‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 75 sur 78 · CONDUITE A TENIR AVEC LES DIFFÉRENTES SORTES DE PÉNITENTS · texte numérisé non relu

CONDUITE A TENIR AVEC LES DIFFÉRENTES SORTES DE PÉNITENTS

198. (Prêtre sanctifié, n<»' 63-67.) —Coii- li .;>> naissant, par son accusation ou par les iiitcrro- '^.""j' "

{jations que vous lui aurez adressées, l'étal du pénitent, il vous reste à proportionner vos avis, vos moyens, votre conduite aux besoins de son âme. C'est ici que vous ave/, besoin do la plus (grande discrétion pour bien juger ses dispositions, afin de le lier ou de l'absoudre. Remarquez d'abord la différence qui existe entre le confesiiour relâché et le confesseur ricide. Le premier absout presque tous ceux qui se présentent, le second n'en absout presque aucun. l*our vous, soyez assez faoe pour en absoudre quelques-uns de moins que le premier, mais beaucoup plus que 11" second. L'un (^sî plein de compassion pour le ciiupable, et ne conàidérc point assez la grièvetc de ses fautes; l'autre est plein de haine pour les vices, mais sans compassion pour le vicieux. Ainsi, pour le guérir, le premier n'emploie que t'jigilcdola condescendance, le second que le vin de la réprimande. Quant à vousj pour composer

: riion.

le véritable baume du Samaritain, mêlez l'huile et le vin. Remplissez-vous de compassion pour le coupable, c'est là le propre d'un père, et c'est aussi l'esprit du Sauveur : c'est la pierre de touche qui fait distinguer le zèle de Jésus-Christ de celui des Pharisiens, ainsi que nous l'avons vu au n° 10. Mais ayez soin de faire véritablement détester le vice, cela est nécessaire au bien du coupable, et la charité même, comme nous avons dit au n" 11, sait allier aux remèdes forts et énergiques toute la douceur de la compassion. Ainsi, tout en s'humiliant et en se pénétrant de componction, le pénitent ne se décourage point, ne s'irrite point ; au contraire, il s'affectionne au sacrement, il y met sa confiance aussi bien que dans son ministre. Confessio, c'est l'avis de saint Augustin, est per quam morbus latens spe veniœ aperitur K Eire ^^^' — ^^ confesseur trop indulgent, croyant discrei sans pciuc au véritable repentir, confond la vel -

lorsqu'il ,,., , . i , r • ■ .,

s'agit lie leite avec la vraie volonté. Le rigoriste croit tres- ^'^''"""" difficilement à la vraie contrition, parce qu'il confond la volonté efficace avec la volonté trèsefficace; la volonté vraie et suffisante, mais commune et ordinaire , avec la volonté pleine et extraordinaire, singulière et héroïque. Préservez-vous de ces deux extrêmes. La vraie contrition n'est pas si facile qu'on puisse d'ordinaire s'y exciter, sans faire un peu de prières pour ' De ver. et fais, pœnit., c. 10

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l'obtenir, et sans penser, durant quelque temps, aux motifs de repentir que la foi nous présente ; mais pour celui qui prie et qui réfléchit, comme je viens de dire, elle cesse d'être une chose trèsdifficile. Dieu accorde, en effet, la grâce de la concevoir. Cette sage discrétion honore et la justice de Dieu qui exige que le coupable s'humilie, et sa miséricorde qui exauce la prière. A la différence du confesseur imprudent, vous ne devez point reconnaître pour une vraie volonté, mais pour une simple velléité, celle qui ne produit aucun ou presque aucun oiïcl, tel, par exemple, que de prendre les moyens de se corriger et de diminuer le nombre des fautes ordinaires. Mais bien différent des confesseurs toujours irrésolus, recevez comme vraie, efficace et suffisante 'a volonté qui produit en réalité de notables effets pendant un certain temps, bien quelle n'aille pas jusqu'à les produire tous et à les conserver toujours. N'exigez donc pas une volonté très-efficace, extraordinaire et héroïque qui produise un changement parfait, total, immuable et constant. Plût à Dieu que tous les pécheurs eussent une telle volonté! tous doivent la désirer et la rechercher, mais tous ne l'ont [as. Elle n'est pas nécessaire pour leur véritable, pour leur actuelle conversion et justification ; il suffit d'un repentir efficace, bien que commun et ordinaire, inférieur à cette contrition singulière qui transforme les pécheurs en héros de pénitence.

