SCIENCE DE DOCTEUR
53. (Prêtre sanctifié, n. 42-62. ) — C'est la sa n<?science de la théologie qui doit vous diriger '^'."n"' dans les fonctions du sacré tribunal, puisque étendue, sans elle vous ne pouvez bien former votre jugement. L'étude de la théologie morale vous est donc indispensable. Quoique vous ne deviez jamais vous croire assez instruit en ces matières, et qu'il vous convienne d'en continuer l'étude pour conserver et augmenter vos connaissances, cependant, pour que la crainte ne vous empêche pas de vous livrer au saint office de confesseur, je vous dirai qu'il suffit, selon le sentiment de divers auteurs, que vous sachiez au moins ce qui suit : 1° les cas réservés dans le diocèse où vous confessez, ainsi que les cas et les censures réservés au pape, du moins les plus ordinaires ; 2" que vous sachiez distinguer ce qui est mortel de ce qui n'est que véniel, en sorte que vous connaissiez ce qui de sa nature est grave, et que vous ne le confondiez pas avec ce qui est léger; 3" les plus notables circonstances du péché, au moins celles qui changent l'espèce; i' ce qui emporte l'obligation de restituer la réputation ou le bien d'autrui; 5° ce qui est occasion prochaine, et, au moins, ses principaux remèdes; G' les dispositions nécessaires au pé-
nitent ; 7" les pénitences et les remèdes, du moins les plus usités; 8° enfin, que n'étant pas embarrassé dans les cas les plus ordinaires, vous ne soyez pas tellement étranger à ceux qui se présentent rarement, que vous ne sachiez pas même douter que la chose mérite un examen particulier; par exemple, que tel péché peut être un empêchement de mariage; il faut au moins que vous en ayez une idée confuse qui vous fasse douter sur-le-champ que vous êtes exposé à vous tromper, et qu'ainsi vous preniez le temps pour mieux examiner et éviter toute méprise.
Science 54. — Mais, par-dcssus tout, que votre science plr^k ^^'* dirigée par la discrétion. Autrement elle discré- sera inutile ou même funeste au pénitent, et vous donnerez contre l'écueil du relâchement ou du rigorisme. Jetons d'abord un coup d'oeil sur la nécessité absolue, indispensable do cette discrétion, nous verrons ensuite quels sont les cas et quelle est la manière la plus ordinaire d'en faire usage. Prenons pour guide saint Bonaventure ; car ce qu'il dit de la conscience s'applique admirablement au confesseur : Cavenda est conscienlia nimis larga, et nimis stricta. Nam pri~ ma générât prœsumptionem, secunda desperationem : prima Stvpe salvat damnandum, secunda damnât sahandum '. Il en est de même du confesseur relâché et du confesseur rigide. En suivant des voies différentes, ils privent les âmes de
' Tome I, Comp. theol. vcrit.^ lib. 2, c. 52-
! tion.
grands biens et les exposent à de grands maux. Le premier fait naître la présomption dans les pénitents, en ne leur inspirant que peu d'horreur pour leurs fautes, en les laissant dans l'assoupissement à l'égard de leurs obligations, et par là i! affaiblit trop en eux la crainte chrétienne. Le second, au contraire, exagérant la crainte, affaiblit l'espérance chrétienne, et par là pousse au désespoir. C'est ainsi que la conscience large et le confesseur relâché, non par le mal que cause la présomption, mais par le bien dont elle ne prive pas, sœpe salvat damnandum ; tandis qu'au contraire, la conscience trop étroite et le confesseur rigide, non par ce qu'il ôte de mauvais, mais par ce qu'il enlève de bon, damnât saîvandum. C'est une vérité que rend évidente non-seulement l'autorité du saint docteur, mais encore la considération des effets naturels de ces deux vices d'ailleurs si grands, la présomption et le désespoir. La présomption laisse la volonté et le courage d'agir; elle n'ôte pas, mais elle conserve l'estime et l'usage au moins de quelques moyens de salut, entre autres de la confession : c'est pourquoi le ])résomptueux, soutenu par de tels secours, empire moins et plus lentement; puis, reste l'espérance qu'un jour viendra où, en faisant de ces moyens un meilleur usage, il se guérira tout à fait et se sauvera. Au contraire, le désespoir, par la tristesse et le chagrin qui l'accompagnent, ôte d'ordinaire sur-le-champ le courage et la volonté
de faire aucun bien. II y a plus : rc(jardant tout comme inutile, celui qui s'y laisse aller perd l'estime et l'usage de la dévotion et de tous les moyens de salut, principalement de la confession. Il abandonne tout, et, se croyant perdu, il ne garde plus de frein; il empire et plus vite et de plus de manières, et tout cela sans espérance de remède ni de guérison.
