‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 14 sur 45 · Ces principf^s étaal solidement établis, ["';7r · texte numérisé non relu

Ces principf^s étaal solidement établis, ["';7r

•lo4 MANUEL

et la doctrine commune touchant l'occasion prochainebien expliquée, venons à la pratique. Avant de passer outre, considérez de nouveau la proposition condamnée : Potest aliquando absolvi, qui in proxima occasione peccandi versahir, quam potest, et non vuît omittere, quinimo directe, et ex proposito quœrit, aut ei se ingerit. Il est certain qu'en appliquant cette proposition aux cas parliculiers on ne manquera pas de rencontrer plusieurs difficultés ; mais toutes se lèvent à l'aide d'un seul principe que voici : Pour exempter un pécheur de Vohligalion de quitter une occasion prochaine de péché mortel, il ny a déraison suffisante que l'impossibilité physique ott morale. En effet, si ce n'est pas assez d'une cause utile ni d'une cause honnête, comme ie prouve la censure d'une autre proposition, il s'ensuit qu'une cause nécessaire est le seul motif suffisant; car alors, en mettant la nécessité d'une part, on est arrêté de l'autre par l'impossibilité. Au reste, tout cela sera merveilleusement éclairci par la distinction qu'on a coutume de faire entre l'occasion prochaine volontaire et l'occasion nécessaire. Nous parlerons d'abord de l'occasion nécessaire, et ensuite de la volontaire. L'occasion prochaine nécessaire ou involontaire est celle qu'un malheureux pécheur ne peut ni éviter ni détruire. Comment devra-t-il donc se conduire? De grâce, soyez attentifs, car c'est ici un nœud très-compliqué. Pour le bien délier il faut remarquer que

cette nécessité peut résulter de trois causes : ou elle dépend de l'hoinme seul, ou de la fcinine seule, ou de l'un et de l'autre tout ensemble. De rhomme seul : c'est un enfant qui ne peut, sans scandale, quitter la maison paternelle, et qui n'est pas le maître de renvoyer la servante, cause unique de ses chutes. De la femme : c'est une femme mariée qui ne peut renvoyer de !a maison un domestique ou un homme qui vient la visiter à cause de l'amitié qu'il porte à son mari. De l'homme et de la femme tout ensemble : lorsque le péché se commet entre deux personnes unies par les liens du sang dans la même famille, par exemple, un frère et une sœur, un beau-frère et une belle-sœur, qui ne peuvent se séparer, parce que leur séparation les exposerait au péril évident d'un grand scandale et de l'infamie, en mettant au jour leur conduite criminelle. Il est certain qu'en pareils cas il faut au confesseur une prudence surhumaine : premièrement, pour discerner si l'occasion est vraiment nécessaire ou si elle est volontaire, si l'impossibilité de se séparer est vraie ou fausse, si c'est un prétexte ou une véritable nécessité. Mais, supposé que l'occasion soit vraiment nécessaire, quid agendum ?

Ici se trouve tout ce qui constitue l'occasion prochaine : la propension intérieure, qui emporte avec elle le danger prochain de pécher ; la circonstance extérieure de l'objet pr' sent tt du lieu ;

enfin, la fréquence des chutes. Voyez combien il importe de bien posséder ses principes de morale ! Une seule considération dissipera tous les nuages et toutes les difficultés, la voici : Dans les cas cités plus haut on ne peut ôter la circonstance extérieure, qui est le second principe constitutif de l'occasion prochaine, il faut donc affaiblir le premier, qui est le danger prochain produit par la propension intérieure à pécher, et ainsi faire que l'occasion qui est prochaine par elle-même devienne éloignée.Toutefois, le confesseur doit tenir avec de semblables occasionnaires la même conduite qu'avec les habitudinaires. Donnent-ils des signes d'une contrition spéciale ou d'autres indices de leur bonne disposition intérieure, absolvezles en leur indiquant les préservatifs suffisants pour affaiblir le danger. Mais, si l'on ne voit pas de marques sur lesquelles on puisse fonder un jugement prudent de la réalité de leurs bonnes dispositions intérieures, et surtout si, après avoir été avertis deux ou trois fois, ils n'ont pas donné de signes d'amendement, ce serait une grande imprudence de leur donner l'absolution. Le confesseur doit la leur différer en leur assignant les moyens efficaces d'affaiblir ce danger prochain. Ils peuvent se réduire à quatre : 1° ne pas se trouver seul à seul avec la personne, évitant même de la regarder, du moins fixement, ne lui parlant pas sans nécessité, surtout dans des endroits retirés ; 2" recourir à Dieu par la prière,

