‹ Manuel des antiquités romainesChapitre 18 sur 46 · LES DUO VIRJ NAVALES · texte numérisé non relu

LES DUO VIRJ NAVALES

genre ont eu lieu au moins jusqu'à la fin du vi'' siècle (1). La nouvelle magistrature a été, précisément parce qu'elle était une magistrature, organisée en collège et, le nom de prœfectîis ne convenant pas à un magistrat élu par le peuple, ses titulaires ont reçu le nom de duo viri navales. L'élection se faisait indubitablement dans les comices par tribus ; la présidence en appartenait au consul (2). Le chiffre deux, qui n'est pas à cette époque habituel pour les magistratures nouvelles, a probablement été déterminé par la corrélation avec les deux consuls à chacun desquels un commandant de la flotte pouvait ainsi être attribué (I, 36, note 3 [37, note 2]). La magistrature a probablement été créée par cette loi à titre définitif, dans le même sens que la dictature et la censure (3) : ce n'était pas une magistrature normale ; mais il suffisait pour l'appeler à l'existence d'une décision des consuls et du sénat. Les circonstances politiques et militaires d'alors sont mêmes favorables à l'idée qu'on avait à ce moment l'intention de lever constamment deux flottes consulaires avec deux armées consulaires, que par conséquent on avait le projet de la rendre permanente au moins en fait. Mais, si ce projet a existé, il n'a pas été mis à exécution : autant que nous voyons, on n'en est arrivé à l'élec-

[i) Tite-Live, 9, 38, 2, sur l'an 444 : Classis Romana a P. Coimelio, quem senatus maHtimae orse praBfecerat, in Campaniam acla, où le sens est probablement que le sénat indiqua son cercle positif d'action à P. Cornélius élu Ilvir navalis par les comices. Tite-Live, 12, sur Tan 472 : Cum a Tarenlinis classis Romana direpfa esset duoviro qui praeerat classi occiso (cf. Dion, fr. 39, 4 : Ao'jxtoç OôaXiptoç vaoàpy wv «ce *Pu)jtaioiç). En présence des plaintes formées contre les pirates de Ligurie et d'istrie, on nomma en 572 des duumvirs pour équiper une flotte de vingt navires et protéger les côtes avec elle, Tun de Marseille à Sorrente, l'autre de Sorrente à Bari (Tite-Live. 40, 18. c. 26. c. 28, 7). Bientôt après, en 574, la défense des côtes contre les Illyriens fut confiée à deux autres duumvirs également a la tête de vingt vaisseaux, Tun de Tarente à Ancone, l'autre d'Ancone à Aquilée (Tite-Live, 40, 42, 8. 41, 1). Ce sont là tous les cas connus de nous où ont été nommés des duumvirs.

(2) Tite-Live, 40, 18, 7 : Duoviros in eam rem creare consules Jussi. Cf. III, p. 111, note 3; p. 143.

(3) I, 23 [id]. On peut à la vérité objecter que cette fonction manque au vn<> siècle dans les listes des magistrats (II, 222). Mais elle peut avoir été alors supprimée.

tion de nos duumvirs que quand l'explosion d'une guerre exigeait la formation d'une flotte (p. 285, note 2). Hiérarchiquement les duumvirs de la flotte étaient à peu près sur le même rang que les tribuns militaires de l'armée de terre (1). Le duumvirat ne parait pas avoir été conféré pour un temps fixe, mais avoir été établi pour une guerre con-

Dispariiion. Crète (2). Au surplus, il embrassait, d'une manière analogue au tribunat militaire, à la fois la formation de la flotte (p. 285, note 1) et son commandement. Il n a pas duré longtemps. Lorsque, vers la fin de la République, on se décida subitement à prendre des mesures énergiques contre la piraterie, on ne recourut pas à l'institution du duumvirat de la flotte ; après l'an 574, il n'en est plus question : ou il a été supprimé (p. 285, note 3) ou il est mort avec la marine militaire romaine.

Autres chefs de Lc commandcmeut de la flotte a encore été exercé par des

la flotte. *^

magistrats autres que des duumvirs. Pendant les grandes guerres du vi* siècle, qui furent en grande partie des guerres maritimes, le sénat a, dans le partage des départements prétoriens, fréquemment chargé d'exercer le commandement de la flotte un préteur ou un propréteur (III, 269) à côté duquel commandait alors aussi parfois un questeur (p. 265). Mais, même dans ce cas, le chef de la flotte restait toujours sous les ordres du consul, car le territoire soumis à l'autorité de ce dernier comprenait toujours nécessairement la mer, et on ne peut reconnaître là au préteur la puissance indépendante qu'il a dans les provinces prétoriennes fixes. Le consul était néanmoins, sans aucun doute, beaucoup plus sérieusement limité dans sa liberté d'action par ce magistrat mis sous ses

(1) C. Mateniua et C. Lucretius Ilvin navales en 573 (Tite-Live, 40, 26, 8) sont préteurs, le premier en 580 (Tite-Live, 41, 28, 5} et le second en 583 (Tite- Live, 42, 28, 5). L'attribution de cette magistrature à un bomme comme L. Dolabella (Tite-Live, 40, 42) n'est pas non plus favorable à son importance ; on remarquera en outre la faiblesse des escadres.

(2) Tout au moins nous trouvons L. Dolabella Investi de cette magistrature de 574 à 576 (Lite-Live, 40, 42. 41, 1) et la discussion relative à son abdication ne s'accorde pas non plus parfaitement avec une magistrature annale.

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