$„i(e. 200. — Il suffit au confesseur relâché, pour absoudre le coupable, que celui-ci proteste qu'il se repent, sans faire attention si on ne doit pas présumer le contraire. Le rigoriste, peu content de n'avoir aucun motif fondé de soupçonner la parole du pénitent, veut la certitude évidente de sa disposition. Avoir péché par le passé, et pouvoir pécher à l'avenir, sont pour lui des raisons suffisantes de mettre le pénitent à de longues épreuves. Pour vous, avant de donner pleine confiance aux protestations du coupable, voyez s'il n'y a aucune circonstance qui puisse vous faire douter prudemment de la suffisance de sa disposition. S'il en est ainsi, aidez-le à se mieux disposer; si vos efforts sont inutiles, différez-lui l'absolution. Mais si vous ne trouvez aucun motif solide de vous défier de ses protestations de repentir, absolvez-le. Telle est la doctrine du Catéchisme romain *. Parlant du confesseur, il s'exprime en ces termes : Si audita confessione judicaverit neque in eniimerandis peccatis diligentiam, nec in detestandis doîorem omnino defuissey absolvi poterit. Telle est la certitude morale que vous devez chercher, et qui doit vous suffire dans l'administration du sacrement, puisque, suivant l'Ange de l'école "^ : Certitudo non est similiter quœrenda in omnibus, sed in unaquaque materia secundum proprium modum.

' De pœnit., D. 60.

- 2. 2. q. 23, art. 9, ad 2.

DKS CONPKSSEIjISS. S'!*

Quia vero materia prudentiœ sunt singularia contingentia, circa quœ sunt operationes humanœ , non potest certitudo prudentiœ tantœ esse, quo omnino sollicitudo toUatur. Ailleurs, parlant de la certitudo quo doit avoir un directeur des âmes au sujet de ses pénitents, après avoir dit que dans le for extérieur il ne doit pas se contenter de l'affirmation du pénitent, mais aller plus loin, pour s'assurer de la vérité, le saint ajoute qu'il on e;ii bien autrement dans le for intérieur. Alvt modo per eonfessionis manifestationem, et quantum ad hanc cognitionem non potest majorem certitudincm accipere, quam îit subdito credat, quia hoc est ad subveniendum conscientiœ ipsius : unde in foro conscientio' creditur homini et pro se et contra se '. Ainsi, comme nul n'est plus intéressé que le pénitent à dire la vérité en confession, si vous n'avez pas de raison solide pour douter de sa sincérité lorsqu'il vous dit qu'il s'est excité au repentir, qu'il est résolu de se corriger et qu'il est [)rét à rocovoir les remèdes et la pénitence que vous lui <lonnerez, vous avez toute la certitude que doit désirer la prudence d'un confesseur exact, mais discret.

201 . — L'un est tout préoccupé par la crainte oeux do rebuter le pénitent s'il le renvoie, et il ne pense qu'aux dommaf;es immenses que cause dans les âmes l'éloignement dos sacrements. L'amre ne

' Sup^)!., q- 8, a. a. ad 2.

fv-ueili

voit que le respect dû au sacrement : et tout pénétré de la crainte de l'exposer à la nullité, il ne fait pas attention aux inconvénients qu'il y a de renvoyer le pénitent sans absolution. Pour vous, craignez également ce double danger, et de rendre difficile aux pécheurs l'accès aux sacrements, et d'en compromettre la validité. Employez donc votre charité de père, votre habileté de médecin et votre discrétion de juge à disposer le pénitent de telle sorte que vous puissiez prudemment l'absoudre, ou tout de suite, ou sous peu. Par là, vous pourrez tout à la fois consoler le pénitent et l'affectionner à son remède, la confession, et assurer avec prudence la validité du sacrement et le respect qui lui est dû.

