Bcmarquez 4" combien sont imprudents impm
f c 1- ^ .. j . dence de
' Seriu. l'cr. G, et dora. Laetare.
quelques les confesseuFS qui imposent des pénitences disseurs. proportionnées aux forces du pénitent. Ils absolvent avec une déplorable facilité les récidifs mal disposés et ceux qui sont dans l'occasion prochaine du péché; puis ils croient follement pouvoir les guérir en leur donnant les plus grandes pénitences, malgré la certitude qu'ils ne les accompliront pas. Par exemple, ils imposent de se confesser tous les huit jours, pendant un an, à ceux qui se confessent à peine une fois à Pâques ; le grand rosaire à celui qui ne dit jamais le chapelet; des jeûnes, des disci- ■ plines, des méditations à celui qui n'en connaît même pas le nom. Qu'arrive-t-il? Il arrive que ces pénitents acceptent de force la pénitence, afin d'obtenir l'absolution, mais ils ne la font pas, et croient par là étro tombés dans un nouveau péché; ils regardent même, surtout les ignorants, leur confession comme nulle parce qu'ils n'ont pas accompli la pénitence. Dans cette persuasion, ils retournent à leurs premiers désordres : effrayés par la difficulté de remplir leur obligation , ils prennent la confession en horreur et continuent de croupir dans leurs iniquités. Tel est, pour un grand nombre d'infortunés, le fruit de ces pénitences qu'on appelle proportionnées, et qu'on devrait bien plutôt appeler souverainement disproportionnées. Du reste, hors le cas d'une trèsgrave maladie ou d'une contrition extraordinaire, le confesseur ne ferait pas bien d'imposer, pour
des fautes mortelles, une pénitence légère en ellemême, qui n'obligerait que sub levi. Sans doute, lorsque cela est utile, on peut imposer une œuvre qui, relativement aux péchés, est légère, mais elle doit toujours être grave en elle-même et sub gravi^.
409. — Remarquez 5*", touchant la qualité de la Autres pénitence, qu'on ne doit pas imposer des péni-- " t^o'iî!^' tences perpétuelles ou très-difficiles, comme d'en- '«"cham
... . , , la péni-
trer en religion, et encore moms de contracter lence. mariage, ce qui demande une entière liberté : de même on ne doit pas imposer des vœux perpétuels. Bien plus, quand le pénitent lui-même voudrait faire vœu, par exemple, de ne pas retomber, ne l'autorisez que pour un temps, pour voir comment il l'accomplira. On peut très-bien imposer une pénitence conditionnelle, par exemple de secourir ou de faire l'aumône après chaque rechute. Lorsqu'on la lui donne, le pénitent est obligé de l'accepter et de l'accomplir. Mais ,1 n'est pas prudent de la lui donner pour longtemps, parce qu'il l'oublie facilement, et les péchés se multiplient. On peut donc l'imposer seulement pour un temps assez court, un mois, par exemple, ou jusqu'à la première confession '^. Remarquez en outre qu'on ne peut pas donner des pénitences publiques pour des fautes secrètes, mais bien pour des péchés publics; il y a même obligation de les
' IJh. 6, n 610, in fin.
imposer lorsqu'on ne peut autrement réparer le scandale ou la réputation publiquement ôtée au prochain. Mais on ne doit point forcer le pénitent à faire une pénitence publique lorsqu'il résiste, et que le scandale peut être réparé d'une autre manière, par exemple, en fréquentant les sacrements, visitant les églises, en entrant dans quelque congrégation, etc. '.
Suite, 410. — Remarquez 6» que les œuvres prescrites par le confesseur doivent être pénales; car, suivant le concile de Trente % la pénitence ne doit pas être seulement médicinale et gardienne de la vie nouvelle, mais encore vindicative en expiation des fautes passées. Or, ces œuvres pénales se réduisent au jeûne, à l'aumône et la prière. Sous le nom déjeune on entend toute espèce de mortifications corporelles. Par prière, on entend aussi les confessions et les communions, les visites au saint-sacrement, et tous les actes intérieurs de charité, de contrition ou de présence de Dieu : suivant l'enseignement commun, tous ces actes peuvent très-bien se donner en pénitence ^. Remarquez que la prière aussi bien que l'aumône et toute autre bonne action est regardée comme œuvre pénale : c'est encore l'enseignement commun des théologiens. En effet, pour nous autres, enfants d'Adam, après la
« Lib. 6, n. 512.