en lui demandant souvent son secours par ces mots : Mon Jésus, miséricorde, ou par quelque autre oraison jaculatoire, et renouvelant souvent le propos de no plus pécher, propos qui no doit être ni faible ni languissant, autrement il serait sans succès ; mais fervent, fort et prononcé, qui parte d'une grande douleur d'avoir offensé Dieu par le passé, et d'une ferme volonté de changer devie;3°derecevoirfréquemmentles sacrements de pénitence et d'eucharistie du même confesseui', acceptant volontiers tous les remèdes qu'il proposera, comme de recourir aux saints, ou faire des visites à l'église, ou tels autres exercices de piété qu'il jugera plus utiles; 4" faire quelque petite pénitence, en se mortifiant dans la nourriture, ou en s'imposanl d'autres peines proportionnées à ses forces et toujours suivant les avis du père spirituel. 3e ne veux pas dire que tous ces moyens doivent être employés à la fois, mais tour à toi:r, jusqu'à ce qu'on ait obtenu, avec la grâce de Dieu, l'effet qu'on désirait. S'ils obéissent et qu'ils se corrigent à l'aide de ces pratiques de dévotion, on doit les absoudre en observant ce que nous dirons plus tard au sujet des récidifs,n"^ 339 et 34'»-. Si, malgré tous ces préservatifs, on ne remarque aucun signe d'amendement, on doit les juger incapables d'absolution, et leur dire ouvertement : Perditio tua ex te. En effet, dans ce cas, remarquez-le bien, l'occasion de nécessaire devient volontaire. 11 est vrai, le plus difficile est

de distinguer quand cette impossibilité morale est réelle et quand elle est fausse ou seulement apparente; tout cela est laissé à la prudence du confesseur. Je n'ai là-dessus qu'une réflexion à vous communiquer : quand, dans la pratique, il est plus difficile d'ôter l'occasion qu'il n'est difficile, supposé l'occasion, d'éviter le péché, alors il est évident qu'il y a une vraie impossibilité; autrement vous augmenteriez le danger de multiplier le péché par les mêmes moyens qui sont prescrits pour le détruire. Ainsi, si le renvoi de la servante, du serviteur, de l'amant, doit occasionner de graves scandales, il ne faut pas l'exiger, mais mettre en œuvre les moyens déjà indiqués pour diminuer le danger prochain. Lors donc que vous vous trouvez dans de pareils embarras, élevez votre cœur à Dieu, demandez-lui une vraie prudence, afin de ne pas vous tromper, et soyez sûr qu'il ne vous manquera pas. Si vous doutez, prenez, en pareil cas, le parti le plus sûr, qui est toujours le plus favorable au pénitent, puisqu'il l'éloigné du péché. L'expérience vous apprendra qu'en coupant la tête du seul Holopherne vous remporterez une victoire complète; je veux dire que vous retrancherez d'un seul coup une multitude de péchés.

Occa- 326. — Venons à l'occasion prochaine volontaire, c'est-à-dire qu'on peut mais qu'on ne veut pas quitter. C'est ici le cas le plus difficile qu'on puisse rencontrer dans le ministère de la con-

sions in esse.

DES CONFESSEURS. i59

fession. Ah! c'est ici qu'il faut tirer l'épée d'un saint zèle, afin de couper entièrement ce nœud fatal, source de tant de péchés. Il est incroyable combien les occasionnaires apportent d'excuses, inventent de détours afin de parer le coup qui doit les séparer de l'occasion. Il est donc nécessaire que le confesseur soit sur ses gardes, afin de ne pas croire facilement tout ce qu'on lui dira : il doit être prêt à réfuter et à pulvériser les objections; fertile à trouver et indiquer des expédients, afin que le pénitent reste convaincu que les difficultés ne viennent que de son manque de bonne volonté. En effet, si le confesseur ne trouve pas en lui une volonté bien résolue, il ne doit pas l'absoudre. Ur, pour procéder avec ordre, il faut distinguer les occasions in esse, suivant la distinction même de saint Charles dans ses Avis aux confesseurs, et celles qui ne sont pas in esse. Pour détruire les premières, qui sont les plus dangereuses, il faut employer le fer et le feu. Le saint archevêque ne veut pas qu'on leur accorde aucune trêve. Il entend par occasions m esse, les fréquentations qui ont lieu dans sa propre maison ou autres choses que l'occasionnaire confesse auprès de lui ; tel un concubinaire qui retient, dans sa propre maison, une femme avec laquelle il pèche fréquemment, et qu'il peut renvoyer aussitôt s'il le veut; tel un libertin qui a placé le portrait d'une personne aimée dans une chambre où il se trouve souvent, et qu'il peut

enlever sur-le-champ; telle une servante qui, sollicitée par son maître, consent toujours ou presque toujours, bien qu'elle ne fasse aucune avance, et même n'aime pas à être sollicitée, et qui peut aussitôt quitter la maison, etc. A coup sûr, en pareil cas, on doit refuser l'absolution jusqu'à ce qu'on ait absolument ôté l'occasion; {;ardez-vous d'admettre leurs excuses. Ils vous diront que, privés de cette servante, ils ne peuvent manger aucun mets préparé par d'autres mains ; qu'ils auront la plus grande difficulté à trouver une autre domestique ; qu'en la renvoyant ils perdraient une somme notable qu'ils lui ont avancée ; que la maison souffrira un grand dommage, cette femme ayant de l'ordre et procurant un gain considérable. Ils ajouteront qu'il en résulterait des scandales ou des préjudices qu'ils savent merveilleusement colorer : Que dira le monde? le public se confirmera dans ses soupçons; la réputation sera ternie : cette pauvre créature mise à la rue restera abandonnée. Ils promettent, ils jurent qu'ils ne pécheront plus; qu'ils viendront se confesser au même confesseur. Raisons frivoles, vaines résolutions que tout cela, si on y regarde de près. Si le public a déjà des soupçons, donc ils sont obligés de faire cesser le scandale. La vérité est qu'ils ne sont point touchés de la grâce : car s'ils avaient le cœur contrit et qu'ils fussent décidés à quitter leur mauvaise liaison, toutes leurs frayeurs s'é-

