BONNES ŒUVRES QU'ELLES DOIVENT PRATIQUER
286. — Voici ce que vous devez remarquer au sujet de la raor- MonincatioD. tification. Lorsque les âmes commencent à se donner à Dieu, le Seigneur a coutume de les attirer par des consolations plus sensibles. Dans cette première ferveur elles voudraient se tuer par les disciplines, les cilices, les jeûnes et les autres exercices afQictifs. Vous devez par conséquent vous montrer très réservé à leur accorder de semblables mortifications. Car, le moment de la sécheresse arrivant, comme il arrive d'ordinaire, il est dangereux que l'âme, privée de la ferveur sensible, laisse aussi toutes les mortifications, et que, tombant dans le découragement, elle quitte l'oraison et même la piété comme des choses qui ne sont pas faites pour elle, et qu'ainsi elle perde tout. Quelquefois aussi celte ferveur conduit les personnes qui commencent à des indiscrétions qui les font tomber malades; alors, pour se guérir, elles abandonnent tous leurs exercices de piété au grand danger de ne pas les reprendre.
Yotre premier soin sera donc de les affermir dans la vie spirituelle. Ensuite, suivant les circonstances de santé, d'emplois et de ferveur, vous leur permettrez quelques mortifications cor-
porelles. Pour savoir celles qui peuvent leur convenir, consultez la prudence chrétienne. Je dis Idi prudence chrétienne; en effet, panni les directeurs imprudents, il en est qui semblent faire consister Tavancement d'une âme à la charger de jeûnes, de cilices, de disciplines sanglantes, etc. ; d'autres semblent rejeter toutes les mortifications extérieures comme inutiles à Tavancement spirituel, disant que toute la perfection consiste dans la mortification intérieure ; ils se trompent. Les mortifica* tions corporelle saident à la mortification intérieure ; elles sont jusqu'à un certam point nécessaires, lorsqu'on peut les pratiquer pour réprimer les passions. Nous voyons que tous les saints en ont pratiqué, les uns plus, les autres moins.
Sans doute, la mortification intérieure estla première qu'on doive exiger. Elle consiste, par exemple, à ne point répondre aux injures, à ne rien dire qui puisse tournera notre avantage, à céder dans les contestations, à condescendre aux volontés d'autrui lorsqu'on le peut sans dommage spirituel. Aussi on donne le conseil d'interdire quelquefois à l'âme toutes les mortifications extérieures, jusqu'à ce qu'elle soit affranchie de certaines passions qui la dominent, comme la vanité, la rancune, l'intérêt, la propre estime, la propre volonté. Mais dire que les mortifications extérieures ne servent de rien ou de peu, c'est une très grande erreur. Ne croyez pas celui qui désapprouve les pénitences, disait saint Jean de la Croix, eût-il le don des miracles. Elles doiteni 287. — Dès Ic Commencement vous avertirez le pénitent de être réglées par ne ricn faire contre ou sans vos ordres. Ceux qui font despéniissanoe. ^^^^^^ contrc robéissancc, disait saint Jean de la Croix, ava$i' cent bien plutôt dans le vice que dans la vertu. Soyez réservé pour permettre de semblables mortifications, encore que les pénitents vous les demandent avec instance. Qu'il vous suffise, dans le principe, de leur en accorder de rares et de légères, telles que la petite chaîne, la discipline ou l'abstinence plutôt pour leur en donner le désir que pour les mortifier comme il convient. Avec le temps vous vous rendrez plus facile suivant les progrès de l'âme dans la vertu. Lorsqu'elle est affermie dans la piété, on ne peut sans scrupule lui refuser les mortifications qui lui conviennent.
Au reste, tenez pour la règle générale, ordinairement parlant, de n'accorder les mortifications extérieures qu'autant qu'on
VOUS les demandera ; car elles servent de peu si on ne les pratique avec une grande ardeur. En les donnant, accordez toujours moins qu'on ne vous demande ; donnez plutôt, comme dit Cassien, dansTexcèsdu refus que de la concession. Inspirez surtout la mortification de la bouche ; certaines personnes pieuses y font peu d'attention ; cependant elle est dans la réalité la plus pénible et en même temps la plus utile à l'âme, et souvent même au corps. Saint Philippe de Néri disait: Celui qui ne mortifie pas sa bouche rC arrivera jamais à la perfection.
Au contraire, soyez difficile à accorder un retranchement de sommeil nécessaire : cela nuit souvent à la santé du corps et môme à celle de Tâme. Quand on ne prend pas le sommeil nécessaire, la tête souffre, et, la tête souffrant, on est incapable de la méditation des autres exercices de piété. Mais, quelles que soient les mortifications que vous accordiez au pénitent, diteslui, de peur qu'il ne s'enorgueillisse, que ce n'est rien en comparaison de ce qu'ont fait les saints et des souffrances que Notre- S eigneur a endurées pour notre amour. Tout ce que nous pouvons faire , disait sainte Thérèse, n*est que souillure^ en comparaison (Tune seule goutte de sang que le Sauveur a répandue pour nous.
Les meilleures mortifications, les plus utiles et les moins dangereuses, sont les négatives. L'obéissance même, ordinairement parlant, n'est pas nécessaire pour les exercer. En voici quelquesunes : se priver de voir ou d'entendre des choses curieuses, parler peu, se contenter des mets qui ne sont pas de notre goût ou mal assaisonnés, ne pas se chauffer pendant l'hiver, choisir les choses les plus viles, se réjouir quand il manque quelque chose même nécessaire. C'est en cela que consiste la vertu de pauvreté, suivant ce mot de saint Bernard : Virtus paupertatis non est paupertaSySedamor paupertatis : ne pas se plaindre des incommodités des saisons, des mépris, des persécutions, des peines ou des infirmités. C'est avec le marteau de la souffrance que se taillent les pierres de la Jérusalem céleste. Sainte Thérèse disait : Croire que Dieu admet à son amitié les personnes amies de leurs aises^ c'est folie. Les âmes qui aiment vraiment Dieu ne peuvent demander de repos.
288. — Ici se présente une question. Dans un endroit l'Évan- Bonne, œuvres gile dit : Que votre lumière brille devant les hommes^ afin qu'ils '*"*'''ÎJ1" ** *" voient vos bonnes œuvres et en glorifient votre Père qui est dans
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les cieux *. Ailleurs il dit : Quand vous faites F aumône^ que votre main gauche ne sache pas ce que fait votremain droite^. D*après cela, OD demande si on doit manifester les bonnes œuvres ou les tenir cachées. Je distingue: les œuvres communes, nécessaires à la vertu chrétienne, doivent être pratiquées publiquement, comme de fréquenter les sacrements, faire Toraison mentale : visiter le saint Sacrement, être recueilli et agenouillé en entendant la messe, observer la modestie des yeux, garder le silence à réglise, dire qu'on veut se sauver, éviter les bavardages, les conversations dangereuses, la curiosité et autres semblables. Quant aux œuvres de surérogation extraordinaire, et qui ont quelque chose de singulier, comme de porter le cilice, prendre la discipline, prier les bras en croix, mâcher des herbes amères, soupirer, pleurer dans l'oraison, on doit les tenir aussi secrètes que possible. Les autres œuvres de vertu, comme de servir les malades, faire l'aumône aux pauvres, s'humiUer quand on reçoit des injures, etc., il est mieux de les tenir cachées autant qu'on le peut ; mais si on ne peut les accomplir sans être vu, il ne faut pas s'en abstenir, pourvu qu'on les fasse uniquement en vue de plaire à Dieu.
