II
avec fruil.
vées, il faut imposer au malade l'obligation de se présenter au supérieur, s'il guérit, sans quoi il retomberait dans les mêmes censures '. 2° Le simple prêtre ne peut absoudre le moribond en présence du prêtre approuvé, à moins qu'il n'eût commencé à entendre sa confession*; mais cela n'a pas lieu lorsque le prêtre approuvé est le complice de la personne malade, in peccato turpi, suivant la décision de Benoît XIV ^. Z° Le moribond, privé de connaissance, peut bien être absous, du moins siib condilione, ce qui semble toujours le plus sûr, lorsque quelqu'un atteste qu'il a témoigné le désir de l'absolution en donnant des signes de repentir ou en demandant à se confesser ^ ; et cela lors même que le moribond aurait perdu connaissance dans l'acte même du péché, ainsi que nous l'avons soutenu ^, appuyé sur l'autorité de saint Augustin et de la raison. En effet, d'une part, la condition empêche l'irrévérence pour le sacrement ; d'une autre part, on présume toujours qu'en pareil cas chacun veut pourvoir à son salut éternel, et qu'il en donne quelque signe sensible, bien que la maladie empêche de le distinguer. Si, après le troisième jour, le malade, averti du danger, n'a-
' N. 663. — Cela n'est vrai que dans les diocèses où les statuts l'exigent. (Note du Traducteur.)
« lùhL
vait pas voulu se confesser, il serait bon que le prôtre avertît le médecin que, suivant la bulle de saint Pie V, il est obligé de cesser ses visites ^ Si, malgré cela, le malade demeurait obstiné, alors le médecin peut lui continuer ses soins ^.
392. — Faites bien attention aux avertissements suivants. 1° Pour recevoir le saint viatique,il n'est pas nécessaire d'attendre le moment où il n'y a Touchant plus d'espérance, il suffit qu'il y ait danger de '* •^«n»mort ^. 2° Quand il y a danger prochain de vomissement, il n'est pas permis de donner le viatique, bien qu'on permette l'épreuve de la particule non consacrée "*. 3° On peut bien donner le viatique aux enfants qui ont l'usage de raison, de même aux frénétiques qui ont bien vécu, ou qui se sont confessés peu auparavant, pourvu qu'il n'y ait pas de danger d'irrévérence pour le sacrement. Ainsi avec eux il est problablement permis de faire l'expérience de la particule non consacrée ^ 4** On peut, on doit même donner le viatique le vendredi-saint aux malades, suivant le décret de la sainte congrégation des Rites du li) février 1622°. 5» Le sentiment commun est qu'on peut dans la même maladie donner plusieurs fois le viatique au malade qui n'est pas
' Lil». n, n, CGi.
* Ibid. V. Nota ni, ad vi.
'Lib. G, n. 284.
- Ibid.
'"• Apud Gavant, collcct,, n. 20.
à jeun, au moins tous les six ou huit jours. Beaucoup d'auteui s disent même qu'on peut le faire plus souvent '. Si le malade avait communié le matinpar dévotion, il ne peut communier en viatique dans le cours de la même journée, à moins que le danger de mort ne survînt par suite d'un mal violent, commeune blessure, le poison ou une chute ^. 6° Lorsque le malade n'a encore reçu que le sacrement de pénitence, et que la maladie continue d'être dangereuse, il est bon que le prêtre le dispose à recevoir le viatique au plus tôt, afin qu'ayant la tête saine, il en profite davantage. Il aura donc soin de lui inspirer le désir de le recevoir, afin de ge fortifier contre les assauts du démon en s'unissant à Jésus-Christ. Ce bon maître, lui dira-t-il, veut venir vous visiter, afin de vous apporter les trésors de ses grâces, et vous conduire dans le paradis si le temps en est venu ; s'il en est autrement, pour vous rendre la santé, supposé que cela vous soit utile. Saint Cyrille d'Alexandrie dit que la sainte Eucharistie etiam morhos depellit, et œgrotos sanat. Et saint Grégoire de Nazianze rapporte que son père fut subitement guéri par la réception de la sainte communion.
Suite. 393. — Ainsi le prêtre pourra dire au malade : Mon frère, votre maladie n'est pas désespérée, mais elle est dangereuse ; vous ferez donc bien
' N. 284 et 285.
«N. 285, dub. 3.
de recevoir la sainte communion le plus tôt possible, parce que le Sauveur vous rendra la santé s'il est utile pour votre salut; et si vous devez mourir, il vous fortifiera contre les tentations, et vous conduira dans le paradis. Qu'en ditesvous? désirez-vous de le recevoir? oui; eh bien, préparez-vous à vous jeter entre les bras de votre Rédempteur qui est mort pour vous. Diteslui avec amour : Venez, mon Jésus, venez, mon amour, mon unique bien, venez à mon âme qui vous désire : Quid mihi est in cœlo, et a te quid volui super tcrram? Deus coi'dis mei, et pars mea Deus in œternuni. Lorsque le viatique est arrivé, le prêtre aura soin de faire éloigner de la chambre les parents qui pourraient éveiller quelque passion dans le malade, comme son épouse, ses filles, ses sœurç, etc. Alors il pourra lui dire que saint Philippe de Néri, en voyant entrer le saint sacrement dans sa chambre, s'écria : Voici mon amour. Vous devez dire de même : Mon frère, voici ce Fils de Dieu qui, pour l'amour de vous, est descendu du ciel en terre ; qui a voulu mourir pour vous, et qui maintenant vient vous visiter. Réjouissez-vous, il vous a tout pardonné. Vous vous êtes repenti des offenses que vous lui avez faites, et vous vous en repentez encore davantage ; et maintenant vous l'aimez de tout votre cœur, n'est-ce pas? Diteslui donc : Oui, mon Jésus, je vous aime, et parce que je vous aime, je me ropcns de tout mon
cœur de vous avoir offensé ; j'accepte la mort pour l'amour de vous, me voici tout prêt ; je désire même de mourir si c'est votre sainte volonté, afin d'aller vous aimer éternellement dans le paradis. A quoi le prêtre ajoutera : Or sus, N ,
puisque vous aimez Jésus-Christ, vous pardonnez pour l'amour de lui à tous ceux qui vous ont offensé, n'est-ce pas? et en même temps vous demandez pardon des offenses que vous avez faites aux autres. Tournez-vous maintenant vers le Sauveur qui veut se donner à vous, dites-lui que vous n'en êtes pas digne : Domine, non sum dignus. Malgré cela il veut venir à vous. Appelez -le donc : Venez, mon Sauveur, mon amour, mon tout; je ne veux autre chose que vous. Lorsque le malade aura communié, il sera bien de l'aider à faire son action de grâces. Maintenant, mon frère, remerciez le Sauveur qui s'est donné à vous avec tant de bonté. Le saint sacrement est appelé le gage du paradis, futurœ gloriœ dignus. Réjouissez -vous, Dieu veut vous donner le paradis, et comme gage il vient de se donner lui-même à vous ; dites avec moi : Mon Seigneur, mon amour, je me jette entre vos bras, je vous remercie, je vous aime, et j'espère vous aimer éternellement ; je me repens de vous avoir offensé, et je me propose de consacrer ce reste de vie, qu'il soit long ou qu'il soit court, à vous aimer. Mon Sauveur, je vous offre ma vie, s'il vous plaît de me l'ôter ; que toujours votre
volonté soit faite; donnez-moi seulement, je vous en prie, la sainte persévérance et voire amour, afin que j'espère en vous aimant, et que j'aille continuer de vous aimer dans le paradis pendant toute l'éternité; vous ne m'abandonnerez pas, je ne vous abandonnerai pas non plus, ainsi nous nous aimerons éternellement, ô Dieu de mon âme !