vanouiraîent, et la prudence du confesseur trouverait des moyens pour faire la séparation sans inconvénients. Je ne nie pas que, dans certain cas particulier, le zèle ne doive être modéré par la prudence. Ainsi, c'est un maître qui a dans sa maison une servante qui est pour lui une occasion prochaine de péché ; mais il n'y a ni scandale, ni soup(;on, l'un et l'autre jouissent d'une bonne réputativui dans le public. Or, si dans un temps de mission le confesseur persiste à refuser l'absolution à ce maître s'il ne renvoie aussitôt cette servante, ce renvoi subit, dans un moment de pénitence publique, peut faire naître des soupçons; en voyant congédier cette servante si précipitamment, on croira qu'elle sort par devoir de conscience et non par son propre choix. Mais, dans ce cas, quel moyen trouvera ' le confesseur pour procurer le bien du pénitent sans charger sa propre conscience ? Je vais vous dire, en deux mots, comment se conduisit un habile confesseur dans une circonstance pareille. '> Écoutez, mon fils, dit-il à son pénitent, en réalité je ne devrais pas, je ne pourrais pas vous absoudre ; mais parce que je vous vois si contrit et si résolu à la renvoyer et que vous vous confessez avec tant de douleur de tous les péchés que vous avez commis pendant toute cette mauvaise liaison, je veux croire qu'il n'y a point de feinte de votre part et que vous parlez dans toute la sincérité de votre cœur ; je ne le croirais pas

dans un autre temps que celui de la mission et si je ne vous voyais pas aussi contrit. Je vous absoudrai donc, à condition que vous me promettiez de la renvoyer quinze jours après que la mission sera terminée, et, jusqu'à ce temps-là, de ne jamais la laisser entrer dans votre chambre quand vous êtes seul, de ne pas lui parler, si ce n'est pour des choses nécessaires, de ne pas la regarder fixement. De plus, pendant ces jours-là, confessez-vous au moins deux fois, pour rendre au confesseur compte de votre conduite ; faites naître, pendant ce temps-là, quelque circonstance favorable pour la renvoyer aussitôt après les quinze jours. Passé ce terme, vous ne devez pas même la garder une heure : si vous faites autrement, sachez que vous ne trouverez plus de confesseur pour vous absoudre. « Ce moyen terme, dicté par la prudence dans une circonstance où il y a une espèce d'impossibilité morale de faire autrement, mérite d'être loué jusqu'à un certain point. Mais il ne faut pas en faire usage avec toute sorte de pénitents, ni dans toute occasion. Soyez donc sur vos gardes, si vous ne voulez pas être trompé ; tenez pour règle générale que dans l'occasion prochaine in esse^ il faut employer le fer et le feu surtout en deux matières, l'avarice et l'impureté. Lorsque l'habitude est très- forte, la tentation très-pressante et l'inclination vive, ne vous en rapportez pas aux belles promesses, mais armez- vous

d'une sainte rigueur, et dites en deux mots : Alrlez, ôtez Voccasion et venez recevoir l'absolution. Si le pénitent objecte l'impossibilité morale, ne le croyez pas sur parole ; mais mesurez, examinez attentivement cette difficulté qu'il grossit. Bien souvent vous reconnaîtrez qu'elle n'est pas plus grande que celle que rencontrait Abraham à chasser son esclave. Il n'y avait pas une véritable impossibilité, de même que dans notre cas, où tout vient de la mauvaise volonté : aussi, pour obéir à Dieu, Abraham la surmonta et ne différa pas même un seul jour à la renvoyer: Surrexitmane, et dimisit eam '.

327. — Il semble que les occasions qui ne sont occapas in esse exigent moins de rigueur, et autori- ^î,'*e"son"' sent plus de condescendance. Elles consistent à p^' '" fréquenter les maisons de jeu et de plaisirs, les assemblées, les cabarets, à former des liaisons amoureuses et autres choses semblables. Suivant l'avis de saint Charles, lorsque le pénitent engagé dans de pareilles occasions promet, et promet sincèrement de les quitter, on peut l'absoudre au moins deux ou trois fois, supposé toujours que le confesseur connaisse qu'une semblable promesse sort d'un cœur résolu et contrit. S'il a déjà promis d'autres fois sans se corriger, le saint archevêque veut qu'on lui refuse l'absolution jusqu'à ce qu'il ait eniièrement quitté l'occasion. Parmi ces occasions qui ne sont pas in

' Gen., xxvii, 14.

