Si le pénitent revient au bout do huit Manière
, . I delaJeur
jours et que vous ne trouviez en lui aucun cnan- Ciiséter.
gement, refusez-lui de nouveau l'absolution, mais avec plus de précaution. C'est un malade qui a besoin de plus fréquentes vfsites. Renvoyez-le donc, non plus pour huit jours, mais pour un temps bien plus court : écoutez. Saint Bernard, pour guérir un jeune homme habitudinaire et récidif dans des fautes d'impureté, lui dit de revenir dans trois jours, et, pendant ce temps-là, de s'abstenir du péché, en l'honneur des trois personnes divines à qui nous avons tant d'obligations. 11 revient sans être retombé. Le saint le prie de faire encore la même chose pendant trois jours, en l'honneur de la sainte Vierge dont nous avons si grand besoin et qui mérite toute notre confiance. Il revient encore sans rechute. Mon fils, lui dit alors le saint, je vous demande encore trois autres jours, en l'honneur de votre ange gardien à qui vous êtes si redevable ; après cela je vous absous aussitôt. A la fin du troisième triduum, l'intercession de la sainte Vierge et de l'ange gardien fut si puissante auprès de Dieu, que ce jeune homme revint, et dit : Ce n'est plus pour trois jours, mais pour toujours que je veux et que je promets de rnabstenir du péché. Je voi^ maintenant que ce n'est ni la grâce ni la force, mais la véritable volonté de me corriger qui m'a manqué jusqu'ici : à qui veut sincèrement, rien n'est impossible avec la grâce de Dieu et l'intercession des saints. Heureux jeune homme d'être tombé entre les mains d'un père et d'un médecin
si expérimenté qui sut le gagner par des motifs tout à la fois si doux et si forts, et qui, par cette ingénieuse diminution des difficultés et de la durée des épreuves, divisant pour ainsi dire le remède en petites portions, sut l'adapter à sa faible vertu et lui rendre la santé !
337. — Vous voyez par là combien se trom- Heureux pont les confesseurs qui, trouvant que leurs pé- "glèue nitents sont retombés pendant les huit jours, les méthode. renvoient pour seize ou pour trente, c'est-à-dire que le mal continuant, ils prennent pour remède de voir plus rarenwllt le malade. Que serait-ce 5i on lui disait : N'espérez pas d'absolution si vous retombez pendant cet intervalle : en ce cas, ne venez même pas vous confesser, ce serait inutile; n'allez pas non plus à d'autres jusqu'à ce que vous soyez corrigé, parce que personne ne peut vous absoudre qu'un confesseur relâché qui vous perdrait par sa douceur et sa fq^isse compassion. Qu'il n'aille pas même se confesser à d'autres! Mais que savez-vous s'il n'y aura pas de nouveaux Bernard, pères plus charitables et médecins plus habiles que vous, qui, en suivant une méthode toute contraire à la vôtre, réussiront à le guérir? Qu'il ne revienne plus auprès de vous, s'il retombe! Mais ne craignez-vous pas que votre zèle ne soit faux, ou parce qu'il vient de l'ignorance des remèdes, et vous ne seriez pas un bon médecin; ou de l'impatience et de la peine que vous donne la difficulté de la
guérison, et vous ne seriez ni un vrai père, ni un juge discret? Je le sais et je l'avoue, quelquefois la négligence de certains récidifs dans l'emploi des moyens, ou, malgré leur emploi, la force de la mauvaise habitude, la fragilité, l'inclination perverse de certains tempéraments tourmenteront votre cœur de père et votre esprit de médecin, parce que vous ne saurez comment trouver les remèdes qui leur conviennent ; et vous vous sentirez fortement porté à les abandonner et à les renvoyer, non- seulement' sans absolution, mais encore avec une aigreu^ui, dans cette circonstance, vous semblera permise et même nécessaire. Pour comprendre qu'une pareille inspiration ne vient pas de Dieu, mais de l'impatience masquée sous les dehors du zèle, et d'un zèle assurément pharisaïque, si contraire à celui de Jésus-Christ, faites attention que ce récidif, que vous regardez comme indigne de votre compassion, Dieu le supportait hier et qu'il le supporte encore en ce jour ; qu'aujourd'hui même il l'a environné et si doucement pressé par sa grâce, qu'il l'a conduit auprès de vous malgré toutes ses répugnances et déterminé à se présenter de nouveau. Et cependant c'est Dieu seul qu'il a offensé ; et vous, à qui il n'a fait aucun mal, vous ne pourriez le supporter! Croiriez-vous mieux entendre les intérêts du maître dont vous êtes le ministre, que le maître lui-même? Pourriez-vous croire votre zèle si commode pour vous et si
nuisible à ce malheureux, dicté par une morale plus saine que celle de Dieu, dont le zèle est si contraire au vôtre? Ne laissez donc jamais sortir de votre bouche ces expressions capables de jeter le rccidif dans le désespoir auquel il est déjà si porté par la difficulté de se corriger. Au contraire, ayez toujours devant les yeux, pour vous servir de règle, la patience et la bonté de Dieu envers lui. Ayez vous-même, afin d'inspirer au pénitent les sentiments d'un vif désir de son amendement et d'une invincible constance dans l'entreprise, une ferme confiance en Dieu qu'en continuarit les soins et les remèdes, la force du mal cédera enfin, et le malade recouvrera la santé. Sachez que votre espérance ne sera pas vaine. L'expérience a souvent montré qu'après un mois, d'autres fois après un an de patience de la part du confesseur et du pénitent, on a obtenu une entière et constante guérison. Quelquefois même, lorsqu'à raison de rechutes plus graves elle paraissait moins attendue, l'un et l'autre continuant de prier et de travailler pour l'obtenir, Dieu la leur a accordée. Faites-le donc venir très - souvetit ; je vous dirai au n° 405 les motifs et les avantages qui doivent l'encourager à se présenter de nouveau, s'il retombe, quand même il ne serait pas encore disposé à recevoir l'absolution, pour rompre du moins la force de la tentation, reprendre haleine et trouver de nouveaux conseils. Écoutez les encou-