Conduite 202. — Dans la praiique, l'un absout presque fveYk! ^^^''' '® monde, et l'autre n'absout presque perenfanis, sounc. Soycz plus réscrvé que le premier, et plus

les J6UI)6S

gens et libéral que le second. Pour commencer par les lesjeunes p^ti^gg choscs, s'agit-il dcs enfants de sept à dix sonnes, OU douzB aus, le coufcsseur relâché procède avec eux aussi lestement qu'avec un adulte coupable des mêmes fautes, sans se mettre en peine de suppléer au manque de dispositions qui peut résulter de l'ignorance et de la faiblesse de cet âge. Le rigoriste a pour maxime de les tous renvoyer avec la bénédiction seulement, parce qu'il les croit incapables de ce repentir sublime et très-efficace qui lui semble nécessaire. Pour vous, aidez-les d'une manière toute spéciale.

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mais croyez-les capables d'un repentir sincère, quoiqu'il ne soit pas extraordinaire. En effet, voici ce que dit le concile de Trente ' : Si quis negaverit omncs et singuîos fidèles utriitsque sexus, cum ad anno^ discrelionis pervenerbit, teneri singulis anni^ , saltem in paschate ad communicandum juxta prœceptiim sanctœ Matris ecclesiœ, anathema sit. Et ailleurs ^, il ne déclare exempts de ces obligations que pariulos usu rationis carentcs. Combien moins vous trompez-vous, en appliquant proportionnellement ce précepte à la confession? Vous pouvez donc les absoudre avec grand profit pour leur Ame ; d'autant plus que l'usage commun, et toujours respectable des fidèles, est de les habituer à se confesser depuis l'âge de sept ans. Ils seraient bien négligents les pères et mères qui ne les y conduiraient pas, même à PAques, vu surtout que la contrition véritable et suffisante est l'ouvrage de la grâce qui abonde là où il y a peu de malice, où se trouve même l'innocence baptismale. Aussi la bonne confession est-elle plus facile à l'time médiocrement éclairée, mais dont la volonté est encore bonne et flexible, qu'à l'âme éclairée, mais dont la volonté est [icrverse et obstinée. C'est pourquoi les adultes sont moins contents de leurs confessions actuelles que de celles qu'ils faisaient dans l'âge de l'innocence, et d'où ils

' Sess. 13, c. 9.

- Sess. 21, c. 4. V

revenaient pleins de componction et de consolation. D'un autre côté, pour suppléer à ce qui leur manque, implorez l'assistance de leur ange {{ardien, aidez-les à s'examiner et plus encore à se repentir en leur proposant les motifs de contrition adaptés à leur âge. Après cela, s'ils paraissent sérieux et vous donnent des marques d'intelligence et de dévotion actuelle, ne les privez pas du grand bienfait de l'absolution; au contraire, s'ils sont actuellement distraits et irréfléchis, contentez-vous de leur donner la bénédiction. Dans tous les cas, suggérez-leur de bonnes pensées, en sorte qu'ils vous quittent avec quelque sentiment do dévotion et un commencement de respect et d'amour pour la confession. Soyez sûr que leurs anges vous tiendront compte de votre charité pour cet ûge, où il importe si fort que l'âme commence à concevoir de i'horreur pour le mal, de l'estime et du goût pour la piété.

Srite. 203. (B. LiGUORi, 86 et 87.) — Vous emploierez donc avec les enfants la plus grande <harité et la plus grande douceur possible. Vous aeur demanderez d'abord s'ils savent les principales vérités de la foi. S'ils ne les savent pas, instruisez - les avec patience et à l'heure même si le temps vous le permet, ou renvoyez-les à quelqu'un pour se faire instruire au moins des choses nécessaires au salut. Quant à la confession, il faut leur faire dire en commençant les péchés

