‹ Manuel des confesseursChapitre 64 sur 74 · B. Léonabd, n^* 19-24.) — Vous voyez qu'il faut une · texte numérisé non relu

B. Léonabd, n^* 19-24.) — Vous voyez qu'il faut une

« Ub. VI, n. 455. — « Marc, ix, 46.

* Lib. VI, n. 455, in fin. Le manque de foi plus grand aigourd*hui qu'au temps de saint Alphonse, et plus général en certains pays qu'en Italie, TinsensibiÛté pour les intérêts éternels, les dangers semés partout, la crainte souvent bien fondée d'éloigner le pénitent, longtemps, et peut-être toujours, des sacrements, par un refus sévère d'absolution, rendent plus difficile que jamais l'application de ces sages règles. U faut, d'une part, que le confesseur répète avec une ferveur particulière : Va midi sedium iuarum assistricem sapientiam ; et, d'antre part, qu'il médite bien devant Dreu le principe : Sacramenta propter homines. (Note du iraduct,)

Fermeté néocs- Mlre.

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grande prudence de la part du confesseur pour éviter le double écueily ou d'une condescendance excessive.et affectée, ou d'une rigueur outrée dans la direction d'un malheur habitudinaire qui, enveloppé de toutes parts de ses mauvaises habitudes, fait plus de chutes que de pas. Mais, pour briser les chaînes qui attachent et qui accablent un occasionnaire, engagé depuis de longues années dans des occasions du péché, oh! combien il font de piété et de fermeté dans le ministre du sacrement! Pour lever tous les obstacles, son courage doit égaler sa prodeoce. Sans une sainte rigueur inspirée par un cœur fortement résolu à triompher, jamais il ne remportera la victoire. Quoi de plus expressif que les paroles par lesquelles le Saureor nous apprend la rigueur dont il faut user avec ces malades presque désespérés! Les remèdes qu'on peut leur appliquer se réduisent à trois, et les voici en trois mots : fuite, fer et fea. Si oculus tuus scandalizat te^ erueeum etprojice abs te. Quand l'occasion serait plus chère à votre pénitent que la prunelle de ses yeux, il doit absolument la quitter : Fuite^ fer et feu. Simanus tua scandalizat te, abscide eam, etprojice abs te. Si celautre souille continuellement sa main dans les jeux, les festins et les débauches, qu'il la coupe sans miséricorde : Fuite, fer et fea. Si pes tuus scandalizat te, abscide eum, et projice abs te. Sï fréquente telle maison, tel cabaret, telle compagnie où il tombe journellement, qu'il s'en éloignée tout prix : Fuite, fer et feu. Projice, abscide. Ces paroles sont si claires et si impérieuses, . qu'elles doivent nous animer à former une sainte ligue, et à oe jamais absoudre celui qui, se trouvant dans l'occasion prochaine de péché, peut et ne veut pas la quitter. Ayez donc devant les yeux la proposition condamnée : Potest cdiquonifi absolvi, quiinproxima occasionepeceafidiversatur, quampétesi etnonvultomittere, quinimo directe, etexpropositoqussrit^o:^ eise ingerit. Elle vous dit cette fausse proposition : PotesioH' quando absolvi. Quelle sera la vraie? la voici : I^unquam potest absolvi qui inproxima occasione peccandi versatur^ etc. Non, non, on ne doit jamais absoudre celui qui veut croupir dans

Ha ucsinié- ^'^^^^siou prochaiue du péché*.

rieures et exté- 322. — Mals, pour procédcr avoc prudence et pour établirno-

rieuref, et de ^^

roccasion pro- ^ Voir, à la fin de l'ouvrage, la liste des principales propositions condamnées cbaioe. par Alexandre VI et par Innocent XI.

MANUEL DBS CONFESSEURS. 341

Ire doctrine sur un fondement solide, il convient d'abord d'exposer en quoi consiste réellement Toccasion prochaine. C'est un point souverainement délicat, et sur lequel tous les docteurs ne sont pas d'accord. Pour nous mettre en sûreté, nous suivrons le sentiment le plus commun, et que les adversaires mêmes ne peuvent raisonnablement combattre. Je commence par supposer que personne n'ignore qu'il n'y a pas identité entre le danger de pécher et Toccasion prochaine, ni même entre le-danger prochain et Toccasion prochaine. En effet, Toccasion prochaine dépend nécessairement et toujours de quelque circonstance extérieure que ne porte pas avec lui le danger, bien qu'il soit prochain. Êclaircissons cette proposition par un exemple.

David, du haut d'une galerie de son palais, aperçoit de loin Bethsabée qui se baigne^ Hélas I comme Tœil entraîne le cœur I Ju8que*là il n'y avait que le danger de pécher; mais bientôt, poussé par sa concupiscence, il fait, il regarde tant que, missis nuniUs tuUit eam. Voilà l'occasion prochaine produite par la circonstance du lieu et de la présence de l'objet, supposé toujours cependant la fréquence des chutes sans laquelle l'occasion prochaine n^existe pas. Ainsi deux choses constituent l'occasion prochaine : la première, la propension intérieure à pécher, d'où natt le péril.; la seconde, la circonstance extérieure qui donne l'impulsion et présente la facilité dépêcher. Malgré toute sa disposition intàieure à pécher, David n'aurait jamais commis l'adultère sans la circonstance extérieure du lieu et de Tobjet présent ; cMime aussi, placé dans la même circonstance, il n'aurait jamais péché sans sa mauvaise disposition intérieure. De plus, sa chute ne pourrait être appelée occasion prochaine si elle ne s'était répétée plusieurs fois et fréquemment ; car il vécut avec Bethsabée pendant plus d'un an, au grand scandale de tout le peuple. Tels sont les fondements sur lesquels nous établissons hi définition de l'occasion prochaine.

On donne communément ce nom à celle où, attendu les circonstances de la persânnCy du lieu et de F expérience passée ^ on péche toujours oupresque toujours y oudumoins fréquemment. C'est ce qui la distingue de l'occasion éloignée dans laquelle, eu égard aux mêmes circonstances, on ne pèche que rarement. Ainsi, Toccasion prochaine n'est jamais telle que quand elle a, d'une

« II Reg., n, 4.

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manière absolue ou relative, une union fréquente avec le péché. Tel est le caractère propre qu'assignent les théologiens pour la distinguer de Toccasion éloignée. Les autres définitions, quoique conçues en termes différents, reviennent toutes à celle-ci; car tous les docteurs exigent la fréquence des chutes, au moins relative, c'est-à-dire que le plus souvent on tombe dans le péché auquel on s'expose.

Mais doit-on toujours s'en tenir à ce nombre mathématique, de sorte que, si on n'est pas tombé six fois sur dix, on ne puisse appeler l'occasion prochaine? ou bien doit-on former son jugement ^^^rt/mft/m idquodcommunùeraccidity par exemple, à un jeune homme ardent, livré à de mauvaises habitudes, qu'on regarde comme devant infailliblement tomber s'il se trouve dans tel lieu avec telle personne? Tout cela est laissé à la prudence du confesseur. C'est à lui de considérer que certaines occasions sont absolument prochaines pour tous; d'autres relativement, c'est-à-dire par rapport à telle personne. Ainsi, ce qui sera occasion prochaine pour un jeune homme ne le sera pas pour un vieillard, parce que la première condition de l'occasion prochaine, c'est-à-dire la propension au péché, manque à celui-ci. Pour éclaircir toute cette matière, il convient d'expliquer avec tout le soin possible les deux principes constitutifs de l'occasion prochaine.

Suite. 323. — Et d'abord, quant à la propension intérieure qui en-

traine avec elle le danger prochain de pécher, je dis que chacun la connaît par lui-même. En effet, elle sort de ce levain de péché que nous avons hérité de notre premier père. Dans les uns, elle est plus ou moins forte, suivant la qualité des mauvaises habitudes qu'ils ont contractées ; et quelquefois nous sommes obligés de l'affaiblir par des actes contraires, comme nous le dirons en parlant de l'occasion prochaine nécessaire ou involontaire,, parce qu'alors, ne pouvant àter la circonstance extérieure, nous devons affaiblir cette disposition interne, afin que de nécessaire l'occasion ne devienne pas volontaire. Quant à la circonstance, qui est la seconde condition de l'occasion prochaine, je dis qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit toujours mauvaise et très mauvaise; mais de sa nature, comme parlent les théologiens, elle peut être quelquefois bonne, même sainte et très sainte.

MANUBL DBS CONFESSEURS. 343

Afin de ne pas nous laisser séduire par l'apparence du bien, prenons pour exemple un confesseur faible. Il entend la confession : voilà la circonstance extérieure, qui, considérée en elle-même, est une action très sainte. On peut cependant le regarder comme un véritable occasionnaire, si, dominé par quelque mauvaise habitude, il consent bien souvent à des pensées mauvaises : tout en écoutant les confessions, il est constitué dans Toccasion prochaine de péché. Or, il n'est pas douteux qu'il ne soit obligé, dans ce cas, ou de quitter ses fonctions, ou d'employer tous les moyens les plus propres à se corriger. Voudraiton spécifier ces circonstances extérieures, il y en a, pour ainsi dire, autant que de choses au monde. L'un trouve une occasion prochaine dans la circonstance du lieu ; celui-là dans la circonstance de telle personne ; un autre dans la conversation ; celui-ci dans le jeu, dans le négoce, dans le cabaret, dans l'amour, etc. Il n'y a pas une seule chose dans le monde bonne ou indifférente dont la malice de l'homme ne puisse abuser. Ainsi, toutes les fois qu^un pécheur se trouve dans une circonstance, de quelque genre qu'elle soit, où il tombe fréquemment, il mérite le titre infamant d'occasionnaire : il est indigne d'absolution s'il ne quitte efficacement l'occasion dans la manière et la forme que nous remarquons plus loin.

324. — Reste à développer la fréquence des chutes, sans la- Fréquence des quelle il n'y a pas occasion prochaine suivant la définition donnée plus haut. En effet, nous avons établi qu'on appelle proprement occasion prochaine celle où l'on pèche toujours, ou presque toujours, ou du moins fréquemment. Il convient par conséquent d'expliquer ces deux mots, tomber fréquemment. Quant au premier, je crois que c'est une grande erreur, soit des confesseurs, soit des pénitents, qui, s'imaginant qu'il n'y a de véritable occasion prochaine que celle où le péché se consomme par les actes de la plus dégoûtante lubricité, ne-regardent pas comme telle l'occasion où l'on pèche seulement par des paroles ou par des regards, ou par des attouchements licencieux, et beaucoup moins lorsqu'on ne commet que des péchés de désirs ou d'omissions.

Pour dissiper les ténèbres d'une erreur si grossière, proposons l'exemple d'un jeune homme dissolu. Ëpris d'une jeune personne, il ne lui parle pas, il ne l'entretient pas, il ne lui donne

aucun signe de son amour déshonuéte ; mais chaque soir il vient se poster en sentinelle sous sa fenêtre : en la voyant, son cœur s*enflamme, et il consent fréquemment à des pensées indignes. Pourquoi ne regarderait-on pas cette occasion comme véritablement prochaine, puisqu'elle en réunit toutes les conditions? On y trouve la disposition intérieure au péché; on y trouve la circonstance extérieure du lieu et de la présence de Tobjet; on y trouve la fréquence des chutes dans des péchés de pensées : voilà tous les membres qui forment le corps monstrueux de l'occasion prochaine. Comment douter qu'elle en soit une?

Autre exemple pour les péchés d'omission. Un curé, qui est obligé d'instruire son peuple et de visiter les malades en danger, afin qu'ils ne meurent pas sans sacrements, se livre à la chasse ; non pas à la chasse bruyante et défendue par les canons, mais à la chasse de simple agrément. Il se livre au jeu également licite ; il va dans une société très hotanéte, il n'y a pas là ombre de mal ; mais toutes les fois, ou du moins le plus souvent qu'il va à la chasse, au jeu, en société, il néglige Tinstruction de son peuple, ou la visite de ses malades. Comment douter que ce curé ne soit dans une véritable occasion prochaine, en sorte qu'il pèche chaque fois qu'il va à la chasse, au jeu, en société, puisqu'il s'expose au danger prochain de commettre un péché d'omission aussi grave que la négligence de l'instruction ou de l'administration des sacrements aux malades qui en ont besoin?

Telle est l'explication de ce premier mot tomber; reste le second, fréquemment. Pour ne pas nous égarer, il est à propos de remarquer que nous n'entendons pas ici que la fréquence des chutes soit toujours absolue, quant au temps ou quant aux actes, de sorte que, pour constituer l'occasion prochaine, il soit nécessaire de pécher tous les jours, ou presque tous les jours, ou de faire dan^ le môme espace de temps un certain nombre d'actes peccamineux ; non, mais il suffit qu'elle soit relative , c'est-à-dire par rapport au nombre de fois qu'on s'est exposé à Toccasion.

Ainsi, un homme ne tient pas, à la vérité, dans sa propre maison, la personne avec laquelle il a coutume de pécher, moins encore il l'entretient ailleurs dans sa dépendance : le concubinage serait trop évident. Mais il la visite dans une maison qui

ne lui appartient pas, et, pour cacher son intrigue et tromper les regards de ceux qui épient ses démarches, il ne la visite qu'une seule fois par mois et même plus rarement. Il est certain que, s'il pèche le plus souvent quand il se rend dans cette maison, si douze fois l'année il n'en passe pas cinq ou six sans tomber, il doit être infailliblement réputé dans Toccasion pro* chaîne du péché. Quelquefois encore il ne faudra pas s'attacher au nombre matériel des chutes, mais plutôt à examiner quelle est l'influence de l'occasion sur le péché et jusqu'à quel point le péché dépend de l'occasion. Toutes ces considérations sont abandonnées à la prudence du sage confesseur, qui pèsera mû* rement le fait avec toutes ses circonstances.

325. — Ces principes étant solidement établis, et la doctrine Pratique à commune touchant l'occasion prochaine bien expliquée, venons à la pratique. Avant de passer outre, considérez de nouveau la proposition condanm ée : Potes faliqtumdo absolvz, quiinproxima occasionepeccandtversatur^ quampotesty et non vult omùtére, qumimo directe^ et exproposito qusmtaut et se mgerit. Il est certain qu'en appliquant cette proposition aux cas particuliers, on ne manquera pas de rencontrer plusieurs difficultés ; mais toutes se lèvent à l'aide d'un seul principe que voici : Potêr exempter tmpicheur de C obligation de quitter une occasion pro chaîne de péché mortel, il n'y a de raison suffisante que timpos^ sibUité physique ou morale. En effet, si ce n'est pas assez d'une cause utile ni d'une cause honnête^ comme le prouve là censure d*une autre proposition, il s'ensuit qu'une cause nécessaire est le seul motif suffisant; car alorsi en mettant la nécessité d'une part, on est arrêté de l'autre par Timposâibiltté. Au reste, tout cela sera merveilleusement éclairci par la dislinction qu'on a coutume de faire entre l'occasion prochaine volontaire et Toc* casion nécessaire. Nous parlerons d'abord de l'oocasion nécessaire, et ensuite volontaire.

L'occasion prochaine nécessaire ou involontaire est celle qu'un malheureux pécheur ne peut Bi éviter ni détruire. Comment devra4-il donc se conduire? De grâce, soyez attentifs, car c'est ici un nœud très compliqué. Pour le bien délier, il faut re* marquer que cette nécessité peut résulter de trois causes : ou elle dépend de l'homme seul, ou de la femme seule, ou de l'un et de l'autre tout ensemble. De l'homme seul : c'est un enfant qui ne

suivre.

peut sans scandale quitter la maison paternelle, et qui n'est pas le maître de renvoyer la servante cause unique de ses chutes. De la femme : c'est une femme mariée qui ne peut renvoyer de la maison un domestique ou un homme, qui vient la visiter à cause de Tamitié qu'il porte à son mari. De Thomme et de la femme tout ensemble ; lorsque le péché se commet entre deux personnes unies par les liens du sang dans la même famille, par exemple, un frère et une sœur, un beau-frère et une belle-sœur, qui ne peuvent se séparer, parce que leur séparation les exposerait au péril évident d'un grand scandale et de Tinfaoïie en mettant au jour leur conduite criminelle. Il est certain qu'en pareil cas il faut au confesseur une prudence surhumaine : premièrement^ pour discerner si l'occasion est vraiment nécessaire ou si elle est volontaire, si l'impossibilité de se séparer est vraie ou fausse, si c'est un prétexte ou une véritable nécessité. Mais supposé que l'occasion soit vraiment nécessaire, quid agendum? Ici, se trouve tout ce qui constitue l'occasion prochaine : la propension intérieure, qui emporte avec elle le danger prochaia dépêcher; la circonstance extérieure de l'objet présent et da lieu ; enfin, la fréquence des chutes. Voyez combien il importe de bien posséder les principes de morale 1 Une seule considération dissipera tous les nuages et toutes les difficultés, la voici : dans les cas cités plus haut on ne peut ôter la circonstance extérieure, qui est le second principe constitutif de l'occasion prochaine; il fautdoncaffaiblirlepremier,quiestledanger prochain produit par la propension intérieure à pécher, et ainsi faire que l'occasion, qui est prochaine par elle-même, devienne éloignée. Toutefois, le confesseur doit tenir, avec de semblables occasionnaires, la même conduite qu'avec les habitudinaires. Donnent-ils des signes d'une contrition spéciale ou d'autres indices de leur bonne disposition intérieure, absolvez-les en leur indiquant les préservatifs suffisants pour afiaiblir le danger. Mais si l'on ne voit pas de marques sur lesquelles on puisse fonder un jugement prudent de la réalité de leurs bonnes dispositions intérieures, et surtout si, après avoir été avertis deux ou trois fois, ils n'ont pas donné de signes d'amendement, ce serait une grande imprudence de leur donner l'absolution. Le confesseur doit la leur différer en leur assignant les moyens efficaces d'affaibUr ce danger prochain.

Ils peuvent se rédaire à quatre : l"" ne pas se trouver seul à seul avec la personne, évitant même de la regarder, du moins fixement, ne lui parlant pas sans nécessité, surtout' dans des endroits retirés ; 2'' recourir à Dieu par la prière, en lui demandant souvent son secours par ces mots : Mon Jésus, miséricarde, ou par quelque autre oraison jaculatoire, et renouvelant souvent le propos de ne plus pécher, propos qui ne doit être ni faible ni languissant, autrement il serait sans succès; mais fervent, fort et prononcé, qui parte d'une grande douleur d'avoir offensé Dieu par le passé, et d'une ferme volonté de changer de vie ; S"" de recevoir fréquemment les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie du même confesseur, acceptant volontiers tous les remèdes qu'il proposera, comme de recourir aux saints, ou faire des visites à l'église, ou tels autres exercices de piété qu^il jugera plus utiles; 4° faire quelque petite pénitence, en se mortifiant dans la nourriture, ou en s'imposant d'autres peines proportionnées à ses forces et toujours suivant les avis du père spirituel. Je ne veux pas dire que tous ces moyens doivent être employés à la fois, mais tour à lour^ jusqu'à ce qu'on ait obtenu^ avec la grâce de Dieu, Tefiet qu'on désirait.

S'ils obéissent et qu'ils se corrigent à l'aide de ces pratiques de dévotion, on doit les absoudre en observant ce que nous dirons plus tard au sujet desrécidifs, n" 339 et 344. Si, malgré tous ces préservatifs, on ne remarque aucun signe d'amendement, on doit les juger incapables d'absolution, et leur dire ouvertement : Perditio tua ex te. En effet, dans ce cas, remarquez-le bien, l'occasion de nécessaire devient volontaire. Il est vrai, le plus difficile est de distinguer quand cette impossibilité morale est réelle et quand elle est fausse ou seulement apparente; tout cela est laissé à la prudence du confesseur. Je n'ai là-dessus qu^une réflexion à vous communiquer ; quand, dans la pratique, il est plus difficile d'ôter l'occasion qu'il n'est difficile, supposé Toccasion, d'éviter le péché, alors il est évident qu'il y a une vraie impossibilité, autrement vous augmenteriez le danger de multiplier le péché par les mêmes moyens qui sont prescrits pour le détruire.

Ainsi, si le renvoi de la servante, du serviteur, de l'amant, doit occasionner de graves scandales, il ne faut pas l'exiger, mais mettre en œuvre les moyens déjà indiqués pour diminuer

Occasion m

le danger prochain. Lors donc que vous vous trouvez dans de pareils embarras, élevez votre cœur à Dieu, demandez-lui aoe vraie prudence, aGn de ne pas vous tromper, et soyez sûr qu*il ne vous manquera pas. Si vous doutez, prenez eo pareil cas, le parti le plus sûr, qui est toujours le plus favorable an pénitent, puisqu'il l'éloigné du péché. L'expérience vous apprendra qu'en coupant la tète du seul Holopherne, vous reoiporterez une victoire complète ; je veux dire que vous retrancherez d'un seul coup une mullilude de péchés. msioQ m 326. — Venons à Toccasion prochaine volontaire, c'est-à-dire eM qu'on peut, mais qu'on ne veut pas quitter. C'est ici le cas le plus difficile qu'on puisse rencontrer dans le ministère de la confession. Ah! c'est ici qu'il faut tirer Tépée d*un saint zèle, afin de couper entièrement ce nœud fatal, source de tant de péchés. D est incroyable combien les occasionnaires apportent d'excuses, inventent de détours afin de parer le coup qui doit les séparer de Toccasion. Il est donc nécessaire que le confesseur soit sur ses gardes, afin de ne pas croire facilement tout ce qu'on lui dira. Il doit être prêt à réfuter et à pulvériser les objections; fertile à trouver et à indiquer des expédients, afin que le pénitent reste convaincu que les difficultés ne viennent que de son manque de bonne volonté. En effet, si le confesseur ne trouve pas en lui une volonté bien résolue, il ne doit pas l'absoudre. Or, pour procéder avec ordre, il faut distinguer les occasions fVi esse^ suivant la distinction même de saint Gharies dans se^^ Avis aux confesseurs, et celles qui ne sont pas in esse. Pour détruire les premières, qui sont les plus dangereuses, il faut em- [ ployer le fer et le feu. Le saint archevêque ne veut pas qu'on

leur accorde aucune trêve. Il entend par occasion in esse les fréquentations qui ont lieu dans sa propre maison ou autres choses que l'occasionnaire confesse avoir auprès de lui ; Id un concubinaire qui retient dans sa propre maison une femm^ avec laquelle il pèche fréquemment, et qu'il peut renvoyer aussitôt s'il le veut ; tel un libertin qui a placé le portrait d'nne personne aimée dans une chambre où il se trouve souvent, A qu'il peut enlever sur-le-champ ; telle une servante qui, solK* citée par son mattre, consent toujours ou presque toujonrs, bien qu'elle ne fasse aucune avance, et même n'aime pas à être sollicitéCi et qui peut aussitôt quitter la maison, etc.