''Sess. 14, c. 8.
'N.514,dub. 1.
chute de noire nature, toute action vertueuse habet rationem pœnœ, parce qu'ayant perdu la justice originelle, nous sommes tous enclins au mal et amis de nos vices. Saint François de Sales confirme tout cela en disant : L'un a de la peine à jeûner, Vaulre en a à servir les malades, visiter les prisonniers , confesser, prêcher, assister les désolés, prier, el semblables exercices : cette prière vaut mieux que celle -là (c'est-à-dire le jeûne), car, outre qu'elle récolle également, elle a des fruits beaucoup plus désirables *.
411. — Dans la pratique, il est de règle d'im- ce qu'on poser des œuvres de mortification pour les péchés ,p*"'
• *■ 1 donner
des sens, des aumônes pour les péchés d'avarice, pour pëdes prières pour les blasphèmes, etc. Mais, dans "*"*"*=*• tous les cas, il faut voir ce qui est le plus convenable et le plus utile au pénitent. La fréquentation des sacrements, l'oraison mentale, l'aumône sont sans doute des pénitences très-utiles ; néanmoins, dans la pratique elles deviennent nuisibles à celui qui n'en a point ou que peu d'usage. Les pénitences utiles à tous en général sont, par exemple, d'entrer dans quelque congrégation, de faire chaque soir, au moins pendant quelque temps, un acte de contrition ; de renouveler cha-"*^ que matin ses résolutions, en disant, avec saint Philippe de Néri : Seigneur, tenez-moi bien aujourd'hui, afin que je ne vous trahisse pas. La visite de chaque jour au saint sacrement et à la
' Introduction à la vie décote, c. m, c, 23.
sainte Vierge pour demander la persévérance ; le chapelet et trois Ave Maria, matin et soir, à l'honneur de la sainte Vierge, en ajoutant : Ma bonne Mère, aidez-moi aujourd'hui à ne pas offenser Dieu. J'ai coutume d'imposer cette pénitence des trois Ave Maria, avec la petite prière, à peu près à tous ceux qui ne la pratiquent pas ; de dire, en se mettant au lit : Je devrais être maintenant dans le feu de l'enfer; ou bien : Un jour je dois mourir peut-être sur ce lit; à ceux qui savent lire, et surtout aux ecclésiastiques, de faire chaque jour une lecture de piété. Saint François de Sales avertit de ne pas surcharger le pénitent de beaucoup de choses, de peur qu'il ne se trouble et ne s'effraie. Péniien- 412, (B. LÉONARD, n»^ 27-29). — Parmi les portion- choses que le confesseur doit nécessairement saiiées. voir pour ne pas se rendre coupable dans l'exercice de son ministère, il faut placer les règles qu'il doit suivre, afin d'imposer aux pénitents des pénitences proportionnées. Comme nous l'avons vu, le saint concile de Trente * avertit les confesseurs de bien prendre garde de ne pas donner des pénitences légères pour des fautes très-graves; il veut que la pénitence ait quelque proportion avec le péché qu'on entend et avec le pécheur qui l'accuse. Il est certain que ce serait une pénitence bien légère qu'un Pater et un Ave pour un grand nombre d'adultères ou d'au- ' Sess.,siv,8.