55. — En effet, donnez-moi un pécheur depuis longtemps plongé dans le vice, il est damnandus, c'est-à-dire en voie de perdition ; il éprouve souvent des remords de conscience qui le pressent de se confesser ; car c'est là pour lui le remède nécessaire. Mais quelle extrême difficulté pour s'y résoudre, soit par la honte d'accuser tant de péchés, soit par la crainte de recevoir des reproches et des pénitences sévères ! Or, supposez qu'il entende dire : « Oh 1 qu'un tel confesseur est bon, comme il reçoit avec charité, comme il aide, comme il console ! » A cette nouvelle son cœur se dilate : « Voilà, dit-il, voilà le confesseur qui me convient.» Il s'encourage, se prépare et vient. Tout relâché qu'il est, si le confesseur, à l'accusation de ces énormes péchés, lui représente cependant avec douceur son triste état, il conçoit une véritable componction; d'un autre côté, comme on ne lui ordonne rien de trop difficile, ii prend de grand cœur la résolution de mettre en pratique les moyens indiqués. Il est absous, il s'en va tout consolé ; plein de courage, il ac-
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complit toulcs ses pénitences, change de vie et se sauve. Voilà le sœpe salvat damnandum. Au contraire, donnez-moi un pénitent qui observe actuellement les commandements de Dieu, il est salvandus ou dans la voie du ciel. Or, supposez que son confesseur, qui était discret, vienne à mourir, et qu'il tombe entre les mains d'un confesseur trop sévère ; dans les cas où l'ancien confesseur le passait en peu de temps, C€lui-ci le tient pendant deux heures par mille interroj^ations touchant la foi, il le voudrait instruit comme un théologien sur le jeûne, et, sans égard à son état, il ne lui permet le soir qu'environ trois onces de nourriture ; les jours de fête, il ne lui accorde que deux ou trois heures le soir pour se promener ou se récréer à quelque jeu honnête. Il entre ensuite dans le devoir du mariage et les contrats, et il ne veut point lui passer ce que d'autres confesseurs estimables lui ont toujours passé; il lui met en tète mille scrupules de péchés mortels, et veut qu'il fasse une confession générale. Le pauvre pénitent ne se sent capable ni de faire ni de laisser tant de choses : il retourne chez lui tout troublé et découragé ; il n'a plus le cœur de rien faire de bien, il néglige le soir le Kosaire, le matin la messe, aux jours de fétc les sacrements, dans la crainte d'ordonnances plus difficiles encore ; il se dissipe, et, pour s'égayer, va dans les sociétés; une tentation survient, il lom!)e en péché mortel. Il n'a pas le cou-
rage d'aller s'en confesser, il remet, il retombe et se damne. Voilà le damnât salvandum. Suîie. 56. — Que votre moraîe ne soit donc ni relâchée, ni rigide, autrement vous ferez naître dans vos pénitents la présomption ou le 'désespoir, et vous ne serez point un fidèle ministre de Jésus- Christ. En effet, comme un homme d'affaires peut nuire à son maître non-seulement par trop d'indulgence, en laissant passer les fautes des ouvriers el en leur donnant de trop forts salaires, ce qui occasionne d'excessives dépenses au maître qui est mal servi; mais encore par trop de rigueur en surchargeant les ouvriers et en diminuaiit leur récompense, ce qui rend le maître tellement odieux, que personne ne veut plus le servir, d'oîi il résulte que non - seulement il est mal servi, mais encore absolument abandonné ; de même, vous soignez mal les intérêts de Dieu. Il est vrai, par le relàchemen: vous lui attirez la confiance, mais non pas le respect qu'il mérite; par le rigorisme vous le ferez craindre, mais non pas aimer; que dis-je? vous le ferez fuir. Soyez donc discret et juste, afin de préserver vos pénitents de la liberté et de la négligence qui naissent de la présomption, ainsi que des troubles et des précipices du désespoir. Conciliez à Dieu tout à la fois respect et amoiir, crainte et confiance ; imposez à vos pénitents le joug de la loi, mais qu'il ne soit pas si léger qu'ils ne le sentent point; ni si pesant qu'il les accable; qu'il reste
vérîlablemenl un joug, mais un joug plein de douceur. Que le pénitent sente le poids de ses obligations, mais qu'il n'en soit point opprimé: qu'il ait un fardeau, mais léger. C'est ainsi que vous aiderez les âmes et que vous servirez le Seigneur, on rendant son joug tel qu'il le veut, quand il a dit : Ju<jum meum suave est et onus meum levé. Or, quel moyen avez-vous d'y réussir, si ce n'est d'être rempli d'équité et de discrétion dans votre exactitude? Mais pour en venir à l'objet et à la pratique de celte discrétion, vous devez en faire usage: 1» en interrogeant: je vous en parlerai plus tard ; 2° en définissant comme docteur ce qui est permis et ce qui est défendu; ce qui est grave et ce qui est léger ; ce qui est de précepte et ce qui est de conseil ; 3 " en examinant comme juge les dispositions du coupable pour le lier et le délier.
57. — Or, voici trois moyens pour acquérir une Discre. morale saine et utile. Mais avant de passer outre, ''"" •*" commcncez par retenir les moyens que je vousenam ei
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propose pour puiser dans la lecture des bons jam auteurs la science morale, discrète et utile aux ^""""^
docleur.
Ames. 1" Dites souvent au Seigneur : Da niihi
sedium tuarum assistricem sapicntiam îit me-
cum sit et mecum lahoret ut sciam quid acceptmn sit apud le '. 2" Ayez le cœur dégagé de tout esprit de parti, de cet esprit qui par un secret artifice nous porte à ne pas vouloir sentir la
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force des raisons contraires, et pour ne pas la sentir à les mépriser et à chercher uniquement le moyen de les combattre. Ayez un désir sincère de procurer le bien des âmes et la gloire de Dieu sans avoir en vue ni votre honneur ni votre réputation ; soyez disposé à préférer au vôtre le sentiment d'autrui, toutes les fois qu'un examen impartial vous le dictera. 3" Enfin, mettez en pratique la recommandation de Benoît XIV dans sa bulle Apostolica. Ne vous contentez pas de lire un seul auteur, faites -vous un devoir d'en lire plusieurs. Celui qui n'en étudie qu'un seul, surtout de ceux qui, indiquant à peine les opinions contraires sans dire un mot des raisons qui les appuient, établissent longuement leur propre opinion, celui-là regarde d'ordinaire cette opinion comme infaillible et universellement admise. Pourquoi? parce qu'il ne se rappelle nul- . lement les théologiens opposés qu'il connaît à peine; d'où il arrive qu'il est scandalisé lorsqu'il entend soutenir une opinion contraire, et qu'il demeure relâché ou rigide, ou mixte, suivant l'auteur qu'il a étudié. Au contraire, celui qui en lit plusieurs, surtout d'opinions différentes, ou du moins un de ceux qui rapportent les divers sentiments avec leurs motifs, apprend à connaître la variété des opinions qui partagent les docteurs sur un grand nombre de points de morale, et, loin de s'étonner si les autres ne pensent pas comme lui, il ouvre les yeux sur ses
propres erreurs; s'il est relâché, il trouve dans l'un ou dans l'autre des raisons contraires qui lui font connaître que son opinion ne repose pas sur des motifs assez solides pour qu'il puisse prudemment la suivre dans la pratique. S'il est rigide, éclairé par les raisons des docteurs opposés, il commence à vgir qu'il peut très-bien, par de solides motifs, permettre ce que d'abord il regardait comme illicite. De là vous verrez pourquoi les plus savants et les plus versés dans l'étude des auteurs sont ordinairement les plus prudents à décider et les plus réservés à condamner les autres, c'est qu'ils connaissent les raisons des sentiments opposés. Au contraire, la promptitude à décider et à mépriser ceux qui sont d'un avis différent, ne naît pas toujours d'une abondance, mais bien plus souvent d'un défaut de lumières et de connaissances.