Préquentatioa 289. — Parlous OU dcmier lieu de la conduite que vous devez
"^Règî^r OTHa* ^^^^^ ^^®^ '^^ ^™®^ pieuses, par rapport à la fréquentation des eonfession. sacrcmcnts de Pénitence et d'Eucharistie. Quanta la confession, il est bon de .les engager à faire une confession gérérale, si déjà elles ne l'ont pas faite; si elles l'ont faite, ou si elles se sont tourmentées de scrupules, vous devez la leur interdire. Pour la confession ordinaire, certaines personnes d'une conscience très délicate ont coutume de se confesser tous les jours ; mais il suffira, en règle générale, que les personnes pieuses, surtout les plus scrupuleuses, se confessent une ou deux fois au plus chaque semaine.
Si elles se trouvaient coupables d'une faute vénielle sans avoir la facilité de se confesser, le Père Barisoni, dans son Traité de la communion^ dit qu'elles ne doivent point se priver de la sainte Eucharistie. Il s'appuie de l'autorité de saint Ambroise et de beaucoup d'autres. Saint François de Sales donne le même conseil dans une de ses Lettres. En effet, le saint concile de Trente enseigne que les péchés véniels peuvent se remettre par
* Matth., V, 17. — « Matth., vi,
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d'autres moyens, tels que des actes de contrition et de charité. Ainsi, il vaut mieux s'en servir pour se purifier d'une semblable faute, que de se priver de la communion lorsqu'on ne peut se confesser. Un savant directeur disait même qu'il est quelquefois plus utile à uneàme de se disposer à la communion par ses actes propres que par la confession elle-même, attendu qu*elle fait peut-être des actes plus fervents de repentir, d'humilité et de confiance.
290. — Quant à la communion, nous ne parlons pas ici de Pour u comno. Tobligation imposée aux pasteurs de ne refuser la sainte Eucha- ^^^' ristie à aucun de leurs inférieurs qui n'est pas pécheur public, et qui la demande raisonnablement. Nous avons traité celte question dans notre Théologie, où nous avons vu qu'Innocent XI a ordonné que l'usage de la communion fréquente fût laissé tout entier au jugement des confesseurs. Aussi j e ne sais comment les curés peuvent, en bonne conscience, à moins d'une raison évidente, refuser la communion à celui qui la demande. Remarquez que dans son décret le pape défend auxévêques de déterminer, en généra], à leurs inférieurs les jours de communion. Nous ne parlons ici que des confesseurs et de la manière dont ils doivent se conduire, pour accorder la communion à leurs pénitents.
Les uns se trompent par un excès d'indulgence, les autres par un excès de sévérité. C'est une erreur évidente, comme le remarque Benoit XIY dans son livre d'or de Synodo^ d'accorder la fréquente communion à ceux qui tombent souvent dans les péchés mortels sans se mettre en peine d'en faire pénitence et de s'en corriger, ou qui vont à la sainte table avec l'aifection aux péchés véniels délibérés sans désir de les quitter. Néanmoins, il est quelquefois utile de permettre la communion à celui qui se trouve en danger de péché mortel, afin de lui donner la force de résister. Mais pour les personnes qui ne se trouvent point dans ce cas, qui, au contraire, commettent ordinairement des péchés véniels de propos délibéré, et en qui on ne voit ni amendement ni désir d'amendement, il est bon de ne pas leur permettre la communion plus d'une fois la semaine. Il peut même être utile de la leur interdire pendant une semaine, afin qu'elles conçoivent plus d'horreur de leurs fautes et plus de respect pour le saint sacrement.
On objecte les paroles suivantes du décret de saint Anaclet :
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Peracta consecratione^omnes communicentquinoluerintecclesiasticùcarereltminibtis;sicenimetapostolistatueninteisancta Romana tenet Ecclesia, Mais d'abord le Père Suarez et autres nient que les Apôtres aient jamais fait un pareil commandement ; ensuite ce décret, suivant la Glose et le Catéchisme romain, n'était pas pour tous les fidèles, mais seulement pour les ministres qui assistaient à l'autel ; enfin, supposé que le décret eût été pour tout le monde, il est certain qu'aujourd'hui il est tombé en désuétude.
saiu. 291 . — D'un autre côté, ils se trompent certainement et s'é-
loignent beaucoup de l'esprit de l'Église, les confesseurs qui, sans égard au besoin ni au profit des âmes, refusent indistinctement la communion fréquente, uniquement parce qu'elle est fréquente. Le Catéchisme romain, expliquant le vœu du concile de Trente, que tous ceux qui assistent à la messe y communient, enseigne qu'il est du devoir du curé d'exhorter, avec tout le zèle possible, les fidèles à la communion, non seulement fréquente, mais encore quotidienne, en leur disant que l'âme aussi bien que le corps a besoin d'un aliment journalier. Je ne rapporte point ici les autorités des saints Pères et des mattres de la vie spirituelle : on les trouve dans tous les ouvrages qui traitent de la fréquente communion.
Il me suffit de savoir, par le Catéchisme romain et le décret d'Innocent XI, rapporté dans notre Théologie, que l'usage fréquent et même quotidien de la communion a toujours été approuvé par l'Église et par tous les Pères, et que, lorsqu'ils ont vu la ferveur des fidèles se refroidir à l'égard de la communion de chaque jour, ils ont fait les derniers efforts pour la ranimer. Le troisième concile de Milan, tenu sous saint Charles, ordonna aux curés d'exhorter les fidèles dans leurs instructions à cet usage fréquent de la sainte Eucharistie. De plus il commande aux évéques de la province de défendre de prêcher le contraire et de punir sévèrement celui qui le ferait, comme semant le scandale et contredisant le sentiment de l'Église. Ce n'est pas tout encore : Innocent XI, dans son décret, ordonna aux évêques d'avoir le plus grand soin que la communion, même quotidienne, ne fût refusée à personne, et de chercher par tous les moyens convenables à alimenter cette dévotion dans les diocésains,
Certains rigoristes ne nient pas la licite de la communion journalière ; mais, disent-ils, il tant y apporter la disposition nécessaire. Or, je voudrais savoir ce qu'ils entendent par disposition nécessaire. S*ils entendent une disposition qui nous en rende dignes^ qui osera jamais communier ? Jésus-Christ seul futdigne de communier, cariln'ya qu'un Dieu qui puisse recevoir dignement un Dieu. Entendent-ils les dispositions convenables? Nous avons dit qu'il est bien juste de refuser la communion fréquente à ceux qui ont actuellement des fautes vénielles, ou qui les aiment sans désir de s'en corriger. Mais pour les âmes qui, ayant déjà retranché l'afTection aux péchés méroe véniels, et triomphé de la plupart de leurs mauvaises inclinations, ont un grand désir de communier, saint François de Sales dit qu'elles peuvent bien, suivant l'avis de leur confesseur, communier tous les jours. Suivant saint Thomas, lorsqu'une âme reconnaît par expérience que la communion la fait avancer dans l'amour de Dieu sans diminuer son respect pour le sacrement, elle ne doit pas se priver de la communion journalière. Yoiciles paroles du saint docteur : Sialiquis experientia comperissetex quotidiana communione augeriamorisfervorem et non minui reverentiamy talis deberetguotidie communicare.
