‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 26 sur 45 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

DE LHl confession GÉNÉRALE,

impor- 419. (B. LÉONARD, Traité de la Conf. géné- *ircon-^ raie.) — Il vous sera quelquefois difficile de

fession fr^irg comprendre la nécessité de cette confession ' générale. En effet, à quoi bon, dira certain pénitent invité par son confesseur à faire une confession générale, à quoi bon inquiéter ma conscience par cette confession générale? Grâce à Dieu, jamais je n'ai rien caciié. J'ai toujours eu soin d'avoir, dans chaque confession , une véritable douleur et un ferme propos de ne pas retomber. J'ai vécu jusqu'ici dans la bonne foi, ainsi à quoi bon me jeter dans des inquiétudes par une confession générale? S'il en est réellement ainsi, vous

avez des raisons plus que suffisantes de tenir ce langage. Toutefois je vous assure qu'un missionnaire très-expérimenté avait coutume de dire : J'ai entendu dans ma vie la confession générale d'un très-grand nombre de personnes, dont quelques-unes me disaient en commençant : Mon père, ce n'est point par nécessité que je fais cette confession générale, c'est par dévotion et par simple conseil. Mais ensuite ces mêmes pénitents, aidés par le bon père à bien examiner leur conscience, et à réfléchir sur tous les égarements de leur vie passée, disaient en soupirant à la fin de leur confession générale : Oh ! malheureux que je suis! combien je me trompais lorsque je disais que je n'avais jamais rien caché à mon confesseur, que j'avais toujours eu une véritable contrition et un ferme propos ! Non, je ne disais pas la vérité; j'étais perdu si je fusse mort avant cette confession générale. Ah ! je ne voudrais pas ne l'avoir pas faite pour tout l'or du monde.

Savez-vous ce qui a lieu dans une confession générale? La même chose qui arrive au chasseur qui s'en va chasser dans une forêt très-épaisse, mais remplie d'ime foule d'animaux. Vous le verrez quelquefois tourner pendant une journée tout entière dans ces bois touffus sans rencontrer une seule pièce de gibier; à peine s'il peut tirer une ou deux fois. Mais enfin si, ennuyé de ses courses inutiles, il vient à mettre le feu aux quatre coins

de la forêt, et qu'aidé par le vent l'incendie se communique, vous verrez sur-le-champ sortir de toutes parts des sangliers, des loups, des daims et toute espèce d'animaux ; alors, étonné d'un pareil spectacle, vous direz: Voyez, voyez quelle foule de bêtes gîtaient dans ce bois. Qui l'aurait jamais cru? maintenant je le vois, pour découvrir le pays il faut mettre le feu aux quatre coins. La même chose a lieu dans la confession générale. Combien de choses viennent au jour, choses auxquelles le pénitent, surtout qui vit dans la négligence, n'aurait jamais pensé, et qui l'eussent jeté dans de terribles inquiétudes au moment de ia mort ! Voilà donc ce que produit la confession générale : elle met le feu dans tous les coins de la conscience et la purifie parfaitement. Vous me dites que vous avez toujours été dans la bonne foi ; mais savez-vous bien ce que cela veut dire, être dans la bonne foi ? Etre dans la bonne foi, c'est avoir par le passé employé toutes les diUgences nécessaires pour se bien confesser, nonseulement en s'accusant avec exactitude de tous ses péchés ; mais encore en excitant dans son cœur, autant que la faiblesse humaine le permet, une véritable douleur et un ferme propos de se corriger, de telle sorte qu'après avoir, aidé de la grâce de Dieu, rectifié sa conduite, on vive dans la paix de la conscience, sans aucun doute sur la validité des confessions précédentes. Or, vous qui avez commencé à rejeter le joug du

Seigneur dès votre enfance, qui avez souillé votre jeunesse, qui avez tenu la môme conduite dans l'Age mûr, et qui peut-être continuez dans votre vieillesse à vivre plus mal qu'auparavant, sans avoir jamais donné aucun signe d'amendement , pouvez-vous dire que vous n'avez aucune raison de douter de vos dispositions ni de la validité de vos confessions passées ? Peut-on supposer en vous cette bonne foi ? Mais avec un motif si puissant et si légitime de douter, comment croire que vous aimez votre âme, si vous ne prenez la résolution de réparer le plus tôt possible, par une bonne confession générale, toutes ces confessions plus mal faites les unes que les autres ?

