‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 55 sur 78 · SAINTCFIARLi:S,pag. 8-10,61-70.) —Vous ^haûe · texte numérisé non relu

SAINTCFIARLi:S,pag. 8-10,61-70.) —Vous ^haûe

comprenez maintenant que les confesseurs doi- 'u^vo^ie.' vent recevoir ceux qui se présentent potix ^^ wen:. confesser, avec grande i)rompiitude et ûxcilité, et prendre bien garde non-seulement de ne les l)as renvoyer en abhorrant ce travail, ou à ne pas leur témoigner, même par signes ou par paroles, qu'ils ne les écoutent pas volontiers; mais, au contraire, ils doivent faire en sorte que leurs' pénitents soient persuadés qu'ils reçoivent une sensible consolation et un singulier plaisir dans les peines qu'ils prennent pour le bien <i le soulagement de leurs Ames. C'est pourquoi, oHn que

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les pénitents ne puissent apporter pour excuse de ne s'être pas confessés, principalement aux temps qu'ils y sont obligés, la difficulté de trouver des confesseurs, nous les avertissons que, quoiqu'ils soient appelés ailleurs pour assister à des funérailles ou à d'autres offices, ils ne doivent pas néanmoins, si ce n'est un cas de nécessité, cesser d'entendre les confessions aux temps qu'elles sont ordinairement plus fréquentes. Chaiiié 20. — Or, suivant l'obligation de véritables pèil!' /^ritres spirituels, les confesseurs doivent avoir un aperce- soîu particulier d'iustruirc etd'acheminer dansles jaire des vcrtus chrétienncs et dans la vie spirituelle tous Iwf'b leurs pénitents; mais particulièrement ceux qui verii!. les auront choisis pour leurs directeurs et qui se confessent ordinairement à eux, ou les consultent dans les doutes et autres rencontres qui concernent le salut de leurs âmes. Ils doivent donc tâcher de confirmer ceux dont ils ont la conduite spîi'ityelle, en un tel état qu'ils soient véritablement constants dans la résolution de perdre plutôt, non-seulement leurs biens et leur honneur, mais encore leur propre vie, que d'offenser mortellement la majesté de Dieu, et qu'ils aient un ardent et généreux désir d'être toujours conformes à sa sainte volonté.

C'est pourquoi ils les instruiront de la fin pour laquelle l'homme et toutes les autres choses ont été créés; que l'homme n'a été créé de Dieu que pour le servir et lui obéir en cette vie, et en joui*-

éternellement en lautre, et 'qu'ils doivent par cette raison se résoudre à travailler pour parvenir à cette fin, et à n'estimer que les choses qui peuvent leur servir à y arriver, et abandonner toutes celles qui les en peuvent détourner ; et ils doivent faire en sorte que leurs pénitents soient toujours portés d'eux-mêmes à cette fin, et qu'ils y dirigent toutes leurs actions et ensemble tout ce qu'ils ont en ce monde ; et qu'ainsi ils se conduisent de telle sorte dans leur vivre, dans leurs habits, dans leurs conversations, dans leurs affaires et dans tous les autres exercices, que toutes ces choses leur servent à tous comme d'autant d'ailes et de secours pour y parvenir, et qu'ils soient toujours prêts à en modérer l'usage, et à les régler ou abandonner entièrement dans toutes les occasions que leur directeur jugera nécessaires pour leur salut. Et lui, de sa part, considérant l'état et la condition d'un chacun, les conduira, conformément à cet état et à cette condition, à la fin que nous venons de dire. 11 faut que les directeurs instruisent ceux dont ils ont la conduite spirituelle, selon la portée de leur esprit, de la manière de faire la prière, et qu'ils les accoutument à vaquer à cet exercice pour le moins deux fois le jour, le matin quand ils se lèvent et le soir quand ils s'iront coucher; outre qu'ils les doivent exhorter à ouïr chaque jour la messe et assister aux offices divins les jours de fèlos, ils doivent aussi particulièrement instruire ceux qui