292. — Sans doute, s'abstenir de la communion par respect, sauc. à certain jour, c'est vertu. Toutefois, dit le Père Louis de Grenade dans son Traité de la communion^ c'est le sentiment commun des docteurs qu'il vaut mieux s'approcher chaque jour de la communion par amour, que de s'en abstenir par respect. Saint Thomas confirme cette opinion lorsqu'il dit : Et ideo utrurhguepertiîietadreverentiamhujiissacramenti^ et quod quotidiesumatur et giiod aliguando abstineatur. . . Amor tamen et spes^ ad guem semper Scriptura nos provocat^ prasferuntur timori. Le Père Barisoni ajoute même qu'en communiant avec le désir de croître dans l'amour divin, on fait un acte de respect envers Jésus-Christ, et que cet acte est positif, tandis qu'en s'abstenant, il est seulement négatif. Beaucoup de saints, qui certes ont eu le plus grand respect pour l'auguste sacrement, ne se sont point privés de la communion de chaque jour. Telles étaient sainte Gertrude, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, sainte Jeanne de Chantai et autres. Dira-t-on aujourd'hui ; Il n'y a plus de sainte Thérèse ? Le Père Barisoni,
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cité plus haut, répond qu*il est téméraire de supposer qu'aajourd*hui le bras du Seigneur soit raccourci. Le vénérable Père mattre Avila va jusqu'à dire que blâmer ceux qui communient tous les jours, c'est faire l'office du démon. Conduite prn- 293. — Ainsi, tout considéré, il semble que le confesseur ne dente. pg^i g^Qg scrupule refuser la communion fréquente et même quotidienne à une âme qui la désire pour s'avancer dans le saint amour, toutes les fois qu'étant détachée de rafféction aux péchés véniels, elle fait beaucoup d'oraisons mentales, tend à la perfection, et ne tombe dans aucun péché, pas même véniel, pleinement délibéré ; car telle est, dit saint Prosper, la perfection à laquelle peut parvenir la fragilité humaine. Il faut excepter, ordinairement parlant, un jour de la semaine, suivant la conduite de certains directeurs prudents, et le cas où Ton ôte la communion pour éprouver l'humilité et l'obéissance du pénitent ou pour telle autre lin légitime. Si vous jugez utile d'accorder la communion fréquente aux personnes dont nous venons de parler, peu importe, dit Innocent XI, qu'elles soient engagées dans le négoce ou le mariage; voici ses paroles : Freçuens ad {Eucharistiam) accessus coufessariorum jtidicio est relinquendits, qui ex conscientiarum purùate, et fréquentée fruc tu ^ et ad pietatemprocessu, laicisnegotiatoribus etconjugatis, quodprospiciunteorumsaluti profuturum idillispraescribere debebunt. uite. 294. — Lors même que Tâme tomberait quelquefois par fra-
gilité en certain péché véniel volontaire, dont elle se repent aussitôt et forme la résolution de se corriger, si elle désire de communier pour puiser dans le sacrement la force de ne pas retomber et s'avancer dans la perfection, de quel droit lui refuserait-on la communion ? Alexandre YII n'a-t-ilpas condamné la 22"* proposition de Baïus, ainsi conçue : Sacrilegii sunt judicandi quijusadcommunionempercipiendamprâBtendunt, antequam de deliciis suis pœnitentiam €gerint?ei la 23* : Simxliter arcendi sûnt a sacra communione^ quibus nondum inest amar Dei purissimus et omnis mixlionis expers?
Le saint concile de Trente appelle ce sacrement : Antidotum quo liberamur a culpis quoêidianis, et apeccatis mortalihusprS' servamur. C'était aussi très certainement dans l'intention de les préserver de la rechute, que les Apôtres faisaient communier tous les jours les premiers chrétiens, parmi lesquels il s'en
trouvait, sans aucun doute, qui avaieniles mêmes imperfections, peut-être de plus grandes, comme on le voit par les Épttres de saint Paul et de saint Jacques. Dans \di postcommunion du 23* dimanche après la Pentecôte, la sainte Église demande : Vtquidquid innostramentevitiosumestdono medicationis hujus sacramenti curetitr. Donc la communion est aussi pour les imparfaits, afin qiïe la vertu de ce sacrement les guérisse de leurs faiblesses.
Écoutez ce que dit là-dessus saint François de Sales daus son Introduction à la viedévote : a Si les mondains vous demandent a pourquoi vous communiez si souvent, dites-leur que c'est pour a apprendre à aimer Dieu, pour vour purifier de vos imperfec- « tions, pour vous délivrer de vos misères, pour vous consoler « en vos afflictions, pour vous appuyer en vos faiblesses ; ditesa leur que deux sortes de gens doivent souvent communier, les « parfaits, parce qu'étant bien disposés, ils auraient grand tort c< de ne point s'approcher delà source et fontaine de perfection ; « et les imparfaits, afin de pouvoir justement prétendre à la perce fection ; les forts afin qu'ils ne deviennent faibles, et les fai- « blés afin qu'ils deviennent forts ; les malades, afin d'être (c guéris ; les saints afin qu'ils ne tombent en maladie : et que <c pour vous, comme imparfaite, faible et malade vous avez a besoin de souvent communiquer avec votre perfection, votre « force et votre médecin, dites-leur que ceux qui n'ont pas f< beaucoup d'affaires mondaines, doivent souvent communier, a parce qu'ils en ont la commodité ; et ceux qui ont beaucoup a d'affaires mondaines, parce qu'ils en ont nécessité : et que u celui qui travaille beaucoup, et qui est chargé de peines, doit ce aussi manger les viandes solides, et souventesfois. Ditesce leur que vous recevez le saint sacrement pour apprendre à le « bien recevoir : pour ce que Ton ne fait guère bien une action ce à laquelle on ne s'exerce souvent. »
Le saint conclut en disant : « Communiez souvent, Philothée, ce et le plus souvent que vous pourrez avec l'avis de votre père ce spirituel, et croyez-moi : les lièvres deviennent blancs parmi ce nos montagnes en hiver, parce qu'ils ne voient ni ne mangent « que la neige ; et, à force d'adorer et manger la beauté, la « bonté et la pureté même en ce divin sacrement, vous devien- <c drez toute bonne et toute pure. »
i IPart. 11, c. zxi.
Dans son Traité de la communion, le Père de Grenade tient le même langage : <x Notre propre misère ne doit pas nous éloi- (( gner de ce sacrement, puisque c'est pour les pauvres que ce « trésor a été laissé, c'est pour les malades que ce remède a été « donné. Ainsi, quelles que soient ses imperfections, nul ne « doit, ajoute-t-il, s'éloigner de ce remède s'il désire sincère- « ment sa guérison. » L'auteur cité plus haut va plus loin, il dit que plus une personne se sent faible, plus elle doit se nourrir de ce pain des forts. Ce sentiment est tout à fait conforme à celui de saint Ambroise : Quisemperpecco^ debeo semper habere medicinam; et saint Augustin : Quotidie peccas, quotidie siime. Eff^u de la corn- 295. — Cc scntimcut est d'autant mieux fondé, que, suivant niunion. ^^j^^ Thomas, l'effet du sacrement, quant à l'augmentation delà grâce, n'est point empêché par les péchés véniels, pourvu qu'on ne les commette pas actuellement en recevant la communion. Ils empêchent bien, dit-il, en partie, mais non en entier, l'effet du sacrement. C'est là l'opinion commune de Soto, de Suarez, de Yalentin, de Yasquez, de Conink et de beaucoup d'autres, après les docteurs de Salamanque. De plus, un grand nombre d'auteurs graves pensent avec raison que ce sacrement remet immédiatement par lui-même ex opère operatoles^échés véniels pour lesquels l'âme n'a pas un attachement actuel. Cela est conforme à ce que dit le Catéchisme romain : Remittivero Eticharistia et condonari leviora, qum venialia dici soient, non est quod duhitari debeat. Quidquid enim cupiditatis ardore anùna amisit^ totum Eucharisiia, eas minores ciilpas abstergens^resti' tuit. Du moins, comme dit l'Ange de l'école avec le commun des docteurs, la communion produit l'acte de charité qui efface les péchés véniels : Qui (actus charitatis) excitatur in hoc sacramentoper quem peccata venialia solvuntur. De l'âme qui 296. — Si VOUS vcuez à vous apercevoir que par la commune» profite pas. ^^^^ fréqueuto l'âme n'avance pas dans la perfection, et qu'elle ne se corrige pas des fautes délibérées, bien que vénielles, telles que larecherche à satisfaire ses sens en mangeant, en regardant, en écoutant, en s'habillant avec vanité, etc., il serait certainement de la prudence de lui restreindre l'usage de la communion, ne fût-ce que pour la rendre plus soigneuse à se corriger et à s'avancer dans le bien. Du reste, souvenez-vous de ceci: bien que, pour communier, il faille^ comn^e l'enseigne saint
Thomas, ut cum magna devotione accédai, néanmoins il n'est pas nécessaire que cette dévotion soit summa ou manifestée par des effets sensibles. Il suffit que vous remarquiez dans la volonté de votre pénitent une détermination forte et constante à faire promptement ce qui plait à Dieu. Autrement, dit le savant Gerson, s'abstenir de la communion parce qu'on ne trouve pas en soi une grande ferveur, c'est ressembler à celui qui, ayant froid, refuserait de s'approcher du feu de peur de sentir le chaud. Ainsi, ajoute le Père de Grenade, les personnes pusillanimes, qui, par une crainte immodérée de leur indignité, cessent leurs communions, nuisent beaucoup à leur avancement spirituel.