420. — Toutefois il convient d'avertir que la CanCesconfession générale est nuisible à quelques-uns, génev" ir utile à un grand nombre, indispensablement né- ""•s'i''*ccssaire à d'autres. Nuisible à quelques-uns. Telles sont certaines personnes scrupuleuses et d'ailleurs craignant Dieu, qui ont déjà fait plusieurs confessions générales et qui recommencent toujours ù se tourmenter, ainsi que leur confesseur. Les personnes de ce caractère sont peu nombreuscs,il est vrai, mais s'il s'en présente quelqu'une au confesseur, il faut les recevoir avec charité et tâcher d'adoucir leurs peines, en leur donnant toutes les consolations possibles. Réglezvous pour cela sur votre plus ou moins de loisir et sur le concours plus ou moins nombreux des

pénitents. Faites-leur bien entendre qu'en matière de scrupule la désobéissance au Père spirituel n'est pas de la dévotion, mais de l'opiniâtreté ; que si elles ne soumettent pas leur propre jugement, jamais de la vie elles n'auront la paix. Ces personnes donnent à entendre qu'elles se guériraient de leur scrupule en refaisant leur confession générale, tandis que c'est là le plus sur moyen d'augmenter leurs inquiétudes. En effet, la maladie du scrupule est semblable à certaines fluxions dont les yeux sont quelquefois attaqués : plus on se frotte les yeux, plus on augmente la fluxion; de même, plus on remue sa conscienceen répétant les confessions générales, plus on augmente les scrupules et les afflictions d'esprit. Ainsi, faites- vous une règle de ne jamais permettre de confession générale à celui qui en a déjà fait, qui s'est corrigé, qui a joui de la paix de l'àme et que rien de particulier ne constitue dans la mauvaise foi sur ses confessions passées. Mais c'est une méthode excellente d'exhorter ces pénitents à faire une revue depuis leur dernière confession générale, afin de bien connaître tous les replis de leur conscience. Si dans ce cas vous voulez accordez quelque consolation à ces âmes affligées, vous pouvez leur permettre de dire ce qui leur fait le plus de peine, leur imposant silence sur tout le reste. Gela même doit être laissé à la prudence d'un confesseur éclairé qui, dans les cas particuliers, saura discerner s'il

doit permettre ou non de redire quelque chose de la vie passée. Au reste, le meilleur conseil qu'on puisse donner à tous ces pénitents, c'est de faire souvent des actes de contrition. Par là, bien mieux que par tant d'accusations et d'examens, ils ramèneront le calme dans leur âme. Mettezleur bien dans l' esprit cette doctrine de saint Thomas, expliquée par saint Antonin, savoir : que lorsqu'une personne animée d'un vrai désir de se réconcilier avec Dieu, a fait ce qu'elle a pu pour faire une bonne confession, et employé tous les moyens d'avoir une vraie contrition et a cru l'avoir, en premier lieu, sa confession est exempte de faute; en second lieu, il n'y a nulle obligation de la refaire, il suffit de renouveler sa contrition pour en assurer la valeur. Ainsi, réitérant souvent l'acte de contrition, il leur arrivera de le bien faire quelquefois, et cela suffit, sans qu'il soit besoin de redire des péchés déjà soumis aux clefs de l'Église. Tout cela doit s'entendre des scrupuleux véritables et craignant Dieu, qui, dans leurs confessions passées, ont agi avec bonne foi ; non pas des scrupuleux faux, trompeurs et hypocrites qui allient le libertinage au scrupule, qui judaïsent sur des minuties et qui boivent l'iniquité comme l'eau, se précipitant sans retenue dans les plus graves désordres. De tels scrupuleux ont besoin d'être éclairés et d'être bien convaincus de la nécesbilé de la crainte de Dieu, d'un véritable changement de vie, et d'une bonne

confession générale qui répare tant de confessions mai faites et de nulle valeur.

