‹ Manuel des confesseursChapitre 65 sur 74 · CONDUITE AVEC LES MALADES ET LES MORIBONDS · texte numérisé non relu

CONDUITE AVEC LES MALADES ET LES MORIBONDS

371. (Prêtre sanctifié, n*** 78, 79.) — Si vous êtes appelé conduite ave auprès d'un malade en danger de mort, vous seriez bien relâché, '" n>a»ad<*slorsque le mal laisse au malade le temps et la force, si vous n'exigiez pas toutes les parties du sacrement, l'intégrité de Taccusation, le repentir sincère, etc. C'est dans ce moment que, réunissant plus que jamais la charité, Thabileté, l'exactitude discrète, vous devez procurer le bien du malade ; car si vous vous trompez, l'erreur est à jamais irréparable ; si, au contraire, vous lui procurez la grâce de bien mourir, vous n'avez plus à craindre de perdre le fruit de vos soins. Mais vous seriez bien

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sévère et bien trompé, si, trouvant votre malade chargé de fautes et de mauvaises habitudes continuées jusqa*à ce moment, vous vouliez exiger les délais et les preuves de la contrition que vous exigeriez prudemment s'il était en santé. Ne voyez-vous pas le danger de le jeter dans le désespoir, auquel, dans ce dernier moment, il n'est déjà que trop porté, d'autant plus que le démon ne néglige rien pour l'y conduire ? Il est abattu par la maladie et par la crainte de la mort, et vous voudriez augmenter ses peines en lui refusant l'absolution I

Mais, dire^vous, sur quel fondement pourrai-je la donner à un homme atteint par la maladie au milieu même de ses péchés? Je l'avoue, c'est un des cas les plus difficiles que vous puissiez rencontrer. Cependant, je le répète, lui refuser l'absolution est le parti le plus nuisible à cette âme, qui se trouve dans le plus grand de tous les besoins. Comme pèreetcomme médecin, vous devez d'abord tenter tout autre moyen. Rappelez-vous donc ici tout ce que je vous ai dit en parlant des pécheurs en bonne santé qui ont besoin d'une prompte absolution, afin de tourner en votre faveur toutes les circonstances si contraires; ne changez qu'une chose, exigée par la maladie : afin de ne pas fatiguer le malade, usez de grandes précautions, parlez doucement, interrompez-vous de temps en temps. Autant vous devez avoir soin de vous assurer de sa sincérité afin d'obtenir l'intégrité /orme//e, autant vous devez être discret pour la matérielle, afin de ne point fatiguer le malade par un examen et des interrogations trop détaillées, etc.

Vous pouvez même, si le mal le permet, différer l'absolution du matin au soir, ou du soir au matin, pourvu que vous n'ayez aucune crainte d'une mort subite. C'est ici que vous devez implorer de tout votre cœur le secours de Dieu et des saints, et vous ferez bien de promettre à Dieu quelque chose de notable, afin d'arracher cette proie au loup infernal. Dissimulant vos embarras, vous devez commencer par lui inspirer l'espérance du pardon, puisque Dieu ne Ta point frappé subitement, et ainsi le disposer à une accusation sincère. Quant à la douleur, tirez parti de la circonstance même de la maladie. Vous lui parlerez habilement de manière à ne pas l'effrayer comme s'il était déjà désespéré, mais aussi sans le flatter, en sorte qu'il ait une certaine crainte de mourir et se dispose ainsi

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à an repentir qui assure son salut éternel. C*est ici que vous devez prendre garde de l'effrayer par de grandes pénitences, et suivre le moyen que je vous suggérerai au n"" 402.

372. — Si le mal pressait et que le malade n'eût plus de for- s«ite. ces, il serait bien imprudent de s'occuper de l'intégrité matérielle, au point de vous exposer à manquer de temps pour la chose la plus importante, la contrition, et si, pour vous assurer de sa douleur, vous vous mettiez en danger de n'avoir plus le temps de lui donner l'absolution. En pareil cas, vous avez un besoin extrême d'être discret et prudent, et bien décidé à commencer par le plus important, préférant la contrition à TintégritédeTaccusation. Si le malade ne pouvait donner aucun signe positif de contrition ni d'accusation, vous ne devez pas laisser de prévenir, le mieux qu'il vous sera possible, la perte de cette âme. Donnez-lui l'absolution sub conditioner puisque vous ne pouvez pourvoir au reste, et que, par une grâce secrète, le moribond est peut-être entré intérieurement en bonne disposition. Quant à l'intérieur, bien qu'il ne puisse donner d'autre signe sensible que sa pénible respiration, on] peut cependant régulièrement la regarder comme un signe suffisant par lequel il veut peut-être demander Tabsolution, ainsi qu'il est quelquefois arrivé : or, on peut le présumer de tous ceux qui ont vécu chrétiennement à moins qu'on ne soit certain du contraire ^ .

Dans ce cas, par l'absolution ^t^ft conditioner on pourvoit suffisamment et au respect du sacrement et au besoin du malade. Pour'justifier cette pratique, souvenez-vous que M»' de Grammont, archevêque de Besançon, avait fait une ordonnance par aquelleil défendait de donner l'absolution aux mourants qui ne l'avaient pas demandée auparavant et ne don naient au confesseur aucun signe formel de confession, afin de ne pas exposer la validité du sacrement. Ce prélat fut surpris par une maladie durant laquelle il désirait ardemment de se confesser, mais il ne pouvait, ni par parole ni par aucun signe, manifester^son désir actuel, intérieur, ardent, sincère. Étant revenu en santé, il pu-

1 Si, comme il arrive trop souvent aujourd'hui, le malade a vécu éloigné de la religion, etn*a, avant de perdre connaissance, donné aucun signe de repentir, ni manifesté aucun désir de recevoir les sacrements, que faire ? Après l'avoir excité au repentir, on lui donne Vabsolution, saltem mb conditiane (Note du Trad.)

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blia une ordonnance contraire par laquelle, révoquant la première, il commanda de donner Tabsolution même aux moribonds qui n'offraient aucun signe formel et manifeste et qui n'avaient pas demandé à se confesser auparavant, pourvu qu'ils eussent mené une conduite chrétienne : car il peut très bien arriver que la grâce accomplisse dans leur cœur les actes nécessaires pour l'absolution, sans qu'ils puissent en donner aucun signe particulier ; et il prouvait tout cela par son exemple. Comprenez donc qu'en pareil cas Dieu vous dispense de connaître avec certitude les actes du pénitent, mais vous oblige de votre côté à faire votre devoir en donnant l'absolution, au moins sous condition.

suite. 373. (Saint Alphonse, n*»' 101-103 et 233-275.) -- Comme je

vous l'ai dit, lorsque vous êtes appelé auprès d'un moribond, ne vous mettez pas en peine d'obtenir tant d'exactitude sur le nombre et les circonstances ; surtout si le prêtre était arrivé avec le viatique ou que le médecin insistât pour que le malade le reçût promptement. Dans ce cas, il vaut mieux vous occuper des dispositions intérieures que de l'intégrité ; imposez au moribond de répéter sa confession lorsqu'il sera guéri. Que la pénitence soit très légère ; imposez-en une autre, proportionnée à ses fautes, pour le temps où il sera guéri, ou bien il vous suffira de lui donner celle d'aller vous trouver quand il sera rétabli. Avec les blessés et les femmes en couches, qui ne peuvent ordinairement être quittées par ceux qui les assistent, il suffit de les faire accuser en général de leurs péchés et en particulier de quelque faute légère, par exemple, d'impatience ou de mensonge, avec la résolution de se confesser entièrement s'ils reviennent en santé. Si le moribond est tenu à quelque restitution dont il peut s'acquitter dans le moment, faites attention de l'obliger à la faire aussitôt : il ne suffit point qu'il en laisse le soin à ses héritiers ; autrement, ne lui donnez pas l'absolution ^

Si vous voyez que le moribond est dans le cas de recevoir

rExtrême-Onction et qu'il la refuse, représentez-lui les grands

effets de ce sacrement. Dites-lui qu'il communique à l'âme une

. grande force pour résister aux tentations de l'ennemi dans ce

dernier combat ; qu'il efface les fautes vénielles et même les

1 Voyez Tauteur de V Instruction pour les confesseurs des villages, c. zi^t

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morteUes qu'on ne connaît pas ; de plus, qu'il rend même la santé au corps, lorsqu'il est expédient pour le salut de Tâme. Cependant il ne la rend pas, cette santé, lorsque le moribond en est au point de ne plus pouvoir être guéri que par un miracle, car ce sacrement opère par voie ordinaire en aidant les causes naturelles. Si, malgré tout cela, le malade refuse, il est très probable^ qu'il pèche mortellement, du moins contre la charité envers lui-même, en se privant d'un secours aussi puissant dans le plus grand des besoins^. Si le malade devait éprouver une grande affliction en apprenant qu'il communie en viatique, il est probable qu'on peut lui donner la communion sans dire les paroles : Accipe viatkum, etc., mais suivant la formule ordinaire : Corpus Domini nostriJesu-Christi, etc.

374. — Aider les malades à bien mourir est bien l'œuvre de importance ae charité la plus agréable à Dieu et la plus utile au salut des âmes. '*'^ÎJ^5w "^^ En effet, au moment de la mort, d'où dépend l'éternité, les assauts de l'enfer sont plus redoutables et les malades moins en

état d'y résister par eux-mêmes. Pour faire comprendre combien l'assistance des malades lui est agréable, Notre-Seigneur fit voir plusieurs fois à saint Philippe de Néri les anges qui suggéraient les paroles aux pieux ministres des infirmes. Cette œuvre n'est pas seulement le devoir des pasteurs, mais aussi de tous les prêtres. En parlant des premiers, le Rituel romain dit que l'assistance des malades est une des principales obligations du curé'. En conséquence, il veut, aussitôt qu'il apprendra que quelqu'un de ses paroissiens est malade, qu'il aille lui-même le trouver sans attendre qu'on le demande, et qu'il y aille souvent, si le malade est malade d'esprit. S'il est empêché, il doit y envoyer un autre prêtre pieux et prudent ; car il en est qui sont quelquefois plus nuisibles qu'utiles aux malades, à eux-mêmes et aux parents du malade, dont le prêtre assistant doit aussi chercher le salut dans cette occasion. Si l'on ne pouvait avoir un prêtre, le Rituel ajoute que le pasteur doit au moins faire assister le malade par quelque laïque pieux et prudent qui puisse l'aider en lui inspirant de bons sentiments.

375. — l*" Le prêtre assistant doit faire en sorte de s'informer Avia au prêtre

assistant.

IN. 733. — S N. 285, dub. 4. — * Parochus in primis meminisse débet non postremas esse moneris soi partes sgrotantium curam habere, etc. (De visitât, et cur, infirm,)

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secrètement du médecin si la maladie est mortelle. Je dis secrètement, parce que Tusage détestable des médecins est de flatter les malades en leur présence, afin de ne pas s'attirer leur haine ou celle de leurs parents. Comme si d'annoncer aux malades Tobligation de se confesser, qu'ils devraient alors intimer en faisant connaître le danger, était la même chose que de leur annoncer la mort.

2"* Il doit avoir soin de s'informer des parents, des amis et da malade lui-même, de ce qu'il est, de son caractère et de ses défauts ; à quelles passions il est sujet, et surtout s'il est obligé à quelque restitution de bien ou de réputation ; s'il a eu quelque haine ou liaison criminelle, afin de remédier à tout. Mais s'il n'y a pas de nécessité, il doit éviter de lui rappeler les person* nés pour lesquelles il a eu de la haine ou une affection déréglée. Avec ceux qui ont été blessés, il s^occupera de ce qui regarde le pardon, sans demander au malade par qui ni comment il a été frappé. Si le malade en parle, le prêtre fera ea sorte de détourner le discours. De même, s'il n'y a pas nécessité, il détournera la conversation des biens, des procès, des enfants, de toutes autres choses qui ne conviennent pas.

3"" Ayant appris que la maladie est dangereuse, il ne parlera point d'abord au malade de se confesser, mais il l'interrogera sur sa maladie et ses souffrances. Ensuite, il l'exhortera à se résigner à la volonté de Dieu, à unir ses peines à celles de Notre-Seigneur sur la croix et à les offrir en expiation de ses péchés. Peu à peu il le disposera à la confession, en lui demandant depuis quel temps il ne s'est pas confessé. Il rengagera a mettre sa confiance en Dieu, qui peut le guérir; mais, en même temps, il lui fera entendre doucement que la maladie est grave, et qu'il ne doit pas trop s'en rapporter aux médecins ai à ses parents, qui le flattent peut-être pour ne pas le troubler. Il lui dira donc qu'il fera bien de prendre ses avances, tandis qu'il a l'esprit plus sain, pour faire une bonne confession, qui servira même à lui rendre la santé s'il est utile pour son saloL On rapporte qu'un moribond se leva tout à coup du lit en se confessant, et qu'un chevalier, à qui tous les remèdes avaient été inutiles, se confessa et fut guéri. Si le malade 376. — Si Ic malade demande un délai, et qu'il n'y ait pas de ardélai. danger imminent de mort, ou de léthargie, ou de délire, on peut

le lui accorder; mais il faut avoir soin de lui déterminer le temps où il se confessera, par exemple le soir, ou le lendemain matin. Si le danger est imminent, il faut lui dire, avec saint Augustin, que Dieu a promis le pardon au pécheur pénitent, mais qu'il ne lui a pas promis le lendemain : CrasHnum non promisùy fortassedabit^ for tasse non dabit. Si le malade s'obstine à ne pas vouloir se confesser, il ne faut pas l'abandonner jusqu'au dernier moment, mais l'avertir de temps en temps en lui suggérant des motirs de crainte ou de confiance : il faut aussi le faire aider par des prières publiques et particulières.

4*" Si la maladie est avancée, il faut aussi l'engager à mettre ordre à ses affaires temporelles, lorsque cela est utile à lapaix de sa famille; à plus forte raison, si cela est nécessaire pour l'acquit de sa conscience. Mais ici le prêtre doit avoir grand soin d'éloigner de lui tout soupçon d'intérêt personnel. Si le malade a des frères et des sœurs dans une grave nécessité, il est bon de l'avertir qu'il est obligé sub gravi à leur laisser ses biens, du moins dans la proportion nécessaire pour soulager leurs besoins. Cette obligation grave ne parait pas existera l'égard des autres parents plus éloignés ^ Si le malade veut faire des legs pour le repos de son âme, il doit l'exhorter à ne pas en charger ses héritiers, car l'expérience apprend qu'on acquitte rarement les legs pieux; mais à désigner plutôt un fonds ou une somme d'argent pour l'acquit des messes et des autres bonnes œuvres qu'il veut faire. Le prêtre devra prendre garde de rien conseiller qui puisse tourner au préjudice d*autrui : il ne convient pas aux ministres de Jésus-Christ de s'attirer la haine du prochain.

