‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 56 sur 78 · HABILETÉ DE MÉDECIN · texte numérisé non relu

HABILETÉ DE MÉDECIN

Source, -29. (Prêtre sanctifié, n"' 16-20, 24-27, 36 ifalntié et 37.) — Il est peu utile à son troupeau le pasteur qui à la bonté de cœur ne joint pas les lumières de l'esprit. De même le confesseur qui avec la charité de père ne possède pas la science de juge et l'habileté de médecin, peut désirer le bien des âmes, mais il ne saurait le faire. Ainsi, outre la science de juge dont nous parlerons plus tard, il faut que votre charité vous fasse acquérir l'habileté de médecin. Or, vous la puiserez bien moins dans les livres de morale que dans les ouvrages ascétiques. L'ascétisme ! oh, quel secours il prête à la morale pour la guérison spirituelle et la perfection des pénitents! Jugez^en par l'essai suivant sur l'usage que vous devez en faire au tribunal de la pénitence.

Habileté ^^' — ^® premier usage de votre habileté, c'est à décor,- de découvrir adroitement tout le mal. Dans les mal da infirmités spirituelles, la première chose à crainiienitent. ^j.^ ^'çgj q^j'on UG Ics manifeste pas avec sincé-

' C'est une chose remarquable que le même reproebe de relâchement ait été plus tard adressé au saint évéqisç de Genève. Dieu a jugé.

rilé. D'un côté, la nature y répugne fortement; de l'autre, le démon emploie mille artiliccs pour auf;monter la difficulic d'un aveu. Aussi ne vous contentez pas du paternel accueil que vous aurez fait au pénitent pour l'encourager dès le principe; écoutez-le encore, pendant sa confession, de manière à ce qu'il n'éprouve aucune honte à s'accuser. Une marque de surprise que vous donneriez h certains péchés, un soupir, vous agiter, lui dire de se hâter, un air d'ennui, une parole, un acte quelconque qui manifesterait tant soit peu d'impatience, suffiraient pour nuire à sa sincérité. Pour la favoriser, n'ayez même pas l'air de reconnaître le pénitent, quoique vous le connaissiez d'ailleurs, s'il ne commence pas luimême par vous dire qui il est. 11 n'est peut-éire venu vous trouver que dans l'espérance de vous rester inconnu. Si vous l'entendez hors du confessionnal, mettez, pendant la confession, votre main entre vous et son visage, afin do ne pas augmenter par vos regards son embarras et sa honte. Pour la même raison, faites-vous une règle invariable de remettre toujours à la fin, et dès que vous êtes bien assuré qu'il n'a plus rien à dire, toutes les remontrances et la déclaration de ces obligiUions. Celle rèj';le ne souffre d'exceptions que dans quelques cas rares ou pour des ciruinstances pariiculières, dans lesqueili'>> la prudence suggère une conduite différente. M. — Il faut aussi que vous sachiez profiter Habiieié

à décou- habilement de ce que le pénitent vous dit pour "qui le clécouvrir ce qu'il ne dit pas. Si, par exemple, il pénitent s'accusc d'avoif eu une grande haine contre "p*as. quelqu'un, vous qui connaissez les effets naturels d'une telle passion, demandez-lui s'il a désiré beaucoup de mal, s'il a injurié, s'il refuse le salut à son ennemi, s'il ne le voit plus, bien qu'il soit son proche parent, et cela au scandale de ceux qui connaissent sa conduite. Dans vos interrogations, il sera très- utile de supposer toujours quelque chose de plus dans l'espèce et dans le nombre des fautes. Par là vous rendez l'aveu de la vérité plus facile au pénitent, qui aimera bien mieux se louer lui-même en diminuant, que d'avoir à s'humilier en ajoutant encore à vos suppositions. Allons plus loin. Votre habileté doit savoir découvrir tout le mal, non -seulement lorsqu'il y a des aveux commencés, mais encore lorsqu'il n'y en a point ; que dis-je? lors même que le pénitent nie tout, mais que les circonstances vous donnent des raisons probables de craindre qu'il ne se taise ou qu'il ne nie par honte et par une ignorance coupable, Diligens inquisitor et subtilis investigator, sapienter et quasi astute interrogat a pœnitente quod forsitan ignorai vel prœ verecundia relit occuîtare *. Et parce qu'en matière d'impureté tous sont sujets aux tentations, et qu'il en coûte plus d'accuser ces fautes-là que

' Aug., lib. de Fera et falsa pœnitentia.

les autres, si un inconnu vient vous trouver sans rien dire là-dessus et que néanmoins les circonstances vous donnent lieu de soupçonner un criminel silence, par exemple, si le pénitent est jeune, mal élevé, s'il prie peu, s'il fréquente rarement les sacrements, s'il est environné de dangers ; comme il est à peu près impossible que, durant un temps notable, il n'ait pas eu au moins des tentations, voici ce que vous ferez : avant de finir sa confession, interrogcz-le, en supposant toujours plus de mal, et ouvrez-vous la voie en lui parlant ainsi : Vous avez entendu de mauvais discours et voui avez eu de mauvaises pensées, n est-il pas vrai? S'i\ nie, ne laissez pas de prendre ses négations pour des affirmations; continuez, et dites encore deux ou trois fois : Vous vous êtes arrête avec plaisir à ces mauvaises pensées, n'estce pas? Bien qu'il vous réponde que non, continuez toujours, et dites-lui : iS'e vous troublez pas, ne vous découragez pas, quand même vous y auriez consenti; cela vous est-il arrivé bien souvent? et puis vousavez fait quelque mauvaise action, n'estce pas? Il arrivera que le pénitent, surpris de voir qu'en entendant mal vous avez deviné la vérité, vous dira à voix basse : ■< Oui mon père.» Ne vous plaignez pas; mais continuez à chercher de nouvelles fautes, ou le nombre de celles qu'il avoue; puis rassurez-le, et avec toute la charité et les ménagements possibles, dites-lui : « N'êtes- » vous pas content que je vous aie fait avouer ces

54 MANLEL

>> péchés? Dites la vérité: au commencement vous « avez eu le malheur de laisser échapper un men- « songe; mais consolez-vous, Dieu vous a fait la » grâce qu'au lieu de croire à vos dénégations, je Il vous ai aidé à dire la vérité. Consolez-vous, c'est » unepreuveque Dieu veut vous pardonner : mais » dites la vérité, vous avez déjà caché ces péchés » dans d'autres confessions? Maigrécela,ne crai- » gnez rien ; nous sommes à temps de remédier à » tout, il suffitde refaire toutescesmauvaisescon- » fessions. Aujourd'hui, encore tout troublé de ces » mensonges, vous ne seriez pas disposé ; pre- >' nons huit ou neuf jours pour le bien de votre » âme. Pendant ce temps-là vous réciterez telles » prières, vous ferez telles pratiques. Pour pré- » parer votre confession générale, suivez l'avis y que je vais vous donner. Séparez les péchés » dunemême espèce et mettez-les tous ensemble, » afin de les dire non pas un à un, mais tous à » la fois; par exemple, j'ai commis ce péché à » peu près tant de fois. Si mémo vous ne pouvez «vous rappeler à peu prèsle nombre de fois, dites >> deux choses : depuis quel temps vous commet- )i tez tel péché, par exemple, il y a tant d'années: » et la fréquence des chutes, de manière à don- » ner un moyen terme entre le plus et le moins ; » par exemple, je suis tombé tant de fois à peu »> près chaque mois, chaque semaine, chaque » jour : et cela suffit. Revenez au jour indiqué, » je vous aiderai pour les circonstances et

» pour le reste, et vous serez tout consolé.