11 n'est pas nécessaire, pour continuer ses communions, dit saint Justinien, que l'âme sente ou connaisse clairement en soi Taugmentation de la ferveur, car ce sacrement opère quelquefois sans que nous nous en apercevions. Saint Bonaventure est admirable sur ce sujet : Licet tepide^ tamen confidens de misericordia Dei fiducialUer accédas, quia qui se indigum reputat, cogitet quod tanto magis egetmedico, qtumto senseritse xgrotum. Neque ideo quxris tejungere Christo, ut tu eum sanctifiées ^ sed ut tu sanctificeris ab illo. Puis il ajoute : Neque praetermittenda est sancta commmuniOjSi quandoque non sentit homo specialem devotionem^ cum se ad illamprœpararestudeat^ vel in ipsa perceptionCy vel posty forte minus devotus se sentit, quam vellet^. Ainsi, le saint dit en termes exprès que, lors même qu'on éprouverait moins de dévotion après la communion qu'avant, ce n'est pas une raison de la laisser. Comme il est quelquefois bon, lorsque l'âme éprouve un grand attrait pour la communion, de la mortifier en lalui refusant, surtout si on voit que ce délai l'inquiète, parce que cette inquiétude est une marque d'orgueil qui Ten rend indigne; de même lorsqu'elle se sent aride et tiède pour la communion, il est bon de la faire communier plus souvent, afin qu'elle reçoive de nouvelles forces.
297. — Plût à Dieu, dirai-je en finissant, qu'il y eût dans le De vAme qui en monde beaucoup de ces âmes que certains rigoristes appellent condwtou.
s H faut, d'aiUeurs, se souvenir que la sainte communion produit un effet négatif qai nous empêche de devenir plus mauvais, et un effet positif qui augmente la perfection. Si elle ne produit pas toujours ces deux effets, elle cet loin d'être pour cela inutile. {Note du trad*)
irrespectueuses et téméraires, qui, ayant horreur même des fautes légères, demanderaient à communier souvent, et même tous les jours, avec un vrai désir de se corriger et d'avancer dans l'amour divin ; certainement Jésus-Christ serait bien plas aimé qu'il n'est sur la terre I La pratique fait bien voir à tous ceux qui ont quelque expérience des âmes, ainsi quejeraivu moi-même, combien profitent ces personnes qui, animées d'un bon désir, s'approchent de la sainte table ; et de quelle manière admirable le Sauveur les attire à son amour, quoique souvent, et pour leur plus grand bien, il ne leur en donne pas connaissance, les laissant dans la désolation et les ténèbres sans aucune consolation sensible ^ Or, pour les âmes qui sont en état, il n'est pas, disent sainte Thérèse et le bienheureux Henri Suson, de plus puissant secours que la fréquente communion.
Pour conclusion, conseillez la communion toutes les fois que Tâme en témoigne un véritable désir, et que vous reconnaissez que la communion la fait avancer dans la piété. Recommandezlui de donner à l'action de grâces tout le temps qu'elle pourra. Ils sont rares les confesseurs qui songent à cela, c'est-à-dire à recommander à leurs pénitents de donner un temps notable à l'action de grâces après la communion, parce qu'ils «ont rares les prêtres qui ont soin de remercier Jésus-Christ après la messe : ils auraient honte de recommander aux autres ce qu'ils ne font pas eux-mêmes.
L'action de grâces devrait être ordinairement d'une heure; qu'elle soit au moins d'une demi-heure, que l'on passera en affections et en prières. Sainte Thérèse dit qu'après la communion le Sauveur est dans notre cœur comme sur un trône de miséricorde pour nous accorder ses grâces, nous adressant ces tendres paroles : Quid vis ut faciam tibi ? Et ailleure : Après la communion^ prenez garde de perdre une si belle oC' casion de vous enrichir; Sa Majesté n'a pas coutume de malpdy^ le logement, si on lui fait bon accueil. Exhortez aussi à faire souvent la communion spirituelle, dont le concile de Trente fait si grand cas. La communion spirituelle, ait encore sainte Thé-
1 11 nous semble même que, dans les jours mauvais où nous sommes, le cù^ fesseurdoit se montrer plus que jamais zélé pour encourager et facile pour admettre à la communion JDréquente. {Note du trad.)
rèse, est très profitable : ne la négligez pa^; cest à cela que le Sauveur jugera combien vous l'aimez.
298. — Ce que je vais dire suppose qu'il n'y a de la part de Règlement pour la pénitente aucun obstacle de santé, d'emploi ou d'obéissance ; q"i y^ut m\T de plus, que tout cela doit se faire avec la permission du père spi- «»»«' <?»«« ^e che rituel, et même de la supérieure du monastère, en tout ce qui re- ^rfectlon. garde les mortifications extérieures dont la communauté peut s'apercevoir. Pour l'oraison : !• trois heures au moins d'oraison mentale, c'est-à-dire une heure le matin, une heure le soir, et une heure après la communion ; 2*" la visite au saint Sacrement et à la sainte Vierge pendant une demi-heure, ou au moins pendant un quart d'heure. Elle aura soin, dans ces différentes oraisons et prières, de renouveler ses vœux plusieurs fois le jour si elle est professe, ou les vœux qu'elle a déjà faits: S^'le rosaire, au moins de cinq dizaines, avec d'autres prières vocales. Mois que ces dernières soient en petit nombre, car autrement on les récite avec peu de fruit, elles fatiguent la tête, et sont un obstacle; 4** l'usage fréquent des oraisons jaculatoires, par exemple : Mon Dieu et mon tout; mon Dieu, que vous êtes bon! Je vous aime y â mon Jésus I mort pour moi. Seigneur, comment tous les hommes ne voîàs aiment-ils pas ? Oh ! si je ne vous avais jamais offensé ! Je veux tout ce que vous voulez. Quand vous aimer ai-je Quand vous verrai-je face à face? Me voici, faites de moi tout ce quil vous plaira. Recommandez-lui instamment ces élans d'amour, et qu'elle en fasse grand cas; S"" la lecture spirituelle d'une demi-heure dans le Père Rodriguez ou le PèreSaint-Jure, 'sur les Avis aux religieux, ou dans un autre livre de piété ou dans la Vie des Saints, dont la lecture est peut-être la plus utile de toutes.
