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inijices 363. — Si ce pécheur n'a jamais été repris iavora- jjj avcrli dc son mauvais état par aucun confes-
bles aux '^
récidifs seur, et si, aciuellemcnt éclairé par des avis effihabuT- caces, il promet ex corde de se corriger etaccopie dinaires. très-volontiers toute espèce de pénitence préservative et saiisfactoire, témoignant une ferme résolution de se corriger; 2"^ s'il manifeste une douleur spéciale; s'il se confesse avec larmes, pourvu que ces larmes soient excitées par quelque motif surnaturel et ne soient ni l'effet d'un cœur efféminé, ni d'affliction, ni d'autres motifs temporels; mais qu'on voie que c'est vraiment Dieu qui le touche et lui fait détester ses péchés; 3° s'il se confesse dans un temps de mission ou de retraite pour avoir entendu un sermon ou une méditation qui l'a touché, rempli de crainte des jugements de Dieu et déterminé sérieusement à changer de vie. 11 faudrait porter un jugement, différent si, malgré tous les sermons et toutes les méditations, il ne donnait aucun signe de componction, à plus forte raison si, durant ces saints^ jours, il continuait de pécher sans s'être corrigé de rien; 4» si, averti précédemment par d'autres confesseurs, il aTait usage de remèdes prescrits, et s'il s'est corrigé, je ne dis pas absolument, mais en partie, en diminuant le nombre de ses chutes; 5° s'il vient se confesser à la suite de quelque événement fâcheux, ou parce qu'il a appris la mort subite de quelque pécheur ob- | stiné, surtout s'il était son complice ; ou parce |
qu'il arrive à lui-même ou à d'autres quelque grand malheur qu'il regarde comme un véritable châtiment de Dieu à cause de ses péchés, et autres motifs semblables; si, étant inspiré intérieurement d'aller trouver un bon confesseur, il vioni volontairement se jeter à ses pieds, non parce que c'est le temps pascal, ou que son père, sa mère, ses maîtres ou d'autres personnes le lui commandent, ou parce qu'il est dans l'usage de se confesser aux veilles des fêtes de la saint.' Vierge, ou tous les huit jours, etc.; mais uniquement parce qu'il se sent animé d'un ^ if désir de changer de vie et de se mettre en grâce avec Dieu ; 6° à l'article de la mort ou dans un danger probable do mort, parce qu'alors on présume que chacun a soin de son salut et se propose sirîcèrement de se corriger. Il n'est pas douteux que dans les cas précédents le confesseur n'ait uv. motif suffisant pour juger prudemment de !;. bonne disposition intérieure du pénitent et ne puisse l'absoudre, parce que ade t spcs cmendationis. Ainsi, nous n'adhérons pas à la mauvaise doctrine de la proposition condamnée, qui veut qu'on donne l'absolution, etiamsi non adsit spes emendationis. Néanmoins il y a des docteurs en réputation qui soutiennent avec raison que, mêm( dans les cas précités, on peut licitement différa l'absolution en vue du plus grand bien du pénitent; mais d'ordinaire cela ne convient pas dans la pratique, surtout si l'on craint que le pauvre II. tl
péniienl irrité et effrayé ne tombe dans le désespoir ou ne s'éloigne des sacrements.Voyez ce que nous avons dit au n° 357.
