AVEC LES AMES LES PLUS NÉCESSITEUSES
310. (Prêtre sanctifié, n*** 80-83.) — Ce n'est pas seulement ^'^ ^\ '^'^avec les âmes pieuses et privilégiées, c'est surtout avec les pécheurs que vous aurez souvent besoin de faire usage de toutes vos qualités de père, de médecin, etc., parce que votre conduite doit être bien différente suivant les différentes maladies. Vous voilà donc en présence de personnes qui ont des obligations graves et difficiles, comme de se corriger de mauvaises habitudes, d'ôter des occasions prochaines de péché, de pardonner à des ennemis, ou de restituer le bien ou la réputation d'autrui. C'est ici qu'un confesseur négligent court risque de laisser de semblables pécheurs croupir^ pendant de longues
sionoaires.
328 MANUEL DBS CONFESSEURS.
années, dans leurs vices et dans l'omission de leurs devoirs. De même, c'est ici qu'un confesseur trop sévère dans ses principesy ou étranger à la science ascétique et peu charitable, court risque^ en exigeant trop de semblables pénitents, ou en les aidant peu à accomplir leurs obligations, de les jeter dans le découragement et le désespoir.
Quant aux habitudes et aux rechutes, la fréquence et la gravité de ces maladies spirituelles demandent que cette question soit traitée à part ; je le ferai bientôt. Une autre obligation qui veut être exposée avec un soin tout particulier est celle d'éloigner l'occasion prochaine du péché, lorsqu'elle est du nombre de celles que saint Charles appelle occasion in esse^ comme d'avoir dans sa maison une personne avec qui on a coutume de pécher. Au n"" 67 je vous ai indiqué le moyen de connattre si l'occasion est prochaine, ou si elle ne l'est pas. Supposé qu'elle \» soit, la rigueur avec laquelle vous en exigez l'éloignemeot est tendresse pour les Âmes ; la condescendance serait cruauté. Ainsi, malgré toutes les promesses que le pénitent vous fera de la renvoyer, régulièrement parlant, vous ne devez pas, même pour la première fois, vous fier à sa promesse, mais exiger qu'il commence par l'éloigner avant de lui donner l'absolution. En effet, il s'agit ici d'un objet séduisant qui est toujours sous ses yeux, par conséquent qui l'excite continuellement au péché, non seulement d'omission en ne le renvoyant pas, mais encore de commission par de nouvelles fautes formelles intérieures, ou même extérieures.
Que si, dans certain cas, il ne pouvait ôter cette occasion à raison d'une véritable impossibilité physique ou morale, telle que l'infamie, ou le scandale, ou quelque autre inconvénient très grave, dans ce cas même, prenez, avant de l'absoudre, les moyens les plus propres à la rendre éloignée, de prochaine qu'elle était. Assurez-vous d'abord de quelque amendement de sa part. Si vous ne pouvez pas même lui différer l'absolution pendant un certain temps sans quelque inconvénient, alors, si vous le trouvez repentant et disposé à recevoir les remèdes nécessaires et commandés par la prudence, comme de ne pas rester seul avec cette personne, de faire quelque mortification, surtout de recourir fréquemment à la prière et à la confession, vous pouvez l'absoudre sur sa promesse. Telle est, sur
ces différents cas, ainsi que vous le verrez aux n"^ 330 et suivants, la doctrine de saint Charles dans ses Avis aux confesseurs,
311. — S'agit-il de Téloignement des autres occasions de d« léioignement péché et des autres obligations énumérées plus haut, sans doute ^ *'^"<»"*ce sera toujours un excellent conseil à suivre de faire en sorte que le pénitent les accomplisse avant de recevoir l'absolution. Cependant, comme le pense encore saint Charles, le confesseur peut bien l'absoudre d'abord une et même deux fois sur sa promesse sincère de les remplir. Faites-le toutes les fois que^ n'ayant pas lieu de douter prudemment de la sincérité de ses promesses, vous avez quelque autre motif de ne pas lui différer l'absolution ; par exemple, s'il ne pouvait pendant quelque temps revenir se confesser. Dans ces cas-là, au lieu de lui différer l'absolution, employez tout votre zèle à augmenter en lui la contrition et le ferme propos, à lui donner des moyens, cfes motifs et des exemples capables de lui faire accomplir promptement son devoir. Je vous ai donné une idée de tout cela au n"* 36. Mais vous seriez bien relâché si, le pénitent ayant manqué plusieurs fois à de semblables promesses, vous vous hasardiez à l'absoudre sans autre épreuve que de pareilles protestations : en voici la raison fondamentale.