58. — Mais en lisant différents auteurs il p, vous arrivera souvent de rencontrer des opi- '-""^^
*■ prendre
nions controversées. C'est ici que vous devez en Jans lo premier lieu vous rappeler cette très - utile .[^^"JcUé maxime enseignée tout ;\ la fois par de grands '«rmei. maîtres de morale et d'ascétisme, savoir que lorsqu'il s'agif du danger de péché formel il conrienl d'incliner vers la scvérité, et cela pour le plus grand bien du pénitent, la sévérité étani pour lui, en pareil cas, beaucoup plus avantageuse «lue la douceur. En effet, par la sévérité vous
ecau-
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l'éloignerez bien mieux du plus grand de tous les maux, qui est d'offenser Dieu et de mériter l'enfer où il peut lui arriver, comme à tant d'autres, de tomber dans l'acte même de son péché. Lors donc que vous doutez, par exemple, si une occasion de péché est déjà assez forte pour qu'on puisse ou non l'appeler, prochaine, tenez-vous-en au plus sûr; obligez-le à la quitter tout de suite, parce que, comme vous voyez, il y a pour vous danger de péché formel ; par exemple, de désirs ou d'actions qu'il sait et qu'il connaît très-bien être défendus; car il peut se faire que, cédant aux charmes séducteurs de l'objet, il donne son consentement, en méprisant ainsi Dieu et sa défense. Dans ce cas et dans d'autres semblables, n'est-il pas du plus grand bien du pénitent de l'éloigner d'un tel danger, en lui refusant l'absolution s'il ne veut pas quitter cette occasion? Toutefois il est vrai que vous devez, même dans ces rencontres, vous tenir en garde contre toute rigueur excessive ; vous le comprendrez mieux par les cas particuliers que je vous présenterai au n" 60. Mais, en second lieu, lorsque le pénitent nr court que le danger d'un péché matériel, alors, au lieu de la rigueur, vous emploierez avec beaucoup plus d'-avautage la prudence et la discrétion, tellement que jamais vous ne suggériez au pénitent aucune opinion appuyée seulement sur de futiles motifs ou sur une autorité légère: ce serait \\ un relAchement intolérable condamné
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dans la troisième des propositions proscrites, par Innocent XI. Quant aux opinions qui se présentent appuyées sur des preuves solides, et soutenues par un grand nombre de défenseurs, bien que combattues par d'autres auteurs, si vous voulez être discret, ne prenez pour maxime ni de suivre toujours les opinions bénignes, ni de tenir toujours et exclusivement les opinions sévères : réglez votre choix et votre détermination suivant la nécessité et l'avantage spirituel du pénitent. C'est ainsi que vous conseillerez à celui qui peut les suivre facilement les opinions favorables à la loi ; tandis qu'avec celui qui rencontrerait, pour les suivre, des difficultés de nature à faire craindre qu'il ne les suivît pas, vous commencerez, toujours pour plus grande précaution, à bien faire usage de l'un des premiers moyens que je vous ai indiqués vers la fin du n" 37 et suivants. Que si ces moyens ne sont pas applicables, appliquez-lui l'opinion favorable à la liberté, supposé, d'une part, qu'elle soit solide et bien fondée (ce qui est toujours supposé, et jo le sous-entendraidésormais en pareille matière, lors même que, pour éviter des répétitions, je ne l'exprimerai pas); et de l'autre, que les besoins spirituels du pénitent le demandent ainsi. Mais développons ces avis.
59. — Lors donc qu'il s'agira de ce qui est Manière permis, si vous rencontrez des sentiments con-^^^^"^^ traires fortement débattus entre les docteurs, <iansie$
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questions gardcz-vous bien de vous prononcer tellement v^r"*/"?" 6n faveur de l'un, que vous rejetiez tout à fait l'autre; en sorte que vous veuillez non-seulement conseiller, mais imposer l'opinion la plus sévère comme une obligation indubitable et certaine, tandis qu'elle a contre elle des auteurs respectables, et par leur mérite et par leur nombre. Pour moi, je me croirais bien présomptueux si, en pareil cas, je faisais aux pénitents une obligation certaine d'une chose que non pas un, mais plusieurs auteurs recommandables regardent comme permise. Sur un grand nombre de pareilles controverses, l'Église connaît très-bien la diversité des opinions, cependant elle se tait. Et moi, simple confesseur, je déciderai, je me ferai juge des docteurs au point de prétendre que tous ceux qui pensent autrement ont tort, qu'ils sont dans l'erreur, et que mon propre jugement doit l'emporter et suffire pour imposer une obligation grave et certaine ! Je ne sais pas comment allier une pareille présomption, soit avec la basse opinion que l'humilité chrétienne la mieux fondée veut que j'aie de moi-même et de mes sentiments, soit avec le respect et l'estime que je dois avoir pour des personnages si pieux et si éclairés qui sont d'un avis contraire. Je peux dire : Je préfère tel sentiment ; je pourrai le suggérer aux autres par manière de conseil et pour le mieux ; mais en faire une obligation au point de refuser l'absolution à celui qui refuse de s'y conformer,
oh! pour cela, jamais. D'ailleurs pourquoi obligerais-je toujours au plus strict et au plus parfait, malgré l'opinion de graves auteurs? Seraitce pour m'attircr la réputation d homme d'une morale saine et sévère? Mais je serais bien à plaindre si cette fumée de gloire humaine était la règle de ma morale dans la conduite dos âmes. Serait-ce pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien des âmes ? mais c'est ici qu'en voulant m'ériger en docteur plus habile que les autres, je me montre médecin sans expérience du cœur humain. Quoi ! si la nature éprouve déjà tant de répugnance pour les obligations claires, certaines et proclamées par l'enseignement universel, si on voit de si fréquentes transgressions des préceptes divins, qui pourra dire combien plus elle éprouve d'éloignemcnt pour des obligations très- difficiles, obscures et controversées? Combien donc n'est-il pas à craindre que les pénitents, avertis de pareilles obligations, n'en tiennent aucun compte? et dans ce cas, qu'en médecin habile vous devez prévoir, qu'aurez-vous obtenu par votre rigueur? absolument rien, si ce n'est qu'au lieu d'un mal qui, fait par ignorance et dans la bonne foi, n'eût été qu'un mal matériel et même incertain à cause de l'opinion contraire, il en résultera un mal et un péché /orme/, très-certain, qui est d'agir contre la conscience. Do là, tandis que dans le premier cas Dieu n'aurait reçu aucun affront etr»Ame aucune blcssuro, puisqu'il I. ô
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n'y aurait eu qu'une simple méprise de l'intelligence trompée, la volonté restant soumise à Dieu, le Seigneur voit maintenant une véritable malice de la volonté, qui, malgré sa lumière, refuse do se soumettre. C'est ainsi que Dieu sera méprisé, l'âme souillée de péché, digne de damnation, et coupable peut-être non pas d'un seul péché, mais d'une longue série de péchés bien certains, bien graves et bien formels.