Indices 364. — Tels sont les indices d'un cœur- vrai-
défavo- 1 f 1 • Ti 1
rabies. uicnt touche de componction. Il reste a examiner ceux qui dénotent le faux pénitent, que nul ne peut absoudre sans désobéir à l'Eglise, qui défend de mettre en pratique la proposition citée : 1" si, après avoir été repris deux ou trois fois par un zélé confesseur et averti de son mauvais état, le pénitent .evient toujours avec le même nombre, peut-être avec un nombre plus grand de rechutes dans le même péché, et si on ne voit, si on n'espère aucun amendement; 2° s'il ne témoigne pas plus d'horreur pour le péché que par le passé, et qu'on connaisse clairement que c'est sa bouche et non pas son cœur qui déteste le mal ; 3» s'il a tenu peu de compte des remèdes que le même confesseur ou plusieurs lui ont donnés, sans se mettre en peine de les avoir négligés ; 4° si par le passé il a toujours vécu avec la même négligence, et si, tout occupé à satisfaire ses passions, il n'a jamais rien fait pour se corriger ; si même, fortifiant toujours de plus en plus ses mauvaises habitudes, il a fait voir qu'il se met peu en peine de son salut éternel; 5» s'il vient se confesser par ^nécessité, ou parce que c'est le temps pascal, ou qu'il est envoyé par son maître, son père, sa mère, ou d'autres personnes ; ou bien encore parce qu'il est dans l'usage de fréquenter les sacre-
ments tous les huit jours, ou par d'autres motifs semblables, fondés sur le respect humain, avec peu ou point d'intention de changer de vie et de remplir ses devoirs comme un bon chrétien ; 6° s'il excuse ses fautes, dispute avec le confesseur, ne veut point accepter la pénitence prcservative ou satisfacloire , ne témoigne aucune docilité , ou même se montre incorrigible et obstiné dans ses habitudes criminelles ; 7^ enfin si l'on remarque en lui une grande propension au péché, et une mauvaise inclination si violente qu'on voit bien qu'il y est fortement attaché, en sorte qu'on ne peut prudemment ajouter foi à ses protestations de repentir, mais plutôt qu'un attachement aussi marqué fait juger qu'il n'est pas réellemoni contrit. Or, vous conviendrez que ces indices clairement exposés me donnent une libre carrière pour décider hardiment que si le confesseur, dans les cas cités plus haut, pesez bien toutes ces circonstances, ne peut former ce jugement probable de la disposition do son pénitent, à plus forte raison s'il le juge vraiment indisposé, il doit lui refuser l'absolution. S'il doute, il doit recourir aux charitables avertissements, aux ferventes exhortations pour le disposer. Si malgré cela le doute subsiste, il doit différer de l'absoudre jusqu'à ce que le iM'nitent donne des signes plus certains de sa disposition.
36.'). — Voilà donc toute difficulté levée ; voilà Erreur donc mise au jour l'erreur de tant de confesseurs ^^^^]„^
seurs.
coi.fes- qui veulent établir une règle générale sur un point qui n'en est pas susceptible. Dire qu'on doit toujours donner l'absolution aux récidifs, ou dire qu'on doit toujours la leur différer, deux propositions également fausses, mal sonnantes et scandaleuses ; la première surtout, déjà foudroyée par les censures de l'Eglise, doit être absolument rejetée. Tout doit être remis à la prudence du confesseur, qui, dansles cas particuliers, ne dev ra suivre ni l'inclinalion, ni la nature, ni l'intérêt, ni l'exemple des autres, mais l'inspiration seule; du Saint-Esprit, accompagnée d'une bonne doctrine et d'une fervente prière. Cependant l'expérience de bien des années ne m'a que trop appris qu'une grande partie des confesseurs ont une extrême inclination à donner l'absolution sur-lechamp, sans examiner l'état du pénitent, sans l'avertir, sans l'exciter, sans se mettre pour ainsi dire en peine de son amendement. De là vient la ruine complète d'une foule d'âmes qui, habituées au mal, ne cherchent qu'à recevoir l'absolution d'un prêtre inattentif pour retourner bien vite à leurs premiers désordres. A peine absoutes, elles se jettent de nouveau dans le lit du péché, dormiunt somnum suum^, et enfin in puncto ad inferna descendunt'^. Je trahirais donc ma conscience si je ne vous disais pas mon sentiment, et le voici : ces confesseurs se damnent,
' Ps., LXXV,6.