Ces pénitents peuvent ordinairement accomplir leurs obligations par un seul acte, c'est-à-dire en renvoyant, restituant, saluant leur ennemi, etc. ; et pour accomplir cet acte prévu d'avance, ils ont toute la facihté de se préparer et de se fortifier par des prières, etc. S'ils ne le sont pas, vous n'avez aucun signe d'une volonté vraie et efficace; ainsi, vous ne pouvez prudemment les absoudre : le manquement à leurs anciennes promesses forme une présomption contraire à toutes leurs pro* testations. Mais c'est alors qu^obligé comme juge à leur différer une sentence favorable, vons devez les aider plus encore que la première fois par votre charité et votre habileté. Donnezleur de nouveaux motifs afin qu'ils ne diffèrent plus ; dites-leur qu'aussitôt après avoir satisfait à leur devoir, ils reviennent et que vous les consolerez. Convenez avec eux d'un temps après lequel, soit qu'ils aient ou non accompli sincèrement leur obligation, ils retourneront auprès de vous, du moms pour reprendre haleine, et vous dire les difficultés qu'ils auront rencon-
330 MANUEL DBS CONFESSEURS.
trées, afin que vous puissiez les aider plus efficacement ou même les dispenser^ s'il y a des raisons suffisantes. mT renée entre 312. — Pour cela, conuaissez d'abord ce qui les a empêchés l'obiifl^ation de jg satisfaire dès la première fois. Ici remarquez la différence
restituer et dé- \ * i» t i« «• ■! *..
loigner l'occa- quo VOUS dcvcz mcttro entre I obligation de restituer et celle sion prochaine, (j'éloiguer l'occasion. Daus ce dernier cas, il s'agit d'un danger continuel et pressant de péché, non pas matériel, mais formel, qui cause la perte de deux âmes et l'offense de Dieu. C'est pourquoi vous devez vous garder de toute indulgence, si ce n'est lorsqu'il y a impuissance physique ou morale. Il n'en est pas de même de la restitution. Si vous trouvez des difficultés suffisantes pour la différer licitement, quoiqu'elles ne soient pas assez fortes pour en dispenser, et que le créancier, s*il en est instruit, aurait tort d'être mécontent du délai, ne vous obstinez pas à refuser l'absolution : autrement, sans être utile au créancier, qui ne sera pas payé, vous nuisez au bien spirituel du débiteur. Assurez plutôt l'absolution en lui fixant un temps pour payer. Jusque-là dites-lui de prier chaque jour ou souvent, afin d'obtenir le courage de payer sa dette, et la grâce de s'en souvenir. Imposez-lui l'obligation de revenir se confesser à une époque fixée, afin de reprendre de nouvelles forces, et sachez lui indiquer les moyens de lever les difficultés quHl rencontre dans l'accomplissement de ses devoirs.
Par exemple, s'il s'agit d'une réconciliation, et qu'il vous objecte la crainte d'être mal reçu de son ennemi, ne le dispensez pas du devoir de la charité même extérieure, surtout s'il s^agit de faire cesser un scandale ; mais engagez-le à se faire préparer un bon accueil par quelque intermédiaire, et à se rendre ensuite chez une personne agréable à l'un ou à l'autre. Celui qui a découvert des choses vraies, mais secrètes, pour réparer sa médisance avec moins de honte pour lui et plus d'avantage pour le prochain, pourra dire à ceux qui l'ont entendu de ne pas en reparler, parce qu'il a vu qu'il était tombé dans l'erreur. En cela il ne ment pas, car il a réellement erré, si ce n'est contre la vérité, du moins contre la charité : pour effacer la mauvaise opinion qu'il avait donnée du prochain, il ne convient pas qu'il s'explique davantage. Celui qui, en renvoyant de • sa maison la personne qui est pour lui une occasion de péché, craint de donner des soupçons ou de confirmer ceux qui pour-
raient exister, doit faire en sorte que ce soit la personne ellemême qui demande à s^en aller.