ragements que vous donne saint Jean Chrysostôme : Non erubescimus, si cum diabolus nunquam desperet no tram perniciem, sed indesinenter eam expectet, nos fratrum salut em desperaverimus? Qui nobis erit veniœ locus, si, cum lanta sit dœmonis in nostrum exitium vigilantia, nos ne tantulum quidem similis diligentiœ adferamus ad salutem fratrum noslrorum, prœsertim cum Deum habeamus quxiliatorem ? Ainsi parle ce grand saint. Ailleurs il dit : Quand même il vous semble que vous ne faites que peu ou point de fruit, ne laissez pas de reprendre et travailler au salut du prochain : Fervidissimœ cujusdam, ac verissimœ charitatis argumentum prœbet, qui cum nulla simili spe alitur, tamen ob vim amoris erga fratrem non desinit illius agere curam. Suite. 338. — Vous recevrez donc toujours ces pénitents à bras ouverts, sans jamais donner le moindre signe d'ennui ou d'étonnement de ce qu'ils sont si vite et si misérablement retombés; cela suffirait pour les empêcher de se présenter de nouveau. Ainsi, vous louerez leur promptitude à revenir. Animé du désir de leur amendement, recherchez la cause de leur rechute. Voyez lequel des moyens prescrits ils ont négligé, dans quel temps et de quelle manière la tentation les a assaillis et vaincus. Ces détails peuvent être nécessaires pour mieux connaître et la cause et le remède du mal. Priez Dieu de vous inspirer les moyens convenables, et entre autres faites tou-
jours grand cas de la fréquente confession. Telle était la pratique de saint Philippe de Néri. Quel en était le succès? Le Père Bacci, auteur de sa Vie, va nous l'apprendre'. Voici ce qu'il raconte : Unpénitent qui tombait presque chaque jour dans le péché vint se présenter au saint. Il lui donna à peu près pour toute pénitence de venir se confesser sur-le-champ s'il retombait, et de ne pas attendre qu'il fût tombé une seconde fois. Le pénitent obéit, et Philippe l'absolvait toujours en lui donnant la mêm? pénitence. Par ce seul moyen le pénitent fut guéri en peu de mois... et en peu de temps il devint comme un ange. La conduite de ce maître si expérimenté de la vie spirituelle ne peut, il est vrai, vous faire comprendre à quel signe un confesseur prudent et discret doit reconnaître qu'un pénitent a la disposition sufi* fisante pour être absous ; mais elle vous montre que ces dispositions peuvent être réellement dans le rccidif qui ne détruit pas entièrement sa mauvaise habitude dès la première confession, mais qui retombe encore de temps en temps. La constante et parfaite guérison qu'il finitpar obtenir vous montre le fruit des confessions particulières qu'il est venu vous faire, et le propos efficace qu'il aj.portait à chacune d'elles. Surtout vous devez apprendre de là que d'imposer au récidif à peu près pour toute pénitence de se confesser promptcment après le premier péché sans attendre le se-
' Liv. 2, c c,n. 2-
cond, n'est pas pour lui une pénitence légère : c'est encore la plus salutaire. Elle n'est pas légère à cause de la répugnance particulière que le récidif, plus que les autres pécheurs, éprouve à s'accuser de sa nouvelle infidélité à des promesses plusieurs fois renouvelées. Voulez-vous savoir combien il y a de difficulté et de mérite à vaincre une pareille répugnance? Ecoutez le décret^ : Laborat mens eruhescetitium , et quoniam verecundia magna est pœna, qui eruhescit pro Christo fit dignus misericordia. Ainsi la confession n'est pas non-seulement une pénitence légère, elle est encore, pour le récidif, la plus salutaire parle secours que lui procure le sacrement ex opère operato, s'il s'en approche dignement, lors même qu'il ne reçoit pas l'absolution dont le prêtre le juge indigne. Ordinairement l'humilité qu'il pratique et la victoire qu'il remporte en retournant aux pieds du confesseur après ses rechutes, les avis qu'il en reçoit, appropriés à son état actuel, lui sont plus utiles que les jeûnes et les autres austérités. Donc quel que soit le nombre de ses rechutes, ne le rebutez jamais. Ne le chargez pas d'un grand nombre de pénitences obligatoires, afin de lui prescrire et de lui faciliter celle d'une prompte confession qui lui devient toujours de plus en plus pénible et de plus en plus nécessaire. Oh 1 combien vous aurez à craindre en agissant autrement que • Can. 88, dist. 5, de Pœnit.
ce malheureux, tourmenté au dedans par sa mauvaise habitude ù laquelle il s'efforce de résister peut-être plus que vous ne pensez; ou accablé au dehors par les obligations difficiles que vous lui prescrivez, ne succombe enfin, s'il retombe, à la tentation la plus ordinaire aux récidifs, qui est de différer, et enfin d'abandonner la confession ! Alors il reste comme un malade sans médecin, avec un redoublement de fièvre, ou comme une brebis sang berger, après avoir reçu de nouvelles morsures du loup.