1res impuditiiés ; ou bien un Miserere à celui qui a fait un grave dommage au prochain soit dans les biens, soit dans la réputation. De là s'ensuivrait le désordre signalé par le même concile, savoir : que les hommes perdraient l'horreur qu'ils doivent avoir pour le péché, le regarderaient comme peu de chose, et prendraient occasion de se livreraux plus graves excès. Ainsi les pénitences ne doivent pas être très-légères relativement au péché, comme aussi elles ne doivent 1 as être irès-graves relativament au pécheur, afin qu'il ne soit point accablé sous un fardeau disproportionné à sa faiblesse. Delà il faut conclure <jue le confesseur doit bien voir la pénitence qu'il doit imposer, et qu'on ne doit pas donner la même à tous, comme le médecin ne donne pas lo même remède à tous les malades. Le saint concile dit que les conseillers des pénitences salutaires et convenables sont l'esprit du Seigneur et la prudence de son ministre. Comment donc se fait- il qu'on les donne avec si peu de réflexion? Que certains confesseurs imprudents apprennent de là à ne pas imposer des pénitences extravagantes et indiscrètes. J'entends par pénitences extravagantes toutes celles qui s'éloignent de l'usage ordinaire de l'Eglise, et de la pratique commune dos bons et savants confesseurs. Afin de jeter quelque lumière sur ce point qui, du reste, est laissé tout entier à l'arbitre du confesseur, je ne connais pas de règle
plus sûre qae de suivre le style de la sacrée Pénitencerie. Pour des péchés occultes, quoique très-graves, elle ne fixe d'autres pénitences que des prières, des jeûnes, des aumônes, si on le peut, et la fréquentation des sacrements : ses rescrits en font foi. Or, la sacrée Pénitencerie étant un tribunal apostolique qui juge au for de la conscience, tous les confesseurs doivent la prendre pour règle de leur conduite dans ce même for intérieur. Par là ils éviteront encore un autre écueS, savoir : de donner des pénitences indiscrètes, comme serait, par exemple, d'imposer à des domestiques d'entendre des messes ou de faire d'autres œuvres dont souffrirait le service de leurs maîtres; à une femme enceinte ou qui nourrit, de jeûner pendant plusieurs jours ; à une jeune personne d'aller visiter une église éloignée et solitaire; aune femme mariée de faire certaines austérités corporelles qui peuvent déplaire ou donner des soupçons à son mari, ou d'autres pénitences semblables, qui ne conviennent point au pénitent, soit à raison du temps, du lieu, de l'âge, de l'état et des forces corporelles, à quoi on ne fait pas attention.
Mais quelle pénitence faudra-t-il donc donner? H semble qu'il est de règle générale de choisir celles qui sont opposées aux péchés commis, comme l'aumône aux avares, aux sensuels quelque peine afflictive, et ainsi des autres. Généralement parlant, les meilleures sont celles qui.
tout en punissant le péché passé, préservent encore le pénitent du péché futur. Si donc le pénitent est récidif, il sera bon que la pénitence dure un certain temps : Nedum ad vulnus eurandum, sed etiam ad cicatricem >anandam^, suivant l'expression de saint Ghrysostôme. En effet, on guérit plus facilement le vice on répéf tant l'application du remède : aussi nous voyons que telle est encore la conduite de la sainte Pénitencerie. Elle ne donne pas des pénitences de plusieurs années, si ce n'est dans des cas trèsrares; mais bien de quelques jours, d'autres fois même de plusieurs mois, suivant le besoin du pénitent. Pour en venir à la pratique : lorsque vous aurez entendu la confession du pénitent, vous lui ferez une courte mais fervente exhortation, lui mettant sous les yeux la gravité de ses fautes, et, suivant le conseil de saint Charles, lui citant les canons pénitentiaux et lui donnant connaissance des pénitences rigoureuses imposées anciennement pour un seul des péchés qu'il a commis. Puis, vous ajouterez avec douceur : Il est certain que vous mériteriez une pénitence beaucoup plus grave, mais je me contente d'une plus douce. C'est ainsi que vous le disposerez à la recevoir volontiers. Les pénitences les plus convenables à mon avis, excepté certains cas extraordinaires, sont les suivantes, non pas toutes à la fois, mais tantôt l'une et tantôt l'au- « s. Joan. Chrys., Uoniil. 2, in Psal., 50.
tre, ou bien plusieurs ensemble, selon la qualité des personnes et les besoins particuliers de chacun.
