ARTICLE III
AVEC LES PERSOIVUES FAVORISEES DE GBACES EXTBAORDINAIKES.
258. ( Vie de Saint François de Sales, avîs pag. 132.) — Saint François de Sales, peu de^^"^^*"* jours après qu'il eut été sacré évêque, déclara à François son confesseur que Dieu lui avait inspiré un ar- sur la" dent désir de travailler pour le salut des âmes, conduite
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et qu il avait vu, comme en un tableau, tous les femme». traits et tous les visages de la vertu qui est requise dans chaque condition. Comme sa vie était une vie commune et qu'il pouvait, par le moyen de ses instructions, se rendre utile non - seulement aux hommes, mais aux femmes, dont la piété a toujours été la base des Etats et de la religion. Dieu lui donna une industrie incomparable pour les former aux plus solides vertus, et leur apprendre que l'héroïsme chrétien n'est point incompatible avec la faiblesse de leur sexe et la délicatesse de leur tempérament. Quelle preuve plus authentique en pourrais je donner que cette Philolhée qui enseigne tous les jours tant de dames chrétiennes, et leur propose une vertu si douce et une dévotion si agréable, qu'à peine la peut-on voir sans élre épris d'amour pour elle; ce fut ce qui porta une dame très-noble et trèsverlueuse à écrire à ce saint prélat en ces termes :
« J'ai lu six fois depuis un an voire Pliilolîiée; >• je ne sais si sa conversaùon ma rendue meil- » loure; mais au moins je voudrais bien lui res- » sembler. J'ai lu aussi depuis un mois tout votre V ïhéotime, et j'ai appris que l'amour de notre « bon Dieu n'est pas de la nature de ceux du » monde et de la cour. Je vais donc tâcher de » monter ma vie sur celle de votre Philothée, et >• de n'aimer avec Théotime rien que Dieu, ou » pour lui, et selon sa très-sainte volonté. Je vous » prie, monsieur, de m'assister de vos prières et » de me donner quelques conseils particuliers. Au » reste, je ne vous ferais pas cette demande si je » n'étais très-assurée que Dieu vous a ouvert le » livre des consciences, et qu'en vous déclarant » mon nom, je vous découvre qui je suis et tout » ce qui se passe dans mon intérieur. De plus, je » trouve vos pratiques et votre dévotion si ajus- » tées à mon humeur et à la faiblesse de mon sexe, » que je ne crois pas que vous puissiez rien me » recommander que je ne puisse très -facilement » accomplir.
«> Je connais plusieurs dames qui ont le bien » de vivre sous votre sainie conduite, et qui »' m'ont assuré que Dieu vous avait fait naître » en ce siècle pour nous apprendre la vertu, et » qu'il ne tiendra qu'à nous d'être saintes, si » nous voulons suivre les douces lois de votre >' sainteté. Pour moi, je vous choisis pour mon " bon père et mou bon directeur, et je vous jure
» que, voulant être tout à Dieu, je me propose » d'être votre chère fille selon Dieu.
» Adieu, monsieur et très-cher père, et conii- » nuez de faire comme vous commencez, autant » de saintes qu'il y a de femmes dans le monde. »
On ne peut rien souhaiter à la fin de cette lettre que la réponse de notre saint, où je suis persuadé qu'il renferma tout ce qui peut servir à la conduite spirituelle d'une dame; mais, continue le Père Talon, puisqu'on n'a pas pu la retrouver, il faut se contenter que je réponde à toutes les dames de la part du saint prélat, et que je leur donne une conduite générale dont tous les points sont ramassés de ses écrits.
259. — Premièrement, comme la dévotion des femmes est fort sujette à l'inconstance, d'abord il tâchait d'affermir leur jugement et d'arrêter leur volonté, afin de la maintenir dans un état de persévérance.
Secondement, il les exerçait plus à la pratique des vertus qu'à la contemplation, et il les faisait longtemps servir Dieu dans la vie de Marthe, avant de les admettre à celle de Marie. Sa maxime était qu'il fallait s'approcher de Jésus avant de s'unir à lui, et qu'il fallait servir un si bon maître, laver ses pieds avec ses larmes et les essuyer de ses cheveux, avant d'être admis sur son sein, et de reposer avec lui dans l'union du saint amour.
