AVEC CEUX QUI SE TROUVENT DANS CERTAINS CAS PLUS DIFFICILES
233. — Les docteurs assignent beaucoup de règles pour la atcc ie« s«nipu. conduite des scrupuleux ; mais il est certain qu'après la prière, le meilleur et même l'unique remède pour les guérir, c'est l'O'béissance au confesseur. Efforcez-vous donc, avant tout, de bien inculquer au scrupuleux deux maximes fondamentales : la première, qu'il marche sûrement devant Dieu en obéissant à son père spirituel, toutes les fois qu'il n'y a pas un péché évident. En effet, ce n'est pas à Thomme qu'il obéit, mais à Dieu lui-même qui a dit : Qui vos audit me audit. Telle est la doctrine de tous les théologiens et de tous les maîtres de la vie spirituelle, appuyés sur l'autorité de saint Bernard, de saint François de Sales, de saint Philippe de Néri, de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de saint Ignace de Loyola, du bien-
« Lit. "VU, n. 470. — « Lib. VI, n. 1144.
254 MANUEL DBS CONFESSBUBS.
heureux Denis le Chartreux, du bienheureux Humbert, du vénérable P. inatlre Avila, du grand Gerson, etc. La seconde, que son plus grand scrupule doit être de ne pas obéir, à raison du grand danger auquel il s'expose de perdre, non seulement la paix, la dévotion, le zèle pour avancer dans la vertu, mais encore la tète, la santé et même son âme. Les scrupules peuvent venir au point de le réduire à se donner la mort, comme il est arrivé à s'abandonner au torrent du vice.
De plus, faites entendre au scrupuleux, comme le dit très bien le savant auteur de V Instruction pour les nouveaux confesseurs^ ^ qu'avec Dieu il ne faut pas vouloir compter la plume à la main. Le Seigneur veut, pour notre plus grand bien, que nous vivions dans rincertilude de notre salut. Ainsi, lorsque nous faisons ce qui nous est moralement possible pour ne pas TolTenser, nous devons nous abandonner à sa miséricorde^ et, tout en reconnaissant que nous ne pouvons nous sauver sans le secours de sa grâce, nous devons toujours la lui demander avec persévérance, conflance et tranquilliié. Le meilleur^ disait saint François de Sales, c'est de marcher à t'aveugle sous la conduite delà divine Providence parmi les ténèbres et les perplexités de cette vie. Il faut se contenter de savoir de son père spirituel qu'on marche bien sans chercher à le voir. On ne s'est jamais perdu enobéissant. Celui quiobéità son confesseur, disait de son côté saintPkilippe de Néri, est sûr de ne pas rendre compte à Dieu de ses actions. Au contraire, disait saint Jean de la Croix, ne pas se tranquilliser sur ce que dit le confesseur, c'est orgueil et manque de foi. Loaqueie sera- 234. — Eiisuite VOUS aurcz soiu : !• de parler souvent au pale a pour scpupulcux dc la grande confiance que nous devons avoir en i^ plMé"g!" Notre-Seigneur Jésus-Christ, mort pour nous sauver, et dans sa très sainte Mère, si puissante et si bonne pour ceux qui rinvoquent. Ainsi vous l'exhorterez h vivre tranquille, pourvu qu'il recoure à Jésus et à Marie. 2* Défendez-lui la lecture des ouvrages propres à réveiller le scrupule, et la conversation des personnes scrupuleuses. S'il est fortement tourmenté, allez jusqu'à lui défendre d'assister aux sermons où l'on traite des vérités terribles, et d'examiner sa conscience sur les choses qui lui donnent des scrupules mal fondés. S"" Si le scrupule consiste dans la crainte de consentir à de mauvaises pensées, par
i Part. 1, n. 76.
exemple, contre la foi, la pureté ou la charité, vous devez, vous confesseur, passer librement et hardiment sur tout cela, et lui dire que ces pensées sont des tentations et des peines, mais qu'il n'y a ni consentement ni péché.
C'est ici surtout que vous devez faire usage de cette grande règle donnée par les docteurs * que lorsque le pénitent est une personne craignant Dieu, persona timoratx conscientix, si le péché mortel n'est pas plus que certain, décidez qu'il n'a pas eu lieu. En effet, dit le P. Alvarez, il n'est pas possible qu'un pareil monstre entre dans une âme qui Ta en horreur, sans qu'elle le connaisse clairement. Il convient même quelquefois de défendre aux scrupuleux de s'accuser de semblables péchés, à moins qu'ils ne sachent certainement et qu'ils ne puissent faire serment d'y avoir consenti. Remarquez ici que ce n'est point par des règles particulières, mais générales, qu'il faut conduire les scrupuleux. Avec des règles particulières, les scrupuleux ne peuvent jamais se décider; toujours ils doutent si cette règle particulière est applicable au cas actuel, toujours différent à leurs yeux du cas supposé par le confesseur.
235. — Quant aux scrupuleux qui se tourmentent sur leurs Lo^q»'» » po»»confessions passées, c'est-à-dire qui craignent de n'avoir pas usions ****'^ expliqué tous leurs péchés ou leurs circonstances, ou de n'avoir pas eu la contrition nécessaire, lorsqu'ils ont fait depuis une confession générale, et que pendant un temps notable ils ont répété les choses de la vie passée, vous devez leur défendre d'y jamais penser de propos délibéré, et de se confesser de ces péchés passés, à moins qu'ils ne puissent faire serment que c'étaient certainement des péchés mortels, et de plus qu'ils sont certains de ne les avoir jamais confessés] En effet, les docteurs enseiguent^ que, dans le cas même où ils auraient oublié par inadvertance quelque péché mortel, les scrupuleux ne sont pas obligés, du moins quand ils n'en sont pas certains, sub tanto incommodo etpericuio,h l'intégrité delà confession, dontun incon- ^^énient moins grave * peut dispenser. Sur ce point, soyez ferme à vous faire obéir. Si le pénitent n'obéit pas, reprenez-le fortement, ôtez-lui la communion, et mortiHez-le le plus que vous pourrez. Les scrupuleux doivent être traités avec une grande
« LJb. VI, n. 746. - « Lib. I, n. 87; V, 2, Quod nihil, — » Lib. VI, ex Ti. 488.
sévérilé, car, s'ils perdent l'ancre de l'obéissance, ils sont perdus : ou ils deviennent fous, ou ils se précipitent dans le désordre. Lorsqaui a pour 236. — Il eiï cst d'autrcs qui craignent de pécher dans toutes ti^^'^lJScnL. •^"''s actions. A ceux-là il faut commander d'agir librement el de passer par-dessus leurs scrupules; ils y sont même obligés toutes les fois qu'ils ne voient pas avec évidence que telle action est un péché. C'est l'enseignement des docteurs *. Peu importe qu'ils agissent avec la crainte actuelle, c'est-à-dire sans déposer leur scrupule, ce qu'on ne doit presque jamais attendre des scrupuleux, parce qu'une semblable crainte n'est pas un véritable dictamende la conscience, ou une conscience formée suivant la judicieuse distinction de Gerson*, ni un véritable doute pratique. Elle ne détruit pas non plus le jugement porté d'abord^ et qui persévère virtuellement, bien que la crainte empêche d'y faire attention. Or, ce jugement, le voici : c'est qu'en faisantune action quelconque, qu'ils ne connaissent pas certainement pour mauvaise, ils ne pèchent pas. En effet, dans ce cas, ils n'agissent point contre la conscience, mais contre une crainte vaine*. Vous enjoindrez donc au pénitent de ce caractère de mépriser et de vaincre le scrupule, en faisant hardiment ce que le scrupule lui dérend ; de plus, vous lui défendrez d'y jamais revenir dans ses confessions.
