I. — L'AUSPICIUM
Les pouvoirs du magistrat consistent dans le droit d’accomplir, au nom de la cité, les actes qui la concernent tant avec les dieux qu'avec les hommes. Les magistrats ont, dit-on, pour désigner leurs pouvoirs par leur expression la plus large et la plus élevée, l’auspicium et l'imperium (auspicium imperiumque) (1). Cette division en deux branches, qui sert de
(1) Cette formule est employée, d’une manière constante, dans les inscriptions de généraux victorieux, dans les deux inscriptions rapportées par Tite-Live, (40, 52, 5 : Auspicio imperio felicitate ductuque ejus ; 41, 28, 8: Consulis imperio auspicioque) et dans celle de L. Mummius qui nous a été conservée (C. I. L. 1, n. 541 : Ductu auspicio imperioque ejus) comme dans le pastiche de Plaute, Amph. 196 : Ductu imperio auspicio suo. Les mots imperium auspiciumque se trouvent dans Tite-Live, 22, 30, 4. 28, 27, 4. 29, 27, 2 (ici précédés de secta), dans Val. Max. 2,8, 2, et dans la scolie de Virgile rapportée p. 96, note 3. — Bien que les passages cités ici,en particulier ceux rédigés dans une langue poétique, fassent fréquemment ressortir, à côté de l'opposition de droit public de l’auspicium et de l’imperium, l'élément personnel du commandement propre, l’antique formule qui leur sert de base n’en est pas moins fort clairement mise en lumière dans ces très anciens documents. En se tenant à l’ancien usage, on dit auspicium imperiumque et non pas inperium auspiciumque. Cela résulte, plus encore que des témoignages directs, de la préséance connue des res divinæ sur les res humanæ (Aulu-Gelle, 14, 7, 9, etc.). La formule n’est employée que pour les magistrats qui ont la plénitude des pouvoirs militaires ; car il n’y a que pour eux que le mot imperium puisse être employé (p. 24); en réalité, on peut diviser les attributions de chaque magistrat en res divinæ et en res humanæ, la première expression désignant son auspicium et la seconde son imperium ou 88 poleslas.
base à toute l’organisation politique de Rome, trouve sa plus vivante expression dans les deux actes d'entrée en fonctions qui lui correspondent (1) : la prise des premiers auspices, qui assure l’assentiment des dieux, et la loi curiate, qui engage la foi des citoyens. Nous commençons la théorie générale des attributions du magistrat par celle de ses auspices.
La religion romaine est dominée par l’idée que l’homme ne 1dée AR peut ni ne doit connaitre les choses à venir et que les dieux ne l’aident pas à les pénétrer (2), mais qu’en présence de tout acte que l’homme entreprend librement, le dieu très haut et très bon du peuple romain, le Pater Jovis (3), éprouve un sentiment d’approbation ou de désapprobation, et qu’il le manifeste, dès avant le commencement de l'acte, par des signes apparents intelligibles aux personnes compétentes ; ce qui fait qu'on peut, si l’on veut, être sûr d'avance du succès de ses actes, à condition de renoncer à ceux pour lesquels le ciel a, par des signes, exprimé sa désapprobation (4). — Les signes employés par Jupiter sont multiples. Mais une prédominance exclusive appartient à ceux qui, au lieu d’être provoqués par un acte intentionnel de l’homme, comme est par exemple le tirage au sort,
(1) Il est traité de l’un et l’autre, tome 11, dans la théorie de l’Entrée en fonctions.
(2) Cf. Rubino, Untersuch. p. 40, note 4. Les oracles proprement dits sont, comme on sait, étrangers à la foi romaine primitive, et ils n’ont jamais pu bien s'installer à Rome.
(3) C’est à lui que remontent tous les auspices. Les augures publici sont appelés par Cicéron interpreles Jovis optimi maximi, De leg. 2, 8, 20, (cf. 3, 19, 43), et les poulets qui mangent interpretes Jovis, De div. 2, 34, 12. ὁ. 35, 73 ; les livres des augures disent : Jove tonante fulqurante comilia populi habere nefas (p. 91, note 3). Je ne vois pas qu'aucune divinité joue, à côté de Jupiter, un rôle essentiel dans la discipline augurale ; les oiseaux qui donnaient les différents signes étaient bien répartis entre les dieux (Handb. 6, 405 = tr. fr. 13, 119), mais tout signe parait cependant envoyé par Jupiter lui-même.
(4) Cicéron, De div. 1, 16, 30 : Diræ, sicuti celera auspicia, ut omina, ut signa, non causas adferunt, cur quid eveniat, sed nuntiant eventura, nisi provideris. Tout ce que permet ce commerce avec les dieux, c’est d’éviter le mal à venir en renonçant à l’acte projeté; il ne permet pas, selon une idée qui prévaut ailleurs, par exemple dans le culte d’Apollon et dans les cérémonies réglées par le collège apollinaire sacris faciundis, de modifier le cours du destin, d'amener les dieux à changer d'avis, ou de se concilier leur faveur.