» Job., XXI, 13.
et sont cause que le monde catholique tombe en ruines. Pardonnez-moi cet élan de zèle. Comment croire qu'il accomplit ses devoirs, le confesseur qui, après avoir entendu la confession de son pénitent, et le voyant enveloppé dans un chaos de désordres et de péchés de toute espèce, ne I interroge pas, ne l'aide pas, ne cherche pas à connaître la cause de ses chutes, ni depuis quel tem[)S il se roule ainsi dans la fange, afin de s'assurer s'il est habitudinaire ou occasionnaire, et de lui donner des remèdes proportionnés à ses maux? Lorsqu'on présenta à Notre-Seigneur ce possédé du démon dont parle saint Marc, H s'empressa de demander au père depuis combien de temps son fils était dans ce misérable état : Quantum temporis est, ex quo ei hoc accidit^l Ahî Seigneur! répondit le père affligé, 06 infantia. Quelle est donc l'erreur d'un grand nombre de confesseurs qui n'interrogent jamais sur l'habitude du péché? Oh! combien de pécheurs qui répondraient : Ah infantia : Depuis mon enfance j'ai commencé à commettre ces iniquités, et j'ai continué jusqu'à maintenant, et malheureusement j'ai toujours porté dans toutes mes confessions le même nombre de péchés. Et on donnera sur-le-champ, et pour ainsi dire au hasard, l'absolution à ces sortes de pécheurs qui ne donnent pas le moindre indice de componction ni d'amendement! Cum confessarius si' judex, et medicus.
' Marc, IX, 20.
débet cognoscere statum pœnitentis in ordine ad consuetudinem prœteritam , ut sciât quœnam medicina sit illi applicanda hic et nunc, et an indigeat dilalione absolutionis, et hoc tandem modo curetur * . Ainsi s'exprime le cardinal de Lugo. D'accord avec Corregia et d'autres docteurs, il veut, suivant la règle établie plus haut, qu'on diffère pendant quelque temps l'absolution au pécheur qui, plusieurs fois averti de son mauvais état, ne donne pas de signes d'amendement, afin qu'il rentre en lui-même, conçoive une plus grande horreur du péché, et prenne la résolution efficace de changer de vie. Qu'ils se souviennent donc de cela, ces confesseurs qui ne voient pas plutôt à leurs pieds un pénitent de ce genre, qu'ils se hâtent de lever la main et de l'absoudre. Comment, à la vue de tant de chutes et de rechutes, peuvent-ils former un jugement prudent sur sa disposition? Comment croire efficace une volonté qui ne met en œuvre aucun moyen d'obtenir la fin? En vérité, ce n'est point là porter à la confession un ferme propos gravé sur le marbre, pas même sur la cire, mais écrit sur de l'eau. Qu'ils sachent bien que c'est là une des plus grandes fautes qui se commettent de nos jours dans l'administration du sacrement de pénitence ; que c'est le chemin par où un nombre infini de chrétiens s'en vont en enfer. Ce sont ces âmes in-
' De Lug., disp. 14, 1. 175.
constantes dont parle le Prince des apôtres *, qui, courant perpétuellement d'un confesseur à l'autre, faute d'en trouver un qui leur convienne, ne s'arrêtent que dans l'enfer. Au dernier jour on redemandera leur sang aux confesseurs négligents, sans zèle, et meurtriers d'eux-mêmes et des autres.
366. — Mais, mon père, me direz-vous, refuser Suîie. l'absolution est un remède extrême ; on ne doit en faire usage qu'après avoir essayé tous les autres. Je réponds que dans le cas cité, où l'on ne voit pas d'indice suffisant d'une vraie componction, et où le confesseur prudent ne peut former un jugement probable d'une véritable disposition, je réponds qu'un pareil remède est le remède unique : ne pas l'employer, c'est manquer au devoir de juge habile et de médecin des âmes dans l'administration de ce divin sacrement. Mais ne pourrait-on pas exciter le pénitent à la contrition par une fervente exhortation? Cela serait à désirer, mais cela n'est pas facile dans la pratique. En effet, ces pécheurs, ensevelis dans la fange du vice, qui sont à peine touchés par toutes les vérités terribles d'une mission, ne seront pas convertis par quelques paroles fugitives. Mais j'entends, oui, j'entends, on fait toutes ces questions, parce qu'on veut expédier, consoler tout le monde, et donner l'absolution sans s'inquiéter si le [sénitent est disposé ou non. Or, n'est-ce pas là combattre à front découvert les décisions de l'iiglise, qui
' II Pctr., II, li.
