‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 58 sur 78 · MA.MEL · texte numérisé non relu

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fautes dont ils se rendent coupables contre les préceptes les plus certains et les plus importants. Quels 72. — Mais, pour l'ordinaire, ni l'un ni l'autre "n'ieurs"® connaissent les suites de leur zèle imprudent. prédica- Ils trouvent bien de funestes adulateurs, mais non pas des amis sincères qui, animés d'un véritable esprit de charité, leur manifestent leurs défauts afin qu'ils s'en corrigent. De plus, si ni l'un ni l'autre ne sont humbles, ils ne s'en rapportent point aux avis qu'on leur donne; au contraire, ils en conçoivent du ressentiment contre le véritable ami; s'ils sont orgueilleux, ils s'obslinent à soutenir leurs doctrines avec plus de chaleur, par cela seul qu'elles sont désapprouvées. En attendant, adieu le bien des âmes et la gloire de Dieu. N'appelez donc jamais des confesseurs et des prédicateurs de ce caractère; malgré leurs bonnes intentions, ils ne feront aucun bien, mais beaucoup de mal à votre troupeau. Prenez des personnes qui, à une charité de père, à une habileté de médecin, joignent une morale discrète . La charité fait choisir et traiter non pas les sujets propres à attirer l'admiration et les applaudissements, mais à produire de véritables fruits pour la gloire de Dieu, la paix et le salut des âmes. Celui qui possède l'habileté de médecin spirituel sait que, sans cette voie du milieu, la nature humaine donne dans l'un des deux extrêmes : la licence ou le découragement. Il sait que la vertu des fidèles, aidée du secours ordinaire de la

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grâce, tend à l'accomplissement des obligations certaines; quelle finit par y arriver, du moins dans la plupart ; mais il sait aussi qu elle n'est pas assez forte, même dans les bons, pour passer outre et se soumettre à des devoirs incertains et pénibles; quelquefois mùme, lorsqu'il s'agit d'oblif,ations certaines, mais difficiles et encore inconnues, il ne faut leur en parier qu'avec réserve, dans la crainte de faire plus de mal par des avertissements inutiles pour éviter le 7ual matériel, et nuisibles à cause des péchés formols qui pourraient en résulter. Avec cette charité et cette habileté on devient discret, et avec la discrétion le peuple est instruit sans être découragé, repris avec succès, sanctifié dans la vérité, et Dieu lui-même glorifié et servi.

73. — Gela vous apprend quelle conduite vous s'en devez tenir en public et en particulier, h l'égard '^,"i'Jf.]oei des questions dans lesquelles tout le monde con- •i<^"^-

, . . .1 . , . ., raux.

Vient du piineipc gênerai; mais a peine y a-t-il quelqu'un qui puisse vous diriger dans l'appli- <ation de ce principe aux cas particuliers, du moins de manière à en faire une règle générale pour tout le monde. C'est ainsi que tous les docteurs conviennent qu'on est obligé de produire souvent les actes des vertus théologales; que le luxe est un péché; que de ne pas faire l'aumône est un péclié; que l'immodestie dans les habits est un péclié; mais ensuite, pour dire d'une manière absolue : vous commette/, un péclié grave, I. 6

si vous ne donnez pas en aumônes tant pour cent de vos revenus; si vous ne faites pas les actes de foi à tels intervalles; si vous dépensez tant pour vos habillemenis, pour votre table, pour l'ameublement de votre maison ; si vous avo/. tel nombre de domestiques ; si vous portez les bras nus jusqu'à tel endroit, quel est le docteur particulier qui pourra jamais vous donner sur tout cela des règles certaines? Lors donc que vous traitez en particulier avec vos pénitents, à plus forte raison lorsque vous parlez en public, soyez discret. Supposé que la chose en général soit certaine et de pratique fréquente, parlez-en, mais avec réserve, c'est-à-dire, ne descendez pas facilement aux cas particuliers, et ne dites pas : telle chose est péché mortel ; à moins que l'Eglise elle-même n'ait parlé et décidé. Contentez - vous dinculqucr le principe général, et soyez sans inquiétude. La grâce de Dieu parlera au cœur de chacun et fera l'application qui convient à son état. C'est ce qui arriva à un prédicateur plein de tact et de discrétion. Il apprit que plusieurs de ses confrères, pour détruire certaines modes vaines et peu décentes qui régnaient dans une ville, les avait blâmées en les désignant. Ils avaient échoué : bien plus, ils avaient irrité, et l'on se montrait plus que jamais attaché à ces costumes. Pour lui, il résolut de ne parler que sur les vérités éternelles et de la modestie dans les habits seulement en

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jjénéral, sans designer telle ou telle mode en particulier. En peu de temps il vit tomber toutes ces indécences qu'il n'avait pas même nommées. On le félicita sur ses heureux succès : Les autres, répondit-il, frappaient les branches, et moi j'ai frappe la racine. Vous aurez beau couper les branches, si la racine demeure pleine de vie, elles reprendront vigueur et se développeront de nouveau; mais la racine une fois morte, les branches tombent d'elles-mêmes. Frappez donc la racine, c'est-à-dire les vices, par les principes jijénéraux, sans descendre aux cas particuliers; et si vous croyez devoir en venir là, faites comme les marchands raisonnables qui n'exigent ni le prix fort, ni le prix faible, mais le prix moyen. C'est ainsi (jue vous obtiendrez ce que vous cherchez; autrement vous n'obtiendrez rien. Revenons maintenant à notre sujet.

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