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combien plus ne devez-vous pas vous en faire une loi si vous avez à leur parler hors de là pour leur conduite spirituelle ! C'est ici surtout que vous devez être sur vos gardes et bien faire attention à vous. Le vénérable Avila n'admettait jamais aucune femme à conférer avec lui dans sa maison ; c'était toujours et seulement à l'église ou au confessionnal, et assis sur une planche. Ainsi première précaution : un endroit non point isolé et solitaire, mais exposé aux regards de tout le monde; cela témoignera de la droiture de vos intentions. Seconde précaution : à la garde du cœur joignez celle de la langue et celle des yeux modestement baissés. Allez plus loin encore : pour prévenir toute espèce de murmure étranger et tout danger pour votre âme, soyez sobre pour accorder, et laconique pour expédier ces conférences spirituelles. Que la douceur et l'utilité de les entendre quelquefois soit tempérée par la salutaire amertume de fréquents refus, de telle sorte que rien ne manque à leur direction spirituelle, et qu'il n'y ait rien de superflu qui puisse donner lieu à un danger commun, au scandale ou à la critique.
Suite.] 158. (B. LiGUORi, n° 113.) — Vous voyez combien vous devez être réservé en traitant avec les personnes de l'autre sexe. 1° Au confessionnal, avec celles qui sont jeunes, vous devez en général être plutôt sévère qu'affable. Vous ne devez pas leur permettre de venir vous parler en
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laco, beaucoup moins de vous baiser la main. Lorsque vous les confessez, vous ne devez pas avoir l'air de les connaître. Il en est qui font les pieuses, et qui quelquefois, s'apercevant que le confesseur les connaît, ne s'accusent pas sincèrement. La prudence défend de regarder les pénitentes, et de les accompagner de la vue lorsqu'elles s'en vont du confessionnal. Hors du confessionnal le confesseur ne doit point s'arrêter pour leur parler dans l'église. Il doit éviter toute espèce de familiarité; ne point en recevoir de petits présents, surtout ne pas aller chez elles, si ce n'est dans le cas de grave maladie. Alors il doit user de toute la prudence possible cq les confessant, laissant la porte entr'ouverte, en sorte qu'il puisse être aperçu du dehors, et ne paaavoir le visage tourné du côté de la malade, surtout si c'est une personne pieuse, pour laquelle il est plus facile d'avoir de l'attachement. « Pour former une liaison entre les personnes pieuses, disait le vénérable P. Sertorio Caputo, le démon commença par se servir du prétexte de la vertu, puis, la liaison formée, il fait passer de l'aniuur de la vertu à celui de la personne. » De là cet avertissement de saint Augustin ', rapporté par saint Thomas : Sermo brevis et rigidus cum lus iiiulierihna hahendu^ est ; nec tamen quia sanctiores sunt, idco minus cavendœ ; quo enim sancliores fuerint , eo magis alUciunt. Le docteur
' Lit). 0, ti. GJ3.
angéliquc ajoute : Licet carnalis affectio sil omnibus pericuîosa, ipsis tamen magis perniciosa, quando conversantur cum pertona, quœ spiritualisvidetur; nam quamvis principium videatur purum, tamen frequcns familiaritas domesticum est periculum; quœ quidem familiaritas quanta plus crescit, infirmatur principale motivum, et puritas maculatur. Les personnes de piété, continue le saint docteur, ne s'aperçoivent pas d'abord de tout cela; car le démon ne commence point par lancer des traits évidemment empoisonnés, mais bien des flèches qui blessent légèrement le cœur. Bientôt on en vient à ne plus traiter ensemble comme des anges, mais comme des êtres revêtus de chair. On échange des regards, on s'adresse des paroles flatteuses qui pénètrent jusqu'à l'âme, et qui semblent encore venir de la première dévotion : on désire mutuellement de se retrouver ensemble. C'est ainsi^ conclut l'ange de l'école, que spiritualis devolio convertitur in carnalem. Combien de prêtres vertueux victimes de ces affections commencées par la piété ont perdu et la piété et Dieu même ! 2° Le confesseur ne doit pas être tellement adonné à confesser les femmes qu'ils refusent d'entendre les hommes lorsqu'ils se présentent. Quelle pitié de voir tant de confesseurs employer toute une matinée à entendre de petites dévotes et renvoyer de pauvres hompes ou des femmes mariées pressées d'occupations, et qui ont à grand'
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peine laissé leur ménage et leur travail, en leur disant : J'ai affaire, adressez-vous à d'autres I Et fiaute de confesseurs, ces infortunés vivent des mois et des années éloignés de Dieu et des sacrements. Ce n'est pas là confesser pour Dieu, mais pour soi. Aussi je ne sais quelle récompense peuvent attendre les confesseurs qui exercent ainsi leur ministère. Je ne dis pas, comme quelquesuns, que c'est un temps perdu ; je dis, au contraire, que c'est une œuvre très-agréable à Dieu que de conduire les âmes à la perfection. J'en parlerai plus tard très au long. Mais les bons confesseurs, à l'exemple d'un saint Philippe de Néri, d'un saint Jean de la Croix et d'un saint Pierre d'Alcantara, confessent uniquement en vue de Dieu. Lorsqu'il se présente une âme qui est dans le besoin, ils la préfèrent aux âmes pieuses, parce qu'on retrouve toujours le temps de les entendre et de les aider à loisir.