Troisièmement, il bannissait tout ce qui peut rendre la dévotion ridicule ou haïssable, et il di-
sait que Dieu et la vertu ne peuvent être dans une âme, sans que le prochain n'en ressente quelque douceur. Cela n'empêchait pas qu'il ne permît de laisser couler les larmes que les yeux ont coutume de verser quand le cœur est rempli du saint amour; mais il voulait qu'elles coulassent doucement, et ainsi que ce fleuve des Indes qui déborde durant les nuits, et qui au premier retourdu soleil s'arrête, ou pour le moins semble n'oser,couler qu'imperceptiblement.
La quatrième condition qu'il désirait dans la vertu d'une dame, était une grande simplicité ; il disait souvent que la finesse est comme une cantharide qui avait coutume de s'attacher sur la douceur de leur naturel, pour le pervertir; il ajoutait que quand une fois les femmes avaient pu bannir l'hypocrisie et les déguisements, elles étaient plus fortes que les hommes dans leur dévotion. Mais comme leur simplicité peut aisément dégénérer en niaiserie, et les faire tomber dans des illusions, il voulait qu'elles fussent prudentes, et que jamais elles ne fissent rien qu'avec conseil ; parce qu'autrement elles se mettent en danger de prendre des songes pour des révélations, et d'imiter les araignées qui passent toute leur vie à travailler sur quelques petites toiles où elles ne prennent que des mouches.
Cinquièmement, il voulait qu'au milieu des assauts du monde et de ses vanités, elles fussent
comme certains rochers qui croissent, dit-on, au milieu des vagues, et qu'elles vécussent comme on le dit des alcyons, qui, étant environnés d'eau, ne respirent que l'air et ne contemplent que les cieux,etqui, nageant ainsi que les poissons, chantent comme les oiseaux. « V^oilà, disait ce saint prélat, l'image d'une dame qui, quoique au railieu du monde, vit selon l'esprit de Dieu, en sorte" que parmi les appas et tous les attraits de la terre, elle n'a des .yeux et un cœur que pour le ciel, et que, vivant avec les hommes, elle n'a une bouche et un esprit que pour louer et bénir Dieu avec les anges. »
La sixième leçon qu'il leur donnait, était de pratiquer exactement les avis de Salomon et ceux de l'Apôtre sur la trop grande curiosité. Il voulait qu'elles ne désirassent pas savoir ['lus qu'il ne faut, et qu'elles n'occupassent point inutilement leur esprit à l'acquisition d'une vaine science qui, roulant sur dos objets inutiles pour raccom[)lisscmcnt des devoirs de leur état, ne peut que leur enfler le cœur.
Septièmement, il était l'ennemi mortel d'une certaine fousse piété dont le caractère est d'être oisive; et il a souvent enseigné que la véritable dévotion des femmes était de passer leur temps utilement, de l'employer avec un saint ménagement, et d'en tirer une usure proBtable pour l'éternité.
Huitièmement, il assurait qu'une dame chré-
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tienne doit surtout fuir avec soin tout ce qui peut alarmer la pudeur. Il regardait l'honneur et la pureté comme l'âme des femmes, sans laquelle elles ne sont que des tombeaux vivants. On lui a entendu dire une fois à une dame qui vivait licencieusement : « Mon Dieu ! ma pauvre fille, osez-vous bien porter un visage de femme avec une âme de mégère? En vérité, si vous ne changez bientôt de vie, je prierai tous vos parents de vous ôter un nom que vous déshonorez. »
Neuvièmement, il n'obligeait pas ses pénitentes à mener une vie sauvage, car, au contraire, il leur recommandait de vivre selon leur condition dans les compagnies, et de se prêter à tous les entretiens et à toutes les récréations convenables à leur qualité ; mais il voulait que leur vertu fût de la nature de cet oiseau qu'on dit être du paradis, dont il porte le nom, et qu'on prétend passer toute sa vie sur la terre, sans jamais s'y attacher, en sorte que lors même qu'il veut se délasser, il a certains petits filets avec lesquels il se lie aux branches de quelque arbre, où il demeure quelque temps suspendu. De même il voulait que si elles viennent à s'attacher à quelque créature, ce ne fut que pour se reposer en Dieu et s'arrêter en lui, comme ceux qui pèchent les perles et qui, les trouvant dans des coquilles d'huîtres, n'estiment que ces petits trésors qui y sont renfermés.
DLS CONFESSELKS.
2G0. [B.LiGUORi, n"*96ct97, iri-165et212- ^^«' '«^" 222. ) — Aux femmes pieuses qui commument f„.„,^<. fréquemment ' vous recommanderez, en général, (le recevoir le sacrement de péniicnee au moins chaque semaine. Lorsqu'elles ne vous apportent que des imperfections qui ne- sont pas des péchés véniels certains, vous pouvez, dit Bonacina ^, les absoudre sous condition ; mais je n'ad-
' Lil). 0, 11. i32. V. IV. si diibiteliir.