L'obéissance, 237. (YiE DE SAINT PmLu>PE, liv. P', ch. XX.) — Ccux qui veuseule Toie sûw ignt avauccr dans la perfection, disait saint Philippe de Néri^ **^p!ue!j^™^ doivent se remettre entièrement et sans retour entre les mains des supérieurs. Ceux qui ne vivent pas sous l'obéissance d'une règle doivent se soumettre volontairement à un savant et sage confesseur et lui obéir comme à Dieu môme, lui découvrir avec liberté et simplicité toutes leurs affaires, et ne prendre aucune détermination sans son conseil. Quiconque en agit de la sorte, ajoutait-il, est sûr de ne pas rendre compte à Dieu de ses actions. Il disait cependant qu*avant de choisir un confesseur il fallait y penser mûrement et recourir à la prière ; mais, une fois choisi, il ne voulait pas qu'on le quittât sans de très fortes raisons ; qu'on eût en lui une entière confiance jusqu'aux moindres affaires, car le Seigneur ne saurait permettre qu'il se trompe en rien de ce qui regarde le salut de l'âme.
t lib. I, n. 86, et P. Segneri, cap. ult. — * Dict., n. .86. — * LU). I, n. 76; V. Hine duo»
Lorsque le démon, continuait le saint, ne peut faire tomber une personne dans de grands péchés, il emploie toutes ses ruses pourmettre de la défiance entre le pénitent et le confesseur ; par ce moyen il en vient petit à petit à faire les plus grands maux. II disait encore que Tobéissance est le chemin direct pour arriver promptemenl à la perfection. Il estimait beaucoup plus une personne qui menait une vie ordinaire en obéissant, que celui qui faisait de grandes pénitences en ne suivant que sa propre volonté; et il disait qu'il n'y avait rien de plus dangereux dans la vie spirituelle que de vouloir se conduire par son propre jugement, tandis que rien n'assurait mieux nos actions et ne déjouait mieux les ruses de Tennemi que de faire la volonté d'auirui dans la pratique du bien. L'obéissance, répétait-il enfin, Fcbéissance : voilà le véritable holocauste que nous devons offrir à Dieu sur Tautel de notre cœur.
238. (Saint François de Sales, t. II, p. 653.) — Il est des fimes avcc i« s im» que Dieu appelle à une plus grande perfection. La moindre ap- timorée». parence du mal alarme leur conscience timorée. Souvent elles ont recours à leurs confesseurs, pour en obtenir des avis et des solutions qui les tranquillisent. Cette partie de la direction, qui n^est pas la moins difficile, est le triomphe de saint François de Sales. Profilons des précieux avis qu'il nous a laissés. Voici les réponses qu'il adresse à une âme craintive dont la perfection lui était bien chère :
« Mon avis va à deux choses : l'une, faites une revue générale de toute votre vie pour faire une pénitence générale; c'est une chose sans laquelle nul homme d'honneur ne doit mourir; l'autre, essayez-vous petit à petit de vous déprendre des affections du monde. Pour cela il faut, non pas du tout rompre les liens d'alliance. qu'on a aux affaires du monde, mais les désordre et les dénouer.
c( C'est une charité indispensable que vous vous devez de vous acheminer à une heureuse fin, et nul respect ne vous doit empêcher de vous y employer avec ardeur. Car, puisque Dieu nous commande d'aimer notre prochain comme nousmêmes, il suppose que nous nous devons aimer, et la première partie que vous devez aimer en vous^ c'est l'âme, et en l'âme la conscience et en la conscience la pureté, et en la pureté Tappréhension du salut éternel.
« Tandis que nos fautes sont dans nos âmes, elles sont des épines; sortant dehors par la volontaire accusation, elles sont converties en roses et parfums, d'autant que, comme notre malice les tire dans nos cœurs, aussi c'est la bonté du Saint- Esprit qui les pousse dehors.
« Vous confessant à de bons confesseurs, ne douiez nullement; car s'ils n'avaient le pouvoir de vous ouïr, ils vous renverraient; et il n'est nullement besoin de faire ces revues générales en la paroisse, desquelles vous m'écrivez : il suffit d'y rendre son devoir à Pâques en s'y confessant, ou au moins s'y communiant. Étant aux champs, les prêtres que vous trouverez aux paroisses vous pourront aussi confesser. Ne vous laissez point presser de scrupule ni de trop de désirs : cheminez doucement et courageusement.
(( Vous devez être ferme en la résolution que je vous ai donnée que ce qui se dit au secret de la pénitence est tellement sacré qu'il ne se doit pas dire hors d'icelle. Et quiconque demande si vous avez dit ce que vous avez dit avec le sceau très saint de la confession, vous lui pouvez hardiment et sans péril de duplicité dire que nenni : il n*y a nulle difficulté en cela. Une autre fois donc, demeurez ferme, et tenez pour non dit et totalement tu ce qui est couvert du voile sacramontal ; et cependant ne vous meltez nullement en scrupule, car vous n'avez point offensé le disant, bien qu'à l'aventure vous eussiez mieux fait le celant, à cause de la révérence du sacrement, qui doit être si grand, que hors icelui il ne soit rien mentionné de ce qui s'y dit. canfcsiions des 239. — « Nc VOUS troublez point de quoi vous ne remarquez ''*Sm!*^* pas toutes vos menues chutes pour vous en confesser. Non, car comme vous tombez souvent sans vous en apercevoir, aussi n'est-il pas dit, au passage que vous alléguez, que le juste se voit ou se sent tomber sept fois le jour, mais qu'il tombe sept fois : aussi il se relevé sans attention à ses relevées. Ne vous mettez donc pas en peine pour cela, mais allez humblement et franchement dire ce que vous aurez remarqué; et pour ce que vous n'aurez pas remarqué, remettez-le à la douce miséricorde de celui-là qui met la main au-dessous de ceux qui tombent sans malice, afin qu'ils ne se froissent point, et les relève sidoucement et si vilement, qu'ils ne s'aperçoivent pas, ni d'être tombés, parce que la main de Dieu les a recueillis en leurs'
chutes ; dî d'être relevés, parce qu'il les a retirés si soudain qu'ils n'y ont pas pensé.
« Pour écrire la confession, cela estindiSerent; et plusieurs n'approuvent pas qu'on écrive, c'est-à-dire aiment mieux qu'on s'accuse par cœur.
« Les conressions annuelles sont bien bonnes ; elles nous rappellent a la considération de notre misère, et nous font reconnaître si nous avançons ou reculons, nous font rafraîchir plus irivement nos bons propos ; mais il les faut faire sans inquiétude et scrupules, non tant pour être absoutes que pour être encouragées. Il n'est pas requis de faire si exactement l'examen, mais seulement de gros en gros. Si vous les pouvez faire de la sorte, je vous les conseille; si moins, je ne désire pas que vous les fassiez.
« J'ai trouvé en votre confession générale toutes les marques d'une vraie, bonne et solide confession, et que jamais je n'en avais reçu qui m'eût plus entièrement contenté. C'est la vraie vérité, et croyez qu'en telles occasions je parle fort purement. Que si vous avez omis quelque chose à dire, considérez si c'a été à votre escient et volontairement, car en ce cas-là vous devriez sans doute refaire la confession, si ce que vous auriez omis était péché mortel, ou que vous pensassiez à cette heure-là que ce le fût : mais si ce n'est que péché véniel, ou que vous l'ayez omis par oubliance et défaut de mémoire, ne doutez point; car, au péril de mon âme, vous n'êtes nullement obligé de refaire votre confession; mais il suffira de dire à votre confesseur ordinaire le point que vous avez omis. De cela j'en réponds. N'ayez pas crainte non plus de n'avoir pas apporté tant de diligence qu'il fallait à votre confession générale, car je vous redis fort clairement, et assurément, que si vous n'avez point fait d'omission volontaire, vous ne devez nullement refaire la confession, laquelle pour vrai a été très sufGsamment faite. Demeurez en paix de ce côté-là.