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en seront capables, hommes ou femmes, de là manière de faire l'oraison meniale, et enseigner aux autres comme se doit réciter dévotement le chapelet, la couronne et l'office de la Vierge, les sept psaumes pénitentiaux ou autres semblables prières, et les exhorter tous généralement à faire l'examen de leur conscience, leur marquant pour cela, comme une heure commode et convenable, le temps du soir auquel ils sont invités par le sonde la cloche à faire prière avec toute leur famille. Ils doivent les exhorter à fréquenter souvent les sacrements de pénitence et d'eucharistie, eî lâcher de les porter, suivant le conseil de saint Augustin, à communier tous les dimanches; et s'ils en rencontrent quelqu'un qui ne soit pas disposé, ils feront en sorte de l'y disposer peu à peu, l'exhortant premièrement à se confesser eî à communier les fêtes principales de l'année, comme, outre celle de Pâque, à le faire encore les fêtes de l'Assomption, de la Toussaint, de Noël, et le premier dimanche de carême, pour gagner l'indulgence plénière et se préparer au saint jeûne ; après quoi, l'obligeant à faire un peu plus souvent cette sainte action, ils le pourront réduire à la communion de chaque mois, ce qu'ayant obtenu de lui, il ne leur sera pas difficile de le porter à fréquenter ce sacrement tous les huit jours. Les directeurs doivent avoir un soin particulier de faire que ceux qu'ils dirigent s'occupent les jours de fête à rendre honneur et service à Dieu; c'est pourquoi

ils les exhorteront à se mettre do quelqu'une de ces compagnies qui ont pour institut particulier de vaquer les jours de fête à l'oraison et aux exercices de piété; et ils doivent particulièrement recommander aux pvres de famille de s'entretenir dans l'honneur et la crainte de Dieu, et d'avoir un soin particulier de faire aller leurs enfants ouïr la doctrine chrélionno, et de les conduire avec eux les jours de fête pour entendre les prédications, les lectures spirituelles, et pour assister à vêpres, et de les élever dans la sainte habitude de se confesser et communier souvent.

Ils doivent aussi persuader à ceux qui sontmaries d'employer tous leurs soins pour attirer leurs femmes à la fréquentation des sacrements, et aux femmes de faire de même à l'endroit de leurs maris, les faisant ressouvenir de cette sentence de saint Paul, que le bon mari {jagnc sa femme à Jésus-Christ, et que de même la femme gagne souvent le mari. î!s pourront obliger ceux qui savent lire, et qui en ont le moyen, d'acheter quelques livres spirituels et de dévotion pour les lire ou faire lire le soir à toute leur famille, et principalement aux jours de fête, comme les Vies des saints, l'Imitation de Jésus-Christ, les OEuvres de Louis dcCrenade, les Exercices de la Vie spirituelle, le Uosairc de Gaspard Loart, et la Pratique de l'oraison mentale, composée par le frère Maihias, Capucin, et autres senil.ilables.

Ils représenteront souvent à eeux qui sont ri-

ehes, qu'ils ne sont que les dispensateurs de Dieu dans les biens qu'ils possèdent, et que, quoiqu'ils puissent légitimement soutenir leur état avec ces richesses et se maintenir dans leur condition, ils doivent en user néanmoins avec la modestie digne d'un chrétien; de sorte que non-seulement ils n'en doivent pas dépenser plus queleurs biens ne portent de revenus, mais plutôt moins, conformément à ce qui en a été connu et enseigné par les païens même. Ils leur doivent aussi faire connaître la grande obligation qu'ils ont de faire des aumônes, et que, pour ne manquer pas à un commandement de si grande importance, ils se doivent régler par le conseil de personnes vertueuses et intelligentes. Et enfin le directeur doit donner à tous ceux qui sont sous sa conduite, selon l'état et la condition d'un chacun, les instructions et les secours qu'il jugera leur pouvoir être utiles et nécessaires pour se conserver et faire progrès dans la vie spirituelle.

2t. (Saint François de Sales, t. Il, p. 622, ' édit. 1836, et Esprit de saint François de Sales.)— Ayez donc un ardent désir du salut des âmes, et particulièrement de celles qui se présentent à la pénitence, priant Dieu qu'il lui plaise de coopérer à leur conversion et avancement spirituel. Souvenez-vous que les pauvres pénitents, au commencement de leur confession, vous nomment père, et qu'en effet vous devez avoir un cœur paternel en leur endroit, les recevant avec un

extrême amour, supportant patiemment leur rusticité, ignorance, imbécillité, tardiveté, et autres imperfections, ne vous lassant jamais de les aider et secourir, tandis qu'il y a quelque espérance d'amendement en eux. Suivant le dire de saint Bernard, la charge des pasteurs n'est pas des âmes fortes, mais des faibles et débiles; car les fortes vont assez d'elles-mêmes, mais il faut porter les faibles. Ainsi, quoique l'enfant prodigue revînt tout nu, crasseux et puant d'entre les pourceaux, son bon père néanmoins l'embrasse, le baise amoureusement, et pleure dessus lui, parce qu'il était son père, et que le cœur des pères est tendre sur celui des enfants.