esse, je crois qu'on peut mettre au premier rang les liaisons amoureuses, devenues de nos jours la pierre de scandale de la jeunesse. Il ne faut pas tant crier, disent quelques-uns, contre les amours profanes, dans la crainte qu'on mette de la malice là où il n'y en a pas, ou bien qu'on fasse regarder comme péché ce qui, dans la réalité, n'est pas tel, d'où il arrivera que les âmes, dominées par une conscience erronée et par une honte déplacée, se précipiteront sans retour dans les péchés et les sacrilèges. Erreur d'hommes qui sans doute ne connaissent pas tous les progrès et toute la malice du libertinage de nos jours ! Je ne nie pas que le cas ne soit quelquefois arrivé, et qu'un confesseur imprudent, connaissant par la réponse d'une jeune fille innocente qu'elle a des liaisons amoureuses, ne l'ait reprise avec trop de véhémence, sans examiner d'abord la nature de ses liaisons ; mais ce cas est très-rare, et il ne mérite certainement pas l'importance qu'on lui donne. Ce qui fait gémir les ministres du Seigneur, c'est de voir que de nos jours la corruption a rompu toutes les digues, qu'elle se répand de toutes parts et enveloppe les jeunes gens de l'âge le plus tendre. Pourquoi donc, disent-ils en soupirant, pourquoi reprendre avec tant d'acrimonie le zèle outré de quelques-uns, et passer sous silence, excuser même la connivence de tant d'autres, qui absolvent aveuglément tous ceux qui sont çngagés dans ces sortes de liai-

DES CONFESSEUnS. 165

sons, dont l'effet est de les plonger jusqu'au-dessus de la tète dans toutes sortes d'iniquités? 11 y aurait injustice à prétendre que amorem facere soit toujours un péché, mais il y en aurait une bien plus grande à soutenir qu'il est toujours innocent. Si on doit en juger secundum id, quod communiter accidit, il faut regarder comme une proposition incontestable que ces liaisons accompagnées des circonstances qui ne s'en séparent pas aujourd'hui, ut plurimiim sont une occasion prochaine de péché. Plût à Dieu que cette proposition ne fût pas prouvée par une longue pratique et une lamentable expérience ! Il est vrai, l'amour des jeunes gens est quelquefois innocent dans ses commencements, mais il devient coupable dans ses progrès. On commence par ivgarder avec complaisance, à jouer par plaisir, le plaisir se change peu à peu en passion, et la passion précipite dans un abîme de malice où l'on ne trouve pas de fond. Or, ranimez ici votre attention, et dites-moi de grâce : sommes-nous médecins des Ames? Si nous le sommes, comm.cnt pouvons-nous permettre un pareil désordre, qui, semblable à la peste, m le monde aux abois par tant de mariages contractés dans l'ombre, par tant de meurtres, d'infamies, de haines, de scandales et d iniquités de lout genre ? Ainsi, résolution de resserrer les liens d'une sainte association et d'être unanimes à différer et même à refuser l'absolution à ceux

qui, trouvés coupables, ne veulent pas promettre

de rompre leurs liaisons. Or, pour découvrir si

leurs affections sont innocentes ou criminelles, il

suffît d'interroger, et vous toucherez au doigt qu'il

y a peu, et même très-peu de ces sortes d'amours

où il n'intervienne, de la part de l'un ou l'autre

complice, quelque circonstance honteuse qui rend

tout à fait iUicite un commerce si abominable. Afin

que vous ayez sous les yeux un modèle de prudence

dans la manière d'interroger et de vigueur dans

le refus do l'absolution, lorsque les circonstances

le demandent, je vais vous rapporter ad litieram

ce que dit le cardinal Pic de La Mirandole, évê-

que d'Albe, dans sa lettre pastorale qui mérite

d'être lue par tous les confesseurs. Ce prélat,

aussi distingué par sa science que par sa piété, a

décrété pour son diocèse ce qui suit. Voici ses

paroles :

Décret 328. — « Nous avertissous tous les confes-

car'd'inai ^'^"^^ ^^ ^^ V^^ absoudrc ccux qui ont des liai-

PicdeLa SOUS amourcuscs, lorsqu'elles sont pour ceux qui

doie, S y livrent gravement illicites, si ces pécheurs,

évêque après avoir été avertis trois fois par eux-mêmes

a Albe. '■

ou par d'autres confesseurs, ce qu'il faudra toujours leur demander, ne se sont pas effectivement corrigés; leur signifiant que s'ils ne commencent par s'en corriger véritablement, ils ne doivent ni espérer ni prétendre recevoir l'absolution de leur part ni de la part d'autres confesseurs. Voici les cas les plus ordinaires où les

liaisons amoureuses sont regardées comme absolument illicites. Nous les exposons en peu de mots et en latin, pour de justes motifs. C'est un moyen de rendre uniforme en cette matière, comme dans toutes les autres, la conduite des confesseurs.

* l^Quandocumque ita fiât, etiani inter pares, et causa matrimonii, ut intercédant oscula, vel lactus, vel amplexus, vel delectationes morosse, aut periculum labendi in quodvis grave peccatum ;

» 2° Quando fit inter eos, qui sunt disparis conditionis propter scandalum, et periculum mortaliter peccandi;

» 3° Si fiât cum illis, cum quibus impossibile est contralii matrimonium, ut sunt uxorati, claustrales, et in sacris ordinibus conslituli, tum quia non potest cohonestari talis amor fine matrimonii, tum quia interccdit scandalum, et periculum labendi in culpas lethales ;

>' 4° Si fiât in ecclesia, tum propter irreverentiam , tum propter periculum audiendi sacrum sine débita altentione, tum etiam propter scandalum ;