« N'oubliez pas de vous confesser tous les huit jours, et quand vous aurez quelque grand ennui de conscience.
240. — « Touchant la revue de votre état intérieur: 1* Pré- Préparations parez bien tout ce qui sera requis pour rendre ce voyage fruc- àiar«^"«c»* tueux, et tel que cette entrevue puisse suffire pour plusieurs ""gél^ai'e. années. 2^ Recommandez-le à Notre-Seigneur. 3"" Feuilletez tous
2e0 MANUEL DES CONFESSEURS.
les replis et voyez tous les ressorts de votre âme et considérez tout ce qui aura besoin d'être ou rhabillé ou remis. 4* Démon côté je présenterai à Dieu plusieurs sacrifices pour obtenir de sa bonté la lumière et la grâce nécessaires pour vous serviren cette occasion. 5"" Préparez une grande, mais je dis très grande et absolue confiance en la miséricorde de Dieu, puis en mon alTection : mais je sais que de cela la provision est toute faite. 6** S'il vous semble qu'à mesure que votre souvenance et votre considération vous suggéreront quelque chose il vous soit utile de le marquer avec la plume, je l'approuverai fort. VLe plus que vous pourrez apporter d'abnégation ou dlndifTérencede votre propre volonté, c'est-à-dire de désir et de résolution debieo obéir aux inspirations et instructions que Dieu vous donnera, quelles qu'elles soient, ce sera le mieux ; car Notre-Seigneur agit dans les âmes qui sont purement siennes et non préoccupées d'affections et de propre volonté. 8" Mais surtout gardez de vous inquiéter en cette préparation : faites-la doucemeol et en liberté d'esprit.
241 . — « Pour avoir omis quelque verset d'office ou quelque bîiécî. cérémonie, il n'y a qu'un péché véniel ; et quand la mémoire de telles fautes vous arrive après la confession, il n'est pas requis de retourner vers le confesseur pour aller à la communion; au contraire, il est bon de n'y pas retourner, mais le réserver a dire pour l'autre confession suivante, afin de le dire si on s en souvient.
« Cette grande crainte qui vous a ci-devant si cruelleineDt angoissé doit être désormais terminée, puisque vous avez toutes les assurances qui se peuvent avoir en ce monde d'avoir fort entièrement expié vos péchés par le saint sacrement de P^ditence. Non, il ne faut nullement révoquer en doute que les dépendances de vos fautes n'aient été suffisamment exprimées, cartons les théologiens sont d'accord qu'il n'est nullement besoin de dire toutes les dépendances ni les acheminements du péché. Qui dit : J'ai tué un homme, il n'est pas besoin qu'il ^'^e qu'il a tiré son épée, ni qu'il a été cause de plusieurs déplaisir* aux parents, ni qu'il a scandalisé ceux qui l'ont vu, ni qui' ^ troublé la rue en laquelle il a tué; car tout cela s'entend asseï sans qu'on le dise : il suffit seulement de dire qu'il a tué par colère, ou de guet-apens, par vengeance, qu'il était un homme
Des fautes ou-
simple ou ecclésiastique ; et puis laisser le jugement à celui qui récoute. Qui dit qu'il a brûlé une maison, il n'est pas requis qu'il dise ce qui était dedans par le menu, mais il suffit de dire s'il y avait des gens dedans, ou s*il n'y en avait pas. Demeurez toutàTait en paix ; vos confessions ont été bonnesjusqu à l'excès. Pensez désormais à votre avancement à la vertu, et ne pensez pas aux péchés passés, sinon pour vous humilier doucement devant Dieu et bénir sa miséricorde, qui vous les a pardonnes par l'application du divin sacrement.
« Cette bonne Ame que vous et moi chérissons tant me fait demander si elle pourra attendre la présence de son père spirituel, pour s'accuser de quelque point duquel elle n'eût point souvenance en sa confession générale, et, à ce que je vois, elle le désirerait fort. Mais dites-lui : Je vous supplie, que cela ne se peut en aucune façon ; je trahirais son âme si je permettais cet abus. Il faut qu*à la Gne première confession qu'elle fera, tout au commencement eile s'accuse de ce péché oublié (j'en dis de même s'il y en a plusieurs) purement et simplement, et sans répéter autre chose de sa confession générale, laquelle fut fort bonne ^.
« En partant, nonobstant les choses oubliées, cette âme ne se doit nullement troubler ; car la vérité est que le premier et principal point de la simplicité chrétienne gtt en cette franchise d'accuser ses péchés quand il en est besoin, purement et dûment, sans appréhender l'oreille du confesseur, laquelle n'est îipprêtée que pour ouïr des péchés et non des vertus, et des péchés de toutes sortes.
« Que donc hardiment et courageusement elle se décharge pour ce regard avec une grande humilité et mépris de soimême, sans avoir crainte de faire voir sa misère à celui par l'entremise duquel Dieu veut le guérir.
ce Mais si son confesseur ordinaire lui donne trop de honte ou d'appréhension, elle pourra bien aller ailleurs; mais je voudrais en cela toute simplicité, et crois que tout ce qu elle a à
< Des théologiens très respectables, tels que Bonaciiue et autres, soutiennent qu*oa peut attendre : 1** lorsque le délai n'est pas trop long et n'expose pas au danger d'oublier ; 2^ lorsque la confession n^est pas de précepte comme la con* annuelle ; 9" lorsqu'il n*y a pas de mort.
{Note du traducteur.)
dire est fort peu de chose en effet, et Tappréhension le fait paraître étrange. Mais dites-lui tout ceci avec une grande charité, et l'assurez que, si en cet endroit, je pouvais condescendre à son inclination, je le ferais très volontiers, selon le service que j*ai voué à la très sainte liberté chrétienne. Que si, après cela, à la première rencontre qu'elle fera de son père spirituel, elle pense retirer quelque consolation de lui manifester la même faute, elle le pourra faire; et, à ce que j'ai appris de sa dernière lettre, elle le désire ; et j'espère qu'il lui sera utile même de faire une conression générale de nouveau avec une grande préparation, laquelle néanmoins elle ne doit commencer qu'un peu auparavant son départ, de peur de s'embarrasser.
242. — « Il n'est pas besoin de dire en confession ces petites pensées qui comme mouches passent et viennent devant vos yeux, ni l'affadissement et dégoût que vous avez en vos vœux, car tout cela ne sont point péchés, mais ennuis, mais incommodités.
Ce qu'il faut dire « La rcvuc annucllc de nos âmes se fait, ainsi que vous l'endans les w- (endcz, pour le défaut des confessions ordinaires, qu'on supplée parcelle-ci pour se provoquer et exercer à une plus profonde humilité, mais surtout pour renouveler, non les bons propos, mais les bonnes résolutions que nous devons appliquer pour remède aux inclinations, habitud 's et autres sources de nos offenses auxquelles nous nous trouvons plus sujets.
« Il est vrai qu'il serait plus à propos de faire celte revue devant celui qui aurait déjà reçu la confession générale, afin que, par la considération et rapport de la vie précédente à la suivante, on pût mieux prendre les résolutions requises; en toutes façons, cela serait plus désirable. Mais les âmes qui, comme vous, n'ont pas cette commodité, peuvent prendre celle de quelque autre confesseur, le plus discret et sage qu'elles trouveront.
« Je dis qu'il n'est nullement besoin en votre revue de marquer particulièrement le nombre ni les menues circonstancesde vos fautes ; il suffit de dire en gros quelles sont vos principales chutes, quels sont vos premiers détraquements d'esprit, et non pas combien de fois vous êtes tombée, mais si vous êtes fort sujetle et adonnée au mal. Par exemple vous ne devez pas enquérir combien de fois vous êtes tombée en colère^ car peut-
TDe«.