22. — Saint François de Sales ne s'apercevait r.ahqiKpas qu'en donnant cet avis il traçait l'Iiistoire de vv/,"'p,',', sa conduite. Ecoulons la per?0)ine du monde qui**' saK. l'a le mieux connu ; sainte Chantai s'exprime ainsi dans sa déposition : « 3ù dis que notre bienîieurcux fondateur a été tout à fait incomparai)le en la charité qu'il a exercée au confessionnal, et au zèle avec lequel il s'y employait. 11 se donnait tout entier à cet exercice sans mesure ni liniitt' que de la nécessite de ceux qui recouraient à lui; il quittait tout pour ct-la, excepté quil fût occupé pour (piclque affaire plus importante à la gloire de Dieu, parce qu'il savait (luen ce sacrement se fi\isail le grand profit des âmes. Tous les dimanches et fêtes, quantité de [-ersonnes qui y venaient, seigneur?, dames, bourgeois, solr'ats

chambrières, paysans, mendiants, personnes ma- ^ades, galeuses, puantes et remplies de grandes abjections, il les recevait tous sans différence ni acception de personne, avec égal amour et douceur ; car jamais il ne refusait aucune créature pour chétive qu elle fût ; au contraire, je crois fermement qu'il la recevait avec plus de charité intérieure, et la caressait plus tendrement que les riches et bien faits, et disait que c'était où s'exerçait la vraie charité. Les enfants même n'étaient pas éconduits par le Bienheureux ; ains il les recevait si amiabîement, qu'ils prenaient plaisir d'y retourner.

» Il donnait à ses pénitents tout le temps et le loisir pour se bien déclarer ; jamais il ne les pressait. Et outre tous les jours susdits, à quel jour et heure qu'on le demandât, il quittait tout, même quelquefois d'aller à l'office de la cathédrale; il retardait de dire la sainte messe, bien qu'il fût tout revêtu ; il quittait ses repas étant près de se mettre à table, bien que ses gens s'en plaignaient et l'en voulussent détourner.

» Aux grandes fêtes, jubilés et autres occasions semblables, il fallait souvent qu'il entendît les confessions de jour de nuit, dont je le vis une fois tout accablé : « Ces jours, me disait -il, me sont au poids de l'or pour la multitude des confessions. » Aussi disait-il à ses pénitents, pour leur donner confiance : «r Ne faites point de différence entre votre cœur et le mien; je

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suis tout le vôtre ; nos âmes sont égales. " » Il a pleuré avec quelques-uns leurs péchés, et traitait si amiablement ses pénitents, qu'ils se fondaient devant lui. Il m'écrivit un jour : « Nous avons eu ici un grand jubilé qui m'a tenu occupé, mais consolé en la réception de plusieurs confessions générales et changements de conscience, si que j'ai moissonné avec des larmes, partie de joie, partie d'amour, parmi nos pénitents. »

j)Il m'écrivit une autre fois :»I1 y a quatre jours que j'ai reçu au giron de l'Eglise, et en confession, un gentilhomme de vingt ans. 0 Sauveur de mon Ame ! quelle joie de le voir si saintement accuser ses péchés, et parmi les discours d'iceux faire voir une providence de Dieu si spéciale et si particulière à le retirer par des mouvements et ressorts si cachés à l'œil humain, si relevés et si admirables ! Il me mettait hors de moi-même; que de baisers de paix je lui donnai 1 »

B Quand il connaissait qu'on avait peine à se faire entendre en confession, ou par honte ou par crainte, il lâchait par tous moyens d'ouvrir le cœur et accroître la confiance. Ne suis-je pas votre père ? et disait cela jusqu'à ce qu'on lui eût dit oui ; et sur cela ; Ne voulez-vous pas bien me dire toul? Dieu attend que vous ouvriez votre cœur, il a les bras ouverts pour vous recevoir. Vouez-vous, je tiens la place de Dieu, et vous avez honte de moi! Mais au sortir de là je suis pécheur; ft si vous aviez fait tous les

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maux du monde, je ne m'en éionnerais point.