339. — Mais comme la confession 'est princi- QuanJ paiement utile au pécheur lorsqu'étant bien dis- aLoudre posé il reçoit l'absolution, voyons quand et com- '" ,
1 1. • j- T- • 1 réc.dlfs.
ment vous devez I en juger digne. Lvitez deux écueils, ou de nuire au récidif par la rigueur, ou au sacrement par le relâchement. Souvenez-vous du grand principe que vous pouvez et devez régulièrement donner l'absolution lorsque vous trouvez des marques solides et prudentes d'une volonté sincère et efficace, quoiqu'elle ne soit pas très-efficace ; suffisante et ordinaire, quoiqu'elle ne soit ni extraordinaire ni singulière. Si donc le récidif a pratiqué tous les moyens ou une bonne partie des moyens prescrits, et s'il a diminué surtout d'une manière notable le nombre de ses fautes, vous avez ces marques claires et solides qu'on demande. En effet, elle est efficace cette volonté, qui , malgré les obstacles de la mauvaise habitude, a produit de semblables ef-
i92 MANLEL
fets. J'ai dit surtout d'une manière notable ;cair beaucoup d'auteurs et saint Charles lui-même, si prudent et si éloigné de celte espèce de relâchement, dans ses célèbres Avis aux confesseurs, n'en n'^exige pas même tant. En parlant de ceux qui, pendant plusieurs années, ont persévéré et sont retombés dans les mêmes péchés, et n'ont fait aucun effort pour se corriger, il ordonne de leur différer l'absolution jusqu'à ce qu'on voie quelque amendement, etc., n° 330. Or, qui oserait dire que le saint ne connaissait pas la force bien différente de ces deux mots, quelque et notable, et que la connaissant il ait néanmoins substitué le inot beaucoup plus faible quelques ce mot beaucoup plus fort notable, et qu'il ait donné cela pour règle aux confesseurs dans une matière aussi importante, lorsqu'il aurait cru indispensable non pas quelque, mais un notable amendement ? Le savant auteur de l'Instruction pour les nouveaux confesseurs, cité par Mgr. Liguori, n° 353, explique celte modération du saint. Après avoir dit ' qu'on doit absoudre celui qui retombe par la force de la mauvaise habitude toutes les fois qu'il montre une volonté ferme d'employer les moyens de se corriger, il ajoute : Nous sommes d'avis qu'on serait tr^op rigide si l'on agissait autrement, et qu'en cela le confesseur s'éloignerait de l'esprit de l'Églie et de Notre-Seigmur, ainsi que de la nature du sacrement, qui n'est pas seu-
' Part. 1, c. 9, n. 213.
DES CONPESSEL'KS. 193
louent un jugement, mais un remède salutaire. C'est-à-dire, ne perdez pas do vue que le sacrement do pénitence a deux principaux effets : la grâce sanctifiante qui efface les péchés passés et justifie le pécheur, et la grAcc sacramentelle qui sert de remède préservatif pour l'avenir, en lui donnant des secours puissants afin de ne pas retomber. Le confesseur doit avoir en vue ce double effet afin de seconder les aimables desseins du Sauveur, qui l'a institué. Examinez donc attentivement la disposition présente du pénitent, et voyez si actuellement sa volonté déteste sincèrement les péchés mortels qu'il a commis; s'il a une résolution efficace de les éviter à tout prix, en tout temps, et par conséquent s'il est prêt à mettre en œuvréftkles moyens nécessaires pour cela. Telle est èi disposition fondamentale qui iloil précéder le sacrement. 11 l'exige comme jugement, et si elle manque actuellement il ne remet pas le péché. Mais que la mauvaise habitude soit non-seulement affaiblie, mais détruite, et que le récidif ne tombe plus, c'est-à-dire que dans la pratique il surmonte effectivement tous les obstacles, non-seulement aujourd'hui ou demain, mais pendant des mois et des années, cette constance n'est pas la disposition préalablement nécessaire au sacrement, elle en est le fruit. Cette persévérance, celle constance dans sa bonne volonté, et cet amendement absolu et stable, le pénitent doit se le proposer et l'espérer avec la grâce II. 9
de Dieu et sa coopération, surtout aux secours que Dieu lui donnera en temps opportun, en vertu même de ce sacrement, qui en est la source en tant que remède spirituel. Mais nous le répétons, cette constance n'est pas la disposition préalablement nécessaire au sacrement, elle en est le fruit. Ainsi, en considérant ce sacrement comme jwgrement, n'absolvez pas celui qui ne se corrige en rien. En effet, ne pouvant voir in se la constance de sa bonne volonté, vous devez vous en assurer par quelque effet qui soit pour vous un témoignage solide et ferme pour le juger et pour l'absoudre avec prudence, comme ayant actuellement la disposition nécessaire et suffisante. Mais, en considérant le sacrement comme remède pour l'avenir, n'eu exigez pas le fruit présentement, c'est-àdire la constance dans la bonne^olonté, le parfait amendement de la mauvaise habitude, et la victoire de toutes les attaques. Cherchez plutôt ce fruit en lui donnant l'absolution qui doit le produire, et vous l'obtiendrez. Autrement, vous ressemblerez à un médecin qui veut guérir son malade uniquement par des purgations, sans prendre soin de soutenir ses forces, et qui le fait mourir, non plus par l'abondance des mauvaises humeurs, mais par défaut de nourriture et de soutien. Purgez donc le malade jusqu'à ce que vous commenciez à trouver en lui la disposition suffisante de quelque amendement, témoignage d'une volonté efficace. Mais une fois que vous l'aurez trouvée,
nourrissez-le par l'absolution, et ensuite, s'il est expédient, par la communion ; exhortez-le à la pratique fréquente des sacrements très-utile pour lui. Votre imprudence serait bien plus grande si telle n'était pas votre conduite avec les habitudinaires, qui ne tombent que rarement dans le même péché, par exemple, tous les trente ou quinze jours. Leur différer l'absolution pendant deux ou trois mois ce serait manquer entièrement leur guérison, car ils ne sont pas tant délivrés que préservés de leurs rechutes par la réception des sacrements plus fréquente qu'à l'ordinaire. Fortifiez-les par ce moyen, qui est entre les canaux de la grâce comme le fleuve principal, ou comme le soleil entre les planètes, et entre les exercices de piété la fleur et la quintessence la plus propre à communiquer aux âmes la force de ne pas retomber. C'est là agir suivant l'esprit de l'Eglise, comme on le voit d'après le Rituel romain, qui s'exprime ainsi : In peccata facile recidentibus utilissimum erit consulere, ut sœpe confiteantur, et si expédiât communicent '.