Ca^ GO. — Pour vous prouver que je ne dis rien un'co^n- <^G trop, écoutcz le cas suivant choisi entre fesseur. milie. Uu confcsscur avait déterminé une personne à confesser ses péchés avec une sincérité parfaite. Il lui dit que si elle retombait dans tel péché elle devrait savoir qu'elle était obligée de confesser non-seulement les circonstances qui cîiangent l'espèce, mais encore celles qui l'aggravent notablement. Or, il arriva qu'après un certain temps cette personne revint se confesser. Le confesseur trouva que pendant cet intervalle elle avait fréquenté les sacrements, et qu'étant retombée dans son péché, elle avait toujours eu le courage d'en confesser l'espèce sans jamais os3r dire la circonstance notablement aggravante ; ainsi elle avait commis une longue suite de doubles sacrilèges dans ses confessions et dûns ses communions, A ce récit, le confesseur se dit à lui-même: Malheureux! qu'ai-je gagné à faire à cette âme l'obligation de dire la circonstance aggravante? Si j'avais gardé le silence,
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celte âme, ayant eu le courage de toujours dire l'espèce, se serait confessée, aurait communié dans la bonne foi, et avec la grâce des sacrements bien reçus, elle se serait peut-être corrigée tout à fait ou du moins en partie. Il ne lui revenait donc aucun mal, mais beaucoup de l)ien de la réception des sacrements; au contraire, parce que je lui ai intimé cette obligation, la voilà privée de ce bien, et, à la place, chargée non pas d'un, mais d'une foule de sacrilèges, en outre de son péché. Avec plus de 'réserve de ma part. Dieu n'aurait pas été tant offensé, et cette âme ne serait pas devenue si coupable. Cette pensée l'occupait tellement que c'était en vain (ju'il cherchait à tranquilliser sa conscience, en se disant, pour se consoler : C'était à celle âme d'avoir plus de vertu et d'obéir d tout ce que je lui ordonnais. 11 lui semblait que la charité et !a prudence exigeaient de lui qu'il fût plus circonspect.
fil, — Il étudiai de nouveau la question pour Suiie. savoir s'il devait imposer celte obligation; et voici entre autres choses ce qu'il trouva. Outre saint Thomas qui, suivant l'interprétation de IVIelchior Cane, nie la réalité d'une pareilU; obligation, et le concile de Trente qui n'en dit rion, Henoît XIII, dans linstruclion italienne ajoutée au concile romain tenu sous lui en iT-I^), après avoir dit que, pour les circonstances qui changent l'espèce, il y a une obligation indubitable de les confesser, coalinue ainsi : Mais quant aux
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circonstances qui, sans changer V espèce du péché, l'augmentent notablement, il y a deux opinions parmi le< docteurs : les uns soutiennent qu'il y a obligation de les spécifier en confession, les autres le nient. En résumé, ayez pour maxime que le pénitent] est toujours obligé de répondre avec vérité lorsque le confesseur l'interroge sur ses péchés afin de connaître l'état de sa conscience. Après cette lecture, éclairé comme par une nouvelle lumière, il s'écria : « Je l'avais déjà bien entendu dire, les plus savants sont toujours les plus circonspects et les plus réservés à décider et à imposer des obligations. J'en ai maintenant la preuve : mon ignorance a fait la ruine de cette âme. Le pape, continua-t-il, ne décide pas entre les deux opinions, et moi j'ai décidé. Qui m'impose cette obligation? qui me donne ce droit-là? Le pape prend un terme moyen, comme s'il disait : Eu égard à la controverse, je ne vous oblige point, selon le premier sentiment, à dire les circonstances aggravantes, en sorte que vous péchiez, si, sans être interrogé, vous ne les déclarez pas; mais je ne vous dispense pas non plus de suivre le second, en sorte que vous puissiez dissimuler si l'on vous interroge; car le confesseur peut avoir besoin de cette connaissance pour bien connaître l'état de votre âme. Ces réflexions, dit-il enfin, m'apprennent avec quelle discrétion je dois désormais me conduire. Si j'avais été plus savant, j'aurais été plus dis-
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des COiXFESSEUHS. iOi
cret; j'épargnais à Dieu beaucoup d'offenses, et à cette âme bien des blessures. J'étais pour Dieu un ministre plus prudent et plus utile, el pour cette âme un médecin plus habile. Tous ces outrages et toutes ces plaies, cette âme doit sans doute les attribuer à sa propre malice, mais mon ignorance y a grande part, puisqu'elle m'a rendu moins prudent et moins discret.
62. — De là que concluez-vous? Que vous devez enseigner aux pénitents qu'ils ne sont pas *'»" obligés de confesser les circonstances aggra- 'dufal'i" vantes du péché? Non, certes, vous iriez contre •',''""'■ mon intention et contre les règles que je vous proposerai bientôt pour la pratique. Ce que je désire, c'est qu'au moins, en général, dans les matières et les obligations encore plus difficiles que celle-là, maiscontrovcrséesentreles auteurs, vous appreniez à prévoir les avantages ou les inconvénients qui s'ensuivraient dans la pratique; qu'ainsi vous adoptiez pour maxime que la saine morale est celle qui, dans la pratique, sert le plus à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, en empêchant le plus efficacement l'offense de Dieu et la culpabilité des âmes, sans néanmoins préjudicierauxdroitsdelaloi.Or, telle n'est ni la morale relâchée ni la morale sévère. La première, en flattant trop la délicatesse humaine, ne fait ni assez sentir ni assez respecter la loi; la seconde, enrendantlejoug de la loi trop pesant, donne lieu à la faiblesse humaine d'abandonner la loi et le législa-
teur. La morale discrète mérite seule d'être appelée saine et utile au maître et aux sujets, parce qu'elle cherche à éviter les deux écueils. Elle n'impose pas, elle n'ôte pas non plus d'obligations sans de justes motifs. C'est ainsi qu'elle tend à empêcher le plus grand mal qui est le péché formel, tout en évitant de faciliter le péché matériel qui est un moindre mal, mais pourtant un grand mal. Il faut en convenir, cette morale discrète coûte bien plus que les autres. Elle exige beaucoup plus d'étude, soit pour connaître, soit pour peser les différentes opinions opposées, afin de ne pas se tromper dans le choix. Au contraire, la plus mince étude suffit |:our être rigoriste ou relâché. Pour défendre une action, il suffit au premier d'une raison tant petite qu'elle soit en faveur de la loi, sans se mettre en peine de connaître les raisons en faveur de l'homme. Pour la permettre, il suffit au second d'une raison tant petite qu'elle soit en faveur de l'hommu, sans se mettre en peine de ce qui peut militer contre l'homme en faveur de la loi. Non-seuicment la morale discrète est plus coûteuse, mais elle est encore moins flalteuse pour l'ambition, car elle ne sera louée que d'un petit nombre. En effet, comme il y en a très-peu qui joignent à une grande étude un esprit impartial, il y en a trèspeu qui la connaissent et qui l'approuvent. Elle sera même critiquée par un grand nombre, ou du moins par ceux qui donnent dans les extrêmes.