«11 aidait même avec une douceur non pareille à expliquer les péchés, quand il voyait que par ignorance ou par honte on avait peine à les dire. su;e. 23. — "Après la confession, il disait des paroles si cordiales : « Oh ! que votre âme m'est chère, et tout ce qu'elle m"a déclaré! et les anges maintenant se réjouissent et font fête sur celte action, et moi je ^t)us en félicite avec eux ; mais il faut pourtant bien promettre à Notre-Seigneur de n'y retourner pas, et à moi aussi. »

"Quand il voyait qu'on n'avait pas de contrition, il faisait dire quelques courtes paroles, comme : Vous voudriez bien n'avoir jamais offensé Dieu, n est-ce pas ? et quelquefois il faisait redire quelque chose de ce qu'on s'était accusé pour faire rompre la répugnance qu'on avait à le dire.

»I1 donnait de fort petites pénitences, et disait : Ne fcrez-vous pas bien ce que je vous dirai? dites donc telle chose, qui était quelque oraison vocale que l'on pût dire aisément, et n'ordonnait point de faire des considérations sur quelque mystère ou semblables pour pénitence.

» Il parlait peu en confession, sinon pour lever les vains scrupules et pour éclairer ses pénitents de ce qui était péché ou qui ne l'était pas; et ce qu'il disait touchait davantage le cœur que les grands discours n'eussent pu faire; et l'on sortait de devant lui avec grand courage, et souvent avec recueillement et grand sentiment de Dieu.

i- Il aimait grandement que l'on fût clair, simple et naïf à la confession, et disait à ses pénitents qu'il fallait bien faire entendre les mouvements par lesquels on fait des fautes, et que l'on ne se confessAt point à la légère, ains que l'on fit bien voir à son confesseur tous les ressorts et mouvements par lesquels on commet les péchés; que si l'on faisait autrement, on ne pouvait jamais être bien nettoyé. Et par ce zèle qu'il avait d'épurer les âmes par des confessions claires, il a arraché des passions mauvaises que d'autres eussent pu laisser pour ne pas tenir cette méthode.

B Avec cette incomparable débonnaireté, il ouvrait les cœurs les plus fermés, il en tirait tout le mal qui était dedans, et y établissait des affections et résolutions solides. 11 était incomparablement résolutif, et éclaircissait les doutes et scrupules de conscience sur-le-champ, inspirant dans leur intérieur un parfait accroissement et repos.

» En continuant sur le même article, je dis que l'on ne saurait nommer îc grand nombre de personnes qui, par le moyen de ce Bienheureux, se sont avancées à la perfection chrétienne ; véritablement cela n'est croyable, sinon à ceux qui l'ont vu comme nous, qui avons vu plusieurs de ses pénitents avec des ardents désirs, qui de changement de vie, qui d'avancement en la perfection. Chacun qui s'approchait dûment en sortait avec grand profil de leurs Ames et désir nouveau

de retourner à lui, et se donnaient les uns aux autres du courage et de l'union pour cela.

»Je dis en ceci ce que j'ai vu à Paris, où il confessait souvent dans notre église, et à Grenoble de même; c'était une affluence de toute sorte de personnes de qualité de l'un et de l'autre sexe. Dieu seul peut savoir le nombre infini d'âmes que la majesté divine s'est acquises par l'entremise de ce bienheureux; car sa réputation répandue partout qu'il était l'unique en douceur et en piété, et qu'en matière de bien gouverner les âmes il était incomparable, faisait qu'on accourait à lui de toutes parts.