A coup sûr, en pareil cas, on doil refuser Fabsolution jusqu'à ce qu'on ait absolument dté l'occasion ; gardez-vous d'admettre leurs excuses. Ils vous diront que, privés de cette servante, ils ne peuvent manger aucun mets préparé par d'autres mains ; qpi'ils auront la plus grande difficulté à trouver une autre domestique ; qu'en la renvoyant, ils perdraient une somme notable qu'ils lui ont avancée ; que la maison souffrira un grand dommage, cette femme ayant de Tordre et procurant un gain considérable. Ils ajouteront qu'il en résulterait des scandales ou des préjudices qu'ils savent merveilleusement colorer : Que dirale monde? le public se confirmera dans sessoupçons; la repuiation sera ternie : cette pauvre créature mise à la rue restera abandonnée. Us promettent, iX^im^niqu'ils ne pécheront plus; qu'ils viendront se confesser au même confesseur.RmonsfnyO' les, vaines résolutions que tout cela, si on y regarde de près.

Si le public a déjà des soupçons, donc ils sont obligés de faire cesser le scandale. La vérité est qu'ils ne sont point touchés de la grâce : car, s'ils avaient le cœur contrit et qu'ils fussent décidés à quitter leur mauvaise liaison, toutes leurs frayeurs s'évanouiraient, et la prudence du confesseur trouverait des moyens pour faire la séparation sans inconvénients. Je ne nie pas que, dans certains cas particuliers, le zèle ne doive être modéré par la prudence. Ainsi, c'est un maître qui a dans sa maison une servante qui est pour lui une occasion prochaine de péché ; mais il n'y a ni scandale ni soupçon : l'un et l'autre jouissent d'une bonne réputation dans le public. Or, si dans un temps de mission le confesseur persiste à refuser l'absolution à ce maître s'il ne renvoie aussitôt cette servante, ce renvoi subit, dans un moment de pénitence publique, peut faire naître des soupçons. En voyant congédier cette servante si précipitamment, on croira qu'elle sort par devoir de conscience et non par son propre choix. Mais, dans ce cas, quel moyen trouvera le confesseur pour procurer le bien du pénitent sans charger sa propre conscience ?

Je vais vous dire, en deux mots, comment se conduisit un habile confesseur dans une circonstance pareille. « Écoutez, mon fils, dit-il à son pénitent, en réalité je ne devrais pas, je ne pourrais pas vous absoudre ; mais parce que je vous vois à contrit et si résolu à la renvoyer, et que vous vous confessez avec tant de douleur de tous les péchés que vous avez commis

MAMDBL HBS COKFB88KIIM. 36

350 MANUBL DES G0NF£SS£UB3.

pendant toute cette mauvaise liaison, je veox croire qu*il n'y a point de feinte de votre part et que vous parlez dans toute la sincérité de votre cœur ; je ne le croirais pas dans un autre temps que celui de la mission et si je ne vous voyais pas aussi contrit. Je vous absoudrai donc, à condition que vous me promettiez de la renvoyer quinze jours après que la mission sera terminée, et jusqu'à ce temps-là, de ne jamais la laisser entrer dans votre chambre quand vous êtes seul, de ne pas lui parler, si ce n'est pour des choses nécessaires, de ne pas la regarder fixement. De plus, pendant ces jours-là, confessez-vous au moins deux fois, pour rendre au confesseur compte de votre conduite ; faites natlre, pendant ce temps-là, quelque circonstance favorable pour la renvoyer aussitôt après les quinze jours. Passé ce terme, vous ne devez pas même la garder une heure : si vous faites autrement, sachez que vous ne trouverez plus de confesseur pour vous absoudre. >»

Ce moyen terme, dicté par la prudence dans une circonstance où il y a une espèce d'impossibilité morale de faire antrement, mérite d*ètre loué jusqu'à un certain point. Huis il ne faut pas en faire usage avec toute sorte de pénitents, ni dans toute occasion. Soyez donc sur vos gardes si vous ne voulez pas être trompé ; tenez pour règle générale que, dans Toccasion prochaine in esse, il faut employer le fer ^t le feu, surtout en deux matières, l'avarice et Timpureté. Lorsque Tbabitude est très forte, la tentation très puissante et l'inclination vire, ne vous en rapportez pas aux belles promesses, mais armezvous d'une sainte rigueur, et dites en deux mots : Alles^ éUex Foccasion^ et venez recevoir l'absolution. Si le pénitent objecte l'impossibilité morale, ne le croyez pas sur parole, mais mesurez, examinez attentivement cette difficulté qu'il grossit. Bien souvent vous reconnaîtrez qu'elle n'est pas plus grande que celle que rencontrait Abraham à chasser son esclave. 0 n'y avait pas une véritable impossibilité, de même que dans notre cas, où tout vient de la mauvaise volonté. Aussi, pour obéir à Dieu, Abraham la surmonta, et ne difléra pas même un seul jour à la renvoyer : Surrexit mane^ et dimisit eam ^. oocasioni qui ne 327. — Il scmblo quo Ics occasious qui ne sont pas in esse "^"^^ "* exigent moins de rigueur, et autorisent plus de condcscen-

t Gen., xzvii, 14.

MANUEL DES CONFESSEURS. 35i

dance. Elles consistent à fréquenter les maisons de jeux et de plaisirs, les assemblées, les cabarets, à former des liaisons amoureuses et autres choses semblables. Suivant l'avis de saint Charles, lorsque le pénitent engagé dans de pareilles occasions promet, et promet sincèrement de les quitter, on peut Tabsoudre au moins deux ou trois fois, supposé toujours que le confesseur connaisse qu'une semblable promesse sort d'un cœur résolu et contrit. S'il a déjà promis d'autres fois sans se corriger, le saint archevêque veut qu'on lui refuse l'absolution jusqu'à ce qu'il ait entièrement quitté l'occasion.

Parmi ces occasions qui ne sont pas in esse^ je crois qu'on peut mettre au premier rang les liaisons amoureuses, devenues de nos jours la pierre de scandale de la jeunesse. Il ne faut pas tant crier, disent quelques-uns, contre les amoureux proiSanes, dans la crainte qu'on ne mette de la malice où il n'y en a pas, ou bien qu'on ne fasse regarder comme péché ce qui, dans la réaUté, n'est pas tel ; d'où il arrivera que les âmes dominées par une conscience erronée et par une honte déplacée se précipiteront sans retour dans les péchés et les sacnJèges. Erreur d'hommes qui sans doute ne connaissent pas tous les progrès et toute k malice du libertinage de nos jours ! Je ne nie pas que 4e cas soit quelquefois arrivé, et qu'un confesseur imprudent, connaissant par la réponse d'une jeune fiUe innocente qu'elle a des liaisons amoureuses, ne l'ait reprise arec trop de véhémence, sans examiner d'abord la nature de ses liaisons; mais ce cas est très rare, et il ne mérite certainement pas l'ioiportauce qu'on lui donne.

Ce qui fait gémir les ministres du Seigneur, c'est de voir que de nos jours la corruption a rompu toutes les digues, qu'elle se répand de toutes parts et enveloppe les jeunes gens de l'âge le plus tendre. Pourquoi donc, disent-ils en soupirant^ pourquoi reprendre avec tant d'acrimonie le zèle outré de quelques-uns, et passer sous silence, excuser même la connivence de tant d'autres, qui absolvent aveuglément tous ceux qui sont engagés dans ces sortes de liaisons, dont l'effet est de les plonger jusqu'au-dessus de la tète dans toutes sortes d'iniquités? Il y aurait injustice à prétendre que amorem facere sait toujours un péché, mais il y en aurait une bien plus grande à soutenir qu'il est toujours innocent. Si on doit en juger secundum id quod

352 MANUEL DBS CONFESSEURS.

cammaniier aceidit^ il faut regarder comme une proposition incontestable que ces liaisons accompagnées des circonstaoees qui ne s'en séparent pas aujourd'hui, uiplurimum sont uDeo^ casion prochaine de péché. Plût à Dieu que cette proposition ne fût pas prouvée par une longue pratique et une lamentable expérience I II est vrai, l'amour des jeunes gens est (fiàfpt fois innocent dans ses commence ments, mais il devient coupable dans ses progrès. On commence par regarder avec complaisance, à jouer par plaisir, le plaisir se change peu à peu en passion et la passion précipite dans un abîme de malice où l'on ne trouve pas de fond. Ranimez ici votre attention, etdites^ moi de grftce : sommes-nous médecins des âmes? Si nous le sommes, comment pouvons-nous permettre un pareil désordre, qui, semblable à la peste, met le monde aux abois par tant de mariages contractés dans Tombre, par tant de meurtres, d'infamies, de haines, de scandales et d'iniquités de tout genre? Ainsi, résolution de resserrer les liens d'une sainte association et d'être unanimes à différer et même refuser à ceux quit trouvés coupables, ne veulent pas promettre de rompre leurs liaisons. Or, pour découvrir si leurs affections sont innocentes ou criminelles, il suffit d'interroger et vous toucherez au doigt qu'il y a peu et même très peu de ces sortes d'amoon où il n'intervienne, de la part de l'un ou de l'autre complice, quelque circonstance honteuse qui rend tout à fait illicite un commerce si abominable. Afin que vous ayez sous les yeuxuD modèle de prudence dans la manière d'interroger et de vigueur dans le refus de l'absolution, lorsque les circonstances le demandent, je vais vous rapporter ad liUeram ce que dilte cardinal Pic de la Mirandole, évèque d'Albe, dans sa lettre pastorale, qui mérite d'être lue par tous les confesseurs. Ce prélat, aussi distingué par sa science que par sa piété, a décrété pour son diocèse ce qui suit. Yoici ses paroles : Décret da ear- 328. — « Nous avcrtissous tous Ics coufesscurs de ne pas ab- ^^^ïirTiddî. ** soudre ceux qui ont des liaisons amoureuses, lorsqu'elles sont éf «f ne d'Aibe. pour ccux qui s'y livrent gravement illicites, si ces pécheorSf après avoir été avertis trois fois par eux-mêmes ou par d'autres confesseurs, ce qu'il faudra toujours leur demander, ne se sont pas effectivement corrigés ; leur signifiant que, s'ils ne cooh mencent par s'en corriger véritablement, ils ne doivent ni espi-

MANUEL DBS GONFESSBURS. 353

rer ni prétendre recevoir l'absolution de leur part ni de la part d'antres confesseurs. Voici les cas les plus ordinaires, où les liaisons amoureuses sont regardées comme absolument illicites. Nous les exposons en peu de mots et en latin, pour de justes motifs. C'est un moyen de rendre uniforme en cette matière, comme dans toutes les autres, la conduite des confesseurs:

« 1* Quandocumque iia fit, etiam inter pares, et causa matrimonii, ut intercédant oscula, vel amplexus, vel delectationes Ddorosae, aut periculum labendi in quodvis grave peccatum ;

« 2* Quando fit inter eos, qui sunt disparis conditionis, propter scandalum et periculum mortaliter peccandi ;

« 3"" Si fiât cum illis, cum quibus impossibile est conlrahi matrimonium, ut sunt uxorati, claustrales, et in sacris ordinibus constituti, tum quia non potest cohonestari talis amor fine matrimonii, tum quia intercedit scandalum, et periculum labendi in culpas lethales ;

€ 4* Si fiât in ecclesia, tum propter irreverentiam^ tum propter periculum audiendi sacrum sine débita attentione, tum etiam propter scandalum ;

« S"" Si adsit prseceptum patris, vel matris aut tutoris rationabiliter prohibons talem amorem ; quia etiamsi reliqua sint bonesta, filii familias et pupilli tenentur in re gravi, ut sine dubio hsec est, obedire parentibus, vel tutoribus, sub pœna peccati mortalis ;

(c 6* Quando clam fit, etocculto, tum quia est expositus gravibus periculis et occasioni proximae graviter peccandi, tum quia, quando ita fit^ regulariter exercetur contra voluntatem parentum, vel tutorum, quibus filii, vel pupilli obedire debent ;

« V Si tempore nocturno fiât, propter scandalum^ et periculum cadendi^ etc. ;

ft 8"" Si fiât sub prsetextu honestae recreationis et relaxandi animum, quia semper urget periculum^ et occasio proxima labendi ex longa mora, in qua habentur coUoquia, mutui aspeclus, protestatio amoris, etc. ;

«9* Si eomodo fiât, ut ex se in vol vat periculum proximum osculorum, tactuum, etc. Etiamsi aliunde ille amor esset licite exercitus, quia est inter solutos, et causa matrimonii : si, verbi gratia, domi admittatur amasius vel ita approximetur, ut

nemo non videat adesse occasionem proximam tactuum, etc.;

ce lO"" Si amator, vel amatrix animadvertat, complicem amoris esse graviter tentalum, vel alteram urgere verbis turpibus, vel alio modo ad inhonesta^ etc. Etiamsi alter complex nihil tentetur, et nullam sentiat inclinationem ad peccandum : io cpo casu erit utrique illicitus amor ilie, propter periculum proximum dclectationis et scandali activi in uno, et passivi in altero, in quo graviter laederetur charitas erga proximiioi ;

« li"" Denique universaliter loquendo quotiescumque ob causam amoris amator, vel amatrix fréquenter labitur in aliquaih gravem noxam^ tune amor induit rationem occasionis proximse mali et est omnino illicitus. »

Qu'on pèse bien tous ces différents cas et qu'on interroge là-dessus, avec les précautions convenables, les pénitents esclaves de celte passion, et qu'on me dise s'il est possible de contester la proposition établie plus haut, que les liaisons amoureuses, telles qu'elles ont lieu de nos jours, sont ui plurimum, une occasion prochaine de péché. Mais, s'il en est ainsi, comment ne pas reprendre avec force le pénitent qui, averti, et averti plusieurs fois par son confesseur, ne vent pas se corriger, qui veut même contester avec son confesseur et lui arracher une absolution? J'appelle au tribunal de Dieu ces confesseurs qui, se faisant gloire d'une facilité si pernicieuse, absolvent sans aucune réflexion tous ceux qui se présentent, et causent la ruine de la jeunesse et du monde entier. En effet, c'est de la mauvaise éducation de la jeunesse que découlent tous les maux et tous les désordres des familles, d'où le désordre se propage et infecte l'univers entier.

Autres occa- 329. — Avaut dc terminer celte matière de l'occasion prochaine, je dois avertir que beaucoup de confesseurs mettent un véritable zèle non seulement à séparer, mais encore à éloigner leurs pénitents de toute occasion prochaine de péché contre la chasteté, mais négligent de leur faire quitter les autres occasions trop nombreuses de pécher contre les différents commandements de Dieu. Le glorieux saint Charles a grand soin de faire cette remarque. Or, parmi les occasions qui ne sont pas m esse, il compte celles où se trouvent un grand nombre de personnes qui, en exerçant leur profession, tombent fréquemment dans des péchés très graves, blasphèmes, vols, in-

stons.

VANUBi DES CONFESSEURS. 355

justices, calomnies, haines, fraudes, parjures et autres semblables. Il veut qu'on leur diffère l'absolution, lorsque, avertis deux ou trois fois, ils ne donnent pas de signes d'amendement; bien plus, si après des avertissements réitérés ils ne se corrigent pas^ on doit les obliger à quitter ces professions qui sont pour eux une occasion prochaine de tant de péchés.

Mais avant d'en venir à celte résolution extrême, il faut user de conseils et d'une grande maturité. Si vous trouvez que ce médecin, ce chirurgien, cet aubergiste, ce marchand, cet avocat, ce procureur, etc., sont dans une espèce d'impossibilité morale de quitter leur état, parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens d'existence, vous devez, pendant quelque temps, traiter cet occasionnaire comme on traite un récidif qui pèche sans y éjlre induit par une cause extérieure. Si, après les épreuves convenables, il continue d'accumuler péchés sur péchés, sans que vous aperceviez en lui aucun amendement, vous devez l'obliger à quitter cet emploi qui deviendrait évidemment la cause de sa damnation. Le saint archevêque veut qu'on use d'une bien plus grande rigueur avec ceux qui vont au bal, qui fréquentent les blasphémateurs, qui hantent les cabarets qui sont pour eux, du moins relativement, des occasions prochaines de péché, puisqu'à raison de leur mauvaise disposition ils y tombent fréquemment dans l'ivresse, les querelles, les blasphèmes, les médisances et autres fautes très graves. Ainsi, continue le saint, on ne doit pas les absoudre, s ils ne commencent par promettre de s'en éloigner; et si, après avoir promis deux ou trois fois, ils retombent, il veut qu'on leur refuse entièrement l'absolution. Anétons-nous un instant, et dites-moi si la pratique de nos modernes coRfesseurs s'accorde avec la théorie des anciens docteurs? Tout ce que nous avons dit jusqu'à ce moment est adopté par les plus sages théologiens ; que dis-je ? il est fondé sur les décisions de TÉglise, qui fulmine ses censures contre celui qui ose enseigner qu'on peut absoudre le pécheur qui vit dans Toccasion prochaine du péché; et cependant, que voyonsnous dans la pratique? comment se conduit-on dans nos confessionnaux? diffère-t-on et refuse-t-on Tabsolution en temps et lieu, suivant le besoin du pénitent? Hélas ! quelle épine dans le cœur I

Pour juger de la grandeur du mal, écoutez : La mission

356 MANUEL DBS CONFESSEURS.

s'ouvre dans un endroit. Une foule de pénitents viennent à vos pieds, engagés, depuis plusieurs années, dans des liaisons qui les ont couverts de plaies envenimées et gangrenées par le temps. — Depuis combien de temps, mon fils, demande le confesseur, entretenez- vous celte fréquentation criminelle? — Il y a huit ou din ans. — Tombez-vous souvent dans le péché?...

— Chaque jour, mon père, ou au moins deux ou trois fois par semaine. — Vous en étes-vous toujours confessé? — Oui, mon père. — Vous confessez-vous souvent? — Une fois tous les deux mois. — Avez-vous toujours affaire au même confesseur?

— Non, mon père; je vais tantôt à Tun, tantôt à Tautre. — Ainsi pendant ces dix années, vous êtes allé à presque tous les confesseurs de ce pays? — Oui, mon père. — Qne vous ont-ils dit? — De ne plus y retomber. — Vous ont-ils toujours donné Tabsolution? — Toujours, mon père. — Les traîtres ! dit dans son cœur, en frémissant, un zélé confesseur qui n'a en vue que le saint des âmes : les traîtres ! voilà une pauvre âme assassinée, qui, pendant le cours de tant d'années, hominem non habuU^ n'a jamais trouvé un confesseur charitable qui lui ait donné une impulsion miséricordieuse, pour laver ses fautes dans la piscine sacrée d'une bonne confession.

Sa douleur augmente avec le nombre des pénitents ainsi trahis et des confesseurs trop indulgents ; car la mauvaise direction d'un pénitent lui fait connaître la faiblesse de presque tous les confesseurs de ce pays. Pardonnez-moi ce mouvement de zèle, et ne vous étonnez pas de m'entendre partager le sentiment suivant d'un ministre du Seigneur. Réfléchissant au relâchement d'un grand nombre de confesseurs de nos jours qui absolvent, les yeux fermés, tous les habitudinaires et les occasionnaires, au mépris des décisions du Saint-Siège, il disait en soupirant : Ou l'Église se trompe, ou une grande partie des confesseurs se damnent. Mais puisque l'Église, assistée par le Saint- Esprit, ne peut errer, il faut conclure qu'une partie des confesseurs seront damnés. En effet, beaucoup n'obéissent point à l'Église, qui fait un précepte et qui commande, en vertu de la sainte obéissance, de ne point absoudre les occasionnairesqui peuvent et qui ne veulent pas quitter l'occasion prochaine du péché. Tel était le raisonnement de ce ministre de Dieu.

Son sentiment, que je respecte, est d'ailleurs confirmé par

MANUEL DBS CONFESSEURS. 357

Texpérience de tous ceux qui s'emploient au ministère apostolique et qui vont à la recherche des âmes fourvoyées. Hélas ! comment ne pas gémir en voyant une ruine si universelle, occasionnée par des confesseurs sans zèle, qui, sans examen, sans discernement, sans interrogations, absolvent indifféremment et les occasions prochaines et les éloignées, et les concubinaires et les incontinents, et les prostituées et les vierges; en un mot, qui coupent tous les nœuds des consciences avec une faux de moissonneur, et qui, au lieu de briser les chaînes des pénitents, les redoublent sur eux-mêmes, et se mettent en état de damnation?

