B. LiGUORi, n. 166-211.) — Je résume
^ ' ^ Avis aux
ici toutes nos instructions précédentes, et je confesmarqae quelques-unes des principales choses '*""' qui doivent fixer votre attention dans l'exercice du saint ministère.
1" Avant tout, usez de la plus grande charité à l'égard des pécheurs, soit en les recevant, soit en leur inspirant la confiance à la miséricorde de Dieu. Mais aussi que jamais le respect humain ne vous empêche de les avertir avec force et de leur faire connaître le misérable élat où ils se trouvent, en leur indiquant les moyens les plus convenables pour rompre les chaînes de leurs mauvaises habitudes ; surtout soyez ferme à leur refuser l'absolution quand cela est nécessaire.
2" Aux ignorants, demandez ordinairement s'ils savent les principaux mystères de la foi. Souvenez-vous de ce que nous avons dit là-dessus aux n"' 170 et suivants.
3° A ces mêmes ignorants, ainsi qu'aux personnes qui négligent les affaires de leur con-
science, ne manquez pas de demander les fautes où ces sortes de personnes ont coutume de tomber, si elles ne s'en accusent pas.
4» Soyez réservé en interrogeant sur la pureté, surtout avec les jeunes personnes et les enfants, afin de ne pas leur apprendre ce qu'ils ignorent. Si en interrogeant sur cette matière vous éprouvez des tentations, élevez souvent votre cœur à Dieu. Jetez vos yeux sur quelque sainte image, et, avant d'entrer au confessionnal, ayez toujours soin de purifier vos intentions.
5° Quant aux pères et mères, ne vous contentez pas de les interroger en général sur l'éducation de leurs enfants , mais demandez-leur en particulier s'ils les corrigent comme ils doivent ; s'ils ont soin de leur faire apprendre le catéchisme, de les empêcher de fréquenter de mauvaises compagnies, et surtout, si ce sont de jeunes filles , d'entretenir des conversations avec des jeunes gens, et à plus forte raison avec des personnes suspectes, des hommes mariés, des religieux ou des ecclésiastiques.
6» Aux pénitents qu'on peut soupçonner d'avoir caché quelque péché par honte, tels que les ignorants, les femmes et les enfants, demandez s'ils n'ont point d'inquiétude sur la vie passée en les encourageant à tout dire. Combien cette question a délivré d'âmes du sacrilège 1
438. — T*' Quand môme il y aurait un grand concours de pénitents, ne vous pressez pas plus
qu'il ne faut, en sorte que pour en expédier un plus grand nombre, vous manquiez dans l'intégrité de la confession, ou dans le soin que vous devez donner au pénitent pour le disposer convenablement, ou enfin dans les avertissements et les conseils dont il a besoin.
8" Lorsqu'un pénitent accuse un péché mortel, surtout s'il l'a commis plusieurs fois, ne vous contentez pas de lui demander l'espèce et le nombre, demandez-lui encore si, par le passé, il en a eu l'habitude ; de plus, avec quelle personne il a péché et dans quel lieu, pour savoir s'il y a une habitude à rompre ou une occasion à éloigner. Beaucoup de confesseurs manquent en ce point. De là, la perte d'un grand nombre d'âmes; car le confesseur qui néglige de faire ces questions ne peut connaître si le pénitent est récidif, par conséquent ne saurait lui donner les moyens convenables pour rompre l'habitude et ôter l'occasion. Souvenez-vous des principes établis au n° 354, ou nous avons vu que le pénitent récidif ne peut être absous qu'après l'épreuve de l'amendement, ou bien s'il ne donne quelque giarque extraordinaire de sa disposition. Lorsqu'il s'agit d'occasion prochaine, n'ayez de respect humain pour personne et soyez, forme à refuser l'absolution jusqu'à ce que le pénitent ait éloigné l'occasion, si elle est in esse, comme nous avons dit au n" 317; si l'occasion est nécessaire, refusez aussi l'absolution jusqu'à ce
442 MANIEL
que de prochaine elle soit rendue éloignée, par l'usage des moyens assignés pour cela. Surtout soyez ferme à refuser l'absolution aux futurs époux qui se fréquentent ', et à leurs parents^qui le permettent. S'ils vous disent qu'il n'y a point de mal, ne les croyez pas, car cela est moralement impossible , comme l'expérience le prouve.