- La romnmnion qui se fait une foii tous les Imit jours n'était point considérée dans les premiers siècles comme fréquente; de saints auteurs, uiênie tièi-rapprochés de nous, ne la regardaient [>as non plus coniine telle : « Ja- » mais je n'ai refifirdé comme fn niiente, dit le F.. Lij;uorJ, )> la communion de chaque semaitie : on regarde comme 1) telle celle qui se fait plusieurs fois pai- semaine. L'on » sait, dil-il encore, qu'apri s le \' siècle !a liédeui- des » fidèles, qui dura jusqii'.tu wi'", devint si ^rand", qu'il » y en avait très-peu qui communiassent trois fois par « an, et celui qui communiait si.\ ou sept fois l'année » était un prodige; c'est pour((uoi il est rapporté dans » la Vie de saint François de Sales, comme une marque » de {fraude [iiété, que son père communiciitclia<jue mois. w L'on regardait aussi comme une chose fort étonnante ■» que saint Fran^'ois de Borgia, étant encore séculier, » communiât chaque dimanche, et le puhhc disait que i' c'était trop souvent; mais la grande froideur de ces ■ temps malheureux n'empêche p.'s de dire (juc la c(im- " munion de chaque mois ou de chaque semaine ne peut » pas être appelée fré(iuente, puisque, d'après l'ancienne » discipline de riglise, on doit l'appeler rare plutôt que '■ frétjuente. « De Ut comiunuion fréquente, p. 7 et 31.
Cet opuscule du saint fut présenté au pape Clément XUI, qui en fut satisfait. Il dit au saint, dans une effusion de cœur, qu'il avait connu lui-même par sa propre expérience combien cette pratique (de la cbmmunio;i friquente) était av.-uiI.iL'-n ise an Vv.w des ;';>)-.'"^, II. ' .3
où MANUEL
rsîeis ce sentiment que pour des cas rares, et lorsque ces personnes ne pourraient plus assigner dans leur vie passée une matière certaine ou seu. lement avec une grande peine. Au reste, je dis que lorsque le pénitent ne présente pas une matière certaine, le confesseur n'est pas obligé de se tourmenter pour la trouver afin de donner l'absolution; et dans le cas où il l'aurait cherchée sans la trouver, il n'est pas tenu de donner l'absolution sous condition. Cela a lieu lorsque le pénitent se confesse d'imperfections dont on doute si elles parviennent jusqu'au péché véniel. Mais s'il accuse des péchés vénrels certains et habituels, des impatiences, des gourmandises, des distractions et autres choses semblables, il faut voir, pour l'absoudre, s'il s'est fait violence quelquefois et a surmonté sa passion. Dans ce cas, on peut regarder ses manquements plutôt comme un effet de la fragilité humaine que du manque de contrition et de ferme propos. Au contraire, s'il tombait fréquemment dans de semblables fautes, et cela sans résistance, alors on doit le traiter comme un récidif, n° 2t0.
et it: ( baigca de réfuter l'opinion des esprits sjstoniatiques qui joiilenaient le contraire- De retour chez lui, Alphcnse se mit au travail et composa une savante réfutation qui fut imprimée incessamment, et la présenta lui ntêmeau souverain pontife, qui fut aussi satisfait de cet opuscule qu'étonné de la facilité avec laquelle il avait été achevé, f^ie du saint, p. 224, extrait «/m Principes de dirictihn, par un professeur de théologie, p. 41, ouvrage approuvé par Mg' l'évéquedu Puy.(A'o^erf« Traducteur.)