Auguria impetrativa, oblativa.
se produisent spontanément, selon le cours naturel des choses, dans l’espace situé entre le 010] et la terre. Parmi ces derniers, l'on distingue les signes que l'observateur a sollicités d'avance et qui, par suite, sont en quelque sorte la réponse à une question posée aux dieux dans une forme déterminée (/equm dicto), les auquria impetrativa, et ceux qui, tout en étant consi-
. dérés d’après le rituel comme susceptibles d’interprétation, se
produisent d'une manière fortuite, les auguria oblativa (1). — Les signes dont l'observation était prescrite de toute antiquité, à la constatation et à l'interprétation desquels l’État portait ses soins depuis une époque immémoriale, étaient divisés par la discipline augurale en cinq catégories (2), qui ne peuvent être
négligées, même ici où nous n'étudions cette théorie que dans
ses rapports avec le droit public. Ce sont: d’abord, les quatre variétés d'auquria impetrativa, dont les trois premières, les
signes fournis par le vol des oiseaux, par les autres animaux -et par le ciel, appartiennent à la compétence urbaine, et dont
la quatrième, les signes fournis par les poulets, appartient à la
compétence militaire; puis, en cinquième lieu, les auguria
Signes fournis par les oiseaux.
oblativa ou diræ.
41. Signes fournis par les oiseaux (signa ex avibus). L'obser-
(1) Servius, Ad Æn. 0, 190: Auguria aut oblativa sunt, quæ non poscuntur, aut impetrativa, quæ optata veniunt. Le même, Ad Æn. 12, 259: Hoc erat in votis, inquit, quod sæpe petivi] quasi impetrativum hoc augurium vult videri.
— Accipio agnoscoque deos] modo quasi de oblativo loquitur : nam in oblativis
auguris in potestate videntis est, utrum id ad se pertinere velit an refutet et abominetur. Cf. Ad Æn. 2, 702. 12, 246. Dans l’impetrare (ou plus ancienne-
.ment 2mpetrire : Cicéron, De div. 1,16, 28. 2, 15, 35: Val, Max. 1, 1, 1; Pline,
H. n. 28, 2, 11) de l’augurium, la question était formulée en termes rigoureux. Servius, Ad Æn. 3, 89: Da, pater, augurium] (augurium) tunc peti debet, cum id quod animo agitamus, per augurium a diis volumus impetratum.… et est species ἰδέα augurii, quæ legqum dictio appellatur : legum dictio autem est, cum (il faut, avec Hertz, effacer comme une glose les mots condic-
-tio ipsius auqurü intercalés ici) cerla nuncupatione verborum dicitur, quali
condicione augurium peracturus sit. La nature du signe attendu fait également l’objet d’une nuncupation préalable. Tite-Live, 1, 18, 9 : « Juppiter pater... uti tu signa nobis certa adclarassis »... tum peregit verbis auspicia, quæ mitli vellet. C'était par conséquent, comme le votum, un contrat en forme conclu avec la divinité.
(2) Festus, p. 260. 261: Quinque genera signorum observant augures pe blici : ex cælo, ex avibus, ex tripudiis, ex quadripedibus, ex diris.
vation du vol et des cris des oiseaux parait avoir été, tant qu’on prit les auspices au sérieux, la forme ordinaire dans laquelle on y recourait lorsqu'ils étaient requis. C’est ce qu’indiquent les expressions auspicia, auqures, dans lesquelles le vol des oiseaux apparait comme l'objet sinon exclusif, au moins principal des observations. La préférence avec laquelle la discipline augurale était tournée de ce côté (1) a, de plus, laissé des traces nombreuses et précises dans les formules et les documents les plus anciens (2). Mais l'argument décisif, c’est que l'observation des phénomènes célestes, qui fut plus tard le principal instrument du commerce avec les dieux, ne peut avoir été pratiquée primitivement que dans une proportion beaucoup plus restreinte. Tant que l’on fit des auspices un usage sérieux et que les signes par lesquels se manifestait la volonté des dieux furent réellement constatés, ce ne put pas être à ces phénomènes relativement rares, ce fut au vol des oiseaux et aux faits analogues que l’on rattacha les auqguria impetrativa précédés d’une /equm dictio. Si les signes que, grâce au vol des oiseaux, on a toujours à sa disposition, sont tenus pour plus faibles que celui fourni par la vue d’un éclair, si, par suite, la personne qui a obtenu le dernier n’a plus, de tout le jour, besoin d’obtenir les premiers (p. 91, note 3), cela montre précisément que ceux-ci sont les signes habituels et réguliers. — Dès l’époque de Cicéron, les auspices fournis par les oiseaux étaient tombés en désuétude (3).
(1) Handb. 6, 405 et ss. =tr. fr. 13, 118 et ss.