être y aiirait-îl trop à faire: mais simplement dire si vous êles sujette à ce dérèglement; si, lorsqu'il vous arrive, vous y demeurez engagée longuement, si c'est avec beaucoup d*amerlunfie et de violence, et enfin quelles sont les occasions qui vous y provoquent h plus souvent; si c'est le jeu, la hautainelé, ou orgueil; si c'est la niélancolie, ou opiniâtreté (ce qui soit dit, par exemple) ; et ainsi en peu de temps vous aurez achevé To!re pelile revue, sans beaucoup tourmenter ni votre mémoire ni votre inisir.
« Il est constant que quelques chutes aux péchés mortels^ pourvu que ce ne Tût pas par dessein d'y croupir, ni avec un endurcissement au mal, n'empêchent pas que l'on n'ait fait progrès en la dévotion ; laquelle, bien que l'on la perde en péchant mortellement, on la recouvre néanmoins au premier véritable repentir que l'on a de son péché, même, comme je dis, quand on n'a pas longuement trempé au mal; de sorte que les revues annuelles sont extrêmement salutaires aux esprits qui sont encore peu faibles ; car si bien les premières résolutions ne les ont pas du tout affermis, les secondes et troisièmes les affermiront davantage; et enfin, h force de se résoudre souvent, on demeure toute fait résolu, et ne faut nullement perdre courage, mais avec une sainte humilité regarder son infirmité, s'accuser, demander pard(m, et invoquer les secours du Ciel.
243. — Cl Vous me diles maintenant que, lorsque vous avez suite, eu quelque grand sentiment de colère ou quelque autre tentation, il vous vient toujours un scrupule, si vous ne les confessez.
« J«^ dis qu'il faut le dire en votre revue, mais non pas par manière de confession, ou bien pour tirer instruction comme l'on s'y doit compoi ter. Je dis quand l'on ne voit pas clairement d'avoir donné consentement ; car si vous allez dire : Je m'accuse de quoi durant deux jours j'ai eu de grands mouvements de colère ; mais je n'y ai pas consenti ; vous dites vos vertus au lieu de dire vos défauts.
« Mais il me vient en doute que je n'y aie fait quelque faute. Il faut regarder mûrement si ce doute a quelque fondement. Peut-être qu'environ un quart d'heure durant ces deux jours^ vous avez été un peu négli^^ente à vous divertir de votre sentiment. Si cela est, dites tout simplement que vous avez été né-
gligente durant un quart d^heure à vous divertir d'un mouvement de colère que vous avez eu, sans ajouter que la tentalioa a duré deux jours, si ce n'est que vous le vouliez dire, ou pour tirer de rinslruclion de votre confesseur, ou bien pour ce qui est de vos revues ; car alors il est bon de dire. Mais pour les confessions ordinaires, il serait mieux de n'en point parler, puisque vous ne le faites que pour vous satisfaire ; et si bien il vous en vient un peu de peine ne le faisant pas, il la faut souffrir comme une autre à laquelle vous ne pourriez pas mettre remède. Dieu soit béni ^.
« C'est de même des redditions de compte comme de la confession. Il faut avoir une égale simplicité en Tune comme en l'autre. Or, dites-moi, faudrait-il dire : Si je me confesse de telle chose, que dira mon confesseur, ou que pensera-t-il de moi? Nullement : il pensera et dira ce qu'il voudra, pourvu qu'il m'ait donné l'absolution, et que j*uie rendu mon devoir, il me suffit: et comme après la confession il n'est pas temps de s'examiner pour voir si on a bien dit tout ce qu on a fait, mais c'est le temps de se tenir attentif auprès de Notre-Seigneur en tranquillité, avec lequel nous nous sommes récouciliés, et lui rendre grâces de ses bienfaits; partant, nullement nécessaire de faire la recherche de ce que nous pourrions avoir oublié : de même en est-il après avoir rendu compte. Il faut dire tout sim* plement ce qui nous vient; après il n'y faut plus penser.
« Mais aussi, comme ce ne serait pas aller à la confession bien préparé de ne vouloir pas s'examiner, de crainte de trouver quelque chose digne de se confesser ; de même il ne faudrait pas négliger de rentrer en soi-même avant la reddition de compte, de peur de trouver quelque chose qui ferait de la peine à dire. Il no faut pas aussi être si tendre à vouloir tout dire, ni recourir aux supérieurs pour crier holà à la moindre petite peine que vous avez, laquelle peut-être sera passée dans un quart d'heure.
« Il faut bien avoir à souffrir un peu généreusement ces petites choses, auxquelles nous ne pouvons mettre remède, étant des productions pour l'ordinaire de nitre nature imparfaite ; comme sont ces inconstances d'humeur, de volontés, de désirs, qui produisent tantôt un peu de chagrin, tantôt une envie de
1 Entretien V.
parler, et puis tout à coup une aversion grande de le faire, et choses semblables, auxquelles nous sommes sujets, et le serons tant que nous vivrons en cette vie périssable et passagère *.
244. — « Je voudrais qu'en la confession on portât un grand Répondre à ces honneur aux confesseurs ; car (outre que nous sommes fort obli- ^^»«''">««"«'»gés d'honorer le sacerdoce) nous les devons regarder comme des anges que Dieu nous envoie pour nous réconcilier avec sa divine bonté : et non seulement cela, mais encore il les faut regarder comme lieutenanls de Dieu en terre ; et partant encore qu'il leur arrivât quelquefois de se montrer hommes, commettant quelques imperfections, comme demandant quelque chose curieuse qui ne serait pas de la confession ; comme serait vos noms, si vous faites des pénitences, pratiquez des vertus, et quelles elles sont, si vous avez quelques tenlalions, et choses semblables, je voudrais répondre selon qu'ils le demandent, bien qu'on n'y soit pas obligé ; car il ne faut point dire qu'il ne nous est pas permis de leur dire autre chose que ce dont vous vous êtes accusée. Oh! non, jamais il ne faut user de cette défaite, car cela n'est pas vrai : vous pouvez dire tout ce que vous voudrez en confession, pourvu que vous ne parliez que de ce qui regarde votre particulier, et non pas de ce qui concerne le générai de vos sœurs.
« Que si vous craignez de dire quelque chose de ce qu'ils vous demandent, de peur de vous embarrasser, comme serait de dire que vous avez des tentations ; si vous appréhendez de les dire, au cas qu'ils les voulussent savoir parle menu, vous pourrez leur répondre : J'en ai, mon père ; mais, par la grâce de Dieu, je ne pense pas y avoir offensé sa bonté; mais jamais ne dites qu'on TOUS a défendu de vous confesser de ceci ou de cela. Dites à la bonne foi à votre confesseur tout ce qui vous fera de la peine, si vous voulez ; mais de rechef je vous dis, gardez- vous bien de parler ni du tiers ni du quart.
« Nous avons quelque réciproque obligation aux confesseurs en l'acte de la confession, de tenir caché ce qu'ils nous auront dit, si ce n'était quelque chose de bonne édiQcation ; et hors de là, il n'en faut point parler.
i> S'il arrive qu'ils vous donnent quelque conseil contre vos
« Entretien XIV.
règles et votre manière de vivre, écoutcz-Ies avec humililé el révérence, et puis vous ferez ce que vos règles peraietlront, et rien de plus.