394. — Comme l'extréme-onction est le dernier Touehm des sacrements que nous recevons, c'est, sui- ,r/mêvant saint Thomas, le complément du traitement onction, spirituel qui dispose l'homme à entrer dans la gloire éternelle. Il faut donc que le malade le reçoive pendant qu'il a sa connaiss'ance, afin d'en retirer plus de profit. Il est vrai, on ne peut recevoir ce sacrement que dans un danger grave ou du moins probable de mort prochaine, ou de perte de la connaissance * ; néanmoins, on ne doit pas attendre les derniers moments de la vie*. Aussi le Catéchisme romain dit que les curés pèchent grièvement qui ne donnent l'extrémconciion que lorsqu'il n'y a plus d'espoir, et que le malade commence à perdre connaissance. Le prêtre aura donc soin de persuader au malade que le premier effet de rexlrérae-onction sera de lui rendre la sanié du corps, si elle csi utile à l'âme. Le concile de Trente le déclare en termes exprès : Inlerdum sanitatem corporis consequp-
' Lib. 6,n. 714 » Ibid.
tur, ubi salut i animœ cxpedierit '. Mais cet effet n'a pas lieu lorsque le malade ne peut pas être guéri sans miracle. Jean Hérold rapporte qu'un défunt avait révélé que l'extrême-onction l'aurait guéri si on la lui avait donnée à temps; mais qu'ayant différé de la recevoir, il était mort, et avait été condamné à cent années de purgatoire. Le second effet sera d'effacer les restes de ses péchés, et par conséquent ses péchés eux-mêmes, quoique mortels, s'il ne les connaît pas. Saint Thomas le dit expressément'^. Ainsi il faut avertir le malade que pendant les onctions qu'on fait sur chacun de ses sens, il doit se repentir des péchés commis par ce sens, en répondant Amen. Le troisième effet sera de le fortifier contre les tentations de l'enfer, plus redoutables dans ce dernier moment, en sorte qu'il est très-probable qu'on ne pourrait excuser de péché mortel celui qui refuserait de recevoir ce sacrement. Voyez au n^STo.
iuiic. 395. — 11 est utile de donner ici plusieurs avertissements sur l'administration de ce sacrement. 1" En pratique il n'est pas probable qu'on puisse administrer ce sacrement avec une seule goutte d'huile sans la répandre par parties, car ce ne serait pas une véritable onction^. 2'' L'onction des cinq sens, suivant l'opinion la plus com-
' Sess. l'i, c. 2.
mune, est de nécessité de sacrement . Ainsi ce n'est qu'en temps de peste ou dans le cas d'un danger de mort imminent qu'on peut se contenter d'une simple onction et sur un seul sens (il serait mieux de la faire seulement à la tête), mais sous condition si valet, et avec une seule formule, par exemple : Per islam sanctam unctionem, et suam ■piissimam misericordiam, indulgeat tibi Domi' nus quidquid deliquisli per sensus, nempe per visum,peraiiditum, gustum, odoratumet tactum. Si le moribond survit, il faut répéter, aussi sous condition, les onctions sur les cinq sens avec les prières accoutumées*. 3° Il n'est pas de nécessité de sacrement de faire l'onction sur l'un et l'autre organe ; on peut môme licitement se contenter d'oindre un seul œil, ou une seule main, etc., lorsqu'il y a urgence ou danger d'infection, ou si le malade ne peut se tourner de l'autre côté. Pour les femmes on omet l'onction des reins, et même pour les hommes, quando infirmus commode moveri non potest, comme le prescrit le Rituel romain. Suivant l'opinion commune, l'onction des pieds n'est pas de nécessité de sacrement : sur ce point il faut suivre l'usage des diocèses*. De même l'ordre des onctions n'est pas essentiel, néanmoins on doit l'observer siib gravi^. 4" On peut très-bien donner l'extrême-
' N. 710. V. Qt/œrttiir.
« Ibid.
' Ibid.
onction aux enfants qui ont l'usage de raison, quoiqu'ils n'aient pas encore fait leur première communion. Dans le doute s'ils ont l'usage de raison, on peut la leur donner conditionnellement, mais pas à ceux qui sont encore absolument privés de raison'. 5° On peut aussi la donner aux fous, à ceux qui sont dans le délire, aux frénétiques qui, ayant leur raison, l'ont demandée ou donné signe de contrition, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de danger d'irrévérence pour le sacrement; à plus forte raison, on peut la donner sous condition. On peut aussi la donner à ceux qui sont ivres, et qui se trouvent en danger de mort, pourvu qu'il ne soit pas certain qu'ils ont perdu connaissance dans l'acte même du péché mortel; car on doit la refuser absolument aux impénitents, et à ceux qui meurent dans un péché mortel manifeste, comme dit le Rituel romain^. Aux femmes en couches on peut aussi le donner si les douleurs de l'enfantement les mettent en danger de mort. 6° En cas de nécessité, on omet les prières, excepté la formule ^. On récite les prières après si on a le temps; et dans ce cas on peut aussi administrer ce sacrement sans flambeaux et sans ministres <, et même probablement sans surplis et sans étole ^. 7° On ne peut
' N. 719 et 720.