Utile. 421 . — Ensuite la confession générale est utile à un grand nombre. On ne peut assez dire tous les avantages que procure une bonne confession générale. Premièrement, avantages pendant la vie; secondement, avantages beaucoup plus grands à l'article de la mort. Pendant la vie, elle est pour un grand nombre le commencement d'une vie sainte, car l'expérience apprend qu'après leur confession générale un grand nombre persévèrent pendant longtemps et se corrigent de plusieurs choses. Il en est de celui qui fait une confession générale comme de celui qui revêt un bel habit neuf : pendant longtemps il a un soin particulier à ne pas le souiller. De même l'âme revêtue du vêtement de la grâce de Dieu, par le moyen de la confession générale, prend plus de précautions pour ne pas retomber dans la fange du péché. Qui pourrait dire le nombre de ceux qui, par une bonne confession générale, ont réformé leur vie sur les principes de l'Évangile, et sont parvenus à se corriger de certains vices auxquels ils ne connaissaient presque plus de remède? Aussi le premier conseil qu'on a coutume de donner à ceux qui veulent changer de vie, c'est de se dépouiller du vieil homme et de se revêtir du nouveau, en faisant une bonne confession générale. On tient la même conduite envers ceux qui embrassent l'èiat religieux ou ecclésiastique.

OU même qui s'engagent dans les liens du mariage; avec d'autres encore qui, après avoir vécu longtemps dansles embarras des affaires, veulent rentrer dans une vie plus tranquille, s'occuper de leur âme et se donner entièrement à Dieu; car il n'y a pas de moyen plus efficace pour ce renouvellement intérieur qu'une bonne confession générale. La raison en est qu'une bonne confession générale ins[)ire plus de douleur des fautes passées et un plus grand désir d'une vie meilleure. Voir d'un seul coup d'œil tous ses péchés ensemble produit sur l'yme un tout autre effet que de les considérer un à un. Une armée de soldats débandés çà et là n'inspirant aucune frayeur, mais rangés tous ensemble en ordre de bataille, ils jettent au loin l'épouvante. Tel est le motif pour lequel beaucoup de saints firent plusieurs fois dans leur vie des confessions générales. On lit dans l'histoire du vénérable archevétiue de Valence, don Juan de Ribera, dont la sainteté fait l'admiration de toute l'Espagne, qu'il fit six fois sa confession générale ; saint Charles Borromée en faisait une tous les ans. Or, ce n'était pas le scrupule qui portait ces saints hommes à faire des confessions générales; en cela, nous différons de quelques-uns : c'étaient les grands avantages qu'ils en retiraient ; un plus grand mépris d'eux-mêmes, une contrition beaucoup plus vive de leurs fautes passées, une détermination plus forte de mener une vie plus parfaite. C'est pour cela qu'entre autres éloges de la

confession générale, saint François de Sales dit qu'elle nous in^pij'e une salutaire confusion de notre vie passée et nous fait admirer les traits de la miséricorde de Dieu, qui nous portent à l'aimer désormais avec plus de ferveur. Il y a plus : Dieu lui-même éprouve une satisfaction particulière de la confession générale d'une âme pénitente. Sainte Marguerite de Cortone désirait que Dieu l'appelât du doux nom de fille, au lieu de celui de pauvre petite qu'il lui avait donné jusque-là. Dieu lui fit entendre que jamais il ne lui donnerait ce doux nom, à moins qu'elle ne fît auparavant, avec toute l'exactitude possible, une confession générale de tous les péchés de sa vie criminelle. La sainte la fit avec beaucoup de larmes. Alors le Seigneur lui dit avec une douceur extrême : Filia mea Margarita, remittuntur tihi omnia peccata tua. Marguerite, ma fille, en vertu de la confession générale que tu as faite, je te pardonne tous tes péchés. 0 précieuse confession générale ! qui ne prendra la résolution delà faire avec toute l'exactitude possible, afin de s'enrichir de tant de biens !