Pour la communion : chaque matin, excepté un jour de la semaine : mais les neuvaines du Saint-Esprit, de Noël, de la sainte Yierge et des saints patrons, tous les jours et chaque jour au moins trois fois la communion spirituelle.
Pour les mortifications : l"" la discipline à sec chaque jour pendant un quart d'heure environ, et jusqu'au sang une ou deux fois le mois ; 2"^ la petite chaîne depuis le matin jusqu'à l'heure du dîner, et pendant le jour une petite chaîne au bras pour mémoire. Défendez la chaîne à la ceinture et les cilices de crin, parce qu'ils nuisent beaucoup à la santé ; 3"" le jeûne au pain et
à Teau le samedi et aux veilles des sept fêtes de la sainte Vierge, quand on peut le faire ; du moins se contenter, ces jours-là, d'une soupe seule. Le jeûne ordinairement tous les soirs, cVstà-dire ne point passer huit onces de nourriture, si ce n'est pour quelque cause urgente et extraordinaire.
S'abstenir de dessert le mercredi et le vendredi, et dans les ncuvaines dont nous avons parlé. Ces jours-là, on peut même laisser quelques mets et mêler à ce qu'on prend des herbes amères, mais non des cendres. Ne jamais manger entre les repas, car il vaut mieux, relativement parlant, faire chaque jour l'abstinence dont nous avons parlé que de déjeuner une oa deux fois la semaine. Que le sommeil ne dure pas plus de dix heures, mais pas moins de cinq; moins de sommeil rend la tête malade et empêche les exercices de piété. Garder le silence pendant trois heures de jour, c'est-à-dire s'abstenir de toute parole non nécessaire.
Atii généraux 299. — I. Mcttrc toutc sa confiance en Dieu, et se défier abpour la perfcc- solumcnt dc soi-mêmc et de ses bonnes résolutions. Une forte volonté de se \aincre, et se faire violence dans les occasions. Si la faute ne vient pas de nous, dit sainte Thérèse, ne craigtions pas que Dieu manque à nous donner les grâces nécessaires pour nous sanctifier *.
II. Éviter tout péché, quelque léger qu'il soit, oommis de propos délibéré. Dieu vous préserve, disait la même sainte, de tout péché délibéré, quelque minime qu'il soit; car c'est par de petites choses que le démon fait des brèches par lesquelles entrent de grandes choses,
III. Ne pas s'inquiéter après ses fautes. S'en humilier sur-lechamp, en recourant à Dieu par un acte de contrition et de ferme propos, puis se tranquilliser. Faire toujours de même, quand on tomberait cent fois le jour. De plus sainte Thérèse dit qu'il ne faut pas parler de ses tentations avec les âmes imparfaites ; on nuit par là à soi-même et aux autres.
lY. Travailler à se détacher de tout, des parents, des biens,
1 Un des meilleurs moyens et des plus accessibles à toute espèce deperson^ nés, est de donner comme fruit de la confession, à chaque pénitent, une résolution précise à pratiquer. Par exemple : bien faire le signe de la croix ; ne pas pécher parla langue ; être gracieux, etc. La fidélité aux petites choses conduit à la fidélité aux grandes. [Noie du trad.)
desflaisirs.Sanscelay dit sainte Thérëse.râmeyéprisedef amour du monde ^ quittera bientôt le chemin du ciel. Fuir la familiarité des personnes de différent sexe, fussent-elles pieuses. Sous le voile d*affections spirituelles le démon glisse souvent dans le cœur certaines petites attaches qui ne sont pas pures. Yoyez ce que nous avons dit aun"" 260. Il faut surtout se détacher de sa propre estime et de sa propre volonté. Il en est de même des choses spirituelles comme de Toraison, de la communion et des mortifications, quand l'obéissance ne le permet pas. En un mot, il faut bannir du coeur tout ce qui n*est pas Dieu ou qui n*est pas suivant le plus grand plaisir de Dieu.
Y. Se réjouir intérieurement de se voir méprisé, moqué et regardé comme le dernier de tous. Oh I la belle oraison que fait une âme qui embrasse les mépris ! surtout dans les communautés, cette vertu est une des plus nécessaires. Il faut, avec cela, nourrir une affection particulière pour nos ennemis et DOS persécuteurs, leur rendre service, leur faire du bien, les honorer, du moins en dire du bien, et les recommander spécialement à Dieu : telle fut la pratique de tous les saints.
YI. Avoir un grand désir d'aimer Dieu de tout son cœur et de lui plaire. Le Sauveur, dit sainte Thérèse, aime les désirs autant que s'ils étaient réalisés. Sans ce désir Tâme n'avancera jamais dans la perfection, et Dieu ne lui accordera aucune grâce bien spéciale. Ordinairement, dit encore la même sainte, Dieu n accorde de faveurs siqnalées qu^à celui qui désire vivement son saint amour. Au désir il faut toujours joindre la résolution de faire tout ce qu'on peut pour plaire à Dieu. Le démon, dit sainte Thérèse, agrand'peur des âmes résolues. Et ailleurs : Le Seigneur ne demande de nous qu'une forte résolution^pour faire le reste de son côté. Il faut encore entretenir un grand amour pour Toraison. C'est la fournaise où s'enflamme l'amour divin : tous les saints ont aimé l'oraison, parce que tous ont brûlé d'amour pour Dieu. Ajoutez aussi un ardent désir du paradis, parce que dans le ciel nous aimerons Dieu de toutes nos forces, bonheur auquel on ne peut arriver sur la terre. C'est pour cela que Dieu nous ordonne de désirer ardemment ce royaume, que le Sauveur nous a conquis par son sang.
YII. Avoir une grande conformité à la volonté de Dieu en tout ce qui contrarie nos désirs. Faire souvent, pendant le jour,
■ANUEL DIS CONFESSEURS. ^4
l'offrande de soi-même : sainte Thérèse la faisait cinquante fois par jour. Le progrès ne consiste pas, disait la sainte, à jouir davantage de t amour de Dieu^ mais à faire sa volonté. Et ailleurs: Z^ véritable union , c'est d'unir notre volonté à celle deDieu. YIII. Être parfaitement obéissant aux règles, aux supérieurs et au père spirituel. L'obéissance, disait le Père Vincent Caraffe,«^ la reine de toutes les vertus, car toutes les vertus obéissent àtobëisance. Et sainte Thérèse : Dieune demande à lame quiveuttâmer que t obéissance. Or la parfaite obéissance consiste à obéir promptementy ponctuellement, de bonne grâce, aveugléineot et sans demander de raison, toutes les fois que la chose codh mandée n'est pas un péché évident. C'est la doctrine de saint Bernard, de saint François de Sales, de saint Ignace et de tous les mattres de la vie spirituelle. Dans les cas douteux, prendre le parti qu'on présume que l'obéissance dicterait, et, lorsqu on ne peut avoir cette présomption, choisir ce qui est le plus contraire à nos goûts. C'est ce vince te ipsum, tant recommandé par saint Fnmçois Xavier et saint Ignace. Une âme mortifiée, disait ce dernier, profite plus dans un quart d* heure d'oraison, qt^tent âme immortifiée pendant plusieurs heures.