32. — Oh, combien d'àmes doivcm à ces E^emindustrics leur jiuèrison et leur salut! Toile

nie

devait être l'habileté de médecin spirituel du chanoine de Rossi. Dans son oraison funèbre, prononcée à Rome en 156-2, on voit qu'il réussit à faire confesser sincèrement tous ses péchés à une personne qui avait déjà reçu l'extrcme-Oîiction treize fois, et qui avait toujours cach» eu confession. Voyez maintenant combien il est important, combien il est avanta{îeux de posséder cette charité de père et cette habileté de médecin. Sans ces qualités, le plus habile théologien aurait-il jamais pu découvrir tout le mal caché au fond de ce cœur coupable?

33. — Après avoir habilement sondé la pijjtie, Juger découvert et comme mis au "rand jour le mal du /!l'"'^r. pénitent, il vous reste à le juger saincraeuî, afiade ™=3 '^" ne pas vous méprendre dans l'application des re- ^'^"' mèdcs. En effet, il y a bien de la différence entre la guérison d'un péché qui a dégénéré en h.d)itude, semblable à une plaie gangrenée, et cvWo d'un péché commis souiement par accident, Un-j occasion prochaine exige bien plus d'alteniion qu'une occasion éloignée. Certains péchés cxivémenient dangereux demandent un bien autre traitement que les péchés ordinaires et commuas. A chaque péché grave que vous dira le i)éniie:u, n'allez donc pas sur-le-champ concev(»ir des craintes et le fatiguer par des interrogations.

si vous voyez que l'occasion est accidentelle, comme, par exemple, s'il a dit de grandes injures à quelqu'un qui l'a heurté en passant. Au contraire, lorsque l'occasion est permanente, et que depuis la dernière confession le péché a été commis plusieurs fois, vous avez une juste raison de douter. Ainsi, examinez si le mal est plus grave qu'il ne paraît au premier coup d'œil. Pour cela faiîes-lui prudemment quelques interrogations; dites, par exemple : « Vous aviez déjà des péchés semblables dans votre dernière confession, et même depuis longtemps? Vous êtes déjà tombé en faute d'autres fois avec cette personne? L'année dernière, à Pâques, il y avait aussi un an que vous ne vous étiez pas confessé, n'est-ce pas?» Et à proportion du péché vous appliquerez le remède. Quelquefois le mal ne fait que commencer, il est encore faible par conséquent; mais malheur s'il continue et s'il prend de nouvelles forces : bientôt il devient grave; c'est au médecin habile de l'apprécier dès le commencement. Tel était saint Philippe de Néri. Lorsque quelques-uns de ses pénitents s'excusaient de certaines familiarités de mains avec des personnes de différent sexe, sous prétexte qu'ils n'avaient point d'intention mauvaise, et qu'ils n'éprouvaient aucune tentation : « Vous n'êtes point tentés, leur disait l'habile directeur, c'est ce qu'il y a de plus fâcheux ; c'est une preuve que le démon veut profiter de votre imprudence pour vous

attirer dans de grandes fautes. Il tarde à se montrer, afin que, vous avançant témérairement, il puisse vous attaquer à l'improviste et vous faire tomber dans le piège. » Ainsi, la passion du jeu, par exemple, commence-t-elle dans ce jeune homme, celle de la vanité dans cette fille, prévenez le mal qui pourrait en résulter, donnez des avis convenables. Par vos conseils, bien plus que par une défense sévère de ce qui en soi n'est pas encore un grand mal, engagez ce jeune homme à mortifier sa passion naissante, et pour qu'elle ne lui devienne pas nuisible, recommandez-lui de s'abstenir du jeu les jours de communion, ou le vendredi, à l'honneur de la passion de Notre- Seigneur, ou du moins de se modérer dans la durée, dans la dépense, dans le nombre de ses compagnons. Dites de même i\ cette jeune personne, pour vaincre sa vanité, de ne plus mettre tous ces ornements dont elle faisait usage, et quelquefois, à l'honneur de la sainte Vierge, de porter ce qu'elle aura de moins apparent et de moins riche. Dans certains péchés la continuation est plus à craindre que l'augmentation; quoique petits, ils peuvent, s'ils sont continués, devenir très-nuisibles. Telles sont, par exemple, certaines petites aversions qui n'auront d'autre effet que do ftiire éviter la rencontre do la personne, de lui parler sèchement et en peu de mots; mais si cette aversionest habituelle et continue, elle peut porter àde grands excès par la soustraction des grâces sj)(i*

cialesdeDieu, surtout si les personnes font profession de piété : c'est ce qui arriva au prêtre Saprice. Une rancune qu'il conservait depuis longtemps contre le laïque Nicéphorc lui fit perdre la constance au moment du martyre; il renia sa foi, et devint un apostat. Sachez donc apprécier à sa juste valeur le mai que vous irouverezdans le pénitent- Pruden- S'î'. — C'cst daus l'applicaiion des remèdes aux i" "IhcI- "^'"^^^ ^" pénitent que doit surtoutparaîlrerhabilïon des leté de médecin. Et d'ai3ord s'agit-il de guérir la durete de cœur, de manière a exciter dans le pénitent cette douleur sans laquelle le sacrement est inutile? c'est alors que votre zèle, jusque-là retenu pour ne pas nuire à l'intégrité de la confession, peut et doit s'animer d'une juste ardeur dans l'intérêt du coupable. Toutefois, que la charité marche toujours la première, afin de faire prendre en bonne part ce que vous aurez à dire. En effet, suivant le concile de Trente : Sœpe plus ergu corrigendo j agil benevoîentia quant audoritas, plus eœhortatio qiiam comminatio, plus charitas quam potestas '. Vous commencerez donc parle féliciter de s'être bien confessé ; ensuite, comme la confiance est ici le point important, afin de déterminer le pénitent à ce qu'il y a de plus difficile, ne manquez pas de lui faire d'abord espérer son pardon, pourvu qu'il se repente sincèrement. Le meilleur moyen d'y réussir, c'est de l'engager à se faire jiistice à lui-même afin d'ob- ' Trid. sess. 13, tic Reforni.