« Les confesseurs n'ont pas toujours inteîition de vous obliger sous peine de péché ace qu'ils vous disent ; il faut recevoirleurs conseils par manière de simple direclion. Estimez cependaiit beaucoup et faites grand état de tout ce qui vous sera dilea confession, car vous ne sauriez croire le grand proût qu'il y a en ce sacrement pour les âmes qui y viennent avec riiuiuililé requise.
a S'ils vous voulaient donner pour pénitence quelque chose qui fût contre la règle, priez-les tout doucement de changer cette pénitence en une autre, d'aulant qu'étant conlre les règles, vous craindriez de scandaliser vos sœurs si vous le faisiez.
Cl Jamais il ne faut murmurer contrôle confesseur. Si, parson
défaul, il vous arrivait quelque chose en confession, vous pourriez dire tout simplement àlasupérieure que vousdésirerirz bien,
s'il lui plaisait, de vous confesser à quelque autre, sans dire attire chose ; car, ainsi faisant, vous ne découvririez pasTimperf^^ lion du confesseur, et vous aurez la commodité de vousconfesser à votre gré. Mais ceci ne se doit pas faire a la légère el pour des causes de rien : il faut éviter les extrémités ;car, corameil n'est pas bon de supporter des notables défauts en la confession, aussi ne faut-il pas être si délicates qu'on n'eu puisse supporler quelques petits.
245. — « Je voudrais fort que les sœurs prissent un grand soin le» péchés, jg particulariser leurs péchés en confession ; je veux dire qu^ celles qui n'auront rien remarqué qui fût digne de Tabsoluiion disent quelque péché particulier; car de dire qu'on s'accuse d'avoir eu plusieurs mouvements de colère, et ainsi des aulreSf cela n'est pas à propos ; car la colère et la tristesse sonld^ passions, et leurs mouvements ne sont pas péché, d'aulant qu" n'est pas en notre pouvoir de les empêcher.
« Il faut que la colère soit déréglée, ou qu'elle nous por'^*
des actions déréglées pour être péché. Il faut donc parlicul»'
riser quelque chose qui porte péché.
Simplicité dans 246. — « Jc voudraisbicu, de plus, que l'on eût un grand sou»
la confession, (j'êtrc bien véritable, simple et charitable eu la confession (v<în-
table et simple est une même chose), dire bien clairement se^
Varticttlariser
fautes sans fard, sans artifices, faisant attention que c'est à Dieu que nous parlons, auquel rien ne peut être celé.
« Charitable, ne mettant aucunement le prochain en votre confession. Par exemple, ayant à vous confesser de quoi vous avez murmuré en vous-même, ou bien avec les sœurs, de ce que la supérieure vous a parlé trop sèchement, n'allez pas dire que vous avez munnuré de la correction trop brusque qu'elle vous a faite, mais simplement que vous avez murmuré contre la supérieure.
« Dites seulement le mal que vous avez fait, et non pas la cause, et ce qui vous y a poussé. Jamais ni directement ni indirectement ne découvrez le mal des autres en accusant le vôtre, et ne donnez jamais sujet au confesseur de soupçonner qui c'est qui a contribué au péché.
« N'apportez aussi aucune accusation inutile en la confession. Tous avez eu des pensées d'imperfection sur le prochain, des pensées de vanité, voire même de plus mauvaises ; vous avez eu des distractions en vos oraisons : si vous vous y êtes arrêtée délibérément, dites-le, à la bonne foi, et ne soyez pas contente de dire que vous n'avez pas apporté assez de soin à vous tenir récolligée durant le temps de Toraison. Mais si vous avez été négligente à rejeter une di4raction, dites-le; car ces accusations générales ne servent de rien à la confession.
247. — « Il ne faut pas être si tendre à se vouloir confesser Tristesse reqaiM de tant de menues imperfections, puisque même nous ne som- ***i^'*"" mes pas obligés de nous confesser des péchés véniels, si nous ne voulons pas; mais quand ou s'en confesse, il faut avoir la volonté résolue do s'en amender, autrement ce serait un abus de s*en confesser.
ce II ne faut pas non plus se tourmenter quand on ne se souvient pas de ses fautes pour s'en confesser; car il n'est pas croyable qu'une âme qui fait souvent son examen remarque bien, pour s'en ressouvenir, les fautes qui sont d'importance pour tant de petits légers défauts. Vous en pouvez parler avec Notre-Seigneur toutes les fois que vous les apercevrez : un abaissement d'esprit, un soupir suffit pour cela.
« Yous demandez comment vous pourrez faire voire acte de contrition en peu de temps. Je vous dis qu'il ne faut presque point de temps pour le bien faire, puisqu'il ne faut autre chose
SlOll.
que se prosterner devant Dieu en esprit d'humilité et de repenlance de l'avoir offensé *.
(( La tristesse de la vraie pénitence ne doit pas tant être nommée tristesse que déplaisir, ou sentiment et détestation du mal ; tristesse qui n'est jamais ni ennuyeuse ni chagrine ; tristesse qui n'engourdit point Fesprit, qui le rend prompt et diligent; tristesse qui n'abat point le cœur, mais le relève par la prière et l'espérance, et lui fait faire les élans de la ferveur de dévotion : tristesse laquelle, au fort de son amertume, produit tou* jours la douceur d'une incomparable consolation, suivant le précepte du grand saint Augustin : Que le pénitent s'attriste toujours, mais que toujours il se réjouisse de sa tristesse.
<( La tristesse, dil Gassian, qui opère la solide pénitence, de laquelle on ne se repent jamais, est obéissante, affable, traita ble, débonnaire, souefve, patiente, comme étant issue et descendue de lu charité; de sorte que, s'éteudantà toute douleur de corps et contrition d'esprit, elle est, en certaine façon, joyeuse, animée et revigorée de l'espérance de son profit ; elle retient toute la suavité de l'aiTabilité et longanimité, ayant en ellennéme les fruits du Saint-Esprit, qui sont la charité, joie, paix, longanimité, bonté, bénignité, foi, mansuétude, continence.
«Telle est la vraie pénitence, et telle est la bonne tristesse, qui certes n'est pas proprement triste ni mélancolique, mais seulement attentive et affectionnée à détester, rejeter et empêcher le mal du péché, pour le passé et pour l'avenir'. » ATec les sourds ^48. (Saint Alphonse, n~ 98-100, 104 et 105.) — S*il vous tt les mueu. vicut uu péuitcut qui ne soit pas seulement sourd, mais encore muet, ce qui arrive d'ordinaire, il faudra, pour le confesser, vous retirer dans un lieu écarté, afin d'obtenir quelque signe de ses péchés et de sa contrition le mieux que faire se pourra. Hais vous ferez bien de vous informer d'abord des personnes avec lesquelles il vit, de quelqu'un de ses vices et de la manière de s'en faire comprendre et de le comprendre lui-même. Si vous parvenez à connaître quelqu'un de ses péchés en particulier, avec le signe du repentir, vous lui donnerez l'absolution. Mais je l'absoudrais toujours sous condition, si je n'avais pas une certitude morale de ses dispositions. Si le muet sait écrire, je
« Entretien XVm. — • Théot., Uv. XI, chap. xxr.
suis d'avis qu'il est obligé de se confesser par écrit ^ ; car celui qui est tenu à la fin est tenu aux moyens ordinaires. Je dis ordinaires, parce que récriture ne serait pas pour le muet un moyen ordinaire s'il devait lui en coûter beaucoup de peine pour écrire sa confession, ou s'il y avait danger de manifestation.