' Ibid.
réitérer l'extrème-onction dans la même maladie, à moins que le malade n'en eût été guéri, du moins que cela fût probable, et qu'il retombât dans un semblable danger de mort, comme le dit le concile de Trente ^ 8° Le prêtre doit être réservé à faire tourner le malade pour lui faire les onctions. Mais s'il agit avec prudence, et que par hasard la mort s'ensuive, il n'a point à craindre l'irrégularité ; elle suppose une faute dont n'est point coupable celui qui agit par devoir de charité^. Enfin le curé peut très-bien garder chez lui les saintes huiles pendant la nuit, s'il craint probablement de ne pouvoir autrement donner le sacrement au malade ^.
396. — Lorsque le malade sera entré en ago- Avis nie, le prêtre se revêtira de toutes les armes de l'fgonie l'Eglise pour l'aider de son mieux. 1° Il ré- ^''^ pandra souvent sur lui de l'eau bénite, surtout s'il était tourmenté par des apparitions diaboliques, et il dira : Exurgat Deus et dissipetitur xnimici ejus. 2" Il fera souvent sur lui le signe de la croix, et même le bénira en disant : Benedical te Deu^ pater qui le creetvit, benedicat te Filius qui te redemil, benedicat Spiritus Sancius qui te sanctiftcavit, 3" Il lui donnera souvent à baiser Iç crucifix ou l'image de la sainte Vierge. 4° Il aura soin de lui feire gagner toutes
' Ses9. l'i, c. 3, et n. 715.
morl.
les indulgences qu'il pourra, attachées aux médailles, scapulaires, etc.; et surtout la bénédiction in articula mortis de Benoît XIV, avec l'indulgence plénière. 5° De temps en temps il lui suggérera quelque sentiment de contrition, de résignation, d'offrande de ses douleurs, de confiance à la Passion du Sauveur, et à l'intercession de la sainte Vierge; mais toujours avec pause, afin de lui laisser le temps de réfléchir et de se reposer. 6° Il lui fera souvent invoquer de cœur, s'il ne peut parler, les saints noms de Jésus et de Marie, et plusieurs fois répéter la prière : Maria, mater gratiœ, etc. 7° Pendant l'agonie il fera réciter plusieurs fois par les assistants les litanies de la sainte Vierge pour le moribond. Il serait bien aussi de faire tinter l'agonie, afin que tout le monde priât pour lui obtenir un heureux passage; ce qui peut être aussi très-utile à ceux qui sont en bonne santé. Remarquez ici que, règle générale, une fois que le malade a perdu connaissance, il vaut mieux l'aider par des prières que par des paroles. 8° Le malade touchant à son dernier "^soupir, le prêtre récitera d'une voix triste, et à genoux au pied du lit, les prières de l'Eglise rjPro/tciscere, anima,Qic.,suscipe, etc., qui se trouvent à la fin du Rituel et du Bréviaire. 9<* Il sera réservé à toucher le nez, les mains ou ^es pieds du malade pour sentir s'ils sont froids, parce que cette action, du moins si elle était fréquente, pourrait !e troubler; qu'il se garde bien
DES CONFESSEURS. 30i
de le faire remuer dans cet état d'agonie, car il pourrait lui occasionner la mort. 10° Lorsque le malade est sur le point de passer, il lui fera tenir, du moins pendant quelque temps, le cierge bénit, pour marquer qu'il veut mourir dans la foi. 11" Quand le malade jouit encore de sa connaissance, il est bon de lui donner plusieurs fois l'absolution, après une courte réconciliation, afin de le rendre sûr de l'état de grâce, si ses confessions passées n'avaient pas été bonnes, ou du moins pour augmenter en lui la grâce et diminuer les peines du purgatoire. Si par malheur le malade tombait alors en péché mortel, ne l'effrayez pas, mais cxhortez-lc à invoquer Jésus et Marie ; s'il est de nouveau tenté, animez sa confiance, faites-lui produire l'acte de contrition et absolvez-le sur-le-champ. Si le malade a perdu connaissance, et ne donne aucun signe de repentir ni de désir de l'absolution, il ne convient pas de la lui réitérer souvent; car, bien qu'alors on donne l'absolution conditionnellement , néanmoins, pour administrer le sacrement sous condition, il faut une cause grave. Ainsi il faut attendre qu'il s'écoule un temps notable entre une absolution et la suivante. Dans ce cas le confesseur doit se régler d'après la connaissance qu'il a de la conscience du malade ; par exemple, s'il a été habitué à de mauvaises pensées, s'il meurt par suite de blessures, ou avec une forte passion de haine ou d'amour déslionnétc, si la maladie est
très-cruelle, et que le malade n'ait pas de patience, on peut lui donner plus souvent l'absolution : autrement il suffira de la lui donner toutes les trois ou quatre heures; mais plus souvent s'il est près d'expirer. 11 sera bon aussi d'avertir le malade lorsqu'il a ses idées, que quand il ne pourra parler, il donne quelque signe convenu toutes les fois qu'il désirera l'absolution, ou lorsque le prêtre voudra la lui donner, par exemple, de fermer les yeux, incliner la tète, lever la main, et autres semblables. Enfin, quand le malade semblera trépassé, le prêtre se gardera de dire sur-le-champ qu'il est mort, et moins encore de lui fermer aussitôt les yeux et la bouche, ou de lui couvrir le visage, car il pourrait se faire qu'il ne fût pas encore expiré, et ainsi il avancerait sa mort. Du reste, après s'être assuré que l'âme est trépassée, il dira aux assistants de la recommander à Dieu, et, se mettant à genoux, il récitera la prière subvenite, etc., qui se trouve dans le Rituel et le Bréviaire.
397. — Je crois en vous, mon Dieu, infaillible vérité; j'espère en vous, miséricorde sans bor- ^" nés ; ie vous aime, bonté infinie : In te, Domine,
moment ■• '
de speravi, non confundar in œternum. Quid miki l'agonie, g^^ ^-^j ^^/q g^ ^ ;g quidvolui supev terram? Deus cordis mei et pars tnea Deus in œternum. Amore amoris tui moriar, qui amore amoris mei dignatus es mori. In pace in idipsum dormiam et requiescam. Mon Dieu, ne permettez pas que je vous
perde; je ne veux que vous. Bonté infinie, je vous aime, je vous aime, je vous aime.
