‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 60 sur 78 · EXACTITUDE DE JUGE · texte numérisé non relu

EXACTITUDE DE JUGE

78. ( Prêtre sanctifié, toute la seconde lettre, ob^crvaet n° 38-il .)-^ la science de docteur vous devez [^""rob" unir l'exaclilude de juge. Or, d'après ce que j'ai l'iUsme

, , , , , . . et le pro-

dit contre le relâchement et le rigorisnif , vous babiiiome demanderez peut-être si j'ai prétendu que "*"*'

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VOUS fussiez probabilisto ou probabilioriste dans votre conduite envers les pénitents; vous me demanderez peut-être encore dans lequel de ces deux extrêmes, le relâchement et le rigorisme, il est le plus facile et le plus dangereux de tomber. Quant au premier point, qui vous paraît de la plus haute importance, puisqu'il s'agit de la plus grande partie de la morale, où les questions claires et certaines sont en petit nombre, tandis qu'il y en a une foule d'obscures et de douteuses ; voici sans détour quel est mon sentiment. Devezvous être probabilisto ou probabilioriste? Je réponds que je n'ai pas autorité pour décider cette grande question; que cela même n'est pas nécessaire à mon but. En effet, je me suis étudié jusqu'ici à ne contredire aucun des deux partis, et à ne rien avancer qui ne pût être admis ni par l'un ni par l'autre : je vous le ferai voir bientôt au n° 92. Maintenant encore je vous dis : Soyez ce que vous voudrez, pourvu que vous le soyez avec les précautions convenables. S'il en est ainsi, vous éviterez, et c'est là tout ce que je désire, le véritable relâchementel le rigorisme blâmable. Avec ces précautions, il n'y aura pas même une grande différence, quelque parti que vous preniez : surtout vous allez voir qu'il ne dépend pas de là que vous ayez une moraljç juste et saine, ni que vous soyez un sage maître et un utile ministre au tribunal de la pénitence.

Precau- 79. — Si VOUS Youlcz embrusscr le probabi-

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llsme, voici les précautions que vous avez à lions prendre : 1° Ne l'appliquez point aux questions le'proîfat où il s'agit non-seulement du droit, mais encore '»''"ro« du fait ; ou en d'autres termes de la licite, mais encore de la validité : comme, par exemple, s'il était question de la valeur des sacrements, ou des choses nécessaires au salut, de nécessité de moyen, telle que la vraie religion pour un infidèle. De même, un médecin est tenu de donner les remèdes les plus éprouvés, et un juge les décisions les plus sûres. Dans tous les cas semblables, la bonne foi de celui qui agit et son ignorance, fût-elle invincible, ne serviraient de rien pour obtenir la fin qu'il est obligé de procurer. Aussi tous les probabilistes, du moins depuis les |)ropositions condamnées par Innocent XI, demeurent d'accord qu'il faut suivre non pas l'opinion plus probable, mais la plus sûre et la plus certaine; et si on ne peut l'obtenir, du moins la plus probable. 2° Dans le cas où il ne s'agit pas du droit et de la licite, vous ne devez pas, pour agir licitement et sans être coupable devant Dieu, vous contenter d'une probabilité faible et légère en faveur de votre opinion : cette probabilité doit être grave et fondée. Or, pour distinguer cette probabilité fondée de colle qui ne l'est pas, vous devez faire attention : 1° qu'elle ne soit contredite par rien de certain, tel, par exemple, qu'un texte de l'Ecriture sainte, le canon d'un concile dont l'inlorprélation n'est pas douteuse,

une décision des souverains pontifes, ou une raison évidente. Dans ce cas, votre opinion, quelle qu'elle soit, pourra bien avoir l'apparence de la probabilité, mais non la réalité. Tout au plus, elle méritera le nom de difficulté, mais non de vérité, étant impossible qu'il y ait deux vérités contradictoires. 2° Ce n'est pas assez que votre probabilité ne soit contredite par rien de certain; vous devez, en outre, comparer soigneusement vos raisons aux raisons oppo-^ées, les considérer avec toutes leurs circonstances spéculatives et pratiques; il faut de plus, dans cette comparaison, que vos motifs restent égaux, ou à peu près, auxmotifscontraires, en sorte qu'en leur présence ils continuent d'être vraiment probables, fassent une forte impression sur l'esprit, et donnent aux raisons opposées non une réponse frivole, mais solide, mais propre à tranquilliser, bien qu'elle n'exclue pas tout doute du contraire. Ainsi, quoique comparativement à la probabilité contraire, la vôtre soit inférieure, il faut qu'elle soit, absolument parlant, grave et solide et digne d'un homme prudent : comme une montagne relativement à une autre peut être plus petite, mais néanmoins être en soi, et absolument, une assez grande masse pour mériter le nom de montagne. Si donc vous voyez sur quelque question un bon nombre d'auteurs divisés en des opinions contraires, prétendant, chacun de son côté, que leur sentiment est plus probable, ce sera une grande preuve

que les raisons sont égalemont probables ou à peu près. Telle est, en effet, la nature des esprits, que là où se trouve une différence notable, la plupart s'en aperçoivent et se réunissent; au contraire, lorsque la différence n'est pas grande, la même raison fait plus d'impression sur celui-ci, moins sur celui-là, en sorte qu'ils restent divisés de sentiment.

80. — Voilà les principalcsprécaulions indiquées Dumoins par les auteurs qui soutiennent le probabilisme. ^("^j^^^^/js Quoique fous peut-être ne disent pas en termes r^obaformels que le moins probable, qu'ils regardent comme licite, ne diffère pas notablement, mais faiblement, du plus probable, il est cependant certain que tel est leur sens. En effet, tous s'accordent à rejeter comme insuffisante la faible probabilité condamnée dans la 3« des propositions proscrites par Innocent XI. On voit par là en quel sens le probabilisme permet de suivre l'opinion moins sûre. Cela ne veut pas dire qu'il vous permette d'agir dans le doute du péché formel qui offense Dieu, et rend l'homme coupable ; doute qui consiste dans un acte de la volonté, laquelle, connaissant que dans tel cas la loi divine l'oblige, refuse de s'y soumettre et méprise ainsi le législateur et la loi. Non, certes; ce serait là une erreur intolérable. Jamais un probabiliste ne vous dira qu'il soit permis de vous exposer au danger de péché formel, bien qu'il vous permette de vous CNiioser au danger de pécher ma-

tériellement, pourvu qu'il y ait une probabilité fondée et prudente qu'aucune loi n'est contraire, en sorte qu'il soit probable que votre action n'est pas même un péché matériel. Il nie qu'en agissant de la sorte vous vous exposiez à un danger quelconque de commettre une véritable offense envers Dieu. Pourquoi? c'est qu'à ses yeux une loi vraiment douteuse n'oblige pas, et qu'en maître équitable, Dieu exige, il est vrai, notre obéissance lorsque sa loi est certaine ou trèsprobable; maisjlorsqu'après toutes les diligences, elle demeure pour l'homme prudent véritablement incertaine, il nous laisse en liberté. Donc, en suivant l'opinion solidement probable, si l'homme doute que son action soit permise matériellement, il est cependant certain qu'elle est permise formellement. Dès lors il agit dans la bonne foi, d'après le témoignage pratique de sa conscience et avec la certitude de ne pas offenser Dieu et de ne pas se rendre coupable, lors même qu'il arriverait que son action fut matériellement opposée à la loi.