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car elle est égalcmcni éloignée de l'un ci de l'autre. Telle est cependant la morale que vont; devez vous former, si, dans la pratique, vous voulez sincèrement procurer la (gloire de Dieu cl le salut des âmes.
63. — Ainsi, dans la pratique, pour n'être t sage point relâché, si l'obligation est certaine et <^on- j^ï^'^j^jl nue du pénitent, vous ne devez jamais l'en dis- ^réiion penser. La vertu de tout chrétien doit venir seignam jusque-là, et, en qualité de ju[;e, de médecin, *' ij° ^*' de père, vous ne pouvez trahir la vérité, ni dispenser le malade d'un remède nécessaire : agir autrement ce n'est pas discrétion, c'est relâchement intolérable. Lors même que vous prévoyez que le pénitent se dispensera lui-même de la loi dont il a déjà la connaissance ou au moins le doute, vous ne devez point trahir la vérité. Les transgressions seront imputables, non pas en partie à sa malice et en partie à votre imprudence, mais uniquement à sa faute, faute dont vous deviendriez complice en lui accordant une dispense. Ah î plutôt, père et médecin, cherchez les motifs et les moyens de l'animer à son devoir, mais ne l'en dispensez pas.
Ci. — Si, au contraire, l'obligation est contre- Des obiiyersée entre de graves autours, il sera bien de ^jnèe"^ vous en faire une loi pour vous-même. En effi't, uines. il est juste que vous suiviez la voie la plus étroite et la plus parfaite, et que vous mettiez d'abord en pratique ce que vous voudrez prescrire aux
autres; peut-être votre expérience vous fera-t-elle quelquefois chanjîer de sentiment. Vous pourrez même en parler le premier et proposer ces obligations controversées aux personnes dont la haute vertu vous donnera lieu d'espérer qu'elles les accompliront; gardez-vous toutefois d'en faire un devoir rigoureux, afin de ne pas les exposer à pécher; mais, avec ceux qui ne connaissent pas encore de semblables devoirs, avant de leur en parler qu avez-vous à faire? Il faut que votre charité de père des âmes et votre fidélité de ministre de Dieu appliquent votre habileté de médecin à examiner et à prévoir les avantages ouïes inconvénients de vos paroles. Si vous prévoyez que vraisemblablement ils n'en tiendront compte, et qu'au lieu d'un mal matérielincertain, il doive s'ensuivre des péchés formels certains, TOUS ne devez pas, même dans ces circonstances dont l'embarras et la difficulté peuvent rendre vos paroles si dangereuses, vous ne devez pas vous faire le protecteur des opinions bénignes, et vous prononcer hautement en leur faveur. Une pareille conduite pourrait vous exposer au danger du relâchement ; ajoutez qu'elle n'est nullement nécessaire à la bonne direction des pénitents . Voulez-vous donc éviter tout à la fois le rigorisme et le relâchement? suivez les trois règles suivantes, elles sont pleines de sagesse : 1" ou ne dites rien du tout ; 2" ou prenez un terme moyen entra les sentiments opposés; 3'' ou si vous ne
trouvez pas de tempérament, ne décidez rien ; contentez-vous de conseiller le plus sûr et le plus parfait sans en faire une obligation.
65. — Vous garderez donc le silence et vous silence ne ferez point connaître votre sentiment au péni- ' ' tent qui est dans la bonne foi : par là vous n'approuvez pas, tout au plus vous permettez le danger d'un mal simplement matériel et incertain que vous n'espérez pas pouvoir empêcher en parlant. Taisez-vous donc. En effet, si lorsque l'obligation est incontestable et certaine, de graves auteurs, après saint Augustin, dont voici les paroles : Ubi scirem tibi non prodesse, te non monerem, te non terrerem^, disent que si le confesseur voit que le pénitent l'ignore, et qu'étant averti il ne l'accomplira pas, il peut, au moins dans certains cas licitement, et doit même prudemment se taire et laisser le pénitent dans la bonne foi; à combien plus forte raison ne devez-vous pas tenir cette conduite lorsque l'obligation est incertaine et niée par des auteurs respectables? Ne dites pas que ce sera la faute du pénitent, si, en étant averti, il ne veut pas l'accomplir. Sans doute il devra s'en prendre à son peu de vertu ; mais vous rendrez certainement compte à Dieu de l'imprudence avec laquelle vous voulez soumettre la faible vertu des pénitents à des choses difficiles et incertaines que Dieu n'exige peutêtre pas. Vous serez comme un médecin qui,
* Homil. 41, inter. 60
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voyant et devant voir que son malade n'a pas la force de soutenir un remède bon en soi, mais qui exige un estomac robuste et de grandes forces, et qui, d'autre part, n'est pas évidemment nécessaire, s'obstine néanmoins à l'administrer, en disant : Le remède est bon en soi, peu imporle que le malade n'ait la force ni de le supporter, ni de le digérer. Si le malade en meurt, ne direzvous pas que c'est aussi la faute du médecin, puisque ce remède n'est pas nécessaire? Et le père infortuné qui perdrait ainsi son fils par l'imprudence du médecin, dirait-il jamais que ce médecin a fidèlement suivi ses intentions poui" le traitement et la guérison de son fils? Taisezvous donc; il en résultera tout au plus un mal matériel incertain; mais vous préviendrez un grand nombre de péchés formels et certains. „ 66. — Vous serez heureux si, vous vovant
Termes
moyens dans Ic cas de parler afin d'éviter le relâchement
*"'enif-" ^^ '*^ rigorisme, vous savez, grâce à vos études
menu et à votrc discrétion, trouver un terme moyen
oppose's. ... , . ,'
entre les opmions opposées; vous suivrez alors la règle donnée par Benoît XIV dans son célèbre ouvrage de Synodo diœcesanaK Ce grand pape y recommande aux évêques de mettre tous leurs soins pour que dans la discussion des cas de conscience on fasse prévaloir le sentiment qui lient le milieu entre la trop grande indulgence et la trop grande rigueur. iVo6w cautius consilium,
' Lib. 12, c. 6, § 12.