249. — S'il se présentait au confessionnal une femme sourde suite. ou qui entendît difficilement, surdastra, et que vous vinssiez à vous en apercevoir en l'interrogeant, on demande si vous pouvez lui dire à haute voix de revenir dans un temps et dans un lieu convenables. Ce cas se présente souvent dans les missions, et donne bien de l'inquiétude aux pauvres missionnaires. Je réponds que, si le confesseur s'aperçoit de la surdité au commencement de la confession, il peut alors lui dire librement qu'elle revienne. Mais s'il ne s'en aperçoit quedans le cours de la confession, en voyant que la pénitente ne répond pas pertinemment à ses questions, dans ce cas, il ne peut lui dire tout haut de revenir, parce qu'il donnerait lieu de penser aux personnes qui entourent le confessionnal, qu'elle s'est confessée de quelque faute grave ou du moins gravement douteuse. Ainsi, la pénitente se fùl-elle accusée de quelque péché mortel, donnezlui l'absolution, si vous la trouvez disposée; autrement, absolvez-la sous condition. En eifet, pour ne pas violer le sceau sacramentel, vous ne pouvez lui dire de retourner, et vous ne pouvez pas non plus vous assurerde ses dispositions ; imposez-lui une pénitence légère, puisque, à raison de sa surdité, vous êtes obligé de parler de manière à être entendu des autres personnes '.
250. — Si vous êtes appelé auprès de quelqu'un de ces pau- atoc lei con- \ res malheureux condamnés à mort, ayez soin de le traiter avec ***™"** toute sorte de charité et de patience. Dès votre première visite, donnez-lui à entendre que la mort est une grâce que Dieu lui fait, parce qu'il veut son salut. Dites-lui que nous devons tous mourir, et cela bientôt, pour entrer dans l'éternité, qui n'a point de fin. Parlez-lui ensuite de la vie bienheureuse des saints et de la vie malheureuse des réprouvés. Exhortez-le à remercier le Seigneur, qui a bien voulu l'attendre jusqu'à ce moment, au lieu de le faire mourir lorsqu'il était dans l'état du péché. Enfin
« Lib. VI, n. 471; V. Ç ar. -^ » Lib. \\, n M^.^ . V. Petep.
HANVEL DBS CONFISSEORS. ?|
engagez-le à accepter la mort en union avec celle que le Sauveur endura pour son annour. Ranimez son courage en lui disant que, s'il accepte la mort, il est sauvée et sauvé avec un immense mérite dont il recevra la récompense dans le paradis. Engagez-le ensuite à se confesser et à dire sans crainte tous ses péchés. Demandez-lui en particulier s'il ne conserve point sur lui de particules consacrées d'huile béniteou d'écriture superstitieuse. Demandez-lui encore s'il n'a point de pacte avec le démon, etc. Après lui avoir donné l'absolution, ayez soin de le faire communier plusieurs fois, en lui disant de se recommander souvent à la sainte Vierge, afin qu'elle l'aide à faire une bonne mort.
En sortant de prison avec la justice, dites-lui : Maintenant^ mon fils, suivons Jésus-Christ, qui est monte' au Calvaire afinde mourir pour vous. Arrivé au lieu du supplice, réconciliez-le et absolvez-le de nouveau en lui faisant gagner quelque indulgence, dites-lui : Consolez'vous^vous êtes dans la grâce de Dieu, déjà les portes du ciel sont ouvertes pour vous recevoir ; là vous attendent Jésus-Christ et sa sainte Mère. Unissez votre mort à celle duSauveur, qui estmort pour T amour de vous au milieu des humiliations et des tourments. Vous r aimez, n'est-ce pas ? Dites donc avec moi : Seigneur, je vous aime par-dessus toute chose, ftzccepte la mort pour accomplir votre sain le volonté :Je r accepte pourexpiermespéchés,Tespèrequevousm'avezpardonné.Jeme repens de nouveau des offenses que je vous ai faites. Je désire de meréunirbientâtàvousdansleparadis,pourvousaimerpendant toute l éternité. Lorsqu'on lui bande les yeux et qu'il monte à réchelle, dites-lui : Mon fils, dites à la sainte Vierge de venir à votre secours. Acceptez la mort pour vos péchés. Protestez que vous ne voulez consentir à aucune tentation du démon. Lorsqu'il est sur l'échelle et que la justice va s'accomplir : Voilà le Sauveur qui ouvre les aras pour tous recevoir; dites : Seigneur, je vous ai offensé, je me repens ; je vous aime de tout mon cœur, Dieudemon âme,vousm'appdez,voiciquejevais. SainteMarie, aidez-moi; mon Père, je vous donne mon cœur et mon âme. Suite. 251 . — Si le condamné refuse obstinément de se confesser ;
1"* priez pour lui et recommandez-le aux prières des autres, surtout des communautés religieuses, afin qu^on vienne à son secours par des messes, des litanies, etc. ; 2"* dites au condamné que, soit qu'il se confesse ou non, la justice aura également son
cours ; 3*demaDdez-lui s'il se désespère parce quMl a donné son âme au démon : dans ce cas, dites-lui bien qu'un pareil pacte est sans valeur^ parce que Tàme appartient à Dieu, et que, s'il rétracte sa mauvaise volonté, Dieu lui pardonne tous ses péchés ; 4*" si c'est la haine qu'il conserve contre quelqu'un qui cause son obstination. Dans vos premières visites, prenez garde de l'importuner pour qu'il se confesse, car il pourrait faire encore pis : il vaudra mieux lui parler de la miséricorde de Dieu, du bonheur du paradis, des peines de l'enfer et de la mort à laquelle nous sommes tous condamnés. Racontez-lui quelque exemple de pécheurs morts dans Timpénitence^ ou de condamnés morts en saints. Tel était ce condamné qui mourait inno* cent, et qui, interrogé pourquoi il n'avait pas démontré son innocence, répondit : Comment? faidemandéà Dieupendant bien des ann ées la grâce de mourir dans les humiliations comme Notre- Seigneur; f ai obtenu ce que je demandais y et vous auriez voulu que je perdisse une si belle occasion? Dans ces sentiments il marcha gaiement à la mort.
Laissez-le ensuite à ses réflexions. Puis, vous retournerez pour voir s'il est changé, et vous lui direz : Mon /î/s, la mort approche : que voulez-vous faire? C^est à vous de choisir le paradis ou t enfer. Songez que^ si vous mourez dans Pimpénitence, vous vous en repentirez pendant toute r éternité^ et votre malheur sera saiis ressource. Si vous le voyez encore endurci, faites réciter pour lui par les assistants les litanies de la sainte Vierge ; jetez-vous à ses genoux en le suppliant de ne pas se perdre. Si vos paroles le laissent insensible, adressez-vous à votre crucifix; enfin si le condamné est arrivé au lieu du supplice, dites au peuple de se mettre à genoux et de prier pour cet obstiné.
Il peut encore être utile de l'épouvanter en lui disant: Va, maudit^ en enfer, puisque tu veux te damner. Sache que ton plus grand supplice sera d'avoir abusé de ces derniers moments que Dieu te donne pour te convertir. Mais hâtez-vous de reprendre sur le ton de la douceur. Si le patient, aiTivé sur l'échafaud, demande à se confesser, priez les ministres de la justice de lui permettre de descendre; car, dans ce cas, ils sont obligés de lui donner le temps de se confesser. Je parle de celui qui ne se serait pas encore confessé. S'il était déjà confessé, vous lui feriez faire un acte de contrition en lui disant qu'il se confesse bien
de tous ses péchés, surtout de ceux qu'il vous a déjà dits, puis vous lui donneriez l'absolution.
condniic de 252. (Vie de saint François de Sales, par le P. Talon, p. 86
saint I-rançois de . . 0 . »* •* n* j
.aies. et suiv. ) — Coudult par ce zèle charitable qui était 1 arae de sa vie, saint François de Sales recherchait toutes les occasions d« faire connaître Dieu et de porter toutes les créatures à Taimer. Pour cela, il allait souvent dans les prisons. Un jour un de ses amis le trouve qui entrait dans un cachot; il demanda cequ'ily allait faire. Notre saint le prit par la main, et lui dit en riant: « Allons, Monsieur, allons nous faire prisonniers de Jésus- Christ. » Celui-ci lui répondit qu'au moins il attendit un pen jusqu'à ce qu'on leur eût apporté de la lumière ; alors ce bon prélat alla lui-même au-devant de ceux qui lui en apportaient. et prit le flambeau en sa main. Quelqu'un le supplia de le donner à un laquais qui le suivait, mais il lui dit qu'il s'en garderait bien, et que peut-être cette lumière lui servirait pour faire mieux connaître Dieu à tous ces pauvres prisonniers qu'il allait visiter.