"Quand on savait qu'il devait passer par des villes, et qu'il allait par les champs en quelque maison de ses amis, partout il fallait ouïr des confessions générales ; et comme il disaif, toujours on lui gardait le fond des consciences et ce que l'on avait grande difficulté de dire aux autres. Et ceci est vrai, notoire et public. Suïie. 24. — »Aussiétait-ce chose ravissante de l'ouïr parler de Dieu et de la perfection. Il avait des termes si précis et intelligibles, qu'il faisait comprendre avec une grande facilité les choses les plus délicates et relevées de la vie spirituelle. Il n'avait pas cette lumière si pénétrante pour lui seul; chacun a vu et connu que Dieu lui avait communiqué un don spécial pour la conduite des âmes, et qu'il les gouvernait avec une dextérité toute céleste. Il pénétrait le fond des coeurs et

voyait clairement leur état, et par quel mouvement ils a{;issaicni;et toutlemondc sait sa charité incomparable pour les âmes, et que ses délices étaient de travailler autour d'elles. Il était infatigable en cela, et ne cessait jamais qu'il ne leur eût donné la paix et mis leurs consciences en état de salut. Quant aux pécheurs qui se voulaient convertir, et qu'il voyait faibles, qu'est-ce qu'il ne faisait pas autour d'eux? il se faisait pécheur avec eux : il pleurait avec eux leurs péchés, et mêlait tellement son cœur avec celui des pénitents, que jamais aucun ne lui a rien su celer : or, selon mon jugement, il me semble que le zèle du salut des âmes était la vertu dominante de notre bienheureux père ; car en certaine façon vous eussiez quelquefois dit qu'il laissait le service qui regarde immédiatement Dieu, pour préférer celui du prochain. Mon Dieu, quelle tendresse 1 quelle douceur ! quel support ! quel travail! enfin il s'y est consomme *. »

Citons quelques traits de celte incomparable charité du saint évéque pour les pauvres pécheurs. Il pratiquait à la lettre cet avis sacré : Donnez à quiconque vous demandera ; et cet Exemautre : Rompez votre pain à celui qui en a besoin. ^[Wi^^ Quant au pain spirituel, il n'en était pas simple- ci.ariié. ment libéral, mais prodigue; car il ne refusait

• Divers suppl(!nicDts aux œuvres de saint François de Sales, recueillis par l'abbé deBaudry. I.yon, 1837.P. 16) «t suiv., et pap. 333.

jamais la consolation spirituelle à qui que ce fût, soit en particulier, soit en public, tant il avait peur de ce reproche : Les petits ont demandé du pain, et personne ne leur en rompait. Il avait une si grande provision de ce pain de vie et d'intelligence, qu'il était toujours prêt à le distribuer, ressemblant à ces nourrices qui abondent en lait, et qui ne désirent rien tant que de le communiquer. Un jour qu'on le priait de ménager- sa santé : « Ne faut -il pas, répondit -il, se fondre corps et âme pour ce cher prochain que Notre- Seigneur a tant aimé, qu'il est mort d'amour pour lui ? »

of Si les forces de son corps eussent pu égaler celles de son esprit, dit le Père Talon, un de ses historiens, il eût à chaque jour et à chaque moment couru d'un pôle à l'autre pour soulager les affligés et acquérir des Ames à Dieu ; car il ne s'épargnait pas pour ce saint objet, et il fil uno fois plus de soixante lieues pour confesser un bon vieillard qui l'avait souhaité, et qui lui avait fait savoir par un de ses amis qu'il ne voulait se confesser qu'à lui. Anima tanti raies ! »

Il était tellement touchédupeudecharité qu'on témoigne pour le pécheur, qu'il disait en gémissant : «Il n'y a que moi et le bon Dieu qui aimions les pécheurs. " Aussi avec quelle effusion de cœur il les accueillait !

Comme il faisait la visite de son diocèse, il reçut de grandes plaintes contre un ecclésiastiquo

dont la vie était scandaleuse, et dont les déportements ne répondaient pas à la science dont il était orné. Cet ecclésiastique se présente au Bienheureux avec une hardiesse aussi grande que s'il eût été innocent de tout ce dont on l'avait accusé devant le saint prélat, et crie hautement à la calomnie.

Le Saint le reçut avec un accueil fort favorable et plein de sa bénijjnité ordinaire; mais, voyant sa hardiesse à se défendre, il rougissait devant lui. Cette seule contenance, sans autre correction, touche le cœurdecct impertinent; il se résolutde prévenir la face de son juge par la confession ; il ,. demande au saint évoque de l'entendre au tribunal de la pénitence. L'oreille lui est aussitôt ouverte, et encore plus le cœur ; et il sort de cette piscine salutaire comme Naaman des eaux du Jourdain; et au sortir de là, tout couvert de cette sainte honte qui mène à la gloire, il lui dit : « Eh bien! monseigneur, que pensez-vous du plus grand pécheur de la terre? — Que Dieu a répandu •sur vous, ô mon frère, sa grande miséricorde, dit le Bienheureux; vous êtes à mes yeux tout reluisant de grAce.