.350. — Supposé cependant que pour votre plus Precaugrandc sûreté vous veuillez, avant d'absoudre le •'""v^
" prendre
pénitent, que le nombre de ses fautes soit nota- avec les blement moindre, outre la volonté actuelle solide '^*'"^''^*et ferme de mettre en œuvre les moyens pres-
' Ordo admioistraudi sacrant, pœnit., § Quare riiret, etc.
crits : du moins ne prenez pas ce notahîemenl dans son acception matérielle pour un nombre arilhmétiquement plus grand ou plus petit, mais formellement et en substance comme signe d'une volonté vraie, agissante, efficace. Ainsi le notablement ne doit pas être pris dans un sens si absolu que vous en fassiez une règle générale et immuable à l'égard de tous, sans égard à la différence de leur position ; mais relativement, c'està-dire en ayant égard aux circonstances particulières où se trouve le pénitent, en sorte qu'à nombre égal de rechutes on absout l'un et non pas l'autre. Or ces circonstances sont de deux sortes : 1° celles qui font voir si la cause des rechutes est plutôt la misère humaine que la malice, ou si c'est le contraire. Car celui qui pèche par une habitude plus ancienne et par conséquent plus difficile à déraciner; celui qui est d'un naturel plus mauvais et plus violemment porté au mal; celui qui, pour faire le mal, a éprouvé intérieurement ou extérieurement un plus grand nombre d'assauts dans le même espace de temps, mérite, à nombre égal de rechutes, plus de compassion, parce qu'il montre plus de faiblesse et moins de malice que celui qui s'est trouvé dans des circontances différentes et plus favorables au bien. Ainsi lorsqu'il s'agit d'actes qui se font très-facilement et très-promptement, comme les rechutes dans le consentement intérieur à des pensées de haine ou d'impureté, il y a pour l'or-
dinaire moins de malice que dans les actes extérieurs, qui exigent de la part de la volonté une élection et une détermination plus sensible, plus expresse et plus forte que pour les actes internes. De plus, parmi les actes extérieurs il y a moins de malice dans les actes qui sont vite faits, tels que les rechutes dans les péchés de la langue, les blasphèmes, les parjures, les injures, que dans ceux qui exigent plus de temps et donnent plus lieu à la réflexion, comme de boire et de s'enivrer, ou d'employer les mains à de mauvais usages ; moins de mal à pécher seul qu'avec un autre, moins à être séduit qu'à séduire. Toutes ces circonstances font connaître si le pénitent a ou non la volonté efficace ot agissante de se corriger, par conséquent la disposition suffisante pour être absous. Dans le doute s'il possède ou non celte ferme volonté, examinez *^'autre espèce de circonstances qui doivent vous régler pour accorder ou pour différer l'absolution, puis considérez ce qui sera plus utile ou plus nuisible à celte ûme, de la rigueur ou de la condescendance; parce que, même à égalité de malice, si iino âme est pusillanime, déjà tentée de défiance et de désespoir, ou affligée de quelque tribulation temporelle de fortune, de maladie, ou si elle a un grand respect humain à vaincre pour omctlre la communion, vous devez user d'une plus grande indulgence. Pour assurer la validité du sacrement, vous pourrez employer en peii: les précautions
que nous avons indiquées pour les pécheurs pressés, et qui ont besoin d'une prompte absolution. Ainsi vous pourrez leur donner une demiheure ou un quart d'heure pour mieux s'exciter à la contrition, ou la leur faire renouveler avec vous, afin de les absoudre avec l'assurance qu'ils ont les dispositions suffisantes. Us sont comme des malades auxquels il ne faut pas continuer plus longtemps la diète, mais donner promptement une nourriture et des fortifiants plus abondants et plus solides, tels que l'absolution et la communion. Le délai, au contraire, est tout au plus une secousse au cœur du pénitent, mais ne le fortifie pas comme l'absolution. Avec les âmes plus éloignées de la défiance ou d'une vertu plus solide ou présomptueuses, il est bon, avant de leur donner fa nourriture solide, de continuer encore un peu l'abstinence.
Comment 341. — Il résultc dc là que vous pourrez ab- '* ^f "' soudre un pénitent qui, habitué à dire de mau-
apprecier *■ * '
leur vaises paroles six fois ou même plus de six fois
amende- • » /»'»»/••' ^
ment. P^^" jo^^, u CH a profcrc qu une rois a peu près chaque jour pendant huit jours; et qu'il sera mieux de différer l'absolution à celui qui, habitué à pécher par action presque tous les jours, n'est retombé que trois fois dans huit jours ; car le premier montre, relativement à sa mauvaise habitude, plus d'efforts et plus d'efficacité dans son amendement que le second. Cependant si celui qui est retombé trois fois se trouve dans
des circonstances où le délai l'exposerait à un plus grand dommage spirituel, par exemple, s'il est tout accablé par quelque malheur temporel, en sorte qu'il n'a pas besoin qu'on ajoute à son affliction en le renvoyant, ou s'il doit partir pour un autre lieu où vous prévoyez qu'il n'osera pas répéter les confessions qu'il vous a faites, alors, supposé que de six ou sept péchés par semaine il s'est réduit à trois, et qu'il a besoin d'absolution, songez non à la lui refuser, mais à l'assurer en l'aidant à s'exciter à une nouvelle contrition plus efficace, et, par une pénitence et des remèdes convenables, à prévenir de nouvelles rechutes. 342. — Sur ce point ayez surtout égard aux Method«
T > • • ■ à suivre
jeunes gens. L expérience prouve que si un con- ^^.^^ i^s fesseur, les absolvant avec un peu plus de cette Je""" prudente libéralité, les porte h fréquenter les sacrements, il n'empêche pas, il est vrai, tout péché, mais il est certain qu'il en diminue beaucoup plus le nombre que le confesseur qui les traite comme on ferait un homme plus solide et plus mûr. En les renvoyant, ils s'approchent rarement des sacrements. Ici la raison s'unit à l'expérience. Dans un jeune homme à la fleur de l'Age les passions ont toute leur force comme dans un homme fait, mais il n'a ni la même maturité ni la même réflexion dans la conduite. Les jeunes gens sont physiquement plus inconstants pour passer du bien au mal 1 1 du mal au bien. A cela se joignent bien souvent des
gens
empêchements extérieurs de soumission, de dépendance de leurs parents, de leurs maîtres, de leurs compagnons, qui n'imposent pas, il est vrai, 3a nécessité, mais du moins la convenance de communier le jour où ils se confessent, afin de n'être pas en butte aux railleries, aux recherches et aux soupçons. Ainsi, comme le médecin qui sait proportionner les remèdes aux maladies et aux tempéraments, changez aussi de méthode avec discrétion; et quand, pour de semblables rechutes, vous différeriez prudemment l'absolution à un homme soHde et réfléchi, il sera plus prudent de la donner à un jeune homme, avec quelqu'une des précautions indiquées plus haut, du moins un certain nombre de fois, tant que vous verrez que cette libéralité, destinée à empêcher le désespoir, ne dégénère point en abus et ne favorise point la présomption. Si vous la lui différez, que ce soit pour un temps plus court qu'à un homme solide et judicieux.