Précau- 81. — Si VOUS aimcz mieux le probabiliorisrae,

lions „ • 1 • 1 f

qa'exi-e suivcz-lc, pourvu quc VOUS preniez les precaule proba- tions néccssaires pour le retenir dans ses vraies risme. Gt justcs hmitcs. D abord prenez garde de ne pas tomber dans le tutiorisme, soit rigide, soit mitigé. Le rigide est celui qui nie la licite formelle d'une action, aussitôt et toutes les fois qu'il y a un doute, bien que faible et léger, de

quelque loi contraire. Ainsi il ne vous permet y)asmcmc de suivre l'opinion fres-pro&a/>/e, parce (ju'elle pourrait encore être fausse; il veut donc que vous suiviez toujours et en tout l'opinion la plus sûre, et qui éloigne avec certitude de tout péché matériel. Le tuliorisme mitigé est celui qui vous permet l'usage de l'opinion très -probable, mais qui no se contente pas de la probabilité plus (jrande, parce qu'elle laisse encore subsister le danger du péché matériel. Or, quoique ces deux opinions aient une si belle apparence de la morale la plus saine, la plus sûre et la plus parfaite, cependant la première a été condamnée par la maîtresse infaillible delà morale. L'Eglise l'a proscrite par l'organe d'Alexandre Vllï dans la troisième proposition qui est de Sinnichius : Non licct sequi inter prohahiles prohabilissimam. La seconde, quoique non condamnée, est cependant contraire à la pratiquedes souverains pontifes, et des docteurs même les plus réservés et les plus vénérables : ajoutez qu'elle entraîne mille inconvénients. Parmi les souverains pontifes, Alexandre lll, Honorius Ilï, Célestin III, Glémeiit II, ont dispensé du vœu solennel de chasteté; Grégoire VU, Martin V, Adrien VI, ont dispensé du mariage rato sed non consummalo ; ils savaient cependant bien tiue de grands docteurs, des princes môme de l'école disputaient fortement ce pouvoir-là auxsouverains pontifes. IS'éanmoins ils ont dispensé, sans déclarer préalablement

improbables les opinions contraires; opinions qui sont certainement pour le moins solidement probables. Quant aux docteurs et aux chefs de l'école, ils ont toujours, dans les matières obscures de la morale, donné comme licite l'usage de ce qui leur paraissait plus vraisemblable; ils savaient cependant bien qu'il ne manquait pas de raisons contraires non méprisables. Ainsi ils jugeaient, à la vérité, leur sentiment plus probable, mais iîs ne regardaient pas comme improbables les sentiments opposés. Saint Thomas va même plus loin. Quelquefois il reconnaît expressément pour probable l'opinion contraire à la sienne. Il n'est donc pas conforme à l'usage de l'Eglise ni des docteurs d'exiger la plus haute probabilité. Ajoutez que ce tutiorisme même ainsi mitigé n'est pas supportable dans la pratique; en voici la raison. 11 n'est pas rare, il est au contraire très-fréquent de trouver des cas où il reste quelque doute fondé en faveur de la loi. Or, s'il n'est pas p3rmis d'agir contre ce doute, au moins, lorsqu'on a des raisons plus fortes pour nier l'existence de la loi, il faudra à chaque instant imposer aux fidèles des obligations cxirêmemeut difficiles. Ainsi le joug de l'Evangile ne sera plus doux et léger, comme le veut Jésus-Christ, mais odieux et accablant. De là il serait fort à craindre qu'on ne fît tomber dans le désespoir, et du désespoir dans un relâchement général de mœurs.

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par les mêmes moyens qui semblaient promettre une plus grande réforme.

82. — Si donc vous le voulez, séparej^-vous Même des probabilistes, en ne vous contentant pas de la ''^^*'" moindre ou de l'égale probabilité ; mais si vous exigez l'opinion plus probable, n'allez pas jusqu'à vouloir la très-probable; qu'il vous suffise que la probabilité soit plus grande, sans d'jmander qu'elle surpasse notablement la contraire. Autrement ce serait vouloir que la votre fût si forte qu'elle arrivât jusqu'à la plus haute probal)ilité des tulioriste.-^, et que la contraire fût si faible qu'elle ne fût pas solid^Mncnt probable, mais qu'elle restât improbable ; de cette sorte vous seriez probabilioriste do nom, et tutioriste de fait. C'est pourquoi dans la pratique, comme il n'est pas juste de donner pour licite une action par cela seul qu'un auteur jeune et moderne la regarde comme telle, surtout lorsqu'il n'apporte pas de raisons convaincantes, et qu'il y a des auteurs d'un avis contraire; de même, lorsqu'un sentiment est soutenu par cinq où six auteurs de mérite qui l'ont soigneusement examiné, vous ne devez pas le rejeter par cela seul qu'un auteur moderne le rejette, et souiienl que l'opinion contraire est plus sûre. Il en est de même ilans les matières controversées sur lesquelles les docleurs se divisent ; lorsque chacune des doux opinions contraires est soutenue, non par un seul, mais par plusieurs ensemble, et que c'nacun re-

■lï'2 >!ANLEL

garde la sienne comme plus probable, vous pouvez,'sans faire violence à votre système, embrasser quel parti vous voudrez, puisque l'un et l'autre est tenu pour plus probable par de grands hommes. Enfin, comme il n'est pas nécessaire d'avoir pour maxime générale de suivre toujours les opinions bénignes, il ne convient pas non plus que vous adoptiez pour principe immuable de suivre toujours en dépareilles controverses les sentiments plus sévères. Mais bientôt, au n» 92, je vous indiquerai les expédients dont vous pourrez vous servir en de semblables occasions.

Le pro- 83. — Il suit de là que le probabiliorisme bien risîne entendu et retenu dans ses justes bornes, no •^•en saurait être taxé de rigorisme dans le sens odieux

entendu ,,,,,, /^ ...

ne peut Gt blâmable de ce mot. Cette note de rigorisme doit être réservée au tutiorisme qui, comme nous l'avons vu, entraîne une foule d'inconvénients. Il n'en est pas de même du probabiliorisme : il veut, à la vérité, qu'on s'en tienne à l'opinion plus probable; mais cela veut dire, dans un sens modéré et discret, que tout en rejetant l'opinion moins probable ou également probable, il ne va pas jusqu'à exiger la très-probable. Lorsqu'il enseigne qu'on doit suivre l'opinion la plus sûre, il ne dit pas cela en faveur du tutiorisme, comme s'il adoptait la maxime que Dieu impute à péché l'action faite dans le doute, même faible, du péché matériel, il veut dire

être accuse' de

risme.

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seulement contre les probabiiistes que, dans le doute plus grave ou également grave du péché matériel, il n'est pas permis d'agir; que pour rendre une action formellement licite, il faut que les raisons de sa licite matérielle, bien qu'elles ne soient ni certaines ni très-probables, soient néanmoins plus solides et plus probables que leurs contraires. Dans ce cas le probabilioriste soutient la partie bénigne de son système. Contrairement aux tulioristes, il permet l'usage de l'opinion plus probable favorable à la liberté, quoiqu'elle ne soit pas le moyen le plus sûr d'éviter le péché matériel; il montre comment, en suivant l'opinion plus probable contraire à la loi, on peut se former un jugement pratique certain sur la licite formelle de l'action. Avec celte modération le probabiliorisme est loin du tuliorisrue : il permet beaucou}) plus de choses que lui, et il en défend d'autres que leprobabiliste permet. Toutefois ses défenses sont moins nombreuses et moins difficiles à garder que celles des tutioristes. Maintenant, si à la raison on ajouio l'autorité, les auteurs anciens et modernes qui soutiennent le [)robabiliorisnie sont si nombreux et si distingués, qu'on ne saurait d'aucune manière le taxer de rigorisme, pourvu qu'il soit bien compris et retenu dans ses justes limites. Ajoutez que l'Eglise, qui a condamné le tutiorisme rigide, n'a jamais rien dit contre le probabiliolismcl.Mon entendu.