— Mais,lui dit-il, vous savez quel je suis? — Vous êtes tel quejcdis, reprit le Saint. — Je voulais dire, ce que j'ai été. — C'est de quoi, répond le Bienheureux, il ne me souvient plus ; et pourquoi garderais-je en ma mémoire ce que Dieu a mis en oubli? Me prendiie7.'V0us pour ce Pharisien qui

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prenait Madeleine pour ce qu'elle avait été, non 1 our ce qu'elle était, quand elle arrosait de ses larmes les pieds de son Sauveur?

«Et pour vous témoi(ïner,a jouta-t-il,que je vous vois tout rempli des {grâces célestes, dont vous avez reçu dans votre cœur une mesure pleine, comble et répandante de toutes parts, je vousprie de m'en faire part en me donnant votre bénédiction ; » et en disant cela il se jeta à ses pieds, dont l'autre demeura tout confus. « Non, dit le Saint, c'est sans feinte ; je vous supplie de me rendre le même office que vous venez de recevoir de moi, et de m'entendre en confession. » L'autre le refusant, il l'oblige d'acquiescer ; de quoi il reçut vue édification inexprimable. Etpour lui montrer que c'était tout de bon qu'il l'avait en estime, il ie confessa encore à lui deux ou trois fois de suite à la vue du monde, qui ne savait ce qu'il devait admirer davantage, ou l'humilité prodij^ieuse du saint évêque, ou ia conversion miraculeuse de cet ecclésiastique.

Aaive 25. — C'est une règle parmi les directeurs des âmes, de ne faire la correction qu'à la fin de la confession. Nous avons vu plus haut, n» 17, que cette règle n'est pas sans exception. Gomme preuve, et aussi comme exemple de celte correction, citons encoBC le trait suivant du saint évêque de Genève. Un jour se présenta à lui pour se confesser un personnage qui racontait ses péchés avec tant de hardiesse, pour ne pas dire d'effron-

«xempte.

DES OONFESSELRS. 4B

Icric, et avec si peu de rcsseniiment et de déplaisir, qu'il semblait qu'il racontait une histoire, jusqu'à s'écouter soi-même et se complaire dans son discours.

Le Bienheureux, connaissant à ce ton l'indisposition intérieure de celte âme..., se mit à pleurer, à soupirer, à sangloter; cette personne lui demanda ce qu'il avait, et s'il se trouvait mal. « Hélas! mon frère, lui dit-il, je me porte bien, grâce à Dieu; mais vous vous portez bien mal. » L'autre lui répliqua hardiment qu'il se portait bien aussi. « Eh bien ! dit le Bienheureux, continuez. » 11 poursuivit avec la même liberté, et disait, sans aucun sentiment de douleur, de terribles choses. Le Bienheureux se mit à pleurer chaudement et abondamment. Cette personne lui demanda encore ce qu'il avait à pleurer. <• Hélas! dit le Bienheureux, c'est de ce que vous ne pleurez pas. »

Celui qui avait été insensible au premier coup d'éperon, l'heure de la visite, comme il est à croire, étant venue, ne le futpas à ce second ; et ce rocher, frappe de celte ver{^e, donna soudain des eaux, et s'écria : •> Omoi, misérable, qui n'ai point de ref;ret de mes énormes péchés, et ils arrachent des larmes à celui qui est innocent 1» Cela le toucha si puissamment, qu'il en pensa tomber on défaillance, si le Bienheureux ne l'eût consolé; ot lui enseignant l'acte de contrition, qu'il fit avec une componction miraculeuse, il

niodile

le remit en l'assiette nécessaire pour recevoir la grâce (lu sacrement, et dès ce moment se donna tout à Dieu, et devint un modèle de pénitence.

Anire 26. ( ViE DE SAINT PHILIPPE I)E NÉRI,liv.X; et

iiv. II, ch. VI. ) — Le grand confesseur de Rome et de l'Eglise catholique, saint Philippe de Néri, était tellement assidu au tribunal, que, non content de confesser pendant le jour, il employait encore à ce saint ministère une grande partie de la nuit. C'est au point qu'avant l'aube du jour il avait ordinairement confessé dans sa chambre un bon nombre de pénitents; il les entendait même avant de se lever. Pour leur commodité, et afin qu'ils pussent entrer quand bon leur semblait, il avait coutume de laisser la clef sous la porte de sa chambre.