9" Ne donnez pas l'absolution à ceux qui veulent recevoir un ordre sacré, et qui sont dans l'habitude de quelque vice, si vous ne voyez auparavant qu'ils ont acquis cette sainteté positive nécessaire au rang auquel ils aspirent. Voyez les n»' 359 et suivants.
10° Prenez garde de ne détourner personne par respect humain de la vocation à l'état religieux. Saint Thomas dit qu'une pareille conduite ne peut être excusée de péché mortel 2. Combien peut-être de confesseurs ignorants qui ne se font aucun scrupule de détourner des jeunes gens de la vocation à un état plus parfait, pour complaire à leurs parents, en leur disant que les enfants sont obligés d'obéir à leurs pères et mères ! Cependant l'enseignement commun des docteurs, fondé sur l'autorité de saint Thomas, est que
' 11 peut arriver que les fréquentations entre futurs époux soient assez rares, assez courtes et environnées d'assez de précautions pour qu'elfes ne deviennent pas une occasion de péché : c'est au confesseur à en juger d'après les circonstances. {Note du Traducteur.)
* Quodiib. 3, art. 14.
dans le choix de l'étal de vie chacun est libre et doit obéir à Dieu qui l'appelle plutôt qu'à ses parents. D'un autre côté, remarquez que vous ne pouvez absoudre celui qui, sans vocation, voudrait prendre les ordres sacres '.
439. — 11"^ En confessant les prêtres soyez Suii*. respectueux, mais ferme à leur faire les corrections nécessaires cl à leur refuser l'absolution .s'il en est besoin. Ne manquez pas d'interroger ceux qui sont peu timorés, sur trois choses en particulier : 1° s'ils ont différé de célébrer des messes pendant un mois, si c'étaient des messe» de mort, et pendant deux mois, si c'était pour les vivants, parce qu'on n'excuse pas ce délai de péché mortel^; s'ils ont célébré avec précipitation, parce qu'il y a péché mortel à dire la messe dans moins d'un quart d heure, quand même ce serait une messe votive do la sainte Vierge ou une messe de mort '^. En effet, il est impossible, en mellani si peu de temps, de ne pas manquer notablement aux cérémonies, ou du moins à la gravité avec laquelle on les doit faire, ou enfin au respect qui esi dû à cet auguste sacrifice ; 3" s'ils ont satisfait à l'obligation de l'office, surtout s'ils sont bénéficier?. Ne manquez pas de leur recommander de se rendre capables de travailler au salut des âmes, suivant le talent
' Lib. 6, n. 803.
« Lib. 6, n. .117, q. 11.
» Lib. 6, n, 40.
que Dieu leur a donné ; de faire la préparation et l'action de grâces après la messe, ainsi que l'oraison mentale sans laquelle on est difficilement un bon prêtre.
12° En matière do restitution du bien d'autrui, ordinairement n'absolvez pas le pénitent qui peut restituer, avant qu'il l'ait fait; car, une fois absous, il le fera difficilement. Remarquez néanmoins qu'un grand nombre cessent d'être obligés à la restitution à cause de la prescription faite de bonne foi : sur quoi vous devez noter : 1" que les biens mobiliers, lorsqu'il y a un titre présumé, se prescrivent par trois ans, et les immeubles par dix ans, inter prœsentes, et vingt ans, inter absentes; 2° qu'il est probable que cette prescription est valide au for de la conscience, même lorsqu'au for extérieur la loi de la prescription n'est pas en usage, comme dans le royaume de Naples, à cause de la difficulté de prouver la bonne foi. Exceptez toutefois les prescriptions qui sont expressément défendues par quelque loi particulière, comme dans le royaume de Naples, où la prescription de l'héritier n'est pas reconnue lorsque le testateur a possédé de mauvaise foi. Voyez, au reste, ce que nous avons dit touchant les prescriptions K
13» Si le pénitent a reçu quelque offense pour laquelle son ennemi est traduit en justice, ne l'absolvez pas, pour l'ordinaire, à moins qu'il
' Lib. 3, n. 504 à àl7.