DES CONFJiSSEUUS. 107
dit-il, videretur, ut episcopus co)itroversias hujusmodiin colla' ionibus , seu conferentiis de casibus moralibus, quœ inler ipsius clericos haberi soient, discutiendas relinqueret, nec quidquam circa illas in synode sine prœvio aposlolicœ sedis oraculo decernendum susciperet ; hoc tamen studiose curando, ut in prœdictis collationibus moralibus eorum theologorum sentenlia vinceret, qui média via inter rigorem, et laxitatem incedere norunt. Au jugement de Benoît XIV, la voie du milieu est donc la meilleure, et celle que doivent adopter les évêques et les théologiens. BenoîtXlII l'a tenue, comme vous avez vu, au sujet de l'obligation de confesser les circonstances aggravantes. Vous pouvez encore user d'un pareil tempérament en conséquence de la proposition condamnée sur la nécessité d'expUquer ou non en confession l'habitude du péché. Ainsi, pour n'être pas rigoriste, vous direz : « Je ne vous oblige pas à suivre le premier sentiment, en sorte que s'il vous arrivaitdevous confesser en voyage, ou par quelque juste motif, à un autre qu'à votre confesseur ordinaire, vous fissiez un sacriléijc dans le cas où, accusant un péché grave, vous n'ajouteriez pas, sans même être interrogé :« Remarquez, mon père, que j'ai d'autres fois déjà commis et confessé ce péché. » J'excepte le cas où vous devriez vous accuser d'une négligence grièvement coupable à vous corriger de la mauvaise habitude : « Mais afin de n'être point re-
lâché, dites : a Si le confesseur vous interroge, je ne vous dispense pas de répondre; au contraire je déclare qu'il ne vous est pas permis de dissimuler, mais que vous êtes tenu de confesser l'habitude.» C'est ainsi que sur différentes questions controversées, par exemple, sur la récitation de Matines avant la messe, sur l'administration du viatique au malade qui, le jour même, a communié en santé, etc., Benoît XIV rapporte et permet des opinions intermédiaires entre les deux extrêmes. Dans la fameuse dispute qui s'éleva en France en 1756, touchant le refus des sacrements à ceux qui refusaient de se soumettre aux constitutions pontificales, prenant une espèce de terme moyen entre le oui et le non, il répondit en ces termes dans son encyclique Ex omnibus : « Qu'on refuse l'Eucharistie aux réfractaires notoires; qu'on ne l'accorde à ceux qui sont douteux et suspects qu'après leur avoir fait une instruction convenable et propre à ramener le malade ou à justifier la conduite de celui qui, après de semblables précautions, lui administre le sacrement. »
Appiica- 67, — D'après cela formez votre conduite. celte S'agit-il de certains emplois, de certaines actions
règle aux ^anaeteuses en elles-mêmes, mais qui de soi ne
occasions •' ' 1
depéciié. sont ptts un pécké? N'allez pas, en confesseur indulgent, les permettre avec toute facilité et sans précaution, parce que ces choses-là ne sont pas indifférentes; n'allez pas non plus, en confesseur rigide, les défendre sévèrement dans tous les cas,
parce que de soi elles ne sont pas un péché, et que vous ne retireriez aucun fruit de semblables défenses. Ce que vous avez à faire de mieux, c'est, en confesseur discret, de les rendre difficiles et de ne les autoriser qu'avec des précautions capables d'en éloigner le danger. Ainsi, en matière d'occasion de péché, si, sur vingt fois qu'on a visité une personne, on est tombé avec elle neuf fois de suite ou par intervalle, vous seriez bien relAché si vous ne voyiez pas là une occasion prochaine et si vous n'obligiez pas à la quitter, sous prétexte que le nombre des fois où l'on n'est pas tombé est un peu plus grand. Mais vous seriez trop sévère, si en pareille circonstance vous obligiez à quitter l'occasion celui qui, tout en résistant un grand nombre de fois, a péché par des actes intérieurs deux ou trois fois seulement. J'en excepte le cas où une circonstance particulière vous indiquerait une autre conduite, et vous ferait juger qu'en continuant ses visites, le pénitent ne s'abstiendra pas de pécher. En confesseur discret, obligez le premier àquitter sur-le-champ l'occasion; ausecond, commencez par la rendre difficile, exhortez-le à l'abandonner, en l'avertissant du danger. Mais s'il a de la peine à la quitter, vous pourrez la lui permettre avec des précautions ; par exemple, imposez-lui pour pénitence de ne pas rester seul avec la personne, et de venir se confesser s'il retombe. Pour dispenser un pénitent d'éloigner
4iO MANLEL
une occasion prochaine, un confesseur rigide n'admet d'autre excuse que l'impossibilité physique ; le confesseur relâché accepte celle même qui ne produit pas une impossibilité morale. Pour vous, confesseur discret, recevez celle qui constitue de fait l'impossibilité morale, bien qu'elle n'arrive pas jusqu'à l'impossibilité physique : mais indiquez les moyens de rendre l'oc- " casion éloignée.
Crainie 68. — Si VOUS uc trouvcz pas de termes moyens, ^par'îr s'^^ vous cst impossiblc dc vous taire et que vous science, dcvicz répoudrc au pénitent qui vous interroge sur ces questions obscures et controversées, je sais que votre piété et votre respect pour la loi vous feront incliner vers la rigueur. Mais si votre crainte n'est pas accompagnée de cette science qui, unissant au respect pour la loi la compassion pour la faiblesse du pécheur, pèse la gravité des obligations qu'elle lui impose, écoutez ce que vous dit saint Ambroise, dans ses Commentaires sur le psaume 118 ' : Ipse timor Domini, dit ce grand docteur, nisi sit secundum scientiam, nihil prodest, immo obest plurimian. Après avoir démontré cela par l'exemple des Juifs, il explique aussitôt de quelle science il entend que la crainte de Dieu soit accompagnée. Et quid de Judœis dico? siint etiam in nohis, qui habent timorem Dei , sed non secundum scientiam, statuente^ duriora prœcepta, quœ nonpossit humanacondi-
' Sfrm. 50 sur le Terset 6.