Le remède, nous l'avons sous la main. Il consiste à former une sainte ligue, et, quand nous rencontrons ces occasionnaires, à leur parler nettement, sans nous laisser abattre par une terreur panique ou par un vil respect humain. Si l'occasion est m essey il faut leur dire sans détour : « Allez, ôtez l'occasion et revenez pour l'absolution. » Si elle n'est pas in esse j et qu'ayant été avertis plusieurs fois par des confesseurs zélés, ils n'ont pas obéi, il faut leur différer l'absolution, jusqu'à ce qu'ils ôtent tout à fait l'occasion et donnent des signes d'un véritable amendement. Yoilà le remède. Serons-nous tous fidèles à l'employer dans la pratique? J'ose l'espérer; mais qu'il prenne garde à la colère de Dieu celui qui agira différemment et qui voudra rester volontairement aveugle au milieu de tant de lumières. (Sur les principales occasions de péché, voyez la note à la fin du volume.)

330. (Saint Charles, p. 43-54.) — Ainsi, on doit différer l'ab- Doetrinei de solulion jusqu'à ce qu'on vote quelque sorte d'amendement, à "^^^J^J^T ceux dont les confesseurs jugeront probablement que, quoiqu'ils disent et promettent de quitter le péché, ils ne le quittent pas néanmoins, comme sont certaines personnes, et particulièrement les jeunes gens oisifs, qui sont la plupart du temps dans les jeux et dans les festins, et ordinairement engagés en des amitiés charnelles et des péchés d'impureté, dans les blasphèmes, les paroles déshonnétes, les haines et les médisances, et qui ne se présentent que les derniers jours de carême pour se confesser, et aussi à ceux qui ont persévéré plusieurs années, et sont souvent retombés dans les mêmes péchés, et n'ont point eu soin de se corriger. On ne peut de même absoudre ceux qui

n'ont pas une véritable résolution d'abandonner tous les péchés mortels, et ensemble toutes les occasions de les commettre; et parce qu'il est très important pour rinstruction des confesseurs qu'ils entendent bien ce point, nous l'expliquerons plus au long.

On appelle occasion de péché mortel toutes les choses qui te peuvent causer, ou parce qu'elles portent d'elles-mêmes à pécher, ou parce que le pénitent, s'y trouvant, est tellement accoutumé de pécher, que le confesseur doit raisonnablement juger qu'à raison de sa mauvaise habitude il ne s'abstiendra jamais de pécher, tant qu'il persévérera dans ces mêmes occasions. On peut mettre dans le premier genre de ces occasions, c'est-à-dire de celles qui de leur nature portent à pécher, faire profession de jouer continuellement aux cartes ou aux dés; tenir pour les autres un lieu préparé à cet effet; avoir dans sa maison la personne avec laquelle on offense Dieu, soit qu'elle. l'ait ainsi désiré ou que Ton demeure avec elle ; en quelque manière que ce soit, continuer ses entretiens, regards, conversations et autres pratiques lascives et impures. Le pénitent donc étant engagé en une de ces occasions, ou autres semblables, si tant est que cette occasion soit présente, comme s'il a dans sa maison une concubine, ou autres semblables, le confesseur ne lui doit point donner l'absolution, qu'il n'ait premièrement quitté effectivement cette occasion.

Et quant aux autres occasions, comme de jeux, de regards, de conversations et de gestes, etc., il ne doit point aussi lui accorder cette même grâce, qu'il ne promette de s'en abstenir; que s'il l'avait promis autrefois, et ne s'en était pas néanmoins corrigé, il doit alors, quelque promesse qu'il en fasse, lui différer l'absolution, jusqu'à ce qu'il voie quelque amendement.^ parce qu'il peut arriver qu'avec toutes les instructions et les conseils qu'un sage et zélé confesseur a donnés à son pénitent, il ne peut pas néanmoins se retirer de l'occasion du péchc sans grand péril, ou sans scandale, le confesseur, en ce cas, se doit servir des remèdes qui suivent.

Remèdes aux 33 * • — Eu premier lieu , il différera de lui donner l'absolution <xxêMioM, jusqu'à ce qu'il voie des preuves certaines d'un véritable amendement, et s'il ne peut pas différer de l'absoudre sans le mettre en danger d'infamie, et que d'ailleurs il découvre en lui de si

MANUEL DBS CONFESSEURS. 3S9

grandes marques de sa disposition et de son affection à recevoir les remèdes qn'ii jugera nécessaires par son amendement, il lui doit ordonner ceux qui lui paraîtront plus à propos et plus nécessaires : comme, par exemple, de ne se trouver jamais seul avec celte personne, lui prescrire certaines prières, quelques mortifications de la chair, et surtout de se confesser souvent, et autres semblables ; lesquelles s*il accepte, le conresseur le peut absoudre. Et si, après avoir fait cette diligence, ou un autre con* fesseur l'ayant fait auparavant, ce pénitent ne s'est pas corrigé, il ne lui doit point donner l'absolution qu'il ne se soit effectivement séparé de Foccasion ; si ce n'est que, nous ayant consulté sur ce qu'il doit faire en telle occasion, sans néanmoins découvrir la personne, nous ayons été d'avis de le faire.

Les occasions de péché de la seconde sorte, c'est-à-dire qui ne le sont pas d'elles-mêmes, mais seulement à l'égard de la personne qui s'y rencontre, sont les choses qui, quoique licites en soi, laissent néanmoins juger avec fondement que le pénitent retombera dans les mêmes péchés qu'il y a déjà commis, s'il y persévère, comme il l'a fait par le passé. Telles sont ordinairement à plusieurs, par la corruption du siècle, la guerre, le trafic, la magistrature, la profession d'avocat, de procureur, et d'autres semblables exercices, dans lesquels celui qui est habitué à pécher souvent mortellement par blasphèmes, larcins, injustices, calomnies, haines, fraudes, parjures, et autres semblables offenses de Dieu, sait que, continuant ces mêmes exercices, il se rencontrera dans les mêmes occasions, et qu'il n'a pas sujet de croire qu'il doive résister à l'avenir plus puissamment au péché qu*il n'a fait auparavant, et l'on a raison de présumer qu'il re* tombera par conséquent dans les mêmes péchés. C'est pourquoi ces personnes doivent, comme dit saint Augustin, ou abandonner cet exercice, qui leur est dangereux, ou pour le moins ne l'exercer qu'avec la permission et de l'avis d'un directeur yertueux et intelligent^ lequel ne doit point absoudre une personne qui est en cet état, s'il juge probablement qu'il retombera dans les mêmes péchés, demeurant dans les mêmes occasions; mais il doit attendre durant quelque temps des preuves de son amendement.

332. — Et on doit d'autant plus soigneusement prendre garde snuc. en ceci, qu'il arrive souvent que le manquement des confesseurs

300 MANUEL DBS CONFESSEURS.

en ce point fait qu'il se commet plusieurs abus et de très grands péchés presque en tous les arts et en toutes les professions, dans lesquels, pour cette raison, il semble que plusieurs personnes ne savent plus s'acquitter des choses qui sont très justes en elles-mêmes; comme par exemple, parmi les magistrats et les officiers, on promet avec serment beaucoup de choses qu'on n*observe point. Lorsqu'on donne conseil, ou qu'on exerce la profession d'avocat ou de procureur, on flatte les mauvaises intentions des parties, et on favorise l'injustice contre sa propre conscience. Dans les emplois de la guerre, on appuie les duels, les animosités, les haines, les homicides, les jeux, les blasphèmes, la rapine et les débauches de femmes. Dans la marchandise, on pratique les usures et les tromperies ; on mélange et on débite ce qui est mauvais pour ce qui est bon ; on vend les choses plus qu'elles ne valent ; on se parjure facilement ; on fraude les péages et ceux qui lèvent les impositions, et on commet plusieurs autres péchés semblables. Plusieurs artisans travaillent également les fêtes et les jours ouvrables; de sorte qu'ils ne vaquent jamais au service de Dieu, et n'entendent pas le plus souvent sa parole, et entretiennent toute leur famille dans le même dérèglement.

Et ainsi on trouvera plusieurs personnes dans ces exercices qui auront toujours vécu en péché mortel^ lesquelles par conséquent on ne doit pas estimer capables de recevoir Tabsoliition sans avoir auparavant pris soin de les désengager de ces occasions, ou de les rendre plus fortes qu'elles ne sont pour y résister. Et le confesseur, examinant avec plus de soin qu'à l'ordinaire ces personnes-là, trouvera peut-être que quelques-unes d'elles n'auront jamais fait une bonne confession ; et en ce caslà, outre les preuves d'un véritable amendement que nous avons dit qu'il devait attendre, ou la cessation de l'exercice qui leur est dangereux, il leur doit faire entendre, que pour commencer véritablement leur conversion, il est important qu'elles fassent une confession générale de leurs péchés, et se servent de remèdes puissants pour leur salut. Suite. 333. — Le confesseur doit bien plus exactement prendre

garde à cette sorte d'exercices et actions qui ne sont ni nécessaires ni utiles, parce que, quoiqu'elles ne soient pas au rang des occasions qui portent d'elles-mêmes au péché mortel, et

qu'elles ne doivent pas, par conséquent, être ordinairement évitées de toutes sortes de personnes, donnent néanmoins une pente au mal, et entraînent souvent et facilement à divers péchés mortels : comme d'aller au bal, converser avec des' blasphémateurs, avec des querelleurs, et autres mauvaises compagnies, fréquenter les cabarets, demeurer dans Toisiveté, et semblables choses, à Toccasion desquelles on a accoutumé de pécher mortellement, parce qu'il ne doit point absoudre ceux qui s'y engagent, que premièrement ils n'y renoncent, et qu'ils ne promettent de s'en abstenir effectivement.

Si néanmoins il semble au confesseur qu'il peut avec fondement ajouter foi la première et la seconde fois à la promesse que fait le pénitent de sortir de cette occasion, il le pourra absoudre sur cette assurance ; mais il ne le doit pas faire davantage, et voyant la troisième fois qu'il ne lui a pas été fidèle, il différera de lui donner l'absolution, jusqu'à ce qu'il témoigne actuellement de s'être séparé de ces occasions. Le confesseur prendra encore garde à ne donner point l'absolution à ceux qui font des contrats défendus, nommément par nos conseils provinciaux on d'ailleurs clairement illicites, qu'ils ne les aient premièrement révoqués, et n'aient fait la satisfaction nécessaire. Que si Ton doute si ces contrats sont légitimes ou non, il doit, avant que de lui donner l'absolution, envoyer le cas à notre grand pénitencier, qui aura soin d'en retirer de nous la résolution, et, en ce cas-là, le confesseur pourra absoudre ce pénitent et l'admettre à la communion, s'il donne de bonnes assurances de suivre la décision qui aura été donnée.

Il ne doit pas aussi donner l'absolution, en vertu même d'un jubilé, à ceux qui n'ont pas déclaré ce qu'ils savent des choses qu'ils ont été avertis de dénoncer par une ordonnance pubUque, ou par des monitoires du pape ou de Tarchevèque, qu'ils n'aient premièrement fait cette déclaration et satisfait à tout ce qu'ils sont obligés pour le dommage qu'aura causé le retardement. La même grftce de l'absolution ne doit point être accordée avant la restitution ou la satisfaction, à ceux qui sont dans l'obligation de les faire, s'ils en ont le pouvoir ; excepté aux malades qui sont en danger, auxquels néanmoins on doit ordonner de satisfaire au plus tôt. (Sur la doctrine de saint CSiarles, voyez la préface de cet ouvrage.)

362 MANUEL DBS CONFESSBUBS.

ARTICLE VI

DBS HABITUDES BT DBS RÉdDITS.

owdaite avec 334. (Prétri sAifcnFiÉ, d"^ 34-100). — Yous deTBz tenir une jtsh^i^'^ conduite bien différente, si votre pénitent est habitudinaire et cidiff. récidif. C'est aussi pour vous uue obligation grave el difficile de supprimer la mauvaise habitude et les rechutes. Celte obligation ne peut s'accomplir par un acte seul et prémédité, mais seulement par une longue suite d'actes difficiles contre des attaques successives, fréquentes, inattendues; car les passions domptées aujourd'hui renaissent demain, et, vaincues dans un moment, elles surprennent dans un autre. Or, c'est à l'égard de ces malades qu'il faut surtout employer le baume composé de Thuile de la compassion et de l'encouragement, aGn qu'ils ne se désespèrent pas, et du vin des représentations paternelles, afin qu'ils ne se négligent pas et ne laissent pas s'amortir le zèle de leur amendement. En efiet, ils sont en même temps sujets à deux maux contraires : au désespoir, à cause de la grande difficulté qu'ils éprouvent^ ou à la présomption, en cherchant à s'excuser de leur langueur comme d'une véritable impossibilité. o«*»* jLJ»"* 335. — Pour vous, toujours pénétré des mêmes principes iNiLoiiition. qui doivent diriger vos démarches, vous ne devez point les absoudre lorsque vous ne pouvez former un jugement solide et prudent de leur disposition actuelle au moins suffisante. Or, ce jugement, vous ne pouvez le former dans le concours des circonstances suivantes : 1* lorsque le pénitent n'a employé aucun ou très peu des moyens prescrits ; 2"* lorsqu'il n'a pas diminué le nombre de ses fautes; 3'' lorsqu'il ne donne aucun signe extraordinaire de contrition. Dans ce cas, vous n'avez aucune preuve d'une volonté ferme qui montre, par des efforts notables, qu'elle est efûcace : la présomption est contre toutes ses protestations de repentir.

Mais, en lui différant l'absolution, tournez tout votre zèle à l'engager à deux choses : 1^ à se corriger, en lui suggérant pour cela les moyens convenables ; 2"" à revenir le plus tôt possible, suivant l'avis de Benoît XIY dans sa bulle Apostolica : Illos quantocitis^ utrevertantur invitent ut^ adsacramentaleforumregressij absolutionis beneficio donentur; remarquez le quantocius.

Ainsi, d^ordinaire ne prescrivez pas un délai de plus de huit ou dix jours, car rien n*est plus utile au malade que d^élre souvent visité par le médecin, qui reconnaît les nouveaux symptômes du mal et les variétés qui demandent différents remèdes. Au contraire, rien n'est plus nuisible au malade que la rareté des visites de son docteur.

336. — Si le pénitent revient au bout de huit jours, et que vanièn de u vous ne trouviez en lui aucun changement, refusez-lui de nou- *•" ^^*^' veau Tabsolution, mais avec plus de précaution. C'est un malade qui a besoin de plus fréquentes visites. Renvoyez-le donc, non plus pour huit jours, mais pour un temps bien plus court. Écoutez : Saint Bernard, pour guérir un jeune homme habitudinaire et récidif dans des fautes d'impureté, lui dit de revenir dans trois jours, et, pendant ce temps-là, de s'abstenir du péché, en l'honneur des trois personnes divines, à qui nous avons tant d'obligations. Il revient sans être retombé. Le saint le prie de faire encore la même chose pendant trois jours, en l'honneur de la sainte Vierge, dont nous avons si grand besoin, et qui mérite toute notre confiance, Il revient encore sans rechute. JUon fils, lui dit alors le saint, je vous demande encore trois jours en l'honneur de votre ange gardien^ à qui vous êtes si redevable; après cela je vous absous aussitôt.

A la fin du troisième triduum, Tintercession de la sainte Yierge et de l'ange gardien fut si puissante auprès de Dieu, que ce jeune homme revint, et dit : Ce n'est plus pour trois jours j mais pour toujours que je veux et quejepromets de m' abstenir de péché. Jevois maintenant que cen'estni la grâce ni la force, mais la véritable volonté de me corriger qui m' a manqué jusqu^ici : d qui veut sincèrement, rien n'est impossible avec la grâce de Dieu et tintercession des saints. Heureux jeune homme d*étre tombé entre les mains d'un père et d'un médecin si expérimenté, qui sut le gagner par des motifs tout à la fois si doux et si forts, et qui par cette ingénieuse diminution des difficultés et de la durée des épreuves, divisant pour ainsi dire le remède en petites portions, sut l'adapter à sa faible vertu et lui rendre la santé I

337. — Vous voyez par là combien se trompent les confes- Heareuréiaiseurs qui, trouvant que leurs pénitents sont retombés pendant *^^J^J|*"*' les huit jours, les renvoient pour seize ou pour trente, c'est-

à-dire que, le mal continuant, ils prennent pour remède devoir plus rarement le malade. Que serait-ce si on lui disait : iV*^^ rez pas (T absolution sivous retombezpendant cet intervalle^ en ce cas ne venez même pas vous confesser : ce serait inutile; rCalki pas non plus à d' autres jusqu^ à ce que vous soyez corrigé, parce que personne ne peut vous absoudre qu'un confesseur relâche^ qui vous perdrait par sa douceur et sa fausse compassion. Qa*il n'aille pas même se confesser à d'autres I Mais que savez-YOOs s'il n'y aura pas de nouveaux Bemards, pères plus charitables et médecins plus habiles que vous, qui, en suivant une méthode toute contraire à la vôtre, réussiront à le guérir? Qu'il ne revienne plus auprès de vous, s'il retombe I Mais ne craigneivous pas que votre zèle ne soit faux, ou parce qu'il vient de l'ignorance des remèdes, et vous ne seriez pas un bon médecin; ou de l'impatience et de la peine que vous donne la difficulté de la guérison, et vous ne seriez ni un vrai père ni un juge discret?

Je le sais et je l'avoue, quelquefois la négligence de certains récidifs dans l'emploi des moyens, ou, malgré leur emploi, la force de la mauvaise habitude^ la fragilité, l'inclination penerse de certains tempéraments, tourmenteront votre cœur de père et votre esprit de médecin, parce que vous ne saurez comment trouver les remèdes qui leur conviennent ; et vous vous sentirez fortement porté à les abandonner et à les renvoyer, non seulement sans absolution, mais encore avec une aigreur qui, dans cette circonstance, vous semblera permise et même nécessaire.

Pour comprendre qu'une pareille inspiration ne vient pas de Dieu^ mais de l'impatience masquée sous le dehors du zèle, et d'un zèle assurément pharisaîque, si contraire à celui de Jésus- Christ, faites attention que ce récidif, que vous regardez comme indigne de votre compassion. Dieu le supportait hier, et qu'ils supporte encore en ce jour ; qu'aujourd'hui même il l'a environné et si doucement pressé par sa grâce, qu'il l'a conduit auprès de vous, malgré toutes ses répugnances, et déterminé à se présenter de nouveau, et cependant c'est Dieu seul qu'il a offensé ; et vous, à qui il n'a fait aucun mal, vous ne pourriez le supporter ! Croiriez-vous mieux entendre les intérêts du maître dont vous êtes le ministre, que le mattre lui-même I Pourriezvous croire votre zèle, si commode pour vous et si nuisible à ce malheureux, dicté par une morale plus saine que celle de

Dieu, dont le zèle est si contraire au vdtre ? Ne laissez donc jamais sortir de votre bouche ces expressions capables de jeter le récidif dans le désespoir , auquel il est déjà si porté par la difficulté de se corriger.

Au contraire, ayez toujours devant les yeux, pour vous servir de règle, la patience et la bonté de Dieu envers lui. Ayez vousmême, afin d^inspirer au pénitent les sentiments d*un vif désir de son amendement et d'une invincible constance dans Tentreprise, une ferme confiance en Dieu qu'en continuant les soins et les remèdes, la force du mal cédera enfin, et le malade recouvrera la santé. Sachez que votre espérance ne sera pas vaine. L'expérience a souvent montré qu'après un mois, d'autres fois après un an de patience de la part du confesseur et du pénitent, on a obtenu une entière et constante guérison. Quelquefois même, lorsqu'à raison de rechutes plus graves elle paraissait moins attendue, l'un et l'autre continuant de prier et Retravailler pour obtenir. Dieu la leur a accordée. Faites-le donc venir très souvent; je vous dirai, au n''405, les motifs et les avantages qui doivent l'encourager à se présenter de nouveau, s'il retombe, quand même il ne serait pas encore disposé à recevoir Tabsolution, pour rompre du moins la force de la tentation, reprendre haleine et trouver de nouveaux^conseils.

Écoutez les encouragements que vous donne saint Jean Chrysostome : hfon erubescimus, sicum diabolusnunquam desperet nostram pemiciem^ se indesineiiter eam exspectetj nos frairum salutem speraverimus? Quinobis erit venix locus^ si^ cum tantasit dxmonisinnostrumexitiumvigilantia^ nos ne tantulum quidem similis diligentiâB ad/erimus cul salutem fratrum nostrorunij prœsertim cum Deum habeamus auxiliatorem ? Ainsi parle ce grand saint. Ailleurs il dit : Quand même il vous semble que vons ne faites que peu ou point de fruit, ne laissez pas de reprendre et de travailler au salut du prochain : FervidissimsB cujusdam^ acverissimxcharitatisargumentumprœbet^ quicum nulla simili spealitur^ tamenobvimamoriserga fratrem non desinit illius agere curam.

