DIALOGUE
ENTRE UE COINFESSEUR ET LE PÉPilTENT,
^ous iiiUK assistés îiu îrirfctiur
(fitut suggère eu confesseur la mantère ^'interroger,
(Et au f énitcnt la manière be réj)onîire,
|)our faciliter «a confession
générale.
Dialogue ^^SS. — Voici rcduite en pratique la manière entreie ^q f^[i-Q. ]{^ confcssion générale. Pour dissiper seur et les faussGs appféhensions que le peuple a coutume \eau' ^^ s^ former d'une entreprise si sainte, et pour en faciliter l'usage en la faisant connaître telle qu'elle est, c'est-à-dire douce et aimable, je donne au public le présent dialogue. Il servira au pénitent comme de miroir où il pourra voir toute la difformité de sa conscience, afin que, d'après ce modèle et les réflexions prudentes qu'il contient, il puisse facilement s'examiner et faire exactement sa confession générale. Il y apprendra la manière pratique de répondre et de s'expliquer avec le confesseur, et, ce qui est bien plus important, la manière de produire les actes nécessaires pour recevoir dignement l'absolution. Il servira aux jeunes confesseurs pour apprendre la manière d'interroger les pénitents et l'ordre qu'ils doivent suivre pour faire brièvement et facilement la confession générale; car nous résu-
nions ici tous les avis que nous avons donnés dans nos instructions précédentes. Il est certain qu3 le meilleur moyen d'apprendre à prêcher, c'est d'entendre un bon prédicateur, qui parle du haut de la chaire; mais, pour apprendre à confesser, il n'est pas possible de prêter l'oreille pour entendre ce que dit le confesseur dans le secret du tribunal et sous le sceau le plus inviolable. Or, c'est pour donner une idée de ce qui se passe entre le confesseur et le pénitent qu'on les représente ici comme s'ils étaient l'un et l'autre dans l'acte même de la confession. Cette confession idéale instruira les pénitents à se bien confesser, et les jeunes confesseurs à diriger utilement leurs pénitents et à leur fat ilitor l'usage de la confession générale; pourvu qu'on observe les règles de la prudence, et que ce qu'on donne ici pour exemple on ne le prenne pas pour une règle fixe qu'on doive rigoureusement observer avec toutes sortes de personnes. Car, dans les cas particuliers, le confesseur doit tantôt restreindre, tantôt augmenter le nombre des interrogations, les variant selon le besoin spécial du pénitent qu'il confesse. On expose en premier lieu ce qui regarde le sixième précepte, parce que le pénitent, une fois sorti de cette fange, marche plus librement et ne s'épouvante de rien. Par de justes motifs, les questions et les réponses sur cette matière dangereuse sont exposées en latin : c'est pour ne pas nuire aux Ames sim-
pies et innocentes. La lettre D indique quand c'est le directeur qui parle; la lettre C, quand c'est le confesseur; ie commencement des réponses du pénitent est marqué par la lettre P. Maintenant, quelle utilité on peut retirer du présent dialogue, nous laissons le soin d'en juger aux pénitents et aux confesseurs qui en feront l'expérience.