tenir sa grâce, certain que Dieu l'accordora. Après cela, représentez-lui brièvement, mais avec force, les motifs que la foi suggère po\ir un vrai repentir, c'est-à-dire motifs de confusion, de crainte, de confiance et d'amour. Comm nçant l^par reprendre, non pas chacun de ses péchés, s'il en a confessé beaucoup, mais les principaux, vous lui en montrerez le nombre et la grièveté, et lui ferez sentir qu'il est d'autant plus inexcusable qu'il est chrétien et plus favorisé de Dieu. 2" Exposez-lui les châtiments qu'il mérite de la part de Dieu, ce maître si grand et si bon, aux avances duquel il n'a répondu que par l'ingratitude et le mépris; châtiments inévitables et peut-éire bien [)rochains, s'il ne se repent pas comme il faut ; 3° les avantages également certains qu'il retirera de la confession : le pardon, la paix, une bonne mort, la vije éternelle. Parlez à son imagination, représentez-lui Dieu qui, le tenant suspendu au-dessus do l'enfer, lui montre au fond des abîmes une foule de réprouvés coupables des mêmes fautes, peut-être de fautes moins graves que les siennes; qui lui rappelle les bienfaits de la création, de la rédemption, etc., dont il l'a comblé, et les ingratitudes et les offenses dont il lésa payés; qui, dans son juste et inexorable courrou?:, le menace des mêmes châtiments, mais qui se montre prêt à lui pardonner et à lui donner le ciel, pourvu que dans son péché il ne voie pas seulement le mal qu'il s'est fait à lui-même, mais

encore l'injure, l'outrage qu'il a fait au Seigneur, et qu'il s'en repente par-dessus toute chose. Qu'il se tourne donc vers Dieu, et lui dise : Ne projicias me a facie tua, etc. ; Pater, peccavi, etc. De là il ne vous sera pas difficile de l'élever jusqu'à la contrition parfaite. Pour cela, vous lui rappellerez l'amour de Dieu à notre égard ; amour si généreux, qu'il l'a porté à donner sa vie pour nous ; amour si spécial et si prodigue, qu'il l'a porté à nous combler de bienfaits de préférence à tant d'autres; amour si désintéressé et si constant, que, dans son intention, les faveurs passées ïie sont que des gages de faveurs nouvelles, dont le but est de nous rendre heureux avec lui pendant l'éternité. Or, ce Dieu qui nous révèle son infinie bonté par des preuves si touchantes, n'est pas moins infini dans ses autres perfections, en majesté, en sagesse, en puissance, en sainteté, etc. Qu'est-ce à dire? sinon qu'il est par lui-même infiniment digne de respect, d'estime et d'amour. Et cependant comment l'avons-nous traité? Nous l'avons, par nos péchés, crucifié de nouveau et couvert d'opprobres. Dites-lui donc que, pénétré de douleur d'avoir si mal correspondu à tant de bontés, ce n'est pas tant la pensée du paradis et de l'enfer que le déplaisir d'avoir offensé un Dieu si grand et si bon, qui vous fait détester sincèrement et efficacement vos péchés; prenez donc la résolution, etc.

Suiu. 35. — Mais pour vous servir à propos de ces

remontrances, observez ce qui suit: 1« avec ceux que vous saurez être soi{^,neux à sebien préparer, ou que vous voyez actuellement remplis de componction, n'en parlez pas ou ne faites que les indiquer, elles seraient superflues; 2° avec d'autres, priez et étendez- vous davantage sur le motif qui leur est le plus adapté : ainsi, avec les pusillanimes parlez peu de la crainte et beaucoup de la confiance en Dieu ; 3° que le rang ou la dignité des pénitents ne vous empochent pas de les exciter à la contrition s'ils ne l'ont pas, mais faites-le de manière à ne pas trop les humilier. Cette circonspection vous donnera peu à peu sur ces personnes une autorité paternelle et sacrée, qui les rendra dociles en toutes choses. De fortes réprimandes réussiront mieux avec les pénitents entêtés, obstinés ou grossiers, qui ne comprennent guère les raisonnements ; mais encore ici toutes vos paroles doivent être adoucies par la charité, en sorte qu'ils voient que vous ne les méprisez pas ; car les personnes même de la plus basse condition sont jalouses de leur honneur. C'est donc en leur donnant des marques de votre zèle [)Our leur bien, que vous vous ouvrirez la voie de leur cœur, et que vous obtiendrez ce que vous désirez. Si vous remarquez que l'exposé des motifs de contrition ne fait aucune impression sur le pénitent, ne perdez pas courage ; il vous reste un moyen qui, employé comme il faut, est infaillible, ainsi que lu foi nous l'ap-

prend, je veux parler de la prière. Oui, reslime de la prière, la nécessité de la prière, voilà ce dont vous ne pourrez jamais assez vous pénétrer ni vous ni vos pénitents. Or, il y a deux manières de vous servir de cette arme toute-puissante : 1° pendant la confession même, en priant les deux ensemble, et il vous arrivera quelquefois d'en voir sur-le-champ les effets; 2° si vous n'obtenez pas à l'heure môme, entre autres précautions dont je vous parlerai plus tard, afin de ne point exposer l'absolution, prenez la suivante : donnez au pénitent un certain temps pour prier, mais dites-lui comment il doit s'y prendre; par exemple, qu'il s'adresse, comme par manière de colloque, à la sainte Vierge, au saint ange gardien, et à chacune des trois personnes de la sainte Trinité; ayez soin de lui suggérer ce qu'il devra dire, et recommandez-lui de parler à chacun comme s'il était à ses pieds.

Remèdes 36. — Le pénitent manque-t-il de courage pour fà^biesie «accomplir de graves obligations, il ne suffit pas du cœur, dc Ics lui faire connaître avec toute la précision d'un juge éclairé, il faut qu'en médecin habile vous sachiez employerles motifs et les moyensles plus propres à lui faire franchir ce pas difficile. Si vous vous contentez de dire : Vous êtes obligé à restituer, à quitter cette occasion, à pardonner cette injure, à résistera telle tentation, à rompre telle mauvaise habitude, presque jamais ii ne profitera de vos avis. C'est ici surtout que vous