5* Avec des personnes ignorantes et grossières, le prêtre suggérera tous les actes en langue vulgaire. Au contraire, avec les personnes instruites il emploiera, de temps en temps, quelque texte latin, mais court et propre à donner la componction. Le Rituel avertit le prêtre de ne pas se rendre importun au malade, comme font quelques-uns, qui, parlant trop ou trop haut, fati* guent les malades plutôt qu'ils ne les soulagent et les consolent. Le Père Rempito, de la compagnie de Jésus, raconte de luimême qu'étant une fois en danger de mort, il n'entendait pas ce qu'on lui disait, mais seulement un bruit confus qui le fatiguait; en sorte qu*il fut obligé de demander un peu de repos.

« Lib. H, n. 946.

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6* Outre le petit crucifix et la petite image de la sainte Vierge qu'il fera placer auprès du lit du malade, il aura soin de mettre à sa portée uue grande image de cette bienheureuse Vierge, afin qu'il puisse facilement la regarder et se recommaader à elle ; il eu sera de même, s'il est possible^ d'une grande image du Sauveur pendant sa Passion.

V II fera ôter de la chambre du malade tous les objets dangereux, comme les armes, les gravures peu décentes, surtout les personnes qui pourraient lui être une occasion de péché. Il ne faut pas seulement les éloigner, mais les chasser absolument de la maison. Lorsque le malade touche à sa fin, il aura soin qu'il n*y ait dans sa chambre que les personnes absolument nécessaires pour l'assister ; il en défendra rentrée aux parents, même les plus proches, dont la vue pourrait réveiller en lui quelques passions.

Remèdes contre 377. — Lcs remèdcs généraux contre les tentations, c'est les tcnutions. ^j^învQquer souvent les saints noms de Jésus et de Marie, et de faire souvent le signe de la croix ; mais il est bon dlndiquer ici certains remèdes particuliers contre plusieurs tentations.

Pour les tentations contre la foi. Cette tentation, la plus terrible de toutes, attaque d'ordinaire ceux qui ont mené une vie dissolue, et surtout s'ils ont été savants et attachés à leurs propres idées. Il faut leur dire, si le démon propose quelque doute ou quelque difficulté, de ne point raisonner, mais de répondre sur-le-champ, en général : Je crois ce que croit la sainte Église^ car elle croit la vérité; de remercier Dieu de les avoir fait naître dans le sein de la véritable Église, et de protester qu'ils veulent vivre et mourir dans sa foi. Le meilleur moyen de chasser cette tentation, c'est d'occuper son temps à autre chose, par exemple, à faire des actes de contrition, de confiance, d^amour de Dieu et autres semblables.

Bellarmin rapporte qu'un certain docteur ayant voulu, à Tarticle de la mort, disputer avec le démon sur un article de la foi, fut conduit dans l'erreur par l'ennemi, et se damna. Si, malgré cela, la tentation continue, le prêtre doit lui dire que les preuves de notre foi, si juste et si sainte, propagée par de pauvres pécheurs, au miUeu de tant de persécutions, confirmée par tant de miracles, signée par tant de milliers de martyrs morts pour la défendre, sont si claires, qu'elles en rendent la vérité évidente,

quoiqu'elles ne rendent pas évidentes les choses qu'elles enseignent ; car, si les mystères qu'elle enseigne étaient évidents pour nous, où serait le mérite de la foi, qui n'est telle que parce qu'elle est obscure? Beati qui non vtderunt et crediderunt ^ . xeoiaiion de

378. — Contre la tentation de désespoir. C'est la tentation par «'^««•'po''laquelle le démon attaque le plus les mourants. Ainsi, rarement fl convient de leur parler de la justice de Dieu, des peines des damnés, de l'énormité de leurs fautes. Il faut bien plutôt leur inspirer souvent des sentiments de confiance à la miséricorde de Dieu, à la Passion du Sauveur, aux promesses divines et à l'intercession de la sainte Vierge et des saints. Le premier motif àe notre espérance, c'est donc la miséricorde divine, car Dieu s'appelle Pater misericordiarum *, et se fait trouver par ceux qui ne le cherchent pas : Invenerunl quinon quasieruntme ' . Il désire plus nous sauver que nous-mêmes. Il se lamente de se voir abandonné par ceux qu'il voudrait presser contre son cœur, suivant l'expression de saint Bernard : Amplecti quœrit a quibus deser^ tum esse se queritur. Il est toujours prêt à pardonner : Multus ad iffnoscendum*. Il proteste qu'il ne veut pas la mort du pécheur : Nolo mortem impii, sedut convertatur et vivat ^. Il dit que, lorsqu'un pécheur se repent, il oublie toutes ses fautes : Si impius egeritpœnitentiam, omnium iniquitatum ejus non recordabor •. Après de pareilles assurances, comment se défier de la miséricorde divine? Un seul acte de contrition suffit pour nous faire pardonner un nombre infini de péchés. Le publicain, en ^MuiiPropitiusestomihipeccatori, fut justifié. L'enfant prodigne, à peine aux pieds de son père, est pressé contre son cœur. David n*a pas sitôt Ait peccavi, que Nathan lui répond : Daminus quoque transtulit peccatum tuum ^.

Le second motif, c'est la Passion de N.-S. J.-C. ; il nous assure qu'il n'est venu sur la terre que pour sauver les pécheurs : Non veni vocare justos^ sed peccatores •. Il promet de ne repousser aucun de ceux qui viendront se jeter à ses pieds : Eum quivenit ad me non ejiciam foras *. Il dit dans saint Matthieu ^^ qu'il cherche ses brebis perdues, et que, lorsqu'il en retrouve quelqu'une, il lui fait fête, il l'embrasse, il la charge sur ses épau-

ijoan., XX, 29. — * n Cor., xvii. — » Isa., lxv, 1. — */6., lv. 7. — » Ëzech., XXXI, 41. — • /6., xvui, 21. — 'H Reg., xii, 13. — » Matth., ix, 13. — » Joan., V, 37. — lo Matth., xvni, 12.

les. Il semble Taimer d'une tendresse particulière, comme il Ta montré dans sainte Marie Égyptienne, la bienheureuse Angèle de Foligno, sainte Marguerite deCortone, et tant d'autres âmes pécheresses. Ainsi, quiconque a de la bonne volonté n'a pas à craindre d'être condamné par ce bon maître, qui, pour ne pas nous condamner, s'est condamné lui-même à mourir sur une croix. 379. — Le troisième motifs ce sont les promesses de Dieu. Dans une foule d'endroits, l'Évangile promet grâce à celui qui la demande : Petite etaccipietis ^. Amen, amen dico vobiSf siquid petieritis Patrem innaminemeo, dabitvobis^. Cette promesse est faite à tous, justes ou pécheurs : Omnis qui petit accipit^. Il suffit donc de demander à Dieu la grâce de se sauver pour l'obtenir -: Bonus est Dominus animœ quœrenti illum *.

Le quatrième motif, c'est Tintercession des saints et surtout de la sainte Vierge, que Dieu veut que nous appelions, avec la sainte Église, notre refuge, notre vie et notre espérance : Refugiumpeceatorumj orapronobis: Vita,spesnostra,salve. Cesl pourquoi elle s'appelle avec raison l'espérance des désespérés : Spes desperantium^\ l'appui des abandonnés : Adjutrix destilutorum^. Marie elle-même révéla à sainte Brigitte que, comme une mère défend son fils lorsqu'elle le voit au milieu des épées ennemies, ainsi elle défend une âme qui a recours à elle. Elle ajoute que, lorsqu'un pécheur vient à elle, elle ne fait nulle attention aux péchés dont il est souillé, mais uniquement à rintention qui l'amène : Non attendo quantum peccaverit^ sed cum qualiintentione venit. Dieu lui-même fit connaître à sainte Catherine de Sienne qu'il avait accordé à Marie qu'aucun pécheur qui aurait recours à elle ne serait emporté par le démon. Tentation de la 380. — Coutrc la tcntatiou de la vaine gloire. La vaine eloire, dit samt Bernard, est une flèche qui leviter pefietrat, sed non leviter vulnerat, surtout si la personne a de la vertu. Si donc le prêtre voyait que le malade se rassurât trop sur son salut, à cause de ses bonnes œuvres, il lui dirait que les péchés seuls nous appartiennent, mais que tout bien vient de Dien. Quid habes quodnon accepisti''? qu'il est vrai que nul n'est infailliblement certain d'être en grâce avec Dieu : Nescit homo utrum

* Joan., XVI, 24. — « Joan., xiv, 23. — « Mallh., vu, 8. — * Thren., in, 25. — » Bios. — • Sainl-Ephr. — "^ I Cor., iv, 7.

Taiae gloire.

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mnorean odio dignus sit ^ ; qu'ainsi chacun doit craindre et opérer son salut dans la crainte et le tremblement : Cum metu ei iremore salutem vestram operamini*.

C!onlre la tentation d'impatience. Rappelez à ceux qui sMmpa- Tentation d'tmtiententy à cause de leurs souffrances, tout ce qu'ont enduré les ^^^^^* martyrs. L'un a été écorché vif, un autre coupé en morceaux, ou brûlé à petit feu. Surtout mettez-lui sous les yeux tout ce qu'a souffert Jésus innocent, qui, pour l'amour de nous, a plus souffert qne tous les martyrs ensemble. Dites au malade que les douleurs de la maladie sont inévitables ; que ces impatiences ne feront que les augmenter et l'exposer à de plus grandes peines dans l'autre vie. Au contraire, s'il les accepte en vue de Dieu, il les adoucira dans cette vie, il abrégera son purgatoire et augmentera sa récompense dans le ciel : Tristitia vestra vertetur in gaudium '.

Les douleurs de la dernière maladie achèvent notre couronne étemelle ; car^ suivant saint Bonaventure, souffrir avec patience est la plus parfaite de toutes les œuvres : Patientia autem opus perfectum habet ^. C'est ainsi que Dieu traite ses meilleurs amis, parce que la croix est le gage assuré du salut. Sainte Claire passa vingt-huit ans en proie aux plus violentes douleurs, et sainte Lidwine trente-huit. La sainte Vierge dit à sainte Brigitte : Savez'vous pourquoivotre maladie se prolonge? C* est parce que mon fils et moi nous vous aimons, itomentatieum et levé tribulationis nostrâSj ssternum gloriœ pondus operatur in nobis •. Non sunt condignœ passiones hujus temporis ad futuram gloriam qux revelabitur in nobis^. C'est ainsi qu'il faut insister auprès du malade, afin qu'il se résigne entièrement à la volonté de Dieu, non seulement pour la douleur qu'il éprouve, mais encore pour les fautes des médecins qui le soignent et pour les négligences de ceux qui l'assistent. Recommandez-lui surtout de demander à Dieu la sainte vertu de patience.

381. — Rappelez aux jeunes gens, qui trouvent bien dur de suite. mourir, les misères de cette vie, les maladies, les chagrins et surtout les dangers de pécher et de se perdre. C'est pour cela que tant de saints désiraient mourir. A chaque instant que je vis, disait sainte Thérèse, je peux perdre Dieu. Aussi quand l'horloge

* Ecde., IX, 1. — « Pha., ii, 12. — « Joan., xvi, 20. — * Jac, i, 4. — » H Cor., nr. — • Rom., viu, 18.

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sonnait, elle se réjouissait en pensant qu^une heure de danger avait passé. Les saints martyrs allaient gaiement à la mort, animés du double désir d^étre délivrés de 'tout péril et de pas* séder Dieu : Beaiimortuiqui in Domino moriuntur... ut récritescantalaboribussuis^. Nous ne sommes qu'en passant, sur cette terre : Nonhabemus hic maneniem civitatem^. Roi ou pape, chacun doit mourir. Engagez le malade à remercier Dieu de ne ravoir pas fait mourir lorsqu'il était en état de péché, mais au contraire de l'appeler à lui muni de tous les sacrements et avec tant d'espérance de salut.

Dans cette vie nous offensons toujours Dieu, du moins par des fautes légères ; ainsi nous devons, pour nous en purifier, accepter et même désirer la mort. Il faut bien se résigner à la volonté de Dieu, qui fait tout pour notre plus grand bien. Qui sait, mon frère ^ lui direz-vous, 5t, en restant sur la terre ^ vous ne vous perdriez pas? Mais y dira-t-il, je voudrais vivre encore un peu de temps pour faire pénitence de mes péchés; et quelque chose pour Dieu, car jusqu'ici je n'ai rien fait. Vous lui rép<Hidrez qu'il n'est pas de plus belle pénitence que d'accepter volontiers la mort en expiation de ses péchés, ni d'acte plus parfait et plus agréable à Dieu que d'accepter la mort pour accomplir sa volonté.

Tentauon d'atta- 382 . — Coutro la teutatiou d'attachement aux biens et aux par bicnr^i w^po- ^^^- Si le malade répugne à mourir à cause de son attachement rents. aux bicns de la terre, dites-lui que ces biens ne sont pas de véritables biens, mais des biens de théâtre, qui s'évanouissent on qui causent plus de peine que de contentement. Les véritables biens qui nous satisfont pleinement, et qui ne passent jamais, sont ceux que Dieu nous réserve dans le ciel. S'il s'afflige de quitter son épouse, ses enfants^ ou telle autre personne chérie, dites-lui : Mon frère, nous devons tous mourir; faites votre salut, et dans le cielvousprierezpour eux fCtunjour vous serez heureux ensemble pendant toute l'éternité; quoi déplus beau que daller habiter avec Dieu ^ avec Notre- Seigneur^ (xvecnotre bonne Mèreet avec tous les saints du paradis I S'il s'aflUge de laisser ses parents pauvres ; dites-lui : Si vous vous sauvez, comme je F espère^ vous leur serez plus utile de là-haut qu'ici-bas. Necraignez rien,

t Apec., XIV, 43. — " Hebr., xiii, 14.

le Dieu qui nourrit les petits oiseaux ne les abandomiera pas. Si vous les aimez^ Dieu les aime plus que vous.

383 . — Contre la tentation de Ja haine ou de la vengeance. Rap- Tentation de pelez à ceux qui sont tentés de haine à cause de quelque offense ^^"^reçue : i"" le précepte du 2i^^ï\^m:Diligitein^micosv€stros;ï''i{\xQ celai qui ne pardonne pas n'a point de pardon à attendre de Dieu, qui dit : Foris canes ^. Les chiens, symbole des vindicatifs, sont chassés du paradis ; au contraire, Dieu promet le pardon à celui qui pardonne : Dimitte et dimittemini ^. Que si leurs ennemis leur ont fait des torts ou des injures, combien ne sont pas plus grands ceux qu'eux-mêmes ont faits à Dieu i Si donc ils veulent que Dieu leur pardonne, combien plus ne doivent-ils pas pardonner à leur prochain ! Sicut Dominus do" navit vobis, ita et vos '. Enfin, dites-leur combien se rend agréable à Dieu celui qui pardonne.