(2) IL suffit de rappeler l'augustum augurium, quo incluta condita Roma est. Comparez encore la prise des auspices du départ au Capitole par le général qui se met en route wbi aves admisissent (Festus, v. Prætor, p. 241); le dictateur devant livrer bataille en vue de la ville, qui ne donne le signal du combat que lorsqu'il ἃ lui-même reçu de la forteresse de la ville le signe convenu wbi aves rile admisissent (Tite-Live,. 4, 18) ; l’indication générale ut nihil belli domique postea nisi uuspicato gereretur, concilia populi, exercitus vocati, summa rerum, ubi aves non admisissent, dirimerentur (Tite-Live, 1, 36); la nomination du dictateur ave sinistra dans la formule donnée. par Rare De leg. 3, 3, 9, et bien τ svp DERNES
(3) Cicéron, De div. 2, 32, T1 : ὕὲ sint auspicia, quæ nulla sunt, hæc certe Quibus utimur, sive Mo, sive de cælo, simulacra sunt auspiciorum, auspiοἷα nullo ra D'après ce texte, il n’y avait alors que deux espèces d’au-
Signes fournis par les autres animaux.
Signes eélestes.
2. Signes fournis par les autres animaux (pedestria auspicia, auspicia ex quadrupedibus) (1). L'observation de la marche et des cris des quadrupèdes et des reptiles qui circulent dans un espace déterminé est absolument symétrique à celle des oiseaux. Mais elle parait n'avoir été usitée que dans une bien plus faible mesure. ἃ l’époque de Cicéron, ces auspices avaient disparu comme les précédents (p. 89, note 3).
3. Signes célestes (cælestia auspicia). Ge sont, sinon exclusivement, au moins principalement le tonnerre et l'éclair (2). Les Romains considèrent l'éclair lancé par Jupiter comme le plus élevé et le plus décisif de tous les signes envoyés par les dieux (3). Et ce signe a, sur tous les autres, l’avantage que son effet s'étend toujours à toute la journée dans laquelle il a
spicia impetrativa qui fussent encore en usage, ceux ex cælo et ceux ex tripudio ; les signa ex avibus et ex quadrupedibus avaient donc déjà disparu. Le silence de nos sources concorde bien en outre avec cette donnée. La reproduction du signe des vautours de Romulus pour les premiers auspices consulaires d’Octavianus (Suétone, Aug. 95; Appien, B. c. 3, 94; Dion, 46, 46), est visiblement quelque chose de spécial et ne prouve pas du tout que les oiseaux jouassent un rôle dans les relations habituelles de ce genre. Les oiseaux qui surviennent à titre de diræ, comme les corbeaux dans les auspices (consulaires) de Séjan, pendant que les oiseaux de bon présage font défaut (Dion, 58, 5), n’ont rien de commun avec les signa (impetrativa) ex avibus.
(1) Festus, Ep. p. 244 (cf. p. 245) : Pedestria auspicia nominabantur, quæ dabantur a vulpe lupo serpente equo ceterisque animalibus quadrupedibus. Pline, H. n. 8, 22, 84, pour le loup: Inter auguria ad dexteram commeantium præciso itinere, si pleno id ore fecerit, nullum omnium præstantius. Cf. note 3.
(2) Festus, Ep. p. 64: Cælestia auguria dicunt, cum fulminat aut lonat. Lucain, 6, 428 : Quis fulqura cæli servet. Le tonnerre et l'éclair sont seuls désignés expressément; mais on doit comprendre dans la même catégorie tous les phénomènes surprenants qui se produisent dans le ciel.
(3) Dion, 38, 13: Τῆς μαντείας τῆς δημοσίας ἔχ τε τοῦ οὐρανοῦ καὶ ἐξ ἄλλων τινῶν.... ποιουμένης τὸ μέγιστον χῦρος ἣ ἐχ τοῦ οὐρανοῦ εἶχεν. Cicéron, De div. 2. 35, 13: Fulinen sinistrum, auspicium optimum quod habemus ; οἵ. ὁ. 18, 43. Servius, Ad Æn. 2, 693 : Ne cælo lapsa] hoc auspicium cum de cælo sit, verbo augurum maximum appellatur. Voici comment Denys, 2, ὃ, décrit la prise des auspices faite par Romulus avant d'entrer en fonctions : Προειπὼν ἡμέραν, ἐν ἢ διαμαντεύσεσθαι ἐπὶ τῆς ἀρχῆς ἔμελλεν, ἐπειδὴ χαθῆχεν ὅ χρόνος, ἀναστὰς περὶ τὸν ὄρθρον ἐκ τῆς σχηνῆς προῆλθεν. Στὰς δὲ ὑπαίθριος ἐν καθαρῷ χωρίῳ χαὶ προθύσας ἃ νόμος nv, εὔχετο Διΐ τε βασιλεῖ καὶ τοῖς ἄλλοις θεοῖς, οὺὃς ἐποιήσατο τῆς ἀποιχίας ἡγεμόνας, εἰ βουλομένοις αὐτοῖς ἐστι βασιλεύεσθαι τὴν πόλιν ὑφ᾽ ἑαυτοῦ, σημεῖα οὐράνια φανῆναι χαλά. Μετὰ δὲ τὴν εὐχὴν ἀστραπὴ διῆλθεν ἐκ τῶν ἀριστερῶν ἐπὶ τὰ δεξιά,
τ ὑῶν ἢ ΤΩ, re τευ TN PP 14 δι. Ὁ ἘΚΕΊ LEE à = ve ” e »