: 313. — Mais sur l'accomplissement des obligations, je dois DiMrétion dans vous donner quelques avis, afin que vous sachiez user d'une <^«'f*"^ «*^ salutaire discrétion dans certaines circonstances critiques. Il tiques. vous arrivera donc souvent dans la conduite des âmes, même bonnes, de les trouver rebelles à certaines choses que vous demanderez d'elles. Si vous vous obstinez, et si vous les croyez indignes de Tabsolution parce qu'elles ne veulent pas céder, pour obtenir une chose, vous en perdrez cent : que dis-je ? vous ' perdrez tout; elles quitteront la dévotion et les sacrements, et n'iront plus se confesser ni à vous ni à d'autres, parce qu'elles ne veulent pas faire ce que vous demandez. Or, abandonnant leurs exercices ordinaires de piété, combien ne seront-elles pas exposées à se perdre? Et ce sont souvent les bonnes âmes qui, une fois perverties, tombent dans les plus grands désordres.
En pareil cas, soyez bien en garde contre un zèle indiscret qui, dans la crainte de charger votre conscience et la conscience des autres par un indigne relâchement, vous expose au danger de faire périr cette âme.Yoyez si ce que vous exigez n'est pas une obligation certaine, si elle n'est pas imposée ^6 veniali^ et non sub gravi. Si le pénitent n'est pas obligé de s'accuser de Tavoir omise parce qu'elle est légère, cédez-lui sur ce point. En effet, cette âme peut être capable d'absolution, pourvu qu'elle se lepente et soit sincèrement disposée à remplir les autres obligations, ce qui suftil pour l'absoudre du reste. Cédez donc, et profitez même de cette condescendance pour la porter à accomplir avec plus d'ardeur ses autres devoirs, et même pour faire quelque bonne œuvre de plus qu'à l'ordinaire pour obtenir de nouvelles grâces.
Hais si l'obligation est tout à la fois grave et certaine, et que le pénitent le reconnaisse sans avoirla force de l'accomplir, dans ce cas, il est indigne de l'absolution, et vous ne devez pas la lui donner. Dites-lui de prier beaucoup pour obtenir le courage nécessaire; donnez-lui tous les moyens et toupies motifs de l'animer à son devoir, et cherchez s'il y a quelque voie licite d'en faciliter l'accomplissement. Si, au contraire, l'obligation étant grave et certaine, le pénitent l'ignore, et que vous jugiez avec beaucoup de fondement qu'étant averti, il ne se résoudra point
à Taccomplir actuellement ni peut-être jamais, à raison de sa grande difficulté, c'est alors que la prudence vous fait un devoir d'être plus réservé que jamais dans vos paroles.
Examinez d*abord si l'ignorance du pénitent est vincible ou invincible. Si elle est vincible, par exemple si le pénitent a des doutes, à plus forle raison s'il vous interroge, c'est votre devoir de l'instruire et de lui manifester la -vérité ; mais n'allez pas au delà de ce qu'exige son doute ou ses questions. Exemple, si un homme qui a contracté mariage avec un vœu simple de chasteté vous demande si son mariage est valide, ou sil peut rendre le devoir conjugal, répondez-lui affirmativement pour l'un et pour l'autre ; mais ne lui dites rien de l'obligation où il est dene pas demander le devoir jusqu'à ce que vous lui ayez obtenu la dispense qui le délivre de ce lien et de cet empêchement. SiTignorance est invincible et n'a pas pour objet une chose nécessaire de nécessité de moyen au salut du pénitent, ni préjudiciable à autrui, mais soit cause d'un simple péché matériel poorle pénitent, dans ce cas vous pouvez, vous devez même quelquefois dissimuler et vous taire pour éviter un plus grand mal.
Par exemple, si dans le cours de la confession vous apprenez que le pénitent a contracté un mariage nul, à cause d'un empêchement occulte dont il n'a pas connaissance, et que vous prévoyiez que la manifestation de cet empêchement Texposerait à ufi grand danger d'incontinence, ou bien occasionnerait de graves désordres, vous devez le laisser dans sa bonne foi et son ignorance non coupable. En attendant, procurez-lui secrètementh dispense nécessaire, et, quand le moment sera venu, vous Tavertirez en lui faisant connaître la manière de revalider son mariage. Telle est la conduite que, suivant Benoît XIY*, lepastenr doit tenir lorsqu'il découvre qu'un de ses paroissiens a contracte mariage avec un empêchement dirimant. Je vous ai donné ces instructions, parce que, employées à propos au tribunal de la pénitence, elles empêcheront beaucoup de péchés et contribueront à la gloire de Dieu et au salut de vos pénitents. Différente, espè- 314. (Saint Alλhon8e, n~ 61-67.) — Mais le point le plusimces doccasion. portant dc la direction et le plus utile au salut des âmes, c'est la bonne conduite des confesseurs avec les occasionnaires, t^ habitudinaires et les récidifs. Les occasionnaires et les récidifs:
1 Notif. 87, n. ^. sur les recours de la pénitencerie.
MANUEL DBS CONFESSEURS. 333
voilà deux écueils contre lesquels la plupart des confesseurs viennent se briser, en manquant à leur devoir. Bientôt je vous parlerai des habiludinaires et des récidîfs : nous allons nous occuper de ceux qui sont dans l'occasion. Il est certain que, si les hommes avaient soin de fuir les occasions, on éviterait le plus grand nombre des péchés qui se commettent. Sans l'occasion, le démon gagne peu ; mais quand l'homme se met volontairement dans l'occasion prochaine, le plus souvent, et presque toujours, le démon triomphe. L'occasion, surtout en matière de plaisirs sensuels, est comme un filet qui entraîne au péché et qui aveugle l'esprit ; en sorte qu'on fait le mal sans presque s'en apercevoir. Mais venons à la pratique.
L'occasion se divise d'abord en volontaire et en nécessaire : la volontaire est celle q\x' on peut facilement éviter ; hnécessaire est celle qu'on ne peut éviter sans un grand inconvénient ou sans scandale. Elle se divise ensuite en prochaine et en éloignée : V éloignée est celle où l'on pèche rarement ou bien qui se rencontre partout ; la prochaine^ per se, est celle dans laquelle les hommes communiier ul plurtmum deficiunt; la prochaine,/?^ €LccidenSy ou relative, est celle qui, sans être prochaine pour les autres, attendu que par elle-même elle n'entraîne pas communément les hommes au péché, est néanmoins prochaine relativement à certaine personne, ou parce qu'elle y a fréquemment péché, ou parce qu'elle peut craindre prudemment d'y pécher, par l'expérience qu'elle a de sa fragilité.
Quelques docteurs veulent qu'on ne regarde comme occasion prochaine que celle où l'on tombe presque toujours, ou du moins le plus souvent. Mais, suivant l'opinion la plus commune et la plus vraie, l'occasion prochaine est celle où l'on est tombé fréquemment^. Il faut cependant remarquer deux choses : l"" quelquefois l'occasion, qui, pour d'autres personnes, communément est prochaine, peut n'être qu'éloignée pour une personne très prudente et très pieuse ^ ; 2"" certaines occasions, qui pour d'autres communément sont per se éloignées, sont peut-être prochaines pour celui que de nombreuses rechutes et le penchant à quelque vice, surtout le vice honteux, ont rendu très faible et très facile à tomber. Ainsi^ il est obligé
« Lib. VI, n. 4B2. - « Ib., 464.
de fuir non seulement les occasions prochaines, mais encore ces sortes d'occasions éloignées qui pour lui sont prochaines. Marque des oc 315. — Durcstc, celui-Iàcst Certainement dansToccasloD pro- *****"m"*^**"" chaine : 1** qui retient dans sa propre maison une femme avec laquelle il a coutume de pécher souvent ; 2'' celui qui, en jouant, est fréquemment tombé dans le blasphème ou la fraude ; 3' celui qui, dans certaine auberge ou dans certaine maison, a coutume de tomber dans Tivresse, oudans des rixes^ ou dans des actioos, ou des pensées ou des paroles obscènes. Ces pénitents ne peuvent être absous qu'après avoir ôté l'occasion, ou dumoins s'ils ne promettent de Tôter suivant la distinction établie au numéro suivant. De même, on ne peut donner l'absolution à celui qui, allant dans une maison, ne fût-ce qu'une fois par an, yatoujours péché ; car pour lui, aller là, c'est une occasion prochaine. De même encore, on ne peut absoudre ceux qui, sans pécher dans l'occasion, sont pour les autres un grave sujet de scandale^ Quelques docteurs^ ajoutent qu'on doit aussi refuser l'absolution à celui qui ne laisse pas l'occasion extérieure lorsqu'il s'y joint une habitude vicieuse, ou une grande tentation, ou une violente passion, bien que jusqu'alors il n'ait pas succombé. La raison en est qu'il peut facilement tomber plus tard s'il ne s'éloigne pas de l'occasion. Ils disent en conséquence qu'une servante fortement tentée par son niattre, et qui sent qu'elle peut être entraînée facilement, est tenue de quitter cette maison, si elle peut le faire librement; autrement, c'est une témérité de sa part de se croire en sûreté. Conduite prati. 316. — G'cst ici quc Ics confcsseurs doivcut faire attcntioude '^"*' ne pas permettre aux futurs époux d'aller dans la maison de leurs futures épouses, ni à celles-ci ou à leurs parents de les y admettre ; car il est rare qu'en pareille occasion ces époux ne se rendent coupables, du moins en paroles ou en pensées: car, entre ces futurs époux, tous les regards, tous les entretiensportent au péché. Il leur est moralement impossible de converser ensemble sans ressentir des attraits pour les actes honteux qui doivent suivreautempsdumariage. Generaliterautemloquendo de adolescentibus et pueUisqui invicem se adamant^quippenon sunt isti omnes indistinctede gravi culpa damnandi, sed ordiua-