Mais, certes, ses paroles et ses actions répandaient une lumière et une clarté plus pénétrante que tous les flambeaux; car, quand il exhortait ces pauvres gens, il se mettait à genoux à leurs pieds, il pleurait avec eux, il essuyait leurs larmes, il vidait en leur faveur toute sa bourse, il leur donnait à boire et a manger, comme une bonne mère eût pu faire à ses enfants; w ensuite, ayant gagné leurs cœurs, il leur faisait faire des confessions et des actes d'une résignation si grande et t.i généreuse, qu'on en a vu souvent qui, étant condamnés à la mort, demandaient qu'on accrûtleurs supplices et qu'on redoublât leurs tourments, pourvu, disaient-ils, que M. de Genève voulût prendrez peine de les accompagner jusqu'à la mort. Ce qu'il faisaitavec tant de douceur, tant de zèle et tant de charité, que tout le peur y accourait comme à un sermon, et souvent plusieurs desassistants l'allaient prier, au sortir de là, de les entendre en confession, et disaient hautement qu'ils seraient bien heureux sis pouvaient espérer à la fin de leur vie d'avoir un tel consolai* et un homme si plein de charité et de dévotion.
C'était aussi l'un de ses exercices d'aller aux hôpitaux et dan les maisons particulières, pour servir les pauvres malade pour leur apprendre à mourir saintement. Dieu lui avait don
MANUEL DES GOiNFESSEURS. 273
pour cela une grâce si extraordinaire, qu'à l'entendre seulement on était consolé. Une fois entre autres on le supplia d'assister un homme qui était comme désespéré^ et qui ne voulait entendre parler ni de confession ni de médecin. Il se hâta d'y aller, et d^ahord que cet homme aperçut notre saint, il lui dit : Ah! Monsietar^ hélas ! que n'êtes-vous venu pltisldtlEi ensuite, sortant du lit et se jetant à ses genoux, il les embrassa fortement, et le pria de ne point le quitter ; ce que le saint lui ayant promis, ce pauvre homme reprit ses esprits ; il reçut de sa main tous les sacrements, et mourut paisiblement ! Ses dernières paroles furent : Ah ! que Dieu soit béni qui me fait la grâce de mourir entre les bras de mon bon frère et de mon bon évêque.
253. — Son secret était, en semblables rencontres, et même suite. avec ceux qu'il conduisait au supplice, de leur gagner premièrement le cœur; secondement de leur faire voir doucement, et en peu de paroles, l'importance de se bien préparer, et l'état où ils allaient être après la séparation de leurs corps; troisièmement, il insistait sur quelque acte de foi qu'il s'efiorçait de leur faire prononcer du fond du cœur, comme étant un point d'où dépendait leur salut; quatrièmement, si c'étaient des personnes qu'on eût condamnées à mort, il leur proposait lui*même la situation d'une âme en même état que la leur, afin que par ce moyen leur confession fût plus aisée, et qu'insensiblement il apprit l'état de leur conscience ; ce qui étant fait il les aidait en tout ce qu'il pouvait. Ensuite, les embrassant tendrement et les tenant entre ses bras ou sur son sein, il leur disait : « Ëh bien ! voilà le ta- « bleau de la vie que vous avez menée ; en vérité ne voudriez- « vous pas qu'elle lût plus pure et plus innocente, et n'avoir a jamais fait cela et cela? Ah I que Dieu est bon I en vérité, ne c( niourriez-vous pas plutôt que de le faire, si vous aviez à re- « commencer votre vie? Ah I je vous connais maintenant trop « bien, je répondrais corps pour corps et âme pour âme pour « vous. Courage donc I mes bons amis, hélas ! de ce moment dé- « pend toute une éternité ; courage donc, donnons-nous tous à « Dieu; jurons-lui ensemble une inviolable fidélité. Eh bien! « n'acceptez-vous pas votre supplice de bon cœur, et ne douce neriez-vous pas dix mille vies, si vous les aviez, pour expier « vos péchés ? Le dites- vous de tout votre cœur? Voyez-vous « bien, mes chers enfants, tout autant d'hommes que vous voyez
<( seront autant de témoins ou pour vous ou contre vous^ et moî- « même qui vous aime si tendrement^ oui, moi-même, je m*é- « lèverai contre vous : mais non, ce sera plutôt pour vous; car « je vois bien que vous êtes tout à Dieu, que vous n'aimez que « lui, que vous détestez votre vie passée, que vous lui offrci « votre mort, et que vous vous consacrez à lui pour une éter- « nité. Eh bien ! quittons tout de bon cœur, pères, mères, en- « fants, amis, pour son amour. » Enfin il leur persuadait de demander pardon, même à ceux qui pouvaient avoir été la cause de leur mort.
AToc ceux qui 254. (Saint ALPHONSE , n~ 106-109.) — Il en est que le démon ""* i*T^*°n^ tourmente par des visions épouvantables, par des afflictions cor- ^" ' porelles, des coups, des douleurs, etc. Le remède est facile ; re-
commandez-leur la prière, la patience, et surtout la résignation à la volonté de Dieu. Ne soyez pas tellement incrédule que vous regardiez toutes ces invasion s ou infesta tionsàes marnais esprits, comme des illusions ou des infirmités; car on ne peut nier qu'il n*y ait de véritables possessions, même parmi les chrétiens. C'est pour cela que TËglise a établi de nombreux exorcismes qui, suivant le concile de Trente, ont toujours été en iisage dans rÉglise *. Ajoutez que, s'il n'y avait ni possession ni obsession, c'est en vain qu'on aurait établi Tordre d*exorciste, qui donne pouvoir sur les énergumènes et les catéchumènes. Or, cet ordre est certainement un des sept qui ont toujours existé dans TÉglise de Dieu, comme l'enseigne encore le concile de Trente *. Du reste, il est de la prudence de suspecter toujours ces sortes d'invasions ; car on ne peut nier que la plupart ne soient ou des impostures, ou des illusions, ou des infirmités, surtout dans des femmes.
iKi^, 255. — Qui tamen magis soient confessariorum mentem gra-
vioribus difficultatibus implicare, suntiiquiturpibusvisionibus, . motibus, ac etiam tactibus vexantur a daemone, qui non solum, fomitemsensualem excitât, sed oliquando etiam cum eis carnale commercium sub forma viri aut mulieris habet, quapropter «/cafbusy velmcwiM5appellalur. Quidam hosdaemones incubos,vel s .ccubos dari negarunt; sed communiter id affirmant auclores, ul Marlinus Deirio'; P. Hieronymus Mcnghi *; cardinalis Pe-
1 Trid., sess. 23, c. n, — ' Ibid, — ' In opère disquis. magie. — * lib. 1, VI, XV.
trucci *; et Sixlus Senensis ^. Et hoc maxime confirmât S. Augastinus' ubi sic scribit : Apparuisse hominibus migelos m talibus corporibus^ ut non solum videriy verum etiam tangi possunty verissima scriptura testatuVj et multos, quos vulgo incubas vocanty improbos sxpe exstitisse mulieribus, et eat^m appetissey ac peregisse concubitum. Quosdam dœmones hanc aâidueimmunditiam, et tentare et efficere^ plures talesqueviri asseveranty ut hoc negare imprudentia videatur. Equidem possunt daemones ad hune improbum usum defunctorum corpora assumere, vel de doyo sibi assumere ex aère et aliiselementis ad carnis similitudinem, ac palpabilium et calidonim corporum bumanonim species effingere, et sic ea corpora ad coifum aptare :imo tenetpraefatusDelrio, citans D. Thomam,D. Bonaveot., Scotum, Abulens, aliosque plures, quod dœmon potest eliam verum seroenafferrealiuDde acceptum, naturalemqueejus emissionem imitari, et quod ex hujusmodi concubitu vera proies possit nasci, cum Taleat dœmon illud semen accipere, puta a viro in somno poUulionem patiente, et prolificum calorem conservandOy illico in matricem infundere; quo casu proies illa non erit quidem filia daBmonis, sed illius cujus est semen, ut ait D. Thomas apud citatum auctorem. An autem, inspectis legibus a divina Providentia constitutis pro propagatione generis humani, haec aliquando evenisse aut evenire posse credendum sit, sapientiorum judicio rcmittimus.