» 5° Si adsit prœcepium patris, vel matris aut lutoris rationabiliter prohibens talem amorem ; quia ctiamsi reliqua sint honesta, filii familias et pupilli tenentur in re gravi, ut sine dubio hœc est, obedire parentibus, vel tutoribus, sub pœna peccati mortalis;

» 6° Quando clam fit, et occulto, tum quia est expositus gravibus periculis, et occasioni proximae graviter peccandi, tum quia, quando ita fit, regularitcr exercetur contra voluntatem parentum, vel tutorum, quibus filii, vel pupilli obedire debent ;

» 7° Si tempore nocturno fiât, propter scandalum, et periculum cadendi, etc.;

» S" Si fiât sub praetextu hoaestse recreationis et relaxandi animum, quia semper urgct periculum, et occasio proxima labendi ex longa mora, in qua habentur colloquia, mutui aspectus, protestatio amoris, etc. ;

» 9° Si eo modo fiât, ut ex se involvat periculum proximum osculoruni, tactuum, etc. Etiamsi aliunde ille amor esset licite exercitus, quia est inter solutos, et causa niatrimonii : si, verbi gratia, domi admittatur amasius vel ita approximetur, ut nemo non videat, adesse occasionem proximam tactuum, etc. ;

» 10" Si amator, vel amalrix animadvertat, complicem amoris esse graviter tentatum , vel aiteruDî urgere verbis turpibus, vel alio modo ad inhonesta, etc. Etiamsi aller complex nihil tentetur, et nuUam sentiat inclinationem ad peccandum : in quo casu erit utrique illicitus amor ille, propter periculum proximum delectationis et scandali activi in uno, et passivi in altero, in quo graviter lœderetur charitas erga proximum ;

» 11" Denique universaliter loquendo, quoties-

cumque ob caiisam amoris amator, vel amalrix fréquenter labilur in aliquam gravom noxam, lune amor induit ralioncm occasionis proxima» inali, et estomnino illicitus. »

Qu'on pèse bien tous ces différents cas et qu'on interroge là-dessus, avec les précautions convenables, les pénitents esclaves de celte passion, et qu'on me dise s'il est possible de contester la proposition établie plus haut, que les liaisons amoureuses, telles qu'elles ont lieu de nos jours, sont, ut plurimum, une occasion prochaine de péché. Mais, s'il en est ainsi, comment no pas reprendre avec force le pénitent qui averti, et averti plusieurs fois par son confesseur, ne veut pas se corriger, qui veut même contester avecson confesseur et lui arracher une absolution / J'appelle au tribunal de Dieu ces confesseurs qui, se faisant gloire d'une facilité si pernicieuse, absolvent sans aucune réflexion tous ceux qui se présentent et causent la ruine de la jeunesse et du monde entier. En effet, c'est de la mauvaise éducation de la jeunesse que découlent tous les maux et tous les désordres des familles, d'où le désordre se propage et infecte l'univers entier.

329. — Avant de terminer cette matière de ^"'^ l'occasion prochaine, je dois avenir que beau- ^on coup de confesseurs mettent un véritable zèle non-seulement à séparer, mais encore à éloigne i leurs pénitents de toute occasion prochaine de péché contre la chasteté, mais négligent de leur II. s

faire quitter les autres occasions trop nombreuses de pécher contre les différents commandements de Dieu, Le glorieux saint Charles a grand soin de faire cette remarque. Or, parmi les occasions qui ne sont pas in esse, il compte celles où se trouvent un grand nombre de personnes qui, en exerçant leurs professions, tombent fréquemment dans des péchés très-graves : blasphèmes, vols, injustices, calomnies, haines, fraudes, parjures, et autres semblables. 11 veut qu'on leur diffère l'absolution , lorsque avertis deux ou trois fois ils ne donnent pas de signes d'amendement ; bien plus, si après des avertissements réitérés ils ne se corrigent pas, on doit les obliger à quitter ces professions qui sont pour eux une occasion prochaine de tant de péchés. Mais avant d'en venir à cette résolution extrême, il faut user de conseils et d'une grande maturité. Si vous trouvez que ce médecin, ce chirurgien, cet aubergiste, ce marchand, cet avocat, ce procureur, etc., sont dans une espèce d'impossibilité morale de quitter leur état, parce qu'ils n'ont pas d'autre moyen d'existence, vous devez, pendant quelque temps, traiter cet occasionnaire comme on traite un récidif qui pèche sans y être induit par une cause extérieure. Mais si, après les épreuves convenables, il continue d'accumuler péchés sur péchés sans que vous aperceviez en lui aucun amendement, vous devez l'obliger à quitter cet emploi qui deviendrait