« Lib. VI, !i. 452; V. Ex prœmùs's. — « Ibid,
rie puto, ipsos dif&culter esse extra occasionem proximam lethaliterpeccandi. Id nimium experientia patet; nam ex centum adolescentibus vix duo aut très in occasione morialibus invenientur immunes ; et si non in principio, saltem in progressu. Taies enim adamantes prius conversantur invicem ob propensior nem, deinde propensio fit passio, et passio, postquam radicem in corde fixent, mentem obtenebrat, et illos in mille crimina ruere facit. Hinc cardinalis Picus de Mîrandula, episcopus Albanensis, in sua diœcesi per edictura suos admonuit confessarios, ne taies adamantes absolverint, si postquam ter ab aliis jam fuerint admonili, ab hujusmodi amore sectando non abstinuissent, prsesertim tempore nocturno aut dm, aut clam aut intra doraos (cum facili periculo osculonim et tactuum), aut contra parentum prseceptum, aut cum altéra pars prorumpit in verba obscœna, aut cum scandale (prout si in ecclesia), aut cum conjugatiSy claustralibus, aut clericis in sacris.
A ce propos il est bon d'avertir, en général, que, lorsqu'il s'agit de danger de péché formel, et surtout de péchés honteux, plus le confesseur usera de sévérité à l'égard du pénitent, plus il sera utile à son âme. Au contraire, il sera d'autant plus cruel pour son pénitent, qu'il sera plus facile à lui permettre de se placer dans l'occasion. SaintThomas de Villeneuve appelle les confesseurs qui se montrent condescendants sur ce point impie pios. Une telle charité est contre la charité. En pareil cas, les pénitents ont coutume de représenter au confesseur que l'éloignement de Toccasion produira un grand scandale. Soyez ferme, et ne tenez pas compte de semblables scandales : ce sera toujours un plus grand scandale de voir que ce pénitent n'éloigne pas Toccasion, même après s'être confessé. Ou Ton ignore son péché, et alors on ne formera aucun mauvais soupçon ; ou bien on le connaît ; dans ce cas le pénitent recouvrera bien plutôt sa réputation qu'il ne la perdra, en éloignant Toccasion.
317, — Beaucoup de théologiens disent qu'on peut absou- Duiinciion iœdre une première ou une seconde fois le pénitent qui est dans ^^"^ Toccasion prochaine volontaire, avant même qu'il l'ait ôtée, pourvu qu'il soit dans la ferme résolution de l'éloigner au plus tôt. Mais il faut distinguer, avec saint Charles Borromée, entre les occasions in esse^ comme si un homme tient une concubine dans sa maison, ou si une servante tombe solUcitée par son
maître, et autres cas semblables ; et les occasions qui ne sont pas in esse^ comme si dans le jeu un homme blasphème dam les cabarets, se querelle et s'enivre ; dans les conversations, se rend coupable de paroles ou de pensées déshonnètes, etc. Dans ces dernières occasions, qui ne sont pas in esse, saint Charles dit que, si le pénitent promet avec une ferme résolution de les quitter, on peut Tabsoudre deux et même trois fois. Qae si, après cela, il ne se corrige pas, on doit lui différer YAsolution jusqu'à ce qu'on voie par le fait qu'il a ôté roccasion. Quant aux occasions du premier genre, c'est-à-dire m esse, le saint dit qu'on ne doit point absoudre le pénitent qu'il n'ait d'abord entièrement ôté l'occasion : sa promesse ne suffit pas. Or, ce sentiment je l'ai tenu et je le tiens encore pour certain, ordinairement parlant; et je crois l'avoir clairement établi dans la Théologie^. La raison en est qu'un tel pénitent est indignede l'absolution, s'il veut la recevoir avant d'ôter Toccasion; car par là il s'expose au danger prochain de manquer à la résolution qu'il a formée d'ôter l'occasion, et ainsi d'y rester comme auparavant. Il est certain que celui-là pèche mortellement qui est dans l'occasion prochaine volontaire du péché mortel et qui ne Técarte pas.