338. — Vous recevrez donc toujours ces pénitents à bras suite. ouverts, sans jamais donner le moindre signe d'ennui ou d*étonnement de ce qulls sont si vite et si misérablement retombés ; cela suffirait pour les empêcher de se présenter de

lUNOEL DBS CONFESSEURS. 27

nouveau. Ainsi, vous louerez leur promptitude à revenir. Animé du désir de leur amendement, recherchez la cause de leur rechute. Voyez lequel des moyens prescrits ils ont négligé, dans quel temps et de quelle manière la tentation les a assaillis et vaincus. Ces détails peuvent être nécessaires pour mieux connaître et la cause et le remède du mal. Priez Dieu de vous inspirer les moyens convenables, et, entre autres, faites toujours grand cas de la fréquente confession.

Telle était la pratique de saint Philippe 'de Néri. Quel en était le succès ? Le Père Bacci, auteur de sa vie, ya nous Ysfprendre *. Voici ce qu'il raconte : Un pénitent qui tombait presque chaque jour dans le péché vint se présenter au saint. Il lui donna à peuprès pour toute péiitence de venir se confesser sur^echamp s'il retombait, et de ne pas attendre quilfût tombé une seconde fois. Lepénitentobéity etPhilippeT absolvaittoujoursenlui donnant la mémepénitence. Par ceseulmoyen lepénitenifutguéri en peu de mois. ., eten peu de temps il devint comme tm ange.

La conduite de ce maître si expérimenté de la vie spirituelle ne peut, il est vrai, vous faire comprendre à quel signe un confesseur prudent et discret doit reconnaître qu'un pénitent a la disposition suffisante pour être absous ; mais elle vous montre que ces dispositions peuvent être réellement dans le récidif, qui ne détruit pas entièrement sa mauvaise habitude dès la première confession^ mais qui retombe encore de temps en temps. La constante et parfaite guérison qu'il finit par obtenir vous montre le fruit des confessions particulières qu'il est venu vous faire, et le propos erScace qu'il apportait à chacooe d'elles. Surtout vous devez apprendre de là que d'imposer ao récidif à peu près pour toute pénitence de se confesser promptement après le premier péché sans attendre le second, n est pas pour lui une pénitence légère : c'est encore la plus salutaire. Elle n'est pas légère, à cause de la répugnance particulière que le récidif, plus que les autres pécheurs, éprouve à s'accuser de sa nouvelle infidélité à des promesses plusieurs fois renouvelées.

Voulez-vous savoir combien il y a de difficulté et de mérite à vaincre une pareille répugnance ? Écoutez le décret ^ : Labcmt menserubescentium,et quoniam verecundia magnaest pœna,qtd erubescitproChristofitdignusmisericordia. Ainsi, la confession

» Liv. U, c. VI, n. 2. — • Can. 88., disl 5, de Pœnit.

MANUEL DKS CONFESSEURS. 367

n'est pas seulement une pénitence légère, elle est encore, pour le récidif, la plus salutaire par le secours que lui procure le sacrement ex opère operato^ s'il s'en approche dignement, lors même qu'il ne reçoit pas l'absolution, dont le prêtre le juge indigne. Ordinairement l'humilité qu'il pratique et la victoire qu'il remporte en retournant aux pieds du confesseur après ses rechutes, les avis qu'il en reçoit, appropriés à son état actuel, lui sont plus utiles que les jeûnes et les autres austérités. Donc, quel que soit le nombre de ses rechutes, ne le rebutez jamais.

Ne le chargez pas d'un grand nombre de pénitences obligatoires, afin de lui prescrire et de lui faciliter celle d'une prompte confession qui lui devient toujours de plus en plus pénible et de plus en plus nécessaire. Oh I combien vous aurez à craindre, en agissant autrement, que ce malheureux, tourmenté aa dedans par sa mauvaise habitude, à laquelle il s'eflTorce de résister peut-être plus que vous ne pensez, ou accablé au dehors par les obligations difficiles que vous lui prescrivez, ne succombe enfin, s'il retombe, à la tentation la plus ordinaire aux récidifs, qui est de différer, et enfin d'abandonner la confession I Alors il reste comme un malade sans médecin, avec on redoublement de fièvre, ou comme une brebis sans berger, après avoir reçu de nouvelles morsures du loup.

339. — Mais comme la confession est principalement utile ooand ii faut au pécheur lorsqu'étant bien disposé il reçoit l'absolution, ***'*'"*|J?,g''"'*" voyons quand et comment vous devez l'en juger digne. Éviter deux écueils, ou de nuire au récidif par la rigueur, ou au sacrement par le relâchement. Souvenez-vous de ce grand principe : que vous pouvez et devez régulièrement donner l'absolution lorsque vous trouvez des marques solides et prudentes d'une volonté sincère et efficace, quoiqu'elle né soit pas très efficace; suffisante et ordinaire, quoiqu'elle ne soit ni extraordinaire ni singulière. Si donc le récidif a pratiqué tous les moyens ou une bonne partie des moyens prescrits, et s'il a diminué surtout (Tune manière notable le nombre de ses fautes, vous avez ces marques claires et soUdes qu'on demande. En eAetj elle est efficace cette volonté qui, malgré les obstacles de la mauvaise habitude, a produit de semblables effets.

J'ai dit %\ïJ[io\xiitunemanxèrenotable ; car beaucoup d'auteurs et saint Charles lui-même, si prudent et si éloigné de toute

espèce de relâchement, dans ses célèbres Avis aux confesseurs, n'en exige pas même tant. En parlant de ceux qui^ pendantpltisieurs années ^ ontpersévéré et sont retombés dims lesmtmes péchés^ et n^ ont fait aucun effortpour se corriger^ il ordonne de leur différer V absolution jusqu à ce qu^on voie quelque amendément^ etc. , n"" 330. Or, qui oserait dire que le saint ne connaissait pas la force bien différente de ces deux mots, quelque et notable^ et que, la connaissant, il ait néanmoins substitué le mot beaucoup plus faible, quelque^ à ce mot beaucoup plas fort, notable, et qu'il ait donné cela pour règle aux confesseurs dans une matière si importante, lorsqu'il aurait cru indispensable non pas quelque^ mais un notable amendement?

Le savant auteur de V Instruction pour les nouveaux confesseurs, cité par saint Alphonse, n"" 353, explique cette modération du saint. Après avoir dit qu'on doit absoudre celui qui retombe par la force de la mauvaise habitude, toutes les fois qu'il montre une volonté ferme d'employer les moyens de se corriger, il ajoute : Nous sommes cTavis qu^on serait trop rigide si ton agissait autremetit, et qu'en cela le confesseur s'éloignerait de l'esprit de f Église et de Notre-Seigneur, ainsi que de la nature du sacrement, qui n'est pas seulement un Jugement, mais un remède salutaire *.

Cela veut dire, ne perdez pas de vue que le sacrement de pénitence a deux principaux effets : la grâce sanctifiante, qui efface les péchés passés et justifie le pécheur, et la grâce sacramentelle, qui sert de remède préservatif pour l'avenir, en lui donnant des secours puissants afin de ne pas retomber. Le confesseur doit avoir en vue ce double effet, afin de seconder les aimables desseins du Sauveur, qui Ta institué. Examinez donc attentivement la disposition présente du pénitent, et voyez si actuellement sa volonté déteste sincèrement lespéchés mortels qu'il a commis ; s'il a une résolution efficace de les éviter à tout prix, en tout temps, et par conséquent s'il est prêt à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour cela. Telle est la disposition fondamentale qui doit précéder le sacrement. Il l'exige comme Jugement, et si elle manque actuellement, il ne remet pas le péché.

Mais que la mauvaise habitude soit non seulement affaiblie,

t Part. I, c. XX, n. 213.

mais détruite^ et que le récidif ne tombe plus, c'est-à-dire que, dans la pratique, il surmonte effectivement tous les obstacles, non seulement aujourd'hui ou demain, mais pendant des mois et des années, cette constance n'est pas la disposition préalablement nécessaire au sacrement, elle en est le fruit. Cette persévérance, cette constance dans sa bonne volonté, et cet amendement absolu et stable, le pénitent doit se le proposer et l'espérer avec la grâce de Dieu et sa coopération, surtout au secours que Dieu lui donnera en temps opportun, en vertu même de ce sacrement, qui en est la source en tant que remède spirituel. Mais, nous le répétons, cette constance n'est pas la disposition préalablement nécessaire au sacrement, elle en est le fruit.

Ainsi, en considérant ce sacrementcomme/t/^em^n/, n'absolvez pas celui qui ne se corrige en rien. En effet, ne pouvant voir in sela constance de sa bonne volonté, vous devez vous en assurer par quelque effet qui soit pour vous un témoignage solide et ferme pour le juger et pour l'absoudre avec prudence, comme ayant actuellement la disposition nécessaire et suffisante. Mais, en considérant le sacrement comme remède pour l'avenir, n'en exigez pas le fruit présentement, c'est-à-dire la constance dans la bonne volonté, le parfait amendement de la mauvaise habitude, et la victoire de toutes les attaques. Cherchez plutôt ce fruit en lui donnant l'absolution qui doit le produire, et vous l'obtiendrez. Autrement, vous ressemblerez à un médecin qui veut guérir son malade uniquement par des purgations, sans prendre soin de soutenir ses forces, et qui le fait mourir, non plus par l'abondance des mauvaises humeurs, mais par défaut de nourriture et de soutien. Purgez donc le malade jusqu'à ce que vous commenciez à trouver en lui la disposition suffisante de quelque amendement, témoignage d'une volonté efficace. Une fois que vous l'aurez trouvée, nourrissez-le par l'absolution, et ensuite, s'il est expédient, par la communion ; et exhortez-le à la pratique fréquente des sacrements, très utile pour lui.

Yotre imprudence serait bien plus grande si telle n'était pas votre conduite avec les habitudinaires qui ne tombent que rarement dans le même péché, par exemple, tous les trente ou quinze jours. Leur différer l'absolution pendant deux ou trois mois, ce serait manquer entièrement leur guérison; car ils ne

sont pas tant délivrés que préservés de leurs rechutes, parla réception des sacrements plus fréquente qu'à Tordinaire. Fortifiez-les par ce moyen, qui est, entre les canaux de la grftce, comme le fleuve principal, ou comme le soleil entre les planètes, et entre les exercices de piété la fleur de quintessence la plus propre à communiquer aux âmes la force de ne pas retomber. C'est là agir suivant Tesprit de TÉglise, comme on le voit d'après le Rituel romain, qui s'exprime ainsi : In peceata facile recidentibus utilissimum erit consulere^ ut sxpe con/tteantur^ e/, si expédiât^ communicent ^ . précantions à 340. — Supposé Cependant quc, pour votre plus grande sûreté, ^"^'lïîdif».^ *^' vous vouliez, avant d'absoudre le pénitent, que le nombre de sfô fautes soit notablement moindre, outrela volonté actuelle solide et ferme de mettre en œuvre les moyens prescrits : du moins ne prenez pas ce notablement dans son acception matérielle pour un nombre arilhméliquement plus grand ou plus petit, mais formellement et en substance comme signe d'une volonté vraie, agissante, efficace. Ainsi, le notablement ne doit pas être pris dans un sens si absolu que vous en fassiez une règle générale et immuable à l'égard de tous^ sans égard à la différence de leur position ; mais relativement^ c'est-à-dire en ayant égard aux circonstances particulières où se trouve le pénitent ; en sorte qu'à nombre égal de rechutes on absout l'un et non pas l'autre.

Or, ces circonstances sont de deux sortes : celles qui foDt voir si la cause des rechutes est plutôt la misère humaine que la malice, ou si c'est le contraire. Car celui qui pèche par une habitude plus ancienne et par conséquent plus difficile à déraciner ; celui qui est d un naturel plus mauvais et plus violemment porté au mal; celui qui, pour faire le mal, a éprouvé intérieurement ou extérieurement un plus grand nombre d'assauts dans le même espace de temps, mérite, à nombre égal de rechutes^ plus de compassion, parce qu'il montre plus de faiblesse et moins de malice que celui qui s'est trouvé dans des circonstances différentes et plus favorables au bien.

Ainsi, lorsqu'il s'agit d'actes qui se font très facilement et très promptement, comme les rechutes dans le consentement intérieur à des pensées de haine ou d'impureté, il y a pour l'ordinaire moins de malice que dans les actes extérieurs, qui

1 Ordo adminislrandi sacram., Pœnit. § Quare curet, etc.

exigent de la part de la volonté une élection et une détermination plus sensibles» plus expresses et plus fortes que pour les actes internes. De plus, parmi les actes extérieurs il y a moins de malice dans les actes qui sont vite faits, tels que les rechutes dans les péchés de la langue, les blasphèmes, les parjures, les injures, que dans ceux qui exigent plus de temps et donnent plus lieu à la réflexion, comme de boire et de s'enivrer^ ou d'employer les mains à de mauvais usages ; moins de mal à pécher seul qu'avec un autre, moins à être séduit qu'à séduire. Toutes ces circonstances font connaître si le pénitent a ou non la volonté efficace et agissante de se corriger, par conséquent la disposition suffisante pour être absous.

Dans le doute s'il possède ou non cette ferme volonté, examinez l'autre espèce de circonstances qui doivent vous régler pour accorder ou pour différer l'absolution ; puis, considérez ce qui sera plus utile ou plus nuisible à cette âme, de la rigueur ou de la condescendance ; parce que, même à égalité de malice, si une âme est pusillanime, déjà tentée de défiance et de désespoir, ou affligée de quelque tribulation temporelle de fortune, de maladie, ou si elle a un grand respect humain à vaincre pour omettre la communion, vous devez user d'une grande indulgence. Pour assurer la validité du sacrement^ vous pourrez employer en petit les précautions que nous avons indiquées pour les pécheurs pressés, et qui ont besoin d'une prompte absolution. Ainsi, vous pourrez leur donner une demi-heure .ou un quart d'heure pour mieux s'exciter à la contrition ; ou la leur faire renouveler avec vous, afin de les absoudre avec l'assurance qu'ils ont les dispositions suffisantes. Ils sont comme des malades auxquels il ne faut pas continuer plus longtemps la diète, mais donner promptement une nourriture et des fortifiants plus abondants et plus solides, tels que l'absolution et la communion. Le délai, au contraire, est tout au plus une secousse au cœur du pénitent, mais ne le fortifie pas comme l'absolution. Avec les âmes plus éloignées de la défiance, ou d'une vertu plus solide, ou présomptueuses, il est bon, avant de leur donner la nourriture solide, de continuer encore un peu l'abstinence.

341. — Il résulte de là que vous pourrez absoudre un péni- comment ii fout lent qui, habitué à dire de mauvaises paroles six fois ou même 3^ndemenr

372 MilNUBL DBS C0NFKSSBUR8.

plus de six fois par jour, n'en a proféré qu'une fois à peu près chaque jour pendant huit jours; et qu'il sera mieux de différer l'absolution à celui qui, habitué à pécher par action presque tous les jours, n'est retombé que trois fois dans huit jours, car le premier montre, relativement à sa mauvaise habitude, plus d'efforts et plus d'efficacité dans son amendement que le second. Cependant, si celui qui est retombé trois fois se trouve dans des circonstances où le délai l'exposerait à un plus grand dommage spirituel, par exemple, s'il est tout accablé par quelque malheur temporel, en sorte qu'il n'a pas besoin qu'on ajoute à son affliction en le renvoyant, ou s'il doit partir pour un autre lieu où vous prévoyez qu'il n'osera pas répéter les confessions qu'il vous a faites, alors, supposé que de six ou sept péchés par semaine il s'est réduit à trois et qu'il a besoin d'absolution, songez non à la lui refuser^ mais à l'assurer en l'aidant à s'exciter à une nouvelle contrition plus efficace, et, par une pénitence et des remèdes convenables, à prévenir de nouvelles rechutes.

Méthode à suivre 342. — Sur cc poiut aycz surtout égard aux jeunes gens. '*''** iTni*""''* L'expérience prouve que si un confesseur, les absolvant avec un peu plus de cette prudente libéralité, les porte à fréquenter les sacrements, il n'empêche pas, il est vrai, tout péché, mais il est certain qu'il en diminue beaucoup plus le nombre que le confesseur qui les traite comme on ferait un homme plus solide et plus mûr. En les renvoyant, ils s'approchent rarement des sacrements. Ici, la raison s'unit à l'expérience. Dans un jeune homme à la fleur de l'âge, les passions ont toute leur force comme dans un homme fait ; mais il n'a ni la même maturité ni la même réflexion dans la conduite. Les jeunes gens sont physiquement plus inconstants pour passer du bien au mal et du mal au bien. A cela se joignent bien souvent des empêchements extérieurs de soumission, de dépendance de leurs parents, de leurs maîtres, de leurs compagnons, qui n'imposent pas, il est vrai, la nécessité, mais du moins la convenance de communier le jour où ils se confessent, afin de n'être pas en butte aux railleries, aux recherches et aux soupçons.

Ainsi, comme le médecin qui sait proportionner les remèdes aux maladies et aux tempéraments, changez aussi de méthode avec discrétion ; et quand, pour de semblables rechutes, vous

MANUKL DES CONFESSEURS* 373

différeriez prudemment l'absolution à un homme solide et réfléchi, il sera plus prudent de la donner à un jeune homme^ avec quelqu'une des précautions indiquées plus haut, du moins un certain nombre de fois, tant que vous verrez que cette libéralité, destinée à empêcher le désespoir, ne dégénère point en abus et ne favorise point la présomption. Si vous la lui différez, que ce soit pour un temps plus court qu'à un homme solide et judicieux.

343. — Dans tout ce qui précède, vous trouverez une règle ATispourih discrète et sûre pour les con rossions générales des récidifs. Là- ^rd» ^.^ dessus, observez ce qui suit : le relâché ne les oblige jamais à ^'^' faire de confession générale, car avec ses fausses idées sur la disposition suffisante, il regarde aussitôt comme disposé celui qui ne l'est pas, et comme valides les confessions même qui n'ont été suivies d'aucun amendement, pas même pendant un court espace de temps. Le rigoriste, se trompant sur les dispositions nécessaires à ses yeux, oblige à chaque instant à la confession générale, car les rechutes sont pour lui le signe d'une confession invalide, ne fût-on retombé qu'après un temps notable. Le premier, s'il fait faire une confession générale, a trop peu d'égard aux nombres et aux circonstances ; il mesure tout en gros et pour ainsi dire au sac. Le second, au contraire, comme un agent du fisc ou comme un rabbin, veut compter grain à grain et faire le total.

Pour vous, en confesseur discret, suivez cette conduite : n'obligez jamais à une confession générale, surtout ceux qui viennent à vous pour la première fois, qui par conséquent n'ont pas encore en vous une grande confiance ; ne les obligez pas, je vous le répète, si ce n'est pour une raison certaine et évidente, comme s'ils avaient toujours, de propos délibéré, caché un péché grave, ou du moins s'il y avait là-dessus un doute très fondé. En voici la raison : d'une part, pour assurer le pardon des péchés et le recouvrement de la grâce, lorsqu'un pénitent juge de bonne foi qu'il les a bien confessés, et qu'ainsi il ne se croit pas tenu à une confession générale, il suffit de la confession ordinaire faite avec une contrition universelle, je veux dire qui s'étende à tous les péchés commis que l'absolution présente remet indirectement, comme il arrive pour les fautes oubliées, après un examen diligent. Par ce moyen, tout est mis en su-

te uses.

reté. D*autre part, une confession générale est un poids pénible et quelquefois dangereux.

Je dis un poids pénible à cause de la multitude et de Tembrouillement des choses à examiner et de la honte pour décon* vrir bien souvent de grandes souillures, déjà anciennes et oubliées. Je dis quelquefbis dangeretucy soit en réveillant les passions et les tentations par des retours sur certaines matières, soit en faisant nattre des scrupules, des tristesses et des dégoûts qui exposent le pénitent à laisser lès confessions particulières dont il a peut-être un besoin plus pressant et plus réel, par la seule crainte de faire la confession générale. N*y obligez donc que dans le cas d'une évidente nécessité ou d'un doute très fort. Pour les 344 . — Mais pour peser ce doute, n'employez la balance ni du ' ^"'f")^ "j»**® J- relâché ni du rigoriste. Contre les principes du premier, tenei pour suspectes de nullité les confessions qui n'ont été suivies d'aucun changement, même pendant un court espace de temps. Car il y a lieu de douter très fortement, lorsqu'un récidif se confesse depuis longtemps sans aucune ou presque aucune diminution de fautes graves et fréquentes, surtout si elles étaient commises avec une grande malice, comme s'il en recherchait lui-même l'occasion. Dans ce cas, obligez-le à la confession générale. Dites-lui de le faire pour l'amour qu'il doit avoir de la tranquillité de son âme. Mais, contrairement au rigoriste, ne dites pas qu'il y a un doute très fort, lorsqu'il y a quelque ou même un notable amendement, bien qu'il ne soit ni continuel ni parfait. Regardez avec confiance comme valides les confessions après lesquelles le pénitent a notablement diminué le nombre de ses fautes, encore qu'il soit retombé. Autrement, ce serait confondre le fruit d'une seule confession avec le fruit d'un grand nombre, semblable à celui qui ne voudrait pas distinguer l'efficacité d'un bon remède pris une seule fois, de l'efficacité du même remède pris pendant longtemps.