DF.-i CONKESSEUUS. h^^

dont ils se souviennent. Vous pourroz ensuite leur adresser les questions suivantes : 1" s'ils ont caché quelque péché par honte; 2^ s'ils ont blasphémé les saints ou les jours saints, ou s'ils ont juré contre la vérité ; 3" s'ils ont manqué la tnesse, s'ils y ont causé ou s'ils ont travaillé les jours de fête et de dimanche ; 4" s'ils ont désobéi à leurs parents; s'ils leur ont manqué de respect en levant la main contre eux; s'ils leur ont dit des injures en leui' présence ou lancé contre eux des imprécations qu'ils ont entendues, ou s'ils s'en sont moqués : souvenez-vous ici de ce que nous avons dit au n^ ITGsurla manière de leur faire demander pardon à leurs pères et mères; 5° s'ils ont commis quelque indécence. Mais ici vous devez apporter la plus grande réserve dans les interro{]ations. Commencez [)ar des questions détournées et môme un peu vagues. D'abord, s'ils ont dit de mauvaises paroles, s'ils ont joué avec d'autres petits garçons ou avec de petites tilles; si c'était en cachette. Demandez ensuite s'ils ont fait de vilaines choses ou dit de mauvaises paroles, car c'est ainsi que les enfants a|)pellent les actions indécentes. Il est souvent utile, lors même qu'ils •nt nié, de leur faire quelques questions de ce genre : Eh bien! combien de fois avez-vous fait ces choses-là'! dix fois, quinze fois? Demandezleur avec qui ils couchent, et si, étant au lit, ils se sont amusés avec les mains; aux petites filles, si elles ont eu de l'amitié pour quelqu'un, et s'ils

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y a eu des pensées, des paroles ou des actions mauvaises; et sur leurs réponses, vous irez plus loin : Scd abstif^eant ah exquirendo a puellis vel a pueris, an adfuerit seminis effusio. Souvenezvous-en bien, il vaut mieux manquer à l'intégrité matérielle de la confession que leur apprendre ce quils ignorent ou de leur donner l'envie de le savoir. 6" Demandez encore aux enfants s'ils ont porté des commissions ou des présents à des femmes de la part des hommes; et aux jeunes filles, si elles ont reçu des cadeaux de personnes suspectes et spécialement d'hommes mariés, d'ecclésiastiques ou de religieux. 7° Demandez-leur s'ils ont dérobé ou fait quelque dommage, soit parleurs bestiaux, soit autrement; 8° s'ils ont dit du mal de quelqu'un ; enfin, sur les commandements de l'Fglise, s'ils se sont confessés, et s'ils ont communié à Pâques ; s'ils ont mangé de la viande ou des œufs les jours défendus. Sur i'ab- 204. — Quanta l'absolution à donner à ces ensoiuiion fr^^^g^ jj pgyj y apporter beaucoup d'attention. donner, Lorsqu'il cst Certain qu'ils ont suffisamment l'usage de raison, comme s'ils se confessent avec discernement ou s'ils répondent juste aux interrogations et qu'on voie qu'ils comprennent bi^ qu'en péchant ils ont offensé Dieu et ont mérité l'enfer, dans ce cas, s'ils sont disposés, donnezleur l'absolution. Au contraire, s'ils étaient retombés dans des péchés mortels, il faut les traiter comme des adultes. Ainsi, s'ils ne donnent pas de

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signes extraordinaires de contrition, il faut leur différer l'absolution. Si vous doutez qu'ils aient le parfait usage de la raison, par exemple, si tout en se confessant ils n'étaient pas composés, mais tournaient les yeux de côté et d'autre, s'amusaient avec leurs mains, vous disaient des choses qui n'eussent aucun rapport à la confession, alors s'ils sont en danger de mort ou s'ils doivent remplir le précepte pascal, vous devez les absoudre sous condition, surtout lorsqu'ils ont accusé quelque péché mortel douteux'. En effet, il est bien permis d'administrer le sacrement sous condition lorsqu'il y a une raison suffisante, comme de tirer cet enfant de l'état de damnation, s'il y est réellement tombé ^. Vous devez en agir ainsi lors même qu'il est récidif; car on ne doit différer l'absolution à ceux qui ont un parfait discernement que dans l'espérance qu'après ce délai ils reviendront mieux disposés. Or, cette espérance, il est bien difficile de l'avoir avec ceux qui n'ontpas le plein usagede la raison. Il est probable, disent un assez grand nombredo docteurs', que ces enfants douieusemenl disposés peuvent élre absous, du moins tous les deux ou trois mois, sous condition, lors même qu'ils ne seraient coupables que de péchés véniels, afin qu'ils ne fussent pas privés de la grftce sacramentelle et pcut-

' Lil). 6, Il ^32, vers. i.

