‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 69 sur 78 · La voici divisée en deux points : De- i · texte numérisé non relu

La voici divisée en deux points : De- i

■ ji 1 i ''" '"*'• clina a maîo et fac bonum '. Examinez d abord

si vous vérifiez ce déclina a malo, en évitant tout ce qui pourrait donner le plus léger scandale. Quel malheur, si vous étiez de ceux auxquels on peut appliquer cette humiliante parole : Sicut populus, sic sacerdos I Ils paraissent en public avec tant de recherche et de vanité, qu'on les prendrait plutôt pour des prêtres de Vénus et de Diane que pour des ministres de Jésus-Christ ; et ils ne rougissent pas d'être plus dissolus et moins réservés dans leurs paroles et leurs manières que les séculiers eux-mêmes. Hélas 1 hélas ! on ne peut ni on ne doit tout dire : je me contenterai de répéter, les larmes aux yeux, ces paroles de saint Grégoire : Niillum magis pr^judicium, quam a sacerdotibiis suis tolérât Deus '-. Vous me direz que votre conscience ne vous reproche rien de semblable; je le crois bien sincèrement. Toutefois parcourez avec soin tous les devoirs de votre état, et d'abord examinez comment vous récitez l'office divin.

Si vous le récitez en commun, voyez si vous faites la pause indiquée par l'astérisque, ou bien -si vous le récitez avec précipitation, uniquement attentif à commencer et à finir. Examinez si vous célébrez la sainte messe avec le respect, la modestie et le recueillement convenables; si vous

' Ps. 30, •>:.

- Lib 'j, cpi-;t. 01.

observez exactement les rubriques ; si vous faites les signes de croix, les génuflexions et les cérémonies de manière à témoigner de votre vénération par un si grand sacrifice. Oh! quel pénible contraste de voir, le soir, assis à une table de jeu, manier les cartes et les dés, les mêmes prêtres qu'on a vus le matin à Tautel, avec une chevelure scandaleusement soignée, manier les calices et les patènes, et faire voltiger la sainte hostie comme un vil jouet ! Jean d'Avila eut bien raison de s'approcher d'un de ces prêtres qui célébrait ainsi et de lui dire à l'oreille : «Traitez-le un peu mieux, c'est le fils d'un père respectable. » Hélas î j'ai honte de rapporter de . semblables désordres. Cependant combien de fois, pendant que ce prêtre est à l'autel, n'entend-on pas dire de lui : (( Voyez ce prêtre qui célèbre, c'est un chasseur fini ; il n'y a pas de joueur qui lui tienne tête ; c'est un homme de joie et de plaisir ! » Or sachez quelle sentence est prononcée contre lui: Heu, heu, Domine, dit saintBernard en gémissant, çwia ipsi sunt in persecutione primi, qui in Ecclesia Dei videntur gerere principatum'. Je le sais, de pareils désordres n'existent pas parmi vous ; mais je sais aussi qu'un seul prêtre de ce caractère suffit pour faire perdre le respect du sacerdoce tout entier. Permettez-moi donc de redire à ce prêtre infidèle : Déclina a malo, mon cher frère en Jésus-Christ, déclina amalo.

' Lib. 3, ad Eug.

161. — Et fac bonum. Il ne suffit pas que le<j"b?e"n. prêtre soit vertueux pour lui-même; il doit se rendre utile au prochain par son exemple, par sa doctrine, par ses œuvres, par ses conseils. Les matériaux d'une église ne doivent être employés qu'à en rebâtir une autre, nullement une maison ordinaire: à plus forte raison le prêtre consacré à Dieu par l'ordination ne doit s'employer qu'à des choses saintes et utiles à la gloire de Dieu. Sa maison c'est l'église; ses livres, les divines Ecritures; ses affaires, soulager les pauvres, instruire les ignorants, administrer les sacrements. Pour faire tout cela, il doit partager son temps entre l'étude, surtout de la théologie morale, la lecture de quelque livre de piété, l'examen, l'oraison; en un mot, il doit régler sa vie, et ne pas vivre en quelque sorte au hasard. Mais les deux pivots principaux sur lesquels doit tourner toute la vie d'un prêtre, c'est la prière et la mortification. Quant à l'oraison mentale, qui n'est en dernière analyse qu'une méditation sérieuse de la grande affaire du salut, je vous en demande une demi-heure chaque jour. Il est certain que si un pauvre voyait jeter à la rivière un grand nombre de pièces d'or, il ne serait pas indiscret d'en demander la moitié d'une, pour l'amour de Dieu. Ainsi, lorsque je vois tant de prêtres qui perdent à dormir, à jouer, à s'amuser des heures entières, je ne crofs pas qu'il y ait témérité de ma pari à leur en demander une demie, non pas