Saint Jean Gualbert, ayant pardonné au meurtrier de son frère, vit Jésus crucifié qui inclinait la tète en signe de remerciment. Saint Etienne pria pour ceux qui le lapidaient. Saint Jacques, avant de mourir, embrassa celui qui Tavait accusé. Saint Louis, roi de France, fit de même à un homme qui avait fait une (rame contre sa vie. Saint Àmbroise nourrit longtemps un traître qui avait tendu des embûches à ses jours ; mais c'est surtout le Sauveur qui donna l'exemple d'un généreux pardon, en priant du haut de la croix pour ses bourreaux.

384. — Nous avons parlé des motifs de confiance au n* 378 ; ^^^^ ^^ ^^^j.. on peut ajouter les passages suivants de la sainte Écriture : ments à sog- Nullussperavit in Domino et confusus est * : Personne n'a espéré ^'Tad". "** au Seigneur, qui en ait été abandonné. Ipse est propitiatio pro peccatis nostris '. Jésus-Christ est mort pour nous obtenir le pardon : Pro nobis omnibus tradidit illum^ quomodo non etiam eum illo omnia nobis donavit * ? Comment Dieu, qui nous a donné son propre fils, nous refuserait-il le pardon ?

Sentiment de confiance : Dominus illumiruUio mea^ etsalus mea^ qnem timebo ''?In manus tuas commence spiritwn meum; redemisti me^ Domine^ Deus veritatis. Te ergo quxsumuSy Domine ^famulis tuis subveniy quospretioso sanguine redemisti. In tey Domine^ speravi, non confundar m sBtemum. O bone Jesu I

* Âpoc., xxir, 15. — • Luc, xxxvii. — • Col., m, 43. — ♦ Eccli., n, H. — s Joan., IT, — • Rom., vin, 32 — ' Ps. xxvi. 1.

422 MANUEL DBS CONFESSEURS.

intra mUnera tua absconde me. Vulnera tua, mérita mea^. Mon Jésus, vous ne me refuserez pas le pardon, puisque vous ne m'avez refusé ni votre sang ni votre vie. Passion de Jésus, vous ètesmon espérance ; mérites de Jésus, vous êtes mon espérance; plaies de Jésus, vous êtes mon espérance ; sang de Jésus, vous êtes mon espérance; mort de Jésus, vous êtes mon espérance. Misericordias Domini in êstemum cantabo, Marie, ma bonne mère, c'est àvousde me sauver, ayez pitiéde moi. Salve^ Regina^ spes nostra, salve; sancta Maria^ orapro me peccatores; refugium peccatorum^ orapro me. Subtuumpr^esidium confuffimus, sancta Dei Genitrix. Marie, mère de Dieu, priez Jésus pourmoi. sentimenui de 385. — Dc coYitrition : Saint Augustin dit que personne ne

contrition, doit cesser jusqu'à son dernier soupir de pleurer ses péchés. Non intres in judicium cum servo tuo *. Mon Jésus et mon juge, pardonnez-moi avant de méjuger. Corcontritum et humiliatum^ Deus, non despicies. Mon Dieu ; oh I si je ne vous avais jamais offensé I Vous ne méritiez pas d'être traité comme je l'ai fait : je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé ; bonté infinie, j'en ai plus de regret que de toute autre chose. Pater ^ non sum dignus vocarifilius tuus. Je vous ai abandonné, j'ai méprisé votre grâce, je vous ai perdu volontairement; pardonnezmoi pour l'amour et au nom du sang de votre Fils. Je me repens de tout mon cœur ; maudits péchés q\ii m'avez fait perdre Dieu, je vous déteste, je vous hais, je vous abhorre. Mon Dieu, quel mal m'aviez-vous fait pour vous avoir tant offensé ! par l'amour de Jésus, ayez pitié de moi. Jamais plus. Seigneur. Désormais, que j'aie encore beaucoup ou peu à vivre, mon Dieu, je veux vous aimer. En expiation de mes péchés, je vous offre ma mort et les souffrances que j'endurerai jusqu'à ma mort. Seigneur, vous avez raison de me punir, je vous ai trop offensé, mais je vous supplie, punissez-moi ici, et point là. 0 Marie ! obtenezmoi une véritable contrition de mes péchés, le pardon et la persévérance.

scatimentB 386. — D'amouT .' Mou Dieu, parce que vous êtes la bonté infinie, digne d'un amour infini, je vous aime par-dessus toute chose, je vous aime plus que moi-même, je vous aime de tout mon cœur. Mon Dieu, je ne suis pas digne de vous aimer, puisque je vous ai offensé ; mais, pour l'amour de Jésus, faites que je

* Saint Bonav. — > Ps. gxlii.

d'amour.

VOUS aime. Oh ! que je voudrais que tous les hommes vous aimassent ! Je me réjouis de penser que vous êtes infiniment heureux. Mon Jésus je veux souffrir et mourir pour vous, qui avez tant souffert et qui êtes mort pour moi. Traitez-moi, Seigneur, eomme il vous plaira, mais ne me privez pas du bonheur de vous aimer. Mon Dieu, sauvez-moi ; vous aimer est mon salut. Je désire le paradis pour vous aimer éternellement et de toutes mes forces. Mon Dieu, ne m'envoyez pas en enfer, comme je le mérite ; là, je vous haïrais, mais je ne veux pas vous haïr : quel mal m'avez-vous fait. Seigneur, pour que je vous baisse I Faites que je vous aime, et envoyez-moi où il vous plaira. Je veux souffrir autant qu'il vous plaira, je veux mourir pour vous plaire. Mon Jésus, attachez-moi à vous ; ne permettez pas que jamais je me sépare de vous. Rendez-moi tout vôtre, ô mon Dieu, avant que je meure. Quand sera-ce que je pourrai dire : Mon Dieu I je ne peux plus vous perdre ? 0 Dieu I je voudrais vous aimer autant que vous le méritez. 0 Marie ! attirez-moi tout entier à Dieu. Ma bonne mère, je vous aime beaucoup; je veux aller vous aimer pour toujours dans le paradis.

387. — Der&s^a/ion:Toutenotre perfection, tout notre bon- sentiments de heur, Tunique fin de notre vie, c'est de nous conformer à la vo- '^«««»*»onlonté de Dieu : Vita in voluntate ejus ^. Dieu veut tout ce qu'il y a de meilleur pour nous. Le Sauveur apparut à sainte Gertnide, lui offrant la mort, ou la vie. Je veux, Seigneur, répondit la sainte, ce que vous voulez. De même, il apparut à sainte Catherine de Sienne, lui présentant une couronne de joie et une autre d'épines, afin qu'elle choisit : Je choisisy répondit la sainte, celle qui vous plaira.

Affectio7i&. Et maintenant, N..., si Dieu vous appelle à lui, n'êtes-vous pas content? — Oui, mon père. — Dites donc toujours : Seigneur, me voici ; faites de moi tout ce qu'il vous plaira. Que votre volonté soit toujours faite, je veux tout ce que vous voulez. Je veux souffrir autant que vous le voudrez, je veux mourir quand vous voudrez. Je remets entre vos mains mon âme et mon corps, ma vie et ma mort : Benedicam Dominum m omni tempore. Que vous me consoliez ou que vous m'affligiez, ô mon Dieu I je vous aime et veux toujours vous aimer. Père éternel, j'unis ma mort à celle de mon Sauveur, et, ainsi

1 Ps. XXIX, 5.

unie, je vous l'offre. 0 volonté de Dieu ! vous êtes mon amour- 0 bon plaisir de mon Dieu I Je me sacrifie tout à vous. Sentiments de 388. — Du désir dupoTodis : Blosius ^ rapporte plusieurs rédèsirdaparaditf. yélalions qui montrent que dans le purgatoire il y a des âmes qui souffrent une peine particulière, appelée peine de désir ou de langueur^ à cause de leur tiédeur à désirer le paradis. Cette vie est une prison où nous ne pouvons voir Dieu. De là cette prière du roi David : Educ de ctistodia animam meam ^ ; et de saint Augustin : Eial Domine^ moriar ut tevideam. Saint Jerôme appelait la mort sa sœur, et lui disait : Aperi mihiy sorar mea, et avec raison, car c'est la mort qui nous ouvre le paradis. C'est pourquoi saint Charles Borromée, voyant un tableau où la mort était peinte avec une faux à la main, ordonna au peintre d'effacer la faux et de la remplacer par une clef d'or, comme étant la clef du ciel. Il est donc bien de parler souvent aux malades du bonheur du paradis, en leur rappelant ce que dit saint Paul : Oculus non vidit, nec auris audivit, née in cor hommis ascendit quœ prœparavit Deus iis qui diligunt illum ^.

Affections, Quando veniam et apparebo ante faciem Dei^l Quand sera-ce^ mon Dieu, que je vous verrai; beantè infinie, quand sera-ce que je vous aimerai ? Je vous aimerai toujours dans le paradis, et toujours vous m'aimerez ; ainsi nous nous aimerons éternellement, ô mon Dieu ! mon amour, mon tout. Mon Jésus, quand baiserai-je ces plaies reçues pour moi? 0 Marie I quand sera-ce que je serai aux pieds de cette mère qui m'a tant aimé et tant protégé? Eial advocata nostra^ iUos tuos miséricordes oculosad nos converte, et Jesum^ benedictum fruc* tum ventris tuif nobis post hoc exilium ostende.

Sentiments à 389. — A/fections à suggérer en donnant à baiser le crucifix.

ggérep endon- Mqh jésus, uc regardez pas mes péchés, mais ce que vous avez

lant à baiser ^ . ' .'^, '^ '^ , . * i. l-^

le enicifis. souffert pour moi. Souvenez-vous que je suis une de vos brebis pour laquelle vous êtes mort ; j'accepte de mourir pour vous, é mon Jésus ! qui avez voulu mourir pour moi. Vous vous êtes donné tout à moi, je me donne tout à vous. Seigneur, vous avez souffert plus que je ne souffre ; vous êtes innocent, et moi pécheur. Mon frère, baisez ces pieds qui ont tant fatigué pour vous chercher, pour vous sauver. Dites : Mon aimable Rédempteur, j'embrasse vos pieds comme Madeleine ; faites-moi entendre

* Mors spir., c. xni. — * Ps. cxu, 8. — » I Cor., ii. — ^ Ps. XLi.

su nant

MANUEL DBS CONFESSEURS. 425

qae vous m'avez pardonné. Mon Dieu, pour Tamour de mon Sauveur, pardonnez-moi et accordez-moi la grâce d'une bonne mort. Père éternel, vous m'avez donné votre Fils, je me donne moi-même à vous. Mon Jésus, je vous ai payé d'ingratitude, ayez pitié de moil J'ai mérité tant de fois l'enfer, punissez-moi en cette vie, non pas en Tautre. Yous ne m'avez pas abandonné lorsque je vous fuyais ; ne m'abandonnez pas maintenant que je vous cberche. Jesu dulcissime^ nepermittas me separari a te, Quis me separabit a charitate Chris ti? Domine ^ Jesu Christej per illam amaritudinem quam sustinuit nobilissifna anima tua, quando egressa est de befiedicto corpore tuoy miserere animss meas peccatrici in egressu de corpore meo. Amen. Mon Jésus, vous êtes mort pour Tamour de moi, je veux mourir pour l'amour de vous.

390. — Sentiments à suggérer aux religieux et aux prêtres seatiments à fnaurtmts. Inpace dormiam etrequiescam. Que je suis heureux *^^^ et lux si je perds tout pour vous posséder, ô mon souverain bien I In p^*'"** "»<>»» manus tuas commendo spiritum meum. Neprojicias me a fade

tua. Jesu dulcissime, nepermittas me separari a te. Avec saint François : Amore amoris tui moriar, qui amore amoris mei di" gnatusesmori.Cor contritum ethumiliatum, Deusnondespicies. In te, Domine, speravi, non confundar in œtemum. Diligam te ! Domine, fortitudomea. Eia I moriar. Domine, ut te videam. Quid tnihi est in cœlo ? Et a te quid volui super terram ? Deus cordis mei et pars mea Deus in sternum. Dominus Uluminatio meaet sicUus mea; quem timebo ? Pater, peccavi, nonsum dignus vocari fUius tuus. Averte faciem tuam apeccatis meis. Tuus sum ego, salvum me fac. Quis nos separabit a charitate Christi? Amorem tuisolum cum gratia tua mihi dones, etdivessum satis. Dilectus meus mihi, et ego illi. Misericordias Domini in œtemum cantabo. Sancta Maria, mater Dei, orapro nobispeccatoribus. Vita, dulcedo, spes nostra, salve. Refugium peccatorum, ora pro nobis. Maria, mater gratis, mater misericordim, tu nos ab hoste protège, et hora mortis suscipe. O salus te invocantium ^ !

391. — Je vous aidéjà dit, au n* 373, que, lorsqu'il y a dan- ^vis touchant ger prochain de mort, ou que le prêtre est arrivé avec le saint *«• àùmitn » Viatique, il n est pas nécessaire si la confession est longue, de u mnuiëre de la faire entière *. Souvenez-vous de plus: 1* qu'à l'article de la ^"['J'^î^t'l'**''

i Saint Bonav. — > Lib. VI, n. 89.

Bft»

mort tout prêtre peut absoudre de tous les cas et censures réser* vés, suivant la déclaration du concile de Trente ^ ; et cela nonseulement à Tarticle, mais dans le seul danger de mort, ainsi que nous l'avons prouvé '. Seulement, quant aux censures réservées, il faut imposer aux malades Tobligation de se présenter au supérieur, s'il guérit, sans quoi il retomberait dans les mêmes censures ; 2"* le simple prêtre ne peut absoudre le moribond en présence du prêtre approuvé, à moins qu'il n*eût commencé à entendre sa confession ', mais cala n'a pas lieu lorsque le prêtre approuvé est le complice de la personne malade, m peccalo iurpi^ suivant la décision de Benoit XIY^.