Or, l'éloignement de l'occasion est une chose très difficile, et qui exige une grande violence ; mais cette violence, le pénitent, une fois absous, se la fera difficilement ; car, délivra de la crainte de ne pas recevoir l'absolution, il se flattera aisément de pouvoir résister à la tentation sans éloigner Toccasion ; ainsi il y restera, et tombera certainement. Voilà ce que prouve l'expérience journalière de tant d'infortunés qoi, absous par des confesseurs imprudents, n'écartent pas l'occasion, et retombent plus bas qu'auparavant. Donc, à cause du danger de manquer à sa résolution, le pénitent pèche gravement qui reçoit l'absolution avant d'avoir éloigné l'occasion, et plus gravement encore pèche le confesseur qui la lui donne. Suite. 318. — J'ai dit ordinairement parlant, car les théologiens
exceptent d'abord ^ le cas où le pénitent donnerait des signes tellement extraordinaires de conli'ition, qu'on pourrait juger avec prudence qu'il n'est plus exposé au danger prochain de manquer à la résolution d'ôter l'occasion* En effet, ces signes
« Lib. VI, n. 464. — • Ub. VI ; Dixii tamen.
annoncent que le pénitent a reçu une grâce plus abondante avec laquelle on peut espérer qu'il sera fidèle à éloigner Toccasion. Néanmoins, toutes les fois qu'on peut commodément différer Tabsolution, je la lui différerais, même dans ce cas-là. jusqu'à ce qu'il ait réellement écarté Toccasion. On excepte encore le cas où le pénitent ne pourrait pas reyenir, ou du moins que longtemps après. Alors on peut Tabsoudre si on le juge bien disposé et résolu à éloigner l'occasion sur-le-champ.
Dans ce cas, on regarde comme éloigné le danger de manquer à sa résolution, à cause de la grande peine, magni onetns^ que deTrâit sulnr le pénitent s'il se retirait sans l'absolution. En effet, il serait obligé ou de répéter sa confession à un autre prêtre, ou de rester pendant longtemps privé de la grftce du sacrement. Donc étant alors dans une nécessité morale de recevoir l'absolution, il a une raison pour être absous surle-champ^; et, puisqu'il ne peut ôter 11)ccasion, avant de recevoir l'absolution, il est censé comme dans une occasion nécessaire. Cependant cela n'est point admissible si le pénitent, averti déjà par un autre confesseur d'ôter l'occasion, ne l'a pas fait, car il est comme récidif. Dès lors il ne peut être absous, à moins qu'il ne donne des signes extraordinaires de repentir, ainsi que nous le dirons plus tard.
319. — Voilà ce qui regarde Toccasien prochaine volontaire, occasions néees. Si Toccasion est nécessaire onphysiquementy par exemple si une personne était en prison ou à l'article de la mort, sans avoir ni le temps ni le moyen de chasser sa concubine ; ou moralement, c'est-à-dire si l'occasion ne pouvait s'éloigner sans scandale, ou sans grave inconvénient pour la vie, la réputation, les biens de la fortune, comme disent communément les docteurs' ; dans ce cas le pénitent peut être absous sans ôter l'occasion. En effet, il n'est pas obligé de l'éloigner, pourvu qu'il promette d'employer les moyens nécessaires, afin qu'elle devienne éloignée, de prochaine qu'elle est. Ces moyens sont, surtout dans l'occasion du péché honteux, d^éviter la familiarité, et même, autant que possible, la vue du complice ; de fréquenter les sacrements et de se recommander souvent à Dieu, en renouvelant chaque jour, surtout le matin, devant un crucifix, la résolution de ne plus pécher et d'en éviter l'occasion autant que faire se pourra. La
1 Lib. V; Excipiendus 3. - > Ilnd., VI, n. 455.
sftires.
raison en est que l'occasion de péché n'est pas proprement un péché en elle-même, et n'entraîne pas la nécessité de pécher. Ainsi, l'occasion n'est point incompatible avec un vrai repentir et un ferme propos de ne pas retomber.