n'en fasse la remise. Voyez le numéro 177.
li° Lorsque vous prévoyez que l'avertissement sera inutile, et que le pénitent est dans la bonne foi, ne le faites pas, surtout lorsqu'il s'agit de la nullité d'un mariage déjà contracté. Il faut excepter l'obligation de dénoncer confessores sollicitantes in materia tiirpi, parce qu'il est un commandement direct qui ordonne au confesseur d'imposer cette obligation à tous ceux qui sont sollicités. Voyez les n"' 41, 42 et 229.
15» Faites produire à tous l'acte de contrition, à moins que vous ne présumiez avec certitude que le pénitent l'a fait comme il faut. Ne manquez pas de donner les motifs d'atlrition et de contrition, ainsi que nous les avons exposés au n" 43. Remarquez surtout que si le pénitent se présente sans disposition, vous êtes obligé, autant qu'il est en vous, à le disposer pour l'absolution. Voyez le n-'il.
16" Ne donnez pas l'absolution aux pénitents qui n'accusent que les péchés véniels, mais aux- (piels ils sont habitués, à moins qu'ils ne témoignent une véritablo conirition et un ferme propos de se corriger, au moins de quelqu'un en particulier, ou bien s'ils ne donnent pas pour matière d'absolution quelque faute plus grave de la vie passée. Voyez le n" 353. Combien de confessions invalides qui en soi sont de vrais sacrilèges, ont lieu do cette manière [)ar la négligence des confesseurs !
17° N'imposez que les pénitences dont vous pouvez juger que le pénitent s'acquittera facilement, ainsi que nous l'avons dit au n° 407 ; mais ayez soin qu'elles soient médicinales, comme la fréquentation des sacrements, les visites à Notre- Seigneur, se recoihmander à Dieu matin et soir, faire des lectures de piété, s'enrôler dans quelque congrégation, et autres semblables.
18" Aux personnes pieuses qui fréquentent les sacrements, recommandez l'usage de l'oraison mentale, et demandez-leur-en compte du moins en les interrogeant si elles l'ont faite. Par ce peu de soin, il n'est pas de confesseur qui ne puisse sauver bien des âmes. Ne soyez pas difficile pour accorder la communion fréquente toutes les fois que vous remarquez ou que vous estimez prudemment que le pénitent en retirera du profit.
19" Aux scrupuleux recommandez surtout l'obéissance; dites-leur bien qu'en obéissant ils marchent en sûreté, mais qu'en désobéissant ils se mettent en danger de se perdre. Soyez ferme et sévère pour vous faire obéir; soyez résolu et tranchant dans vos paroles, car si vous parlez avec timidité, vous augmenterez leurs inquiétudes. Donnez-leur des règles générales pour déposer leurs doutes, suivant le besoin de chacun ; par exemple, à ceux qui sont toujours en scrupule sur leurs confessions passées, défendez d'accuser aucune de leurs fautes passées, à moins qu'ils ne soient certains que ce sont des
péchés mortels, et que certainement ils ne les ont jamais confessés ; et soyez ferme pour ne pas les entendre s'ils refusent d'obéir. Si vous cédez une seule fois, le pénitent sera toujours inquiet ; il est des confesseurs qui perdent ces âmes-là en les confessant. A celui qui craint que toutes ses actions soient autant de péchés, ordonnez de vaincre le scrupule, et d'ajjir librement en tout ce qu'il ne voit pas être évidemment péché.