Diverses 413 — jo gi le pénitent a commis un grand péniten- nombre de péchés mortels, il sera très-conve- '^'*' nable de lui imposer pour pénitence de réciter, pendant huit ou quinze jours, la troisième partie du Rosaire, mais de la réciter avec componction, en priant la très-sainte Vierge de lui obtenir le pardon des péchés passés et la grâce de ne les plus commettre à l'avenir; s'il a été habitudinaire et qu'il fasse une confession générale nécessaire, ou pour avoir caché des péchés par honte ou par tel autre motif, on peut prolonger la même pénitence pendant deux ou trois mois, plus ou moins, suivant la qualité de la mauvaise habitude. Par là il arrivera bien souvent que le pénitent prendra l'habitude de réciter le saint Rosaire chaque jour et n'y manquera plus, au grand bien de son âme, pendant le reste de sa vie.
2° De réciter soir et matin trois Ave Maria, en l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, avec un acte de contrition ; et de les accompagner, le malin, d'une très-ferme résolution de ne pas pécher pendant le jour, et, le soir, de ne pas pécher pendant la nuit, en lui imposant de les réciter à genoux ou dans une posture incommode. On peut donner cette pénitence salutaire à tous sans exception, car elle est
un préservatif efficace pou r guérir les Ames de leurs mauvaises habitudes. Je voudrais être entendu de tous les confesseurs, pour les prier de l'imposer à leurs pénitents pendant le temps qu'ils jugeront convenable; ils en retireront le plus grand fruit, comme le prouve l'expérience.
30 D'entendre tant de messes, pourvu que cela ne l'cmpôche pas d'accomplir ses devoirs, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en l'engageant à les entendre les jours de fête, lorsqu'il le pourra plus commodément.
4° De faire, chaque malin, l'acte d'offrande de toutes ses peines et ses actions, ou tel autre exercice chrétien, qui renferme les actes de Foi, d'Espérance et de Charité ; et chaque soir l'examen de conscience, en ayant soin de lui fixer le temps que doivent durer ces pratiques.
6° De réciter chaque jour, pendant un certain temps, cinq Patei' et Ave, en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, s'arréiant à chaque plaie pour penser à la Passion du Sauveur; de visiter tant de fois une église, pour laquelle il aura une dévotion particulière; de lire, s'il en est capable, pendant quelque temps, un livre de piété. Toutes les pénitences dont nous 'avons parlé jusqu'ici peuvent s'imposer aux pénitents, de quelque condition qu'ils soient ; les avertissant que s'ils oublient de Us faire au jour marqué, ils ne s'en fassent pas de scrupule, pouvant les suppléer un autre jour, et que si, par
quelque raison, ils ne pouvaient les faire, ils ne croient pas commettre une faute grave. De cette manière, la conscience du pénitent n'est point enchaînée, bien qu'on prolonge le traitement dont il a une extrême nécessité. Il en est d'autres qu'on enjoint ordinairement à certaines personnes qui sont dans des états particuliers ; par exemple, à un ecclésiastique ou à une personne instruite, de faire la méditation certains Jours, pendant une demi-heure ; à celui qui jouit d'une forte santé et qui n'a point d'obstacles, de jeûner le samedi pendant quelque temps ; à un chef de maison, de faire réciter le Chapelet tous les soirs à sa famille ; à un blasphémateur, de faire tant de signes de croix sur la terre avec la langue ; à un ivrogne, qu'il se prive de vin tant de fois ou qu'il le boive trempé d'eau ; à certaines personnes ignorantes, il convient de donner des pénitences qui ont quelque chose de plus sensible, par exemple de leur faire réciter quelques Pater et Ave sur une tombe, en pensant qu'elles mourront bientôt. Néanmoins souvenez-vous de l'observation que nous avons faite plus haut, savoir, que !e confesseur ne doit jamais donner de pénitences extravagantes et indiscrètes, capables d'éloigner les fidèles des sacrements et de déshonorer le saint ministère. Faut-il ^14- — On a coutume de faire cette question : 'v« T" ^^^'^'''^^ mieux donner une pénitence grave qu'une douceur pénitence légère? Je réponds que, sauf les règles
générales indiquées plus haut, il vaut mieux in- ou vers la cliner vers la douceur, surtout si le pénitent n'ac- ""*"'* ceptait pas volontiers une pénitence plus forte ou s'il ne se croyait pas en état de l'accomplir. Dans ce cas, on peut la changer ou l'imposer, comme nous avons dit plus haut, sans obligation de faute grave. J'excepte le cas où il s'agit de certains pécheurs récidifs et habitudinaires. Avec eux,, il faut user d'une plus grande rigueur, et, comme dit un très-habile casuiste, les laisser plutôt exposés au danger d'omettre la pénitence, quant ne peccata contcmnendo, ea sœpius perpètrent et sine legitimo dolorc confiteantur, quod m talibus sœpe timendum estK Toutefois il y a des circonstances où le confesseur peut et doit élargir la main, et donner des pénitences plus légères, surtout lorsque le pénitent a une grande horreur de ses péchés. Alors, suivant saint Thomas, la pénitence peut diminuer à proportion : Qiianto est major contritio, tanto magis diminuit de pœna, et minoris pœnœ fit debitor"^. Souvenez-vous de cet exemple que nous lisons dans la Vie de saint Vincent Ferrier. Ce saint imposa une pénitence austère de trois ans à un grand pécheur. Touché d'une vive douleur, celui-ci répondit que c'était Irop peu. Le saint l'abrégea aussitôt, et de trois ans la réduisit à trois jours. Le pénitent le pria, le supplia de l'augmenter, disant qu'avec une si
' Conink, de Sacram. dist. 10, dub. 8, n. 73. * In 4, dist. Ij, q. l,a. 3.