Remarquez bien que les actes qu'on doit suggérer le plus souvent aux agonisants sont des actes d'amour et de repentir. Mon Sauveur, qui dans peu d'instants serez mon juge, pardonnezmoi. Je vous aime, et parce que je vous aime, je me repens de vous avoir offensé. Jesu mi dulcissime, ne permittas me separari a te. Sang de Jésus, lavez-moi ; passion de Jésus, sauvez-moi. In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum. Moriar, Domine, ut te videam. Marie, mère de Dieu, priez Jésus pour moi. lllos tuos miséricordes oculos ad nos converte, et Jesum hencdiclum fructum ventris tui nobis post hoc exilium ostende. 0 Marie! lo temps est venu d'aider votre serviteur. Ma bonne mère, ne m'abandonnez pas. 0 belle patrie, patrie d'amour, quand vous vcrrai-je? Mon Dieu, quand vous aimerai-je dans le ciel ? Mon Sauveur, quand n'aurai-je plus à craindre de vous perdre? Deus meus et omnia. Je suis content de tout quitter, ù mon Dieu, pour aller jouir de vous. Mon Dieu, pour l'amour de Jésus, ayez pitié de moi. Envoyez-moi, Seigneur, dans le purgatoire pour tout le temps que vous voudrez, mais ne me privez pas du bonheur de vous aimer. Te ergo quœsumus famulis tuis siibveni, quos prelioso sanguine redemisli. 0 Dieu clément! je veux et j'espère vous aimer pendant toute l'éler-
nité. Amor meus crucifixus est. Mon Jésus, mon amour est mort pour moi. Deus in adjutorium meum intende ; Domine, ad adjuvandum me festina. Père éternel, par l'amour de Jésus-Christ, donnez-moi votre grâce. Je vous aime, je me repens. Gomment puis-je, ô mon Dieu! vous remercier de toutes les grâces que vous m'avez faites? J'espère aller dans le ciel pour vous en remercier éternellement. Maria mater gratiœ, mater misericordiœ, etc., miserere mei, secundtim magnam misericordiam tuam. Misericordias Domini in œternum cantaho.
Au 398. — In manua tuas, Domine, commendo ""Tù^"' spiritum meum. Mon Jésus, je vous recom-^ dernier mande cette âme rachetée de votre sang. Remar- ^ "^"^' quez que lorsque le malade est au moment de rendre le dernier soupir, il faut lui suggérer les actes sans pause et d'une voix plus forte. Domine Jesu Christe, suscipe spiritum meum. Mon Dieu, aidez-moi, permettez-moi d'aller vous aimer pendant toute l'éternité. Mon Jésus, mon amour, je vous aime et je me repens. Ahl si je ne vous avais jamais offensé! Marie, mon espérance, sauvez-moi; priez Jésus pour moi. Mon Jésus, sauvez-moi par votre Passion; je vous aime. Marie, ma bonne mère, aidez-moi dans ce moment. Saint Joseph, sauvez-moi. Saint Michel archange, défendez-moi. Monbonange,assistez-moi.SaintN. (ici on nomme le patron ou le protecteur principal de l'agonisant), recommandez-moi à Notre-
Seigneur. Tous les saints du ciel, priez Dieu pour moi; Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Marie, je vous donne mon cœur et mon àme.
399. — Il est bon que le prêtre assistant con- signes naisse les signes de mort prochaine, afin de se ''*"""^' rcndre plus utile au malade quand il approche ci.aine. de sa fin. Les signes principaux et les plus universels sont au nombre de trois : 1" la respiration pénible; 2" le pouls manquant ou intermittent, ou formicant; 3" les yeux creux et vitrés, ou plus ouverts qu'à l'ordinaire, ou trop brillants, et voyant les objets autrement qu'ils ne sont, ou bien quand la paupière supérieure se relâche et dépasse l'inférieure. Voici encore d'autres signes de mort prochaine. Le nez effilé avec la pointe blanche et les narines soufflantes; les tempes contractées, les mains tremblantes, les ongles livides, la face jaunissante, livide ou altérée; le souffle fétide et froid; le corps immobile, la sueur froide ou la sueur du front; la grande chaleur de la poitrine sur la région du cœur, tirer les poils de ses draps; le refroidissement de toutes les extrémités.
Les signes les plus prochains du dernier soupir sont : la respiration intermittente et moins sonore, la perte du pouls, la contraction et le grincement des dents, l'hunieur dans la gorge, un soupir triste ou gémissement; les larmes qui coulent d'elles-mêmes, la contorsion de la bouche, des yeux et de tout le corps, llemarquez
1° que ceux qui sont atteints d'hydropisie, d'étisi», de quelque coup, d'asthme, de pleurésie, de vomissement, d'esquinancie, de rhumatisme, de spasme, meurent quelquefois avec quelques-uns des symptômes précités et le pouls vigoureux ; 2° que ceux qui ont une pleurésie sont au moment d'expirer lorsque leur respiration devient difficile et plus embarrassée, et leurs lèvres livides; ceux qui sont blessés à la tête meurent quelquefois subitement en se trouvant mal ; les hydropiques, lorsque le pouls manque, lorsque la difficulté de respirer augmente, et que la bouche écume ; ceux qui ont une fièvre intermittente meurent ordinairement au commencement de l'accès, lorsque les convulsions sont violentes ; 3° que dans quelques malades la respiration et le mouvement du cœur sont si faibles qu'ils semblent morts, tandis qu'ils ne le sont pas. Les signes de mort les plus certains sont le refroidissement de toutes les parties, même dans la région du cœur; ne pas sentir un esprit trèsactif mis sous les narines ; ne pas ternir une glace posée devant les lèvres, et autres semblables. D'un autre côté, faites attention que quelquefois les signes décrits ci-dessus les premiers sont trompeurs, et que, sans les présenter, le malade meurt subitement; c'est pourquoi, lorsqu'il est à l'agonie, le prêtre ne doit jamais l'abandonner.