DES CONFESSELUS. 63

avez besoin de la science ascétique qui traite des tentations, des passions, de leurs commencements, de leurs progrès et de leurs remèdes ; des vertus, des motifs de s'y attacher, des moyens de les pratiquer; des vices, des raisons de les haïr, et des moyens de les vaincre et de les éviter. Pour vous en donner une idée, lorsque vous aurez intimé au pénitent l'oblijjation de restituer, fortifiez-le par le double motif de la confiance et de la crainte; dites-lui : « Mon enfant, lorsque » cet argent que vous devez sortira de votre » maison, la protection de Dieu y entrera et se » répandra sur vous et sur votre famille. Tant » que le bien d'autrui restera chez vous, il sera » la perte du vôtre, il criera malédiction contre » vous et contre vos affaires. Une seule maladie » que Dieu peut vous envoyer et qu'il vous épar- » gne, vous ferait dépenser beaucoup plus que » vous ne perdrez en restituant; or, on ne plai- » santé pas avec Dieu. Si la mort vient, votre » bien et celui d'autrui resteront ici-bas, mais le » péché vous accompagnera au jugement pour vo- » tre condamnation. Voyez Zachéj, il ne dit pas » au futur, rcddam, mais au présent, raido qua- » druplum; cl sur-le-clu^np il mériie d'entendre: » Uodkhuic dcmui salusfactacst,Q[.c.»\nà\{\viQzlui ensuite les moyens, comme do retrancher les dépenses superflues, de vendre quoique meuble pour avoir de quoi restituer, de s'acquiiicr au moins petit à petit s'il ne peut loul rembourser à

mon.

la fois. Jamais ne vous offrez à recevoir ni à remettre la restitution. S'il vous en prie, faites-vous donner un reçu du créancier et montrez-le au pénitentpour tranquilliser parfaitement sa conscience, et éloigner de vous tout soupçon d'avarice. Remèdes 37. — Lc démou a coutume de tendre plus de pour les pièges aux fidèlcs les jours de communion : il tions quî en espère deux effets très-nuisibles : l'un, de leur ulni'LT enlever par quelque péché le fruit de la commujoursde nioH, ct dc les rendre plus ingrats et plus coupa- «ornmu- j^j^^ envers le saint Sacrement; rautre,dc leur faire perdre l'estime pour les sacrements, concluant de leur prompte rechute qu'ils sont moins avantageux qu'on ne le dit, et par là de les en éloigner, afin qu'ils restent dans leurs péchés, privés du meilleur moyen"d'en sortir. De votre côté, prévenez vos pénitents d'être plus sur leurs gardes, et d'exercer ces jours-là une plus grande vigilance sur eux-mêmes ; dites-leur que s'ils pèchent, ce n'est point au peu d'efficacité des sacrements qu'il faut en attribuer la faute, mais à leur peu de vigilance sur eux-mêmes après qu'ils les ont reçus, et que pour réparer leur chute ils doivent y recourir avec plus de promptitude et d'humilité. Ayez toujours présents à l'esprit les moyens spéciaux d'aider les pénitents suivant la diversité de leurs besoins. Vous pouvez voir dans le B. Liguori et dans Seigneri les règles que vous devez suivre avec ceux qui vivent dans des haines, dans des occasions prochaines, dans le

scrupule, dans le blasphème, dans l'obligation de restituer, etc. Entre autres pratiques de piété, il est utile de prescrire ou au moins de conseiller de courtes mais fréquentes prières, par exemple, le matin, à midi et le soir, trois Ave Maria, à genoux ou debout, en l'honneur de la sainte Vierge, l'examen de conscience le soir, ou du moins un acte de contrition bien fait. Quant à ceux qui sont tentés pendant la nuit, dites-leur de croiser les mains sur leur poitrine aussitôt qu'ils seront entrés dans leur lit; de penser brièvement que telle sera leur position dans le cercueil et dans le tombeau, et qu'ils peuvent mourir la nuit môme; qu'ils joignent à cela quelque courte prière à la sainte Vierge ou à l'ange gardien. Si la tentation vient ou si elle continue, comme il ne serait pas facile alors de faire de longues prières, qu'ils produisent du moins quelques aspirations, se proposant dos prières et de bonnes œuvres à faire le lendemain, telles qu'une visite au saint Sacrement ou une oraison à la sainte Vierge, et qu'après avoir fait le signe de la croix, ils pensent à autre chose, et fixent leur imagination sur des affaires et des occupations temporelles, innocentes, mais agréables et propres à occuper l'esprit. Il sera bon de leur conseiller de s'associer à quelque pieuse congrégation, d'entendre la parole de Dieu, de réciter quelques prières sur une tombe en pensant un peu à la mort. Au reste, la lecture des livres ascétiques

VOUS fournira d'autres industries pour l'avantage

flu pénitent, moi-même je vous en indiquerai

quelques-unes dans la suite de cet ouvrage.

Règles 38. — Plus un confesseur vit éloigné de la fré-

rViesde qucntation et delà familiarité des séculiers, plus

conduite j| çjj gg^ estïmc ct plus il leur inspire de con-

avec les *■

malades, fiauce pour ce qui regarde les affaires de leur '"etTe'r* âme. La prudence vous fera donc une loi de ne pauvres, pas aller dans la maison de vos pénitents, à moins que vous ne soyez demandé et bien assuré qu'il» vous désirent : même dans ce cas-là, allez-y avec réserve, soit parce queles personnes même d'une haute piété n'aiment pas à se trouver, hors du sacré tribunal, en présence de celui qui est le confident de leurs misères spirituelles, soit parce que, fîans ces sortes de visites, elles peuvent découvrir en vous quelque défaut qui diminue leur estime. Si vos pénitents sont malades, c'est alors que vous devez vous abstenir d'aller chez eux, à moins que vous ne sachiez que le malade lui-même vous désire, et non pas ses parents. En effet, il peut arriver que quelqu'un de ceux que vous croyez avoir en vous la plus entière confiance veuille, dans cette circonstance, s'adresser à un autre. Dans une occasion si importante, il est de votre devoir de lu laisser toute liberté; mais s'il vous demande, donnez-lui toute l'assistance possible. Si même vous vous apercevez ou si vous vous doutez que, sans être malades, vos pénitents se confessent quel-

quefois à d'autres, gardez-vous bien de le leur demander, et bien plus encore d'en témoi{;ner du déplaisir : ce serait le moyen de perdre leur confiance. Ne pas les laisser libres de se confesser à qui bon leur semble serait les blesser sur le point le plus délicat et le plus important, qui est leur consolation spirituelle. Par là indisposés contre vous, ou ils vous quitteront tout à fait, ou jamais vous ne serez bien sur de leur sincérité. Si au contraire vous approuvez cette liberté, ils vous en aimeront davantage, et du moins, quand ils viendront, vous pourrez juger qu'ils viennent avec franchise. Au reste, vous pouvez très-bien, par vos soins paternels, par votre prudence et votre discrétion, faire en sorte cju'ils n'aient jamais de motif de recourir à d'autres confesseurs. Si des pénitents pauvres vous demandent des secours temporels, répondez-leur avec bonté que s'ils vous veulent pour père spirituel, vous donnerez à leur Ame tous les soins possibles, mais que pour des secours temporels, ils aient recours à dauires. Sans cela il est bien à craindre que les pauvres se présentent à vous, non par un désir sincère de leur bien spirituel, mais pour obtenir une assistance corporelle; qu'asnsi ils s'approchent des sacrements sans les dispositions convenables, en feignant la piété et la misère i)0ur vous toucher de compassion. Que si dans quelques cas vous n'avez rien de semblable à craindre, venez à leur secours: encore sera-i-il mieux