Déplus, il avait défendu à ses prêtres de jamais répondre : Le Père Philippe repose, ou II n'est pas visible. Un jour, cependant, le Père Antoine Gâllonio dit à une personne de ne pas entrer, dans la crainte qu'elle ne fût importune. Philippe en eut connaissance et l'en reprit sévèrement : « Ne savez-vous pas, lui dit-il, que je ne veux avoir ni moment ni heure qui soit à moi? >• Une autre fois, un de ses disciples ayant fermé la chambre du Saint, afin que personne ne vînt le déranger, Philippe s'aperçut qu'un pénitent l'attendait ; il appela le disciple, nommé François, et, en présence du pénitent, lui fit une forte réprimande, car sa plus grande peine était de sa-

voir que quelqu'un s'était gêné pour l'attendre.

Lorsque l'église était ouverte, il descendait au point du jour au confessionnal, et n'en sortait que pour dire la messe, et il la célébrait vers midi, ou pour quelque affaire de grande importance, disant toujours où il allait. S'il n'y avait pas de pénitents, il restait auprès du confessionnal, occupé, soit à lire, soit à dire le chapelet, soit à réciter l'office. Quelquefois il se promenait à quelques pas de distance pour les attendre et pour en être plus facilement aperçu. Il arrivait de là cpie quiconque désirait lui parler pouvait le trouver facilement et à toute heure. Les infirmités, de quelque genre qu'elles fussent, ne lui faisaient poin* abandonner le tribunal, à moins que les médecins ne lui en fissent un ordre exprès. Si par compassion quelqu'un lui disait : « Mon père, pourquoi vous donnez-vous tant de peine ? — Ce n'est pas une peine, répondait-il, c'est plutôt un plaisir et une récréation. » Or, il en agissait de la sorte afin d'entretenir les pénitents dans la ferveur, et pour ne pas leur donner occasion de se refroidir ou de se négliger, sous prétexte qu'ils ne pouvaient le trouver facilement.

27. — Un jour, ses prêtres lui disaient : « Père, vous ne vous ménagez pas assez. — Je suis bien aise de vous rappeler, leur répondit-il, que mes pénitents les plus pieux sont ceux que j'ai gagnés au Seigneur en les attendant même pendont la nuit,

pour les convertir ; croyez-moi, rien ne procure d'aussi douces consolations aux âmes qui aiment Dieu , que de quitter Jésus-Christ pour Jésus- Ghrist. »

Ce n'était pas seulement en attendant à l'église ou dans sa chambre pour les confesser, que Philippe faisait une ample moisson de pécheurs; il bravait encore, pour les gagner, toutes les fatigues, quelque grandes qu'elles fussent. Ni les pluies, ni les vents, ni le froid, ni les dangers de perdre la vie ou la réputation, rien, en un mot, n'était capable de l'arrêter lorsqu'il s'agissait de convertir un pécheur et d'attirer une âme à Jésus-Christ.

Qui dira la paternelle bonté avec laquelle il recevait les pénitents! Il se faisait tout à tous; aux nobles et aux pauvres, aux jeunes gens et aux vieillards, aux inférieurs et aux supérieurs, aux savants et aux ignorants; il accueillait ceux même qu'il n'avait jamais vus, avec autant d'affabilité et les embrassait avec autant de tendresse, que s'il les eût désirés depuis longtemps. S'il lui venait quelque pécheur, la pensée de l'état de cette pauvre âme et surtout de l'offense de Dieu l'attendrissait à tel point, qu'il pleurait à chaudes larmes, « comme a coutume de le faire, dit naïvement l'auteur de sa Vie, un petit enfant qui vient d'être corrigé par ses parents. » Le cardinal Frédéric Borromée affirma en avoir été plusieurs fois témoin. Deux ans avant sa mort, le saint vieillard disait en pieu-

rant à une personne qu'il croyait êir^ dans une dangereuse illusion: a Quoique bien vieux, je prendrai encore bien des fois la discipline pour vous : >• il avait soixante-dix-liuit ans.