20° Quant au choix des opinions, s'agit-il d'éloigner le pénitent du danger de péché formel? suivez rarement les opinions bénignes, autant du moins que vous le permettra la prudence chrétienne. Une opinion rend-elle plus prochain le danger du péché formel? vous devez toujours conseiller l'opinion plus rigide. Voyez le n" 320. Je dis conseiller, parce que si l'opinion est probable et que le pénitent veuille la suivre, vous ne pouvez lui refuser l'absolution à laquelle il a acquis un droit certain par la confession de ses péchés. N» 228.
21° En confessant les femmes, et en traitant avec elles, usez de toute la sévérité que vous permet la prudence. Ainsi refusez leurs présents, fuvez leur familiarité et tout ce qui peut être cause d'attachement. Combien de confesseurs, pour s'c-lre négligés sur ce point, ont perdu leur Ame et celles de leurs pénitentes I
'.22° Soyez humble et ne présumez pas de votre science. Ainsi demandez souvent à Dieu, par les
mérites de Jésus-Christ, surtout dans les cas douteux, la lumière nécessaire pour les bien décider. Invocavi et venit in me spiriius sapientiœ^. Concluez de là qu'un confesseur qui ne fait pas l'oraison manquera souvent de prudence et de discrétion. Dans les cas plus embarrassants ou plus graves, ne négligez pas de consulter ceux qui sont plus doctes et plus expérimentés. Soyez surtout fidèle à cet avis lorsqu'il s'agira de diriger une âme plus avancée que Dieu favorise des dons surnaturels, lorsque vous-mêmes n'êtes encore que novice en cette matière. Il en est qui ont à peine une teinture de la science ascétique, et qui rougissent de consulter. Les prêtres vraiment humbles se gardent bien de tenir une pareille conduite. Non-seulement ils consultent, même plusieurs personnes quand il le faut, mais ils adressent les âmes de cette trempe à des directeurs plus habiles pour en être conduites ou du moins pour recevoir leurs conseils. N'entendez pas ces âmes les jours de fête; réservez ces jours-là pour les personnes plus nécessiteuses, surtout les pauvres artisans.
Avis aux 440. — Pour compléter nos inslruclions, je vais rappeler en abrégé quelques-uns des devoirs particuliers des curés à l'égard de leurs ouailles.
l** Le pasteur est obligé de les instruire des mystères de la foi et des choses nécessaires au
' Sap., VII, C
cures.
salut; tels sont, par exemple, l' les quatre principaux mystères, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et que ce Dieu est tout-puissant, infiniment sage, créateur et seigneur de toutes choses, miséricordieux et souverainement aimable ; surtout qu'il récompensera les bons et punira les méchants; qu'il y a trois personnes en Dieu égales en tout; que le Fils, la seconde personne, a pris un corps et une âme semblables aux nôtres, qu'il est mort pour nous; 2» les sacrements nécessaires, le baptême, l'eucharistie, la pénitence, et les autres quand on doit les recevoir ; 3" les articles du Credo, entre autres la virginité de la sainte Vierge ; la session de Jésus-Christ à la droite du Père, c'est-à-dire qu'il jouit dans le ciel d'une gloire égale à celle du Père ; la résurrection des corps au jugement dernier qui se fera par Jésus-Christ ; l'unité de l'Eglis"; rom-''^^ dans laquelle seule se trouve le sa'ut; enfin I^~ ternité du paradis et de l'enfer. Il y a obli^atio^ grave pour tout chrétien de savoir ces articles 4« les commandements de Dieu et dt^ rPcH*!*»; 5" le Patei' noster et VAve Maria, ainsi que les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition. Or, comme il y a péché mortel pour le chrétien qui n'apprend pas ces choses quant à la lettre et quant au sens, de même il y a péché mortel pour le pasteur, suivant la doctrine commune des théologiens, si, par lui-même ou par d'autres, lorsqu'il est légitimement empêché,