Il est vrai, chacun est obligé de sortir du danger prochain de pécher, mais cela s'entend lorsqu'il veut librement, sponte^ un semblable danger. Si donc l'occasion est moralement nécessaire, le danger devient éloigné par l'emploi des moyens convenables, et Dieu ne manque pas d'assister de la grâce celui qui est vraiment résolu de ne plus TofTenser. L'Écriture ne dit pas : Celui qui est dans le danger y périra, mais celui qui aime le danger. Or, on ne peut dire que celui-là aime le danger qui s'y trouve malgré lui. De là ce mot de saint Basile : Qui urgenti aliqua causa etnecessitate sepericulo objicity velpermitHt se esse m Uh, cum tamenalias nollety non tamdicitur amare periculum^ quam invUus subire; et id^ magis provide bit Dem ne in illo pereat^. Suite. 320. — En conséquence, les théologiens regardent comme ca-
pables d'absolution ceux qui ne veulent pas quitter un emploi, une occupation ou une maison dans lesquels ils ont accoutumé de pécher parce qu'ils ne peuvent les quitter sans grave dommage, toutes les fois qu'ils sont véritablement résolus de se corriger et d'employer les moyens de le faire. Tels sont, par eiemple, les chirurgiens qui, en soignant les femmes, ou les curés qui, en les confessant, sont tombés dans le péché, si, en abandonnant ces fonctions, ils ne pouvaient vivre suivant leur état'. Mais tous conviennent qu'il est utile, dans ce cas et autres semblables, de différer Tabsolution, quand ce ne serait que pour rendre le pénitent plus attentif à pratiquer les moyens prescrits. Pour moi, j'estime que le confesseur non seulement peut faire cela, mais encore qu'il y est obligé, toutes les fois qu'il le peut commodément, surtout lorsqu'il s'agit du vice honteux.
En effet, médecin des âmes, il est tenu de leur administrer les remèdes les plus convenables. Or, je soutiens qu'il n'est pas de meilleur remède pour celui qui est dans l'occasion prochaine que le délai de l'absolution. Cela n'est que trop prouvé par l'expérience de tant de malheureux qui, une fois absous, négligent les moyens indiqués, et retombent ainsi avec une déplorable facilité. Au contraire, si vous différez Tabsolution à un pénitent
f In constitut. mon., c. iv. — ' Lib. VI, n. 455, in fin.
MANUEL DBS CONFESSEURS. 339
il sera plus soigneux à pratiquer les moyens prescrits et à résister aux tentations, dans la crainte d'être renvoyé de nouveau sans absolution lorsqu'il retournera se confesser. Peut-être sur ce point me trouvera-t-on trop sévère ; mais telle est la conduite que j'ai toujours tenue et que je tiens encore avec ceux qui sont dans Foccasion prochaine même nécessaire, et quoiqu'ils me donnent des signes extraordinaires de contrition, toutes les fois qu'il n'y a pas une nécessité particulière de les absoudre sur* le-champ. Je crois par là être beaucoup plus utile au salut des pénitents. Plût à Dieu que telle fût la conduite de tous les confesseurs! Combien de péchés de moins sur la terre, et combien d'âmes de plus dans le ciel !
Je le répète, lorsqu'il s'agit de retirer le pénitent du péché formel, le confesseur doit suivre les opinions plus bénignes autant que le permet la prudence chrétienne ; mais lorsque les opinions bénignes rendent plus prochain le danger du péché formel, comme il arrive surtout en matière d'occasions prochaines, je dis qu'il est souverainement utile et quelquefois nécessaire que le confesseur prenne pour règle de conduite les sentiments plus sévères : dans ce cas ils sont plus avantageux au salut des âmes. Que si le pénitent placé dans l'occasion nécessaire retombe toujours de la même manière, quoique en employant tous les moyens, et avec peu d'espérance d'amendement, je dis qu'on doit absolument lui refuser Tabsolution, s'il ne commence par ôter l'occasion ^ C'est ici qu'il faut appliquer le précepte de l'Évangile : Si oculiis tuu$ scandalizat te, erue eum^. Il faut excepter le cas où le pénitent donnerait des marques si extraordinaires de contrition, qu'on pourrait concevoir une espérance prudente de son amendement^.