Suite, 422. — En second lieu, la confession générale est utile pour l'avenir, c'est-à-dire au moment de la m.ort. Qui ne voudrait à cette dernière heure avoir fait une confession générale avec quelque soin? Oh! quelle consolation pour un mourant d'avoir guéri toutes ses plaies I Mais si on attend à la faire dans cette extrémité, comment se flat-

ter de réussir? Prévoir ce qui doit arriver, et se précautionner avant qu'il arrive, telle est la perfection de la prudence chrétienne, Noirc-Seigneur nous répète dans l'Évangile : Vigilate, estote parati*. Remarquez-le bien; il ne dit pas d'ouvrir nos yeux lorsque nous serons sur le point de les fermer pour jamais; il ne nous dit pas de nous préparer à la mort lorsqu'une longue maladie ne nous permellra plus de douter de son approche. Non, non : il dit de veiller et de nous préparer de manière que la mort, quelle que soit son heure, nous trouve préparés d'avance. Telle est la maxime delà véritable prudence. L'homme qui la suit mérite seul le nom de sage. Dans le royaume d'Aragon, un gentilhomme de la cour vint se jeter aux pieds d'un missionnaire, et lui dit : Mon père, si vous le trouvez bon, je voudrais faire une confession générale. Le Père lui demanda quel motif il avait de faire cette démarche. Ah ! mon père, répondit-il on soupirant, ne dois-je pas mourir? Or comment, après une vie si coupable, pourrais-je mourir tranquille, sans une confession générale? Si j'attends aux derniers moments, mon épouse, mes enfants, la peur, la violence de la maladie m'ôteront la présence d'esprit; quelle serait mon imprudence de remettre à la faire au milieu de tant de difficultés et d'embarras! Ainsi, trouvez bon, je vous prie, que je ne perde pas une si belle occasion. Tel

' Matlb., XXIV, 42.

fut le langage de ce prudent gentilhomme. Mais non-seulement les personnes sensées, quelquefois même les plus négligentes, lorsqu'elles se voient en face de la mort, pensent aussitôt à la confession générale. Un bon religieux étant allé visiter les prisonniers, il en trouva un qui devait être exécuté le lendemain. Aussitôt ce malheureux pria le Père d'écouter sa confession générale. Mais quel motif avez-vous ? lui demanda le religieux. Ah ! mon père, lui répondit-il, c'est demain que je dois passer de ce monde à l'autre? Et si je fais mal ce pas décisif, que deviendrai-je? N'est-il pas juste que je prenne toutes les précautions possibles ? Vous le voyez : il n'y a pas jusqu'aux voleurs et aux assassins qui ne regardent comme un grand bien la confession générale à l'heure de la mort. Et en effet, Jésus-Christ Notre- Seigneur appelle bienheureux ceux qui meurent bien préparés. Or, à qui peut-on mieux appliquer la parole de l'Évangile qu'à ceux qui meurent après avoir fait une bonne confession générale : Beati servi ilU, quos cum venerit Dominus invener'it vigilitantes'^î lîs quittent la vie avec tant de consolation, tant de paix et de résignation à la volonté divine, que ces marques évidentes de prédestination font ambitionner de mourir comme eux ! Souffrez donc que je blesse votre cœur en vous enseignant un bon moyen pour achever de vous résoudre : ce soir, en al-

' Luc, XII, 37.

lant dormir, prenez dans votre lit la même position que vous aurez bientôt dans le cercueil; fermez les yeux, étendez les pieds, placez vos mains sur votre poitrine, et puis demandez-vous : Que voudrais-je avoir fait au moment de me trouver dans cet état ? S'il vous vient à l'esprit que ce serait un bonheur pour vous d'avoir fait une confession générale, ne différez pas plus longtemps. Ne vous laissez pas tromper par le démon. Voit-il qu'une personne a conçu le salutaire désir de faire une confession générale, aussitôt il lui persuade qu'elle aura toujours le temps. En attendant il fait naître des embarras, des obstacles : tantôt c'est une affaire, tantôt une autre, jusqu'à ce qu'il arrive une maladie mortelle. La tête n'y est plus, le cœur fait défaut, et l'on meurt misérablement. Tenez - vous bien en garde contre cet artifice diabolique. Soyez sûr que nul ne se repentit jamais d'avoir fait à temps sa confession générale, tandis qu'un grand nombre éprouvent du regret de l'avoir, par une déplorable négligence, différée jusqu'à l'article de la mort.