iM MANUEL

Le pro- Si. — Il convient maintenant de rendre justice me'^Lren ^^ probabillsmc. Lorsqu'il est bien entendu et eniendu accompa^né des précautions convenables, on ne êu-^e^taxé saurait l'accuser de véritable relâchement. En de reiâ- effgf Jaissant de côté le raisonnement, jetez un

chenient. ' ''

coup d'oeil sur la multitude et la qualité de ses défenseurs, et vous verrez s'il est possible qu'il contienne un vrai relâchement sans que celte foule d'illustres soutiens s'en soient aperçus. Or, Terille, dans son livre de Conscientia probahili, compte plus de cent cinquante auteurs qui le soutiennent. Il proteste qu'il ne s'en est point rapporté à la parole d'autrui, mais qu'il a lu et vérifié lui-môme les textes originaux de chacun d'eux. Alphonse de Sarasa, mort en 1667, dans son ouvrage Ars semper gaudendi\ donne un catalogue intitulé : Àuctorum cenluin ocloginla novem, qui impressis libris docuerant licitum agere ex opinionc probabili. Il les nomme tous, il cite leurs ouvrages, indique avec précision le chapitre où ils enseignent ce sentiment; il avertit en outre que sur les cent quatre-vingt-neuf il y en a centcinquanle-neuf qui enseignent formellement qu'on peut suivre l'opinion moins probable. Enfin, il assure qu'il a lu presque tous ces auteurs, au nombre desquels il fait observer qu'il y a un pape, six cardinaux, quinze archevêques et évéques. Parmi les autres vous trouvez des docteurs de toutes les universités, de tous les

' Part. 2, tr. 4, in fine, § vi.

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ordres, de toutes les nations, dont un grand nombre, célèbres par leur science et leur piété, furent les maîtres et les oracles de leur temps. A ces auteurs, qui, jusqu'en 1667, avaient enseignélc probabilisme dans des ouvraf;cs imprimés, il faut en ajouter aujourd'hui une foule d'autres qui, depuis cette épociue jusqu'à nous, c'est-à-diro pendant l'espace de plus de cent ans, et même de nos jours, ont continué de soutenir le même sentiment. Or, à la vue de cette masse imposante de théologiens dont la science, la piété, le caractère épiscopal, l'expérience, commandent si hautement le respect, qui oserait dire qu'un pareil sentiment soit dépourvu de fortes raisons? qn' osera le croire entaché de relàrhcmenf?

85. — Mais je vais plus loin; l'Eglise, à qui L'EgUse seule il appartient de décider infailliblement du . "'*.

. . , jamais

mérite d'une opinion, l'Eglise n'a jamais infligé conla noie de relâchement au probabilisme bien en- pr,^"bi.! tendu. A la vérité, elle a condamné l'abus et la '•'"'* fausse application de ses principes à certains cas et à certaines questions particulières, mais jamais le probabilisme en lui-même et en thèse générale. Elle a condamné, par exemple, l'usage de l'opinion moins probable en matière de sacrements, etc.; mais ce n'est pas h\ condamner le probabilisme bien entendu, puisque lui-même excepte les cas de validité ou de quasi-validité : nous l'avons montré plus haut. L'Eglise a proscrit un grand nombre de propositions particulières comme trop relâchées, I. 7

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tendant à ruiner l'observation de la loi de Dieu, et introduisant la corruption des mœurs. Cela est vrai ; mais ces propositions étaient un abus, une mauvaise application du probabilisme, nullement la conséquence légitime de ses principes. Et de fait le probabilisme enseigne bien en général et conditionnellement, qu'il est permis de suivre une opinion solidement probable, mais il ne dit pas en particulier, et d'une manière absolue, que telle ou telle opinion particulière est vraiment probable ; il fait abstraction du particulier et s'en tient au général. Les souverains pontifes n'ont donc pas condamné le probabilisme en lui-même. Or, comme il serait absurde de conclure de la condamnation qu'ils ont faite de certaines propositions comme étant trop sévères, qu'ils ont par là même condamné le probabiliorisme; de même on na peut inférer de la condamnation des propositions relâchées qu'ils ont réprouvé le probabilisme. Bien plus, par cela seul que, parmi les propositions condamnées, il en est où se trouvent ces mots, probabile est, telles que la 3% la 44% la 57^ des propositions condamnées par InnocentXI ; d'autres avec celte formule, probabiliter existimo, etc., telle que la 2% proscrite par k même pape, est probabilis opinio,elc., et qui est la 40*= de celles qu'Alexandre VII a condamnées; par cela seul,dis-je, il est démontré que l'Eglise ne regarde pas le probabilisme comme réprouvé. Autrement, sans autre condamnation, elle se con-

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tenterait de laisser le probabile est à toutes ces propositions comme un litre d'infamie et une marque de réprobation : ces mots signifieraient la même chose que damnatum est, damnata opinioest, etc., etc. Au contraire, en défendant que de pareilles propositions soient données comme probables, l'Eglise montre par là que le nom de probable est un titre de respect et de recommandation dans les églises catholiques.

86, — Ajoutons à tout cela que depuis plus NuI n'a de soixante-dix ans, beaucoup de personnes font ^l^ll'^ instance auprès du saint Siège pour en obtenir «lamner la condamnation du probabilisme, mais en vain; ifnhme! et la preuve que cette condamnation n'a jamais été obtenue, c'est que, dans toutes les parties du monde catholique, un grand nombre de docteurs ont toujours continué, et continuent encore à soutenir le probabilisme. Quoi! si une condamnation quelconque du probabilisme fût jamais sortie du Vatican, il faudrait donc dire que tant de savants et pieux écrivains, si instruits de tous les décrets pontificaux et si religieusement exacts à régler tout ce qu'ils disent sur leur enseignement, auraient été sur ce seul point, d'uno si haute importance à cause de son influence générale sur toute la morale, ou bien ignorants, ou bien hardis contempteurs des censures pontificales! Non-seulement les théologiens seraient ré[)réhensibles, le corps vénérable des premiers pasteurs, les évéques cux-ménu^s se seraient

rendus coupables d'une insigne prévarication en ne publiant pas, comme c'est leur devoir, la décision de Rome, si elle existe, et en ne s'opposant pas de toute leur force à un enseignement si pernicieux, qui, depuis plus de deux siècles, continue de se montrer impunément, même de nos jours, dans tous les pays catholiques. Jusquici l'Eglise n'a donc rien dit du probabilisme bien entendu et pris en lui-même. Or, si l'Eglise, quoique pressée par l'importance de la question et par les instances des anti-probabilistes, a jugé convenable de se taire, qui osera s'arroger le droit de taxer le probabilisme bien entendu de théologie relâchée?

AuciMie 87. — Ainsi les deux opinions touchant l'usage f.rinfoiiT ^^ P'^^ ^^ ^" moins probable sont respectivert'esi l'n- ment exemptes du reproche de rigorisme et de .la'iisies relâchement. Il faut convenir toutefois que nil'une ' ' ,?^^' ni l'autre ne peuvent se glorifier d'être infaillibles dans les cas particuliers. A la vérité leurs principes généraux sont sains et légitimes, et lorsqu'ils sont bien appliqués aux cas particuliers, ils ne peuvent jamais conduire ni au relâchement ni au rigorisme; mais c'est dans cette application des principes généraux et abstraits aux cas difficiles et particuliers que le probabiliste elle probabilioriste sont exposés à se méprendre. L'un et l'autre peuvent se tromper, ou par excès de rigueur en ne reconnaissant pas pour solidement probable ce qui pour d'autres sera même plus

probable, ou bien en regardant comme plus conforme à la vérité une opinion qui, mieux jugée, ne mérite pas même d'être appelée solidement probable. Qu'il en soit ainsi, l'expérience le prouve, comme le fait même des propositions relâchées ou rigides émises par les uns et les autres, tout en étantdans leur système exacts et prudents. Je pourrais vous en citer bien des exemples. Je m'en tiendrai à celui qui est rapporté par Arsdekin, dans sa Théologie tripartite*. Cet auteur dit que M. Nicolas Dubois, dans son savant ouvrage sur les propositions condamnées par Alexandre VII, expliquant chacune de ces propositions,en nommeles auteurs et montre clairement que la plupart ont été enseignées par deux antiprobabilistes déclarés. Le premier, c'est Vincent Baron, dans son ouvrage intitulé, Theologia moralis adversus prohahilistas. Le second, c'est Thomas Hurtadf), dans ses Résolutions morales. Il n'est pas même très-rare de voir dans les ouvrages de morale que, sur différentes questions controversées, le probabiliste soutient l'opinion plus sévère en faveur de la loi, parce que l'opinion contraire ne lui paraît pas probable ; tandis que le probabilioriste défend la plus bénigne et la moins sûre, parce qu'à ses yeux elle jouit d'une plus grande probabilité. Entre autres exemples, monseigneur Liguori, dans sa Théologie morale^, sur