tJéfend une pratique si scandaleuse? Et vous ne voulez pas que jo gémisse en voyant la ruine d ■ tant d'âmes? Grand Dieu! on déclame avec chaleur, on lance les traits de la plus mordante critique contre le petit nombre de ceux qui différent l'absolution afin d'obéir aux ordres du saint Siège, et pour mettre une digue à ce torrent de dissolution; et il n'y a ni langues ni plumes pour éclairer une multitude de confesseurs négligents, qui ne font autre chose que lever la main et prononcer les paroles de l'absolution! Vous vous étonnez peut-être de m'entendre dire une multitude de confesseurs négligents? Venez avec moi à une mission, placez-vous à un confessionnal pour entendre les confessions ; sur cent pénitents vous en trouverez quelquefois quatre-vingts et plus esclaves de mauvaises habitudes, les uns de blasphèmes, de parjures, les autres d'impureté, de vol, de haine et de pensées mauvaises ; demandez-leur : ■ — Combien y a-t-il de temps, mon enfant, que vous commettez de semblables fautes? —Mon père, il y a huit, dix, vingt an?. — Tombez-vous souvent dans ce péché? — Deux et trois fois la semaine, quelquefois même tous les jours. — Vous en êtes-vous toujours confessé? — Oui, mon père. — Âvez-vous un seul confesseur? — Non, mon père, je m'adresse tantôt à l'un, tantôt à l'autre, suivant que je le trouve plus commode. — Ainsi, depuis tant d'années vous avez tenu tous les confesseurs de cet
endroit et môme ceux des environs? — Oui, mon père. — Or, dites-moi, ces confesseurs vous ont-ils toujours absous? — Oui, mon père. — Mais avant de vous absoudre, que vous ontils dit? — Ils m'ont dit de ne pas retomber. — Mais ne vous ont- ils pas fait connaître votre mauvais clat? ne vous ont- ils pas donné des moyens pour vous corriger? n'ont-ils pas eu soin d'exciter votre cœur à la contrition? — Je vous dirai, mon père, que deux ou trois m'ont fait un peu d'exhortation; mais enfin ils m'ont donné l'absolution. — Et les autres vous ont-ils toujours absous sans rien vous dire? — Toujours, mon père. Pauvres créatures assassinées ! Ce seul pénitent vous révélera la faiblesse de presque tous les confesseurs de cet endroit et des environs. Et quelle indignation, quelle douleur n'éprouverez-vous pas en apprenant que sur quatre-vingts habitudinaircs il en est peut-être plus de soixante-dix qui ont été perdus de la sorte par des confesseurs ignorants et sans zèle ! il vous semble que ce dialogue est une fiction; non, il n'en est pas ainsi. Hélas ! que dites-vous? plût à Dieu qu'il fût moins pratique, et qu'il ne fut pas fondé sur une déplorable et continuelle expérience! Le pieux cardinal Bona déplore avec raison une conduite si préjudiciable au salut des ûmes '. <• Cette fausse charité, dit-il, et cette daninable condescendance, font que la plupart des
• Princip. Vilîc Chdit., c. 13.
chrétiens passent leur vie dans un désordre continuel, et dans une alternative sans fin de sacrements et de péchés, de confessions et de rechutes. » A ces tristes paroles viennent se joindre les gémissements et les larmes d'un autre cardinal, ni moins pieux, ni moins savant. Bellarmio, considérant que la trop grande facilité pour absoudre les pénitents sans faire attention à leur disposition intérieure était la ruine des pauvres âmes, a écrit et proclamé hautement que non esset hodie tanta facilitas peccandi, si non esset etiam tanta facilitas absolvendi.