Avii 313. — Bans tout ce qui précède vous trouro'ntel- verez une règle discrète et sûre pour les confessa';" sions générales des récidi^s. Là-dessus, observez "" ,ies " ce qui suit : le relâché ne les oblige jamais à rcddifs. j-^jj-g ^Q confession générale, car avec ses fausses idées sur la disposition suffisante, il regarde aussitôt comme disposé celui qui ne l'est pas, et comme valides les confessions même qui n'ont été suivies d'aucun amendement, pas même pendant un court espace de temps. Le rigoriste, se
trompant sur les dispositions nécessaires à ses yeux, oblige à chaque instant à la confession générale ; car les rechutes sont pour lui le signe d'une confession invalide, ne fût-on retombé qu'après un temps notable. Le premier, s'il fait faire une confession générale, a trop peu d'égard au nombre et aux circonstances; il mesure tout en gros et pour ainsi dire au sac: le second, au contraire, comme un agent du fisc ou comme un rabbin, veut compter grain à grain et faire le total. Pour vous, en confesseur discret, suivez cette conduite : n'obligez jamais à une confession générale, surtout ceux qui viennent à vous pour la première fois, qui, par conséquent, n'ont pas encore en vous une grande confiance; ne les y obligez pas, je vous le répète, si ce n'est pour une. raison certaine et évidente, comme s'ils avaient toujours, de propos délibéré, caché un péché grave, ou du moins s'il y avait là-dessus un doute très -fondé. En voici la raison : d'une part, pour assurer le pardon des péchés et le recouvrement de la grâce, lorsqu'un pénitent juge de bonne foi qu'il les a bien confessés, et qu'ainsi il ne se croit pas tenu à une confession générale, il suffit de la confession ordinaire faite avec un.' contrition universelle, je veux dire qui s'étenù.' à tous les péchés commis que l'absolution présente remet indirectement, comme il arrive poiir les fautes oubliées après un examen diligent. Par ce moyen, loul est mis en sûreté. D'auiro
part, une confession générale est un poids pénible et quelquefois dangereux. Je dis un poids pénible à cause de la multitude et de l'embrouillement des choses à examiner et de la honte pour découvrir bien souvent de grandes souillures, déjà anciennes et oubliées. Je dis quelquefois dangereux, soit en réveillant les passions et les tentations par des retours sur certaines matières, soit en faisant naître des scrupules, des tristesses et des dégoûts qui exposent le pénitent à laisser les confessions particulières dont il a peutêtre un besoin plus pressant et plus réel, par la seule crainte de faire la confession générale. N'y obligez donc que dans Je cas d'une évidente nécessité ou d'un doute Irès-fort.
Pour les 344. — Mais pour peser ce doute, n'emj°"j["' ployez la balance ni du relâché ni du rigoriste. donteu- Coutre Ics principcs du premier, tenez pour suspectes de nullité les confessions qui n'ont été suivies d'aucun changement, même pendant un court espace de temps. Car il y a lieu de douter très-fortement, lorsqu'un récidif se confesse depuis longtemps sans aucune ou presque aucune diminution de fautes graves et fréquentes, surtout si elles étaient commises avec une grande malice, comme s'il en recherchait lui-même l'occasion. Dans ce cas, obligez-le à la confession générale. Dites-lui de la faire pour l'amour qu'il doit avoir de la tranquillité de son âme. Mais, contrairement au rigoriste, ne dites
ses.
pas qu'il y a un doute très-fort lorsqu'il y a quelque ou même un notable amendement, bien qu'il ne soit ni continuel ni parfait. Regardez avec confiance comme valides les confessions après lesquelles le pénitent a notablement diminué le nombre de ses fautes, encore qu'il soit retombé. Autrement, ce serait confondre le fruit d'une seule confession avec le fruit d'un grand nombre, semblable à celui qui ne voudrait pas distinguer l'avantage d'un bon remède pris une seule fois, de l'avantage du même remède pris pendant longtemps. Or, comme on appelle efficace le remède qui, pris aujourd'hui, coupe réellement et enlève la fièvre, bien qu'elle revienne quelques jours après, et que sa disparition constante soit réservée à la continualiou du remède dont l'effet n'est pas seulement de guérir la fièvre, mais encore d'ùter les mauvaises humeurs qui pourraient la reproduire; de même. Dieu n'a pas attaché à chaque confession la puissance illimitée de produire toutes sortes d'effets. Toute confession bien faite efface tous les péchés accusés avec une sincère douleur, mais elle n'en ôie pas toutes les suites, la faiblesse, et le penchant à la rechute. Elle diminue, mais elle ne dompte pas entièrement la force de la mauvaise habitude. Cet f ffet ultérieur est réservé, dans le cours ordinaire de la Providence, à la continuation des confessions qui purifient peu à peu des suites mêmes du péché et fortifient de telle sorte, que la
santé de l'âme demeure forte et constante. C'est pour cela que le Rituel romain indique comme remède spécifique pour les récidifs la fréquentation des sacrements, et que tous les saints, tous les maîtres de la vie spirituelle, sont unanimes pour la recommander.
