‹ Manuel des âmes intérieuresChapitre 7 sur 15 · PREFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIII

Empédocle, Anaxarque et tant d'autres, parce qu'ils sont morts pour leur patrie, pour l'empire, pour l'amitié : il n'y a que mourir pour Dieu qui vous paraisse une folie... J'en prends à témoin vos registres, vous qui jugez îes criminels, y en a-t-'il un seul qui soit chrétien ? Ce sont les vôtres qui remplissent les prisons, qui travaillent aux mines, qui sont exposés aux bêtes; il n'y a point là de chrétien, ou il n'y est qu'à ce seul titre ; s'il y est à un autre titre^ il n'est plus chrétien. »

« Pour plaire à Dieu, écrivait Origène plus de cinquante ans après, les chrétiens domptent les inclinations les plus violentes des plaisirs sensuels, au lieu que les païens se plongent dans les plus sales voluptés, sans s'en cacher, et soutenant au contraire qu'il n'y a rien en cela contre le devoir d'un honnête homme. Les chrétiens les plus ignorants sont sur cette matière bien au-dessus des philosophes, des vestales et des pontifes les plus purs des païens. Aucun chrétien n'est taché de ces vices, ou, s'il s'en trouve quelqu'un, il n'est pas de ceux qui viennent à nos assemblées et participent aux prières (1). » C'est qu'en elîet, remarque Fleury, on chassait de l'église ceux qui tombaient dans quelque péché, principalement d'impureté : on les pleurait comme morts à Dieu (2).

Tels étaient les chrétiens des premiers temps ; et le plus grand génie du troisième siècle, Origène, l'oracle des savants comme le modèle des âmes intérieures, ne u'aiguait pas de dire, dans l'ouvrage célèbre qu'il com-

(1) Coîitr. Cels.y lib. iv et vu.

(;) Fleury, Hiil. eccl , li\ . vu, n" 18,

XXIV PRF.FAf.E.

posa contre Celse, que « les vertus des chrétiens étaient telles, que ceux d'entre eux qui étaient sous ce rapport au dernier rang, par comparaison avec les plus parfaits, va* laieut beaucoup mieux que la plupart de ceux dont les assemblées civiles étaient composées (1). » Aussi ne recouraient-ils point aux tribunaux civils pour obtenir justice les uns contre les autres. Les évêques accordaient tous les différends, car on ne souffrait point, suivant la défense de saint Paul, que les chrétiens plaidassent devant les tribunaux des infidèles. Ceux qui ne voulaient pas se soumettre à l'arbitrage de l'évêque étaient excommuniés comme pécheurs impénitents et incorrigibles ; mais les différends étaient rares entre les chrétiens désintéressés, humbles et patients comme ils étaient. On recevait aussi à ce tribunal les plaintes contre ceux qui étaient accusés de ne pas vivre en chrétiens (2) : car il y en a eu de mauvais dans les premiers siècles ; mais on les chassait de l'église : ou ne mangeait point avec eux, on ne leur parlait point, et on les fuyait comme des gens frappés d'un mal contagieux. Saint Paul ordonne de les éviter avec plus de soin que les païens, dont il était impossible de se séparer entiè rement. On accordait cependant la pénitence à ceux qui la demandaient, et le temps de leur pénitence était proportionné à la grièveté de leurs péchés. Il était, par exemple, assez ordinairement de quinze ans pour un adultère, dont une partie au pain et à l'eau.

« Si quelqu'un, dit Fleury, s'étonne de cette ancienne

(l)Contr. Cels., lil». m.

(2) Fleury, Mœurs des chrétiens, n" 33.

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