DES CONFESSELRS. 171

évidemment la causo de sa damnation. Le saint archevêque veut qu'on use d'une bien plus grande rigueur avec ceux qui vont au bal, qui fréquentent les blasphémateurs, qui hantent les cabarets qui sont pour eux, du moins relativement, des occasions prochaines de péché, puisqu'à raison de leur mauvaise disposition ils y tombent fréquemment dans l'ivresse, les querelles, les blasphèmes, les médisances et autres fautes très-graves. Ainsi, continue le saint, on ne doit pas les absoudre, s'ils ne commencent par promettre de s'en éloigner ; et si, après avoir promis deux ou trois fois, ils retombent, il veut qu'on leur refuse entièrement l'absolution. Or, arrêtons-nous un instant, et dites-moi si la pratique de nos modernes confesseurs s'accorde avec la théorie des anciens docteurs ? Tout ce que nous avons dit jusqu'à ce moment est adopté par les plus sages théologiens; que dis- je? il est fondé sur les décisions de l'Eglise qui fulmine ses censures contre celui qui ose enseigner qu'on peut absoudre le pécheur qui vit dans l'occasion prochaine du péché ; et cependant, que voyons-nous dans la pratique? comment se conduit-on dans nos confessionnaux ? diffère-t-on, et refuse-t-on l'absolution en temps et lieu, suivant le besoin du pénitent? Hélas ! quelle épine dans le cœur ! Pour juger de la grandeur du mal, écoutez : La mission s'ouvre dans un endroit. Une foule de pénitents viennent à vos pieds, engagés, depuis plusieurs années, dans des

liaisons qui les ont couverts de plaies, envenimées et gangrenées par le temps. — Depuis combien de temps, mon fils, demande le confesseur, entretenez-vous cette fréquentation criminelle ? — 11 y a huit ou dix ans. — Tombez-vous souvent dans le péché?... — Chaque jour, mon père, ou au moins deux ou trois fois par semaine. — Vous en êtes- vous toujours confessé? — Oui, mon père. — Vous confessez-vous souvent? — Une fois tous les deux mois. — Avez-vous toujours affaire au même confesseur ? — Non, mon père ; je vais tantôt à l'un, tantôt à l'autre. — Ainsi, pendant ces dix années, vous êtes allé à presque tous les confesseurs de ce pays? — Oui, mon père. — Que vous ont-ils dit? — De ne plus y retomber. — Vous ont-ils toujours donné l'absolution? — Toujours, mon père. — Les traîtres ! dit dans son cœur, en frémissant, un zélé confesseur qui n'a en vue que le salut des âmes : les traîtres! voilà une pauvre âme assassinée, qui, pendant le cours de tant d'années, hominem non habuit, n'a jamais trouvé un confesseur charitable qui lui ait donné une impulsion miséricordieuse pour laver ses fautes dans la piscine sacrée d'une bonne confession. Sa douleur augmente avec le nombre des pénitents ainsi trahis et des confesseurs trop indulgents ; car la mauvaise direction d'un pénitent lui fait connaître la faiblesse de presque tous les confesseurs de ce pays. Pardonnez-moi ce mouvement de zèle, et

ne vous étonnez pas de m'entendre partager le sentiment suivant d'un ministre du Seigneur. Réfléchissant au relâchement d'un grand nombre de confesseurs de nos jours qui absolvent, les yeux fermés, tous les habitudinaires et les occasionnaircs, au mépris des décisions du saint Siège, il disait en soupirant : Ou l'Eglise se trompe, ou une grande partie dos confesseurs se damnent. Mais puisque l'Eglise, assistée par le Saint- Esprit, ne peut errer, il faut conclure qu'une partie des confesseurs seront damnés. En effet, beaucoup n'obéissent point à l'Eglise qui fait un précepte et qui commando, en vertu de la sainte obéissance, de ne point absoudre les occasionnaires qui peuvent et qui ne veulent pas quitter l'occasion prochaine du pèche. Tel était le raisonnement de ce ministre de Dieu. Son sentiment, que je respecte, est d'ailleurs confirmé par l'expérience de tous ceux qui s'emploient au ministère apostolique et qui vont à la recherche des âmes fourvoyées. Hélas! comment ne pas gémir en voyant une ruine si universelle, occasionnée par des confesseurs sans zèle, qui, sans examen, sans discernement, sans interrogations, absolvent indifféremment et les occasions prochaines et les éloignées, et les concubinaires et les incontinents, et les prostituées et les vierges; en un mot, qui coupent tous les nœuds des consciences avec une faux de moissonneur, et qui, au lieu de briser les chaînes des pénitents, les redoublent

sur eux-mêmes et se mettent en état de damnation? Le remède, nous l'avons sous la main. Il consiste à former une sainte ligue, et, quand nous rencontrons ces occasionnaires, à leur parler nettement, sans nous laisser abattre par une terreur panique ou par un vil respect humain. Si l'occasion est in esse, il faut leur dire sans détour : « Allez, ôtez l'occasion et revenez pour l'absolution. » Si elle n'est pas in esse, et qu'ayant été avertis plusieurs fois par des confesseurs zélés, ils n'ont pas obéi, il faut leur différer l'absolution jusqu'à ce qu'ils ôtent tout à fait l'occasion et donn.?nt des signes d'un véritabl.? amendeiTient. Voilà le remède. Serons-nous tous fidèles à l'employer dans la pratique? j'ose l'espérer; mais qu'il prenne garde à la colère de Dieu, celui qui agira différemment et qui voudra rester volontairement aveugle au milieu de tant de lumières. (Sur les principales occasions du péché, voyez la note à la fin du volume.) Doctrine 330. ( Saint Charles, p. 43-54.) — Aiusi, chariTs on doit différer l'absolution jusqu'à ce qu'on sur les ^ojg quelque sorte d'amendement, à ceux dont