IX. Marcher continuellement en la présence de Dieu. Tout le mal vient, disait sainte Thérèse, de ce que nous nepensonspos à la présence de Dieu, Celui qui aime véritablement se soufient toujours de l'objet aimé. Pour conserver le souvenir de celle divine présence, il est bon de placer quelque signe particulier sur soi, ou sur sa table, ou dans sa chambre. Mais surtout il faot s'entretenir en cette sainle présence, en faisant souvent, durant le jour, des actes d'amour de Dieu et des prières qui le respirent ; celle- ci, par exemple : Mon Jésus, mon amour, mon toutj je vous aime de tout mon cœur; je me donne toutdvous;f(^ de moi ce qu'il vous plaira ; je ne veux que vous et votre savi^ volonté ; donnez-moi votre amour, et je suis content; ou d'autres semblables. Il faut faire ces actes sans effort ni contrainte; sans y chercher de consolation sensible, mais avec suavité ^^ droiture, uniquement pour plaire à Dieu. Sainte Thérèse disait ^ N^ayz pas peur que Dieu laisse sans récompense un regd vers lui accompagné dCun souvenir.
X. Former Tintent ion de plaire à Dieu dans tout ce qu'on fait, soit spirituel, soit temporel, en disant : Seigneur, c'est p^
VOUS plaire que je le fais. La bonne intention est appelée la pierre pbilosophale de Tâme, qui change en or les actions même les plus matérielles.
XI. Faire chaque année les exercices spirituels de dix jours, ou au moinsdehuitjoursys'isolant alors autant qu'on le peut de toute conversation et de toute occupation capable de distraire, pour ne traiter qu'avec Dieu seul. Faire un jour de semblable retraite une fois chaque mois. Faire, avec une dévotion particulière, les neuvaines de Noël, du Saint-Esprit, des sept fêtes de la sainte Vierge, de saint Joseph, de l'Ange gardien et du saint patron. Dans ces neuvaines, on pourra faire la communion chaque jour, une heure d'oraison de plus ou au moins une demiheure, quelques autres prières vocales, mais en petit nombre : 011 tirera plus de fruit d'un nombre déterminé d'actes d'amour et d'autres vertus.
XII. Avoir une dévotion particulière à saint Joseph, à son Ange gardien, à son patron et à saint Michel, protecteur universel des chrétiens ; mais surtout à la sainte Vierge^ que l'É* glise appelle notre vie, notre espérance. Il est moralement impossible qu'une âme fasse de grands progrès dans la perfection sans une dévotion tendre et toute spéciale enversia mère de Dieu.
Que tout soit pour la gloire de Jésus-Christ et de Marie conçue sans péché. Tels sont les moyens d'arriver à la perfection chrétienne ; mais le moyen qui est l'âme de tous les autres, c'est la pratique de l'oraison.
30O. Il est certain que c'est l'oubli des vérités éternelles *''"!or«son!"'' qui souille la terre de crimes et peuple Venfev : Desolatione desolata est omnis terra, quia nullus est qui recogitet corde ^. Au contraire, nous dit l'Esprit-Saint^ celui qui se souviendra souvent delà mort, du jugement et de l'éternité, ne tombera pas dans le péché : Memorare novissima tua, et in mtemum non peccabis *. Si on demandait aux réprouvés, dit un auteur : Pourquoi êtes-vous dans l'enfer ? la plupart répondraient : Nous somaies en enfer, parce que nous n'avons pas pensé à l'enfer. Saint Vincent de Paul dit que, si un pécheur assistait à une mission ou à une retraite sans se convertir, ce serait un miracle. Or, dans l'oraison mentale, c'est Dieu lui-même qui parle à l'âme : Ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus ^ ,
t Jer., xiii, il. — 2 Eccli.. vu, 40. - » Ose., n, 43.
et Dieu parle certainement mieux qu'aucun prédicateur. C'est par Toraison mentale que tous les saints se sont sanctifiés. L'expérience montre que ceux qui font l'oraison tombent rarement dans le péché mortel, et si par malheur ils y tombent quelquefois, grâce à l'oraison, ils s'en relèvent promptement et reviennent à Dieu. L'oraison mentale et le péché sont deux choses incompatibles. Beaucoup ^ disait un serviteur de Dieu, récitent le rosaire ^ F office de la sainte Vierge, jeûnent etpersévèrentdans lepéché; mais il est impossible que celui qui fait f oraison reste dans r inimitié de Dieu, ou il quittera l'oraison f ou il quittera lepéché. Que s'il ne laisse pas l'oraison, non seulement il laissera le péché, mais encore il ôtera son cœur aux créatures et le donnera à Dieu. In meditatione mea exardescet ignis *. L'oraison est le foyer où les âmes s'embrasent de l'amour divin. Du lieu et du 301. — Lc Hcu Ic plus convonablc pour faire Toraison, c'est **™^ûfidw ^'"* réglise ; mais ceux qui ne peuvent y venir ou y rester peuvent la faire partout, dans les maisons ou dans les champs. Bien plus, en marchant et en travaillant, on peut faire l'oraison; il suffit de son esprit élevé à Dieu. Combien de pauvres villageoises, qui ne peuvent faire autrement, font l'oraison en travaillant et en voyageant! Qui cherche Dieu le trouve en tout lieu et en tout temps. Le matin est le temps le plus convenable à l'oraison. Il y aura bien à redire dans les actions de la journée si on ne fait pas l'oraison le matin. L'oràison devrait régulièrement se faire deux fois le jour, le matin et le soir; mais, si on ne peut la faire le matin, qu'on la fasse au moins le soir. Le vénérable Père dom Charles Caraffe, fondateur des Pieux ouvriers^ disait qu'un fervent acte d'amour fait dans l'oraison du matin suffit pour maintenir l'âme dans la ferveur pendant toute la journée. Quanta la durée de l'oraison, c'est à la prudence du pasteur et du confesseur de la déterminer; il est certain qu'une demi-heure ne suffit pas pour arriver à un degré sublime de perfection. Du reste, ce temps suffira pour des personnes qui commencent ; mais ayez soin de leur recommander par-dessus tout de ne pas laisser l'oraison quand elles sentent de la sécheresse. Voyez ce que nous avons dit au n** 265.
t Ps. XXXVIII, 4. '\
302. — Yenous à la manière pratique d'enseigner Toraison. Maaière dap^ Elle renferme trois parties : la préparation, la méditation, la '*"*'îi^,^ ** conclusion. Dans \di préparation il y a trois actes à faire : l*" se mettre en la présence de Dieu; 2'' s*humilier; 3*" demander les lumières au Saint-Esprit. Pour le premier on dit : Mon Dieu, je crois que vous êtes iciprésenty et je vous adore de t abîme de mon néant. Pour le second : Seigneur , je devrais être en ce moment dans tenferàcause des péchés que j'ai commis; je merepens de vous avoir offe^isé^ pardonnez-moi selon votre grande miséricorde. Pour le troisième : Père éternel^ pour r amour de Jésus et de Marie, donnez-moivos lumières pendant cette méditation^ afinque j'en profite. On dit ensuite un ilv^àlasainte Yierge, afin qu'elle nous obtienne ces lumières, et un Gloria Patri à rbonneur de saint Joseph, de TAnge gardien et du saint patron. On fait ces actes avec attention^ mais en peu de mots, et on passe tout de suite à la méditation.