petite pénitence, il craignait de ne pas se sauver. : Le saint la diminua encore, et la réduisit à trois Pater et trois Ave. A l'instant même, le pénitent mourut par un excès de contrition, et Von vil son âme monter au ciel, sans passer par le purgatoire. Mais, pour ôter toute espèce de scrupule, soit aux pénitents, soit aux confesseurs, sur l'imr position ou l'acceptation de pénitences plus ou moins légères, il suffît de faire usage des indulgences. Telle est la doctrine do saint Thomas : Quod indulgentiœ valent, et quantum ad forum Ecclesiœ, et quantum ad judicium Dei, ad remissionem pœnœ residuœ post contritionem et confessionem^ . Mnsi tout le monde convient quo, dans un temps de Jubilé ou dans une occasion où le pénitent peut gagner une indulgence plénière, on peut donner une pénitence plus légère, qui néanmoins demeure proportionnée, à raison des mérites de Notre-Seigneur, appliqués à la rémission de nos péchés par le trésor de l'Église. C'est pourquoi, dans toutes nos missions, nous établissons le saint exercice du chemin de la croix, auquel les souverains pontifes ont attaché les plus grandes indulgences. Par ce moyen, on facilite aux pénitents l'expiation de leurs péchés, et on donne aux confesseurs la faculté d'être plus indulgents dans l'imposition de la pénitence. En effet, il y a deux raisons qui font du chemin de la croix une des plus pré-
' lu 3, dist 20, q. 1, a. 3
cieuses pénitences que les confesseurs puissent imposer : la première, par la valeur des indulgences, qui ôte entièrement le reste de la peine qu'on devait subir en purgatoire ; la seconde, par le souvenir de la passion de Notre-Seigneur, qui est non-seulement satisfactoire, comme dit BIosius, puisque penser dévotement à la passion, no fût-ce que pendant un temps bien court, est une œuvre plus profitable et plus méritoire que de jeûner au pain et à l'eau, prendre la discipline jusqu'au sang et réciter tous les psaumes; mais qui est aussi le préservatif le plus puissant contre les rechutes. Je supplie donc tous les confesseurs de se servir d'un si grand trésor, pour enrichir leurs pénitents do grâces et de mérites, en leur imposant la salutaire pénitence de faire un certain nombre de lois le chemin de la croix. Après cela, qu'ils ne se tourmentent pas pour savoir si les autres pénitences sont proportionnées ou non : celle-là seule tient lieu de beaucoup d'autres. Ils auront soin également de ne pas user d'une trop grande rigueur, lorsque le pénitent fait une confession générale de conseil, et seulement pour sa plus grande utilité; soit parce que le pénitent a d'ordinaire une contrition plus vive, soit parce que n'étant pas obligé de confesser tous ces péchés, le confesseur n'est pas tenu de lui imposer une pénitence proportionnée à leur énormité, puisqu'ils ont déjà été confessés. Quant aux pénitences conditionnelles qu'on a coutume dim- II. 15
poser aux récidifs, comme de jeûner ou de faire l'aumône à chaque rechute, il en est qui les approuvent, tels que Diana et d'autres. Mais ici deux observations nécessaires : la première, qu'elles ne soient pas trop difficiles : autrement elles ne se font pas; or, une fois que le pénitent y a manqué, il s'imagine avoir violé la promesse donnée à son confesseur, se décourage et recommence à pécher sans retenue. La seconde, c'est qu'il est des pénitents qui regardent ces pénitences comme un impôt; et pourvu qu'ils payent l'impôt, en faisant leur aumône, par