous de force et de troupes? Les Maures, les Marcomans, les Parthes même ou quelque nation que ce soit, est-elle plus nombreuse que toutes les nations du monde ? Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos châteaux, vos bourgades, vos champs, le palais, le sénat, la place ; nous ne vous laissons que vos temples. Ne serions-nous pas bien propres à la guerre, même à forces inégales, nous qui nous laissons tuer si volont'.ers, si ce n'était une de nos maximes, qu'il faut subir la mort plutôt que de la donner !... Vous avez beau nous reprocher les fagots de sarment et les pieux où l'on nous attache : ce sont les ornements de notre triomphe Le méprisde la mort a couvert de gloire Scévola, Régulus,

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