Quant à la méditation, celui qui sait lire peut se servir utilement de quelque livre, en s'arrétant à ce qui le nourrit davantage. Saint François de Sales dit qu'il faut imiter les abeilles, qui s'arrêtent sur une fleur tant qu'elles y trouvent du miel, et qui passent ensuite à une autre. Celui qui ne sait pas lire doit méditer siu* les fins dernières, les bienfaits de Dieu et spécialement sur la vie et la passion de Notre-Seigneur. « Ce doit être là, dit saint François de Sales, notre méditation ordinaire. » Oh! le beau livre que la Passion du Sauveur pour les âmes pieuses ! c'est là, mieux que dans tout autre livre, qu'on apprend à connaître la malice du péché et l'amour d'un Dieu pour les hommes. Le vénérable frère Bernard de Corlion demandait un jour au Sauveur s'il devait apprendre à lire : Jésus crucifié lui répondit : « A lire? quels livres? je suis votre livre ; celui-là vous suffit. »
303. — 11 faut bien remarquer que le fruit de l'oraison ne En quoi consîs consiste pas tant à méditer qu'à former des afiTections, à faire des **roraî^n. * prières et des résolutions. Nous l'avons dit, ce sont là les trois fruits de l'oraison (n*" 264). Après donc qu'on a médité sur quelque vérité du salut, et que Dieu s'est fait entendre au cœur, il faut que le cœur parle à Dieu en formant des affections, en faisant des actes de foi, de remerctment, d'adoration, de louange, d'humilité et surtout d'amour et de contrition, car la contrition est aussi un acte d'amour. L'amour est cette chaîne d'or qui unit
rame à Dieu : Charilas est vinculumperfecttouis.Toul^cle dV mour est un trésor qui nous rend participants de l'anoiitié de Dieu. Infinitus enim est thésaurus çuo qui usi stinij participes facti suntamicitiâsDei^. Ego diligentes mediligo^. Qui diÙgit me diligitur a Pâtre meo^. Charitas operit multitudinem peccatorum^. Voyez ce que nous avons dit là-dessus dans notre Théologie morale*.
La vénérable sœur Marie du Crucifix vit un jour un grand feu qui consumait en un clin d'oeil quelques bûches de paille qu*on y jetait. Cette vision avait pour but de lui faire comprendre qu'un seul acte d'amour ôtait et détruisait dans Tâme toutes les fautes commises. De plus, saint Thomas enseigne que chaque acte d'amour nous mérite un nouveau degré de gloire pour rétemilé : Quilibet actus charitatis meretur vitam œtemam. En voici quelques formules : MonDieu^ je vous estime plus que toutes choses; Je vous aime de tout mon coeur; je désire vous voir aimé de tous. Seigneur, faites-moi connaître ce que vous voulez^ je suis prêt à le faire. Me voici^ faites de moi et de ce qui est à moi ce qu'il vous plaira. Cette offrande de soi-même surtout est un acte d'amour très agréable à Dieu ; aussi, sainte Thérèse s'offrait à Dieu cinquante fois par jour.
Si l'âme se sentait unie à Dieu parle recueillement surnaturel, tel que nous l'avons expliqué, n'^STd, elle ne devrait point se mettre en peine de faire d'autres actes, si ce n'est ceux auxquels Dieu la porte avec suavité. Elle doit se contenter d'être attentive à ce que Dieu opère en elle ; autrement, elle mettrait obstacle à l'opération divine. Il faut remarquer encore, avec saint François de Sales, que, si le Saint-E»pnt inspirait quelque bonne affection avant même la considération, il faut laisser la considération et nous livrer aux affections ; caria considération n'a lieu que pour conduire aux affections : or, quand on a la fin, il faut laisser les moyens.
Suite. 304. — Il est extrêmement utile dans Toraison de multiplier
les prières, demandant à Dieu avec humilité et confiance ses lumières, le pardon^ la persévérance, la grâce d'une bonne mort, le paradis et surtout le don de son saint amour. Saint François de Sales exhortait à demander la grâce du divin amour
1 Sap., VII, 14. — 8 Prov., viii, 17. — » onh.., xiv, 21. — *I Pelr., rr, 8- — » Lib. VI, n. 442.
avec plus de ferveur que les autres, parce que, disait-il, quand on obtient celie-là, on obtient tout le reste. Enfin, si l'âme se trouvait dans la désolation spirituelle, il lui suffirait de répéter la prière de David : DeuSj in adjuiorium meum intende : Seigneur, aidez-moi; bfttez-vous de me secourir. Je sais par expérience, disait le vénérable Père Paul Seîgneri, qu'il n'y a rien de plus utile dans la méditation que de prier et de prier encore, et de prier au nom ou par les mérites de Jésus-Christ, qui nous a fait cette belle promesse: Amen^amen^ dico vobis^si quid petieritis Patrem in nomine meOy dabit vobis.
Dans le cours, ou du moins à la fin de l'oraison, il faut prendre quelque résolution, non seulement générale, comme d'éviter toute faute, même légère, commise de propos délibéré, de se donner tout à Dieu ; mais encore particulière, comme d'éviter avec plus d'attention telle faute dans laquelle on tombe plus souvent, ou de pratiquer mieux telle vertu qu'on a plus fréquemment Toccasion d*exercer : par exemple, de souffrir la mauvaise humeur de telle personne, d'obéir plus exactement à tel supérieur ou à telle règle, ou enfin de se modifier avec plus de soin dans telle chose, etc. Ne sortons jamais de Toraison sans avoir pris une résolution particulière.
305. — La conclusion de l'oraison se compose de trois actes : ^»'*«i"" on remercie Dieu des lumières qu'il a données durant la méditation ; 2*" on fait la promesse d'observer fidèlement les résolutions qu'on a prises; S"" on demande à Dieu, par l'intercession de Jésus et de Marie, la grftce d'y être fidèle. On finit en lui recommandant les âmes du purgatoire, les prélats de l'Ëglise, les pécheurs, nos parents, amis et bienfaiteurs ; on récite pour cela un Paier et un Ave^ qui sont les deux plus excellentes prières que Dieu et l'Église nous aient enseignées. Il faut aussi, en sortantde l'oraison, comme dit saint François de Siiles, cueillir un bouquet de fleurs pour le sentir pendant toute la journée ; c'est-à-dire il faut retenir de l'oraison une ou deux choses dans lesquelles l'âme a trouvé plus d'onction, afin de se les rappeler et de ranimer sa ferveur jusqu'au soir. Un autre soin non moins important, c'est de mettre sur-le-champ en pratique ses résolutions dans toutes les occasions, grandes ou petites, qu'on rencontrera ; par exemple, de calmer à force de douceur telle personne qui est irritée contre nous, ou de mortifier ses yeux,
ses oreilles, sa langue. Surtout il faut, autant que possible, conserver par le silence le sentiment des affections qu'on a éprouvées. Si on se distrait aussitôt par des actions ou des discours inutiles, aussitôt s'évanouira cette ferveur de dévotion qu'on avait conçue dans Toraison.
Enfin, par-dessus tout, vous exhorterez vos pénitents avec tout le zèle possible à ne jamais abandonner Toraison, à ne pas l'abréger dans les sécheresses, à ne jamais se troubler, quelque longue ou quelque grande que soit la désolation où ils puissent se trouver. Combien de courtisans, dit saint François de Sal^, qui vont faire leur cour aux princes, et qui sont contents d'être seulement aperçus ! Nous allons à l'oraison pour honorer notre Dieu et pour lui plaire. S'il daigne nous parler et nous favoriser de ses consolations, remercions-le d'une si grande grâce ; s'il en est autrement, contentons-nous de demeurer en paix en sa divine présence, l'adorant et lui exposant nos besoins. Que s'il ne nous parle pas certainement, il agréera notre attention et notre fidélité, et accordera à notre confiance l'effet de nos prières. Hoyens de dis- ^06. (Saint FiuNçois DE Salbs, t. II, p. 628.)— Commc c'est cerner lesopi- daus l'oraisou qucDicu agit d'ordinaire plus sensiblement dans 'dll^sîe^àaiM? les âmes, vous devez coutinuellement lui demander ses lumières pour bien connaître les véritables opérations de son esprit. Si donc vous avez la direction dé qiïelqdes persoiines favorisées de ces dons extraordinaires et relevés dont je vous ai parié plus haut, prenez garde : 1"" si elles se portent plus au sens moins reçu de l'Écriture qu'à celui qui, pour 'Are le plus commun, est le moins dangereux, parce que l'Écriture sainte est la règle de conduite de Dieu sur les âmes; 2"* c'est encore un effet de l'esprit de Dieu de jeter une grande crainte avec une extrême confiance en ceux qu'il chérit; Tune vient de la connaissance de notre infirmité, et l'autre découle du saint amour. Le diable, au contraire, porte à de hautes pensées et à des sentiments bien relevés de vertu et d'une bonne vie, persuadant de se reposer en sa propre suffisance et en ses bonnes œuvres.