DES CONFESSIÏURS. M
26! . — Gardez-vous d'empôcher les personnes Suiic pieuses, et surtout les femmes, de s'adresser à un autre confesseur. Lorsqu'elles le font, ténioifjnez-en de la joie. Bien plus, obligez-les d'aller quelquefois à d'autres. J'en excepte les âmes très-scrupuleuses pour lesquelles il y aurait lieu de craindre de grandes inquiétudes, si elles s'adressaient à un confesseur qui ne connût pas l'état de leur conscience. Ne témoignez jamais à aucune personne le désir de la diriger. Ne dites jamais de mal des autres confesseurs ; au contraire, excusez prudemment les erreurs dans lesquelles ils auraient pu tomber. Ne vous chargez pas de ceux qui veulent quitter leur confesseur, sans un pressant motif, nisi adsit urgens causa; c'est la doctrine de saint Philippe de Néri, de saint François de Sales, et de saint Charles Borromée. En effet, de là naissent la dissipation d'esprit, les divisions et quelquefois des scandales. Ce n'est pas assez pour changer sou confesseur que le pénitent sente pour lui une espèce de répugnance et d'aversion, ou qu'il n'ait plus confiance en ses paroles, car tout cela, dit sainte Thérèse, n'est souvent qu'une tentation du démon. De lii, cet avis de saint P>ançois de Sales : « il ne faut pas changer d^i confesseur, sans grande raison: mais il ne faut pas non plus <^tre invariable, lorsqu'il survient des raisons légitimes de changer. » Au reste, lo défaut de sainteté, suivant sainte Thérèse, peut cire un juste
nioiif de changer de confesseur. <^ Si le confesseur, dit la sainte, est sujet à quelque vanité, il faut le changer : étant vain, il rendra vains ses pénitents. » Le défaut de science peut encore être une forte raison de le changer; mais il faut qu'on en ait de bonnes preuves. Enfin, sainte Thérèse dit que, dans ses doutes, le pénitent peut bien, quelquefois même qu'il lui est utile de prendre conseil d'un £.utre savant directeur.
262. — Évitez aussi toute partialité. Il en est qui s'attachent à quelques personnes en particulier. Pour elles, tout le zèle, le temps et les soins. 11 est vrai, certaine personne peut avoir besoin de plus d'assistance qu'une autre; mais autre chose est l'assistance, autre chose est l'attachement qui fait négliger le soin des autres. Ainsi vous ferez bien d'assigner à celte personne plus nécessiteuse un jour et une heure particulière, afin que vos autres pénitents n'en souffrent pas. N'élevez pas trop la voix en confessant les personnes pieuses, même lorsque vous ne parlez point de péchés, vous pourriez faire craindre aux autres de confesser leurs fautes. N'accordez pas facilement aux jeunes personnes pieuses la permission de se couper les cheveux ni de porter quelque habit de religion. Avant d'en venir là, ayez soin de les affermir pendant longtemps dans la dévotion et dans la vertu. Combien n'en voiton pas qui, par suite de cette condescendance incoiisidérée des confesseurs, quittent leur costume
et se marient au grand scandale de tout le monde ! " Ne permettez pa^ non plus à ces jeunes personnes de se faire apprendre à lire etbeaucoup moins àécrire par des hommes : combien de jeunes filles innocentes ont trouvé la perte de leur âme en recevant des leçons de lecture! Si ce n'est pas là uneoccasion prochaine dépêché, c'en est au moins une très-dangereuse. Qu'elles se fassent montrer par une femme ou par un de leurs jeunes frères, et cela encore avec précaution; autrement, ne leur donnez pas l'absolution. Traitez de même les mères qui permettent cela. Enfin, ne permettez pas aux jeunes personnes de courir au hasard par les églises ni d'y rester trop longtemps, au risque de faire fâcher leurs parents. x\u contraire, exhortez-les à leur obéir en tout, et à faire de bon cœur tout ce qui se présente dans la maison. Gomment et combien devez-vous fuir la familiarité avec vos pénitentes, je vous l'ai dit aux n"' 156 et suivants. Venons maintenant à la direction des personnes pieuses.
263. — Ces paroles que le Seigneur dit à Jéré- Moiii.^ n mie : IUcce conslitui te super gentes, ut evellas ^^e'"s e! dissipes, et œdifices et plantes, il les adresse à fomioirr tous les confesseurs; car ils doivent non-seule- feriim,. ment arracher les vices de l'âme de leurs pénitents, mais encore planter les vertus. Il est donc utile d'indiquer ici, pour les nouveaux confesseurs, les moyens de conduire les âmes pieuses à la perfection. On ne doit pas, comme nous avons
dit plus haut, éloigner les pécheurs; mais c'est une œuvre infiniment agréable' à Dieu que d'orner ses épouses, c'est-à-dire de cultiver les âmes afin qu'elles soient entièrement à lui. Une âme parfaite lui plaît beaucoup plus que mille imparfaites. Ainsi, quand vous voyez une âme qui vil exempte de péchés mortels, vous ne devez rien négliger pour l'introduire dans la voie de la perfection et de l'amour divin. Représenlez-lui les raisons sans nombre que nous avons d'aimer ce Dieu, qui est d'ailleurs infiniment aimable, et la reconnaissance que nous devons à Jésus-Christ, qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous. Faites-lui comprendre tout le danger des âmes qui, appelées de Dieu à une vie plus parfaite, demeurent sourdes à sa voix. Or, la direction du confesseur à l'égard des âmes pieuses consiste principalement en trois choses : dans la méditation, ou la contemplation, dans la mortification, et dans la fréquentation des sacrements. Nous allons examiner chacune en particulier.