Pratique 400. (EsPRIT DE SAINT FRANÇOIS DE SaLES, SC-
conde partie, ch. m.) —Voyons dans saint Fran-
çois de Sales un modèle de votre conduite avec François les malades. ^' ^*'"-
cr Nous étions allés voir ensemble, dit l'évêque de Belley, une dame de qualité de mon diocèse qui demeurait à la campagne. Elle était fort âgée, et malade à l'extrémité, ayant déjà reçu Notre- Seigneur. Nous la trouvâmes fort paisible et tranquille sur son intérieur, ayant mis ordre à tout. Une seule chose l'inquiétait, c'était de voir ses enfants se tourmenter jour et nuit pour lui procurer quelque soulagement. Notre bienheureux, pour lui ôier cette peine, lui dit : « Et moi, ma chère mère, je ne suis jamais si aise quand je suis malade, que lorsque je vois mes parents et mes domestiques avoir bien de la peine autour de moi. »
» Nous lui en demandâmes la raison : « C'est parce que, répondit-il, je sais que Dieu les récompensera largement des assistances qu'ils me rendent, parce que de telles hosties lui sont fort agréables. A la vérité, si ceux qui nous servent, soit en santé, soit en maladie, n'ont égard qu'à nous, et non à Dieu, et ne cherchent qu'à nous plaire, ils emploient bien mal leurs peines, et il est bien employé qu'ils aient le mal de reste; mais s'ils nous servent pour Dieu, ils sont plus dignes d'envie que de pitié. »
» Notre bienheureux se conduisait avec les malades qui étaient à l'extrémité, comme les bons anges, par douces et suaves inspirations;
leur disant de temps en temps de petits mots bien choisis; tantôt faisant devant eux des aspirations ou oraisons jaculatoires fort courtes, tantôt les leur faisant proférer de bouche, ou seulement de cœur, si le parler les incommodait, et puis les laissait un peu en repos. « 0 Jésus ! je me donne, je m'abandonne à vous. 0 Dieu 1 je suis à vous, sauvez-moi pour votre gloire. 0 Père ! je rameîs mon âme, mon corps, tout mon être entre vos mains. 0 Dieu ! votre volonté soit faite ; oui. Seigneur Jésus, votre volonté, non la mienne. » Et entre chaque aspiration laissait une assez bonne pause pour la leur laisser goûter.
»• 11 souffrait avec peine qu'on tourmentât un pauvre agonisant par de longues exhortations. Ce n'est pas alors le temps de prêcher, ni même de lui faire faire de longues prières; il le faut seulement maintenir dans la soumission à la divine volonté, qui doit être son clément éternel, et son occupation perpétuelle dans le ciel.
» Il rendait quelquefois cet office de piété et de miséricorde aux criminels de les accompagner au supplice, et de les aider à bien mourir, et se servait de la même conduite que nous venons de dire à l'égard des malades. Après avoir ouï la décharge de leurs consciences, il les laissait un peu respirer, puis, par intervalle, leur suggérait des actes de foi, puis d'espérance, puis d'amour, et ensuite de repentir et de résignation à la volonté de Dieu, d'abandon à sa miséri-
corde, sans ajouter à leur affliction celle de l'importunité inséparable d'un discours continuel. »
101. (/(/., dix-huitième partie, c. XXVI etxxvii.) Suiic. — « A une âme (jul, durant une grande maladie, se plaignait de ne pouvoir vaquer à l'oraisou mentale, exercice qu'elle aimait délicieusement et sans lequel son esprit était comme en langueur, il lui dit : « Ne vous fâchez pas de demeurer au lit sans pouvoir faire la méditation ; car endurer les verges de notre Sauveur n'est pas un moindre bien que méditer; non, sans doute, car il est mieux d'être sur la croix avec notre Sauveur, que de le regarder seulement. Mais je sais bien que sur le lit vous jetez mille fois le jour votre cœur es mains de Dieu, et c'est assez. Obéissez bien aux médecins; et quand ils vous défendront quelque exercice, ou de jeûne, ou d'oraison mentale, vocale, ou même l'office, hormis l'oraison jaculatoire, je vous prie tant que je puis, et par le respect et par l'amour que vous me voulez porter, d'être fort obéissante, car Dieu l'a ainsi ordonne. Quand vous serez guérie et bien fortifiée, reprenez tout bellement votre chemin, et vous verrez que nous irons bien loin, Dieu aidant. «
cil respectait beaucoup les malades en qualité de membres du Sauveur. Il exprimait ainsi ses sentiments de respect et d'honneur à une poisonne malade : « Pendant que je vous penserai affligée dans le lit, je vous porterai, mais c'est à
bon escient que je parle, je vous porterai une révérence particulière, et un homieur extraordinaire, comme à une créature visitée de Dieu, habillée de son habit, et son épouse spéciale. Quand Notre-Seigneur fut à la croix, il fut déclaré roi, même par ses ennemis, et les âmes qui sont en croix sont déclarées reines. Vous ne savez pas de quoi les anges nous portent envie? c'est de nulle autre chose que de ce que nous pouvons souffrir pour Notre-Seigneur, et de ce qu'ils n'ont jamais rien souffert pour lui. Saint Paul, qui avait été au ciel et parmi les félicités du paradis, ne se tenait pour heureux qu'en ses infirmités, et^n la croix de Notre-Seigneur. » Et ensuite il lui recommande une affaire d'importance : (f Je vous supplie, lui dit-il, de recommander à Dieu une bonne œuvre que je souhaite fort de voir accomplie, et surtout pendant vos tourments; car en ce temps-là vos prières, quoique courtes et du cœur, seront infiniment bien reçues. Demandez aussi en ce temps-là à Dieu les vertus qui vous sont les plus nécessaires. »
ARTICLE VIÏ.
SUR I^S PÉNITENCES ET l'aBSOLUTIOST.