^ Lib. 6, n. 432, in lin.

étro. de la grâce sanctifiante s'ils avaient sur la conscience quelque péché mortel ignoré. Il faut ensuite faire produire à ces enfants l'acte de contrition de la manière la plus appropriée à leur âge, par exemple : Tom* aime:: Dieu qui est un maître si grand, si bon, qui vous a créé, qui est mort pour vous, etc.; et ce Dieu vous l'avez offensé l Il veut vous pardonner, espérez qu'au nom du sang de Jésus-Christ il vous pardonnera, mais il faut que vous vous repentiez. Qu'en ditesvous? vous repentez-vous maintenant de l'avoir offensé? etc. Savez-vous bien que, pour ces ou-^ irages que vous avez faits à Dieu, vous avez mérité V enfer ! Avez-vous du regret de l'avoir traité de la sorte ! Jamais plus, etc. Imposez-leur une pénitence aussi légère que possible, leur recommandant de l'accomplir dans le plus bref délai, autrement ils l'oublieront ou ne la feront pas. Surtout ayez soin de leur inspirer de la dévoîion envers la très-sainte Vierge en réfilant le Rosaire et trois Ave malin et soir- avec cette prière : Ma bonne mère, préservez-moi du péché mortel.

Siiiie 205. — (Saint Charles, p.22-24.)Cestdoncune .sainte coutume de faire venir devant le confesseur lespetitsgarçons elles petites filles l'un après l'autre,quoique leur âge n'excède pascinq ou six ans, afin qu'ils commencent de bonne heure, qu'ils s'instruisent dans la connaissance,et s'introduisent ensuite dansTusa^e de ce sacrement.Les confesseurs

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doivent néanmoins prendre garde à ne pas donner l'absolution sacramentelle à ceux dans lesquels ils n'en remarqueront point de matière, ni un si grand usage de raison qu'on les puisse juger capables de ce sacrement. Ils prendront aussi un soin particulier d'instruire les cnl'ants qui auront atteint l'Age de sept ou huit ans, selon leur capacité, de la nécessité et de la vertu de ce sacrement, et de la manière en laquelle il s'y faut présenter, ('.élu i qui entend les confessions des enfants de l'âge de dix à douze ans, lesquels il connaît capables de pouvoir être bientôt disposés à recevoir la trèssainte communion, doit faire en sorte que par sa négligence, ou celle des pères et dc^ mères, ils ne demeurent pas plus longtemps privés de ce trésor spirituel. Mais illes doit au plus tôt instruire des choses nécessaires pour approcher du très- > saint sacrement, des fruits innombrables qui s'en tirent, et avec combien d'humilité, de révérence et de pureté de conscience il se doit recevoir; et après les avoir confessés premièrement trois ou (juatrc fois, il doit leur administrer la sainte communion, et k'ur en donner une attestation pour montrer au curé, afin qu'ils soient après reçus à la communion pascale, ou il leur donnera un certificat v.(unme ils sont instruits et suffisamment disposés pour la recevoir, et les renverra au curé.

20G. (Vie de saint Philippe, liv. 11, chap.vii.) Manie,. —Persuadé que la plupart des hommes emportent