de le faire par le moyen d'une tierce personne, a6n de dégager la confession de tout motif humain. Aux pénitents riches, vous pouvez bien, vous devez même inculquer l'obligation et les avantages de l'aumône, mais ne la leur demandez jamais pour qui que ce soit; autrement il vous arrivera, comme à bien d'autres confesseurs, que le riche, par respect, ne voulant pas vous faire une réponse négative ni se priver de son argent, prendra le parti de vous quitter. La crainte de semblables demandes lui fera différer longtemps à se choisir un autre directeur. Ainsi les pauvres ne seront pas secourus et le riche perdra peutêtre son âme. C'est avec la même prudence que vous devez éviter de vous mêler des affaires temporelles de vos pénitents, à moins que vous n'en soyez prié. Et môme dans ce cas-là soyez très-réservé. Par là vous rendrez plus sûr et plus libre l'accès aux sacrements ; ils ne s'en approcheront qu'en vue de la grande affaire de leur conscience et de leur salut.

B'*" 39. (B. LiGUORi, n° 6-16.) — Concluez de tout

connaître . , , ,

l'éiai du ce qui précède que, pour bien traiter votre mapeniient. j^^j^^ ^.^^^g (jgyç^^ Qvant tout, VOUS informer de

l'origine et des causes dé toutes ses infirmités spirituelles. Certains confesseurs se contentent de demander l'espèce et le nombre des péchés : s'ils voient le pénitent disposé, ils l'absolvent; sinon, ils le renvoient sans lui donner aucun avis, en lui disant : Allez, je ne puis vous absoU'

dre. Telle n'est pas la conduite des bons confesseurs. Ils commencent par rechercher le principe et la gravité du mal; ils demandent au pénitent quelle habitude, quelles occasions il a eues de pécher, en quel temps, avec quelles personnes, avec quelles circonstances, afin de pouvoir mieux faire la correction, disposer le pénitent à l'absolution et lui appliquer les remèdes convenables.

40. — Après ces interrogations, le confesseur, Reprenbien instruit de l'origine et de la gravité du mal, '^"'^"f

" '•' ' respect

en vient à la correction nécessaire. Bien qu'en sa immain, qualité de père il doive écouter les pénitents avec ^^'c bonté, néanmoins il est obligé, comme médecin, '"^"'*'' à les avertir et à les reprendre suivant leurs besoins, ceux surtout qui se confessent rarement, et qui sont chargés d'un grand nombre do péchés mortels. Ce devoir lui est imposé même à l'égard des personnes d'un rang élevé, des magistrats, des princes, des prêtres, dos curés et des \)rélats, lorsqu'ils se confessent de quelque grave manquement, avedYrop peu de contrition. Noire souverain pontife actuellement régnant, Benoît X[V, dit que les avis du confesseur sont i)lus efficaces que les sermons '. Il a raison. Le jnédicateur ne connaît pas comme le confesseur los circonstances 1 ariiculières qui mettent le confesseur bien plus en état de fi\ire la correction et d'appli(iucr le remède au mal. Le confesseur ne doit ' Bulla ./postollcd, § 13.

point faire attention aux autres pénitents qui attendent, parce qu'il vaut mieux, comme dit saint François Xavier', entendre peu de confessions, mais qui soient bonnes, qu'un grand nombre de mal faites. C'est encore ici le lieu de remarquer combien sont répréhensibles les confesseurs qui, trouvant un pénitent mal disposé, le renvoient aussitôt, dans la crainte de se donner quelquepeine. Bien qu'un pénitent s'approche sans dispositions, c'est un sentiment reçu parmi les théologiens % que le confesseur est obligé de faire son possible pour le disposer à l'absolution, en lui représentant, par exemple, l'injure qu'il a faite à Dieu, le danger de la damnation, etc. Peu importe que les autres attendent et s'en aillent : le confesseur ne rendra compte à Dieu que du pénitent qui est à ses pieds, s'il le perd, et non pas des autres.

Eclairer, 'î'I' — Lc confcsscur cst cucorc obligé d'aver- *^^"^,'î"' tir ceux qui sont dans l'ignorance coupable de

sont dans ' o i

l'igno- quelqu'une de leurs obligations, soit de droit na- ''^"^'^ turei, soit de droit positif. Si cettfîignorance n'était pas coupable, que faudrait-il faire? Si cette ignorance a pour objet les choses nécessaires au salut, le confesseur doit toujours en tirer le pénitent; si elle porte surd'autres matières, mêmesur les préceptes divins, et que le confesseur juge avec prudence que l'avertissement sera nuisible

' Tursell. in Vita, lib. vi, c. 17.

^ Lib. 6, num. 608, v. Hic advertc.

au pénitent, il doit passer outre et laisser le pénitent dans la bonne foi : c'est l'opinion des auteurs même les plus sévères. La raison en est qu'il vaut mieux éviter le danger du péché formel que du péché matériel ; car Dieu ne punit que le péché formel, puisqu'il est le seul dont il se tienne offensé. Tout cela estabondammcnt prouvé dans notre ouvrage, par le sentiment à peu près unanime des docteurs ^ De là on infère, loui(>urs d'après l'opinion commune-, que dans le cas oii le pénitent aurait contracté un maiiage nul à cause de quelque empêchement occulte, s'il était dans la bonne foi, et qu'en lui manifestant la nullité il y eût pour lui danger de scandale, d'incontinence ou d'infamie, le confesseur doit le laisser dans la bonne foi jusqu'à ce qu'il lui ait obtenu la dispense. Il faut excepter le cas où l'on pourrait facilement et sur-le-champ obtenir !a dispense. En pareil cas, c'est-à-dire lorsqu'il y a bonne foi, si le pénitent se confesse d'avoir sans juste motif refusé le devoir conjugal, les docteurs disent ^ que le confesseur doit l'obliger à le rendre. Maintenant, quelle conduite le confesseur doit-il tenir envers ceux qui vont contracter unmariagenul, s'ily a dangerde péché formel ou de scandale à leur manifester l'empêchement? Voyez notre Théologie '.Il faut demême, d'après

' Lib. 6, n. ClO.

5 Ibid.

o* I.ib. G, n. Ct2.