comme dit le concile de Trente, il néglige dé les enseigner au moins en substance à ses paroissiens, enfants et adultes qui ne le savent pas. C'est pourquoi s'il remarque que les parents ou les maîtres n'envoient pas leurs enfants ou leurs domestiques au catéchisme, il est obligé de prendre les mesures convenables avec l'évêque, qui peut, suivant le concile de Trente ', forcer les parents même par les censures ecclésiastiques. Les bons curés doivent tenir un registre des enfants pour savoir ceux qui manquent. Lacroix dit même que s'il y a des personnes ignorantes qui ne peuvent pas venir à l'église parce qu elles sont obligées de garder la maison ou les bestiaux, le pasteur doit aller les instruire en particulier, cum quantocumque suo incomnïodo, suivant l'expression de ce savant aute^^râ/^o'^is dirons au moins que si cela lui éta^j JJ.QP difficile à cause du grand nombre de ^^]s ignorants, il doit du moins les examiner et 'es instruire au temps du précepte pascal, ou lors- ^«•iia yieuirent demander des certificats pour la confirmation ou le mariage. Il est bon aussi que le pasteur s'assure si les maîtres et les maîtresses sont en état de bien apprendre à leurs enfants le catéchisme, et les moyens de vivre dans la crainte de Dieu.
2» Le curé est obligé d'administrer les sacre-
' Sess. ;>4, c. 4.
* Lib. 2, q. 149 ; et lib. 3, p. 1, n. 767-
mcnts par lui-même toutes les fois que les paroissiens le demandent avec jusiice. S'il a un vicaire, il doit bien examiner sa vie et sa science, autrement il rendra compte à Dieu de toutes les imprudences qui auront lien. De plus, il est tenu d'assister les moribonds, à moins qu'il n'y ait une autre personne capable. 11 doit des soins particuliers aux pécheurs moribonds et habitudinaires, parce qu'ils sont dans une grave nécessité de recevoir ses secours. Quant à l'extrômc-onction, il doit se rappeler ce que dit le Catéchisme romain : Gravissime peccantqui illud tempus œgrotos ungendi observare soient, cum jam, omni salutis spe ainissa, vita et sensibus carere incipiant^. Le curé est encore obligé de s'informer si ses paroissiens ont accompli le devoir pascal ^. Qu'il ait soin de ne pas confier les billets de confession à tout clerc -indistinctement.
3" Il doit empêcher qu'on ne donne l'habit clérical aux jeunes gens et aux enfants en qui on ne remarque pas de dispositions à l'état ecclésiastique. Il doit donner un grand soin à l'instruction de ses clercs, qui déjà portent l'habit clérical, autrement ces jeunes gens, sans instruction et sans discipline, iront aux ordres per fas et nefas, et deviendront le scandale des peuples. Je ne-
' Part., 2, c. G, n. 9.
2 l?arI)osa, de Offic. par., c. 2, n. 7, et Seigneri, Pastinstr., c. 23.
parle pas ici du compte terrible qu'auront à rendre à Dieu ces curés qui donnent des certificats aux ordinands dont ils connaissent l'indignité, ou avant de s'être assurés par de soigneuses informations de la bonté de leur conduite.
4" Le curé est obligé de s'enquérir de ceux qui \iventdans le péché, afin de les corriger; des inimitiés et des scandales qui régnent surtout entre les époux, afin d'y remédier autant qu'il est possible. Voici ce que dit saint Thomas: Quihabet specialem curam alterius, débet eum quœrere ad hoc, ut corrigat de peccato^. S'il existe quelque scandale donné par une personne puissante, surtout par un prêtre, et auquel il ne peut remédier, il doit du moins en prévenir l'évêque afin qu'il y pourvoie. Ni la crainte ni le respect humain ne sauraient l'autoriser à négliger ce devoir. Le bon pasteur est obligé de donner sa vie pour le salut de ses brebis.