«oigner au toiTibeau les vices de leur jeunesse, saint Phi- "^ *^ *' lippe d& Néri prenait un soin particulier de ramener à Dieu les jeunes gens ou de les maintenir dans l'innocence. Il ne négligeait rien pour gagner leur amitié ; son bonheur était de les recevoir chez lui ; il s'entretenait avec eux de différents sujets suivant la profession de chacun ; il les conduisait en promenade, les engageait à jouer à quelque jeu décent et convenable : on a vu le saint homme lui-même commencer le jeu; il se retirait ensuite à quelque distance pour lire et méditer. Si quelques-uns ne revenaient pas se confesser, il mettait tout en œuvre pour les ramener dans la voie du devoir; il les faisait avertir; il priait et faisait prier afin qu'ils reprissent leur première ferveur. Lorsqu'ils revenaient, le saint en prenait tout le soin possible, mais il ne s'en tenait pas là ; il les recommandait à quelqu'un de ses pénitents dont il connaissait la prudence et la vertu, afin qu'il veillât sur eux et les éloignât de toutes les compagnies dangereuses. Du reste, sa patience à les supporter était indicible. Un seigneur de Rome, qui allait souvent rendre visite au saint, entendit un jour les jeunes gens que Philippe réunissait chez lui faire un tel bruit, qu'il ne put s'empêcher d'en témoigner son étonnement. « Comment, dit-il au saint, pouvez-vous supporter tout ce tumulte ? — Pourvu qu'ils n'offensent pas Dieu, lui répondit en riant le vénérable vieillard, je leur permettrais de me

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fendre du bois sur ie dos. » Tant de bonté lui gagnait le cœur de ses jeunes gens : il avait toute leur confiance. x\ussi, un homme de qualité, qui dans sa première jeunesse avait beaucoup fréquenté le bon père, disait un jour les larmes aux yeux à un de ses amis: «Quand j'étais jeune et que je me confessais au Père Philippe, je ne commettais jamais de péché niortel; mais, hélas! à peine l'eus-je quitté, que je commcni.ai la vie licencieuse dans laquelle j'ai vécu. »

Il voulait que les jeunes gens se confessassent souvent; mais avant de les admettre à la communion fréquente, il s'efforçait de les rendre humbles. En directeur expérimenté, il savait que c'est aux jours de communion que l'ennemi redouble de ruse et multiplie les tentations. C'est pourquoi il les avertissait de se préparer au combat; ilajoutait: «Approchez-vous delà tablesainte avec un grand désir. «C'est pourquoi, lorsqu'ils lui demandaient la permission de communier, il leur disait: Silienles,sitientes, venite ad aquas. Afin d'exciter en eux cette soif salutaire, il voulait qu'ils lui dissent quatre ou cinq jours d'avance lorsqu'ils devaient communier. Après la communion, il leur faisait faire pendant quelques jours certains exercices particuliers, afin de retirer du profit de cet auguste sacrement, comme de réciter le Pater et VJve les bras étendus, ou quelque autre prière qu'il leur enseignait. Pour les éloigner de tout danger d' impureté, il leur disait de

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ne pas demeurer seuls appèslcurs repas, de ne pas se retirer tout de suite, soit pour lire, pour écrire, ou pour faire autre chose en particulier ; mais do rester en compagnie r( de converser avec les autres. Il leur défendait également toute espèce de jeux de mains. Il aimait aussi que les frères ne badinassentpasavccleursœurdu même Age. Ace propos je vais rapporter le trait suivant : Le Père Velli, de l'Oratoire, confessait un jeune homme qui avait coutume de badiner avec ses sœurs. Fidèle disciple de Philippe de Néri, ce confesseur dit plusieurs fois à son jeune pénitent de ne plus le faire ; mais le jeune homme, qui était innocent, se scandalisa d'entendre son confesseur lui répéter la même chose. Le Père Velli s'en aperçut, et un jour il lui dit: « Vous ne vous faites aucun scrupule de cela, n'est-ce pas? — Non, mon père, jene m'en fais aucun scrupule. — Allez trouver le Père Philippe, ajouta le confesseur, et demandez-lui ce qu'il en pense. » Il y alla, et Philippe l'ayant entendu, lui demanda ce qu'il étudiait. « La logique, lui répondit le jeune homme. — Eh bien, sachez, lui dit l'habile directeur, que le démon est un très-habile logicien qui apprend à faire les abstractions, et à dire femme et non pas sœur. » Le jeune homme en demeura convaincu, ot dès ce moment il cessa de badiner avec ses sœurs. C'est ainsi que, maître expérimenté, Philippe se montrait sévère lorsqu'il s'agissait d'éloigner l'occasion de péché formel.

ARTICLE I*'

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