Voici comment le Saint résume dans V Homo aitostoL-

l'opinion commune, se dispenser d'avenir de l'obligation de restituer, le pénitent qui estdansune entière bonne foi, si l'on prévoit avec certitude qu'il ne tiendra pas compte de l'avertissement'. Exce - '^^'■^' — ^^ ^^^^ néanmoins faire les exceptions lions à suivantes : 1" S'il devait résulter de cette igno- ^^gie, rance un dommage pour le bien pul)lic - : dans ce cas, le confesseur étant chargé des intérêts de la république chrétienne, il est tenu de préférer le bien commun au bien particulier du pénitent, lors même qu'il prévoit pour celui-ci l'inutilité de l'avertissement. Ainsi, c'est un devoir d'avertir les princes, les gouverneurs, les confesseurs et les prélats qui manquent à leurs obligations, parce que leur ignorance, bien qu'invincible, est toujours nuisible à la communauté, du moins à

eus, tract, xvi, n. 113, les solutions données à cette question dans le n. 61 2 de sa grande Tliéologie : « Sed si niatrimoniura contractuni non est, sed jam jam contraliendum est nuUiter, quœiitur an confessarius debeat monere pœnitentem de nullitate, cura animadvertit monitioEcm profuturam non fore. Alii absolute ucgant, alii affirmant, sed probabiliiis Castrop. et Salm. dicunt, regulariter loquendo, in eo casu facicndam esse monitionem, praesertim si impedimentumoriturex consanguinitate, quia tune nulla subcst infaraia in suspendendis nuptiis ; tanto niagis quod hujusmodi inipedimeûtum facile postea potest cognosci ab ipsismet sponsis,et tune peccatum eoruni facile ex inateriali potest fier! formale. Quare in tali casu cum semper subsit aliqiia spcs fore ut prosit, non est omittenda correctio, ita Layra.; sed si omnino desperetur fructus, dicunt iideiu citati auctores, quod confessarius tacere debeat usque duni impetrabit dispensationem. »

« Ibid. t

DES CONFESSEUhS. 73

raison du scandale. En effet, les inférieurs se persuaderont facilement qu'il est permis de faire ce qu'ils voient pratiquer par les supérieurs. Suivant notre saint père Benoît XIV', il faut en user de même avec ceux qui fréquentent les sacrements, afin que les autres n'en prennent pas une occasion de scandale. 2° Si le pénitent interroge, parce qu'alors le confesseur est obligé de lui dire la vérité ^ : dans ce cas, l'ignorance n'est pas absolument invincible, comme elle doit l'être afin de pouvoir omettre l'avertisscmcni. V Si dans peu l'avertissement doit être utile au pénitent, quoique dans le principe il ne doive pas en profiter^. Que doit faire le confesseur dans le doute si l'avertissement doit êlrc utile ou nuisible? Voyez notre Théologie*.

43. — Après les remontrances ou les avertisse- Dispoyep nients convenables, le confesseur doit disposer le pénitent à l'absolution, en lui faisant produire un bon acte de contrition et de ferme propos. Faites attention que ])ien peu de pénitents, surtout parmi les ignorants, ont soin de faire l'acte de contri-

' BuUa ApostoUca, § jo.

*Lib. 6, n.616.

» Ibid.

* Ibid. Voici i'upinioQ du Saint : < Induhio rcgularitcr iiiihi vidctur diceiuiiini, quod mala foriualia potius cvitanda suut quam matcriali i. Ilinc loqucns Concina de correctione fraterua dirit «[uod in (iul)io, ancorrcctio sit profutura ycI nocituia, omitti dcbet, quia, ut ait, iniprudontcr af!;it qui duliius opor.'tioni nicra'i «c conimiuit. )

a l'abso-

tion avant de se confesser. Quelques confesseurs se contentent de leur demander: El maintenant demandez-vous bien pardon à Dieu de tout cela? ce qui n'est pas un véritable acte de contrition, vous en repentez-vous de tout votre cœur? et sans rien ajouter, ils donnent l'absolution. Telle n'est pas la conduite des bons confesseurs ; ils mettent tous leurs soins à exciter dans leurs pénitents, j'entends ceux qui sont chargés de péchés mortels, un repentir véritable et une détestation sincère du mal. Ils commencent par leur faire produire un acte d'attrition, en leur disant par exemple : Ah! mon fils, où devriez-vous être maintenant? dans l'enfer, hélas ! dans le feu, désespéré, abandonné de l'univers entier, abandonné de Dieu même pour toujours? Vous vous repentez donc d'avoir offensé Dieu à cause de l'enfer que vous avez mérité. Remarquez ici qu'on ne fait pas bien l'acte d'allrilion quand on se rep^nt du péché parce qu'on a mérité l'enfer, mais il faut se repentir d'avoir offensé Dieu parce qu'on a mérité l'enfer. Après cela faites faire au pénitent un acte de contrition : Mon fils, qu'avez-vous fait? vous avez offensé un Dieu infiniment bon, vous lui avez manqué de respect, vous avez refusé de luiobéir, vous avez mépiisé sa grâce; et maintenant, puisque vous avez offensé un Dieu qui est la bonté même, repentez-vous-en de tout votre cœur ; détestez plus que toute autre chose les outrages que vous lui avez faits; jamais vow, etc. C'est ici le

DES CONEKSSELKS. 75

lieu de vous rappeler : 1° que lorsque le p^nilent se confesse de quelque péché après l'absolution, fût-ce immédiatement, il est nécessaire pour être absous qu'il fasse un nouvel acte de contrition, car c'est ici un nouveau jugement ' ; 2° que c'est l'opinion probable d'un grand nombre de docteurs ^, que la confession pour être sacramentelle doit être informée par la contrition. Ainsi, lorsqu'un pénitentse confesse avant d'avoir fait l'acte de contrition, il ne suffit pas, puisqu'il s'agit de la valeur du sacrement, de le lui faire faire après la confession, mais il faut, après qu'il a fait l'acte de contrition, lui faire réitérer -la confession en lui disant au moins : Vous vous accusez de nouveau de tous les péchés que vous venez de me dire . 4i. — Quant aux remèdes à indiquer aux péni- i'^enù-des

, , , .au mal.

lents, les uns sont généraux, les autres particu- Remèdes liers et propres à chaque vice. Les remèdes gé- ^'^"^" uéraux qui conviennent à tous sont: l" l'amour de Dieu; car telle est l'unicjue fin pour laquelle Dieu nous a créés. Faites comprendre en même temps le bonheur de celui qui vil dans lamiiié de Dieu, et l'enfer anticipé de celui (|ui en est privé ; parlez aussi des maux même temporels que le péché traîne à sa suite. 2' Se recommander souvent à Dieu et à la sainte Vierge en récitant tous les soirs le rosaire; à l'ange gardien et à quelque saint qu'on choisit pour protecteur spé-

' Lib. G, n. 418.