Conduite 367. — Que faut-il donc faire? Voici le point T"eniViniportant. Il faut faire une sainte ligue afin d'aâTcc les yQjj. ig^^g y^g conduite uniforme dans i'adminis-
habitudi- ^,
naires et trailou d uu SI graud sacrement. C est de là que récldîfs dépend tout le fruit des missions, par conséquent le bien général de tout le peuple. Afin d'en être bien convaincus, écoutez le trait suivant arrivé dans un endroit où le saint nom de Dieu et des plus grands saints était foulé aux pieds comme la boue; car la plupart des habitants étaient habitués à proférer les plus horribles blasphèmes avec une publicité si scandaleuse, qu'elle en faisait horreur. Dieu inspira à quelques religieux pleins de zèle qui se trouvaient en ce lieu, d'inviter tous les confesseurs à former une sainte ligue pour abolir ce criminel désordre qui, gagnant de jour en jour, menaçait d'envahir tout le pays. Ils convinrent que si quelqu'un de ces
DES CONFESSEURS. â&l
blasphémateurs venait se confesser sans donner des signes j)arliculiers de repentir, on lui différerait l'absolution pendant huit jours en lui assignant une pénitence salutaire et préservative^ accompagnée d'une chaleureuse exhortation sur a gravité de son péché. Arrive une fête de la sainte Vierge. Voilà ces blasphémateurs qui viennent accuser leurs blasphèmes et demandent l'absolution. «Eh bien! mon fils, disait le confesseur, pour l'amour de la très-sainte Vierge, abstenezvous <ie blasphémer pendant huit ou dix jours, aites telle pénitence et revenez, je vous donnerai l'absolution; n'en doutez pas, mon fils, je vous consolerai, je ne vous gronderai pas, je vous recevrai avec la plus grande charité, etc. — Comment, mon père, vous ne me donnez pas l'absolution? — Non, mon fils, je ne puis vous l'accortler en ce moment. — Mais, mon père, c'est aujourd'hui une fête de la sainte Vierge, je veux communier. — J'entends, mais prenez patience, dans huit jours je vous donnerai l'absolution, et vous communierez. — Vous m'étonnez, mon père; j'irai à un autre, u II y va, et s'entend porter la même antienne. La même chose arrivant aux autres, on les voyait contrits eUdéconcertés se dire entre eux : << Oh! quel grand péché! personne ne veut nous absoudre ; oh! quel grand péché 1 » Ce peuple conçut tant d'horreur du blasphème, qu'un mois après on ne blasphémait plus dans ce pays-là. Pour un grand nombre de pé-
cheurs le mal est plutôt dans l'entendement que dans îa volonté, car ils ne connaissent pas l'énormité du péché mortel. Or, il n'est rien qui les réveille et les fasse mieux rentrer en eux-mêmes que le délai de l'absolution pendant quelques Jours ; croyez bien que c'est un des moyens les plus efficaces pour remettre dans le bon chemin un pécheur égaré. Bien que de courte durée, ce délai de l'absolution produit d'ordinaire le même effet qu'un bouton de feu qui, appliqué à propos, secoue merveilleusement le malade et dissipe sa léthargie, qui était près de se changer en sommeil de mort. Le pénitent confus apprend par là à connaître son mauvais état, il y pense, il prend ses précautions pour en sortir. Ce délai le touche de componction, et s'il est déjà contrit, il augmente singulièrement la contrition. Ainsi son repentir, qui jusque-là faible et languissant l'aurait facilement laissé succomber aux simples attraits de l'objet présent, se fortifie, et sait résister aux plus redoutables assauts. Enfin, il remporte la victoire, obtient un parfait amendement, et rend le pécheur plus difficile à retomber, car il esi très-vrai que non esset hodie tanta facilitas peccandi, si non esset etiam tanta facilitas absolvendi.