tiosusti'nere. Timor in eo est, quia videnlur sibi oonsulere disciplinœ, opus virtutis exigere; sed inscitiain eo est, quia non compaliuntur naturœ, non œstimant possihilitatcm. Non sit crgo irrationabilis litnor. Elenim vera sapientia a timoré Dei incipit, nec est sapientia spiritualis sine ti-^ more Dei : ita timor sine sapientia esse non débet. Donc, pour avoir une crainte selon la science et une sagesse spirituelle fondée sur la crainte de Dieu, vous ne devez pas décider dans dépareilles controverses avec le ton d'un législateur qui fait une loi et qui impose une obligation. Mais supposé que l'opinion bénigne soit appuyée sur de fortes raisons et que vous ayez lieu de craindre que l'opinion sévère ne soit pas suivie par le pénitent, vous devez reconnaître en pareil cas que l'opinion bénigne lui convient mieux. Ainsi, vous ne devez pas la lui interdire, mais la lui permettre. ïd est l'avis formel du pape Ilonorius ' : In his ubijus non invcnitur expressum^ dit-il, procédas œquitate servata setnper in humaniorem partem declinando secundum quod personas et eau as et loca et tempora postulare videris. Ecoutez encore ce que vous disent généralement les papes et les docteurs sur la manière de vous conduire dans les questions obscures et douteuses. Saint llaimond, grand canoniste, vous dit : Non sis nimis pronvs judicare morlalia peccata, ubi non constat pcr cer-
• Cap. ex parte tua, fin. de traosact.
iamscripturam K^amiAnionin, qui mérita d'être appelé l'Ange des conseils, vous avertit: Quœstio in qua agitur utrum sit peccatum mortale, nisi ad hoc habeatur auctoritas expressa Scripturœ, dut canonis Ecclesiœ, aut evidens ratio, periculosissime determinatur ^. Et en parlant du confesseur ^ : Si vero non potest clare percipere, utrum sit mortale^ non videtur tune prœcipi' tanda sententia, ut deneget propter hoc absolutionem, et cum promptiora sint jura ad solvendum quam ad ligandum (Gap. 1, ad Hseretic. dist. (1), et melius sit Domino rationem reddere de nimia misericordia, quam de nimia severi' tate ut dicit Chrij^ostomus , potius videtur absolvendus. Benoît XIV, en parlant des mariages dans les temps défendus ^ : « Il ne faut pas, vous dit-il, mettre des empêchements quand il n'est pas certain que la loi les impose. l>ans son livre de Synodo diœces., il avertit plusieurs fois les évêques eux - mêmes de ne pas décider de leur propre chef les questions controversées parmi les docteurs; par exemple, de censu personali, de contractu trino, et attritione et amore initiali, etc. Ailleurs °, en parlant de l'administration du saint viatique à celui qui a déjà communié le même jour en bonne santé, il rapporte
' Lib. 3 de Pœnit.
2Part.2, tit. 1, cap. 11.
'' Tit. 4, cap. V.
« Dans la notif. 80, n. 19.
« Lib. 7, c. 11, n. 2.
les divers scnlimcnls, puis il ajoute : In tanta opinionum discrepanlia integrum erit parocho eam amplecti sententiam, quœ sibimagis arrise-
rit negue [as erit episcopo quidquam de
ejusmodi controversia in sua synodo decernere, ne sibi vidcatur arrogare partes judicis inter gravissimos hac supra re inter se contendentes theologos.
69. — Or, si Benoît XIV ne permet pas aux Conseiiévèques de décider, même dans leur synode, les oMige"! questions controversées; si lui-même, qui était souverain pontife lorsqu'il publia cet ouvrage, de Synodo diœces., a laissé indécise cette question, ainsi que tant d'autres également controversées, qui vous oblige, vous qui n'êtes qu'un simple docteur au tribunal de la pénitence, à toujours décider et à imposer les sentiments sévères, au point de ne jamais permettre les opinions bénignes, pas même lorsque, appuyées sur des raisons solides, elles sont nécessaires et avantafieuses au pénitent ? Ne savez - vous pas que dans l'administration de ce sacrement vous devez inséparablement unir au caractère de docteur les qualités de médecin? Vous devez donc lui permettre l'opinion béuio^ne mais fondée, afin de le préserver du péché mortel. Vous l'y exposeriez par l'opinion dont vous avez lieu de craindre qu'il ne tienne pas compte. En effet, la maladie de l'àme, c'est le péché formel, et non le péché matériel, lorsque celui-ci n'est point im-
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putable, comme dans le cas dont il s'agit. Vous ne devez pas non plus le croire indigne d'absolution, lorsqu'élant prêt à accomplir ses obligations certaines, il refuse de se soumettre à celles dont le dispensent, sur de bonnes raisons, des auteurs respectables. Si vous faites autrement, attendez-vous à ce que votre crainte, bonne à la vérité, mais dépourvue de cette science qui, suivant le mot de saint Ambroise, compatit à la faiblesse humaine et n'impose point de préceptes trop durs ( et quel précepte plus dur que celui qui est incertain et même nié par de savants docteurs?), attendez-vous, dis-je, à ce que votre crainte vérifie le nihil prodest, immo obest pîurimum. Apprenez d'ailleurs que la hardiesse avec laquelle un si grand nombre donnent pour certaines différentes opinions, ne vient nullement d'une supériorité de science, mais d'un défaut de connaissances et de lumières. En effet, oserait-on soutenir avec tant d'assurance que i'attrition ne suffît pas pour la confession et qu'on est obligé de confesser des circonstances simplement aggravantes, mais qui ne changent pas l'espèce du péché, si on avait lu es que dit Benoît XIII dans l'instruction italienne jointe à son Concile de Rome! "Voici ses paroles : Le sentiment commun avjoufd'hui est que la douleur ou la contrition parfaite est bonne, mais n'est pas nécessaire pour la confession : la contrition imparfaite suffit, c'cst-àdire Vattrition, soit pure
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comme nous l'avons expliqué plus haut, soit jointe à quelque commencement d'amour de bienveillance envers Dieu, question que le saint Siège a jusqu'ici laissée indécise. Quant aux circonstances simplement a{»gravantes, vous avez vu, au n" 57, avec quelle réserve le même pontife en parle; il conclut son instruction en ordonnant aux pasteurs de suivre cotte instruction lorsqu'ils enseignent aux fidèles la manière de se confesser. Comment donner pour certain que celui-là ne satisfait pas au précepte de sanctifier les fêtes, qui, s'abstenant ces jours-là des œuvres serviles, se contente d'entendre la messe, si on avait lu que Benoît XIV, dans la constitution Vaternœ caritatis, voulant remédier aux abus de la foire de Sinigaglia, après avoir, par ces mots mandamus et jubcmus, ordonné la cessation des ventes, des contrats et des œuvres serviles, afin que, libre des soins temporels, on pût entendre dévotement la sainte messe, donne, non dos commandements, mais de simples conseils au sujet des autres œuvres de piété : Quin