S"" Le moribond privé de connaissance peut bien être absous, du moins sub conditione, ce qui semble toujours le plus sûr, lorsque quelqu'un atteste qu'il a témoigné le désir de l'absoIutioD, en donnant des signes de repentir ou en demandant è se confesser ' ; et cela lors même que le moribond aurait perdu connaissance dans l'acte même du péché, ainsi que nous l'avons soutenu ^, appuyé sur l'autorité de saint Augustin et de la raison. En effet, d'une part, la condition empêche l'irrévérence pour le sacrement; d'une autre part, on présume toujours qu'en pareil cas chacun veut pourvoir à son salut éternel, et qu'il en donne quelque signe sensible, bien que la maladie empêche de le distinguer. Si, après le troisième jour, le malade, averti du danger, n'avait pas voulu se confesser, il serait bon que le prêtre avertit le médecin que, suivant la bulle de saint Pie Y, il est obligé de cesser ses visites '^. Si, malgré cela, le malade demeurait obstiné, alors le médecin peut lui continuer ses soins *• Touchani la 392. — Faitcs bicu attention aux avertissements suivants : 1** pour recevoir le saint viatique, il n'est pas nécessaire d'attendre le moment où il n'y a plus d'espérance, il sufGt qu'il y ait danger de mort *; 2*" quand il y a danger prochain de vomissement, il n'est pas permis de donner le viatique, bien qu'on permette répreuve de la particule non consacrée *® ; 3* on peut bien donner le viatique aux enfants qui ont l'usage de raison, deméme aux frénétiques qui ont bien vécu, ou qui se sont confessés peu auparavant^ pourvu qu'il n'y ait pas de danger d'irrévé-

* Sess. XIV, c. vir. - » Lib. VI, n. 561. - » N. 562. — * N. 553. - » N. 471. - « /6. - ' Lib. VI, n. 664. - • Ib.; V. Notant, ad vi. - • /6., n. 284. - to N. 583.

communion.

rence pour le sacrement. Ainsi, avec eux il est probablement permis de faire Texpérience de la particule non consacrée ^ ; 4^ on peut, on doit même donner le viatique le vendredi saint aux malades, suivant le décret de la sacrée congrégation des Rites du 19 février 1622'; 5"" le sentiment est qu'on peut dans la méoie maladie donner plusieurs fois le viatique au malade qui n'est pas à jeun, au moins tous les six ou huit jours. Beaucoup d'auteurs disent même qu'on peut le faire plus souvent^.

Si le malade avait communié le matin par dévotion, il ne peut communier en viatique dans le cours de la même journée, à moins que le danger de mort ne survint par suite d'un mal violent, comme une blessure, le poison ou une chute ^; 6"* lorsque le malade n'a encore reçu que le sacrement de pénitence, et que la maladie continue d'être dangereuse, il est bon que le prêtre le dispose à recevoir le viatique au plus tôt^ a6n qu'ayant la tête saine^ il en profite davantage. Il aura donc soin de lui inspirer le désir de la recevoir, afin de se fortifier contre les assauts du démon en s'unissant à Jésus-Christ. Ce bon mattre, lui dirat-il, veut venir vous visiter, afin de vous apporter les trésors de ses grâces, et vous conduire dans le paradis si le temps en est venu; s^ilen est autrement, pour vous rendre la santé, supposé que cela vous soit utile. Saint Cyrille d'Alexandrie dit que la sainte Eucharistie etiam morbos depellUj et ssgrotos sanat. Et saint Grégoire de Nazianze rapporte que son père fut subitement guéri par la réception de la sainte communion.

393. — Ainsi, le prêtre pourra dire au malade : Mon frère, suite. votre maladie n'est pas désespérée, mais elle est dangereuse ; vous ferez donc bien de recevoir la communion le plus tôt possible, parce que le Sauveur vous rendra la santé s'il est utile pour votre salut ; et si vous devez mourir, il vous fortifiera contre les tentations, et vous conduira dans le paradis. Qu en ditesvous? désirez-vous de le recevoir? Oui. Eh bien, préparez-vous à. vous jeter entre les bras de votre Rédempteur, qui est mort pour vous. Dites-lui avec amour : Venez, mon Jésus, venez ; mon amour, mon unique bien, venez à mon âme qui vous désire : Quidmihi est in cœlo ^ et a te quidvolui super terram? Deus cordts mei, et pars mea Deus in œtemum.

« Ub. IV, n. 282. — « Apud Gavant. coUect., n. 50. — » N. 584 et 285. — * N. 285, du b. 3.

428 MANUEL DBS CONFESSEURS.

Lorsque le viatique est arrivé, le prêtre aura soin de faire éloigner de la chambre les parents qui pourraient éveiller quelque passion dans le malade, comme son épouse, ses filles, ses sœurs, etc. Alors il pourra lui dire que saint Philippe de Néri, envoyant entrer le saint Sacrement dans sa chambre, s'écria : Voici mon amour. Vous devez dire de même : Mon frère, voici ce Fils de Dieu qui, pour Tamour de vous, est descendu du ciel en terre; qui a voulu mourir pour vous et qui maintenant vient vous visiter. Réjouissez-vous, il vous a tout pardonné. Vous vous êtes repenti des offenses que vous lui avez fmtes, et vous vous en repentez encore davantage; et maintenant vous Taimez de tout votre cœur, n'est-ce pas? Dites-lui donc : Oui, mon Jésus, je vous aime, et parce que je vous aime, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé ; j'accepte la mort pour Tamour de vous : me voici prêt. Je désire, même de mourir si c'est votre sainte volonté, afin d'aller vous aimer éternellement dans le paradis.

A quoi le prêtre ajoutera : Or sus, N , puisque vous aimez

Jésus-Christ^ vous pardonnez pour l'amour de lui à tous ceux qui vous ont offensé, n'est-ce pas? et en même temps vous demandez pardon des offenses que vous avez faites aux autres. Tournez-vous maintenant vers le Sauveur, qui veut se donner à vous ; dites-lui que vous n'en êtes pas digne : Domine^ nùn sum dignus. Malgré cela il veut venir à vous. Appelez -le donc : Venez, mon Sauveur, mon amour, mon tout; je ne veux autre chose que vous.

Lorsque le malade aura communié, il sera bien de l'aider à faire son action de grâces. Maintenant, mon frère, remerciez le Sauveur, qui s'est donné à vous avec tant de bonté. Le saint Sacrement est appelé le gage du paradis, futur as glorixpignus. Réjouissez-vous : Dieu veut vous donner le paradis, et comme gage il vient de se donner lui-même à vous. Dites avec moi : Mon Seigneur, mon amour, je me jette entre vos bras, je vous remercie, je vous aime, et j'espère vous aimer éternellement ; je me repens de vous avoir offensé, et je me propose de consacrer ce reste de vie, qu'il soit long ou qu'il soit court, à vous aimer. Mon Sauveur, je vous offre ma vie, s'il vous platl de me rôter; que toujours votre volonté soit faite; donnez-moi seulement,-je vous en prie, la sainte persévérance et votre amour.

trèmM)actioD.

afin que j'espère en vous aimant, et que j'aille continuer de vous aimer dans le paradis pendant toute Téternité; tous ne m'abandonnerez pas, je ne vous abandonnerai pas non plus, ainsi nous nous aimerons éternellement, ô Dieu de mon âme !

394. — Comme TExlrême-Onction est le dernier des sacre- Touchant rexments que nous recevons, c'est, suivant saint Thomas, le complément du traitement spirituel qui dispose l'homme à entrer dans la gloire éternelle. Il faut donc que le malade le reçoive pendant qu'il a sa connaissance, afin d'en retirer plus de profit. Il est vrai, on ne peut recevoir ce sacrement que dans un danger grave ou du moins probable de mort prochaine, ou de perte de la connaissance^ ; néanmoins, on ne doit pas attendre les derniers moments de la vie ^. Aussi le Catéchisme romain dit que les curés pèchent grièvement qui ne donnent l'Extréme-Onction, que lorsqu'il n'y a plus d'espoir et que le malade commence à perdre connaissance. Le prêtre aura donc soin de persuader au malade que le premier effet de l'Ëxtréme-Onction sera de lui rendre la santé du corps, si elle est utile à l'âme. Le concile de Trente le déclare en termes exprès : Inter*dum sanitatem corporis cotiseguUttr ubi saiuii anima expédient '. Mais cet effet n'a pas lieu lorsque le malade ne peut pas être guéri sans miracle.

Jean Hérold rapporte qu'un défunt avait révélé quel'Extrême- Onction l'aurait guéri si on la lui avait donnée à temps ; mais qu'ayant différé de la recevoir, il était mort, et avait été con- . damné à cent années de purgatoire. Le second effet sera d'effacer les restes de ses péchés, et par conséquent ses péchés euxmêmes, quoique mortels, s'il ne les connaît pas. Saint Thomas le dit expressément^. Ainsi, il faut avertir le malade que, pendans les onctions qu'on fait sur chacun de ses sens, il doit se repentir des péchés commis par ce sens, en répondant Amen. Le troisième effet sera de le fortifier contre les tentations de l'enfer, plus redoutables dans ce dernier moment ; en sorte qu'il est très-probable qu'on ne pourrait excuser de péché mortel celui qui refuserait de recevoir ce sacrement. Voyez au n* 373.

395. — Il est utile de donner ici plusieurs avertissements sur suite. Tadministration de ce sacrement, l"" En pratique il n'est pas probable qu'on puisse administrer ce sacrement avec une seule goutte d'huile sans la répandre par parties, car ce ne serait pas

* lib. VI, n. 714. — > 76. — » Sess. XIV, c. ii. -^ * N. 751.

MAKinSL DES CONFESSEURS. 31

4a0 MANUEL DBS CONFBSSBURS.

une véritable onction ^. 2^ L'onction des cinq sens, suivant IV pinion la plus commune, est de nécessité de sacrement. Ainsi, ce n'est qu'en temps de peste ou dans le cas d'un danger de mort imminent, qu'on peut se contenter d'une simple onction et sur un seul sens (il serait mieux de la faire seulement à la tète), mais sous condition si valeij et avec une seule formule, par exemple : Per islam sanctam wictionenij et suampiissimam misericordiamf indulgeat tibi Daminus qtùdquid deliquisH per sensuSf nempe per visum, per auditum^ çustum^ odaratum et tactum. Si le moribond survit, il faut répéter, aussi sous condition, les onctions sur les cinq sens avec les prières accoutumées '.

3* Il n'est pas de nécessité de sacrement de faire Tonction sur l'un et l'autre organe ; on peut même licitement se contenter d'oindre un seul œil, ou une seule main, etc., lorsqu'il y a urgence, ou danger d'infection, ou si le malade ne peut se tourner de l'autre côté. Pour les femmes on omet l'onction des reins, et même pour les hommes, quando infirmus commode moverinonpotest, comme le prescrit le Rituel romain. Suivant Topinion commune, l'onction des pieds n'est pas de nécessité de sacrement : sur ce point il faut suivre l'usage des diocèses '. De même l'ordre des onctions n'est pas essentiel ; néanmoins on doit l'observer sub gravi ^.

4"* On peut très-bien donner rExtrème-Onction aux enfants qui ont l^usage de raison, quoiqu'ils n'aient pas encore fait leur première communion. Dans le doute s'ils ont l'usage de raison, on peut la leur donner conditionnellement, mais pas à ceux qui sont encore absolument privés de raison ^. 5"" On peut aussi la donner aux fous, à ceux qui sont dans le délire, aux frénétiques qui, ayant leur raison, l'ont demandée ou donné signe de contrition, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de danger d'irrévérence pour le sacrement ; à plus forte raison, on peut la donner sous condition. On peut aussi la donner à caix qui sont ivres, et qui se trouvent en danger de mort, pourvu qu*il ne soit pas certain qu'ils ont perdu connaissance dans l'acte même du péché mortel ; car on doit la refuser absolument aux impénitents, et à ceux qui meurent dans un péché mortel manifeste, comme dit le Rituel romain ^.

« N. 709. — • N. 710, V. Qujgritur. - » /6. - * /6. - • N. 719 et TÎO. — • N. 735.

MANUEL DBS CONFESSEURS. 431

Aux femmes en coaches on peut aussi la donner si les douleurs de l'enfantement les mettent en danger de mort. 6* En cas de nécessité, on omet les prières excepté la formule ^. On récite les prières après, si on a le temps ; et dans ce cas on peut aussi administrer ce sacrement sans flambeaux et sans ministres *, et même probablement sans surplis et sans étole '. T" On ne peut réitérer TExtrême-Onction dans la même maladie, à moins que le malade n'en eût été guéri, du moins que cela fût probable, et qu'il retombât dans un semblable danger de mort, comme le dit le concile de Trente *. Le prêtre doit être réservé à faire tourner le malade pour lui faire les onctions. Mais s'il agit avec prudence, et que par hasard la mort s'ensuive, il n'a point à craindre l'irrégularité : elle suppose une faute dont n'est point coupable celui qui agit par devoir de charité '. Enfin, le curé peut très bien garder chez lui les saintes huiles pendant la nuit, s'il craint probablement de ne pouvoir autrement donner la sacrement au malade ^.

396. — Lorsque le malade sera entré en agonie, le prêtre se aym pour ragorevêtira de toutes les armes de l'Église pour Taider de son °" ^* '* "**''■ niieux. 1"* Il répandra souvent sur lui de l'eau bénite, surtout s'il était tourmenté par des apparitions diaboliques, et il dira : Exsurgat Deus et dissipentur inimici ejus. 2"* Il fera souvent sur lui le signe de la croix, et même le bénira en disant : Benedicai te Deus Pater qui te creavit^ benedicat te Filius qui te redemity benedicat Spiritus Sanctus qui te sanctificavit. 3* Il lui donnera souyent à baiser le crucifix ou l'image de la sainte Yierge. 4* Il aura soin de lui faire gagner toutes les indulgences qu'il pourra, attachées aux médailles, scapulaires, etc., et surtout la bénédiction m articula mortis de Benoit XIY, avec l'indulgence plénière. 5* De temps en temps, il lui suggérera quelque sentiment de contrition, de résignation, d'ofTrande de ses douleurs, de confiance à la Passion du Sauveur, et à l'intercession de la sainte Yierge ; mais toujours avec pause, afin de lui laisser le temps de réfléchir et de se reposer. 6' 11 lui fera souvent invoquer de cœur, s'il ne peut parler, les saints noms de Jésus et de Marie, et plusieurs fois répéter la prière : Maria mater gratis.

» N. 728. — » /6. — « N. 726. — * Sess. XIV, cm et n. 715. — » N. 725 — « N. 730.