Or, comme on appelle efficace le remède qui, pris aujour* d'hui, coupe réellement et enlève la fièvre, bien qu'elle revienne quelques jours après, et que sa disparition constante soit réservée à la continuation du remède dont l'effet n'est pas seulement de guérir la fièvre, mais encore d'ôter les mauvaises hu* meurs qui pourraient la reproduire : de même, Dieu n'a pas attaché à chaque confession la puissance illimitée de produire

HàNUBL DBS CONFESSEURS. 375

toutes sortes d'effets. Toute confession bien faite efface tous les péchés accusés avec une sincère douleur, mais elle n'en ôte pas toutes les suites, la faiblesse, et le penchant à la rechute. Elle diminue, mais elle ne dompte pas entièrement la force de la mauvaise habitude. Cet effet ultérieur est réservé, dans le cours ordinaire de la Providence, à la continuation des confessions, qui purifient peu à peu des suites mêmes du péché, et fortifient de telle façon, que la santé de Tàme demeure forte et constante. C'est pour cela que le Rituel romain indi- • que comme remède spécifique pour les récidifs la fréquentation des sacrements, et que tous les saints, tous les maîtres de la vie spirituelle, sont unanimes pour la recommander.

345. — Ainsi, tenez pour bonne et valide la confession qui a pour les conété suivie d'un amendement notable, suivant ce que nous avons '^^^^m "bon^s" dit au n"" 339 ; et n'obligez pas à la confession générale. Vous et valides. pouvez bien la conseiller ; mais si le pénitent témoigne de la répugnance, engagez-le, au lieu de cela, à mettre du moins tout en sûreté tWere^r/^m^n^ par la douleur universelle même du passé etdonnez*lui le temps de croître en forces spirituelles. Autrement, si vous l'obligez, vous ruinerez cette âme à cause de son peu de vertus et de votre grande indiscrétion ; indiscrétion que vous trouveriez peut-être déplacée à votre égard si le confesseur auquel vous vous adressez pour la première fois vous obligeait à faire une confession générale. Si vous entendez une confession générale d'obligation ou de conseil, contentez-vous, pour le nombre, de l'estimer en moraliste et non point en agent fiscal. Souvenez-vous alors des règles de discrétion que je vous ai indiquées, pour les actes intérieurs, au n"" 124, et que je vous indiquerai pour les confessions des ignorants, au n^ 416.

Ayez pour principe que, lorsqu'il est moralement impossible de connaître le nombre précis ou probable de péchés mortels, il suffit que le pénitent vous dise trois choses : le temps depuis lequel il tombe dans cette faute, la fréquence des chutes pendant la durée de la mauvaise habitude, afm d'avoir un terme moyeu entre le plus et le moins, moralement parlant ; enfin les circonstances, s'il en est qu'il soit nécessaire d'expliquer. Par cela seul vous arrivez à connaître trois choses : l'état et la malice de cette &me, la pénitence et les remèdes qu'il convient de lui donner, et s'il convient ou non de lui donner l'absolution. Vous savez

376 MAlf UBL DBS COlfFBSSBURS.

tout cela sans avoir besoin, ni tous ni votre pénitent , de compter arithmétiquement le nombre de tant de péchés multipliés pendant des années entières. Dieu ne vous oblige pas. Yous obtenez moralement la fin principale, pour laquelle l'accusation du nombre est prescrite.

Remède pour les 346. — Yeuons aux remèdes pour les récidifs. i "* Un excellent '• moyen de convertir et de corriger les récidifs, surtout les sensuelsy c'est de les engager à faire les exercices spirituels, et, si cela se peut, de leur conseiller une confession générale s'ils ne l'ont jamais faite, ou s'ils ne l'ont pas faite depuis longtemps, ayant soin de s'y préparer quelques jours d'avance par des prières, de fréquents actes de contrition, quelque mortification et un bon examen. La vue de toutes ses fautes confond saintement le coupable, l'humilie, Texcite à un repentir plus vif, et le dispose à recevoir dans le sacrement des grâces extraordinaires pour ne pas retomber.

â"" Gomme iln'yapas de remède plus puissant pour préserver du péché que de se confesser au même confesseur, recommandez à celui qui tombe très fréquemment de se confesser trois fois la semaine, comme le disent des docteurs graves et expérimentés^ ou le plus souvent qu'il pourra ; de plus, que le soir et le matin après avoir invoqué la sainte Vierge il dise à Notre-Seigneur : Mon Sauveur et mon juge ^ qui avez préparé des peines étemelles aux pécheurs^ ici prosterné en votreprésence, je prends la résolution^ à V honneur de votre Passion et de Marie^ ma protectrice^ de m' abstenir y au moins jusqu'à ce soir ou jusçu* à demain^ de tel péché. Plusieurs auteurs attestent que ce moyen a été très utile à un grand nombre.

3*" Exhortez le récidif à se recommander souvent à Dieu pendant le jour, et de ne donner aucun accès a la tentation ; et s'il en est assailli, qu'il y résiste sur-le-champ, sans lui donner le temps de s'accrottre, en pensant que Dieu le voit^ et qu'il peut le punir dans l'instant même de son péché, comme il est arrivé à beaucoup d'autres.

4* S'il retombe, prescrivez-lui de venir tout de suite ce jourlà même se confesser, ou du moinà se présenter à vous sans attendre une seconde rechute. Afin qu'il ne diffère ni par honte ni par négligence, prévenez-le, et rappelez-lui souvent que son retour, loin de vous causer de l'ennui, vous donnera, au con-

MANUEL DBS C0NFESSBUR8. 377

traire, la plus grande consolation, non pas à cause du mal qui lui sera arrivé, mais à cause de sa bonne volonté à y remédier sur-le-champ, et qu*au lieu de perdre votre estime, son humilité à se présenter ne fera que la lui assurer davantage. Dites-lui et rappelez-lui de temps en temps de ne pas se hasarder à différer de venir ; le retard déshonore Dieu et Tirrite, encourage le démon, fortifie la passion, luiôte à lui-même la honte de ses fautes et le courage de se corriger, et peut ainsi le conduire peu à peu en enfer au moment où il s'y attend le moins. Au contraire, la force de la promptitude honore Dieu, rebute et déconcerte le démon, brise la passion, le fortifie lui-même, le purifie dupasse, et le soutient pour l'avenir. Dites-lui que, malgré ses rechutes, tant qu'il aura l'humilité de venir promptement, vous espérez bien de son amendement et de son salut ; mais que, s'il diffère, hélas I vous craignez beaucoup pour lui. Dieu dit à une sainte qu'il ne laissait pas d'aimer certaines âmes qui retombaient de temps en temps en des fautes graves, mais qui étaient promptes à s'en repentir.

5* Afin qu'au milieu des peines qu'il éprouve à se délivrer tout à fait de sa mauvaise habitude, il ne se décourage pas, et ne regarde pas comme inutiles les efforts qu'il fait, ranimez-le souvent en lui disant qu'il est de foi que celui qui prie comme il doit, avec confiance, humilité et persévérance et qui en mêmt temps correspond aux inspirations de Dieu, obtiendra certainement plus tôt ou plus tard les choses nécessaires au salut. Qu'il espère donc, et il se corrigera, comme il est arrivé à d'autres pécheurs plus grands que lui ; qu'en attendant, il reconnaisse déjà le fruit de ses prières et de ses efforts, puisque sans cela il aurait péché davantage, et peut-être n'aurait eu ni le temps ni la grâce de se confesser. Or, avoir commis moins de péchés et avoir eu le temps d'y remédier est certainement un avantage d'un prix infini.

6* Inspirez-lui une dévotion constante à la sainte Vierge, la mère des pécheurs qui veulent se convertir. Dans tout ce qui précède je vous ai indiqué d'autres moyens : Dieu lui-même Yous en suggérera de nouveaux pour votre avantage et celui du pénitent.

347. — A l'occasion des récidifs, il reste encore à parler des conduite à tenir cas où, même sans aucune diminution préalable de fautes, vous nS^'Zll^»

378 MÂflUBL DBS CONFESSEURS.

Mgnes extraor- pouvcz saos relâchement absoudre le pécheur. C'est lorscpie dinairefl de yQ^g trouverez CD luî UDC marquc extraordinaire de contrition. ^^^ " ' °- Y^ng |g savez, la miséricorde de Dieu n'a pas de bornes. Dieu entre quelquefois dans le cœur des pécheurs lorsqu'ils le méritent le moins, et y produit, non pas peu à peu, suivant le cours ordinaire de sa providence, mais tout d'un coup, un sincère changement. Lors donc que vous aurez des marques solides et prudentes de cette opération de la grâce dans le pécheur qui vous autorisent à dire avec fondement : cette âme est vraiment et sincèrement repentante, la présomption que forme contre lui la mauvaise vie qu'il a menée jusqu'alors est annulée et effacée par sa conversion présente, manifestée par des preuves non équivoques ni légères, mais solides et prudentes.

Si donc il vous vient un pénitent qui vous dit : Mon Père, je suis un grand pécheur^ et encore ce matinf ai péché; mais ^ ayant entendu l'instruction d'un saint homme, je me suis senti pénétré de terreur et de componction, etj'airésolu de changer dévie à quelque prix que ce soit, et si vous voyez, comme un autre David aux paroles de Nathan, témoigner par des larmes amères et de profonds soupirs la sincérité avec laquelle il dit : Peccavi; ou bien c'en est un autre qui vous dit : Je viens d'un pays éloigné de tant de lieues, nonpar aucun motif d intérêt, mais parce que je nepuisplus supporter le fardeau de mes péchés. Cette nuit je n*ai fait que pleurer, et à peine le jour a-t-ilparu, que je suis parti; enfin c'est un troisième qui vous dit : Aujourd'hui, fête de la très sainte Vierge, enréciiani comme de coutume le saintrosaire, qui est la seule pratique de religion que j'aie retenue au milieu dune vie de désordres, je me suis trouvé, et je reconnais que j'en suis redevable à cette Mère despécheurs, jemesuis trouvétoutattendri et inspiré de venir me confesser, et je commence par vous direqu'ilya bien desannéesquejen'aimêmefaitmespdques, ou bien que j'ai toujours caché tel péché : dans ce cas et autres sem* blables, ne voyez-vous^as un grand changement et une grande différence entre l'état passé et présent de cette personne ?

Or, ce changement n'est-il pas efficace et sincère qui a produit des résultats bien difficiles et bien notables dans ce péni* tent ? N'est-il pas évident que c'est la main de Dieu qui a opéré un changement véritable et bien suffisant pour mériter l'absolution ? Ministre fidèle, imitez votre mattre. Il s'est montré libé*

MANUEL DBS CONFESSEURS. 379

rai dispensateur de la grâce pour convertir cette âme, montrez* vous libéral en ne la privant pas plus longtemps des effets de la jastification et de la paix réservée aux pécheurs repentants ; c'estce que vous dil le canon26 AUigant: SiDeus benignus esty tii qtdd sacerdos erii austerus? Tout au plus vous pourrez, pour plus grande sûreté, les exciter de nouveau à la contrition, afferaiir leur bonne volonté en chargeant un peu la pénitence, seulement pour les éprouver, et ensuite la diminuer, ou bien leur donner un quart d'heure pour s'exciter à la contrition, et revenir pour être absous tout de suite.

Combien de fois n'est>il pas arrivé en pareil cas de voir, quelques heures après Tabsolulion, ces pécheurs mourir par un accident imprévu, avec toutes les marques de la prédestination, comme si Dieu avait voulu justifier d'une manière visible et approuver la conduite des confesseurs discrets, qui, foulant aux pieds les scrupules d'une rigueur excessive, les avaient absous sans délai ? Aussi les évèques de Flandre réunis en 1697 déclarèrent : Deuminconversionepeccatorisnontam consideraremensuram temporisy qtiam doloris ; e t bien longtemps avant eux saint Léon le Grand avait dit : Nullas patitur venus moras vera conversion et in dispensandis Dei donis non debemus esse difficiles^ nec acctisantium se lacrymas gemitusque negligere, cum ipsam pcenitendiaffectionem ex Deicredamtis inspiratione conceptam^ .

348. — Un des moyens les plus puissants dont Dieu se sert uamotsories pour opérer ces coups extraordinaires de sa grâce, ce sont les "f^Ht !«" exercices spirituels et les missions. Tirez de là deux instructions musions. précieuses, l"" Lorsque tous vos soins sont inutiles pour Tamendement d'un pécheur, engagez-le à faire des exercices spirituels ou à suivre une mission, non pas en passant, mais constamment, du moins pendant la plus grande partie, et vous verrez enfin le aierveilleux changement après lequel vous soupirez. 2"* Si vous êtes curé, outre le bien que vous pouvez faire à votre peuple par vos discours, ne manquez pas de lui procurer de temps en temps le secours extraordinaire des exercices publics ou missions.

Pour vous donner une idée de leur extrême importance, je TOUS prie de remarquer ce que je vais dire. Grand nombre de pécheurs n'ont qu'un ou deux pas principaux à faire pour rentrer dans le bon chemin, après quoi le reste ne leur coûte pas

tEpit. LXXXm,c. IV.

380 MANUEL DBS CONFESSEURS*

grand*peine. C'est, par exemple, de confesser un péché caché depuis longtemps, faire une restitution, se réconcilier avec un ennemi, éloigner une occasion, vaincre un respect humain qui empêche de se déclarer pour la piété, remplacer par la feneur une tiédeur continuelle au service de Dieu. Mais ils éproureDl à cela une répugnance indicible, et les moyens ordbaires ne suffisent pas pour la surmonter. Il faut une grâce singulière et quelque secousse plus forte ; autrement, ils diffèrent jusqu'à la mort de faire ce qu'ils avaient Tidée d'accomplir.

Or, les retraites et les missions, lorsqu'elles sont confiées à des ouvriers, tels que nous avons dit au n^ 72, pleins de charité, d'habileté et de discrétion, sont les moyens les plus propres i faire réussir une pareille entreprise. Outre la nouveauté et h haute opinion des missionnaires, qui leur donnent Tavantage sur les prédicateurs ordinaires qu'on a entendus cent fois, la multitude des exercices, leur rapprochement, ne donnent pas à l'âme le temps de se refroidir ni de se dissiper. Au contraire, l'un dispose à l'autre, et celui-ci conserve et perfectionne Toa* vrage du premier. La vérité, la force des maximes étemelles continuellement préchées pendant plusieurs jours, sont comme un assaut général donné de toutes parts au cœur humain, avec toutes sortes d'armes, qui finissent par en triompher. Ce n'est pas un remède passager, mais un traitement méthodique et complet, composé de différents remèdes administrés à plusieurs reprises, et qui opèrent la guérison spirituelle. Suite. 349. — L'expérience apprend que, lorsque les ouvriers sont

doués des qualités indiquées plus haut, les conversions sont très nombreuses. S'il en est qui restent dans leurs vices, ordinairement ce sont ceux qui n'ont pas même assisté aux exercices ou seulement à quelques-uns. Mais ceux qui les suivent tous ou du moins la plus grande partie triomphent et franchissent les pas difficiles qui les retenaient dans l'esclavage du péché. Tels sont donc les avantages qui résultent de ces prédications : l' la conversion efficace et sincère d'un grand nombre de personnes ; 2« la persévérance constante de plusieurs ; 3"" pour ceux même qui ont le malheur de retomber, il résulte encore un grand bien : c'est de faire au moins une trêve notable de plusieurs se-

^ Réparer bien des confessions douteuses, nuUes ou sacrUè|^ l^^* ^ trad,)

maines ou de plusieurs mois avec Dieu, pendant laquelle ils l'honorent par des actes de dévotion et s'abstiennent de leurs péchés ordinaires.

Ensuite, il ne leur est pas aussi difficile de revenir et de se relever qu'il leur fut d'abord de se convertir, car ils ont déjà brisé leurs plus fortes chaînes. Pour se réconcilier avec Dieu, ils n'ont plus à faire, par exemple, un examen aussi laborieux ni une confession aussi humiliante que la confession générale pour se convertir ; ils se souviennent encore des grandes vérités qu'ils ont entendues, ils sont encore témoins des bons exemples d'un grand nombre demeurés constants ; 4*» si dans une paroisse il y a plusieurs bons confesseurs, qui, semblables à des nourrices prévoyantes, conservent et augmentent les forces de ces nouveaux convertis, qui sont dans la vertu comme des enfants nouvellement nés à la vie spirituelle, les fruits de la mission se perpétuent visiblement pendant plusieurs années. Autant que vous pourrez, ne privez donc pas votre troupeau de ce moyen extraordinaire de salut. Si vous rencontrez un scandaleux au tribunal de la pénitence, vous ne sauriez lui suggérer un meilleur moyen de rendre à Dieu âmes pour âmes, que de procurer à ses dépens les exercices publics d'une mission.

350. — Le fameux Arnaud éprouva les effets et l'efficacité des Exemple dArmissions pour toucher les pécheurs de componction. Pressé par ^''^' les instances de son frère, qui était évéque, de venir confesser dans sa ville pendant une mission, il s'y rendit. Le premier jour il ne donna l'absolution à personne; le second jour il fit de même ; le troisième, il commença à la donner à deux ou trois ; le quatrième il arriva jusqu'à cinq ou six; le cinquième, il la donna à tout le monde. Mais le soir étant venu : Hélas ! dit-il comme un homme qui rentre en lui-même, je suis devenu relâché, et il ne voulut absolument plus confesser. Combien plus sage n'eût pas été la résolution contraire, s'il avait changé et radouci sa théorie, afin de continuer, à son grand avantage et à celui du prochain, le ministère qu'il avait commencé!

En effet, qui pourra jamais croire utile, saine et conforme à l'esprit de Notre-Seigneur et de TÉglise, une doctrine qui épouvante en même temps le confesseur et le pénitent et les empêche de recevoir ou d'administrer ce sacrement, le plus nécessaire au salut après le baptême? Il eût bien mieux fait d'entrer dans

MAHDBL DBS CONriSSEUBS. 28

382 MANUEL DES COiNFfiSSEURS.

les sentiments que Dieu avait commencé de lui donner, et de les fortifier de jour en jour par la participation que Dieu lui communiquait de son infinie charité pour les pécheurs. Grâce à elle, il commençait à leur compatir avec un cœur de père et à travailler à leur bien. L'esprit moins préoccupé de son rigorisme, il commençait à voir que Dieu opère très bien dans le cœur des pécheurs, et y produit un changement dont un juge discret se contente prudemment pour absoudre avec discrétion, sans relâchement ni rigorisme. Pour vous^ soyez plus sage. Sivou<; êtes curé, et que vous appeliez votre peuple à la pénitence, persuadez-vous bien que le meilleur moyen de recueillir et de conserver les fruits de ces prédications exfraordinaires, c'est d'avoir des confesseurs doués des qualités dont je vous ai parlé tant de fois, la charité, l'habileté et l'exactitude discrète.

ARTICLE YII

CE qu'il faut ENTErn)RE PAR LES nABITUDINAIRES ET LES

BÉCTDIFS.

Différence eniro 351. (Saint ALPHONSE, u" 68-77.) — Poup bicu appliquer Ics

les habitudi- . . . • j «i - . ,. .T t^

naires et los priucipcs quc jc vicus de vous exposer, il faut distinguer les réridifs. habiludinaires des récidifs. Les habitudinaires sont ceux qui ont contracté l'habitude de quelque péché dont ils ne se sont pas encore confessés. Or, on peut bien, disent les docteurs V 1^ absoudre la première fois qu'ils se confessent de leur mauvaise habitude, ou lorsqu'ils s'en accusent après Tavoir cachée, pourvu qu'ils aient une véritable contrition et un ferme propos de prendre les moyens efficaces de se corriger. Mais si Thabilude est très invétérée, le confesseur peut bien aussi leur différer l'absolution, pour voir comment le pénitent mettra en œu\Te les moyens prescrits, et afin qu'il conçoive plus d'horreur de son péché. Faites attention que cinq chutes dans un mois peuvent constituer la mauvaise habitude, s'il s'agit de péchés extérieurs, pourvu qu'il y ait quelque intervalle entre les chutes. En matière de fornication, de sodomie, de bestialité, un nombre bien inférieur peut constituer la mauvaise habitude. Celui, par

« Lib. VI, n. 455, m fin.

exemple, qui tomberait dans la fornication une fois par mois pendant un an doit être regardé comme habitudinaire.

352. — Les récidifs, au contraire, sont ceux qui, après la con- suite. fession, sont retombés de la même manière, ou à peu près, sans amendement. Suivant renseignement commun*, on ne peut les absoudre sur les signes ordinaires, c'est-à-dire la confession et la proteslation qu'ils se repentent et sont résolus de se corriger. Cela résulte de la proposition 62, condamnée par Innocent XL La raison en est que l'habitude formée et les rechutes antérieures sans aucun amendement font grandement soupçonner la sincérité du repentir et du ferme propos que le pénitent dit avoir. Aiosîy on doit leur diflférer l'absolution pour quelque temps, jusqu'à ce qu'on voie quelque signe/>n/(fe;2/ d'amendement.

Je ne saurais m'empêcher de déplorer ici le mal épouvantable, que font tant de mauvais confesseurs qui absolvent indistinctement ces récidifs. Par cette coupable facilité, ils perdent Thorreur du péché, et persévèrent jusqu'à la mort dans leurs mauvaises habitudes. Quelques docteurs admettent qu'on peut, sur les signes ordinaires^ absoudre le récidif jusqu'à trois ou quatre fois; mais je n'ai jamais pu me ranger à cette opinion. En effet, l'habitudinaire qui, après une seule confession, est retombé, sans amendement^ est un vrai récidif qui donne lieu de soupçonner avec fondement qu'il est mal disposé. Remarquez que cette règle a lieu même à l'égard des péchés véniels. Il est vrai, on admet communément qu'on peut absoudre avec plus de facilité ceux qui retombent dans les mêmes péchés véniels, parce que les occasions en sont plus fréquentes.