Discre- 402. (Prêtre sanctifié, n"' 31-34.) •— Ve-
l'i'mli's^ ^^^^ maintenant aux pénitences que vous
tion de devez imposer comme juge. Gomme médecin
tence*" VOUS aurcz soiu d'en mesurer la qualité et la
quantité. En effet, le médecin ne fait pas atten-
lion seulement à la inaladie, mais encore au malade, et à la force ou à la faiblesse de son tempérament. Au faible, môme dans une grande fièvre, il ne donne pas les remèdes qu'il ordonnerait au fort. Dans les maladies compliquées, il proportionne tellement ses moyens qu'il n'aujijmente pas l'une en voulant guérir l'autre. S'il n'avait pas égard à ces différentes circonstances, il courrait risque d'être plus nuisible qu'utile. Il aime mieux faire à plusieurs reprises ce que la faiblesse du malade ne lui permet pas de faire *en une seule fois. Il commence par le disposer, par le fortifier, afin de pouvoir soutenir des remèdes plus forts. De même vous seriez bien imprudent d'imposer de grandes pénitences à un pécheur tout nouvellement converti qui aune douleur suffisante, mais ordinaire, et non pas extraordinaire ou héroïque : ce serait l'éloigner de la dévotion. Vous devez donc avoir en vue, non-seulement de punir les péchés passés, mais encore d'affectionner le pénitent aux sacrements et à la piété, afin que, traité avec douceur et modération, il revienne souvent et acquière ainsi de nouvelles forces spirituelles. Alors n'en doutez pas, il sera le premier à vous demander des pénitences plus graves ou à les accepter de bonne grâce. C'est ainsi que vous ferez rendre à Dieu plus de satisfaction par un retard prudent que par une exigence prompte, mais prématurée. Votre modération ne sera pas du relâchement, mais une admirable union de la science
de juge et de l'habileté de médecin. Cette comparaison et cette doctrine sont l'une et l'autre de saint Thomas '. Ailleurs il recommande la même chose en ces termes : Sicut exiguus ignis extinguitur, si muUa ligna superimponantur, ita accidere possct, quod parvus pœnitentis contritionis affcctus, pondère pœnitentiœ deficiat. Melius est quod sacerdos pœnitentiindicet quanta pœnitentia esjet injungenda, et injungat nihilominus quod pœnitem tolerabiliter ferat ^. Si vous faisiez autrement, apprenez de saint Jean Ghrysostôme quelle serait la suite de votre rigueur : Multos recensere possem in extrema mala deductos, quod ah eis pœna peccatis par exposcerelur. Neque enim temere ad peccaiorum modum oportet et pœnam adhibere. Sed peccantium propositum explorandiim est. Ne,dum quod scissum est, consuere vis, détériorent scissuram facias ; neu dum lapsum emendare studcs, majorem ruinam pares; nam qui infirmi sunt, ac remissi, magisque mundi deliciis irretiti, quique ex génère et potentia altum sapere possunt ii sensim paulatimque a peccandi consuetudine retrahi, ac sinon penitus, partim saltem ab Us, quibus detinentur malis, liberari possunt; quibus si statim correptionem inducas, minore illa emendatione privabis. Anima quippe confestijn in ruborem acta, in indolentiam labitur, neque blandis postea ver-
' Sup., q. 28,24.
»Quodlib,, 3 et 28.
bis paret, neque minis flectitur, nequc beneficiis movetur. Si donc vous confessez un pénitent gra* vement malade, dont les nombreux péchés mériteraient une grande et longue pénitence, ayez égard à l'état dangereux oîi il se trouve, et n'allez pas l'épouvanter en lui imposant les pénitences qu'il mérite. Contentez-vous de lui ordonner quelque courte prière, et d'offrir son mal à Dieu avec résignation; ajoutez que s'il guérit il reviendra à vous, et qu'alors vous lui ordonnerez quelque autre chose pour acquitter sa dette envers Dieu; s'il ne le peut, qu'il se confesse souvent, et fasse d'autres bonnes œuvres, et souffre les adversités avec patience, en expiation de ses fautes, Aurement, en lui prescrivant des pénitences de plusieurs mois et de plusieurs années, vous pourriez, comme la chose est arrivée, j'en suis certain, diminuer sa confiance en vous au point que, venant à se rappeler quelque péché grave qu'il aura oublié, il n'osera pas vous appeler pour se réconcilier, et sera ainsi en danger de faire une mauvaise mort. Or, ce danger présent et très-grave l'emporte sur la crainte que vous avez qu'il ne revienne pas vous trouver après sa guérison.
i03. — Ayez la même précaution pour fixer la Qualité qualité de la pénitence. Ainsi n'imposez jamais penicomme obligation des choses difficiles, au risque "="" qu'on les omette; contentez-vous de les conseiller. Par exemple, conseillez aux enfants, mais ne II. 14
leur commandez pas de demanderpardon de leurs désobéissances à leurs parents; à un ivrogne ne dites pas de ne rien boire tel jour, mais limitez et fixez avec discrétion la mesure qu'il ne devra pas dépasser. 11 est d'autres choses que vous imposerez non d'une manière absolue, mais sous condition. Par exemple : Vous ferez telle aumône, vous reviendrez vous confesser tel jour, ou vous réciterez le chapelet si vous retombez dans tel péché avant tant de temps. Beaucoup moins devezvous prescrire des pénitences qui découvrent aux autres le péché du pénitent. Vous pourrez bien imposer le jeûne du samedi à un père qui ne dépend de personne en sa maison ; mais vous ne le prescrirez pas à un enfant : ses parents pourraient en deviner la cause. Faites encore attention que, lorsque vous imposez des choses faciles à faire, comme cinq Pater et Ave, vous pourrez les prescrire pour chaque jour pendant quelque temps. Il n'en sera pas de même si les choses sont un peu mioins faciles, comme d'entendre la messe, faire la méditation ou la lecture. Laissez un peu de liberté, afin de ne pas mettre le pénitent dans la gêne, et quelquefois dans le danger d'une omission coupable. Au lieu de les lui prescrire pour chaque jour, dites-lui : Vous ferez ces bonnes ceuvres pendant tel temps, à peu près tous les jours, au moins quatre ou cinq fois la semaine, ou bien toutes les fois que vous n'aurez pas d'excuses raisonnables. Si vous ordonnez différentes choses,
DES CONFBSSEURS. 315
afin de ne pas embrouiller la mémoire, gardez le même nombre pour chacune: par exemple, cinq messes, cinq jeûnes, cinq chapelets, etc. Dans le doute si vous devez donner une plus forte pénitence, dites-lui que vous lui imposez pour toute obligation d'offrir dès lors, et en général, tout le bien qu'il fera pendant la semaine. C'est ainsi que, sans le surcharger, vous faites qu'il donne au Seigneur une plus grande satisfaction. Telle est la remarque de saint Thomas de Villeneuve : Sic itaqtie rigorcm pœnitentiœ temperalo, ut neque levitas delicti contemptum, nec gravitas omittendi periculum creet : hoc judicium eo ita perfides, si facilem unam injunxeris, et acriorem alteram peccalori consulucris : ita tamen (td omnem ejus voluntariam, et spontaneam pœnitentiam sacramenti applices ef/icaciam K
404. — Surtout ayez soin qu'en satisfaisant à Pdnî- Dieu pour le péché, les pénitences préservent ^'^-5""^ aussi pour l'avenir. Ainsi, aux pénitences corpo- i'**;'. relies, surtout à l'égard des personnes délicates, préférez colles qui entretiennent de bonnes pensées dans l'esprit et de saintes affections dans le cœur, et qui ont une force particulière pour obtenir le secours de Dieu, comme les lectures spirituelles, la méditation, la messe, la dévotion à quelque saint patron, surtout à la sainte A'icrgc et à la passion de Notre-Seigneur. Combien qui
' Saint Thoni. a Villan. Conc. Fer. G, post. 4, Dom. Quadrag.