Une autre fois, le Saint s'aperçut qu'un jeune gentilhomme n'en agissait pas franchement avec son confesseur ordinaire, mais qu'il cachait par honte quelques-uns de ses péchés. Or, il arriva qu'un jour ce jeune homme se trouva seul dans la chambre de Philippe, qu'il venait voir de temps en temps. Le Saint le regarda fixement, et se mil à pleurer. A ce spectacle, le jeune homme fut attendri : Dieu lui touchait le cœur; en sorte qu'ils restèrent quelque temps l'un et l'autre sans pouvoir se parler autrement que par leurs larmes. Enfin le jeune pécheur tomba aux genoux du Saint, se confessa de tout ce qu'il avait caché, en se recommandant de tout son cœur aux prières de son charitable confesseur. De son coté, le Saint l'embrassa tendrement, et le consola avec sa douceur et sa charité ordinaires.

28. — C'est par la même douceur qu'il con- sjiie vertit un autre jeune homme extrêmement dissolu. Le Saint se contenta de lui dire de répéter chaque jour six fois le Salve regina, et de baiser la terre, en prononçant ces paroles : Demain je peux être mort. Le jeune pécheur obéit ; en peu de temps il devint très - pieux, et, quatorze ans plus tard, il fit une mort précieuse devant le Seigneur. Tels furent les moyens par

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lesquels saint Philippe ramena dans le chemin de la vertu un nombre presque infini de pécheurs. Ils avouaient hautement qu'ils lui étaient redevables de leur salut. Sur le point de mourir, un grand nombre d'entre eux disaient : << Béni soit le jour et l'heure où j'ai connu le Père Philippe ! » Etonnés des conversions éclatantes qu'opérait le charitable confesseur, d'autres disaient : « Le Père Philippe attire les âmes, comme l'aimant attire le fer; aussitôt que quelqu'un s'est confessé à lui, il éprouve comme une nécessité d'y retourner. » Aussi n'aimait -il pas que les confesseurs rendissent trop difficile le chemin de la vertu, surtout aux pénitents nouvellement convertis; ni qu'ils les effrayassent en les traitant durement; ni qu'ils fussent ri{]oureux dans la confession. Il voulait au contraire qu'ils leur compatissent, et qu'avec douceur et charité ils tâchassent de les gagner, et qu'ils eussent pour eux toutes les condescendances possibles, ne défendant pas aux hommes sur-le-champ et avec rigueur de porter de riches habits, des fraises, des épées et autres choses semblables,^ de peur qu'effrayés de la difficulté, ils ne retournassent en arrière, et, abandonnant la confession, ils ne restassent plus longtemps dans le misérable état du péché.

C'est d'après le même principe qu'il avait coutume de ne pas trop s'élever contre certaines vanités dont les femmes ont coutume de faire

parade dans leur habillement et dans l'omement de leur lôte. Il dissimulait le mieux qu'il pouvait, afin de pouvoir, avec le temps, les conduire plus facilement à la fin qu'il se proposait. « Il faut quelquefois, disait-il, supporter ces défauts dans les autres, comme nous supportons maljîré nous nos difformités naturelles; lorsqu'il est entré un peu de piété dans ces âmes, elles quittent d'elles-mêmes toutes ces choses et vont même au delà de ce que le confesseur aurait désiré. » Crcst pourquoi une dame lui ayant un jour demandé si elle était mise avec trop d'élégance, le Saint se contenta de lui répondre : a Prenez garde de ne pas tomber. » J>c même un homme de condition qui portait une fraise trèsrecherchée étant venu le voir, le Saint, usant d'une douce fiimiliarité, lui mit la main sur l'épaule, en disant : « Je vous forais bien plus «îouvent des caresses, si votre fraise ne me faisait pas mal aux mains. » Or, la dame retrancha tout ce qu'il y avait de trop mondain dans ses habillements, et le jrentilhomme cessa de porter sa fraise élégante.

Or, (juoiquc cette conduite pleine de charité produisît de grands fruits de salut dans les Ames, il ne manqua pas de personnes qui la blâmèrent et la ( riliquèrcnt hautement. Ce ne furent pas seulement les gens du monde, n^.ais des personnages d'une grande vertu. Néanmoins l'expérience prouva que Philippe gagnait bien I. 3

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plus d'âmes à Dieu par sa charitable conduite, qu'eux-mêmes par leur sévérité et par leur rigueur '.

ARTICLE II

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