Cependant, comme il y a, d'après le sentiment commun ^, péché grave et sacrilège à confesser des péchés véniels sans un repentir et un ferme propos véritables ; qu'en outre il ne suffit pas de se repentir de la multitude ou du nombre excessif de semblables fautes, sans se repentir d'aucune en particulier, ainsi que nous l'avons soutenu ^ contre Topinion de quelquesuns, on doit craindre facilement que ces confessions ne soient sacrilèges ou du moins invalides. Ainsi, vous ferez attention de ne pas absoudre indistinctement ces sortes de pénitents ; car, supposé qu'ils soient dans la bonne foi, vous n'en commettez

« Ub. VI, n- 459; V, Z>lCl/n^ - ' Lib. Vf, n. 449, dub. 1. - • Lib. VI, n. 449, dub. 2.

pas moins un sacrilège en donDant rabsolution à des indignes. Ayez donc soin, si vous vouliez absoudre le pénitent, défaire en sorte qu'il se repente en particulier de quelque faute véoielie dont il a plus d'horreur, ou bien faites-lui accuser quelque péché de la vie passée contre telle vertu (il suffit qu'il s'en confesse en général sans exprimer le nombre), afin d'avoir une matière suffisante sur laquelle puisse reposer l'absolution; aotrement il faut lui refuser Tabsolution pour quelque temps. Quel délai u faut 353 . — Jc dls pour quelque temps ; car, soit qu'il s'agisse p'««»^« *" récidifs en fautes légères ou en fautes graves, il n'est pas nécessaire de leur différer l'absolution pendant des années ou des mois, comme le veut le trop sévère Juennin ^. Si le péché nait de la fragilité intrinsèque, il suffit, généralement parlant, d'an délai de huit ou dix jours ; c'est l'avis du savant auteur de r/nftruction pour les nouveaux Confesseurs ^, imprimée à Rome. L'auteur de Y Instruction pour les confesseurs de la campagne^, pense de même, et il cite Habert en faveur de ce sentiment^ Ces auteurs ajoutent que le délai d'un mois est excessif et dangereux, parce qu'il est difficile que les pénitents reviennent après un si long intervalle. Benoît XIV favorise ce sentiment*. Parlant des confesseurs qui refusent justement l'absolution aux pénitents, il les exhorte : lllos quantocius ut revertantur mitent, et adsacramentale forum regressi absolutionis bene/icio wh nentur. Tout au plus je dis qu'on peut leur différer l'absolution pendant quinze ou vingt jours.

Il faut excepter ceux qui se confessent pour remplir le devoir pascal : ils ont besoin d'une épreuve plus longue. Car on peut justement soupçonner qu'ils s'abstiennent du péché, plutôt par la crainte d'encourir la censure que par une véritable résolution de changer de vie. 11 faut encore excepter ceux qui tombent p>r suite d'une occasion prochaine extérieure, ils ont aussi besoin d'une plus longue épreuve; car l'occasion, ainsi que nous rivons dit plus haut, est un puissant aiguillon au péché. Dans tous les cas, l'épreuve d'un mois suffit. Mais vous ne direz pas au pénitent d'attendre un mois à revenir: un si long détail 6' pouvanterait. Dites-lui de revenir dans huit ou tout au plus dans

1 Lib. VI, n. 563. — «Part. I, c. ix, n. 215. — » C. I, § 4. — * Inprax. t. IV, p. 417. — > BuUa Àpostolica, in BuUar., t. m, 443, § 22.

quinze jours, et ainsi tous le conduirez doucement jusqu'à la fin du mois avant de lui donner l'absolution .

354. — Pour absoudre les récidifs, il ne suffit pas de signes or- o^^d «^ p«' dinaires de contrition et de ferme propos, il en faut d'extraor- ^^ •^'^^^^ dinaires. Suivant Topinion commune ^, ces signes extraordinaires sont certainement suffisants pour donner Tabsolution. En effet, s'ils sont solides et fondés, ils ôtent le soupçon de la mauvaise disposition occasionnée par les rechutes. Dans un décret qu'ils firent pour la direction des confesseurs de leurs diocèses^ les évéques de Flandre, réunis en 1697, déclarèrent avec raison, en parlant de cette matière : Deum conversione peccatoris non tam considerare mensuram temporis , quant doloris ^ .

En conséquence, ils défendirent aux confesseurs d'exiger immuablement des pénitents, même recidifs, l'épreuve d'un temps notable avant de leur donner l'absolution ; et cela avec raison, car l'épreuve du temps n'est pas Tunique signe du changement de la volonté. La volonté du pécheur change par l'impression de la grâce divine, qui n'a pas besoin de temps, mais opère quelquefois en un instant. Ainsi le changement de volonté peut très bien se manifester par d'autres signes, sans qu'il soit besoin de l'épreuve du temps.

Quelquefois même ces autres signes de la disposition actuelle do pénitent témoignent beaucoup mieux du changement de la volonté que l'épreuve du temps. En effet, ils manifestent directement la disposition, tandis que l'épreuve ne la manifeste qu'indirectement ; car il n'est pas rare qu'un pénitent s'abstienne du péché pendant longtemps, sans que pour cela il soit bien disposé. C'est ce qui fait dire à l'auteur de l'Instruction pour les nouveaux confesseurs : Si la rechut "vientde la propre fragilité^ sans cnstrecauseexlrinsêquevoloniaire, c^estune espèce de témérité de dire que tout récidxf est indigne d'absolution '. Il dit ailleurs : Celui qui est tombé par la force de la mauvaise habitudedoit êtreabsouSy toutes les fois qu'il montre la fermevo^ lanté Remployer les moyens de se corriger ; puis il ajoute : Et nous jugeons qu'on serait trop rigoureux d^en agir autrement et que le confesseur^ en le faisant^ s'éloignerait de F esprit de /'JÉ-

< Lib. VI. n. 459; V. IKecidiwu. ~ t Apud Croix, lib. VI, p. % n. 10-24. 3 Part. L c. XV n. 356.

d inaires.

386 « MANUEL DBS GONFBSSEURS.

glise etde Notre-Seignetir, ainsi quedela nattire du sacrement, quin'estpas setdementun jugement^ mais un remède salutaire^. Signes citmor- 355. — Les docteuFs comptent plusieurs de ces signes extraordinaires: l"" une plus grande contrition manifestée par des larmes, pourvu qu'elles viennent d'une véritable componction, ou par des paroles qui partent du cœur : elles peuvent ëlre quelquefois des signes plus certains que les larmes ; 2"" la diminution de nombre dans les fautes; cela s'entend lorsque le pénitent s'est trouvé dans les mêmes occasions et les mêmes tentations de péché, ou bien si le pénitent n'était tombé qu'après un grand combat contre la tentation ; S'' le soin de se corriger : par exemple, si le pénitent a évité l'occasion, s'il a mis en œuvre les moyens prescrits par le confesseur, ou s'il a fait des jeûnes, des aumônes, des prières, dire des messes, pour faire une bonne confession ; 4** s'il demande des remèdes ou de nouveaux moyens pour se corriger ; s'il promet de faire usage des moyens que le confesseur lui donne dans le moment, surtouts'il n'a jamais été averti par d'autres de les prendre.

Cependant il est rare qu'on puisse ajouter à ses promesses une foi suffisante, s'il n'y a pas quelque autre signe; car, pour avoir l'absolution, les pénitents promettent facilement, mais ensuite ils tiennent difficilement ; 5* la confession spontanée, particulièrement si le pénitent avait fait un long voyage pour venir se confesser, ou s'il s'était privé de quelque gain notable, ou s'il avait souffert un grand dommage, ou s'il était venu après un grand combat ; 6** s'il est venu pressé par un mouvement extraordinaire ; par exemple, pour avoir entendu un sermon, ou appris la mort de quelque personne, ou par la crainte de quelque fléau menaçant, un tremblement de terre, la peste, etc. ; s'il ac* cuse des péchés graves, cachés par honte dans ses autres confessions ; 7"* s'il fait connaître qu'il a puisé dans les avis du confesseur une nouvelle connaissance et une nouvelle horreur de son péché et une nouvelle crainte de se damner ^.

Il en est qui ajoutent encore d'autres signes : par exemplj' si le pénitent accepte volontiers une grande pénitence, sj^ assure s'être repenti aussitôt après avoir commis le péché, su proteste de vouloir plutôt mourir que d'y retomber. Mais je ne

«Part. I, c. IX, n. 210. ^ * Lîb. VI, u. 460.

sais si de tels signes peuvent suffire quand ils sont seuls ; je dirai plutôt qu'ils pourraient fortifier d'autres signes qui seuls seraient insuffisants.

356. — En deux mots, toutes les fois qu'il y a quelque signe suite. d'après lequel vous pouvez juger prudemment que la volonté du pénitent est changée, vous pouvez bien l'absoudre. Il est vrai, pour absoudre le pénitent, le confesseur doit être moralement certain de sa disposition ; néanmoins il faut remarquer que dans les autres sacrements, où la matière est physique, la certitude aussi doit être physique. Mais dans le sacrement de pénitence la matière étant morale, comme sont les actes du pénitent, il suffit, nous l'avons prouvé, d'avoir une certitude morale ou relative*, c'est-à-dire, il suffit que le confesseur ait une probabilité prudente de la disposition du pénitent, sans aucune crainte prudente du contraire.

S'il en était autrement, on ne pourrait presque jamais absoudre aucun pécheur, car tous les signes donnés par les pénitents ne fondent qu'une probabilité de leur disposition. // ne faut autre chose^ dit l'auteur de Tlnstruction pour les nouveaux confesseurs, pour donner t absolution qu'un jugement prudent ^probable de la disposition dupénitent. Si donc les circonstances n'établissent pas wi doute prudent que le pénitent n* est pas suffisamment disposé ^ le confesseur ne doit ni se tourmenter ni tourmenter le pénitent pour avoir F évidence^ qui n'est pas possible^. Je vous ferai remarquer ici, au sujet de la mauvaise habitude^ qu'on peut plus facilement absoudre les récidifs dans le blasphème que dans les autres péchés, tels que la haine, le vol, l'impureté, auxquels l'habitude attache plus fortement à raison de la plus grande concupiscence.

357. — Jevousaiditqueleconfesseurpeutdonnerl'absolution Est-o» obligé à à l'habitudinaire et au récidif, lorsque quelque signe extraordi- xtZTxoll^îi naire témoigne de sa disposition ; mais je ne vous ai pas dit qu'il y a-des signes y fût obligé. En effet, il peut la lui différer lorsqu'il le juge utile. «*''^^'«»"^^^ Tel est l'enseignement commun '. Sans doute le pénitent a droit à l'absolution lorsqu'il a confessé ses péchés, mais il n'a pas droit d'être absous sur-le-champ. Le confesseur, en qualité de médecin, peut très bien, quelquefois même doit lui différer

1 Lib. VI, n. 63. - >Lib. VI, n. 68, ibidenu - * S. Thom., 2. % q. 189, a. 1 et 33.

TabsoIulioD : c'est lorsqu'il juge qu'un tel remède sera nécessairement utile au pénitent. Maintenant est-il expédient d'user ordinairement d'un tel remède, ou de n'en pas user sans le consentement du pénitent? Il est certain que non, lorsque le délai peut être plus nuisible qu'utile. Il en est de même, disent les docteurs, lorsque du délai il devrait résulter pour le pénitent quelque note ou danger d'infamie ^.

Ces cas exceptés, quelques-uns veulent qu'il soit mieux de différer l'absolution à de semblables récidifs. D'autres, plus communément, soutiennent que cela est rarement utile. C'est le sentiment du grand missionnaire de notre époque, le Père Léonard de Port-Maurice, dans son savant ouvrage imprimé à Rome ^. Toutefois le plus sage est de dire qu'on ne peut établir de règle générale sur ce point. C'est au confesseur à se conduire d'après les circonstances. Qu'il se recommande à Dieu et qu'il agisse comme il se sentira inspiré. Pour moi, voici mon avis : Je dis conformément au sentiment le plus commun, commvnis' sima, des docteurs ', que, si le pénitent est retombé par fragilité intrinsèque, comme il arrive dans les péchés de colère, de haine, de blasphème, de pollution, ou de délectation morose, qu'il est rarement utile de différer l'absolution au récidif quand il est disposé ; car on doit espérer que la grâce du sacrement lui profitera plus que le délai de l'absolution. Suite. 358. — Je dis psir fragilité intrinsèque , car il faut se conduire

autrement avec celui qui est retombé par cause d'une occasion extrinsèque même nécessaire. La raison en est que l'occasion excite des pensées beaucoup plus vives et que la présence de l'objet émeut bien plus fortement les sens, par conséquent rend plus intense Taffection du péché que ne le fait la mauvaise habitude intrinsèque. Aussi le pénitent a-t-il besoin de se faire une grande violence, non seulement pour vaincre la tentation, mais encore pour s'éloigner de la familiarité de la présence de l'objet, afin de rendre éloigné le danger prochain. Cela est d'autant plus vrai si l'occasion est volontaire et doit être absolument ôtée ; car alors celui qui reçoit l'absolution avant d'avoir ôté l'occasion est dans un grand danger de manquer à sa résolution de l'éloigner. Nous l'avons prouvé au n"" 315.

« Suppl. , q. 35, a. 1 ad 3. ^ * Avertiss. au confeeseur. — * S. 2, q. 184, a. 8.

MANUEL DBS CONFESSEURS. 389

Il n'en est pas de même de l'habitudinaire par cau^e intrinsèque : pour lui, le danger de manquer à sa résolution est plus éloigné. En effet, d'une part, l'objet extérieur qui pousse si Yiolemment au péché n'existe pas ; d'autre part, il ne dépend pas de lui de conserver la mauvaise habitude, comme il en dépend de ne pas ôter l'occasion. Ainsi, Dieu accorde des secours plus puissants à l'habitudinaire qui se trouve dans un pareil besoin. On peut donc espérer son amendement plutôt de la grâce du sacrement que du délai de l'absolution. Le sacrement donnera plus de force et plus d'efBcacité aux moyens qu'il emploiera pour extirper sa mauvaise habitude. Pourquoi, demandent avec beaucoup de justesse les docteurs de Salamanque^, devraiton plulôt espérer que le délai de l'absolution sera utile à un pécheur qui n'a pas la grâce, qu'à un ami de Dieu, de l'absolution qui lui donne la grâce ? Et le cardinal Tolet ^, parlant précisément du péché de pollution, estime qu'il n'y a pas de remède plus efficace pour un tel vice que de se fortifier souvent parle sacrement de pénitence. Il ajoute que ce sacrement est le frein le plus fort pour celui qui tombe dans ce péché, et qu'à moins d'un miracle celui qui n'en fait pas usage ne doit pas espérer de se corriger.

En effet, nous lisons dans la vie de saint Philippe de Néri ', qu'il se servait surtout de la fréquente confession pour guérir les récidifs en pareille faute. À cela revient encore très bien ce que dit le Rituel romain, au sujet de la pénitence zinpeccaia fa-cUe recidentibtisutiltssimum fuerit consulere, ut sœpe confiteantur; et si expediaty communicent. Or par ces mots facile recidentibuSy il entend certainement ceux qui n'ont point encore extirpé l^habitude. Certains auteurs, qui semblent ne vouloir sauver les âmes que par le rigorisme, disent que tous les récidifs deviennent pires lorsqu'on les absout avant d'être corrigés. Mais je voudrais savoir de ces maitres-là si tous les récidifs, renvoyés sans absolution et privés des grâces du sacrement, deviennent plus forts, et s'ils se corrigent tous. Combien n'en ai-je pas trouvé dans le cours de nos missions qui, ayant été renvoyés sans absolution, s'étaient livrés au désordre et au désespoir et éloignés de la confession pendant de longues années I

i 3 p., q. 86, a. 5 ad I. — « lâb. VI, n. 57 et 401. — • Part. I, c. XV.

n.eo.

Au reste, je le répète, chacun doit se conduire en ce point suivant les lumières que le Seigneur lui accorde. Ce qu'il y a de certain^ c^est qu'en cette matière ceux qui sont trop faciles à donner l'absolution, aussi bien que ceux qui sont trop difficiles, sont également dans Terreur. Il est beaucoup de confesseurs dont la grande facilité cause la ruine d'une foule d'âmes. Or, on ne peut nier qu'ils soient les plus nombreux et qu*ils fassent un plus grand mal, parce que c'est à eux que les habitudi* naires accourent en plus grand nombre. Mais, d'un autre côté, les rigoristes font aussi beaucoup de mal. Et je ne sais si un confesseur ne doit se faire des scrupules que lorsqu'il absout des pénitents mal disposés, et non pas aussi lorsqu'il renvoie sans absolution des pénitents qui la méritent. Je termine en donnant mon avis sur le sujet qui nous occupe : 1** Je ne nie pas que quelquefois il ne puisse être utile de refuser l'absolution au récidif bien disposé ; 2"^ je dis qu'il est toujours utile que le confesseur lui donne de la crainte, en se montrant comme dans l'impossibilité de l'absoudre ; S"" qu'ordinairement parlant, les récidifs par fragilité intrinsèque et qui se montrent disposés par quelque signe extraordinaire, tirent plus de profil du bienfait que du refus de l'absolution. Plût à Dieu que les confesseurs ne donnassent l'absolution aux récidifs que lorsqu'il y a des signes extraordinaires? Le mal est qu*un grand nombre de confesseurs absolvent tous les récidifs sans distinction, sans signes extraordinaires, sans leur donner ni avertissement ni même de remèdes pour se corriger. C'est de là, et non de l'absolution donnée à ceux qui en sont dignes, que vient la ruine de tant d'âmes.

Des ordinânds 359. — Lcs règlcs que nous avons établies à l'égard des hanaiM^'et rtci- ''^'t"^*'^^***®^ ct dcs récidifs en général ne s'appliquent point aux difs. clercs habitués à quelque vice, surtout en matière d'impureté et qui veulent parvenir à un ordre sacré. Avec eux il faut tenir une autre conduite. Le séculier habitudinaire peut être absous toutes les fois qu'il a les dispositions nécessaires au sacrement ; tandis que le clerc habitudinaire qui veut prendre un ordre sacré ne doit pas être disposé seulement au sacrement de Pëni* lence, mais encore au sacrement de l'Ordre, sans cela, il n'est disposé ni à l'un ni à Tautre. En effet, celui-là étant indigne de monter à l'autel qui sort à peine de l'état du péché et qui man-

que de la sainteté positive nécessaire à la grandeur du ministère auquel il aspire, se rend coupable de péché s'il veut, sans cette disposition, recevoir un ordre sacré, bien qu'il se mette en état de grâce. Ainsi, le confesseur ne peut Tabsoudre, à moins qu'il ne promette de s'abstenir de l'ordination, à laquelle il ne pourra ôtre admis qu'après l'épreuve d'un temps bien long, du moins de plusieurs mois, plurium metisium.

C'est une thèse pleinement démontrée dans notre disserta^ tion^, et appuyée du sentiment commun des docteurs dont nous rapportons les paroles ^. Ils disent que, pour monter aux ordres sacrés, il ne suffit pas d'avoir une sainteté commune, c'est-à-dire d'être simplement exempt de péché mortel, mais qu'il faut une sainteté particulière, qui ait purifié Tordinand de ses mauvaises habitudes. Tel est l'enseignement de saint Thomas : Ordines sacri prœexigunt sanctitatem unde pondus ordinum imponendumparietifyus jam per sanctitatem dessiccatis, id estab humore viliorum^. La raison en est que l'ordinand dépourvu de cette sainteté spéciale est indigne d'être élevé audessus du peuple, pour exercer les sublimes fonctions de l'autel. Sicut un, c'est le même docteur qui parle, qui ordinem suscipiuntj super plebem consiituuntnr gradu ordinis, ita et svperiores sint merito sanctitatis. Et ailleurs il assigne cette même raison en termes encore plus forts : Quia per sacrum, ordinem aliquis deputatur addignissima ministeria^ quibus ipsi Ckristo servitur in sacramento altaris, ad quod requiritur major sanctitas interior quam requirat etiam religionis status *.

360. — Il faut excepter le cas où Dieu donnerait à un pareil suue. ordinand une componction si extraordinaire, qu'elle le guérirait de sa dernière faiblesse ; car, comme le dit encore le docteur angélique : Quandoque tanta commotio?ie convertit (Deus) cor hominiSy utsubitoperfecteconsequatursanciitatemspiritualem^. Il est vrai que ces conversions sont rares, surtout dans les ordinands, encore qu'ils viennent se renfermer dans une maison religieuse pour y faire les exercices spirituels, car le plus souvent ils viennent par force. Mais, supposé que quelqu'un d'en- tre eux reçoive du Dieu, dont les miséricordes sont infinies,

« Lib. VI, n. 462. — « N. 463. — • /*., in fine. — * De pœnit., c. V, n. 67, in fine. — * Lib. 5, c. xni.

une grâce qui le change tellement, que, tout en éprouvant encore un certain mouvement déréglé dans ses sens, il est néanmoins pénétré d'une grande horreur pour le péché, et que Tardeur de la concupiscence est si fort diminuée, qu*avec le secours de la grâce il résiste facilement aux tentations ; supposé d'ailleurs qu'il est fermement résolu, non seulement à éviter le péché et les occasions, mais encore à prendre les moyens les plus efOcaces pour vivre en bon prêtre ; supposé enfin qu'il a déjà commencé à demander instamment à Dieu la persévérance, et que sa confiance en Dieu est telle, qu'elle lui donne la certitude morale d'un grand changement de vie : dans ce cas, le confesseur peut l'absoudre, lors même qu'il voudrait recevoir un ordre sacré immédiatement après la confession.