' Toiii. 2, part. 3, tract. I, cap. 2, § 6 - Lit), 0, tr. 'i, de Sacr. pœnit., n 4'*^

cette question : An sit mortale confiteri veniatia sine ullo dolore, cite trois célèbres antl-probabilistes, Noël Alexandre, Juennin et Gonet, en indiquant l'endroit précis de leurs ouvrages où ils répondent à celte question, qu'il n'y a qu'un péché véniel à se confesser des fautes légères sans aucune contrition. Or, quel probabiliste dira jamais rien de pareil? Il est certain, continue le même Liguori, qu'un tel sentiment est contraire au sentiment commun des théologiens; il en cite un long catalogue, même de probabilistes qui tiennent que c'est une grave irrévérence envers le sacrement que de le rendre nul, bien quen matière légère. C'est le contraire de ce qu'enseignent les anti-probabilisles cités plus haut. Ni les uns ni les autres ne peuvent donc se vanter d'être infaillibles lorsque, tout en renfermant leur système dans ses justes limites, ils l'appliquent aux cas particuliers.

88. — Il faut reconnaître que les erreurs de relâchement ou de rigorisme dans lesquelles les uns ei les autres sont tombés, ne doivent être attribuées ni au probabiliorisme, ni au probabilisme; au contraire, lorsqu'on en fait usage avec les précautions convenables, on s'éloigne également du relâchement et du rigorisme. En effet, c'est pour cela que le probabiliorisme soutient contre le tutioriste qu'il est permis de suivre l'opinion plus probable, quoiqu'elle n'arrive pas jusqu'à la plus haute probabilité. C'est aussi pour la

Ui:S CO.NFESSELP.S. loi

même raison que le probabilismo, pour ('viter le relâchement, nie qu'il soit permis de suivre l'opinion faiblenient probable. Or, nulle proposition qui énerve la discipline et corrompt les mœurs ne pourra jamais être appelée solid;>ment probable et di{;ne de l'approbation d'un homme prudent; donc aucune proposition pareille n'est admise par le probabilisme bien entendu; au contraire, il rejette toutes celles du nième (^enre; mais aucune proposition solidement probable ne causera jamais ni le relâchement des mœurs ni la ruine de la piété; de même, l'opinion qui démontre avec plus de probabilité l'existence d'une loi qui défond une action, ne pourra jamais être refjardée comme trop sévère. Une pareille accusation ne s'adresse qu'au rif[oriste; car il veut qu'on soit obli^jé de s'en tenir à l'opinion moins probable en faveur de la loi, parce que l'opinion favorable à la liberté, bien que plus probable, n'est cependant ni certaine ni très-probable. Certainement les souverains pontifes, en frappant de leurs foudres les propositions particulières trop relâchées ou trop sévères, n'auraient point épar(îné leurs causes empoisonnées, et ils auraient frappé le probabilisme et le probabiliorisme s'ils les avaient reconnus pour tels; donc il faut conclure que l'un et l'autre système en eux-mêmes ne sont la source ni du rigorisme ni du relâchement, et que les erreurs de leurs soutiens sont un effet de la mauvaise application

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des principes généraux aux cas particuliers. Le moyen d'éviter ces erreurs et ces méprises n'est pas que le probabilistc embrasse le probabiliorisme ; malgré ce système on peut tomber, et dç fait on est tombé, comme nous l'avons vu, dans le relâchement. Beaucoup moins encore doit-on dire au probabilioriste, pour se précautionner, de suivre et d'embrasser le tutiorisme; ce remède serait pire que le mal, à cause des inconvénients que le tutiorisme traîne à sa suite, ainsi que nous l'avons montré au n° 81. Le remède consiste dans l'union indivisible de ces deux choses, savoir : un ensemble de principes sains, accompagné des précautions indiquées plus haut, cl la prudence pour les appliquer aux cas particuliers ; je dis de principes sains, parce que sans cela les erreurs, dans les cas particuliers, sont nécessaires et inévitables; ensuite ]îrt<(/e»ce pour faire l'application des principes généraux, en sorte qu'on juge sainement quel sentiment mérite ou non d'être appelé solidement probable. Pour cela il faut une prudence accompagnée de la science, afin de connaître toutes les opinions opposées; de l'exactitude qui examine tout; enfin de la piété qui a le double avantage d'attirer des lumières particulières de la part de Dieu, et de tenir le cœur libre de toute préoccupation et de tout esprit de parti. Cet esprit de parti a une puissance incroyable pour troubler le jugement de lintellect et conduire à l'erreur. Or, toutes

ces conditions do principes sains, de prudence, de science, d'exactitude et de piété peuvent se rencontrer également dans le probabiliorisle et dans le probabiliste. De là il faut conclure que l'un et l'autre, quoiqu'un peu divisés sur les règles générales, peuvent cependant, dans les cas particuliers, avoir toutela réserve nécessaire pour éviter tout reproche de rigorisme et de relâchement.

89. — Pour en venir au véritable but de toute Conducette discussion, voyez si ce que je vous disais ''"" l"" au commencement n'est pas vrai, savoir qu'en cuvun, ])renant les précautions convenables ce n'est pas de la question du plus ou du moins probable qu'il dépend ou non d'avoir une saine morale, d'être un maître sage et un ministre utile du sacrement de pénitence? En effet, si le probabilisme bien entendu n'est pas le relâchement, la morale du probabiliste ne peut pour cela seul être défectueuse. Si de son côté le probabiliorisme ne peut se flatter d'être infaillible dans les cas particuliers, il ne peut avoir la certitude d'être dans les décisions particulières plus heureux que le probabiliste . Or, comme la morale presque tout entière roule sur des questions particulières, le corps à peu près entier de cette science pourra donc être pur dans le probabiliste aussi bien que dans le probabilioriste. Voyez maintenant à quoi vient aboutir la grande différence qu'on établit entre r^in et l'autre. Dès le principe ils sont d'accord 1" pour exclure les questions do fait et de vanj-

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dite ou de quasi-validité; 2° dans les questions où il ne s'agit que du droit et de la licite, ils établissent d'un commun consentement contre les relâchés que la faible probabilité ne suffit pas; et contre les rigoristes, qu'il n'est pas nécessaire, pour qu'une action soit formellement licite, d'avoir la certitude ou la souveraine probabilité de la licilé matérielle. Voici maintenant le seul point sur lequel ils se divisent : pour rendre l'action formellement licite, l'un exige que la probabilité qui nie l'existence de la loi soit nlus grande que la probabilité qui l'affirme; l'autre se contente qu'elle soit égale ou même moindre. Mais l'un et l'autre expliquent le jplus ou le moins avec tant de réserve, que l'un ne doit point arriver à la certitude ni à la plus haute probabilité, et que l'autre ne doit pas être seulement une probabilité faible et légère, mais solide et grave.