exemple, etc. , ils continuent de pécher comme auparavant. Ainsi il faut apporter ici beaucoup de réserve et de circonspection, et bien instruire le pénitent sur la manière d'en faire usage. Le confesseur aura encore plus de soin d'éviter, lorsqu'il impose aux pénitents des aumônes ou des messes à faire célébrer, de ne jamais les demander pour lui, ni pour son église, ni pour son couvent. Il doit laisser tout cela au libre arbitre du pénitent, comme le prescrivent plusieurs conciles. Je termine en vous engageant à parler souvent dans vos conférences ordinaires de la manière de vous conduire avec les pénitents, afin d'avoir une direction uniforme, soit pour i-mposer les pénitences, ou pour donner des avis, ou pour régler les autres choses nécessaires à la nourriture des âmes, et soyez certains que vous en retirerez les plus grands avantages.
415. (Saint Charles, p. 57-G2.] — De ce que Règles i nous avons dit, concluez que le confesseur doit ""*rf ' être fort discret, lorsqu'il ordonnera quelque satisfaction, ou qu'il imposera quelque pénitence, afin qu'il ne les impose pas si légères que la puissance des chefs en demeure méprisée, ou qu'il ne participe pas aux péchés de ses pénitents. Il ne doit pas aussi en imposer de si rudes, ou de si longues, que les pénitents refusent de les exécuter, ou les ayant acceptées ne les accomplissent pas entièrement. C'est pourquoi le confesseur doit savoir les canons péniientiaux ', parce qu'encore que les pénitences puissc?}t et doivent être modérées par la prudence cl la discrétion, selon la contrition qu'il remarquera dans le pénitent, la qualité et la différence des personnes, et les autres circonstances qui se peuvent rencontrer, il est bon néanmoins qu'il observe toujours les canons, et qu'il s'y conforme comme à des règles, autant qu'il le jugera expédient : et quoiqu'il n'impose pas la pénitence ordonnée par les anciens canons, il faut néanmoins qu'il avertisse souvent le pénitent pour le porter à une plus grande contrition de ses péchés, et accomplir avec plus d'affeciion une moindre pénitence qu'il lui aura ordonnée, l'exhortant à profiter de la douceur dont l'Église use aujourd'hui avec lui,
' On les trouvera à la (in de cet ouvrap^o tels qu'ils sont rapportes par saint Cliailcs, dans ses ^Jms »ux Confesseurs.
qui adoucit en sa faveur la sévérité de son ancienne discipline. Qu'il fasse aussi en sorte que les satisfactions soient proportionnées aux péchés commis, imposant, par exemple, pour pénitence des péchés de la chair, des jeûnes, des veilles, des pèlerinages, des cilices, et choses semblables, qui puissent macérer et fortifier la chair. Pour les péchés d'avarice, outre les restitutions auxquelles hs pénitents seront obligés, il ordonnera des aumônes conformément aux commodités d'un chacun. A la superbe, et aux autres péchés de l'esprit, il est bon d'imposer des prières, par lesquelles l'âme, s'humiliantdevantDieu, obtienne la force et la vigueur nécessaires pour y résister. Il doit imposer pour pénitence à ceux qui auraient négligé d'apprendre les choses que tous les chrétiens sont obligés de savoir, d'ouïr les prédications, d'aller au moins durant un certain temps aux écoles de la doctrine chrétienne. Il ordonnera à ceux qui sont indévots et ne sont pas fervents dans les choses qui concernent leur salut, de visiter souvent les églises, d'assister aux offices divins, et d'être assidus dans l'exercice de l'oraison.