doivent leur sanctification à la lecture spirituelle ! Combien qui se maintinrent dans la crainte de Dieu, tant qu'ils furent exacts à honorer la sainte Vierge, en récitant chaque jour son office et le chapelet, et en méditant ses douleurs ! mais à peine eurent-ils cessé de rendre leurs hommages à cette Mère de grâces, qu'ils en portèrent la peine en retombant aussitôt dans leurs péchés 1 Cléricato rapporte avoir vu plusieurs pécheurs qui eurent, à l'article de la mort, le don d'une grande contrition. Examinant ensuite ce qu'ils avaient fait de bien dans leur vie pour obtenir de Dieu une si grande miséricorde après tant de péchés, il trouva qu'ils avaient été assidus à entendre dévotement la messe. Et ainsi ils éprouvèrent l'effet propre de ce sacrifice expiatoire: ce fut bien tard, il est vrai, à cause de leur malice, mais toutefois encore à temps, que le sang divin cria pour leur salut, et l'obtint.
Quelle est 405. — Entre toutes les pénitences, la plus utîi^'des salutaire est la fréquentation des sacrements. ^ péniten- C'est une vérité constante que de tous ceux qui ont pu les fréquenter et qui ne l'ont pas fait, il en est à peine un seul qui ait réussi à se soutenir dans le bien avec tous les autres secours. Au contraire, vous verrez tôt ou tard que ceux qui sont fidèles à les fréquenter, quelles que soient leurs mauvaises habitudes, non-seulement ne deviennent pas pires, mais retombent plus rarement, et finissent par se corriger tout à fait; car
ces.
les sacrements sont les moyens les plus puissants et les plus féconds pour nous donner la grâce. Mais ils ne sont d'aucune uiililé à ceux qui les re- (joivent sans les dispositions convenables. Ainsi vous ne négligerez rien pour en inspirer l'eslime, pour les faire aimer et fréquenter, et faire qu'on s'y prépare avec toute la diligence possible. C'est surtout avec les récidifs que vous devez employer toutes les ressources de votre charité et de votre habileté pour leur faciliter l'accès au saint tribunal ; car ils ont à toute heure un extrême besoin de s'en approcher et une extrême difficulté à le faire. Dites-leur donc que s'ils retombent, c'est alors qu'en venant se confesser sur-le-champ, ils vous donnent une grande consolation, non pour le mal qui aura eu lieu, mais pour l'humilité chrétienne et la bonne volonté qu'ils témoignent en recourant tout de suite au remède. Ajoutez même qu'il n'importe pas qu'ils ne soient point encore disposés à se confesser; qu'ils commencent toujours par se présenter et par dire que la fièvre est revenue. On ne saurait croire combien cette prompte humilité affaiblit le démon, encourage les pénitents et dispose Dieu à leur accorder de plus grandes grâces. Leur humilité, jointe aux bons avis que vous leur donnez et que Dieu bénira, leur obtiendra bientôt la victoire de la tentation. Au contraire, s'ils retardent, ils seront en grand danger de tomber rapidement, et de perdre tout à fait la volonté et le
courage de se corriger. Mais c'est à vous de les accueillir de manière à ne jamais vous montrer surpris de leurs rechutes, à ne jamais les mépriser, à ne jamais les renvoyer avec aigreur. Un seul de ces défauts suffirait pour leur ôter le courage de revenir auprès de vous. Cependant rien n'est plus utile à tous les pénitents en général, mais surtout aux récidifs, que de continuer toujours auprès du même confesseur. En les accueillant, montrez-leur donc toujours qu'ils vous font plaisir, compatissez-leur toujours, mais aussi aidez-les toujours. Examinez d'où provient la reclmte pour en éloigner la cause ; assignez de nouveaux remèdes, et avant de les absoudre, prenez les précautions dont nous avons parlé aux no« 340 et suiv. '.
obiiga- 406. (B.LiGUORi, n°s 11-14.) — A l'occasion d'imMser^®^ pénitcnccs, je dois vous faire remarquer unepéni plusicurs clioses : 1» Qu'en donnant l'absolution le confesseur est obligé d'imposer la pénitence^ ainsi que le déclare le concile de Trente ■. Il pèche donc s'il ne l'impose pas; il pèche grièvement quand le pénitent a confessé des péchés mortels; s'il n'a accusé que des fautes vénielles ou des fautes mortelles déjà confessées, il est probable qu'il ne pèche pas mortellement^. Si, immédiatement après l'absolution, le pénitent se confesse d'un nouveau péché, le confesseur doit lui donner
* Sess. 14, c. 8.
2 Lib. 6, n. 500.
une nouvelle pénitence , au moins légère. On doit ordinairement donner la pénitence avant l'absolution, pour voir comment le pénitent la recevra; néanmoins quelquefois on peut ne l'imposer qu'après, car elle lui reste moralement unie. 2° Qu'on doit toujours imposer la pénitence sous une obligation quelconque ; mais on demande si le confesseur peut donner une pénitence grave sub obligatione levi. L'opinion la plus commune et très-probable tient pour l'affirmative, parce que dans le sacrement de pénitence le prêtre n'est pas simple ministre de Jésus-Christ comme dans les autres sacrements, mais véritable juge établi par le Sauveur avec pouvoir de lier ou de délier par la pénitence; en sorte que son obligation dépend totalement de l'ordre du confesseur *- 3° Que la pénitence doit être proportionnée aux fautes; mais ici considérez attentivement les paroles du concile de Trente : Dehent ergo sacerdoles Domini, quantum spiritus ctprudentia suggesserit pro quaUtalc criminum, et pœnitentium facultate, salutares et convenientes salis factiones injungere; ne si forte pec cutis conniveant, et indulgent ius cum pœnilentibus ogant, levissima quœdam opéra pro gravissimis delictis injungendo,alienorum peccatorum participes efficiantur"^. Ainsi la quantité de- la pénitence est remise par le concile à l'arbitre du confesseur. Prout spiritus et prudentia suggesserit. On peut pour ' Lil). 6, u. ji8. — - Sess. xiv,c. 8.