Diffé- 90. — Cette différence, déjà si mince en théo-

rence "u . , , . , . , , . i-

probabi- Hc, sc Tcduit a ricu dans les cas particuliers, ou dû roba- ^^^^ *^^'' P®" praticable ou de peu d'usage. Elle j)iiioris- se réduit à rien, lorsque le probabiliste et le i^^pra^i^ probabilioriste permettent la même opinion, l'un 1"*' en disant qu'elle est plus probable, l'autre en soutenant qu'elle est au moins solidement probable. Elle est de peu d'usage et peu praticable, lorsqu'on ne distingue pas bien lequel des deux partis opposés a pour lui le plus de probabilité et laquelle des raisons contraires est la plus

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forte et la plus [;rave.Ceci arrive souvent en morale, surtout lorsque, les auteurs étant divises en sentiments différents, chaeun veut que son opinion soit plus probable. En pareil cas, qui pourra jamais affirmer avec certitude de quel côté se trouve la plus grande probabilité? En effet, veut-on tirer la probaV)ilité des raisons intrinsèques? Mais si aucun des docteurs, qui sont d'ordinaire des hommes distingués par leurs talents, leur science et leurs études, n'a pu réussir à éclaircir la question au point d'amener les autres à son sentiment, qui peut espérer d'être plus heureux et plus clairvoyant pour découvrir la vérité? Veut-on en juger d'après l'autorité? mais sur chaque question controversée, il faudra donc lire tous ou presque tous ceux qui l'ont examinée? Ce n'est pas tout : après ce travail immense et souverainement pénible, il restera encore à calculer non-seulement le nombre, mais le mérite des partisans de l'une et de l'autre opinion. Or, cela est-il possible à un confesseur qui doit satisfaire à une multitude de pénitents et répondre à mille questions? Dans de pareilles controverses, il est donc impossible en pratique de trouver le probabiliorisme absolu, objectif et réel, c'est-à-dire celui qui est reconnu pour tel par tout le monde. Il faudrait donc s'en tenir au probabiliorisme relatif, privé, personnel. Mais établir en principe que dans les questions controversées chacun peut et doit suivre ce qui lui sem-

ble plus probable, sans so mettre en peine de l'opinion des autres, n'est-ce pas une manière qui, entre mille inconvénients, ouvre une trop libre carrière au relâchement? Combien n'est-il pas à craindre que l'estime aveugle de chacun pour son jjropre sentiment, quel'amour-propre, surtout s'il s'agit dedécider en sa propre cause, que toute autre passion ne trouble la vue et ne fasse trouver plus raisonnable et plus probable ce qui, dans la réalité, n'est pas tel? Donc en beaucoup de cas on ne peut mettre en pratique le probabiliorisme absolu ni le relatif.

PiobaLi- 91. — Pour celle raison et pour d'autres enmodéré, core, plusieurs théologiens, qui seraient volontiers probabilioristes, se voient obligés, dans la pratique, de se contenter d'un probabilisme solide et modéré. C'est là une règle et un principe de morale qui leur semble, d'une part, exempt do tout reproche de relâchement, et, de l'autre, plus usuel et plus praticable. En effet, les limites et les différences qui séparent la solide et grave probabilité de la faible et de la légère étant plus sensibles, il est plus facile de les reconnaître; par conséquent, il est plus facile de voir oii poser le pied sans être toujours dans l'hésitation et dans l'incertitude du plus ou moins probable; enfin sans être obligé d'en venir aux rigueurs des tutioristes, d'autant mieux qu'à ces difficultés pratiques pour reconnaître en mille circonstances la plus grande ou la moindre probabilité, sont ex-

DES CONFESSFXRS. 157

posés non-seulcmcnt les théologiens imberbes et d'un faible savoir, mais encore les hommes consommés dans l'enseignement et dans l'étude. Tel était certainement le révérend Père Roncaglia; écoutez cependant ce qu'il dit dans sa Morale* : Confessarius postquam diligenler tnorali studuit ilieologiœ, me aiictore, nonanxius sit circa illam tam agitatam quœstionem, an sit licitum sequi minus prohabile in conspectu probabilioris. Probabiliora sequenda docuitme meus prœceplor, et pariler ego pluribus ab hinc annis eamdem docut .sententiam; al experimento vidi nihiladpraxim deservire. Quis etenim vel studendo, et prœcipue dum audit confessiones, potest omnia momenta utriusque partis librare, et inde definire, hoc est minus probabilc ? Hoc est anus inlolerabile : salis mihi fuit in praxi sequi sententias quas rationabili fundamenlo innixas putavi, et ita credidi satisfeciise meœ conscientiœ absque eo quodjudirem me constituerem inter minus probabilem et mugis probabilem.

92. — Je n'exige pas autant de vous ; ombras- Tcmpfsez, si vous voulez, le probabiliorisme, mais "Ij"^"'' évitez de tomber dans le tutiorisme. C'est pour v" 'e» vous en laisser la liberté que dans toutes mes p.,'r"is. instructions précédentes j'ai soigneusement écarté les mots de plus ou de moins probable, afin de ne pas faire dépendre de cette question

' ' Tract 1, de Actih hum., c. 2, in rcgulisobscrvaudis in praxi, ^ 2

t58 MANUEL

la valeur et le iiuit de ce que j'avais à vous dire. 11 en sera de même jusqu'ù la fin; je ne vous dirai rien que vous ne puissiez avouer et admettre comme étant le plus utile à la gloire de Dieu et au salut des âmes. J'ai été plus loin; pour plus de sûreté, mon premier soin, en tout, a été de reconnaître et de suivre les sentiments de plusieurs docteurs également respectables par leur savoir, par leur expérience dans le ministère du tribunal et la direction des consciences. C'est encore la raison de la conduite que j'ai tenue lorsque j'en suis arrivé à la manière de vous diriger dans les cas fortement débattus entre les théologiens. Là où il semblait inévitable de me mettre en opposition avec l'un des deux systèmes, je vous ai indiqué, n"* 64 et suivants, trois tempéraments également admissibles par les probabilistes et les probabilio- FÏstes. Les voici : 1° ou de vous taire et de laisser le pénitent dans la bonne foi , lorsqu'il ignore l'obligation qui fait l'objet de la controverse, et qu'il y a lieu de craindre, si on l'en avertit, qu'il ne l'accomplisse pas; 2° ou de chercher entre les sentiments opposés un parti mitoyen qui renferme ce qu'il y a de boH dans les deux autres; 3° ou, si cela ne se peut, conseiller l'opinion la plus sûre, sans en faire une loi, et permettre au besoin l'usage de l'opinion bénigne, du moins lorsqu'à la solidité des preuves se joint l'avantage spirituel du pénitent :

DES CONFESSELUS. io9

tout cela afin de ne pas l'exposer par l'opinion sévère au danger de pécher forniellcmont, s'il vient à ne pas s'y conformer. Or, ce troisième parti ne doit vous inspirer aucune inquiétude, si 1" vous faites attention à ce qui arrive presque toujours dans la pratique : c'est que dans les questions vivement agitées chaque opinion est donnée par ses partisans, non-seulement comme probable, maiscomme plus probable: or, dans ce cas, vous pouvez, sans faire violence à vos principes, l'embrasser et la suivre; si 2° à la solide probabilité de l'opinion bénigne se joint l'avantage spirituel du pénitent, vous ne pouvez nier qu'elle ne soit la meilleure, tant pour procurer son plus grand bien que pour éviter un plus grand mal. Or, vous n'avez le droit ni de lui imposer votre système, ni de le croire indigne de l'absolution, s'il veut jouir de la liberté que d'autres auteurs lui accordent, fondés sur de solides raisons. Vous donc qui, au tribunal de la pénitence, n'êtes pas seulement docteur, mais encore médecin, vous pouvez et vous devez user de cette libéralité discrète et prudente. En effet, la principale maladie à laquelle vous devez remédier en qualité de médecin, c'est le péché formel qui donne la mort à l'Ame ; ce n'est pas le péché matériel, lorsque, comme dans le cas dont il s'agit, il ne saurait être imputable à péché au pénitent qui de bonne foi court le danger de le commettre. Ne croyez pas que j'accorde trop à la faiblesse du pénitent; ce