416. — Il^doit particulièrement imposer de rudes pénitences aux blasphémateurs, selon la qualité de leur crime, se conformant à la disposition des sacrés canons, des décrets des papes, du concile de Latran, et autres ordonnances de nos conciles provinciaux. Le confesseur néan-
moins doit agir avec prudence, ayant égard à la qualité des personnes, de sorte qu'il no doit point enjoindre aux pauvres de faire des aumônes, ni imposer ordinairement des jeûnes à ceux qui {jagnent leur vie par leur propre travail, et garder la même conduite en l'imposition des autres pénitences. Qu'il prenne garde à n'absoudre les pécheurs publics et scandaleux, sans leur imposer une satisfaction publique, et une pénitence proportionnée à leurs crimes ; afin que se corrigeant eux-mêmes, ils satisfassent aussi au scandale qu'ils ont causé aux autres, conformément au concile de Trente ', et à ce qui a été ordonné sur ce sujet par le premier et le troisième de nos conciles provinciaux, et de ne point changer les satisfactions, ni ces pénitences pubhques, en d'autres secrètes, sans en avoir notre expresse permission. Et afin que le confesseur soit plus libre de faire ce qu'il doit envers le pénitent, et avec cela plus autorisé en toutes choses qu'il lui ordonnera pour son salut, il doit non- seulement s'éloigner de toute sorte d'avarice, mais encore éviter tout ce qui en peut donner lo moindre soupçon, et particulièrement qu'il ne demande pas, même par signe, de l'argent ou quelque autre chose que ce soit dans la confession, ni à son occasion. Mais, au contraire, qu'il témoigne autant qu'il pourra, non-seulement par ses paroles, mais bien davantage par ses actions, • Scss. 21, c. 8. . ,
qu'il abhorre semblables choses. Quand pour pénitence il ordonnera de faire dire des messes, il doit prendre garde à ne les appliquer directement ou indirectement à soi, à son église ou à son monastère. Il gardera la même conduite, lorsqu'il sera obligé d'ordonner des satisfactions pour des dettes incertaines, pour le changement des vœux, ou pour choses semblables. Il se doit encore moins charger d'argent ou d'autre chose pour restituer, sinon que ce fût nécessaire pour ne découvrir pas le pénitent; et, en ce cas, il aura soin de retirer un reçu de celui à qui il aura fait la restitution, pour le remettre entre les mains du pénitent; et enfin, il se conduira de sorte qu'il évite tout ombrage et toute apparence d'nya-^ rice. C'est pourquoi si le curé rencontre quelqu'un de ses paroissiens qui soit évidemment son débiteur, quoique à l'occasion des dîmes, prémices ou chose semblable, lequel n'ayant point dessein de le satisfaire, et auquel, par conséquent, il ne peut en conscience donner l'absolution, se présente néanmoins à lui pour la recevoir, plutôt que de la lui refuser dans celte occasion où son intérêt particulier est mêlé, il doit le renvoyer à un autre confesseur, auquel il doit laisser le soin d'agir en cela avec ce pénitent, et comme lui dictera sa conscience.