cial. '3° La fréquentation des sacrements et la fidélité à se confesser sur-le-champ, si l'on vient à tomber dans quelque faute grave. 4° La méditation des vérités éternelles et surtout de la mort. Aux pères de famille conseillez de faire chaque jour l'oraison mentale en commun avec toute leur maison, au moins de réciter le chapelet avec tous leurs enfants. 5" La présence de Dieu au moment de la tentation avec ces paroles : Dieu me voit. 6° L'examen de conscience chaque soir, avec l'acte de contrition et de ferme propos. 7" Aux séculiers conseillez d'entrer dans quelque congrégation, et aux prêtres de faire l'oraison mentale et l'action de grâce après la messe, ou du moins quelque lecture de piété avant et après le saint sacrifice. Remèdes ^^^- — Quaut aux remèdes particuliers, vous les assignerez à chacun suivant ia diversité de ses vices. Par exemple, à celui qui a conservé de la haine, vous direz de recommander à Dieu cette personne en récitant chaque jour pour elle un Pater et un Ave. Lorsqu'il se sent ému au souvenir d'un affront, il doit penser aux outrages que lui-même a faits à Dieu. A celui qui est tombé dans des fautes d'impureté, vous recommanderez de fuir l'oisiveté, les mauvaises compagnies et les occasions. Celui qui a vécu dans une longue habitude de ce malheureux péché doit même éviter certaines occasions éloignées qui, à raison de son extrême faiblesse, seraient prochaines pour lui. C'est lui surtout qui ne doit jamais manquer

iiarlicaliers.

de réciter chaque jout, matin et soir, trois Ave Maria en l'honneur de la pureté de la très-sainte Vierge, en renouvelant chaque fois au pied do son image ses bonnes résolutions et ses prières pour obtenir la persévérance. Qu'il ait soin de recevoir fréquemment la sainte eucharistie, appelée à si juste titre vinum germinans virgines. A celui qui vit dans l'habitude du blasphème, donnez pour conseil de faire cinq ou neuf signes de croix sur la terre avec sa langue, de dire chaque jour un Patei- et un Ave à l'honneur des saints contre qui il aura blasphémé, et chaque matin, en se levant, de renouveler la résolution de ne pas s'impatienter, en ajoutant trois fois cette petite prière : Ma bonne Mère, donnez-moi la patience. Cette pratique lui sera doublement utile : elle lui méritera le secours de la sainte Vierge, et l'habituera à répéter les mêmes paroles dans les occasions de se fâcher. Vous pouvez aussi lai conseiller de dire : " Maudit soit mon péché, maudit soit le démon, etc. ' Il est encore d'autres remèdes que le confesseur indiquera dans sa prudence suivant les occasions, les personnes et les emplois.

46. (Saint Charles, pag. 5ict 55.) — Le con- suiie. fcsscur n'ayant rien trouvé dans le pénitent qui le puisse obliger à lui refuser l'absolution, il le doit porter à finir sa confession en s'accusant de tous les péchés qu'il a confessés, et des autres qu'il pourrait avoir commis par pensées, paroles.

œuvres et omissions, dont'il ne s'est pas ressouvenu. Après quoi le confesseur lui représentera, principalement si c'est !une personne qui ne se confesse que rarement, l'énormité de ses offenses, et descendant en particulier à celles dans lesquelles il aura remarqué qu'il est plus engagé, il lui proposera les remèdes qui lui semblent les plus convenables pour les éviter. Et pour cet: effet, il serait bon que le confesseur lût souvent et se rendît familier un petit livre intitulé iMethodus confes orum, ou bien Directorium confessorum; et s'il est nécessaire, il lui ordonnera encore de satisfaire à son prochain par la restitution du bien, de la réputation, ou de l'honneur qu'il lui aurait ôté, et après lui avoir imposé une salutaire pénitence, comme nous dirons ci-dessous, il lui donnera l'absolution. S'il arrivait que le pénitent eût encouru quelque censure de laquelle le confesseur eljt le pouvoir de lui donner l'absolution, il la lui accordera avant celle de ses péchés, et il est bon qu'elle précède toujours ad cautelam, en tant que le confesseur en a le pouvoir, et que le pénitent en a besoin. Habileté 47. ( Saint FRANÇOIS DE Sai.es, pag. 622 et 23 ;

médedn ^^*^ ^^ SAINT PHILIPPE DE NÉRI, Hv. II, ch. XXI.)

îorsque — Comprcnoz par ce que je viens de vous dire lent est combicn l'habileté de médecin vous est néccs- "l*r"ia ^^'^^' puisqu'aussi les péchés sont des maladies honte, et blessures spirituelles, et considérez attentivement la disposition de voire pénitent, pour le

DES COJSFESSDLIIS. 79

traiter selon icelle. Si donc, par exemple, vous le voyez travaillé de honte, de vergogne, donnez-lui assurance et coEfiance que vous notes pas un ango non plus que lui ; que vous ne trouvez point étrange que les hommes pèchent; que la confession cl la pénitence rendent infiniment plus honorable l'homme, que le péché ne l'avait rendu blâmable; que Dieu j)reniièrement, ni. les confesseurs, n'estiment pas les hommes selon qu'ils ont été par le passé, mais selon qu'ils sont à présent ; que les péchés dans la confession sont ensevelis devant Dieu et le confesseur, en sorte que jamais ils ne soient remémorés.

48. — Si vous le voyez effronté et sans appré- Lonqu'u hension, faites-lui bien entendre que c'est devant j,on*ie"n; Dieu qu'il se vient lirosterner : qu'en celte action f^"'"'= il S agit de son salut éternel; qu a 1 heur<> de la

mort il ne rendra compte d'aucune chose aussi étroitement que des confessions qu'il aura mal faites ; qu'en l'absolution on emploie le prix cl lo mérite de la mort et passion de Notre-Seigneur.

49. — Si vous le voyez craintif, abaitu, cl en Lorsqu'il (juelque défiance d'obtenir le pardon de ses pé- "''',"^^"*. chés, relevez-le en lui montrant le grand plaisir courage que Dieu prend à la pénitence des grands pé- ron. cheurs; que notre misère étant plus grande, la *'''"'^'miséricorde de Dieu en est plus glorifiée; que Noire- Seigneur pria Dieu son pèr^ pour ceux

qui le crucifiaient, pour nous faire connaître

80 3IANUEL

que quand nous l'aurions crucifié de nos propres mains, il nous pardonnerait fort librement; que Dieu fait tant d'estime de la pénitence, que la moindre pénitence du monde, pourvu qu'elle soit vraie, lui fait oublier toutes sortes de pécliés, de façon que si les damnés et les diables mêmes la pouvaient avoir, tous leurs péchés leur seraient remis ; que les plus grands saints ont été grands pécheurs, saint Pierre, saint Matthieu, sainte Madeleine, David, etc.; et enfin que le plus grand tort qu'on peut faire à la bonté de Dieu et à la mort et passion de Jésus-Christ, c'est de n'avoir pas confiance d'obtenir le pardon de nos iniquités, et que par article de foi nous sommes obligés de croire la rémission des péchés, afin que nous ne doutions point de la recevoir, lorsque nous recourons au sacrement que Notre- Seigneur a institué pour cet effet.