différentes raisons diminuer la pénitence. La première, si le pénitent a beaucoup de contrition , ou si, avant de venir, il a fait beaucoup d'œuvres satisfactoires. La seconde, dans un temps de jubilé ou d'indulgence plénière. Mais il faut toujours imposer quelque pénitence, ainsi que Benoît XIV l'a déclaré, soit parce que personne ne peut être certain de gagner l'indulgence plénière, soit parce qu'il faut toujours donner au sacrement son intégrité. Si le pénitent a besoin de pénitence médicinale, il faut toujours la lui imposer. La troisième, si le pénitent est malade, car le Rituel romain dit qu'il ne faut pas imposer une grande pénitence aux malades, mais quand ils seront guéris. Que si le malade est à l'article de la mort ou privé de connaissance, on peut l'absoudre sans aucune pénitence '. Néanmoins il sera toujours bon de lui imposer quelque petite chose, comme de baiserle crucifix, ou d'invoquer le saint nom de Jésus et de Marie, au moins de cœur, etc. Il ne convient pas d'imposer aux malades, pour pénitence, de souffrir patiemment leur maladie, ce serait les jeter dans une foule d'inquiétudes et de scrupules. Les docteurs de Salamanque remarquent, et avec raison, que si le malade peut satisfaire par des aumônes, le confesseur doit les lui imposer, car chacun est tenu de faire la pénitence qui est en son pouvoir.
' Voyez là'dessus la grande Théologie du B. Liguori, lib. VI, n. 507.
DES CONFESSEURS. 32i
i07. — La quatrième, on peut diminuer la pé- Suiie. nitence, si le pénitent est faible de piété, en sorte qu'on craigne prudemment qu'il ne fasse pas la satisfaction proportionnée. Tel est, avec beaucoup d'autres, l'avis de saint Charles et de saint Thomas, dont je vais bientôt vous rapporter les paroles. Il est vrai, le concile de Trente dit que la pénitence doit répondre à la qualité des fautes; mais il ajoute aussitôt, que les pénitences doivent être jîro pœnitentium facultate, salutares etconvenientes. Salutares, c'est-à-dire utiles au salut du pénitent; et convenientes, c'est-à-dire proportionnées, non-seulement aux fautes, mais encore aux forces du pénitent. Il suit de là qu'elles ne sont ni salutaires ni convenables, les pénitences que les pénitents ne sont pas disposés à accepter à cause de leur faible piété; elles sont bien plutôt la cause de leur ruine. Dans ce sacrement on se projiose bien plus ramendcnient que la satisfaction. Aussi le Rituel romain dit qu'en donnant la pénitence le confesseur doit avoir égard aux dispositions du pénitent'; et saint Thomas : Sicut medicits non dat medicinam ita efficacem, ne propter debilitatem naturœ majus periculum oriatur; ita sacerdos divine insiinctu motus non sempcr lotam pœnam, quœ uni peccato debetur, injungit, ne infirmus desperet, ft. a pœnitentia totaliter recédât \ Et ailleurs il dit,
' De Sacr. Panil.
« Suppl.,q. 18, a. \.
que comme un petit feu s'éteint lorsqu'on y met une trop grande quantité de bois, de même il peut arriver que le faible sentiment de contrition du pénitent s'éteigne par le poids de la pénitence; puis il ajoute : Melius est, quod sacerdos indicat quanta pœnitentia esset sibi injunyenda, in" jungat nihilominus quod pœnitens tolerabiliter ferat. Et ailleurs : Rectius est imponere minorem debito, quam majorem, quia melius excusamur apud Deum proptermultammisericordiam, quam propter nimiam severitatem, quia talis defectus in purgaîorio supplebiturK Le même sentiment est partagé par Gerson, Gaétan, et surtout saint Anlonin, qui dit qu'on doit donner la pénitence dont on pense que le pénitent s'acquittera vraisemblablement, et qu'il accepte de bonne grâce^. Si le pénitent proteste qu'il n'a pas la force d'accomplir la pénitence qui convient, saint Antonin finit par conclure : Tune quantumcumque deliguerit, non débet dimitti sine absolulione, ne desperet. « Il suffit alors, dit-il, de lui imposer en général tout le bien qu'il fera en se servant des paroles même du Rituel: Quidquid boni egeris, etc. Ces bonnes œuvres-là, enjointes dans l'aduilnistration du sacrement, comme l'enseigne le docteur angélique, auront, en vertu du sacrement, plus d'efficacité pour expier ses péchés^. De plus,
' Opiisc, 65, a. 4.
«Lib. 6,n. 510.
sQuolib., V. 1, a. 38.
il- est probable que c'est encore une juste raison de diminuer la pénitence que déjuger que le pénitent en sera plus affectionné au sacrement. Enfin, qu'il est beau le conseil de saint Thomas de A'illeneuve : Facilem unam injunxeris acriorem consulueris ' ! II est bon de faire connaître au pénitent la pénitence qu'il mériterait; pour cela il peut être utile de lui rappeler les pénitences des canons pénitentiaux. Il sera également utile de suivre le conseil de saint Thomas, et de conseiller au pénitent une pénitence plus grave; mais ensuite il ne faut lui imposer que celle qu'on estime prudemment qu'il accomplira. Saint François de Sales insinue, et le Rituel romain dit la même chose, qu'il convient par conséquent de demander au pénitent s'il a le courage de faire telle pénitence : s'il dit que non, il faut la changer. Saint Charles Borromée donne le même avis : Tandem imponat 'pœnitentiam, qualem a pœnitente prœstari posse judicet, proinde , aliquando^ si ita expedire viderit, illum interroge t, an possit, an ne dubitet imnitenliam sibi injunctam peragere, alioquin eam mulabit, aut minuet. Quelquefois encore il sera utile d'imposer parmi les œuvres prescrites une pénitence grave, mais non sub gravi, ou bien quelque œuvre commandée d'ailleurs ou obligée, comme je vous le dirai au n°Mï .