432 MANUEL DBS CONFESSEURS.

V Pendant Fagonie il fera réciter plusieurs fois par les assistants les litanies de la sainte Vierge pour le moribond. Il serait bien aussi de faire tinter Tagonie, afin que tout lemonde priât pour lui obtenir un heureux passage ; ce qui peut être aussi très-utile à ceux qui sont en bonne santé. Remarquez ici que, règle générale, une fois que le malade a perdu connaissance, il vaut mieux Taider par des prières que par des paroles. 8* Le malade touchant à son dernier soupir, le prêtre récitera d'une voix triste, et à genoux au pied du lit, les prières de l'Église : Proficiscerey anima, etc., Suscipe, etc., qui se trouvent à la fin du Rituel et dri Bréviaire. 9"" Il sera réservé à toucher le nez, les mains ou les pieds du malade pour sentir s'ils sont froids, parce que cette action, du moins si elle était fréquente, pourrait le troubler; qu'il se garde bien de le faire remuer dans cet état d'agonie, car il pourrait lui occasionner la mort. 10'' Lorsque le malade est sur le point de passer, il lui fera tenir, du moins pendant quelque temps, le cierge béni, pour marquer qu'il veut mourir dans la foi. H"" Quand le malade jouit encore de sa connaissance, il est bon de lui donner plusieurs fois l'absolution, après une courte réconciliation, afin de le rendre sûr de l'état de grftce, si ses confessions passées n'avaient pas été bonnes, ou du moins pour augmenter en lui la grâce et diminuer les peines du purgatoire.

Si par malheur le malade tombait alors en péché mortel, ne l'effrayez pas, mais exhortez-le à invoquer Jésus et Marie ; s'il est de nouveau tenté, animez sa confiance, faites-lui produire l'acte de contrition et absolvez-le sur-le-champ. Si le malade a perdu connaissance, et ne donne aucun signe de repentir ni de désir de l'absolution, il ne convient pas de la lui réitérer souvent; car, bien qu'alors on donne l'absolution conditionnellement, néanmoins, pour administrer le sacrement sous condition, il faut une cause grave. Ainsi, il faut attendre qu'il s'écoule un temps notable entre une absolution et la suivante. Dans ce cas le confesseur doit se régler d'après la connaissance qu'il a de la conscience du malade ; par exemple, s'il a été habitué à de mauvaises pensées, s'il meurt par suite de blessures: ou avec une forte passion de haine ou d'amour déshonnête, si la maladie est très cruelle, et que le malade n'ait pas de patience, on peut lui donner plus souvent l'absolution :

autrement, il suffira de la lui donner toutes les trois ou quatre heures ; mais plus souvent s'il est près d'expirer.

Il sera bon aussi d'avertir le malade lorsqu'il a ses idées, que, quand il ne pourra parler, il donne quelque signe convenu toutes les fois qu'il désirera l'absolution, ou lorsque le prêtre voudra la lui donner ; par exemple, de fermer les yeux, incliner la tête, lever la main, et autres semblables. Enfin, quand le malade semblera trépassé, le prêtre se gardera de dire sur-lechamp qu'il est mort, et moins encore de lui fermer aussitôt les yeux et la bouche, ou de lui couvrir le visage, car il pourrait se faire qu'il ne fût pas encore expiré, et ainsi il avancerait sa mort. Du reste, après s'être assuré que l'âme est trépassée, il dira aux assistants de la recommander à Dieu, et, se mettant à genoux, il récitera la prière Subvenite, etc., qui se trouve dans le Rituel et le Bréviaire.

397. — Voici quelques affections qu'on peut suggérer au mo- AffectioMàiugment de l'agonie. Je crois en vous, mon Dieu, infaillible vérité ; u^àTït^o^ j*espère en vous, miséricorde sans bornes ; je vous aime, hcmté »<«• inAnie : Inte^ Domine, speravi^ non confundar in astemum. Quid mihi est incœloet a te quid volui super terrant? Deus cordis tnei et pars mea Deus in œtemum. Amore amoris lui mortar, qui amore amoris mei dignatus es mori. Inpace in idipsum dormiam etrequiescam. Mon Dieu, ne permettez pas que je vous perde; je ne veux que vous. Bonté infinie, je vous aime,, je vous aime, je vous aime.

Remarquez bien que les actes qu'on doit suggérer le plus souvent aux agonisants sont des actes d'amour et de repentir. Mon Sauveur, qui dans peu d'instants serez mon juge, pardonnezmoi. Je vous aime, et parce que je vous aime, je me repens de vous avoir offensé. Jesu midulcissime, nepermittas me separari a te. Sang de Jésus^ lavez-moi ; passion de Jésus, sauvezmoi. In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum.Moriar, Domine, ut te videam. Marie, mère de Dieu, priez Jésus pour naoi. Illos tuos miséricordes ocuhs ad nos converte, et Jesum^ benedictum fructum ventris tui, nobisposthoc exilium ostende. 0 Marie ! le temps est venu d'aider votre serviteur. Ma bonne mère, ne m'abandonnez pas. 0 belle patrie, patrie d'amour, quand vous verrai-je ? Mon Dieu, quand vous aimerai-je dans

j|34 MANUEL DES CONFESSEURS.

le ciel ? Mon Sauveur, quand n*aurai-je plus à craindre de vous perdre ? Deus meus et omnia.

Je suis content de tout quitter, ô mon Dieu ! pour aller jouir de vous. Mon Dieu, pour Tamour de Jésus, ayez pilié de moi. Envoyez-moi, Seigneur, dans le purgatoire pour tout le temps que vous voudrez, mais ne me privez pas du bonheur de vous aimer. Te ergo quassumus^ famulis tuis subvenir quospreàososanr gume redemisti. 0 Dieu clément ! je veux et j*espère vous aimer pendant toute Téternité. Amor meus crucifixus est. Mon Jésus, mon amour est mort pour moi. Deus, in adjutorium meian intende; Domine^ ad adjuvandum me festina. Père éternel, par Tamour de Jésus-Christ, donnez-moi votre grâce. Je vous aime, je me repens. Comment puis-je, ô mon Dieu I vous remercier de toutes les grâces que vous m'avez faites ? J'espère aller dans le ciel pour vous en remercier éternellement. Maria, mater gratÙBf mater misericordiœ, etc. Miserere mei, secundum magnam misericordiam tuam.Misericordias Dominiin xtemum cantabo . Au moment du 393, — jfi manus tucLSj Domifie^ commendo spiritutn metan> dernier toupu-. ^^^ jésus, jo VOUS rccommandc cette âme rachetée de votre sang. Remarquez que, lorsque le malade est au moment de rendre le dernier soupir, il faut lui suggérer les actes sans pause et d'une voix plus forte. Domine^ Jesu Christe, suscipe spvritum meum. Mon Dieu, aidez-moi^ permettez-moi d'aller vous aimer pendant toute Tétemité. Mon Jésus, mon amour, je vous aime et je me repens. Ah I si je ne vous avais jamais offensé! Marie, mon espérance, sauvez -moi ; priez Jésus pour moi. Mon Jésus, sauvez-moi par votre Passion ; je vous aime, Marie, ma bonne mère, aidez-moi dans ce moment. Saint Joseph, sauvez-moi. Saint Michel archange, défendez-moi. Mon bon Ange, assistezmoi. Saint N. (ici on nomme le patron ou le protecteur principal de Tagonisant), recommandez-moi à Notre-Seigneur. Tous les saints du ciel, priez Dieu pour moi : Jésus, Jésus, Jésust Jésus, Marie, je vous donne mon cœur et mon âme. Signes de mort 399. — Il csthou quc le prétrc assistant connaisse les signes prochaine, j^ ^^^ prochaiue, afin de se rendre plus utile au malade quand il approche de sa fin. Les signes principaux et les plus universels sont au nombre de trois : 1^ la respiration pénible ; 2"" le pouls manquant, ou intermittent, ou formicant ; 3^ les yeox creux et vitrés, ou plus ouverts qu'à l'ordinaire, ou trop bril-

MANUEL DES GOlfFESSIURS. 435

lants, et voyant les objets aatrement qu'ils ne sont, ou bien quand la paupière supérieure se relâche et dépasse l'inférieure. Yoici encore d'autres signes de mort prochaine. Le nez effilé avec la pointe blanche et les narines soufflantes ; les tempes contractées, les mains tremblantes, les ongles livides, la face jaunissante, livide ou altérée ; le souffle fétide et froid ; le corps immobile, la sueur froide ou la sueur du front ; la grande chaleur de la poitrine sur la région du cœur ; tirer les poils de ses draps ; le refroidissement de toutes les exta*émités.

Les signes les plus prochains du dernier soupir sont : la respiration intermittente et moins sonore, la perte du pouls, la contraction et le grincement des dents^ l'humeur dans la gorge, un soupir triste ou gémissements ; les larmes qui coulent d'ellesmêmes, la contorsion de la bouche, des yeux et de tout le corps. Remarquez l"" que ceux qui sont atteints d'hydropisie, d'étisie, de quelque coup, d'asthme, de pleurésie, de vomissement, d'es^ qninancie, de rhumatisme, de spasme, meurent quelquefois avec quelques-uns des symptômes précités, et le pouls vigoureux ; 2^ que ceux qui ont une pleurésie sont au moment d'expirer lorsque leur respiration devient difficile et plus embarrassée, et leurs lèvres livides ; ceux qui sont blessés à la tête meurent quelquefois subitement en se trouvant mal ; les hydropiques; lorsque le pouts manque, lorsque la difficulté de respirer augmente et que la bouche écume ; ceux qui ont une fièvre intermittente meurent ordinairement au commencement de l'accès, lorsque les convulsions sont violentes ; S"* que dans quelques malades la respiration et le mouvement du cœur sont si fmbles, qu^ils semblent morts, tandis qu'ils ne le sont pas.

Les signes de mort les plus certains sont : le refroidissement de toutes les parties, même dans la région du cœur; ne pas sentir un esprit très actif mis sous les narines ; ne pas ternir une glace posée devant les lèvres, et antres semblables. D'un antre côté, faites attention que quelquefois les signes décrits ci-dessus les premiers sont trompeurs, et que, sans les présenter, le malade meurt subitement ; c'est pourquoi, lorsqu'il est à l'agonie, le prêtre ne doit jamais l'abandonner.

400. — (EorauT DE siniT rimiçois ng Salis, II* part., ch. m, prauquedeuiat et part. XVIII, ch. xxvi etxxvii.) —Voyons dans saint François '"SSL"/* de Sales un modMe de votre conduite avec les malades.

436 MANUEL DES GONFESSBUBS.

« Nous étions allés voir ensemble, dit Tévéque de Belley, une dame de qualité de mon diocèse qui demeurait à la campagne. Elle était fort âgée, et malade à l'extrémité, ayant déjà réça Notre-Seigneur. Nous la trouvâmes fort paisible et tranquille sur son intérieur, ayant mis ordre à tout. Une seule chose l'inqeiétaity c'était de voir ses enfants se tourmenter jour et nuit pour lui procurer quelque soulagement. Notre bienheureux, pour lui ôter cette peine, lui dit : a Et moi, ma chère mère, je ne suis jamais si aise, quand je suis malade, que lorsque je vois mes parents et mes domestiques avoir bien de la peine autour de moi. »

<( Nous lui en demandâmes la raison : « C'est parce que, répondit-il, je sais que Dieu les récompensera largement des assistances qu'ils me rendent, parce que de telles hosties lui sont fort agréables. A la vérité, si ceux qui nous servent, soit en santé, soit en maladie, n'ont égard qu'à nous, et non à Dieu, et ne cherchent qu'à nous plaire, ils emploient bien mal leurs peines, et il est bien employé qu'ils aient le mal de reste ; mais s'ils nous servent pour Dieu, ils sont plus dignes d'envie que de pitié. »

«Notre bienheureuxse conduisait avec les malades qui étairat à l'extrémité, comme les bons Anges, par douces et suaves inspirations ; leur disant de temps en temps de petits mots bien choisis; tantdt faisant devant eux des aspirations ou oraisons jaculatoires fort courtes, tantôt les leur faisant proférer de bouche, ou seulement de cœur, si le parler les incommodait, et puis les laissant un peu en repos. « 0 Jésus I je me donne, je m'abandonne à vous. 0 Dieu ! je suis à vous, sauvez-moi pour votre gloire. 0 Père I je remets mon âme, mon corps, tout mon être entre vos mains. 0 Dieu ! votre volonté soit faite ; oui, Seigneur Jésus, votre volonté, non la mienne. » Et entre chaque aspiration il laissait une assez bonne pause pour la leur laisser goûter.

« Il souffrait avec peine qu'on tourmentât un pauvre agonisant par de longues exhortations. Ce n^est pas alors le temps de prêcher ni même de lui faire faire de longues prières ; il le faut seulement maintenir dans la soumission à la divine volonté, qui doit être son élément éternel, et son occupation perpétuelle dans le ciel.

« 11. rendait quelquefois cet ofQce de piété et de miséricorde

MANUEL DBS CONFESSEURS. 437

aux criminels de les accompagner au supplice, et de les aider à bien mourir, et se servait de la même conduite que nous • venons de dire à Tégard des malades. Après avoir ouï la décharge de leurs consciences, il les laissait un peu respirer ; puis, par intervalle, leur suggérait des actes de foi^ puis d'espérance, puis d'amour, et ensuite de repentir et de résignation à la volonté de Dieu, d'abandon à sa miséricorde, sans ajouter à leur afOiction celle de Timportunité inséparable d*un discours continuel, d

401 . — « A une âme qui, durant une grande maladie, se suite. plaignait de ne pouvoir vaquer à l'oraison mentale, exercice qu'elle aimait délicieusement et sans lequel son esprit était comme en langueur, il lui dit : « Ne vous fâchez pas de demeurer au lit sans pouvoir faire la méditation ; car endurer les verges de notre Sauveur n'est pas un moindre bien que méditer; non, sans doute, car il est mieux d'être sur la croix avec notre Sauveur, que de le regarder seulement. Mais je sais bien que sur le lit vous jetez mille fois le jour votre cœur es mains de Dieu, et c'est assez. Obéissez bien aux médecins ; et quand ils vous défendront quelque exercice, ou de jeûne, ou d'oraison mentale, vocale, ou même l'office, hormis l'oraison jaculatoire, je vous prie tant que je puis, et par le respect et par l'amour que vous me voulez porter, d'être fort obéissante, car Dieu l'a ainsi ordonné. Quand vous serez guérie et bien fortifiée, reprenez tout bellement votre chemin, et vous verrez que nous irons bien loin. Dieu aidant.

« Il respectait beaucoup les malades en qualité de membres du Sauveur. Il exprimait ainsi ses sentiments de respect et d'honneur à une personne malade : « Pendant que je vous penserai affligée dans le Ut, je vous porterai, mais c!est à bon escient que je parle, je vous porterai une révérence particulière, et un honneur extraordinaire, comme à une créature visitée de Dieu, habillée de son habit, et son épouse spéciale. Quand Notre-Seigneur fat à la croix, il fut déclaré roi, même par ses ennemis, et les âmes qui sont en croix sont déclarées reines. Vous ne savez pas de quoi les Anges nous portent envie ? C'est de nulle autre chose que de ce que nous pouvons souffrir pour Notre-Seigneur, et de ce qu'ils n'ont jamais rien souffert pour lui. Saint Paul, qui avait été au ciel et parmi les

438 MANUSL DES GONFESSBURS.

félicités du paradis, ne se tenait pour heureux qu*eii ses infir- « mités, et en la croix de Notre-Seigneur. »

Et ensuite il lui recommande une affaire d'importance : <i Je vous supplie, lui dit-il, de recommander à Dieu une bonne œuvre que je souhaite fort de voir accomplie, et surtout pendaot vos tourments ; car en ce temps-là vos prières, quoique courtes et du cœur, seront infiniment bien reçues. Demandez aussi en ce temps-là à Dieu les vertus qui vous sont les plus nécessaires. »

ARTICLE IX

SUR LES PÉNITENCES ET l' ABSOLUTION.