160 VANUEL

n'est. pas ici l'enseignement d'un docteur particulier, c'est la doctrine formelle du trente-sixième synode de Milan. Voici ce qu'il dit dans son troisième décret : Confessarii ne nimis curiosi sint in indagandis circumstantiis maxime personarum, quœ non faciunt ad integrltatemconfessionis et omnino acquiesçant opinioni prohorbili pœnitentis,ne maxime reddant sacramentum tantœ necessitatis odiosum. Ainsi l'atteste un digne prélat de cette ville dans son ouvrage : Selecta ex singulis theologiœ moralis tractatihus. Mediolani, 1748, apud Agnellum Franciscum. Tous demeurez donc libre, en général, de suivre le probabiliorisme bien entendu et accompagné de réserves convenables ; mais ne vous faites pas du probabilisme bien entendu un objet de mépris, un sujet de scandale et de censure. Accordez que le probabiliste peut aussi, dans l'application de ses principes, réunir une prudence, une science, une exactitude telles, qu'elles lui donnent dans ses opinions une vraie et solide probabilité, et lui fassent ainsi éviter le relâchement. C'est pour cela que j'ai toujours regardé comme injustes ces probabilisles, aussi bien que ces probabilioristes qui, admirateurs exclusifs de leur système, n'ont pas plutôt a-ppris qu'un auteur est d'un avis différent, qu'aussitôt, et sans autre examen, ils le méprisent, ne le lisent pas, détournent même les autres de le lire, regardent celui qui l'étudié comme un homme trompé qui pèche par relâche»

ment ou par rigorisme. Par la raison contraire, apprennent-ils qu'un auteur est de leur avis, sur-le-champ, et pour cela seul, ils lui donnent leur estime, l'exaltent, et le préfèrent lui seul à nulle autres d'un sentiment oppose.

■y.]. — Pour vous, vous serez plus équitable, *^'^^'

' I. -Z ' 50,11 Ig,

il NOUS m'accorderez qu'il ne dépend nullement meilleur^ de cette question d'être un sage et utile au- ^^^^^""^ leur de morale. D'une part, faire usage de pré- morale, cautions convenables pour mettre à l'abri du j

relâchement et du rigorisme le probabilisme et le probabiliorisme; d'autre part, savoir appli- (juer avec prudence leurs principes généraux aux questions particulières, et avoir assiv: do bon sens pour ne pas donner comme probable ou comme improbable ce qui n'est pas tel : voilà les conditions de la saine morale. C'est pourquoi, dans le choix des auteurs à lire, on doit j)référer ceux qui ont de la piété, par conséquent qui ne sont point inspirés par l'esprit de parti, mais par un zèle sincère de la gloire de Dieu; qui à une grande science joignent la pratique du saint ministère, un bon ja{;ement et le talent d'apprécier les < hoses à leur juste valeur. Or, des auteurs de < 0 caractère et de ce mérite vous en trouverez parmi les probabilioristes et parmi les probabilistes. Ainsi vous vous priveriez d'un grand secours dans l'étude de la morale, si, par aversion pour le probabilisme, vous dédaigniez d'en lire les auteurs, romme si vous deviez y trouver au^

tant de sentiments relâchés que de décisions. Certes, ce n'est pas ainsi qu'en pensait Benoît XIV. Vous le verrez bien souvent dans ses ouvrages citer avec éloge les auteurs probabilistes. Voulez-vous former vous-même votre conviction? il vous suffit d'ouvrir les ouvrages d'un grand nombre, dans lesquels vous trouverez, avec la plénitude de la science, la connaissance exacte des saints Pères, des conciles et des canons, et une sage appréciation des raisons û^^s deux partis. Alors vous serez forcé de convenir que les motifs de leurs décisions sont très- solides, et qu'ils donnent aux objections des réponses câpàbiês de satisfaire tout homme équitable et prudent, autant qu'on peut le demander dans des matières tellement obscures et controversées que nul n'a pu jusqu'ici les éclaircir de manière à dissiper tous les doutes. Mais quels sont ces auteurs si recommandables? Je ne le vous le dirai pas. Vous pouvez les connaître par le crédit universel dont ils ont joui et dont ils jouissent encore dans le public; car l'œil du public, composé pour ainsi dire de tant de milliers d'yeux, ne se trompe point. Cette estime publique se manifeste encore par les éditions multipliées de leurs ouvrages, bien que volumineux et de grand prix, sans que l'esprit de parti soit pour rien dans la vogue de ces auteurs probabilisles : preuve évidente que le prodigieux succès de leurs écrits doit être attribué à leur mérite intrinsèque.

DES CONFESSEins. -163

94. — Soyez donc, à votre choix, probahiliste Conseil ou probabihonste, mais ne méprisez les auteurs pratique d'aucun des deux partis. Prenez pour objet de vos lectures ceux qui, d'après le témoignago commun, ont employé les réserves convenables afin d'cvitor le rigorisme et le relâchement. Tou* tefois une erreur particulière ne doit pas vous ôter l'estime et vous faire renoncer à l'usage d'un auteur, pourvu qu'il soit exact dans les principes généraux et dans l'ensemble de ses décisions sur cette foule de matières dont se compose la morale. Nul doute que vous ne deviez l'abandonner îcrsqu'lî se trôiripe; mais sur tout le reste il peut encore vous être d'un grand secours ; le soleil a des taches, et néanmoins il est le flambeau du monde. Cette raison ne suffit donc pas pour le mépriser, autrement vous devriez abandonner presque tous les auteurs probabilistes et probabiliorislcs. En effet, il est bien difficile et bien rare d'en trouver un qui, ayant composé plusieurs ouvrages ou même un seul volume un peu considérable sur toutes les questions, que dis je? sur les principales questions de la morale, n'ait pas montré dans certains cas particuliers qu'il était homme snju à l'erreur, et qui, dans certaines décisions, n'ait pas dévié de cotte exactitude et de ce jugement droit dont il a fait preuve sur fout le reste.

95. — Par tout ce qui précède vous voyez clai- ^'eceisiic rement qu'en vous disant d'être discret dans jis^cre'-

lion en votrc moralo, mon intention n'est pas que vous 7»"/^ soyez probabiliste plutôt que probabilioristc ; je veux seulement que vous restiez dans les limites des deux systèmes, afin d'éviter les extrémités vicieuses, inévitables sans cette précaution. Votre première question est donc clairement résolue : quant à la seconde, savoir : dans lequel des deux extrêmes est-il le plus aisé de tomber, et quel est le plus funeste à la gloire de Dieu et au salut des âmes ? vous en trouverez successivement la réponse dans ce qui me reste à vous dire. Toutelois, comme il n'est que trop facile de donner dans l'un ou l'autre, et que tous doux sont extrêmement funestes, permettez qu'à toutes les observations précédentes j'ajoute ici leur portrait, afin de vous en inspirer tout l'éloignement possible.

ARTICLE V

rORTRMT nu RIGORISME ET Dlf RELACHEMEIfT,

Maux 96. — Le confesseur peut tomber dans le ri- 'arTe S^rismc et le relâchement, en interrogeant, en areiâche- iustruisaut, cu absolvaut, en renvoyant le pénitent. La négligence dans l'interrogation empêche de découvrir, d'apprécier et de traiter convenablement le mal dans le cœur du pénitent. (Voyez n°' 30 et suivants.) Le relâchement dans les décisions qu'il donne comme docteur préjudicie à la loi de Dieu. Les dispenses abusives et irnpru-

ineni

dentés augmentent, autorisent la licence et les désordres, scandalisent les bons et enhardissent lesméclianls.(N"71.j La facilité d'absoudre comme juge ceux qui ne sont pas disposés les entretient pendant de longues années dans leurs mauvaises habitudes : une foule d'obligations graves et pressantes de restitution, de réconciliation, de réparation de scandale restent sans accomplissement. Ainsi devient pour eux non-seulement inutile, mais sacrilège, l'usage des deux plus grands sacrements, la confession et la communion. Ouel compte n'aura pas à rendre à Dieu le prêtre qui, pour ne pas se donner la peine d'étudier davantage, afin d'être plus exact dans l'exercice de ses fonctions, laisse commettre tant d'offenses de Dieu, tant de péchés qui, bien souvent, conduisent les ûmes à la damnation? Quel d'uil pour l'Eglise devoir les plus augustes sacremenis fréquentés avec si peu de fruit! De là les gémissements des bons, le triomphe des impies et des hérclicjucs qui en prennent occasion de nier, les uns l'efficacité, les autres l'existence même des sacrements. Les infidèles eux-mêmes, on voyant la corruption de ces chrétiens d'ailleurs exacts à fréquenter les sacrements, perdent toute estime pour la religion, et refusent de l'embrasser.