Malgré tout cela et toute sa profonde componction^ le confesseur doit faire son possible pour l'engager à différer son ordination, afin de se purifier plus parfaitement de la mauvaise habitude et de mieux accomplir ses résolutions. Dans cette vue, s'il ne veut pas remettre son ordination, le confesseur, en qualité de médecin, peut même lui différer l'absolution afin de Tempêcher d'aller aux ordres. Cependant le confesseur ne devrait pas en agir de la sorte si un tel délai exposait le pénitent à Tinfamie ; car, dans ce cas, il a droite une absolution subite : nous l'avons vu au n" 357. Au reste, les confesseurs doivent être aussi difficiles qu'ils pourront pour absoudre ces sortes d*ordinands, qui tournent ordinairement fort mal et sont la ruine des peuples et de l'Église ^.

Bxamiiier les 3^1. (B. LÉONARD, u** 6 ct 8, sccoude partie, 14.) — Examinez motiff qui les sévèrement leurs motifs ; dites-leur : Vous prétendez être en- ^ninu?rdi4? TÔlés parmi les prêtres de Jésus-Christ ; mais quel motif vous a poussés à embrasser un état si saint ? Peut-être vos parents vous ont-ils dit que la vie des prêtres est la plus belle de toutes; qu'exempts de l'embarras d'une famille et de la sévérité du cloître, ils n'ont qu'à penser à vivre et à se donner du bon temps ; que le moyen d'arriver à la fortune, c'est d'entrer dans cette carrière, qui finit par les plus grands honneurs; qu'un prêtre peut faire beaucoup pour les siens, payer les dettes de sa famille, augmenter la dot de ses sœurs, les faire trouver de meilleurs partis, et autres choses semblables.

< InVita, c. VI, n. 2.

Pauvres jeunes gens, écoutez-moi bien : ou changez une pareille intention, ou changez de carrière. La fin principale que vous devez avoir en vue en embrassant le sacerdoce, c'est de vous consacrerentièrementà Dieu, de vous dévouer sans réserve à son service, et d'assurer la grande affaire de votre salut éter* nel. Autrement, marcher dans cette voie serait pour vous la même chose que marcher à l'enfer. Ce n'est pas tout : vous semble-t-il que vous avez assez de force pour porter un si grand fardeau, surtout pour garder une parfaite chasteté ? Quelle monstruosité de voir un jeune homme, habitué dès ses plus tendres années aux plus honteuses souillures, courir hardiment se lier par un vœu perpétuel de chasteté I Quoi I lorsqu'il s'agit d'un vœu simple de chasteté, et que celui qui le fait ne peut, à raison de la mauvaise habitude, vivre dans la continence, il suffit d'un véritable doute dans le pénitent et d une crainte probable dans le confesseur qu'en effet il ne se contiendra pas, pour lui obtenir dispense de son vœu ad ineundum matrimo^ niumj et un jeune homme esclave de la même habitude osera se charger d'un vœu solennel qui lui interdit tout espoir de dispense ? Quelle témérité 1

Confesseurs, c'est à vous que je m'adresse maintenant. Je ne dis pas que^ lorsque vous rencontrez un clerc habitudinaire, vous ne puissiez l'absoudre, s'il vous donne des signes spéciaux d'une véritable contrition. J'ajouterai même que, malgré sa mauvaise habitude, s'il espère, avec la grâce de Dieu, s'en corriger ; si même il a^ dès à présent, la ferme volonté de mettre tout en œuvre pour y parvenir ; s'il vous donne des signes d'une douleur spéciale, il a les dispositions nécessaires pour être absous. Mais je dis aussi que, pour aller en avant et recevoir les ordres sacrés^ la ferme résolution de ne plus pécher ne suffit pas : il faut que l'ordinand croie sincèrement et en bonne conscience qu'aidé de la grâce il se défera de sa mauvaise habitude et se corrigera.

Il est vrai, celte croyance n'est pas nécessaire pour recevoir le sacrement de Pénitence, car le cœur peut être fermement résolu à un amendement sur lequel l'esprit éprouve encore quelque hésitation ; mais elle est nécessaire pour recevoir les ordres sacrés. Autrement, l'ordinand serait décidé à embrasser un état dont il croit qu'il ne remplira pas les devoirs. Donc il voudrait

se charger d'un fardeau qu'il saurait très bien ne pouvoir porter, à raison de sa mauvaise habitude ; donc il voudrait s'exposer à commettre une infinité de sacrilèges. Or, oserait-on dire qu'il peut être ordonné ? et s'il persiste à le vouloir, comment pourrait-on l'absoudre ? Confesseurs, avez-vous jamais réfléchi sérieusement sur cette vérité ? que faut-il donc faire ?

Éprouvez vos clercs ; et lorsqu'ils viennent se confesser chargés de toutes ces plaies infectes, dites-leur sans détour : Mon frère, ce n'est pas assez que vous me promettiez de ne plus pécher, vous devez faire de grands efforts pour détruire votre mauvaise habitude, de manière que vous puissiez croire fermement qu'avec la grâce de Dieu vous vous corrigerez. Suivez donc mes conseils : avant que d'être élevé au sous-diaconat, et à plus forte raison s*il était diacre, avant de recevoir le caractère sacerdotal, éprouvez votre chasteté pendant un an ou deux ; fait es- vous une grande violence ; c'est alors qu'aprèsune pareille épreuve vous pourrez avoir cette vraie, cette pieuse et ferme persuasion que j'exige de vous. S'il refuse de se soumettre, et que, malgré sa mauvaise habitude, qui donne tout Ueu de croire quil ne pourra vivre dans la continence, il veuille être ordonné, renvoyez-le comme indigne d'absolution. Jeunesse aveugle ! écoulez-moi bien : Si vous n'avez pas la force de vivre chaste, l'état ecclésiastique n'est pa^î fait pour col que vous portes sera pour vous un collier de feu pendant toute l'éternité. Pensez-y bien.

Dociriûe de 362j — Mais, pour en revenir aux simples fidèles, un prudent * soïmioTdes'^ confesseur doit s'assurer si son pénitent est récidif ou habitudihabitudinaircs uairc, s'U csl dans une occasion prochaine de péché, s'il sait pécidifs. explicitement les choses de nécessité de moyem. C'est ici le point le plus important que nous ayons à éclaircir dans notre conférence, car nous ne sommes réunis que pour former une sainte ligue qui rendra notre pratique uniforme. Mais, pour marcher en sûreté, remarquez que mon intention n'est point de discuter des probabilités, ni l'opinion de tel ou tel docteur ; non, je veux exposer les principes de la morale suivis par le commun des docteurs, corroborés par le sentiment des saints Pères, et «urtout fixés par les oracles du Saint-Siège.

Ainsi, je remets sous vos yeux les trois propositions condamnées. Elles nous serviront de guide, jetteront une grande lu-

MANUEL DES COiNFESSEURS. 395

iDÎère sur nos décisions, et nous empêcheront de nous (romper.

La première regarde les habitudinaires : Pœnùenti habenti eonsuetudinempeccandi contra legemDeijnaturœ,aiitEccl€siœ^ etsiemendationisspesrmlla appareat^ nec estneganda, necdi/ferenda absolutio^ dummodo ore proférât se dolere, etproponere emendationem. Elle est la soixantième condamnée par Innocent XI.

La seconde regarde les occasionnaires. Elle est la soixante et unième condamnée par le même pontife : Potest aliquando absolvi, qui in proxima occasione peccandi versatur^ quam potest^ et non vtdt omittere : quinimo directe j et ex proposito quesrit^ aut et se ingerit.

La troisième regarde ceux qui ignorent les mystères de la foi : Absoiutioms capax est homo quantumvis laboret ignorantia mysteriorum fideiy et etiamsi per negligentiamy etiam culpabileniy fiesciat mysterium sanctissimse Trinitatis et Incamationis Domini nostri Jesu CAristi. Elle est la soixante-quatrième foudroyée par le même pontife.

Ainsi se trouvent coupées les trois têtes de Thydre infernale qui entraînent tant d'âmes dansTenfer, trompées parcelle fausse doctrine. Analysons ces propositions, afin de mettre au jour la vérité. Commençons par la première, qui regarde les habitudinaires. Je vous demande pourquoi le Saint-Siège condamne cette proposition qui ne veut pas qu'on diffère jamais l'absolutien au pénitent, quoique récidif et habitudinaire, pourvu qu'il dise de bouche qu'il se repent et qu'il a le ferme propos? N'en doutons pas, c'est uniquement parce qu'un confesseur prudent, en sa qualité de juge et de médecin des âmes, doit, avant de prononcer la sentence, se former un jugement prudent et probable que le pénitent a une véritable disposition intérieure, sans laquelle l'absolution ne sert de rien et le sacrement devient inutile.

Or, comme les fréquentes chutes et rechutes d'un malheureux récidif et habitudinaire donnent une bien grande présomption qu'il manque réellement de cette disposition intérieure, de la véritable contrition et du ferme propos, matière prochaine du sacrement, c'est avec toute espèce de raison que cette proposition a été condamnée comme téméraire, erronée et scandaleuse. La raison de tout cela nous est clairement donnée par TAngede récole, qui décide nettement que le confesseur non potest ligare

etsolvere ad arbitrium suum, sed tantum sicut a Deo sibi prssscriptum esi^. Lesaint docteur veut qu'avant d'absoudre, le confesseur ait un motif suffisant de former ce jugement prudent et probable sur la disposition du pénitent. Mais, parce que Dieu seul iniuetur cor, tandis que Thomme ne peut en connaître les secrets que par certains indices extérieursje crois que notre but sera parfaitement atteint si nous donnons aux confesseurs les lumières suffisantes pour reconnaître ces indices. Ce sera pour eux le moyen de décider, dans la pratique, quand on peut absoudre un pénitent quoique habitudinaire, et quand on doit loi différer l'absolution afin d'obéir à l'Église, qui défend expressément de suivre, dans la pratique, la proposition condamnée. J'assigne sept de ces indices favorables aux habitudinaires, et sept qui leur sont contraires. Je dis donc qu'un pécheur récidif et habitudinaire dans une espèce de péché quelconque, qu'il soit positivement tel parce qu'il tombe fréquemment dans des parjures, des blasphèmes, des haines, des pollutions, des fornications, des vols, et autres semblables ; ou que seulement sehabeat privative, parce qu'il néglige volontairement de restituer le bien d'autrui, la réputation, l'honneur, qu'il n'acquitte pas de legs pieux imposant des messes, des vœux, etc., je dis qu'on peut ordinairement l'absoudre, si le confesseur remarque en lui quelqu'un des indices suivants, sur lequel il peut appuyer on jugement prudent de sa disposition intérieure, indices faro- 363. — l"" Si Ce péchcur n'a jamais été repris ni averti de son tables aux réci- mauvais état par aucun confesseur, et si, actuellement éclairé

diis Cl aux na- JT ' '

bitudiuaires. par dcs avis cfficaccs, il promet ex corde de se corriger et accepte très volontiers toute espèce de pénitence préservative et satisfactoire, témoignant une ferme résolution de se corriger; 2'' s'il manifeste une douleur spéciale ; s'il se confesse avec larmes, pourvu que ces larmes soient excitées par quelques motifs surnaturels et ne soient ni l'effet d'un cœur efféminé, ni d'affiiction, ni d'autres motifs temporels, mais qu'on voie que c'est vraiment Dieu qui le touche et lui fait détester ses péchés ; 3° s'il se confesse dans un temps de mission et de retraite, pour avoir en* tendu un sermon ou une méditation qui l'a touché, rempli de crainte des jugements de Dieu et déterminé sérieusement à changer de vie. Il faudrait porter un jugement différent si, mal-

i Part, m, q. 18, art. 3, 4.

MAlNUBL des confesseurs. 397

gré tous les sermons et toutes les méditations, il ne donnait au* cun signe de componction, à plus forte raison si, durant ces saints jours, il continuait de pécher sans être corrigé de rien.

4^* Si, averti précédemment par d'autres confesseurs, il a fait usage de remèdes prescrits, et s'il s'est corrigé, je ne dis pas absolument, mais en partie, en diminuant le nombre de ses chutes ; S"" s'il vient se confesser à la suite de quelque événement fâcheux, ou parce qu'il a appris la mort subite de quelque pécheur obstiné, surtout s'il était complice ; ou parce qu'il arrive à lui-même ou à d'autres quelque grand malheur qu'il regarde comme un véritable châtiment de Dieu à cause de ses péchés, et autres motifs semblables; 6"* si, étant inspiré intérieurement d'aller trouver un bon confesseur, il vient volontairement se jeter à ses pieds, non parce que c'est le temps pascal, ou que son père, sa mère, ses maîtres ou d'autres personnes le lui commandent, ou parce qu'il est dans Tusage de se confesser aux veilles des fêtes de la sainte Vierge, ou tous les huit jours, etc., mais uniquement parce qu'il se sent anime d'un vif désir de changer de vie et de se mettre en grâce avec Dieu ; V à l'article de la mort ou dans un danger probable de mort, parce que alors on présume que chacun a soin de son salut et se propose sincèrement de se corriger.

Il n'est pas douteux que dans les cas précédents le confesseur n'ait un motif suffisant, pour juger prudemment de la bonne disposition intérieure du pénitent et ne puisse l'absoudre, parce que adest spes emendationis . Ainsi, nous n'adhérons pas à la mauvaise doctrine de la proposition condamnée, qui veut qu'on donne l'absolution etiamsi non adsii spes emendationis. Néanmoins, il y a des docteurs en réputation qui soutiennent avec raison que, même dans les cas précités, on peut licitement différer l'absolution en vue du plus grand bien du pénitent; mais d'ordinaire cela ne convient pas dans la pratique^ surtout si l'on craint que le pauvre pénitent irrité et effrayé ne tombe dans le désespoir ou ne s'éloigne des sacrements. ( Voyez ce que nous avons dit au n"" 357.)

364. — Tels sont les indices d'un cœur vraiment touché de indice* défavocomponction. 11 reste à examiner ceux qui dénotent le faux pénitent, que nul ne peut absoudre sans désobéir à l'Église, qui

MANUEL DIS CONFB88BGR8. 39

défend de mettre en pratique la proposition citée : 1* si, après avoir été repris deux ou trois fois par un zélé confesseur et averti de son mauvais état, lé pénitent revient toujours avec le même nombre, peut-être avec un nombre plus grand de rechutes dans le même péché, et si on ne voit, si on n'espère aucun amendement; 2* s'il ne témoigne pas plus d'horreur pour le péché que par le passé, et qu'on connaisse clairement que c'est sa bouche et non pas son cœur qui déteste le mal ; 3* s'il a tenu peu de compte des remèdes que le même confesseur ou plusieurs lui ont donnés, sans se mettre en peine de les avoir négligés ; 4* si par le passé il a toujours vécu avec la même négligence, et si, tout occupé à satisfaire ses passions, il n'a jamais rien fait pour se corriger ; si même, fortifiant toujours de plus en plus ses mauvaises habitudes, il a fait voir qu'il se met peu en peine de son salut éternel.

S"" S'il vient se confesser par nécessité, ou parce que c'est le temps pascal, ou parce qu'il est envoyé par son mattre, son père, sa mère, ou d'autres personnes, ou bien encore parce qu'il est dans l'usage de fréquenter les sacrements tous les huit jours, ou par d'autres motifs semblables, fondés sur le respect humain, avec peu ou point d'intention de changer de vie et de remplir ses devoirs comme un bon chrétien ; 6* s'il excuse ses fautes, discute avec le confesseur, ne veut point accepter la pénitence préservalive ou satisfactoire, ne témoigne aucune docilité, ou même se montre incorrigible et obstiné dans ses habitudes criminelles ; V enfin si l'on remarque en lui une grande propension au péché, et une mauvaise inclination si violente, qu'on voie bien qu'il y est fortement attaché; en sorte qu'on ne peut prudemment ajouter foi à ses protestations de repentir, mais plutôt qu'un attachement aussi marqué fait juger qu'il n'est pas réellement contrit.

Vous conviendrez que ces indices clairement exposés me donnent une libre carrière pour décider hardiment que, si le confesseur, dans les cas cités plus haut, pesez bien toutes ces circonstances^ ne peut former ce jugement probable de la disposition de son pénitent, à plus forte raison s'il le juge vraiment indisposé, il doit lui refuser l'absolution. S'il doute, il doit recourir aux charitables avertissements, aux ferventes exhortations pour le disposer. Si malgré cela le doute subsiste,

scun.

il doit différer de l'absoudre jusqu'à ce que le pénitent donne des signes plus certains de sa disposition.

365. — Voilà donc toute difficulté levée : voilà donc mise au Erreur de cerjour l'erreur de tant de confesseurs qui veulent établir une **^°' ^'^^^' règle générale sur un point qui n'en est pas susceptible : dire qu'on doit toujours donner l'absolution aux récidifs, ou dire qu'on doit toujours la leur différer; deux propositions également fausses, malsonnantes et scandaleuses. La première, surtout, déjà foudroyée par les censures de l'Église, doit être absolument rejetée. Tout doit être mis à la prudence du confesseur, qui, dans les cas particuliers, ne devra suivre ni rinclinalion, ni la nature, ni l'intérêt, ni l'exemple des autres; mais l'inspiration seule du Saint-Esprit, accompagnée d'une bonne doctrine et d'une fervente prière.

Cependant, l'expérience de bien des années ne m'a que trop appris qu'une grande partie des confesseurs ont une extrême inclination à donner l'absolution sur-le-champ, sans examiner l'état du pénitent, sans l'avertir, sans l'exciter, sans se mettre pour ainsi dire en peine de son amendement. De là vient la ruine complète d'une foule d'âmes, qui, habituées au mal^ ne cherchent qu'à recevoir l'absolution d'un prêtre inattentif, pour retourner bien vite à leurs premiers désordres. A peine absoutes, elles se jettent de nouveau dans le lit du péché, dormiunt somnum suum^ ; et enfin in puncto ad infema descendant^. Je trahirais donc ma conscience si je ne vous disais pas mon sentiment, et le voici : ces confesseurs se damnent, et sont cause que le monde catholique tombe en ruines.

Pardonnez-moi cet élan de zèle. Comment croire qu'il accomplit ses devoirs, le confesseur qui, après avoir entendu la confession de son pénitent, elle voyant enveloppé dans un chaos de désordres et de péchés de toute espèce, ne l'interroge pas, ne Faide pas, ne cherche pas à connaître la cause de ses chutes, ni depuis quel temps il se roule ainsi dans la fange, afin de s'assurer s'il est habitudinaire ou occasionnaire, et de lui donner des remèdes proportionnés à ses maux? Lorsqu'on présenta à Notre- Seigneur cg possédé du démon dont parle saint Marc, il s'empressa de demander au père depuis combien de temps son fils était dans ce misérable état : Qwmtum temporisest^ ex quo et hoc

* Ps. Lxxx, 6. — • Job, XXI, 13.

accidit ^ ? Ahl Seigneur, répondit le père affligé, ab infantia. Quelle est donc Terreur d'un grand nombre de confesseurs qui n'interrogent jamais sur Thabitude du péché 1 Obi combieo de pécheurs qui répondraient a6 m/an/Za / Depuis mon enfance j'ai commencée commettre ces iniquités, et j'ai continué jusqu'à maintenant, et malheureusement j'ai toujours porté dans toutes mes confessions le même nombre dépêchés. Et on donnera sur-le-champ, et pour ainsi dire au hasard, rabsolutionà ces sortes de pécheurs qui ne présentent pas le moindre indice de componction ni d'amendement ! Cum confessarius su judex et medicus^ débet cognoscerestatumposnitentis in ordineadconsuetudi'nemprâBteritamy ut sciât quœnam medicinasitilliappli' canda hic et nimc^ et an indigeat dilatione absolutionis, et hoc tandem modo curetur ^. Ainsi s'exprime le cardinal de Lugo. D'accord avec Corregia et d'autres docteurs, il veut, suivant la règle établie plus haut, qu'on diffère pendant quelque temps l'absolution au pécheur qui, plusieurs fois averti de son maavais état, ne donne pas de signe d'amendement, a6n qu'il rentre en lui-môme, conçoive une plus grande horreur du péché, et prenne la résolution efficace de changer de vie.

Qu'ils se souviennent donc de cela, ces confesseurs qui ne voient pas plutôt à leurs pieds un pénitent de ce genre, qu'ils se hâtent de lever la main et de l'absoudre. Comment, à la vue de tant de chutes et de rechutes, peuvent-ils former un jugement prudent sur sa disposition? Comment croire efficace une volonté qui ne met en œuvre aucun moyim d'obtenir la fin ? En vérité, ce n'est point là porter à la confession un ferme propos gravé sur le marbre, pas même sur la cire, mais écrit sur de l'eau. Qu'ils sachent bien que c'est là une des plus grandes fautes qui se commettent de nos jours dans l'administration du sacrement de pénitence, que c'est le chemin par où un nombre infini de chrétiens s'en vont en enfer. Ce sont ces âmes inconstantes dont parle le Prince des apôtres*, qui, courant perpétuellement d'un confesseur à l'autre, faute d'en trouver un qui leur convienne, ne s'arrêtent que dans l'enfer. Au dernier jour on redemandera leur sang aux confesseurs négligents, sans zèle, et meurtriers d'eux-mêmes et dés autres.

* Marc, IX, 20. — « De Lug., disp. 14, 1. 1, 175. — • H Petr., il, 14.