Poi;, les 345. — Ainsi, tenez pour bonne et valide la Tions" confession qui a été suivie d'un amendement nopresu- table, suivant ce que nous avons dit au n° 339,
races '
bonnsseï et n'obligez pas à la confession générale. Vous pouvez bien la conseiller; mais si !e pénitent témoigne de la répugnance, engagez-le, au lieu de cela, à mettre du moins tout en sûreté indirectement par la douleur universelle même du passé, et donnez-lui le temps de croître en forces spirituelles. Autrement, si vous l'obligez, vous ruinerez cette âme à cause de son peu de vertus et do votre grande indiscrétion ; indiscrétion que vous trouveriez peut-être déplacée à votre égard si le confesseur auquel vous vous adressez pour la première fois vous obligeait à faire une confession générale. Si vous entendez une confession générale d'obligation ou de conseil, contentez-vous, pour le nombre, de l'estimer en moraliste et non point en agent fiscal. Souvenez-vous alors des règles de discrétion que je vous ai indiquées pour les actes intérieurs au n" 124, et que je vous indiquerai, pour les confessions des ignorants, au n" 416, Ayez pour principe que lorsqu'il est moralement impossible de con-
DLS CONFESSEURS. 205
naître le nombre précis ou probable des péchés mortels, il suffit que le pénitent vous dise trois choses : le temps depuis lequel il tombe dans celte faute, la fréquence des chutes pendant la durée de la mauvaise habitude, afin d'avoir un terme moyen entre le plus et le moins, moralement y)ar!ant; enfin, les circonstances, s'il en est qu'il soit nécessaire d'expliquer. Par cela seul vous arrivez à connaître trois choses : l'état et la malice de cette âme, la pénitence, et les remèdes qu'il convient de lui donner, s'il convient ou non de lui donner l'absolution. Vous savez tout cela sans avoir !)esoin, ni vous ni votre pénitent, de compter ariihmctiquomcnt le nombre de tant de péchés multipliés pendant des années entières. Dieu ne vous y oblige pas. Vous obtenez moralement la fin principale pour laquelle l'accusation du nombre est prescrite.
3't-6. — 1" Un excellent moyen de convertir et iiemède de corriger les récidifs, suriout les sensuels, c'est [.^cidif/ de les engager à faire les exercices spirituels, et, si cola se peut, de leur conseiller une confession générale s'ils ne l'ont jamai» faite ou s'ils ne l'ont pas faite depuis longtemps, ayant soin de s'y préparer quelques jours d'avance par des prières, de fréquents actes de contrition, quelque mortification et un bon examen. La vue de toutes ses fautes confond saintement le coupable, l'humilie, l'excite à un repentir plus vif, et le dispose à recevoir dans le sacrement des grAces extraordi-
naires pour ne pas retomber. 2° Comme il n'y a pas de remède plus puissant pour préserver du péché que de se confesser au même confesseur, recommandez à celui qui tombe très-fréquemment de se confesser trois fois la semaine, comme le disent des docteurs graves et expérimentés, ou le plus souvent qu'il pourra; de plus, que le soir et le matin, après avoir invoqué la sainte Vierge, il dise à Notre-Seigneur : Mon sauveur et mon juge, qui avez préparé des peines éternelles aux pécheurs, ici ^prosterné en votre présence , je prends la résolution, à l'honneur de votre Passion et de Marie, ma protectrice, de m'ahstenir, au moins jusqu'à ce soir ou jusqu'à demain, de fe/j9éc/ie. Plusieurs auteurs attestent que ce moyen a été très-utile à un grand nombre. 3° Exhortez le récidif à se recommander souvent à Dieu pendant le jour, et de ne donner aucun accès à la tentation ; et s'il en est assailli, qu'il y résiste surle-champ, sans lui donner le temps de s'accroître, en pensant que Dieu le voit, et qu'il peut le punir dans l'instant même de son péché, comme il est arrivé à beaucoup d'autres. 4° S'il retombe, prescrivez-lui de venir tout de suite ce jour-là même se confesser, ou du moins se présenter à vous sans attendre une seconde rechute. Afin qu'il ne diffère ni par honte ni par négligence, prévenezle, et rappelez-lui souvent que son retour, loin de vous causer de l'ennui, vous donnera, au contraire, la plus grande consolation, non pas à cause
du mal qui lui sera arrivé, mais à cause de sa bonne volonté à y remédier sur-le-champ, et qu'au lieu de perdre votre estime, son humilité à se présenter ne fera que la lui assurer davantage. Dites-lui et r^ppeloz-lui de temps en temps de ne pas se liasarder à différer de venir: le retard déshonore Dieu et l'irrite, encourage le démon, fortifie la passion, lui ôte à lui-même la honte de ses fautes et le courage de se corriger, et peut ainsi le conduire peu à peu en enfer au moment où il s'y attend le moins. Au contraire, la promptitude honore Dieu, rebute et déconcerte le démon, brise la force de la passion, le fortifie luimême, le purifie du passé et le soutient pour l'avenir. Dites-lui que, malgré ses rechutes, tant qu'il aura l'humilité de venir promptement, vous espérez bien de son amendement et de son salut, mais que s'il diffère, hélas ! vous craignez beaucoup pour lui. Dieu dit à une sainte qu'il ne laissait pas d'aimer certaines âmes qui retombaient de temps en temps en des fautes graves, mais qui étaient promptes à s'en repentir. 5" Afin qu'au milieu des peines qu'il éprouve à se délivrer tout à fait de sa mauvaise habitude, il ne se décourage pas, et ne regarde pas comme inutiles les efforts qu'il fait, ranimez-le souvent en lui disant qu'il est de foi que celui qui prie comme il doit, avec confiance, humilité et persévérance, et qui en même temps correspond aux inspiraiions de Dieu, obtiendra certainement plus tôt ou plus
tard les choses nécessaires au salut. Qu'il espère donc, et il se corrigera, comme il est arrivé à d'autres pécheurs plus grands que lui; qu'en attendant il reconnaisse déjà le fruit de ses prières et de ses efforts, puisque sans cela il aurait péché davantage, et peut-être n'aurait eu ni le temps ni la grâce de se confesser. Or, avoir commis moins de péchés, et avoir eu le temps d'y remédier, est certainement un avantage d'un prix infini. 6' Inspirez-lui une dévotion constante à la sainte Vierge, la mère des pécheurs, qui veulent se convertir. Dans tout ce qui précède je vous ai indiqué d'autres moyens; Dieu lui-même vous en suggérera de nouveaux pour votre avantage et celui du pénitent.