occa-

sions. les confesseurs jugeront probablement que, quoiqu'ils disent et promettent de quitter le péché, ils ne le quittent pas néanmoins ; comme sont certaines personnes, et particulièrement les jeunes gens oisifs qui sont la plupart du temps dans les jeux et dans les festins, et ordinairement engagés en des amitiés charnelles et des péchés

d'impureté, dans les blasphèmes, les paroles déshonnétes, les haines et les médisances, et qui ne se présentent que les derniers jours de carême pour se confesser ; et aussi à ceux qui ont persévéré plusieurs années, et sont souvent retombés dans les mêmes péchés, et n'ont point eu soin de se corriger. On ne peut de même absoudre ceux qui n'ont pas une véritable résolution d'abandonner tous les péchés mortels, et ensemble toutes les occasions de les commettre; et parce qu'il est très-important pour l'instruction des confesseurs qu'ils entendent bien ce point, nous l'expliquerons plus au long.

On appelle occasion de péché mortel toutes les choses qui le peuvent causer, ou parce qu'elles portent d'elles-mêmes à pécher, ou parce que le pénitent, s'y trouvant, est tellement accoutumé de pécher, que le confesseur doit raisonnablement Juger qu'à raison de sa mauvaise habitude il ne s'abstiendra jamais de pécher, tandis qu'il persévérera dans ces mêmes occasions. On peut mettre dans le premier genre de ces occasions, c'est-à-dire de celles qui de leur nature portent à pécher, faire profession de jouer continuellement aux cartes ou aux dés ; tenir pour les autres un lieu préparé à cet effet ; avoir dans sa maison la personne avec laquelle on offense Dieu, soit qu'elle l'ait ainsi désiré ou que l'on demeure avec elle, en quelque manière que ce soii, continuer en ses entreliens, regards, conversations,

et autres pratiques lascives et impures. Le pénitent donc étant engagé en une de ces occasions, ou autres semblables, si tant est que cette occasion soit présente, comme s'il a dans sa maison une concubine, ou autre semblable, le confesseur ne lui doit point donner l'absolution qu'il n'ait premièrement quitté effectivement cette occasion. Et quant aux autres occasions, comme de jeux, de regards, de conversations et de gestes, etc., il ne doit point aussi lui accorder cette môme grâce, qu'il ne promette de s'en abstenir ; que s'il l'avait promis autrefois, et ne s'en était pas néanmoins corrigé, il doit alors, quelque pro • messe qu'il en fasse, lui différer l'absolution, jusqu'à ce qu'il voie quelque amendement. Et parce qu'il peut arriver qu'avec toutes les instructions et les conseils qu'un sage et zélé confesseur a donnés à son pénitent, il ne peut pas néanmoins se retirer de l'occasion du péché sans grand péril, ou sans scandale, le confesseur, en ce cas, se doit servir des remèdes qui suivent.

331. — En premier lieu, il différera de lui donner rabsoliition jusqu'à ce qu'il voie des preuves certaines d'un véritable amendement, et s'il ne peut pas différer de l'absoudre sans le mettre en danger d'infamie, et que d'ailleurs il découvre en lui de si grandes marques de sa disposition et de son affection à recevoir les remèdes qu'il jugera nécessaires pour son amendement, il lui doit ordonner ceux qui lui paraîtront plus

à propos et plus nécessaires : comme, par exemple, de ne se trouver jamais seul avec cette personne, lui prescrire certaines prières, quelques mortifications de la chair, et surtout de se confesser souvent, et autres semblables; lesquelles s'il accepte, le confesseur le peut absoudre. Et si, après avoir fait cette diligence, ou un autre confesseur l'ayant faite auparavant, ce pénitent ne s'est pas corrigé, il ne lui doit point donner l'absolution qu'il ne se soit effectivemeni séparé de l'occasion; si ce n'est que nous ayant consulté sur ce qu'il doit faire en telle occasion, sans néanmoins découvrir la personne, nous ayons été d'avis de le faire. Les occasions de péché de la seconde sorte, c'est-à-dire qui ne le sont pas d'elles-mêmes, mais seulement à l'égard de la personne qui s'y rencontre, sont les choses qui, quoique licites en soi, laissent néanmoins juger avec fondement que le pénitent retombera dans les mêmes péchés qu'il y a déjà commis, s'il y persévère, comme il a fait par le passé. Telles sont ordinairement à plusieurs, par la corruption du siècle, la guerre, le trafic, la magistrature, la profession d'avocat, de procureur, et d'autres semblables exercices, dans lesquels celui qui est habitué à pécher souvent mortellement par blasphème, larcins , injustices, calomnies, haines, fraudes, parjures, et autres semblables offcnses de Dieu, sait que, continuant ces mêmes exercices, il se rencontrera dans les mêmes occasion^,

et qu'il n'a pas sujet de croire qu'il doive résister à l'avenir plus puissamment au péché qu'il n'a fait auparavant , et l'on a raison de présumer qu'il retombera par conséquent dans les mêmes péchés. C'est pourquoi ces personnes doivent, comme dit saint Augustin , ou abandonner cet exercice qui leur est dangereux, ou pour le moins ne l'exercer qu'avec la permission et de l'avis d'un directeur vertueux et intelligent, lequel ne doit point absoudre une personne qui est en cet état, s'il juge probablement qu'il retombera dans les mêmes péchés, demeurant dans les mômes occasions, mais il doit attendre durant quelque temps des preuves de son amendement.