423. — A d'autres enfin la confession générale Nécesest absolument ncce.'isaire, c'est-à-dire que Iotasalut éternel en dépend; mais quels sont -ils? nous en distinguons sept classes : 1° ceux qui par honte ou par un autre motif ont malicieusi ment caché à leur confesseur quelque péché mortel, ou qu'ils croyaient, ou même qu ils dou-

taient être mortel, sans avoir jamais osé le déclarer dans leurs confessions suivantes; 2° ceux qui se confessent sans avoir examiné leur conscience, chargée d'ailleurs de péchés mortels, ou même qui apportent à leur examen une négligence notable, s'exposant par là à ne pas faire une confession entière ; 3° ceux qui ont à dessein partagé leur confession en disant une partie de leurs péchés mortels à un confesseur, et une partie à un autre, afin de ne pas tout faire connaître au même ; 4° ceux qui se confessent sans douleur, sans avoir fait auparavant ni acte de contrition ni acte d'attrition, se confessant par coutume et par cérémonie, comme s'il suffisait de dire tous ses péchés au prêtre, et qui quelquefois s'en vont à la recherche de confesseurs sourds, muets, qui ne savent ouvrir la bouche que pour prononcer les paroles de l'absolution; 5° ceux qui se confessent sans un véritable ferme propos, qui ne s'appliquent jamais à corriger leurs mauvaises habitudes, qui changent exprès de confesseurs, afin de ne pas changer de vie, et qui veulent vivre et mourir dans leurs dispositions criminelles; 6" ceux qui ont vécu dans une occasion prochaine du péché qu'ils pouvaient et qu'ils n'ont jamais voulu quitter, et qui, nonobstant uneattache si vicieuse, ont fréquenté la confession ; 7" ceux qui, étant obligés à restitution, n'ont pas voulu la faire, bien qu'ils en aient eu les moyens, ou qui, ayant de la haine contre leur prochain, n'ont jamais

voulu pardonner, et, malgré de si mauvaises dispositions, n'ont pas moins continué pendant plusieurs années à s'approcher du tribunal de la pénitence. Tous ces pénitents sont dans la nécessité absolue de faire une confession générale de tous les péchés mortels commis depuis le moment où, avecune pleine adverlancc, ils ont commencé à se confesser si mal. Ils doivent apporter à leur examen le même soin que si, pendant tout ce temps-là, ils ne se fussent pas confessés ; car toutes leurs confessions ont été sacrilèges. Il ne s'agit pas ici de ceux qui ont fait leur possible pour se bien confesser, et qui, dans leur confession, ont agi de bonne foi ; mais de ceux qui, avec connaissance de cause, se sont confessés si mal : il est certain que pour ces derniers il n'y a pas d'autre moyen de les remettre en grâce avec Dieu qu'une confession générale bien faite. Citons un exemple de ceux de la première classe : « Il )' y a dix, vingt ou trente ans que vous cachez )• un péché en confession, et toutes les fois que » vous vous confessez il vous revient à la mé- » moire; vous connaissez l'obligation où vous » êtes de l'accuser, et cependant la honte vous » ferme la bouche; je dis que vous êtes obligé de » faire une confession générale de tous les pé- » chés commis pendant ces dix, vingt ou trente » années de mauvaise vie. — S'il en est ainsi, >' mon père, je devrais faire la confession géné- » raie de toute ma vie, quoique j'aie soixante ou