Manuel des confesseurs. 4oi

366. — Mais, mon père, me direz-YOUS, refuser l'absolution est suite. un remède extrême; on ne doit en faire usage qu'après avoir essayé tous les autres. Je réponds que, dans le cas cité, où Ton ne voit pas d'iudice suffisant d'une vraie componction, et où le confesseur prudent ne peut former un jugement probable d'une véritable disposition, je réponds qu'un pareil remède est le remède unique : ne pas l'employer, c'est manquer au devoir de juge habile et de médecin des âmes dans l'administration de ce divin sacrement. Ne pourrait-on pas exciter le pénitent à la contrition par une fervente exhortation ? Cela serait à désirer, mais cela n^est pas facile dans la pratique. En effet, ces pécheurs, ensevelis dans la fange du vice, qui sont à peine touchés par toutes les vérités terribles d'une mission, ne seront pas convertis par quelques paroles fugitives.

Mais j'entends, oui, j'entends, on fait toutes ces questions, parce qu'on veut expédier, consoler tout le monde, et donner l'absolution sans s'inquiéter si le pénitent est disposé ou non. Or, n'est-<îe pas là combattre à front découvert les décisions de l'Église, qui défend une pratique si scandaleuse? Et vous ne voulez pas que je gémisse en voyant la ruine de tant d'âmes? Grand Dieu I on déclame avec chaleur, on lance les traits de la plus mordante critique contre le petit nombre de ceux qui diffèrent l'absolution, afin d'obéir aux ordres du Saint-Siège et pour mettre une digue à ce torrent de dissolution ; et il n'y a ni langues ni plumes pour éclairer une multitude de confesseurs négligents, qui ne font autre chose que lever la main et prononcer les paroles de l'absolution I

Vous vous étonnez peut-être de m'entendre dire une multitude de confesseurs négligents? Venez avec moi à une mission, placez-vous à un confessionnal pour entendre les confessions. Sur cent pénitents vous en trouverez quelquefois quatre-vingts et plus esclaves de mauvaises habitudes, les uns de blasphèmes, de parjures ; les autres d'impureté, de vol, de haine et de pensées mauvaises. Demandez-leur : Combien y a-t-il de temps, mon enfant, que vous commettez de semblables fautes?

— Mon père, il y a huit, dix, vingt ans. — Tombez-vous souvent dans ce péché ? — Deux et trois fois la semaine, quelquefois même tous les jours. — Vous en êtes-vous toujours confessé ?

— Oui, mon père. — Avez-vous un seul confesseur? — Non,

402 MANUEL DBS CONFESSEURS.

mon père, je m'adresse tantôt à Tun, tantôt à Tautre, suivant que je le trouve plus commode. Ainsi, depuis tant d'années vous avez tenu tous les confesseurs de cet endroit et même ceux des environs? — Oui, mon père. — Dites-moi, ces confesseurs vous ont-ils toujours absous? — Oui, mon père. — Mais, avant de vous absoudre, que vous ont-ils dit? — Ils m'ont dit de ne pas retomber. — Mais ne vous ont-ils pas fait connaître votre mauvais état ? ne vous ont-ils pas donné des moyens pour vous corriger? n'ont-ilâ pas eu soin d*exci ter voire cœur à la contrition? — Je vous dirai, mon père, que deux ou trois m'ont fait un peu d'exhortation ; mais enfin ils m'ont donné l'absolution. — Et les autres vous ont-ils toujours absous sans vous rien dire? — Toujours, mon père.

Pauvres créatures assassinées I Ce seul pénitent vous révélera la faiblesse de presque tous les confesseurs de cet endroit et des environs. Et quelle indignation, quelle douleur n'éprouverezvous pas en apprenant que, sur quatre-vingts habitudinaires, il en est peut-être plus de soixante-dix qui ont été perdus de la sorte par des confesseurs ignorants et sans zèle ! Il vous semble que ce dialogue est une fiction ; non, il n'en est pas ainsi. Hélas I que dites-vous? plût à fiieu qu'il fût moins pratique, et qu'il ne fût pas fondé sur une déplorable et continuelle expérience ! Le pieux cardinal Bona déplore avec raison une conduite si préjudiciable au salut des âmes. « Cette fausse charité, dit-il, et cette damnable condescendance, font que la plupart des chrétiens passent leur vie dans un désordre continuel, et dans une alternative sans fin de sacrements et de péchés, de confessions et de rechutes^. » A ces tristes paroles viennent se joindre les gémissements et les larmes d'un autre cardinal, ni moins pieux ni moins savant. Bellarmin, considérant que la trop grande facilité pour absoudre les pénitents sans faire attention à leur disposition intérieure était la ruine des pauvres âmes, a écrit et proclamé hautement queno;i esset hodie tanta facilitas peccandi j si non esset etiam tanta facilitas absolvendi. Conduite ffénè. 367. — Quo faut-il douc faire? Voici le point important. Il faut '^M^ÎStud^ ^ ^^^^^ ^^^ sainte ligue, afin d'avoir tous une conduite uniforme noires et les r6- daus Tadministratiou d'un si grand sacrement. C'est de là que <^<^' dépend tout le fruit des missions, par conséquent le bien général

* Princip. Vit» christ.y c. xv.

mànubl des confesseurs. 403

de tout le peuple. Afin d'en être bien convaincus, écoutez le trait suivant arrivé dans un endroit où le saint nom de Dieu et des plus grands saints était foulé aux pieds comme la boue ; car la plupart des habitants étaient habitués à proférer les plus horribles blasphèmes avec une publicité si scandaleuse, qu'elle en faisait horreur. Dieu inspira à quelques religieux pleins de zèle, qui se trouvaient en ce lieu, d'inviter tous les confesseurs à former une sainte ligue pour abolir ce criminel désordre qui, gagnant de jour en jour, menaçait d'envahir tout le pays. Us convinrent que, si quelqu'un de ces blasphémateurs venait se confesser, sans donner des signes particuliers de repentir, on lui différerait l'absolution pendant huit jours en lui assignant une pénitence salutaire et préservative, accompagnée d'une chaleureuse exhortation sur la gravité de son péché.

Arrive une fêle de la sainte Vierge. Yoilà ces blasphémateurs qui viennent accuser leurs blasphèmes et demandent l'absolution, (c £h bien I mon fils, disait le confesseur, pour l'amour de la très sainte Vierge, abstenez-vous de blasphémer pendant huit ou dix jours, faites telle pénitence et revenez, je vous donnerai l'absolution ; n'en doutez pas, mon fils, je vous consolerai, je ne vous gronderai pas, je vous recevrai avec la plus grande charité, etc. — Comment, mon père, vous ne me donnez pas l'absolution? —Non, mon fils, je ne puis vous l'accorder en ce moment. — Mais, mon père, c'est aujourd'hui une fête de la sainte Vierge, je veux communier. — J'entends ; mais prenez patience, dans huit jours je vous donnerai l'absolution, et vous communierez. — Vous m'étonnez, mon père; j'irai à un autre. » Il y va, et s'entend porter la même antienne. La même chose arrivant aux autres, on les voyait contrits et déconcertés se dire entre eux : a Oh I quel grand péché I personne ne veut nous absoudre ; oh ! quel grand péché I » Ce peuple conçut tant d'horreur du blasphème, qu'un mois après on ne blasphémait plus dans ce pays-là.

Pour un grand nombre de pécheurs, le mal est plutôt dans l'entendement que dans la volonté, car ils ne connaissent pas l'énormilé du péché mortel. Or, il n'est rien qui les réveille et les fasse mieux rentrer en eux-mêmes que le délai de l'absolution pendant quelques jours ; croyez bien que c'est un des moyens les plus efficaces pour remettre dans le bon chemin

un pécheur égaré. Bien que de courte durée, ce délai de l'absolution produit d'ordinaire le même effet qu'un bouton de feu qui, appliqué à propos, secoue merveilleusement le malade et dissipe sa léthargie, qui était près de se changer en sommeil de mort. Le pénitent confus apprend par là à connaître son mauvais état, il y pense, il prend ses précautions pour en sortir. Ce délai le touche de componction, et, s'il est déjà contrit, il augmente singulièrement la contrition. Ainsi^ son repentir, qui jusque-là faible et languissant Taurait facilement laissé succomber aux simples attraits de l'objet présent, se fortifie, et sait résister aux plus redoutables assauts. Enfin, il remporte la victoire, obtient un parfait amendement, et rend le pécheur plus difficile à retomber, car il estvrai qne non esse thodietanta facilitas peccandi^ si non esset etiam tanta facilitas absolvendi. Suite. 368. — Toutefois il ne faudrait pas établir en règle générale

qu'on doit refuser l'absolution à tous les habitudinaires. Dans tous les cas, la prudence du confesseur doit exercer son action, et voir si le pénitent offre quelque signe de disposition intérieure suffisant pour lui donner Tabsolution, conformément à ce que nous avons dit plus haut ; mais, si on n'aperçoit pas ces indices, la prudence fait une règle de différer. Cette pratique ne transforme point nos confessionnaux en lieux de torture, mais bien en tribunaux de miséricorde; car peul-on exercer une plus grande miséricorde à l'égard du pénitent, que de prendre le moyen le plus propre à introduire la grâce dans son cœur? Telle a été la conduite constante des confesseurs les plus zélés et les plus vertueux, et même des plus grands saints.

Saint Bernard refusa l'absolution à un personnage livré à l'habitude du vice impur ; il ne voulut l'absoudre qu'après l'épreuve de quelques semaifies et lorsqu'il vit en lui des signes d'un véritable amendement*. Saint François Xavier n'absolvait ordinairement ces sortes d'habitudinaires qu'après quelques jours, afin qu'ils rentrasserK en eux-mêmes, et conçussent une forte horreur de leurs fautes. Saint François de Sales, dont le cœur était si rempli de douceur, dit en soupirant à un pécheur obstiné qui ne donnait pas de signes de componction : Mon fils, je pleure parce que vous ne pleurez pas, et je juge à propos que vous preniez un peu de temps pour mieux vous pré-

« In vila, lib. VI, c. xvii.

parer. La même méthode fui constamment suivie par différents aulres serviteurs de Dieu.

Elle est des plus conformes à l'esprit de l'Église. En fulminant des censures contre celui qui ose enseigner qu'on ne doit jamais différer l'absolution à de semblables habitudinaires, c'est un signe évident que, dans certains cas» elle veut qu'on la diffère. D'ailleurs, faites attention que par là le confesseur se sauve lui-même et se rende utile au pénitent. Il se sauve luimême, car s'il peut, pour le plus grand bien du pénitent, lui différer l'absolution dans le cas même où il donne des indices d*une véritable disposition, suivant l'opinion de divers auteurs ^, à plus forte raison lorsqu'ils manquent. D'un autre côté, que cette pratique soit avantageuse aus malheureux habitudinaires, j'en appelle au témoignage de tous ceux qui, par charité et pour accomplir leurs devoirs, diffèrent l'absolution dans les cas précités. Tous vous diront qu'en engageant avec la douceur et la charité convenables les pénitents à recevoir pour quelque temps une pénitence salutaire et préserva tive, ils reviennent presque toujours avec un amendement spécial.

Mais il en est qui ne reviennent pas. S'ils ne reviennent pas à vous, ils vont à d'autres, et y vont beaucoup mieux disposés par la pénitence préservative, et reçoivent ainsi l'absolution avec plus de fruit. Que s'ils ne retournent ni à vous ni à d'autres, il ne faut pas vous en tourmenter, car c'est un signe évident que ces pénitents obstinés dans le mal n'avaient ni la bonne disposition ni la volonté de l'acquérir. Votre conduite ne laisse pas néanmoins que de leur être utile. Vous avez déposé dans leur cœur le germe d'une sainte frayeur, qui^ dans son temps, produira des fruits de pénitence. Le savant Aversa nous assure qu'un délai prudent est de la plus grande utilité pour le pénitent : Ipsa enim praxi constat^ hanc dilationem saspejuvare ^.

369. (Vie DE SAINT Philippe, liv. III, ch. ccxxxvii.) — Vous avez conaeiis et convu au n^ 338 comment saint Philippe de Néri parvint à guérir J"?/.** ^V^"* .

, .... - • L L-i j . .° . Philippe de Nén

un jeune homme livré à de mauvaises habitudes ; voici mam- à regard de tenant ses conseils et sa pratique à l'égard de différentes sortes de 5^rtif*dîi°*^nipénitents. Lorsqu'il lui tombait entre les mains certains grands tente. pécheurs livrés aux plus mauvaises habitudes, il àe contentait,

« Gard. d'Aguire, 1. 11 ; Concil. Hisp., dissert. 8 ; Concil. Tolet., n. 161 ad 167. — » De Pœnit., q. 17, sect. 12.

MANUEL DBS CONFESSEURS.

g^nipoleiu.

Ambitieux.

dans le commencement, de leur recommander de s'abstenir des péchés mortels, et peu à peu il les conduisit, avec un art admirable, à la perfection qu'il avait en vue. Un jour il guérit un jeune homme très dissolu, en le priant avec beaucoup de douceur de réciter chaque jour sept fois Stdve^ Regina et ensuite de baiser la terre en disant : Demain je peux être mort. Le jeune homme obéit, et bientôt il devint très édifiant.

Quant aux scmpules, il disait que, lorsqu'une personne scrupuleuse avait une fois jugé qu^elIe n'avait pas consenti à la tentation, elle ne devait pas revenir là-dessus pour s'assurer de nouveau si elle y avait consenti ou non ; car très souvent ces sortes de retours ramènent la tentation. Mais comme un grand nombre sont tourmentés par le scrupule, parce qu'ils ne savent pas s'ils ont consenti ou non, surtout lorsqu'il s'agit de mauvaises pensées, il donnait les deux règles suivantes : La première, c'est de voir si dans le moment de la tentation la personne a conservé un vif amour pour la vertu contre laquelle elle était tentée, et de la haine pour le vice. Dans ce cas il y a des raisons suffisantes de penser qu'elle n'a pas consenti. La seconde, c'est de voir si elle ferait bien serment d'avoir consenti ou non à la tentation, supposé qu'elle sache bien que c'est un très grand péché de jurer comme certaine une chose douteuse. Dans le cas où elle ne voudrait pas jurer, c'est une marque excellente qu'elle n'a pas consenti.

De plus, outre le remède ordinaire, qui est de s'en rapporter en tout et pour tout au jugement du confesseur, il en donnait un autre, c'était d'exhorter les pénitents à mépriser les scrupules. Ainsi, il défendait à des pénitents scrupuleux de se confesser si souvent, afin de les habituer à oubHer leurs scrupules et n'en tenir aucun compte. Par la même raison, lorsqu'il s'apercevait que dans la confession ils arrivaient aux scrupules, il les envoyait communier sans vouloir les entendre. Enfin, il disait en général que le scrupule est une maladie qui accorde bien quelque trêve, mais rarement la paix, et que l'humilité seule peut en guérir.

Quant à l'amour des richesses, il rappelait souvent à ses pénitents cette maxime que lui-même avait presque toujours à la bouche : Autant nous donnons d'amour aux créatures, autant nous en ôtons à Dieu. Un jeune homme, nommé François Spaz-

MANUEL DBS CONFESSEURS. 407

zara, se livrait avec ardeur à Tétude du droit. Rien n'était négligé de sa part pour s'y perfectionner et parvenir par là aux premières charges de la cour pontificale. Un jour le saint le fit Tenir. Il lui fit des caresses extraordinaires, et lui parla de ses grands projets de fortune, ajoutant toujours : Que vous êtes heureux I vous étudiez maintenant ; bientôt vous serez docteur et vous commencerez à gagner; vous avancerez votre famille ; Yous deviendrez avocat, et vous pourrez un jour entrer dans la prélature : que vous êtes heureux ! li lui détaillait ainsi successivement toutes les grandeurs que le monde pouvait lui donner, et dont ridée avait passé par la tète du jeune homme, et lui répétait toujours : que vous êtes heureux ! François s'imaginait que le saint parlait sérieusement. Mais à la fin, Philippe, le près- « sant contre son cœur, lui dit à l'oreille : Et après ! Ces deux mots restèrent si profondément gravés dans l'âme du jeune François, qu'étant de retour chez lui, il commença à se redire à luimême : J'étudie maintenant pour m'avancer dans le monde; et après ! Il passa ainsi en revue tous ses projets et toute cette longue suite de grandeurs que son imagination lui représentait, sans pouvoir ôter de son cœur ces deux mots : Et après I Convaincu du néant de toutes les grandeurs, il résolut de tourner toutes ses pensées vers Dieu. Il accomplit en effet sa résolution en entrant dans la congrégation de l'Oratoire, où il vécut et mourut saintement.

370. — Il recommandait aux confesseurs de ne pas conduire se. aru wx leurs pénitents par la même voie qu'on leur avait fait suivre à Mx'l^^itoLto. eux-mêmes; car souvent les confesseurs qui trouvent de l'attrait et de la ferveur pour certains exercices de piété ou certaines méditations ruinent la santé de leurs pénitents en voulant les y habituer. Il ne voulait pas non plus que les confesseurs laissassent faire à leurs pénitents toutes les pratiques qu'ils demandaient. Il est très avantageux, disait-il, de leur faire interrompre leurs exercices de piété, soit afin de les reposer, soit afin de les mortifier, s'ils y sont très attachés. Il voulait aussi que les pénitents ne changeassent pas facilement de confesseurs, et que les confesseurs ne reçussent pas facilement, certains cas exceptés, les pénitents des autres. Ainsi, lorsqu'un pénitent venait le trouver, et s'il avait son confesseur, il le renvoyait à lui.

Il disait aux pénitents qu'ils ne devaient pas tourmenter leur

408 MANUEL DBS CONFESSEURS.

confesseur, afin d'en obtenir la permission de faire une chose pour laquelle il éprouvait de la répugnance, et que, s'ils ne pouvaient recourir à lui, il était bien, en pareil cas, d'interpréter son intention, et de se conduire en conséquence ; mais qu'ensuite il fallait lui faire- part de tout. Il leur disait encore de ne point prendre la discipline ou s'imposer d'autres mortifications sans la permission du confesseur : qu'en le faisant de son propre chef, on ruine sa santé, ou bien on tombe dans l'orgueil ; qu'il ne faut pas s'attacher aux moyens jusqu'à oublier la fin, c'està-dire l'amour de Dieu et du prochain, et la mortification intérieure.

Il n'aimait pas que les pénitents fissent des vœux sans le conseil de leur père spirituel ; rarement il leur accordait la permission d'en faire, à cause du grand danger de les violer. S'ils en faisaient, il les engageait à les faire sous condition ; par exemple : Je fais vœu de faire dire deux messes dans telle église, à condition que je m'en souvienne, car si je ne m'en souviens pas, je n'ai point intention de m'obliger. Avis plein de sagesse et bien propre à prévenir les inquiétudes. Il ne permettait pas facilement qu'on changeât d'état de vie, et voulait en général que chacun restât dans la vocation à laquelle Dieu Tavait d'abord appelé, pourvu qu'on y vécût sans péché. Au milieu du monde, disaitil, on peut tendre à la perfection ; ni les arts ni le travail manuel ne sont un obstacle au service de Dieu.

Il conseillait aux femmes de rester dans leurs maisons, de prendre soin de leur famille, et de ne pas sortir volontiers en public. C'est pourquoi, louant un jour une dame d'une grande vertu, ses disciples lui demandèrent : Mon père, pourquoi faitesvous tant d'éloges de cette dame? Parce qu'elle s'occupe à filer, répondit-il ; faisant allusion à cette parole de l'Écriture : Manim suammisitadfortia^ etdigitiejusapprehenderuntfusum. Il disait qu'il ne fallait pas laisser, à chaque petite occasion, ses exercices de piété, comme la confession aux jours marqués ou la messe pendant la semaine; que si l'on voulait aller se promener ou faire autre chose, on devait d'abord faire sa confession et s'acquitter de ses autres exercices ; que néanmoins il ne fallait pas se charger d'un grand nombre de pratiques, parce qu'on s'en dégoûte peu à peu, et on les laisse tout à fait, ou bien on les fait sans dévotion.

II conseillait donc d'en entreprendre peu, mais de ne jamais les laisser; car si le démon fait omettre une seule fois un exercice, il y réussira facilement une seconde fois, puis une troisième, jusqu'à tant qu'il auratout réduit àrien. De là ce mot qu'il répétait souvent aux siens : Nulla dies sine linea. Il avertissait encore de bien prendre garde aux petites fautes, parce que, si on les néglige, la conscience s'endurcit et on tombe dans lés plus grands maux. Renouvelez souvent vos résolutions, ajoutaitil, et ne vous découragez jamais à cause des tentations qui les combattent. Ayez confiance en Dieu, qui est toujours le même, et ne vous troublez de rien; car Dieu a coutume, lorsqu^il veut accorder une vertu, de permettre qu'on soit tourmenté par des tentations contraires ; lors donc qu'elles viennent, souvenez -vous des consolations que vous avez éprouvées autrefois dans la prière, et vous en triompherez sans peine.

Quant aux jeunes gens, il disait que, pour persévérer dans la vertu, la fréquentation des bonnes compagnies, la fuite des mauvaises, et la réception fréquentedes sacrements, leur étaient également nécessaires. Il ne comptait pas facilement sur leur persévérance, encorequMls montrassent une grande piété. Ainsi, lorsqu*on lui disait que tels jeunes gens marchaient avec zèle dans le bon chemin, il répondait : Attendez qu'ils aient mis leurs plumes, et vous verrez comment ils voleront; ajoutant qu'il D*était pas difficile de donner une grande piété à toute espèce de personnes, mais que l'important était de les faire persévérer.

ARTICLE VIII

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