Discrétion dtns 402. (Prtébe SANCTIFIÉ, n" 31-34.) — Ycnous maintenant l'impositioD de aux pénitences que vous devez imposer connue juge. Comme ap lunce. Qi^j^^ipy^yg gi,P32 solu d'cu mesurcr la qualifé ct la quantité. Enefiet, le médecin ne fait pas attention seulement à la maladie, mais encore au malade, et à la force ou à la faiblesse de son tempérament. Au faible, même dans une grande fièvre, il ne donne pas les remèdes qu*il ordonnerait au fort. Dans les maladies compliquées, il proportionne tellement ses moyens qu*il n'augmente pas l'une en voulant guérir l'autre. S'il n'avait pas égard à ces différentes circonstances^ il courrait risque d'être plus nuisible qu'utile. Il aime mieux faire à plusieurs reprises ce que la faiblesse du malade ne lui permet pas de faire une seule fois. Il commence par le disposer, par le fortifier, afin de pouvoir soutenir des remèdes plus forts.

De même vous seriez bien imprudent d'imposer de grandes pénitences à un pécheur tout nouvellement converti, qui a une douleur suffisante, mais ordinaire et non pas extraordinaire ou héroïque : ce serait l'éloigner de la dévotion. Vous devez donc avoir en vue, non seulement de punir les péchés passés, mais encore d'affectionner le pénitent aux sacrements et à la ptëté, afin que, traité avec douceur et modération, il revienne souvent et acquière ainsi de nouvelles forces spirituelles. Alors, n'en doutez pas, il sera le premier à vous demander des pénitences plus graves ou à les accepter de bonne grâce. C'est ainsi que vous ferez rendre à Dieu plus de satisfaction par un retard prudent que par une exigence prompte, mais prématurée. Yotre modération ne sera pas du relâchement, mais une admirable

MANUEL DSS GONFSSSfiUBS. 430

union de la science de juge et de l'habileté de médecin. Cette comparaison et cette doctrine sont Tune et Tautre de saint Thomas^. Ailleurs^ il recommande la même chose en ces termes : Sicut exiguus ignis exstinguitur, si multa ligna superimponantur, ita accidereposset^ quodparvmpœnitefUiscùntrilionisaffeetus ^ pondère pœnitentÙB de/iciat. Melitis est quod sacerdos pcenù tenti indicet quanta pcmitentia esset injungenda, et mjtmgat nihilaminus quod pœnùens tolerabUiter ferai '.

Si vous faisiez autrement, apprenez de saint Jean Chrysostome quelle serait la suite de votre rigueur : Multos recenser epossem in extrema mala deductos^ quob ab eis pcena peccatis par exposceretur. Neque enim temere adpeccatorum modumoportet et pœnam adhibere^sedpeccantiumpropositum expiorandumest ; ne, dum quod scissum est consuere t?», deteriorem scissuram facias; dum lapsum emendare studes^ majorem ncinam pares. Nom qui infirmi sunt^ ac remissi, magisque mundi deliciis irretiti quique ex génère et poterUia altum sapere possunt^ U sensim paulatimque apeccandi consuetudine retrahi ac sinon peniius^ partim saltem ab iisy quibus detinentur midis, liberari possunt; quibus si statim correptionem inducas, minore iila eniendationeprivabis, Animaquippeconféstiminruboremacta, inmdolentiamlabitur, neque blondis postea verbisparet^ neque minis flectitur^ neqite beneficiis movetur.

Si donc vous confessez un pénitent gravement malade, dont les nombreux péchés mériteraient une grande et longue pénitence, ayez égard à Tétat dangereux où il se trouve, et n'allez pas répouvanter en lui imposant les pénitences qu'il mérite. GoBtentez-vous de lui ordonner quelque courte prière, et d'of* Irir son mal à Dieu avec résignation. Ajoutez que, s'il guérit, il reviendra à vous, et qu'alors vous lui ordonnerez quelque autre chose pour acquitter sa dette envers Dieu ; s'il ne le peut, qu'il se confesse souvent, et fasse d'autres bonnes œuvres, et souffre les adversités avec patience, en expiation de ses fautes. Ajutrement,, en lui prescrivant des pénitences de plusieurs mois et de plusieurs années, vous pourriez, comme la chose est arrivée, j'ea suis certain, diminuer sa confiance en vous au point que, venant à se rappeler quelque péché grave qu'il aura oublié, il n'osera pas vous appeler, pour se réconcilier, et sera ainsi en

1 Sttppl. q. 38, 2i. — s Quodlib., 3 et SB.

440 MANUBL DES CONFESSEURS.

danger de faire une mauvaise mort. Or, ce danger présent et très grave remporte sur la crainte que vous avez qu'il ne revienne pas vous trouver après sa guérison. Qualité de la 403. — Ayoz la même précaution pour fixer la qualité de la pénitence. .p^nît^Q^^^ ^Qgî u'imposcz jamois comme obligation des choses difficiles, au risque qu'on les omette ; contentez-vous de les conseiller. Par exemple, conseillez aux enfants, mais ne leur commandez pas de demander pardon de leurs désobéissances à leurs parents ; à un ivrogne ne dites pas de ne rien boire tel jour, mais limitez et fixez avec discrétion la mesure qu'il ne devra pas dépasser. Il est d'autres choses que voos imposerez non d'une manière absolue, mais sous condition. Par exemple : Vous ferez telle aumône^ vous reviendrez vcms confesser tel jour^ ou vous réciterez le chapelet si vous retombez dans tel péché avant tant de temps.

Beaucoup moins devez-vous prescrire des pénitences qui découvrent aux autres le péché du pénitent. Yous pourrez bien imposer le jeûne du samedi à un père, qui ne dépend de personne dans sa maison ; mais vous ne le prescrirez pas à un enfant : ses parents pourraient en deviner la cause. Faites encore attention que, lorsque vous imposez des choses faciles à faire, comme cinq Pater et Ave^ vous pourrez les prescrire pour chaque jour pendant quelque temps. Il n'en sera pas de même si les choses sont un peu moins faciles, comme d'entendre la messe, faire la méditation ou la lecture. Laissez un peu de liberté, afin de ne pas mettre le pénitent dans la gène, et quelquefois dans le danger d'une omission coupable. An lieu de les lui prescrire pour chaque jour, dites-hii : Vous ferez ces bonnes oeuvres pendant tel temps^ à peu près tous Us jours^ au moins quatre ou cinq fois la semaine^ ou bien toutes les fois que vous n^ aurez pas d excuses raisonnables.

Si vous ordonnez différentes choses, afin de ne pas embrouiller la mémoire, gardez le même nombre pour chacune, par exemple, cinq messes j cinq jeûnes^ dnq chapelets^ etc. Dans le doute si vous devez donner une plus forte pénitence, diteslui que vous lui imposez pour toute obligation d'ofTrir dès lors, et en général, tout le bien qu'il fera pendant la semaine. C'est ainsi que, sans le surcharger, vous faites qu'il donne au Seigneur une plus grande satisfaction. Telle est la remarque

MANUEL DBS CONFESSEURS. 441

de saint Thomas de Villeneuve : Sic itaque rigorem pœnitenti iemperatOf tU neque levitas delicti contemptum, née gravitcu omittendi periculum creet : hocjudidum ut itaperficies^ sifacù lem unam injtmxeris, et acriorem cUteram peccatori cansulueris : ita tamen ad omnem ejus voluntariam et spontaneam pcenitentiam ita sacramenti applices efficaciam ^.

404. — Surtout ayez soin qu'en satisfaisant à Dieu pour le pé- pénitencci prêché, les pénitences préservent aussi pour l'avenir. Ainsi, aux pé- ««^a'*^»'oîtences corporelles, surtout à l'égard des personnes délicates, préférez celles qui entretiennent de bonnes pensées dans l'esprit et de saintes affections dans le cœur, et qui ont une force particulière pour obtenir le secours de Dieu, comme les lectures spirituelles, la méditation, la messe, la dévotion à quelque saint patron, surtout à la sainte Vierge et à la passion de Notre- Seigneur. Combien qui doivent leur sanctification à la lecture spirituelle! Combien qui se maintinrent dans la crainte de Dieu tant qu'ils furent exacts à honorer la sainte Vierge, en récitant chaque jour son office et le chapelet, et en méditant ses douleurs ! mais à peine eurent-ils cessé de rendre leurs hommages à cette Mère de grâces, qu'ils en portèrent la peine en retombant aussitôt dans leurs péchés I

Clericato rapporte avoir vu plusieurs pécheurs qui eurent, à l'article de la mort, le don d'une grande contrition. Examinant ensuite ce qu'ils avaient fait de bien dans leur vie, pour obtenir de Dieu une si grande miséricorde après tant de péchés, il trouva qu'ils avaient été assidus à entendre dévotement la messe. Et ainsi ils éprouvèrent l'effet propre de ce sacrifice expiatoire. Ce fut bien tard, il est vrai, à cause de leur malice, mais toutefois encore à temps, que le sang divin cria pour leur salut, et l'obtint.

405. — Entre toutes les pénitences, la plus salutaire est la Q^eue est la fréquentation des sacrements. C'est une vérité constante que de p*»" "**^ ^^""^ tous ceux qui ont pu les fréquenter et qui ne l'ont pas fait, il en ^°^'' est à peine un seul qui ait réussi à se soutenir dans le bien avec tous les autres secours. Au contraire, vous verrez tdt ou tard que ceux qui sont fidèles à les fréquenter, quelles que soient leurs mauvaises habitudes, non-seulement ne deviennent pas pires, mais retombent plus rarement, et finissent par se corriger tout

1 Sanc* Thom. a VUlan. Gonc. For. 6 posL dom. Quadrag.

442 MANUEL DBS CONFESSEURS.

à fait ; car les sacrements sont les moyens les plus puissants et les plus féconds pour nous donner la grâce. Mais ils ne sont d'aucune utilité à ceux qui les reçoivent sans les dispositions convenables. Ainsi, vous ne négligerez rien pour en inspirer l'estime, pour les faire aimer et fréquenter, et faire qu'on s'y prépare avec toute la diligence possible.

C'est surtout avec les récidifs que vous devez employer toutes les ressources de votre charité et de votre habileté, pour leur faciliter l'accès au saint tribunal ; car ils ont à toute heure un extrême besoin de s'en approcher et une extrême difficulté de le faire. Dites-leur donc que, s'ils retombent, c'est alors qu'ai venant se confesser sur-le-champ, ils vous donnent une grande consolation, non pour le mal qui aura lieu, mais pour Thumilité chrétienne et la bonne volonté qu'ils témoignent en recourant tout de suite au remède. Ajoutez même qu'il n'importe pas qu'ils ne soient point encore disposés à se confesser; qu'ils commencent toujours par se présenter et par dire que la fièvre est revenue. On ne saurait croire combien cette prompte humilité affaiblit le démon, encourage les pénitents et dispose Dieu à leur accorder de plus grandes grâces. Leur humilité, jointe aux bons avis que vous leur donnez et que Dieu bénira, leur obtiendra bientôt la victoire de la tentation.

Au contraire, s'ils retardent, ils seront en grand danger de tomber rapidement, et de perdre tout à fait la volonté et le courage de se corriger. Mais c'est à vous de les accueillir de manière à ne jamais vous montrer surpris de leurs rechutes, à ne jamais les mépriser^ à ne jamais les renvoyer avec aigreur. Un seul de ces défauts suffirait pour leur ôter le courage de revenir auprès de vous. Cependant rien n'est plus utile à tous les pénitents en général, mais surtout aux récidifs, que de continuer toujours auprès du même confesseur. En les accueillant, montrez-leur donc toujours qu'ils vous font plaisir, compatissezleur toujours, mais aussi aidez-les toujours. Examinez d'où provient la rechute, pour en éloigner la cause ; assignez de nouveaux remèdes, et, avant de les absoudre^ prenez les précautions dont nous avons parlé aux n"** 340 et suivants, owigaiion dim- 406. (Sàint ALPHONSE, u** H-14.) — A l'occasiou dcs péuiito^.^^ tences, je dois vous faire remarquer plusieurs choses : 1*" Qu'en donnant l'absolution, le confesseur est obligé d'imposer la pé-

poter niteoce

nitence, ainsi que le déclare le concile de Trente ^ II pèche donc s'il ne Timpose pas ; il pèche grièvement quand le pénitent a confessé des péchés mortels. S'il n'a accusé que des fautes vénielles ou des fautes mortelles déjà confessées, il est pro* bable qu'il ne pèche pas mortellement*. Si, immédiatement après Tabsolution, le pénitent se confesse d'un nouveau péché, le confesseur doit lui donner une nouvelle pénitence, au moins légère. On doit ordinairement donner la pénitence^ avant l'absolution, pourvoir comment le pénitent la recevra ; néanmoins quelquefois on peut ne l'imposer qu'après, car elle lui reste mordement unie. 2!^ Qu'on doit toujours imposer la pénitence sous une obligation quelconque ; mais on demande si le confesseur peut donner une pénitence grave sub obligatione levi. L'opinion la plus commune et très-probable tient pour l'affirmative, parce que dans le sacrement de pénitence le prêtre n'est pas simple ministre de Jésus-Christ comme dans les autres sacrements, mais véritable juge établi par le Sauveur avec pouvoir.de lier ou de délier par la pénitence ; en sorte que son obligation dépend totalement de l'ordre du confesseur'.

S"" Que la pénitence doit être proportionnée aux fautes. Mais ici considérez attentivement les paroles du concile de Trente : Debent ergo saderdotes Domini, quantum spiritus etprudentia suggesserit pro qualitate criminum, et pcenitentium facultate^ salutaresetconvenientessatisfacttoties infungere ;n€siforiepec^ catis cofmiveant^ et indulgentius cum poenitentibus aganty levissùna quâsdam operapro gravissimis délie tis inijungendo^ alieno^ non peccatorum participes effidantur ^. Ainsi, la quantité delà pénitence est remise par le concile à l'arbitre du confesseur. Praut spiritus etprudentia suggesserit. On peut pour différentes raisons diminuer la pénitence. La première , si le pénitent a beaucoup de contrition, ou si, avant devenir, il a fait beaucoup d'œuvres satisfactoires. La seconde^ dans un temps de jubilé ou d'indulgence plénière. Mais il faut toujours imposer quelque pénitence, ainsi que Benoit XIY l'a déclaré, soit parce que personne ne peut être certain de gagner l'indulgence plénière, soit parce qu'il faut toujours donner au sacrement son

« S«S6. XIV, c. vi. - » Lib. VI, n. 506. — » Lib. VI, n. 518. — » Sess. XV,

c. VlII.

intégrité. Si le pénitent a besoin de pénitence médicinale, il faut toujours la lui imposer.