159. (D. LÉONARD, n°* 1, 5 et 8, 1"^'= part.) — Sau.ictr: Ainsi, vous devez être saint au tribunal de la réconciliation. La bonté ou la sainteté de vie, voilà le premier fondement de votre conduite. En effet, le meilleur moyen de persuader, c'est le bon exemple : vous devez le donner. Les hommes croient bien plus facilement ce qu'ils voient de leurs yeux que ce qu'ils entendent de leurs oreilles ; ils regardent comme praticable ce qu'ils voient faire par celui qui les commande et les dirige : c'est la pensée de saint (Irégoire : Illa
iiamque vox magis cor pénétrât quam dicentis vita commendat '. Cette bonté ne consiste pas seulement à vivre en état de grâce, mais encore à pratiquer la vertu, et à consacrer sa vie aux oeuvres de piété par un zèle ardent pour le salut des âmes. Lorsque je trouve un confesseur qui non-seulement vit dans l'état habituel de grâce, mais qui' est encore tout de feu pour chercher les moyens de conduire les âmes à Dieu, je trouve un trésor. Mais, hélas ! qu'il est triste d'en voir aujourd'hui un si grand nombre qui, par leur vie déréglée, déshonorent devant le peuple le sacré ministère! Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'ils ne craignent pas d'entendre quelquefois les confessions en état de péché mortel, ou dans le doute pratique s'ils y sont. Or, qui ne sait que, suivant l'opinion la plus commune, ils commettent autant de sacrilèges qu'ils donnent d'absolutions, ouvrant ainsi pour eux les portes de l'enfer dans le lieu même où ils ouvrent si heureusement aux autres les portes du ciel?
C'est une maxime irréfragable de l'Ange de Vécole % que le confesseur, en administrant le /acrement de pénitence, est un instrument animé qui coopère avec la cause principale, qui est Dieu. C'est pourquoi il ne suffit pas qu'il vive en état de grâce pour être un ministre utile au salut des pécheurs, il faut encore qu'il s'exerce à
' Past. curas, p. 2, c 3.
"■ 3 p., q. 64, arl. 8, ad 1.
la pratique de toutes les vertus. Un confesseur tiède et dissipé, sans 1 habitude de l'oraison et de la mortification, ne peut exercer qu'avec nonchalance ce divin ministère. La charité n'enflammera pas ses paroles, le zèle n'animera pas ses corrections, la confiance n'autorisera pas ses conseils. Peut-être en viendra-l-il jusqu'à altérer le jugement sacramentel, soit en absolvant les indignes, soit en n'avertissant point les coupables, ou on cédant aux opiniâtres. En un mot, il sera muet au divin tribunal, n'ayant pas le courage de reprendre des fautes dont il craint d'être coupable.
De là qu'arrivera-t-il ? C'est que les pénitents faisant courir le bruit que tel confesseur ne dit rien sur tel péché, sur l'amour, par exemple, ou la volupté, ou la passion du jeu, tous viendront se confesser à lui, et accumuleront les confessions sacrilèges : car il n'est que trop évident qu'ils n'ont point la volonté de se corriger ceux qui de gaieté de cœur cherchent un confesseur qui ne prend aucun soin de les rendre meilleurs. Dans le livre de la divine justice les sacrilèges des pénitents seront écrits au compte du confesseur. Oh! qu'il vaudrait mieux y)0ur lui de n'avoir jamais eu le pouvoir d'absoudre , puisque ses absolutions n'auront servi qu'à le lier, lui et les autres ! Le Sauveur disait à Judas : Vtr Jwmini un, per quem Filius hominis Iradclur, bonum erat et, si natus non fuisset homo ille '. On pour-
' Mattb , XXVI, 2^.
rait dire la môme chose d'un semblable confesseur, coupable de la perte de tant d'âmes : Bonum erat et, si confessarius non fuisset. L'oracle du Saint-Esprit est vrai : Celui qui n'est pas bon pour lui-même, comment serait-il bon pour les autres? Qui sihi nequam est, eut alii bonus erit ^.
Permettez-moi donc que je vous rappelle cette grande pensée que j'ai si souvent insinuée aux séculiers dans les missions, savoir, que tous doivent faire une confession générale pour se renouveler dans la piété et mettre leur conscience en règle. Rien n'est plus important pour jouir de la paix durant la vie, et surtout pour être tranquille au moment de la mort. Or, ce renouvellement de ferveur, je le juge bien plus Bécessaire aux prêtres. Ce n'est pas que je veuille par là les engager à faire leur confession générale, que je suppose déjà faite. Dans le cas où quelques-uns ne l'auraient pas faite, je leur dirais en toute liberté : Faites- la de grâce, faites-la; il vous importe trop d'avoir la paix de la conscience, dont le principal fondement est la bonne vie, car c'est là le premier pain dont doit se nourrir le prêtre ; que si vous avez fait votre confession générale, faites une confession extraordinaire en repassant en gros les obligations de votre état. Je vous propose ici une méthode courte et facile.
' Eccl., XIV, 5.