5° Il doit prendre garde de ne pas recevoir les promesses des futurs époux longtemps avant le mariage, parce que tout le temps qui s'écoulera entre les fiançailles et le mariage sera un temps dépêché pour les fiancés et leurs parents.
6° Quand il y a dans la paroisse des désordres graves auxquels le pasteur ne peut remédier, il est obligé de faire ce qui dépend de lui pour avoir une mission, s'il ne trouve pas d'autre moyen de faire cesser le mal. Il sera toujours utile d'ap-
peler de temps en temps des confesseurs étrangers pour les personnes que la honte retient, surtout si le prédicateur de carême n'a pas l'habitude de confesser; mais le curé qui refuse la mission donne grandement lieu de soupçonner sa vertu.
7" Le curé ne doit pas seulement déraciner le mal, il doit encore procurer le bien, à l'exemple de tous les bons pasteurs, qui ne se lassent point d'exhorter à la fréquentation des sacrements, à l'assiduité aux congrégations, à la visite du Saint-Sacrement et de la sainte Vierge, aux neuvaines, à suivre Nolre-Scigneur quand on le porte aux malades, et par-dessus tout à faire l'oraison mentale, dont nous avons donné la méthode aux n"' 300 et suivants.
8° Le curé est obligé de prêcher les dimanches et fêtes principales. Aussi les docteurs disent ' que le curé pèche grièvement s'il néglige de prêcher per mensem continuum, aut per très menses discontiniio^, excepté cependant les deux mois pendant lesquels le concile de Trente permet aux curés de sortir de leur résidence pour une cause juste et approuvée de l'évêque. 11 faut remarquer encore que le même concile* ordonne aux pasteurs de nourrir leurs ouailles du pain de la parole divine suivant leur capacité, en faisant des sermons simples et clairs, afin qu'ils soient entendus; car la foi se conserve comme elle se ré-
• Lib. 3, n. 269ct3C0. « Scss. 5, c. 2, de Reforni.
pand, par le moyen de la prédication, fides ex audiiu. Ainsi les peuples ne retireront que peu de fruit des discours qui ne sont pas semblables à ceux de Jésus-Christ et des apôtres, qui prêchèrent non in doct'is humanœ sapientiœ verhis, sed in ostensione spiritus et virtutis, comme dit l'apôtre saint Paul. C'est pour cela que le vénérable Père M. Avila avait raison d'appeler non pas ministres, mais traîtres de Jésus-Christ ceux qui prêchent par vanité ; le Père Gaspard Sancio ajoutait que de pareils prédicateurs sont les plus grands persécuteurs de l'Eglise. En effet, en prêchant comme ils font, ils occasionnent la perte d'un grand nombre d'âmes, que des sermons faits à V apostolique auraient sauvées. Les paroles vaines, les périodes sonores, les descriptions inutiles, disait saint François de Sales, sont la perte de la prédication, dont le but unique doit être de porter au bien la volonté des auditeurs, et non de repaître leur esprit de choses inutiles ; et l'expérience prouve que ces paroles fleuries ne convertissent personne, car Dieu ne donne pas le concours de sa grâce à la vanité. Cela soit dit pour tous les prédicateurs qui parlent avec vanité, mais surtout pour les curés auxquels le concile de Trente ordonne à l'endroit cité plus haut: Archipresbyteri quoque, plebani, et quicumque curam animarum obtinent, per se vel alios ido~ neos, si légitime impediti fuerint, diebus saltem dominicis et festis solemnibus plèbes sibi com-
missas pro sua et earum capacitate pascant salutaribus verbis. Faites attention à ce pro earum capacitate, car il en résulte évidemment qu'ils contreviennent aux ordres du concile les pasteurs qui ne se mettent pas à la portée du peuple qui les écoute. 441. — Il est bon d'indiquer ici quelques-unes te q"'"*
, , , , . , doivent
des choses les plus importantes que le pasteur rappeler doit inculquer plus souvent à son peuple dans ses '"^ p'"^
' '^ ' ' souvent a
prédications : 1° que pour changer de vie il ne Uur suffit pas de se proposer de fuir le péché, mais ^*"^ * qu'il l'aut encore éviter l'occasion du péché. En parlant des futurs époux qui fréquentent la maison de leurs futures épouses, il doit dire que ni eux ni leurs parents, qui le savent, ne peuvent être absous à moins qu'ils n'ôtent une pareille occasion.