D. La première règle que je vous donne pour entendre avec fruit les confessions générales, c'est de traiter votre pénitent comme vous voudriez qu'on vous traitât vous-même, si vous étiez dans son misérable état. Accueillez-le avec un visage riant, avec une douceur pleine de charité; monlrez-iui un bon cœur, afin qu'il prenne confiance en vous et vous découvre tout son intérieur. Abstenez-vous de certaines expressions rudes et impolies, dictées par un zèle amer, qui sont bien plus propres à irriter et à exaspérer le pénitent qu'à le rendre docile, obéissant et contrit. Lors même qu'il serait grossier, bouché, ignorant, et même quelquefois rebelle à vos exhortations et même obstiné à ne pas vouloir accomplir ses devoirs, vous ne devez ni le réprimander durement, ni l'effrayer par une sévérité excessive. Souvenez -vous bien qu'au confessionnal, vous devez être un martyr de la patience, tâchant toujours de seconder votre pénitent par des manières douces et honnêtes et par une conduite qui incline plus à la douceur
qu'à la sévérité. En le persuadant doucement par la force de vos raisons, faites pénétrer bien avant dans son ftme les saintes maximes de la foi, et vous le verrez humilié et convaincu; en un mot, traitez-le comme vous voudriez être traité vous-même. Interrogez-le ensuite sur les péchés commis depuis la dernière confession, afin de connaître, dès le commencement, en quel état se trouve son àrae. S'il se trouvait dans une occasion prochaine de péché ou sujet à quelque mauvaise habitude, sans avoir la ferme résolution de se corriger, et sans montrer aucun signe de componction, vous ne devriez pas, conformément aux règles exposées ci-devant, vous mettre en peine d'entendre sa confession générale ', ce serait une fatigue inutile; car la confession générale ne se fait pas seulement pour remédier au passé, mais aussi pour commencer un véritable changement do vie. Or, ôlcz du pénitent cette véritable disposition, l'ouvrage tout entier man- (jue de fondement. Si îe pénitent est disposé, demandez-lui premièrement quel est son ûge, son état, sa profession. Commencez par le sixième
' Il nous semble que cette tvç^\c peut et doit souffrir des exceptions. En effet , il est possible que dans le cours de la confession, à la vue de ses fautes et par les a^is du confesseur, le pénitent conçoive les sentiments et prcnntles dispositions qu'il n'avait point au commencemeni. D'ailleurs, aujourd'hui où la foi et le zèle pour la confession sont si faibles, le renvoyer sans l'entendre ue seraitcc pas l'exposer à ne pas revenir.' {Noie du Trad.)
précepte. Interrogez-le d'abord sur les péchés commis dans l'enfance, et ensuite sur les pensées, les paroles, les actions obscènes, mais par degrés et suivant l'ouverture qu'il vous donnera par ses réponses et que je vous suggérerai moimême. Et vous, pénitent, vous devez venir aux pieds de votre confesseur avec un esprit d'obéissance et une ferme résolution de lui ouvrir votre cœur tout entier, de faire votre confession générale, comme si elle devait être la dernière et si vous deviez bientôt paraître au tribunal de Dieu; mais par-dessus tout avec la résolution inébranlable de changer véritablement de vie. Ne vous répandez pas en récits inutiles. Si même vous avez écrit vos péchés, mais sans ordre et avec des histoires étrangères, et que dans sa prudence votre confesseur juge qu'il vaut mieux mettre votre écrit de côté et suivre la méthode suivante, aidé de ses interrogations, obéissez : vous ne pouvez vous tromper. En lisant un fatras si embrouillé, vous ne feriez qu'augmenter votre embarras. Au reste, voici votre règle : taisez-vous lorsque le confesseur parle, et parlez lorsqu'il vous interroge; suivez l'ordre qui vous sera tracé, et que je vais vous indiquer.
C. Vous êtes donc venu pour faire votre confession générale? Je m'en réjouis; soyez sûr qu'elle vous servira comme d'un second baptême. Prenez courage : n'ayez point d'inquiétude, confiez-vous en moi, je vous aiderai autant
qu'il me sera possible; j'espère que vous serez consolé. Or, dites-moi, avez-vous jamais fait cette confession générale?
P. Non, mon père, et je ne peux vivre tranquille si je ne me décharge de ce pesant fardeau de tant de péchés qui me pèse sur le cœur.
C, Étes-vous marié ou libre ? quel âge avezvous? quelle est votre profession? afin que je puisse vous aider par des interrogations convenables à votre état.
P. Je suis marié et j'ai trente-six ou trentesept ans ; j'ai eu différentes professions, comm*" la suite de ma confession vous rapprendra.
C. Combien y a-t-il de temps que vous ne vous êtes pas confessé ?
P. Il y a environ deux mois.