26i. — Lorsqu'il rencontre une âme qui abhorre le péché mortel, et qui désire de s'avancer dans l'amour de Dieu, le bon confesseur doit premièrement l'engager à faire l'oraison mentale, c'est-à-dire à méditer les vérités éternelles et la bonté de Dieu. Quoique la méditation ne soit pas nécessaire au salut comme la prière, néanmoins il semble qu'elle est nécessaire aux âmes pour se conserver dans la grâce de Dieu. Le péché est
compatible avec les autres exercices de piété; mais le péché et la méditation sont deux choses qui s'excluent. Ou bien on quittera le péché, ou bien on quittera la méditation. L'âme qui persévère dans la méditation, disait sainte Thérèse, quels que soient les péchés que le démon lui fasse commettre, arrivera cerlainement au port du salut. Aussi, de tous les exercices de piété, n'en est-il aucun dont le démon cherche autant à nous détourner; car Usait 6i>w, ajoute la même sainte, qu'une âme fidèle à l'oraison est une âme perdue pour lui. D'ailleurs, l'amour est le lien qui unit l'âme à Dieu. Or, la fournaise où s'allume cet amour, c'est l'oraison ou la méditation.- Fn meditatione mea exardescet ignis '.
265. — Vous commencerez donc par initier Manier. l'Ame à la pratique de l'oraison. Qu'elle en fasse faire, d'abord une domi-heure par jour : la durée en augmentera avec sa ferveur. Le pénitent vous d i ra peut-être qu'il n'a ni le temps ni le lieu convenable : ne vous arrêtez point à ces difficultés. Diteslui qu'au moins dans la matinée ou dans l'aprèsmidi, lorsqu'il est plus tranquille, ou même durant le travail, lorsqu'il no peut faire autrement, il élève son âme à Dieu, pense aux vérités de la foi, aux fins dernières dont le sojvenir, surtout celui de la mort, est plus utile aux commençants, ou enfin à la Passion du Sauveur, dont la méditation convient à tous. Si la personne
' Psalm. XXXVIII, 4.
5(; JIANUEL
sait lire, elle fera bien de se servir d'un livre (îr piété, du moins pour entrer en oraison, comme le pratiquait sainte Thérèse. Dites-lui de choisir les sujets qui lui donnent le plus de dévotion; de s'arrêter lorsqu'elle éprouve quelque bon sentiment, et de remplacer les réflexions par des actes, des prières ou des résolutions : 1" par des actes, c'est-à-dire des actes d'humilité, de remercîment, de foi, d'espérance, surtout des actes multipliés de contrition et de charité, en s'offrant, en se remettant tout entière à la volonté de Dieu : elle aura soin de répéter le plus souvent possible l'acte pour lequel elle se sentira le plus d'attrait; 2° par des prières. C'est de la prière que dépend toute notre perfection, car, dit saint Augustin, le Seigneur n'accorde ordinairement ses grâces, et surtout la grâce de la persévérance, qu'à la prière. Le Sauveur nous l'a dit : Petite et accipietis. Donc, conclut sainte Thérèse, celui qui ne demande pas n'obtient pas. îl suit de là que si nous voulons nous sauver, il faut toujours prier, et surtout demander ces deux grâces, la persévérance et l'amour de Dieu. Or, le temps le plus propre à la prière est certainement celui de la méditation. Celui qui ne fait pas l'oraison prie rarement, parce que rarement il s'applique à considérer les grâces dont il a besoin, et la nécessité de la prière. C'est pour cela que celui qui ne fait pas l'oraison persévère difficilement dans l'amitié de Dieu ; 3° par des réso-
lutions, afin que la méditation no reste pas stérile, et que l'âme mette à profit les lumières qu'elle reçoit dans l'oraison. On ne doit jamais finir l'oraison, dit saint François de Sales, sans prendre quelque résolution particulière, comme d'éviter un défaut dans lequel on tombe plus souvent, ou de pratiquer une vertu dans laquelle on se connaît plus faible. Sur tout ceci, vous lirez les n°* 300 et suivants, où je vous donnerai des instructions pour l'oraison mentale.