Hic autem fit dubium, an possit dœmon, permittente Deo, absque hominis culpa manus illius admovere ad se tactibus pollendum ? Affirmât Pater Gravina dominicanus, et quidem probabiliter; si enim valet dœmon totum corpus alicujus movere, ut narratur de Simone mago, ope dœmonis in aerem sublato, cur non poterit etmanum? Prœterea si dœmon potest alicujus cornmovere linguam ut invitus proférât obscena verba, aut blasphe* mias contra Deum, quidni manus ut turpia patretur? idem sentit Cardin. Petrucci ^, ubi sic inquit : Non semel compertum fuisse quodd^mion aliquampartem inhvmano corpore cœperitquodammodo possidere^ puta oculos, linguam vel etiam veretida. Bine fit^ linguam obscenissima verba proferre^ licet mens talia
1 Epist. part XL, lib. U, opusc. 5, c. xv, n. 5. — * Lib. Y, Bibl. sacr. annot., 77, ex S. Cypr., S. Just., TertulL, etc. — • Lib. XV, De CMt. Dei\ c. xxiii. — ^ Ub. VI, n. 8.
tune non advertat.Hincimpetusetaffectus quandoqueseturpiter denudandiprovenitm t . Bine fœdiora quœ me eonseriberep udei * . Suite. 256. — Si donc il se présente jamais un pénitent tourmenté
de cette espèce de tentation par Tennemi que TÉglise appelle esprit de forfiieation et qu'elle prie particulièrement le Seigneur d'éloigner de nous, vous devez mettre tous vos soins à le fortiQer dans un si terrible combat. En effet, dit le cardinal Petrucei ^, ces sortes de personnes sont en grand danger, si elles ne sont soutenues par des remèdes très forts et quelquefois même extraordinaires. La chose est facile à concevoir : il faut, pour résister, une grâce puissante de la part de Dieu, et une grande violence de la part du patient. Il sortira donc difficilement vainqueur d'une semblable lutte, s*il n'use avec persévérance d'une grande mortification, et par<dess(is tout de beaucoup de prières^ se recommandant mille et mille fois à Noire-Seigneur et à la sainte Vierge, les suppliant par ses pleurs et ses gémissements d'avoir compassion de lui. Autrement, s'il se relâche, s'il manque à la prière ou à la mortification, dit le cardinal nommé plus haut, il court le plus grand danger de tomber, au moins indirectement, dans quelque complaisance secrète pour ses délectations contraires à la pureté.
Donc, pour en venir aux remèdes, si vous pouvez juger que ce n'est nullement de la faute du pénitent, exhortez-le d'abord à recourir à la prière en invoquant souvent les saints noms de Jésus et de Marie. Ensuite, éngagez-le à s'éloigner le plus qu'il pourra des plaisirs des sens ; à fréquenter les sacrements ; à protester souvent qu'il ne veut jamais consentira aucune suggestion ou délectation dont le mauvais esprit pourrait lui faire sentir les atteintes ou les attraits; à se fortifier souvent du signe de la croix, en la poirtant même sur lui ; à jeter de Teau bénite sur son lit et dans sa chambre ; à porter sur lui quelque
< Saint Alphonse dit avec raison que l'action palpable des démons n'a pas cessé, même chez les chrétiens. Depuis trop longtemps on a cm et même enseigné à peu près le contraire. L'expérience du saint ministère nous a permis de constater, surtout depuis environ douze ans, que tous les rapports du démon avec l'homme, signalés dans les Pères et dans les anciens théologiens, ne sont ni des chimères ni des faits surannés, sans analogues dans le présent : que le confesseur ait Tœil ouvert sur ce point, et qu'il lise avec attention la note placée à la fin du.^/nu^/, afin d'éloigner ses pénitents des pratiques ténébreuses que nous indiquons. (Note du traducteur.)
î iib. VI, n. 6 et 9.
relique et TÉvangile de saint Jean ; à se prémunir par des exorcismes particuliers, en disant : Vilawe bête^aunomde Jésus- Christ, je f ordonne de f éloigner de moi, et de ne pins me tourmenter ; enfin, exhortez-le à faire souvent des actes d'humilité intérieurs et extérieurs, car le Seigneur permet quelquefois ces sortes de tentations pour guérir Tàme d'un orgueil secret.
257. — Mais une difficulté plus grande, c'est de guérir le pé- suite. nitent qui consente ces actions ou qui même les recherche. Il est difficile que les pénitents de ce caractère se convertissent sincèrement; d'une part, le démon a acquis un certain empire sur leur volonté, et, d'autre part, ils sont faibles pour résister. Ils auraient besoin d'une grâce extraordinaire que Dieu n'accorde que très difficilement à de pareils scélérats. Toutefois, si vous en rencontrez quelqu'un, ne perdez pas confiance. Traitezle avec la plus grande charité, ranimez son courage, en lui disant que là où il n'y a pas de volonté, il n'y a pas de péché : que, toutes les fois qu'il résiste, il ne pèche pas. Commencez par fiîire contre le démon au moins l'exorcisme privé. Il est cer- I i.nment permis* en cette manière : Ego, ut ministerDei, lœcipio tibij aut vobisyspiritas immwidi, ut recedatis ab hac creatura Dei.
Demandez ensuite au pénitent s'il n'a jamais invoqué le démon, ou fait quelque pacte avec lui; s'il a renié la foi, ou fait quelque action qui lui soit contraire. Demandez-lui sous quelle fonne le démon lui apparaît, si c'est sous la forme d'un homme, d'une femme, d'une bête, ou de quelque créature ; parce qu'alors au péché contre la chasteté et contre la religion, il joindra le péché de fornication, ou de sodomie, ou d'inceste, d'adultère, ou de sacrilège affectifs. Demandez-lui en quel lieu et en quel temps il a eu un semblable commerce. Vous lui montrerez ensuite toute l'énormité de sa faute; vous l'engagerez à se convertir sincèrement et à faire une confession bien entière, car ces sortes de pénitents cachent facilement leurs péchés.
Enfin, vous lui indiquerez les mêmes remèdes marqués plus haut : recourir souvent à Dieu et à la sainte Vierge ; prononcer souvent le nom de Jésus et de Marie; faire usage de l'eau bénite et du signe de la croix; porter sur lui quelque relique et le livre
« N. 103, De adjur., U)., n. 4,
des Évangiles; enfin, faites souvent l'exorcisme privé, comme nous avons dit ci-dessus. Vous lui différerez Tabsolution ; mais vous rengagerez à revenir souvent pour voir comment il résiste aux assauts du démon et comment il use du remède. Vous ne lui donnerez l'absolution qu'après une longue épreuve, parce qu'en celte matière, ainsi que nous l'avons dit, il est rare que les conversions soient vraies, et il est très rare qu'elles soient persévérantes.
ARTICLE m.