La troisième, si le pénitent est malade, car le Rituel romain dit qu'il ne faut pas imposer une grande pénitence aux malades, mais quand ils seront guéris. Que si le malade est à l'article de la mort ou privé de connaissance, on peut l'absoudre sans aucune pénitence ^. Néanmoins il sera toujours bon de lui imposer quelque petite chose, comme de baiser le crucifix, ou d'invoquer le saint nom de Jésus et de Marie, au moins de cœur, etc. il ne convient pas d'imposer aux malades, pour pénitence, de souffrir patiemment leur maladie ; ce serait les jeter dans une foule d'inquiétudes et des crupules. Les docteurs de Salamanque remarquent, et avec raison, que, si le malade peut satisfaire par des aumônes, le confesseur doit les lui imposer^ car chacun est tenu de faire la pénitence qui est en son pouvoir.

407. — La quatrième : on peut diminuer la pénitence si le pé* nitent est faible de piété, en sorte qu'on craigne prudemment qu'il ne fasse pas la satisfaction proportionnée. Tel est, avec beaucoup d'autres, l'avis de saint Charles et de saint Thomas, dont je vais bientôt vous rapporter les paroles. Il est vrai, le concile de Trente dit que la pénitencedoit répondre à la qualité des fautes ; mais il ajoute aussitôt, que les pénitences doivent ètrepropœnitentium/acultate^salutaresetconoenientes.SalutareSj c'est-à-dire utiles au salut du pénitent ; et convenientes, c'està-dire proportionnées, non seulement aux fautes, mais encore aux forces du pénitent. II suit de là qu'elles ne sont ni salutaires ni convenables, les pénitences que les pénitents ne sont pas disposés à accepter à cause de leur faible piété; elles sont bien plutôt la cause de leur ruine. Dans ce sacrement on se propose bien plus l'amendement que la satisfaction.

Aussi le Rituel romain dit qu'en donnant la pénitence le confesseur doit avoir égard aux dispositions du pénitent ^; et saint Thomas : Sicut medicus non dat medicinam ita efficacem^ ne proter debilitatemnaturx majus periculum oriatur, ita sacerdo$ divino instinctumotus non semper totamposnam qtuBtmipeeeato debetUTy injungil, neinfirmtisdesperet, et a pœnitentia totaliter

i Voyez là-dessos la (prande Uiéorie de saint Alphonse, lib. VI, n. 507. — > De sacr. Pœnit.

MANUBL DES CONFESSEURS. 445

recédât ^ Et ailleurs il dit que, comme un petit feu s'éteint lorsqu'on y met une trop grande quantité de bois, de même il peut arriver que le faible sentiment de contrition du pénitent s'éteigne sous le poids de la pénitence ; puis il ajoute : Melius est, quod sacerdos indicat quanta pœnitentia essei sibi injwigendat injungat nihilommus quod pœnitens tolerabiliier ferai. Et ailleurs : RectiusestimponereminoremdebitOj quammajorem, quia melius excfisamur apud Deumpropter multam misericordiam^ quampropter nimiam severitatem, quia talis defectus in purgatorio supplebitur ^. Le même sentiment est partagé par 6erson, Gaétan, et surtout saint Antonin, qui dit qu'on doit donner la pénitence dont on pense que le pénitent s'acquittera vraisemblablement et qu'il accepte de bonne grâce '.

Si le pénitent proteste qu'il n'a pas la force d'accomplir la pénitence qui convient, saint Àntonin finit par conclure : Tune çuantîtmcumquedeliquerit^ non débet dimittisine absolutione^ ne desperet. u II suffit alors, dit-il, de lui imposer en générai tout le bien qu'il fera, en se servant des paroles mêmes du Rituel : Quidquid boni egeris, etc. Ces bonnes œuvres-là, enjointes dans l'administration du sacrement, comme l'enseigne le Docteur angélique, auront, en vertu du sacrement, plus d'efficacité pour expier ses péchés ^. De plus, il est probable que c'est encore une juste raison de diminuer la pénitence que de juger que le pénitent en sera plus affectionné au sacrement. Enfin, qu'il est beau le conseil de saint Thomas de Villeneuve : Facilem tmam injufixeris, acriorem consulueris ^l

U est bon de faire connaître au pénitent la pénitence qu'il mériterait; pour cela, il peut être utile de lui rappeler les pénitences des canons pénitentiaux. Il sera également utile de suivre le conseil de saint Thomas, et de conseiller au pénitent une pénitence plus grave ; mais ensuite il ne faut lui imposer que celle qu'on estime prudemment qu'il accomplira. Saint François de Sales insinue, et le Rituel romain dit la même chose^ qu'il convient par conséquent de demander au pénitent s'il a le courage de faire telle pénitence. S'il dit que non, il faut la changer. Saint Charles Borromée donne le même avis : Tan-

1 Suppl., q. 18, a. 4. — s Opusc, g, 5, a. 4. — ' Lib. VI, n» 510. — * Quodlib., Xb SI* 38. — > Serm. fer. 6, et dom. Laetare.

IIANCEL nVi CONFBSSBDRS. 32

446 MANUBL DIS CONFESSEURS.

dem imponai pœnUeniiam^ qualem a pœniîente prxstan passe judicet. Proindcy aliqtumdo^ si ita expedire vident^ illum in-terroget^ anpossùpcsniientiamsibinjimctamperaffere, alioquin eam mutabit^ aut minuet. Quelquefois encore il sera utile d'imposer parmi les œuvres prescrites une pénitence grave, mais non sukgravif ou bien quelque œuvre commandée d'ailleurs ou obligée, comme je vous le dirai au n"* 414. ^r^r^"^ f^ ^^* — Remarquez, 4* combien sont imprudents les confes*

'"fJ^eûiT" seurs qui imposent des pénitences disproportionnées aux forces du pénitent. Ils absolvent avec une déplorable facilité les récidifs mal disposés et ceux qui sont dans l'occasion prochaine du péché ; puis^ ils croient follement pouvoir les guérir en leur donnant les plus grandes pénitences, malgré la certitude qu'ils ne les accompliront pas. Par exemple, ils imposent de se confesser tous les huit jours pendant un an, à ceux qui se confessent à peine une fois à Pâques ; le grand rosaire à celui qui ne dit jamais le chapelet; des jeûnes^ des disciplines, des méditations à celui qui n'en connaît même pas le nom. Qu'arrive-t-il ? 11 arrive que ces pénitents acceptent de force la pénitence, afin d'obtenir Tabsolution; mais ils ne la font pas, et croient par là être tombés dans un nouveau péché ; ils regardent même, surtout les ignorants, leur confession comme nulle, parce qu'ils n ont pas accompli la pénitence. Dans cette persuasion, ils retournent à leurs premiers désordres : effrayés par la dif- Qculté de remplir leur obligation, ils prennent la confession en horreur, et continuent de croupir dans leurs iniquités.

Tel est, pour un grand nombre d'infortunés, le fruit de ces pénitences qu'on appelle proportionnées et qu'on devrait bien plutôt appeler souverainement disproportionnées. Du reste, hors le cas d'une très-grave maladie ou d'une contrition extraordinaire, le confesseur ne ferait pas bien d'imposer, pour des fautes mortelles, une pénitence légère en elle-même, qui n'obligerait que sub levi. Sans doute, lorsque cela est utile, on peut imposer une œuvre qui, relativement aux péchés, est légère, mais elle doit toujours être grave en elle-même et sub gravi ^.

Autres obscr- 409.! — Rcmarquez, B"" touchant la qualité àt la pénitence,

' u^'n'toî^"' qu'on ne doit pas imposer des pénitences perpétuelles ou très

difficiles, comme d'entrer en religion, et encore moins de con-

: iUb. VI, n. 610, m /în.

tracter mariage, ce qui demande une entière liberté; de même on ne doit pas imposer des vœux perpétuels. Bien plus, quand le pénitent lui-même voudrait faire vœu, par exemple, de ne pas retomber, ne l'autorisez que pour un temps, pour voir comment il l'accomplira. On peut très-bien imposer une pénitence conditionnelle, de secourir ou de faire l'aumône après chaque rechute. Lorsqu'on la lui donne, le pénitent est obligé de l'accepter et de l'accomplir. Mais il n'est pas prudent de la lui donner pour longtemps, parce qu'il Toublie facilement, et les péchés se multiplient. On peut donc l'imposer seulement pour un temps assez court, un mois par exemple, ou jusqu'à la première confession^.

Souvenez-vous qu'on ne peut pas donner des pénitences publiques pour des fautes secrètes, mais bien pour des péchés publics. Il 7 a même obligation de les imposer lorsqu'on ne peut autrement réparer le scandale ou la réputation publiquement ôtée au prochain. Mais on ne doit point forcer le pénitent à faire une pénitence publique lorsqu'il résiste, et que le scandale peut être réparé d'une autre manière, par exemple, en fréquentant les sacrements, visitant les églises, en entrant dans quelque congrégation, etc. ^.

410. — Remarquez, 6* que les œuvres prescrites par le confesseur doivent ètvepéntzles; car, suivant le concile de Trente •, la pénitence ne doit pas être seulement médicinale et gardienne de la vie nouvelle, mais encore vindicative, en expiation des fautes passées. Or, ces œuvres pénales se réduisent au jeûne^ à l'aumône et à la prière. Sous le nom déjeune^ on entend toute espèce de mortifications corporelles. Pàv prière, on entend aussi les confessions et les communions, les visites au saint Sacrement et tous les actes intérieurs de charité, de contrition ou de présence de Dieu : suivant l'enseignement commun, tous ces actes peuvent très bien se donner en pénitence *.

La prière aussi bien que l'aumône et toute autre bonne action est regardée comme œuvre pénale : c'est encore l'enseignement commun des théologiens. En effet, pour nous autres^ enfants d'Adam, après la chute de notre nature, toute action vertueuse habetrationempœnœy parce qu'ayant perdu la justice originelle, nous sommes tous enclins au mal et amis de nos vices. Saint

Lib. VI n.^525. — « D)., n. 512. — 3 Sess. XIV, c. viii. — ♦ 214, dub. 1.

Suite.

448 MANUBL DBS CONFESSEURS.

François de Sales confirme lout cela en disant : Uim a de la peine à jeûner^ faulre en ad servir les malades, visiter les prisonniers, confesser^ prêcher^ assister les désolés , prier ^ et semblables exercices : cette prière vaut mieux que {celle-là c*est-àdire le jeûne) ; car y outre quelle récolte égcUement^ elte a des fruits beaucoup plus désirables^.

Ce qa'on peut 411. — Dans la pratique, il est de règle d'imposer des œuvres ****""*n[ie^jr ^ ^® mortification pour les péchés des sens, des aumônes pour les péchés d'avarice, des prières pour les blasphèmes, etc. Mais, dans tous les cas, il faut voir ce qui est le plus convenable et le plus utile au pénitent. La fréquentation des sacrements, l'oraisonmentale,raumône,sont sans doute des pénitences très-utiles; néanmoins, dans la pratique, elles deviennent nuisibles à celui qui n'en a point ou que peu d'usage. Les pénitences utiles à tous en général sont, par exemple, d'entrer dans quelque congrégation, de faire chaque soir, au moins pendant quelque temps, un acte de contrition, de renouveler chaque matio ses résolutions, en disant, avec saint Philippe de Néri : Seigneur^ tenez-moi bien aujourdhuiy afin que je ne vous trahisse pas. Non moins utiles sont la visite de chaque jour au saint Sacrement et à la sainte Vierge pour demander la persévérance; le chapelet et trois Ave Maria^ matin et soir, à l'honneur delà sainte Vierge, en ajoutant : Ma bonne Mère, aidez-moi aujourd^hui à ne pas offenser Dieu ^ ; Je devrais être maintenant dansk feu de r enfer, ou bien : Un jour je dois motirir peut-être sur ce lit. A ceux qui savent lire, et surtout aux ecclésiastiques, de faû*e chaque jour une lecture de piélé. Saint François de Sales avertit de ne pas surcharger le pénitent de beaucoup de choses, de peur qu'il ne se trouble et ne s'effraye. Pénitences pro- 412. (B. LÉONARD, n*"' 27-29). — Pamû les choses que le conportionnées. feggeuf (joit nécessairement savoir pour jae pas se rendre coupable dans Texercice de son ministère, il faut placer les règles qu'il doit suivre, afin d'imposer aux pénitents des pénitences proportionnées. Comme nous l'avons vu, le saint concile de Trente * avertit les confesseurs de bien prendre garde à ne pas donner des pénitences légères pour des fautes très graves. Il

1 Introduction à la vie dévot», 1. III, c. xxiii. — * J*ai coutume, agoute le saint, d'imposer cette pénitence de trois Ave Maria avec la petite prière, à peu près à toud ceux qui ne la pratiquent pas. ^ > Ses. XIV, viii.

veut que la pénitence ait quelque proportion avec le péché qu'on entend et avec le pécheur qui l'accuse. Il est certain que ce serait une pénitence bien légère qu*un Pater et un Ave pour un grand nombre d'adultères ou d'autres impudicités, ou bien un Miserere à celui qui a fait un grave dommage au prochain soit dans les biens, soit dans la réputation. De là s'ensuivrait le désordre signalé parle mèmeconcile, savoir : que les hommes perdraient l'horreur qu'ils doivent avoir pour le péché, le regarderaient comme peu de chose, et prendraient occasion de se livrer aux plus graves excès. Ainsi, les pénitences ne doivent pas être très-légères relativement au péché, comme aussi elles ne doivent pas être très-graves relativement au pécheur, afin qu'il ne soit point accablé sous un fardeau disproportionné à sa faiblesse. Il faut en conclure que le confesseur doit bien voir la pénitence qu'il doit imposer, et qu'on ne doit pas donner la même à tous, comme le médecin ne donne pas le même remède à tous les malades.