97. — Le rigorisme n'est pas moins funesto. msuk Souvent l'excès dans les interrogations apprend ji*"J". le mal aux âmes innocentes, scandalise les per- gorisme.

sonnes mariées et pudiques, expose le pénitent et le confesseur au danger de pécher, décrie le ministre et le ministère. La sévérité dans les décisions dont le but est d'éviter le mal matériel incertain, expose à des péchés formels certains, rend odieux la loi et le législateur. (N"' 59 et suivants.) L'excès de rigueur dans les sentences nuit souvent à ceux qui sont bien disposés, en les privant du bienfait de l'absolution. ( N''^ 70 et suivants. ) Mais ^surtout le rigorisme dans ces trois points, ou même en un seul, rend la confession difficile, pénible, odieuse aux fidèles ; or, quand il ne produirait que ce seul mal, cela seul le rendrait infiniment plus funeste que le relâchement le plus outré. Pour bien le sentir, remarquez ce qui suit.

iieiuigne 98. — Si Ic sacremcnt de pénitence n était que /e5^j)^°"' de simple conseil, ou si, étant d'obligation, la pratique en était facile, ou enfin si, étant obligatoire et difficile, il était de peu d'importance, ce serait un petit mal de le rendre odieux et pénible aux fidèles; mais c'est tout le contraire. Ce sacrement est tout à la fois indispensablement nécessaire, non pas une fois dans la vie comme le baptême, mais autant de fois qu'il s'agit de recouvrer la grâce perdue par un péché mortel ; il est de plus extrêmement difficile, et Dieu a bien le droit d'exiger cela du pécheur. Outre la difficulté d'une conversion sincère et assez efficace

DES CONFESSEURS. IGT

qui triomphe de tous les obstacles, la confession exige 1 accusation, non pas vague, mais précise, (le la qualité, du nombre et des circonstances des péchés, avec l'acceptation d'une pénitence grave, imposée par le libre arbitre, non du pénitent, mais du confesseur. 11 est encore d'une utilité inexprimable par ce qui le précède, l'accompagne et le suit, soit par sa nature propre, soit par les heureux accidents auxquels il donne lieu. Bien souvent avant de se confesser la seule pensée qu'on doit le faire devient un frein au péché et un encouragement au bien. On se dit : Si je pèche, il faudra m'en confesser; je vais faire tel bien parce que je dois me confesser tel jour. Après la confession on se dit encore : Aujourd'hui ou hier je me suis confessé, et c'est un motif pour ne pas retomber et pour continuer à bien Taire. L'examen, les actes de repentir, la résolution même de se confesser, procurent à Dieu une grande gloire, et au juste de grands mérites. Quant au pécheui', c'est aux yeux de la miséricorde divine le moyen le plus sûr et le plus puissant pour le disposer à obtenir son pardon. Ensuite la confession jointe à l'absolution efface le péché et <lélivre de la peine éternelle, donne des forces pour ne pas retomber et pour mener une vie nouvelle et fervente. Après la confession, les bons avis du confesseur sur les moyens d'éviter ies occasions, d'accomplir ses devoirs, de vaincre les tentations et de nourrir la piété ; la pensée

qu'on peut mourir subitement, que Dieu nous voit toujours, le souvenir des exemples de Jésus- Christ et des saints, les bonnes œuvres conseillées ou imposées pour pénitence, telles que les lectures, les méditations, la messe, le rosaire, eic .: tout cela, grâce à la bénédiction que Dieu répand sur les paroles^^du prêtre, qui dans le sacrement est vraiment son ministre et son représentant, tout cela, dis-je, a une efficacité particulière pour instruire et encourager le pénitent dans le mom» nt et même longtemps après. Combien de nouvelles grâces ne recueille-t-ii pas lui-même de sa fidélité émettre en pratique tous ces pieux conseils! Enfin la confession des fautes graves est nécessaire de précepte divin pour se présenter à la table oucharistique, à celte table qui, 1° est antidotuiti quo a peccatis mortalihus prœservamur et a quotidianis liberamtir: 2° cibus quo aluntiir et coiifortantur viventes inta illius, qui dixit : Qui manducat me, vivet propter me; 3° est pignua cœlestis gloriœ '. Bien souvent encore la communion ouvre le trésor des indulgences; or, si une seule confession produit tant de biens, qui pourra compter tous ceux qu'apporte la fréquentation des sacrements, et l'usage continué de ces moyens tout à la fois remèdes pour le passé, préservatifs pour l'avenir, secours non-seulement pour éviter le mal, mais encore pour pratiquer le bien d'obligation et de conseil?

' Ck>nc. Trid.jsess. 13, c. 2.

99. — Or, le rigoriste, en auyiiieniani la diffi- Heu aux culte déjà si grande par elle-même du sacrement grands de pénitence, s'exijose au danger prochain de •^"'"■■ priver d un seul coup de tous ces avantages si nécessaires et si précieux presque tous les pénitents qui s'adressent à lui, et cela, non pour une fois seulement, mais presque pour toujours. En effet, à peine s'il ose en absoudre un seul; et s'il en absout, il les fatigue tellement par ses interrogations, les accable tellement d'obligations pénibles et indiscrètes, qu'il leur ôte le courage de revenir, ou du moins le goût de la pratique Iréquente et toujours salutaire des sacrements. t)r, priver de tant d'avantages presque tous les fténitcnts, et à peu près pour toujours, est-ce là nn petit mal? Mais voici qui est bien plus grave : qui pourra concevoir les désordres de tout genre qui, se multipliant rapidement, entraîneront dans leur ruine, et ces pénitents découragés, et ceux que la vue de leurs scandales aura séduits? Faut-il tout dire, en un seul mot? on ne peut causer aux lidèles un plus grand donimage que de les éloigner d'un sacrement si utile, si nécessaire, et par lui-même si difficile. Ecoulez en quels termes le Catéchisme romain parle de la confession': Quantum vero curœ et diligentiœ in ea explicanda pastores ponere debeant, ex eo facile intelliganl, quod omnibus fere piis persuasum est quidquid hoc lempore sanctitatis, pielatis et religion is in

' Part. :>, deConf., n. 'JC.

ecclesia summo Dei beneficio conservatum est, id magna ex parte confcssioni tribuendum esse, ut nulli mirandum sit humani generis hostem, cum fidem catholicam funditus evertere , cogitât, per ministros impie talis suce, et satellites hanc veluti ckristianœ virtutis arcem totis viribus impugnare conatum esse. Et au n° 37 : Constat enim si racramentalem confessionem e christiana disciplina exemeris.plena omnia occultiset nefandis yceleribus futura esse, quœ postea, et alia etiam multo graviora homines peccati consuetudine depravati, palam committere non verebuntur . Et au n» 50 : Sed nulla res fidelibiis adeo curœ esse débet, quam ut frequenti peccatorum confessione animam studeant expiare. Etenim cum aliquis mortifero scelere urgetur, nihil ei magis salutarc esse potest ob multa, quœ impendent vitœ pericula, quam statim peccala sua confiteri. Exemple 100. — Le confcsseur rigide court donc risque fie causer indirectement aux fidèles et à l'Eglise plus de dommage que s'il empêchait les prédications, la messe et tous les autres moyens de salut. En croyant faire servir Dieu plus parfaitement, il conspire, sans le vouloir, avec les démons et les ennemis de l'Eglise, à la ruine du plus solide et du plus fort soutien de la religion etdu royaume (le Jésus-Christ; il ouvre la porte à des désordres infinis, d'abord secrets, puis publics et généraux . Et de fa it, quels sont d'ordinaire les plus pervors et les plus scandaleux? Ce ne sont pas ceux