s,jiie, 368. — Toutefois il ne faudrait pas établir en règle générale qu'on doit refuser l'absolution à tous les habitudinaires. Dans tous les cas, la prudence du confesseur doit exercer son action,
et voir si le pénitent offre quelque signe de disposition intérieure suffisant pour lui donner l'absolution, conformément à ce que nous avons dit plus haut; mais si on n'aper{;oil pas ces indices, la prudence fait une règle de différer. Cette pratique ne transforme point nos confessionnaux en lieux de torture, mais bien en tribunaux de miséricorde; car peut-on exercer une plus grande miséricorde à l'égard du pénitent, que de prendre le moyen le plus propre à introduire la grâce dans son cœur? Telle a été la conduite constante des confesseurs les plus zélés et les plus vertueux, et même des plus grands saints. Saint iiernard refusa l'absolution à un personnage livré à l'habitude du vice impur ; il ne voulut l'absoudre qu'après l'épicuvc de quelque semaine, et lorsqu'il vit en lui des s'gncs d'un véritable amendement'. Saint François-Xavier n'absolvait ordinairement ces sortes d'habitudinaircs qu'après quelques jours, afin qu'ils rentrassent en eux-mêmes, et conçussent une forte horreur de leurs fautes. Saint François de Sales, dont le cœur était si rempli de douceur, dit en soupirant à un pécheur obstiné qui ne donnait pas désignes de componction : Mon fils, jo pleure parce que vous ne pleurez pas, et je juge à propos que vous preniez un peu de temps pour mieux vous préparer. La même méthode fut constamment suivie par différents autres serviteurs de
' In Vita, lil). C, c. 17.
Dieu. Elle «st de plus conforme à l'esprit de l'Eglise. En fulminant des censures contre celui qui ose enseigner qu'on ne doit jamais différer l'absolution à de semblables habitudinaires, c'est un signe évident que dans certains cas elle veut qu'on la diffère. D'ailleurs, faites attention que paria le confesseur se sauve lui-même et se rend utile au pénitent, il se sauve lui-même, car s'il peut, pour le plus grand bien du pénitent, lui différer l'absolution dans le cas même où il donne des indices d'une véritable disposition, suivant l'opinion de divers auteurs^ à plus forte raison lorsqu'ils manquent. D'un autre côté, que cette pratique soit avantageuse aux malheureux habitudinaires, j'en appcl'e au témoignage de tous ceux qui, par charité et pour accomplir leurs devoirs, différent l'absolution dans les cas précités. Tous vous diront qu'en engageant avec la douceur et la charité convenables les pénitents à recevoir pour quelque temps une pénitence salutaire et préservalive, ils reviennent presque toujours avec un amendement spécial. Mais il en est qui ne reviennent pas. S'ils ne reviennent pas à vous, ils vont à d'autres, et y vont beaucoup mieux disposés par la pénitence préservalive, et reçoivent ainsi l'absolution avec plus de fruit. Que s'ils ne retournent ni à vous ni à d'autres, il ne faut pas vous en tourmenter, car c'est
' Card. d'Aguirre, t. 2 ; Concil. Hisp., dîssert. 8; Concil. Tolet., n. 161 ad 167.
un signe évident que ces pénitents obstinés dans le mal n'avaient ni la bonne disposition ni la volonté de l'acquérir. Votre conduite ne laisse pas néanmoins que de leur être utile. Vous avez déposé dans leur cœur le germe d'une sainte frayeur qui, dans son temps, produira des fruits de pénitence. Le savant Aversa nous assure qu'un délai prudent est de la plus grande utilité pour le pénitent : Ipsa enim praxi constat, hanc dilationem sœpejuvare '.