Lorsqu'il ^^' — Si VOUS le vovcz en perplexité pour ne est in- savoir pas bien dire ses péchés, ou pour n'avoir

quiel, ou ^ . .

grossier, SU cxammcr sa conscience, promettez -lui votre brôumé assistance, et l'assurez que, moyennant l'aide de dans ce Dicu, VOUS uc laisscrcz pas pour cela de lui faire ''' ' " faire une bonne et sainte confession. Surtout soyez charitable et discret envers tous les pénitents , mais spécialement envers les femmes, pour les aider en la confession des péchés honteux. S'ils s'accusent d'eux - mêmes, quelques paroles déshonnêtes qu'ils prononcent, ne faites nullement le délicat, ni aucun semblant de les trouver étran-

ges, jusqu'à ce que la confession soit achevée; alors doucement et amiablement vous leur enseignerez une façon plus honnête de s'exprimer en ces matières -là. Si en ces péchés honteux ils embrouillent leur accusation d'excuses, de prétextes et d'histoires, ayez patience et ne les troublez nullement, jusqu'à ce qu'ils aient tout dit; et alors vous commencerez à les interroger sur le péché, pour leur faire faire plus parfaitement et distinctement la déclaration de leurs fautes, leur montrant amiablement et faisant connaître leurs superfluités, impertinences cr impcrFoctions qu'ils avaient commises en s'excusant, palliant ei déguisant leur accusation, sans toutefois les tancer en aucune façon.

51. — Si vous voyez qu'ils aient de la difficulté ^"';'i"''' de s'accuser eux-mêmes de ces péchés honteux, accuser vous commencerez à les interroger des choses r,fcl!é-. les plus légères, comme d'avoir pris plaisir "'«meux d'ouïr parler des choses déshonnêtes, d'en avoir qu'iiCt eu des pensées; et ainsi petit à petit descendant ^'"l^^" de l'un à Vautre, à savoir de l'ouïe aux pensées, p<?ciies aux voluptés, aux actions, vous les irez encou- '"""'^•"^ • rageant à toujours passer plus avant, leur disant par telles ou semblables paroles : « Que vous êtes » heureux de vous bien confesser ! Croyez que >' Dieu vous fait une grande grâce. Je connais que " le Saint-Esprit vous touche au cœur pour vous » faire faire une bonne confession; ayez bon

X courage, mon enfant, dites hardiment vos pé-

» chcs, et ne vous mettez nullement en peine : » vous aurez tantôt un grand contentement de )) vous être bien confessé, et vous ne vou- » driez pour chose du monde n'avoir si eniière- » ment déchargé votre conscience : ce vous sera » une grande consolation à l'heure de la mort, » d'avoir fait celte humble confession. Dieu bé- » nisse votre cœur qui est si bien disposé à se » bien accuser. » Et ainsi vous presserez tout bellement, doucement leurs belles âmes à faire une bonne et parfaite confession. Quand vous rencontrerez des personnes qui, pour d'énormes péchés, comme sont les sorcelleries, accointan- , ces diaboliques, bestialités, massacres, et autres telles abominations, sont excessivement épouvantées et travaillées en leur conscience, vous devez par tous moyens lesrelevcr elles consoler, les assurant de la grande miséricorde de Dieu, qui est infiniment plus grande pour leur pardonner, que tous les péchés du monde pour damner; et leur promettez de les assister en tout ce qu'ils auront besoin de vous pour le salut de leurs âmes.

Eemèdes ^-* — ^^ pour le rcgard des conseils que le au mal confesscur doit donner au pénitent en général, ieiis*^°"ux voici les plus utiles à toutes sortes de personnes: i""'"'- Se confesser et communier très-souvent,et se choi-

tenls.

sirunbon confesseur ordinaire;hanterles sermons et prédications; avoir et lire de bons livres de dévotion, comme entre autres ceux de Grenade; fuir

les mauvaises compagnies et suivre les bonnes; prier Dieu bien souvent; faire )'cxamen de conscience le soir; penser à la mort, au jugement, au paradis, à l'enfer ; avoir et baiser souvent de saintes images, comme le crucifix et autres. Tels étaient Icsconseils du grand saint Phili[)pe de Néri. Cet excellent médecin des âmes ne négligea it aucun moyend'assurerla persévérance de ses pénitents. Sans cesse il avait à la bouche cette parole du Saint-Esprit : « Ce n'est pas celui qui aura bien commencé, c'est celui qui aura persévéré jusqu'à la fin qui sera sauvé. Pour persévérer, disait-il, le meilleur moyen c'est la discrétion. Il ne faut pas vouloir tout faire en un instant, ni prétendre devenir un saint en quatre jours. Ainsi il ne faut pas se charger d'un grand nombre de pratiques de piété, parce que bientôt on se lasse et on les abandonne, ou bien on s'en acquitte sans dévotion. Faites-en donc peu, mais ne les quittez jamais. Si une fois le démon vous fait négliger un de vos exercices, il vous le fera bientôt négliger une seconde, puis une troisième fois, jusqu'à ce que toutes vos résolutions soient évanouies. Je ne cesserai donc de vous le répéter : Nulla dies sine linea. Mettez-vous bien en garde contre les petites fautes, autrement, si vous venez à vous relâcher sur ce point et à mépriser ces petites choses, votre conscience s'endurcira peu à peu,, et vous finirez par vous perdre. Renouvelez donc souvent vos bonnes résolutions, et ne les abandon-

nez jamais, quelles que soient vos tentations." Il ajoutait que dans le principe la ferveur est ordinairement très-grande, mais que plus tard Notre-Seigneur fingit se longius ire. C'est alors qu'il faut être ferme et ne pas se troubler, parce que Dieune retire ses douceurs que pour voir si nous sommes courageux. Si nous résistons, si nous triomphons de ces peines et de ces tentations, il nous rend ses consolations et ses fa- Teurs. Quant aux jeunes gens, il disait que, pour assurer leur persévérance, la fréquentation des sacrements était aussi nécessaire que la fuite des mauvaises compagnies et la fréquentation des bonnes. Il ne cessait de recommander la prière ; c'est pourquoi il introduisit à l'Oratoire l'usage de réciter tous les soirs cinq Patei' et cinq Ave, pour demander à Dieu la persévérance, et il disait que pour commencerbien et continuer mieux il était nécessaire d'avoir une grande dévotion à la sainte Vierge, et d'entendre la messe chaque jour, à moins qu'on n'en fut empêché. Les mortifications de l'esprit lui paraissaient beaucoup plus profitables que les macérations de la chair, et il disait que les confesseurs faisaient mal, lorsque, pouvant exercer leurs pénitents dans l'obéissance, ils négligeaient de le faire, soit par lâcheté, soitpar respecthumain.aLa mortification d'une passion, leur disait-il, quelque petite qu'elle soit, vaut mieux que beaucoup de jeûnes, d'abstinences et de disciplines. »

ARTICLE III

Page 1