y Mais la pierre de touche pour éprouver le bon avec le mauvais esprit, et faire la différence de celui qui commence d'avec l'autre qui est bien avancé, c'est d'être prompt à souffrir : car le mauvais devient pire par les afflictions et murmure contre la providence de Dieu. Celui qui commence se fâche d'en-
durer, et puis il a regret de s'èlre laissé saisir à l'impatience. Celui qui avance traîne d abord un peu sa croix ; toutefois, quand il regarde son Sauveur et son mattre portant la sienne au Calvaire, il la relève et prend courage, il se résout à la patience et à bénir Dieu. Le parfait, qui est un oiseau plus rare en ce siècle que le phénix en Arabie, non seulement attend les affronts, les persécutions et les calomnies, mais même va au-devant sans témérité, et y court comme au festin des noces, jugeant encore qu'il est inutile d'avoir des livrées qui le font prendre pour un serviteur de la maison de Dieu.
307. — 4* C'est encore une marque de Tesprit de Dieu d'être suite. doux et miséricordieux à son prochain, lors même qu'il est plus proche de tomber sous la rigueur de sa justice, de peur de l'ensevelir sous les ruines. C'est aussi d'un esprit trompé du diable en ses dévotions ou en sa conduite, lorsque^ sous certain zèle, il fait l'exact, juge de tout et veut tout châtier, sans user de pitié et sans aucune clémence. S'' Ne pas quitter Texercice des vertus pour les difficultés qui s'y rencontrent, est encore le signe d'une âme dont le sacrifice est agréable à Dieu ; parce que cette bonté infinie ne présente point l'épée flamboyante pour empêcher l'entrée de son paradis à ceux qui le cherchent purement ; et, bien qu'il permette que ses élus soient dans les rigueurs, dans les souffrances et dans les croix^ il les remplit de tant de grâces, de force et de douceur, qu'ils s'estiment très heureux et très avantagés de pâtir pour l'amour de lui.
Le diable, au contraire, leur fait voir une vengeance assez effroyable en Dieu pour punir leurs moindres défauts. Il leur présente une colère et une rigueur extrêmes en celui qui ne peut entendre crier la moindre de ses créatures sans lui donner du secours, et qui se rend à la première larme qui sort d'un cœur véritablement contrit. Mais prenez garde à la ruse de notre ennemi ; avant que de les avoir portés au péché, il leur présente Dieu sans main et sans foudre, et quand il les a renversés par terre, il le fait venir en leur imagination environné d'éclairs et de flammes, et tout couvert de feu pour les réduire en cendres.
308. — ô"" Examinez encore si ces personnes se perdent en leur propreestime,enrelevantleurs grâces et leurs propres dons, et lesquelles au contraire traitent avec mépris ou tiennent pour suspectes les faveurs que Dieu départ aux autres ; car la mar-
326 MANUBL DBS CONFESSEURS.
que la plus assurée de la sainteté, c*est quand elle est fondée sur une vraie et profonde humilité et une ardente charité. Les opérations surnaturelles, dit saint Bernard, se peuvent atm bien faire par les personnes hypocrites que par les saints. Les humbles de cœur en font reconnaître la solidité et la vérité.
V Et pour ce qui regarde les personnes trompées, Dieu même, si vous les en croyez, leur sert de garant et de couverture ; mais observez leurs paroles spirituelles : en matière de ces expressions extraordinaires, soyez bien sur vos gardes. Par exemple, quand elles disent : « Je suis assurée de ce que Dieu veut de moi ; il vous avertit par ma bouche de ce qui est nécessaire à votre salut et à votre conduite, faites cela par mon avis, j'en réponds devant Dieu ; d et semblables paroles qui marquent un grand éclaircissement des choses inlérieures et une conversation dans les cieux ; jugez avec discrétion si leurs actions sont conformes à ces hautes lumières. 8"^ Voyez si le rapport qu'on fait à ces personnes de Tinfirmité d'autrui leur donne plus de mouvement d*indignalion et d*horreur que de compassion et de pitié de leur misère, parce que c'est un faux zèle de s'écrier contre le vice de son frère, d'en découvrir les défauts sans nécessité et contre la charité. Telles personnes d'ordinaire veulent faire admirer leur vertu en publiant les fautes du prochain. 9"" De plus, examinez si, lorsqu'on parle de Dieu, ces personnes s'égarent en des termes affectés, voulant faire voir que leur feu ne peut demeurer sous la cendre, et que par cette étiacelle on pourra découvrir les brasiers qui sont en leur intérieur. Suite. 309. — 10* Si vous voulez probablement juger si ces âmes
ont de vrais sentiments de Dieu, et si les grâces qu'elles disent recevoir de sa bonté sont véritables, voyez si elles ne sont point attachées à leur propre jugement et à leur propre volonté, et à ces mômes faveurs ; mais, au contraire, si elles leur donnent du soupçon et les laissent irrésolues jusqu'à tant que, par l'avis de leurs directeurs et de plusieurs personnes pieuses, doctes et expérimentées, elles soient confirmées en la créance de c^ qu'elles doivent estimer de tout cela ; car le Saint-Esprit chérit sur toutes choses les âmes humbles et obéissantes ; il se f^^ merveilleusement à la condescendance et à la soumission, étant prince de paix et de concorde. Au contraire, l'esprit de superbe donne de l'assurance, et rend ceux qu'il veut tromper fiers, opi-
MANUEL DBS CONFESSEURS. 327
Diàtres et fort résolus, et leur fait tellement aimer leur mal, qu'ils ne craignent rien à Tégal de leur guérison, leur persuadant que ceux qui leur parlent portent plus d'envie à leur bonheur que d'affection à leur salut : tel est le génie des novateurs.
H" Enfin, pour conclure tout ce discours, voyez si ces personnes sont simples et véritables en leurs paroles et en leurs actions ; si elles ne recherchent point de produire leurs grâces sans qu'il soit nécessaire; si elles désirent ce qui éclate à l'extérieur. C'est, tout au contraire, un effet de l'heureuse conduite du Père des lumières d'inspirer par des sentiments intérieurs, se couler doucement dans l'âme, et y descendre comme la pluie sur la terre. Saint Jean Chrysostome dit qu'à la vérité Biett fit entendre auxHébreux ses commandements avec de grands effrois et plusieurs bruits de tonnerre; mais il le fallait pour épouvanter des gens qui ne se fussent pas rendus à composition que par crainte ; et que, d'autre part, Notre-Seigneur vint doucement à ses Apôtres, qui étaient plus dociles et moins ignorants des mystères divins. Il est vrai qu'il y eut quelque son et un petit bruit; mais Dieu le permit à cause des Juifs, et pour des raisons marquées en TÉcriture sainte. Voyez encore, sur la manière de distinguer les opérations de la grâce et de conduire les âmes qui en sont favorisées, ce que nous avons dit aux n"" 283 et suivants.
ARTICLE V