» soixante-dix ans ; car, depuis mon enfance, » j'ai commis quelques péchés dont je me suis >> toujours souvenu, et que je n'ai jamais confes- » ses. — Mais pourquoi ne les confessiez-vous » pas? — Il me semblait qu'étant encore enfant, » je n'étais pas capable de pécher. — Quel âge >• aviez-vous lorsque vous commîtes ces péchés? » — J'avais de sept à huit ans, un peu plus ou un » peu moins. — Lorsque vous faisiez ces mau- » vaises actions, vous cachiez-vous pour n'être )> point vu ? — Oui, mon père. — Craigniez-vous » d'en être puni par vos supérieurs ? — Oui, mon » père. — En vérité, ce sont là des signes trè§- » probables que vous aviez assez de connaissance » pour pécher; mais de plus, n'aviez-vous aucun » doute que ces choses-là ne fussent des péchés? » — Je m'en doutais un peu. — Pourquoi durant » tant d'années n'avez-vous jamais interrogé un » bon confesseur pour éclaircir vos doutes? — » Ah! c'est un peu de honte qui m'a retenu. — » Il n'y a pas d'autre moyen, vous avez besoin » de faire une confession générale de toute votre » vie : douter s'il y a péché, puis avoir la ma- » lice de ne pas vous en éclaircir, ces deux rai- » sons établissent suffisamment que vous êtes » coupable. Je vais plus loin, quand même vous » vous en seriez confessé, que saviez-vous de » la contrition et du ferme propos à cet âge de » douze ou treize ans, lorsque c'était à force de » menaces qu'un père, une mère, un maître, vous

» aisaiem aller à l'église? Quelles confessions » faisicz-vous alors? Pensez à tout cela, et puis, » si vous l'osez, refusez de faire une confession » générale. » Viennent maintenant ces confesseurs qui, voyant à leurs pieds un pauvre pénitent résolu de faire une bonne confession générale, s'empressent do lui demander : <• La honte ne vous a-t-elle rien fait cacher à votre confesseur? — Non, mon père, » répond le pénitent. Là-dessus ils le renvoient en lui disant que la confession générale ne lui est pas nécessaire, coniinc si le défaut de sincérité était la seule raison qui rendit cette sorte de confession indispensable. Plus mal encore font ces autres confesseurs qui ne veulent même pas entendre nommer la confession générale, qui la blâment, qui la critiquent, qui en détournent le plus grand nombre qu'ils peuvent, la baptisant du nom de casse-tête des confesseurs. 0 ministres de mon Dieu ! quoi, vous ne voyez pas quel tort immense vous pouvez faire à ces pauvres ûmes que vous repoussez avec tant d'indiscrétion? Combien ne trouve-t-on pas de pénitents auxquels un confesseur peu instruit, ou ignorant, ou très-imprudent, avait dit que la confession générale n'était pas nécessaire, tandis quelle leur était à plusieurs titres d'une indispensable nécessité ! s'ils fussent morts en cet état, ils seraient damnés. Or, si cette âme que vous repoussez indignement vient à se perdre par votre faute, que deviendrez-vous? Du moins ne dé- II. IG

tournez pas de la confession générale deux sortes de gens : ceux qui ne l'ont jamais faite, car tous les maîtres de la vie spirituelle s'accordent à en conseiller l'usage au moins une fois dans la vie, et c'est avec raison. En effet, comme il est trèspossible que par une négligence coupable on soit tombé dans quelque faute en se confessant mal, la confession générale répare ce manquement. Bien moins encore faut-il dissuader de la confession générale ceux qui, ayant vécu dans quelque mauvaise habitude, ont continué à se confesser de temps à autre avec peu ou point d'amendement. Suivant le conseil de saint Charles, vous ne devez pas seulement les recevoir avec charité, mais encore les exhorter à réparer par une confession générale toutes leurs confessions particulières, attendu qu'elles sont très-douteuses, ou invalides, ou sacrilèges. Supposé même qu'elle ne soit pas absolument nécessaire, combien d'avantages n3 procure pas la confession générale, ainsi que nous l'avons dit plus haut? N'étes-vous pas médecin des âmes? n'est-ce pas le propre d'un médecin de faire état de tout ce qui peut être utile à son malade ? S'il en est ainsi, il faut donc s'écrier avec Jésus-Christ : Filii hujus sœculi prudentiores filiis lucis in generatione sua sunt^.

' Celle note n'a pas pour but d'empêcher les confesseurs d'ordonner des confessions générales, lorsqu'il y a //ci/ ;. l'expérience apprend tous les jouis combien elles sont utiles, et nous souscrivons pleinement aux motifs allégue's à cet égard par le bienheureux Léonard^ de Porî-Maurice au numéro précédent. Tout ce

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