Comment 417. (SaINT FRANÇOIS DE SaLES, n° 629.) —
impo "er Le confesseur doit imposer la pénitence avec des es péni- paroles douces et consolatoires, surtout quand
tences, ' t
il voit le pécheur bien repentant, et lui doit toujours demander s'il ne la fera pas volontiers ; car en cas qu'il le voie en peine, il ferait mieux de lui en donner une autre plus aisée ; étant beaucoup meilleur pour l'ordinaire de traiter les pénitents avec amour et bénignité, sans toutefois les flatter dans leurs péchés, que de non pas les traiter âprement ; et néanmoins il ne faut pas oublier de faire connaître au pénitent que, selon la gravité de ses péchés, il mériterait une plus forte pénitence, afin qu'il fasse ce qu'on lui enjoint plus humblcm.cnt et dévotement. Les pénitences ne doivent pas être embrouillées et mélangées de diverses sortes de prières et oraisons, comme, par exemple, de dire trois Pater, une hymne, des oraisons, des collectes, des antiennes, des psaumes; ni no doivent point être données en variété d'action, comme, par exemple, de donner trois jours l'aumône, de jeûner trois vendredis, de faire dire une messe, de se discipHner cinq fois ; car il arrive deux inconvénients de cet amas d'actions et d'oraisons : l'un que le pénitent s'en oublie, et puis demeure en scrupule ; l'autre, c'est qu'il pense plus à ce qu'il a à ' dire ou à faire, que non pas à ce qu'il dit ou fait; et cependant qu'il va cherchant en sa mémoire ce qu'il doit faire, ou dedans ses Heures ce qu'il doit dire, sa dévotion se refroidit. Il est donc mieux d'enjoindre des prières tout d'une même sorte, comme tout des Pater, ou tout des
psaumes qui soient de suite, qu'il ne faille pas aller chercher çà et là les uns après les autres ; et même il sera bon de donner quelques-unes de ces choses en pénitence, comme de lire un tel ou tel livre, qu'on juge propre pour aider le pénitent, de 5 0 confesser tous les mois un an durant, de se mettre d'une confrérie, et semblables actions, lesquelles ne servent pas seulement de punition pour les péchés passés, mais de préservatifs contre les futurs. Parmi les obligsklions que vous devez imposer, il en est une fort importante : c'est la confession générale.
Avis 418. (Prêtre sanctifié, n» 35.) — Vous de-
con'fel- ^^^ quelquefois obliger le pénitent à la faire,
sion d'autres fois seulement la lui conseiller. Je vous
^qùe'le^ en parlerai au numéro suivant. Mais en qualité
rjnfes- (jg médcciu vous devez 1° la lui faciliter en lui
seur doit - , . , ,
quelque- indiquant ia manière de s exammer et de s exciter à la contrition : voyez ce que je vous en ai dit au n" 31. 2-' Âvertissez-Ie de séparer de sa confession générale les péchés commis depuis la dernière confession particulière, et qui n'ont pas même été accusés, et de les dire au commencement ou à la fin de la confession générale. La raison en est qu'il est très-utile, pour mieux appliquer les remèdes, de connaître non -seulement les maux passés, mais encore l'état actuel et les maladies présentes de son âme. 30 Pour les ignorants, lisez les excellents avis que vous donne le Père Seigneri appuyé sur
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d'autres auteurs'. « Si le pénitent, dit-il, ù cause de son peu de capacité, n'avait expliqué dans ses confessions précédentes le nombre de ses péchés que d'une manière confuse, comme font les ij^norants, il n'est pas nécessaire pour cela de le lui faire répéter avec plus d'exactitude ; car ces péchés, expliqués ainsi confusément, ont été directement remis, et il n'est pas nécessaire de les découvrir de nouveau. » Néanmoins si le pénitent, aidé par vous, en connaissait actuellement le nombre avec plus d'exactitude, il devrait alors les accuser de nouveau. Mais ordinairement cela n'arrive pas à ces sortes de personnes, et dans leurs confessions, soit ordinaires, soit générales nécessaires, vous pouvez, par des interrogations, obtenir en peu de temps beaucoup plus de connaissance sur leurs péchés, leur nombre, leurs circonstances qu'eux-mêmes ne pourraient vous en donner après un très-long examen. Ne vous efl'rayez donc pas s'ils se présentent à vous mal préparés ; si vous les renvoyez, il arrivera souvent qu'ils se troubleront et ne reviendront plus. x\insi interrogez-les, et ordinairement ce sera avec un tel succès que vous pouvez les absoudre dès le jour môme, ce qui leur sera beaucoup plus avantageux et plus agréable ; si vous ne le pouvez, vos interrogations seront pour eux un engagement à revenir au temps que vous l-^ur avez prescrit. 4" Mais voulez-vous que les confessions ' c. 2.
générales soient véritablement utiles à ceux qui les font, ne vous contentez pas de les instruire et de les engager à s'y préparer avec un soin particulier, persuadez-leur bien de remercier pendant quelques jours Dieu et leur saint protecteur du secours qu'ils en auront reçu, afin que cette marque de gratitude leur obtienne la persévérance. Il sera même fort à propos de recommander ceite pratique pour les confessions particulières, qui sont toujours une action de grande importance, et qui demande des grâces spéciales.