Conduite 347. — A l'occasion des récidifs il reste encore
à (enir < i i > « >. .
lorsque !e ^ paHcr dcs cas ou, même sans aucune dimmupéniient fjon préalable de fautes, vous pouvez sans relâ-
donne ,
dessignes chcmcnt absoudrc le pécheur. C'est lorsque vous dfn'a^res ^^ovLvez CH lui uuo marquc extraordinaire de de con- contrition. Vous le savez, la miséricorde de Dieu n'a pas de bornes. Dieu entre quelquefois dans le cœur des pécheurs lorsqu'ils le méritent le moins, et y produit, non pas peu à peu, suivant le cours ordinaire de sa providence, mais tout d'un coup un sincère changement. Lors donc que vous aurez des marques solides et prudentes de cette opération de la grâce dans le pécheur qui vous autoriseront à dire avec fondement : Ceile âme est vraiment et sincèrement repentante; la
présomption que forme contre lui la mauvaise vie qu'il a menée jusqu'alors estannuléc et effacée par sa conversion présente, manifestée par des preuves non équivoques ni légères, mais solides et prudenles. Si donc il vous vient un pénitent qui vous dit: Mon Père, je suis un grand pécheur , et encore ce matin j'ai péché; mais, ayant entendu l'instruction d'un saint homme, je me suis senti pénétré de terreur et de componction, et j'ai résolu de changer de vie à quelque prix que ce soit, et si vous le voyez, comme un autre David aux paroles de Nathan, témoigner par des larmes amères et de profonds soupirs la sincérité avec laquelle il dit : Peccavi; ou bien c'en est un autre qui vous dit : Je viens d'un pays éloigné de tant de lieues, non par aucun motif d'intérêt, mais parce que je ne puis plus supporter le fardeau de mes péchés. Cette nuit je n'ai fait que pleurer, et à peine le jour a-t'il paru que je suis parti ; enfin c'est un troisième qui vous dit : Aujourd'hui, fête de la très-sainte Vierge, en récitant comme de coutume le saint roaire, qui est la seule pratique de religion que j'aie retenue au milieu d'une vie de désordres, jeme suis trouvé, et je reconnais que j'en suis redevable à cette mère des pécheurs, je me suis trouvé tout attendri et inspiré de venir me €07} fesser, et je commence par vous dire qu'il y a bien des années que je n'ai pas même fait mes Pâques, ou bien que j'ai toujours caché tel péché : dans ce cas et autres semblables, ne voyez-vous
pas un grand changement et une grande différence entre l'état passé et présent de cette personne? Or, ce changement n'est-il pas efficace et sincère, qui a produit des résultats bien difficiles et bien notables dans ce pénitent ? N'est -il pas évident que c'est la main de Dieu qui a opéré un changement véritable et bien suffisant pour mériter l'absolution? ministre fidèle, imitez votre maître; il s'est montré libéral dispensateur de la grâce pour convertir cette âme, montrez-vous libéral en ne la privant pas plus longtemps des effets de la justification et de la paix réservée aux pécheurs repentants ; c'est ce que vous dit le canon altigant 26 : Si Deus benignus est, ut qtiid sacerdos erit austenis ? Tout au plus vous pourrez pour plus grande sûreté les exciter de nouveau à la contrition, affermir leur bonne volonté en chargeant un peu la pénitence seulement pour les éprouver, et ensuite la diminuer, ou bien leur donner un quart d'heure pour s'exciter à la contrition, et revenir pour être absous tout de suite. Combien de fois n'est-il pas arrivé en pareil cas de vofr, quelques heures après l'absolution, ces pécheurs mourir par un accident imprévu avec toutes les marques de la prédestination, comme si Dieu avait voulu justifier d'une manière visible et approuver la conduite des confesseurs discrets qui, foulant aux pieds les scrupules d'une rigueur excessive, les avaient absous sans délai? Aussi les évêques de Flandre réunis
en 1697 déclarèrent : Deum in conversione peccatoris non tam considerare mensuram temparis, qiiam doloris; et bien lonf^lemps avant eux saint Léon le Grand avait dit' : NuUa!< patitur veniœ moras vera conversio, et in dispensandis Dei donis non debemus esse difficiles, nec accusantium se lacrymas geniitusque negîigere, cum ipsam pœnitendi affectionemex Dei credamus inspiratione conceptam.