pour moi, mais pour leur âme. Si vous aviez un procès de grande conséquence, regretteriez-vous d'y employer une demi - heure par jour? Or, quelle est la plus grande affaire que nous ayons en ce monde? La voici : sauver noire âme. Que chacun donc prenne la résolution de consacrer chaque jour une demi-heure à cette grande affaire. Mais vous ne réussirez pas dans l'oraison, si vous n'êtes véritablement mortifiés. Heureux celui qui est innocent, qui n'a jamais péché, mes paroles ne s'adressent point à lui : je parle à celui qui a péché. Il n'y a pas de milieu, ou faire pénitence en ce monde ou en l'autre; où vaut-il mieux la faire? n'est-ce pas notre corps qui, en cherchant ses plaisirs, nous a précipités dans le mal? c'est donc lui qui doit en porter la peine. Le joueur qui perd s'en prend follement aux cartes, mais nous, avec plus de sagesse, prenons-nous-en à notre corps. Saint François d'Assise avait coutume de dire que celui qui accorde à son corps tout ce qui est permis, finira par lui accorder ce qui n est pas permis; l'expérience ne îe prouve que trop. Courage donc, livrons-nous à une généreuse mortification, affaiblissons notre corps, mortifions et nos yeux, et notre langue, et notre bouche, et tous nos sens : une grande paix sera notre récompense. Castigo corpus nieum e\ in servitutem redigo\ disait l'apôtre saint Paul,

' I Cor., IX, 9.7.

f.ES CONrESSEURS. 277

cet admirable modèle de vertus : et nous n'aurions rien à faire!

162. — A la sainteté joi{;nez la prudence. La Prudence prudence déjuge doit être grande dans le con- ^onfesfesseur, mais bien plus grande encore doit être s'onnai. celle de médecin. Cette qualité lui est nécessaire pour examiner attentivement non - seulement les péchés, mais encore les racines, les causes, les occasions, afin d'y apporter les remèdes convenables. Il doit être réservé dans ses paroles. Un confesseur inconsidéré peut, par une seule parole, faire beaucoup de mal à luimême et aux pénitents : In facie prudent is lucel !<apieniia^, ce que Lirano explique par maturitatem et honestatem. 11 doit donc être circonspect dans ses paroles, avoir un maintien modeste et honnête, qui inspire la gravité et la dévotion, et se revêtir, suivant le temps et le lieu, de son surplis et de son étole, conmie il est prescrit dans le Rituel romain. Il évitera toute action moins grave, capable de blesser la modestie, comme de prendre du tabac immodérément, tenir sa tabatière en évidence, ou d'avoir à la main des ileurs, un éventail ou autres choses semblables qui ne conviennent pas à la dignité sacerdotale. 11 aura le plus grand soin de ne pas confesser de femmes hors do la grille sans une nécessité qui n'est jamais forte si elle n'est extrême; ni avant le jour, du moins si l'endroit » Prov., wii, ?/i.

OÙ il confesse n'est bien éclairé; ni même celles qui sont malades, si la porte de leur chambre n'est pas ouverte. En un mot, il doit se comporter en tout comme un vrai ministre de Dieu, avoir un air aimable et modeste, que ne doivent jamais changer ni gestes ni signes extérieurs, capables d'indiquer de l'ennui ou de la tristesse, afin de ne pas donner occasion à ceux qui sont à portée de le voir de soupçonner que le pénitent lui dit quelque chose de fastidieux ou de bien grave. De plus, il doit avoir soin que le pénitent soit à ses pieds, le visage détourné du sien, de manière qu'il ne lui parle pas directement à l'oreille, et ne s'approche pas trop de lui. Ces précautions paraîtront peut-êire minutieuses, elles • sont cependanttoutes nécessaires pour environner de vénérationun ministère si saint, et ôter jusqu'à l'ombre de ce qui pourrait nuire au respect du sacrement, ou à l'àme ou à la réputation du confesseur. Nos maîtres et nos modèles nous en font tous un devoir sacré. Ils ne séparent pasles précautions extérieures desintérieures; écoutonsleursavis. 163.(SAiNTCHARLES,p.6et7, 11 et 12.)— Etant Tendre à certainquc ccluiqui administre quclquc sacrcmcnt feciion. en étal de péché mortel pèche mortellement, les. confesseurs doivent par conséquent avoir grand soin de n'entendre la confession de personne, quand ils se sentiront être en ce malheureuxétat; et beaucoup moins encore quand ils se sentiront liés par quelque censure ecclésiastique. C'est pour-

quoi celui qui a le véritable zèle des âmes, et qui désire ardemment delesaiderà se conduire dans les vertus chrétiennes, de leur donner des remèdes salutaires pour se retirer du péché, de leur enseigner à découvrir les ruses de l'ennemi de notre salut, et enfin de dépouiller le pénitent du vieil homme pour le revêtir du nouveau, et former en lui un parfait chrétien, ne se doit pas contenter d'administrer ce sacrement hors l'état du péché mortel; mais connaissant qu'il importe beaucoup, pour produire les effets que nous venons de dire, qu'il pratique premièrement en soimême ce qu'il désire en autrui, parce que les exemples touchent bien plus que les paroles, et que nous ne pouvons que difficilement enseigner aux autres la vertu que nous n'avons pas, il doit avoir un très-ardent désir de sa propre perfection, et s'exciter à la pratique des vertus nécessaires pour l'acquérir.

1 6'< . — Ainsi, on ne doit point entendre dans les Precau-

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