2" Qu'il insiste pour empêcher les hommes d'aller aux cabarets, leur représentant les nombreux péchés qui s'y commettent ordinairement; sansparlerde l'ivrognerie, c'est le blasphème, les querelles, les scandales, les obscénités, les discordes dans la maison, la soustraction des aliments à leur famille, etc.
3" Qu'il prêche et s'élève souvent contre l'habitude {{éncralcmcnt répandue, surtout dans les campagnes, de tenir des discours déshonnêtcs dans les champs et dans les boutiques et les ateliers; discours plus coupables encore, lorsqu'on les tient devant des enfants, des ieuaes filles, et
des personnes d'un sexe différent. Oh! combien de jeunes gens pervertis par de semblables propos ! Qu'il ait soin d'avertir les parents et les maîtres et les chefs d'ateliers qu'ils soient attentifs à corriger et à châtier leurs enfants ou leurs ouvriers qui se permettent un pareil langage, surtout dan3 le temps des vendanges.
4° Qu'il représente avec force Vénormité du sacrilège, dont se rendent coupables ceux qui se confessent, et qui communient après avoir caché par honte quelque péché mortel ; et afin d'inspirer plus de crainte et d'horreur pour un mal si grand, qu'il ait soin de rapporter souvent quelque exemple terrible de ceux qui ont fait des confessions sacrilèges pour avoir caché. Il peut se servir pour cela du petit livre du Père Véga, intitulé : Exemples au siijet de la confession, etc.
5" Qu'il rappelle souvent la nécessité de la contrition et du ferme propos, même dans les confessions de péchés véniels, disant bien que personne ne doit recevoir l'absolution s'il n'a un vrai repentir au moins de quelqu'un des péchés véniels dont il s'accuse, ou bien s'il ne donne une matière certaine, c'est-à-dire quelque péché de la vie passée, dont il a une douleur véritable, nécessaire pour la validité de la confession. Or, comme les ignorants comprennent peu ce que doit être cette douleur, il dira souvent que tout pénitent, pour se confesser validement, soit qu'il ait la contrition ou l'attrition, doit avoir un tel
DES CONFESSEURS. 4o7
déplaisir de son péché, qu'il le haïsse et Thabhorre plus que tout autre mal.
G» Qu'il exhorte à remplacer, dans les transports de colère, les blasphèmes et les imprécations, par des paroles bonnes et innocentes ; par exemple : Maudit soit le péché, maudit soit le diable, ou bien, sainte Vierge, aidez-moi ; Seigneur, donnez-moi la patience.
7" Qu'il inspire de l'horreur pour toute espèce de superstitions, ou vaines observances que lo peuple emploie pour guérir les maladies, ou pour connaître les voleurs, etc.
8" Qu'il recommande aux pères et mères de corriger leurs enfants, surtout quand ils sont petits, dès qu'ils blasphèment ou qu'ils volent, etc. ; en outre, d'avoir soin d'observer et de s'informer quelles sont leurs sociétés, et de leur défendre de fréquenter les mauvaises compagnies et les personnes d'un sexe différent; enfin de ne pas mettre leurs enfants avec eux dans leur lit lorsqu'ils soni trop jeunes, à cause du danger de les étouffer, ou trop grands, par exemple,après six ans, à cause du danger de les scandaliser ; à plus forte raison, de ne pas faire coucher ensemble les petits garçons et les petites filles.
9° Qu'il exhorte coniinucllement ses paroissiens à chasser leurs tentations, surtout contre la pureté, par l'invocation des saints noms de Jésus et de Marie, C'est là un grand remède contre les tentations.