3i8. — Un des moyens les plus puissants dont Un moi Dieu se sert pour opérer ces coups extraordi- exercices naires de sa grâce, ce sont les exercices spiri- spirituels tuels etles missions. Tirez de là deux instructions missions . précieuses, l" Lorsque tous vos soins sont inutiles pour l'amendement d'un pécheur, engagezle à faire des exercices spirituels ou à suivre une mission, non pas en passant, mais constamment, du moins pendant la plus grande partie, et vous verrez enfin le merveilleux changement après lequel vous soupirez. 2" Si vous êtes curé, outre le bien que vous pouvez faire à votre peuple par vos discours, ne manquez pas de lui procurer, de temps en temps, le secours extraordinaire des exercices publics ou missions. Pour vous donner une idée de leur extrême importance, je vous prie de remarquer ce que je vais dire. Grand nombre de pécheurs n'ont qu'un ou deux pas principaux à faire pour rentrer dans le bon chemin, après quoi le reste ne leur
' Epist. 83, ci.
coûte pas grande peine. C'est, par exemple, de confesser un péché, caché depuis longtemps, faire une restitution, se réconcilier avec un ennemi, éloigner une occasion, vaincre un respect humain qui empêche de se déclarer pour la piété, remplacer par la ferveur une tiédeur continuelle au service de Dieu. Mais ils éprouvent à cela une répugnance indicible, et les moyens ordinaires ne suffisent pas pour la surmonter. 11 faut une grâce singulière et quelque secousse plus forte, autrement ils diffèrent jusqu'à la mort de faire ce qu'ils avaient l'idée d'accomplir. Or, les retraites et les missions, lorsqu'elles sont confiées à des ouvriers, tels que nous avons dit au n" 72, pleins de charité, d'habileté et de discrétion, sont les moyens les plus propres à faire réussir une pareille entreprise. Outre la nouveauté, et la haute opinion des missionnaires qui leur donnent l'avantage sur les prédicateurs ordinaires qu'on a entendus cent fois, la multitude des exercices, leur rapprochement ne donnent pas le temps de se refroidir ni de se dissiper. Au contraire, l'un dispose à l'autre, et celui-ci conserve et perfectionne l'ouvrage du premier. La vérité, la force des maximes éternelles continuellement prêchées pendant plusieurs jours, sont comme un assaut général donné de toutes parts au cœur humain avec toutes sortes d'armes qui finissent par en triompher. Ce n'est pas un remède passager, mais un traitement méthodique
DES CONFESSELRS. 213
et complet composé de différents remèdes administrés à plusieurs reprises, et qui opèrent la guérison spirituelle.
349. — L'expérience apprend que lorsque les ouvriers sont doués des qualités indiquées plus haut, les conversions sont très-nombreuses. S'il en est qui restent dans leurs vices, ordinairement ce sont ceux qui n'ont pas mémo assisté aux exercices ou seulement à quelquesuns. Mais ceux qui les suivent tous ou du moins la plus grande partie triomphent et franchissent les pas difficiles qui les retenaient dans l'esclavage du péché. Tels sont donc les avantages qui résultent de ces prédications : 1° la conversion efficace et sincère d'un grand nombre de personnes ; 2° la persévérance constante de plusieurs; 3° pour ceux même qui ont le malheur de retomber, il résulte encore un grand bien, c'est de faire au moins une trêve notable de plusieurs semaines ou de plusieurs mois avec Dieu, pendant laquelle ils l'honorent par des actes de dévotion et s'abstiennent de leurs péchés ordinaires. Ensuite, il ne leur est pas aussi difficile de revenir et de se relever qu'il ne leur fut d'abord de se convertir, car ils ont déjà brisé leurs plus fortes chaînes. Pour se réconcilier avec Dieu, ils n'ont plus à faire, par exemple, un examen aussi laborieux ni une confession aussi humiliante que la confession générale pour se convertir; ils se souviennent encore des grandes vérités qu'ils ont
entendues, ils sont encore témoins des bons exemples d'un grand nombre demeurés constants; 4° si dans une paroisse il y a plusieurs bons confesseurs, qui, semblables à des nourrices prévoyantes, conservent et augmentent les forces de ces nouveaux convertis qui sont dans la vertu comme des enfants nouvellement nés à la vie spirituelle, les fruits de la mission se perpétuent visiblement pendant plusieurs années. Autant que vous pourrez, ne privez donc pas votre troupeau de ce moyen extraordinaire de salut. Si vous rencontrez un scandaleux au tribunal de la pénitence, vous ne sauriez lui suggérer un meilleur moyen de rendre à Dieu âmes pour âmes que de procurer à ses dépens les exercices publics d'une mission. Exemple 350. — Le famcux Arnaud éprouva les effets naud ^^ l'efficacité dos missions pour toucher les pécheurs de componction. Pressé par les instances de son frère, qui était évêque, de venir confesser dans sa ville pendant une mission, il s'y rendit. Le premier jour, il ne donna l'absolution à personne; le second jour, il fit de même; le troisième, il commença à la donner à deux ou trois ; le quatrième, il arriva jusqu'à cinq ou six ; le cinquième, il la donna à tout le monde. Mais le soir étant venu : Hélas ! dit-il comme un homme qui rentre en lui-même, je suis devenu relâché, et il ne voulut absolument plus confesser. Combien plus sage n'eût pas été la résolution contraire, s'il avait changé et radouci sa théorie.
afin de continuer à son grand avantage et à celui du prochain, le ministère qu'il avait commencé ! En effet, qui pourra jamais croire utile, saine et conforme à l'esprit de Notre- Seigneur et de l'Eglise, une doctrine qui épouvante en môme temps le confesseur et le pénitent et les empêche de s'approcher de ce sacrement, le plus nécessaire au salut après le baptême ? Il eût bien mieux fait d'entrer dans les sentiments que Dieu avait commencé de lui donner et de les fortifier de jour en jour par la participation que Dieu lui communiquait de son infinie charité pour les pécheurs- Grâce à elle, il commençait à leur compatir avec un cœur de père et à travailler à leur bien. L'esprit moins préoccupé de son rigorisme, il commençait à voir que Dieu opère très-bien dans le cœur des pécheurs, et y produit un changement dont un juge discret se contente prudemment pour absoudre avec discrétion, sans relâchement ni rigorisme. Pour vous, soyez plus sage. Si vous êtes curé, et que vous appeliez votre peuple à la pénitence, persuadez- vous bien que le meilleur moyen de recueillir et de conserver les fruits de ces prédications extraordinaires, c'est d'avoir des confesseurs doués des qualités dont je vous ai parlé tant de fois, la charité, l'habileté et l'exactitude discrète.
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