332. — Et on doit d'autant plus soigneusement prendre garde en ceci, qu'il arrive souvent que le manquement des confesseurs en ce point fait qu'il se commet plusieurs abus, et de très-grands péchés, presque en tous les arts et en toutes les professions, sans lesquels, pour cette raison, il semble que plusieurs personnes ne savent plus s'acquitter des choses qui sont très-justes en ellesmêmes ; comme, par exemple, parmi les magistrats et les officiers, on promet, avec serment, beaucoup de choses qu'on n'observe point. Lorsqu'on donne conseil, ou qu'on exerce la profession d'avocat ou de procureur, on flatte les mauvaises intentions des parties, et on favorise l'injustiee contre sa propre conscience. Dans les emplois de la guerre, on appuie les duels, les

animosités, les haines, les homicides, les jeux, les blasphèmes, la rapine et les débauches de femmes. Dans la marchandise, on pratique les usures et les tromperies ; on mélange et on débite ce qui est mauvais pour ce qui est bon ; on vend les choses plus qu'elles ne valent ; on se parjure facilement ; on fraude les péages et ceux qui lèvent les impositions, et on commet plusieurs autres péchés semblables. Plusieurs artisans travaillent également les fêtes et les jours ouvriers, de sorte qu'ils ne vaquent jamais au service de Dieu, et n'entendent pas le plus souvent sa parole, et entretiennent toute leur famille dans le même dérèglement. Et ainsi on trouvera plusieurs personnes dans ces exercices qui auront toujours vécu en péché mortel, lesquels, par conséquent, on Tie doit pas estimer capables de recevoir l'absolution, sans avoir auparavant pris soin de les désengager de ces occasions, ou de les rendre plus forts qu'ils ne sont pour y résister. Et le confesseur, examinant avec plus de soin qu'à l'ordinaire ces personnes-là, trouvera peut-être que quelques-uns d'eux n'auront jamais fait une bonne confession ; et en ce cas-là, outre les preuves d'un véritable amendement, que nous avons dit qu'il devait attendre, ou la cessation de l'exercice qui leur est dangereux, il leur doit faire entendre que, pour commencer véritablement leur conversion, il est important qu'ils fassent une confession générale de leurs péchés, et se

servent de remèdes puissants pour leur salut. s.iiie. 333. — Le confesseur doit bien plus exactement prendre garde à cette sorte d'exercices et actions qui ne sont ni nécessaires ni utiles, parce que, quoiqu'elles ne soient pas au ranj] des occasions qui portent d'elles-mêmes au péché mortel, et qu'elles ne doivent pas, par conséquent, être ordinairement évitées de toutes sortes de personnes, donnent néanmoins une pente au mal, et entraînent souvent et facilement à divers péchés mortels : comme d'aller au bal, converser avec des blasphémateurs, avec des querelleurs, et autres mauvaises compagnies, fréquenter les cabarets, demeurerdansl'oisiveté, et semblables choses, à l'occasion desquelles on a accoutumé de pécher mortellement, parce qu'il ne doit point absoudre ceux qui s'y engagent que premièrement ils n'y renoncent, et qu'ils ne promettent de s'en abstenir effectivement. Si néanmoins il semble au confesseur qu'il peut avec fondement ajouter foi la première et la seconde fois à la promesse que fait le pénitent de sortir de cette occasion, il le pourra absoudre sur cette assurance ; mais il ne le doit pas faire davantage, et voyant la troisième fois qu'il ne lui a pas été fidèle, il différera de lui donner l'absolution, jusqu'à ce qu'il témoigne actuellement de s'être séparé de ces occasions. Le confesseur prendra encore garde à ne donner point l'absolution à ceux qui font des contrats défendus,

nommément par nos conseils provinciaux, ou d'ailleurs clairement illicites, qu'ils ne les aient premièrement révoqués, et n'aient fait la satisfaction nécessaire. Que si l'on cloute si ces contrats sont légitimes ou non, il doit, avant que de lui donner l'absolution, envoyer le cas à notre grand pénitencier, qui aura soin d'en retirer de nous la résolution, et, en ce cas-là, le confesseur pourra absoudre ce pénitent et l'admettre à la communion, s'il donne de bonnes assurances de suivre la décision qui en aura été donnée. Il ne doit pas aussi donner l'absolution, en vertu môme d'un jubilé, à ceux qui n'ont pas déclaré ce qu'ils savent des choses qu'ils ont été avertis de dénoncer par une ordonnance publique, ou par des monitoires du pape, ou de l'archevêque, qu'ils n'aient premièrement fait cette déclaration, et satisfait à tout ce qu'ils sont obligés pour le dommage qu'aura causé le retardement. La m^me grâce de l'absolution ne doit point être accordée avant la restitution ou la satisfaction, à ceux qui sont dans l'obligation de les faire, s'ils en ont le pouvoir; excepté aux malades qui sont en danger, auxquels néanmoins on doit ordonner de satisfaire au plus tôt. (Sur la doctrine de saint Charles, voyez la préface de cet ouvrage.)

Page 1