<)es liéro liqiie

DES CONFESSEtnS. 171

qui fréquentent les sacrements, quand même ils se confessent à un confesseur un peu indulgent, ot avec peu de fruit; mais bien ceux qui ne se confessent que rarement ou pas du tout. Voilà ceux qui surpassent infiniment tous les autres par la gravité, la continuité, la publicité, et, pour ainsi dire, Vincorrigibilité de leurs désordres. Cela est si vrai, qu'au rapport de Dominique Soto', les hérétiques eux-mêmes, ayant vu par expérience qu'après avoir aboli la confession en Allemagne, le vice pullulait de toutes parts, les vols et les injustices se multipliaient chaque jour parmi eux, et que nul n'était plus sûr de son voisin; les hérétiques eux-mêmes supplièrent (^.harles-Quint de faire une loi pour les obliger tous à se confesser, attendu que depuis qu'ils ne se confessaient plus, ils ne pouvaient plus vivre en paix les uns avec les autres. Voilà ce qui arriverait parmi nous autres catholiques, si le rigorisme devenait commun parmi les confesseurs; les peuples s'éloigneraient de plus en plus de la fréquentation de ce sacrement, qui est cependant le meilleur frein au péché, et le plus fort rempart contre toute espèce de désordre.

iOl. — Ici, non pour défendre les relâchés qui ' '""i ne lo méritent nullement, mais parle même esprit ,ioJ qui porta saint IJonaventure à comparer entre '^^"'[* elles la conscience trop large et la conscience rdàciiftrop étroite, et à dire de la première que sœpe' i'"^;^*!.

' Tom. I, in 'i sont., d. 18, q. 1, art. 1. nsme..

I aiM>ii maux

salvat damnandum,el de la seconde que damnât salvandum, comparez les dommages causés par un confesseur relâché avec ceux du confesseur rigide, et voyez -en la différence. Le relâché prive, il est vrai, les fidèles d'un bien beaucoup plus grand que pourrait leur procurer un peu de discrétion et d'exactitude, et donne lieu à de grands maux par son excessive indulgence. Cependant, par cela seul qu'il laisse aux bons et aux méchants un accès facile et libre à la confession fréquente, quelque relâché qu'il soit, il est encore utilp 1° aux bons, qui de leur côté se préparent convenablement; 2" aux pécheurs qui le sont, pour ainsi dire, par malheur et par accident, c'est-à-dire à ceux qui, habitués à bien vivre, tombent par accident dans quelque péché mortel. Accablés d'un poids inusité, ils se repentent promptement et de tout leur cœur; seulement ils éprouvent une grande honte à se montrer si différents de ce qu'ils étaient ordinairement : or leur bonheur et leur plus grande consolation est de savoir un confesseur qui les accueillera avec bonté et avec une tendre compassion. 3° Quant aux grands pécheurs, ou qui ne remplissent pas leurs obligations, ou qui ne se sont jamais corrigés de leurs mauvaises habitudes, il leur est vraiment nuisible par sa trop grande indulgence ; toutefois il ne laisse pas de leur être 'encore de quelque utilité. En effet, 1° s'il ne les dispose pasde manière à ce qu'ils fassent avec Dieu

une véritable paix qui les justifie, du moins fontils des trêves de quelques semaines ou de quelques jours pendant lesquelles ils s'abstiennent de pécher, parce qu'ils s'en vont encouragés au bien et emportant le souvenir de quelque bonne pensée; les bong,es œuvres qu'il leur a enjointes les préservent de'houvelles fautes, ou du moins rendent leurs chutes moins fréquentes ; 2" de plus, il reste l'espérance qu'ils se convertiront un jour sincèrement. En voici la raison. Perdant, grâce à sa bonté excessive sans doute, la répugnance à se confesser, il n'est pas difficile qu'une lecture de piété excite en eux un désir plus efficace de se corriger, que le rosaire ou la messe imposée pour pénitence leur obtienne la grâce, s'ils retombent dans le péché, de recourir proniptement au remède de la confession. C'est ainsi que, trouvant tout facile auprès de ce confesseur, et jugeant que tous lui ressemblent, ils n'hésitent pas, en cas de besoin, à s'adresser à un autre. Dieu les conduit â un confesseur discret qui mêle le vin à l'huile, leur ouvre les yeux, leur fait connaître l'évidente nullité de leurs confessions précédentes, et par une confession générale répare d'un seul coup tous les maux que le relâché leur avait faits pendant longtemps; et les voilà sauvés.

102. — Tout le contraire arrive au confesseur Com;sévère. De cent qui en ont essayé, il n'en est pas ""'""" un, si vous en excepte/ deux ou trois, qui retourne

ai.

-174 MANLEL

auprès de lui. Ce n'est pas tout : supposant que tous les autres lui ressemblent, il diffère de s'adresser à un confesseur quelconque. En attendant, 1" plus de ces trêves pendant lesquelles du moins les pécheurs cessaient d'offenser Dieu; 2° voilà le retour à la confession gpndu plus difficile par de nouveaux péchés ; S» voilà l'espoir d'une conversion diminué; voilà une crainte mieux fondée qu'ils ne se confessent plus à personne, à moins que dans un cas extraordinaire ; à moins encore que Dieu lui-même ne les conduise à un confesseur discret, ou qu'entendant parler d'un relâché qui passe tout, ils ne se disposent de leur mieux, et s'en aillent le trouver. Tout relâché qu'il est, ce confesseur ne laisse pas de leur être encore, du moins par accident, bon et utile. Les bons eux-mêmes, sous un confesseur rigide, perdent la facilité et bientôt l'habitude de fréquenter les sacrements; et après ce malheur, ils deviennent, hélas ! aussi pervers que les autres.

Malheur 1 03. — Aiusi mettant à part ce qu'il peut mériter rigoriste. ^^ démériter par sa bonne ou sa mauvaise intention, et en ne considérant que sa conduite envers les pénitents, de qui le confesseur rigide peut-il attendre sa récompense? Ce n'est pas de Dieu, dont il soutient si mal la cause qu'il ne sait ni entretenir les bons dans l'usage des sacrements, ni obtenir des méchants quelque trêve à cette guerre continuelle qu'ils font à Dieu. Loin delà, par son

DES CONFESSIiLRS. ITS

ligorisme il les porte au désespoir, et les pousse rapidement aux plus inconcevables désordres. Ce n'est pas des fidèles, qui d'ordinaire ne trouvent dans un confesseur rifjide ni compassion ni lemède à leurs maux. En effet, à peine a-t-il entendu une faute de nature à l'embarrasser et à lui faire craindre decomiirometirc la validité du sacrement, que, sans examiner davantage si cette mauvaise habitude n'est ]»as déjà notablement corrijfée, si cette occasion prochaine ne pourrait pas devenir éloignée, si le paiement de celle dette ne pourrait pas être différé, communément il coupe court, en disant : Allez, faites, et revenez, sans chercher aucunement les moyens ni les motifs les plus propres à aider les pénitents. Enfin, ce n'est pas de l'Eglise, qui voit les sources de la grAce, ses sacremenls abandonnés, les malades éloignés des médecins et privés des remèdes, empirer à vue d'ccil; les brebis fuyant loin de leurs [)asteurs, courir à travers les précipices, jusqu'à ce qu'elles y trouvent la mort. Ainsi, pendant que les hérétiques éloignent les catholiques des sacrements en niant leur existence et leur institution divine, le rigoriste, sans le vouloir et contre son inleniion, tend à ce déplorable but par une autro voie, en en rendant l'usage trop difficile aux fidèles.

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