‹ Manuel des confesseursChapitre 47 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DEVOIRS ET QUALITÉS D^UN BON CONFESSEUR GOMME PÈRE, COMME MÉDECIN, COMME DOCTEUR ET COMME JUGE.

Qu'elle sera grande, dit saint Axphonss de liguori, la récompense des bons confesseurs qui s'emploient à la conversion des âmes ! leur salut est assuré. L'apôtre saint Jacques nous rapprend quand il dit: Qui converti fecerit peccatorem ab errore viœ suœ, salvabit animam ejus a morte ^ et operietmultitudinem peccatorum^. Son âme, c'est-à-dire l'âme de celui qui convertit, comme porte le texte grec. Mais l'Église est dans les larmes en voyant un si grand nombre de ses enfants perdus à cause des mauvais confesseurs. En e£fet, c'est principalement de la bonne ou de la mauvaise direction des confesseurs que dépend le salut des peuples. Dentur idonei confessariiy disait le pape Pie V, ecce omnium christianorumplena reformatio . C'est une vérité ; si l'on trouvait dans tous les confesseurs la science et la sainteté qui conviennent à un si grand ministère, le monde ne serait pas, comme il est, souillé d'iniquités^ ni l'enfer rempli de tant d'âmes.

Par sainteté je n'entends pas ici la sainteté habituelle, c'està-dire le simple état de grâce; mais une sainteté positive, telle qu'il la faut à un ministre de la pénitence, dont l'état, comme celui de la nourrice, réclame une double nourriture

1 Ep.> V, 20. Pour s'encourager dans la pénible fonction du tribunal, le saint se disait souvent à lui-même cette parole de saint Augustin : Animam talvasH, ûmmam tuam liberasH,

et pour se nourrir lui-même et pour nourrir ses enfants. Il faut, en effet, que le confesseur dirige la conscience des autres sans errer ou par trop de condescendance ou par trop de rigueur; qu'il sonde tant de plaies sans se souiller; qu'il traite avec des femmes et avec des jeunes gens, écoutant le récit de leurs chutes les plus honteuses, sans en recevoir aucun dommage ; qull use de fermeté avec les grands, sans se laisser vaincre par aucun respect humain ; il faut , en un mot, qu'il soit plein de charité, de douceur et de prudence.

Pour accomplir tous ces devoirs, il a besoin d'une sainteté plus qu'ordinaire, à laquelle il ne parviendra jamais s'il n'est homme d'oraison, fidèle à la pratique de la méditation journalière. Sans cela, il n'aura jamais ni les lumières ni les grâces nécessaires à l'exercice de ce ministère, redoutable aux anges mêmes.

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