eiiam exhortnmur, ut in precibu^^ audien-
doquc verbo Dei fréquentes sint? C'est ainsi que je pourrais vous faire voir, sur cent autres questions, que prendre le parti ou de se taire, ou de choisir un terme moyen, ou de conseiller et d'exhorter sans obliger lorsqu'il s'agit de certains devoirs difficiles, ce n'est pas le fait d'un homme ignorant, mais savant; d'un homme qui,
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ne s'en rapportant pas à un seul auteur, en a lu plusieurs, suivant le conseil de Benoît XIV luimême dans sa bulle Apostolica; d'un homme enfin qui, suivant saint Ambroise, joint à la crainte de Dieu le savoir utile aux âmes. Nécessiié 70. — A cause de la liaison et de l'utilité de
de la
discié- ïîîon sujet, vous me permettrez ici une courte "" u'oT digression. Si la plus parfaite discrétion est si parle en néccssairc à l'égard de chaque pénitent, qui peut ^^ '*^ dire combien plus elle est indispensable lorsque du haut de la chaire on s'adresse au public? En effet, ici les conséquences funestes du relâchement ou du rigorisme s'étendent à raison de la multitude, et s'aggravent à raison de l'incroyable variété de caractères et de positions des auditeurs qui peuvent abuser de la condescendance du prédicateur relâché, ou tomber dans l'angoisse et le désespoir par la sévérité du rigoriste. En public, n'entrez donc jamais dans aucune question douteuse ou controversée parmi les auteurs; que votre zèle ait toujours pour unique objet des choses certaines, connues et communes à tous; je dis connues et communes à tous les docteurs. Lorsque vous trouvez dans certains ouvrages des opinions que vous savez n'être pas connues de tout le monde, ne soyez pas trop empressé à les adopter, quoiqu'elles vous paraissent bien raisonnées; il vous arrivera trèssouvent, si vous lisez d'autres auteurs, de trouver ces opinions peu solides : que dis-je? il vous
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arrivera de trouver les sentiments contraires beaucoup mieux fondés. Je pourrais, pour vous le prouver, ajouter cent exemples à ceux que j'ai cités plus haut. Laissez donc de côté de pareilles matières, et, vous en tenant aux choses sur lesquelles vous savez que tous les docteurs sont unanimes, vous serez tout à la fois docteur d'une saine morale, médecin expérimenté des ômes, et zélateur sincère non de votre gloire, mais de la gloire de Dieu. Oui, heureux vous-même, et par votre moyen heureuse l'Eglise, si vous réussissez à bannir du milieu des fidèles les vices certains et manifestes, et à faire accomplir les commandements et les obligations indubitables. Que si jamais vous devez parler de choses incertaines et débattues entre les auteurs, suivez la règle indiquée plus haut. Parlez en général, ou prenez des tempéraments qui tiennent le milieu entn* les deux extrêmes, ou indiquez les précautions propres à éloigner le danger. Si vous devenez pasteur, et qu'il vous arrive d'appeler des confrères i»our prêcher et confesser dans votre paroisse, n'en employez jamais de relâchés ou de rigoristes; ne vous adressez qu'à dos ])rétres prudents, discrets, ennemis des nouveautés; qui. laissant de côté les questions scabreuses, ne traitent que des sujets certains, ordinaires et pratiques, tels que les différentes vertus do cliarité, de pureté (mais avec une grande réserve • rexprossioiis;, d'humilité, de patience, etc., et
qui attaquent les vices habituels, l'impureté (mais sans détails dangereux à l'innocence), la haine, les discordes, les injustices, mais sans parler des titres douteux de l'intérêt, etc.; autrement, et les relâchés et les rigoristes rempliront votre paroisse d'inquiétude et de désordre, bien que les uns et les autres soient animés des meilleures intentions.
inconvé- 71. — Je ne craindrai pas de vous l'avouer, prêcher j^ suis bicu convaiucu que si les prédicateurs Je reià- connaissaient les funestes conséquences de leurs
Cliement '
ou le ri- discours imprudents, ils en seraient étonnés et gonsme. ^^ tiendraient pour avertis d'être à l'avenir plus prudents et plus discrets. Si le prédicateur trop indulgent savait : 1° que les auditeurs ont pris, d'après ses paroles, la liberté de faire ou d'omettre bien au delà de ce qu'il leur a permis; 2° qu'autorisés en quelque sorte par ses doctrines relâchées, ils ont pris la hardiesse de résister aux justes restrictions que leurs pasteurs ou les autres ministres du Seigneur voulaient mettre à leur relâchement ; 3° qu'ils sont devenus un sujet de scandale pour les bons ; qu'on voit divers abus devenir communs et populaires ; si le prédicateur relâché savait tout cela, certainement il ne se consolerait pas de son imprudence ; mais, profondément affligé, il apprendrait à devenir plus circonspect. De son côté, si le prédicateur rigoriste savait combien les effets sont contraires à ce qu'il prétendait par sa sévérité, pojrrait-i!
devant Dieu rester sans inquiétude? Il croyait enseigner la plus saine doctrine, parce qu'il enseignait la plus étroite; il croyait abattre la présomption et la trop grande liberté d'un grand nombre, corrigcrdes abus et avoir deviné le véritable moyen d'inspirer la crainte; il s'imaginait que sur-le-cliamp tout le monde avait adopté son enseignement; mais s'il savait : 1" qu'un grand nombre éprouvent la plus grande difficulté à pratiquer ce qu'il a exigé, et que, le démon augmentant leur répugnance, ils tombent dans la mauvaise humeur : que no se sentant pas le courage de faire tant de choses si difficiles, ils ne les font pas; que leur bonne foi ayant cessé, ils pèchent non plus maiéricliemcnt, mais formellement, en omettant par leur faute des choses qui peut-être ne sont pas d'obligation; 2° que, la conscience chargée de ces premiers péchés, ils ne peuvent plus se résoudre à faire le contraire, qui leur paraît si difficile. De là, manquant de ferme propos, ils regardent comme inutile de se confesser; ne pensant plus à la confession, ou du moins la remettant de jour en jour, ils abandonnent toulesles autres dévotions; en un mot, ils se précipitent dans toute espèce de désordres, regardent toutes les bonnes œuvres comme inutiles, ne craignent pas d'augmenter le nombre de leurs péchés, parce qu'être damnés pour un ou pour dix, leur paraît à peu près la même chose; 3" qu'une fois tombés dans le désespoir, nul ne peut dire les
meilleurs pre'dic »eurs