Le saint concile dit que, pour être salutaires et convenables, les pénitences doivent être imposées selon l'esprit du Seigneur et la prudence de son ministre. Comment donc se fait-il qu'on les donne avec si peu de réflexion ? Que certains confesseurs imprudents apprennent de là à ne pas imposer des pénitences extravagantes et indiscrètes. J'entends par pénitences extravagantes toutes celles qui s'éloignent de l'usage ordinaire de l'Église et de la pratique commune des bons et savants confesseurs. Afin de jeter quelque lumière sur ce point, qui, du reste, est laissé tout entier à l'arbitre du confesseur, je ne connais pas de règle plus sûre que de suivre le style de la sacrée Pénitencerie. Pour despéchés occultes, quoique très graves, elle ne fixe d'autres pénitences que des prières, des jeûnes, des aumônes, si on le peut, et la fréquentation des sacrements : ses rescrits en font foi.

Or, la sacrée Pénitencerie étant un tribunal apostolique qui juge au for de la conscience, tous les confesseurs doivent la prendre pour règle de leur conduite dans ce même for intérieur. Par là ils éviteront encore un autre écueil, savoir : de donner des pénitences indiscrètes, comme serait, par exemple, d'imposer à des domestiques d'entendre des messes ou de faire d'autres œuvres dont souffrirait le service de leurs maîtres; à une femme

enceinte ou qui nourrit, de jeûner pendant plusieurs jours ; à une jeune personne d'aller visiter une église éloignée et solitaire ; à une femme mariée de faire certaines austérités corporelles qui peuvent déplaire ou donner des soupçons à son mari, ou d'autres pénitences semblables qui ne conviennent point au pénitent, soit à raison du temps, du lieu, de Tàge, de l'état et des forces corporelles, à quoi on ne fait pas attention.

Mais quelle pénitence faudra-t-il donc donner ? Il semble qu'il soit de règle générale de choisir celles qui sont opposées aux péchés commis, comme Taumône aux avares, aux sensuels quelque peine afflictive, et ainsi des autres. Généralement parlant, les meilleures sont celles qui, tout en punissant le péché passé, préservent encore le pénitent du péché futur. Si donc le pénitent est récidif, il sera bon que la pénitence dure un certain temps : Nedum advulnus curandunij sed eiiam adeicatricem sanandam ^ , suivant Texpression de saint Chrysostome. En effet, on guérit plus facilement le vice en répétant l'application du remède : aussi nous voyons que telle est encore la conduite de la sainte Pénitencerie. Elle ne donne pas des pénitences de plusieurs années, si ce n'est dans des cas très-rares ; mais bien de quelques jours, d'autres fois même de plusieurs mois, suivant le besoin du pénitent.

Pour en venir à la pratique : lorsque vous aurez entendu la confession du pénitent, vous lui ferez une courte mais fervente exhortation, lui mettant sous les yeux la gravité de ses fautes, et, suivant le conseil de saint Charles, lui citant les canons pénitentiaux, et lui donnant connaissance des pénitences rigoureuses, imposées anciennement pour un seul des péchés qu'il a commis. Puis, vous ajouterez avec douceur : Il est certain que vous mériteriez une pénitence beaucoup plus grave ; mais je me contente d'une plus douce. C'est ainsi que vous le disposerez à la recevoir volontiers. Les pénitences les plus convenables à mon avis, excepté certains cas extraordinaires, sont les suivantes, non pas toutes à la fois, mais tantôt l'une et tantôt l'autre, ou bien plusieurs ensemble selon la qualité des personnes et les besoins particuliers de chacun. Difenes sortes 413. — l"" Si le pénitcut a commis un grand nombre de péde péDitence. ^jj^g mortcls, il scra très convenable de lui imposer pour péni-

1 s. Joan. Ghrys., Homil. % in Psal. 50.

MJLNUBL DES CONFESSEURS. 4S{

teace de .réciter, pendant huit ou quinze jours, la troisième partie du Rosaire, mais de la réciter avec componction, en priant la très-sainte Vierge de lui obtenir le pardon des péchés passés et la grâce de ne les plus commettre à Tavenir ; s'il a été habitudinaire et qu'il fasse une confession générale nécessaire, ou pour avoir caché des péchés par honte ou par tel autre motif, on peut prolonger la même pénitence pendant deux ou trois mois plus ou moins, suivant la qualité de la mauvaise habitude. Par là il arrivera bien souvent que le pénitent prendra l'habitude de réciter le saint Rosaire chaque jour et n'y manquera plus, au grand bien de son âme, pendant le reste de sa vie.

i"" fie réciter soir et matin trois Ave Maria^ en l'honneur de rimmaculée Conception de la sainte Vierge, avec un acte de contrition ; et de les accompagner, le matin, d*une très-ferme résolution de ne pas pécher pendant le jour, et, le soir, de ne pas pécher pendant la nuit, en lui imposant de les réciter à genoux ou dans une posture incommode. On peut donner cette pénitence salutaire à tous sans exception, car elle est un préservatif efficace pour guérir les âmes de leurs mauvaises habitudes. Je voudrais être entendu de tous les confesseurs, pour les prier de l'imposer à leurs pénitents pendant le temps qu'ils jugeront convenable ; ils en retireront le plus grand fruit, comme le prouve l'expérience.

S"" fi'entendre tant de messes, pourvu que cela ne Tempéche pas d'accomplir ses devoirs^ ainsi que nous l'avons dit plus haut, en l'engageant à les entendre les jours de fête, lorsqu'il le pourra plus commodément.

4"* fie faire, chaque matin, l'acte d'offrande de toutes ses peines et de toutes ses actions, ou tel autre exercice chrétien qui renferme les actes de foi, d'espérance et de charité ; et chaque soir, l'examen de conscience, en ayant soin de lui fixer le temps que doivent durer ces pratiques.

S"" fie réciter chaque jour, pendant un certain temps, cinq Pater et Ave en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, s'arrétant à chaque plaie pour penser à la passion du Sauveur ; de visiter tant de fois une église, pour laquelle il aura une dévotion particulière ; de lire, s'il en est capable, pendant quelque temps, un livre de piété. Toutes les pénitences dont nous avons parlé jusqu'ici peuvent s'imposer aux pénitents, de quelque

conditioD qu^Is soient. On doit les avertir que, s'ils oublient de les faire au jour marqué, ils ne s'en fassent pas de scrupule, pouvant les suppléer un autre jour, et que si, par quelque raison, ils ne pouvaient les faire, ils ne croient pas commettre ane faute grave. De cette maniera, la conscience du pénitent n*est point enchaînée, bien qu'on prolonge le traitement dont il aune extrême nécessité.

Il en est d'autres qu'on enjoint ordinairement à certaines per sonnes qui sont dans des états particuliers ; par exemple, à un ecclésiastique ou à une personne instruite, de faire la méditation certains jours, pendant une demi-heure ; à celui qui jouit d'une certaine santé et qui n'a point d'obstacles, de jeftner le samedi pendant quelque temps ; à un chef de maison, de faire réciter le chapelet tous les soirs à sa famille ; à un blasphémateur, de faire tant de signes de croix sur la terre avec la langue ; à un ivrogne, qu'il se prive de vin tant de fois ou qu'il le boive trempé d'eau ; à certaines personnes ignorantes, il convient de donner des pénitences qui ont quelque chose de plus sensible, par exemple, de leur faire réciter quelques Pater et Ave sur une tombe, en pensant qu'elles mourront bientôt. Néanmoins, souvenez-vous de Tobservation que nous avons faite plus haut, savoir, que le confesseur ne doit jamais donner de pénitences extravagantes et indiscrètes, capables d'éloigner les fidèles des sacrements et de déshonorer le saint ministère. Fautii incliner 4^4^ — ()„ ^ coutumc do fairo cette question : Yaut-il mieax

vers la douceur , , ?. 1/***»

ouTersiaié- donner une pénitence grave quune pénitence légère? Je ré- Térité? ponds que, sauf les règles générales indiquées plus haut, il vaut mieux incliner vers la douceur, surtout si le pénitent n'acceptait pas volontiers une pénitence plus forte ou s'il ne se croyait pas en état de l'accomplir. Dans ce cas, on peut la changer ou l'imposer, comme nous l'avons dit plus haut, sans obligation de faute grave. J'excepte le cas où il s'agit de certains pécheurs ré* cidifs et habitudinaires. Avec eux, il faut user d'une plus grande rigueur, et, comme dit un très-habile casuiste, les laisser plutôt exposés au danger d'omettre la pénitence, quam nepeccata conr temnendOj ea sœpius perpètrent et sine légitima dolore canfi-^ teantUTy qtiod in talibtis smpe timendum est ^. Toutefois il y a des circonstances où le confesseur peut et doit

1 Conink, De Sacram,^ dist. 10, dab. 8, n. 73.

élargir la main, et donner des pénitences plus légères, surtout lorsque le pénitent a une grande horreur de ses péchés. Alors, suivant saint Thomas, la pénitence peut diminuer à proportion : Quanio est major contritio^ tantomagisdiminuitdepœna, et mû noris pœnœ fit debitor^. Souvenez- vous de cet exemple que nous lisons dans la Vie de saint Vincent Ferrier. Ce saint imposa une pénitence austère de trois ans à un grand pécheur. Touché d'une vive douleur, celui-ci répondit que c'était trop peu. Le saint l'abrégea aussitôt, etde troisansla réduisit à trois jours. Le pénitent le pria, le supplia de l'augmenter, disant qu'avec une si petite pénitence, il craignait de ne pas se sauver. Le saint la diminua encore et la réduisit à trois Pater et trois Ave. A l'instant même, le pénitent mourut par un excès de con< trition, et l'on vit son àrae monter au ciel, sans passer par le purgatoire.

Mais, pour ôter toute espèce de scrupule, soit aux pénitents, soit aux confesseurs, sur l'imposition ou l'acceptation des pénitences plus ou moins légères, il suffit de faire usage des indulgences. Telle est la doctrine de S. Thomas : Quod itidulgentim valent^ et qtumtum ad forum Ecclesim, et quantum adjudicium Deiy ad remissionem pssnâs residux post contritionem et confessionem ^. Ainsi, tout le monde convient que, dans un temps de Jubilé ou dans une occasion où le pénitent peut gagner une indulgence plénière, on peut donner une pénitence plus légère, qui néanmoins demeure proportionnée, à raison des mérites de Notre-Seigneur, appliqués à la rémission de nos péchés parle trésor de l'Église. C'est pourquoi, dans toutes nos missions nous établissons le saint exercice du chemin de la croixy auquel les souverain» pontifes ont attaché les plus grandes indulgences. Par ce moyen, on facilite aux pénitents l'expiation de leurs péchés, et on donne aux confesseurs la faculté d'être plus indulgents dans l'imposition de la pénitence.

En effet, il y a deux raisons qui font du chemm de la croix une des plus précieuses pénitences que les confesseurs puissent imposer : la première, par la valeur des indulgences, qui ôte entièrement le reste de la peine qu'on devait subir en purgatoire ; la seconde, par le souvenir de la passion de Notre-Seigneur, qui est, non-seulement satisfactoire^ comme dit Blosius,

1 In 4, dist. 15, q. 1, a. 3. — » in 3, dist. 20, q. 1, a 3.

454 MANOBL DES GOiNFBSSEURS.

puisque penser dévotement à la Passion, ne fût-ce quependafit un temps bien court, est une œuvre plus profitable et plus méritoire que de jeûner au pain et à Teau, prendre la dicipline jusqu'au sang et réciter tous les psaumes, mais qui est aussi le préservatif le plus puissant contre les rechutes. Je supplie donc tous les confesseurs de se servir d'un si grand trésor, pour enrichir leurs pénitents de grâces et de mérites, en leur imposant la salutaire pénitence de faire un certain nombre de fois le chemin de la croix. Après cela, qu'ils ne se tourmentent pas pour savoir si les autres pénitences sont proportionnées ou non : celle-là seule tient lieu de beaucoup d'autres.

Ils auront soin également de ne pas user d'une trop grande rigueur, lorsque le pénitent fait une confession générale de conseil, et seulement pour sa plus grande utilité ; soit parce que le pénitent a d'ordinaire une contrition plus vive, soit parce que, n'étant pas obligé de confesser tous ses péchés, le confesseur n'est pas tenu de lui imposer une pénitence proportionnée à leur énormité, puisqu'ils ont déjà été confessés. Quant aux pénitences conditionnelles qu'on a coutume d'imposer aux récidifs, comme de jeûner ou de faire l'aumône à chaque rechute, il en est qui les approuvent, tels que Diana et d'autres. Mais ici deux observations nécessaires : la première, qu'elles ne soient pas trop difficiles ; autrement elles ne se font pas. Or, une fois que le pénitent y a manqué ^ il s'imagine avoir violé la promesse donnée à son confesseur, se décourage et recommence à pécher sans retenue. La seconde, c'est qu'il est des pénitents qui regardent ces pénitences comme un impôt ; et, pourvu qu'ils payent l'impôt, en faisant leur aumône, par exemple, etc., ils continuent de pécher comme auparavant.

Ainsi, il faut apporter ici beaucoup de réserve et de circonspection, et bien instruire le pénitent sur la manière d'en faire usage. Le confesseur aura encore plus soin d'éviter, lorsqu'il impose aux pénitents des aumônes ou des messes à faire célébrer, de ne jamais les demander pour lui, ni pour son église, ni pour son couvent. H doit laisser tout cela au libre arbitre du pénitent, comme le prescrivent plusieurs conciles. Je termine en vous engageant à parler souvent, dans vos conférences ordinaires, de la manière de vous conduire avec les pénitents, afia d'avoir une direction uniforme, soit pour imposer les péni*

MANUEL DBS CONFESSEURS. 455

teoces, ou pour donner des avis, ou pour régler les autres choses nécessaires à la nourriture des âmes ; et soyez certains que vous en retirerez les plus grands avantages.

415. (Saint Charles, p. 57-62.) — De ce que nous avons dit, *««*«• * «<» concluez que le confesseur doit être fort discret, lorsqu'il ordonnera quelque satisfaction ou qu'il imposera quelque pénitence, afin qu*il ne les impose pas si légères que la puissance des chefs en demeure méprisée, ou qu'il ne participe pas aux péchés de ses pénitents. Il ne doit pas aussi en imposer de si rudes, ou de si longues, que les pénitents refusent de les exécuter, ou, les ayant acceptées, ne les accomplissent pas entièrement. C'est pourquoi le confesseur doit savoir les canons pénitent iaux ^, parce qu'encore que les pénUencesptdssent et doivent être modérées par la prudence et la discrétion, selon la contrition qu'il remarquera dans le pénitent, la qualité et la différence des personnes, et les autres circonstances qui se peuvent rencontrer, il est bon néanmoins qu'il observe toujours les canons, et qu'il s'y conforme comme à des règles, autant qu'il le Jugera expédient : et, quoiqu'il n'impose pas la pénitence ordonnée par les anciens canons, il faut néanmoins qu'il avertisse souvent le pénitent pour le porter à une plus grande contrition de ses péchés, et accomplir avec plus d'affection une moindre pénitence qu'il lui aura ordonnée, l'exhortant à profiter de la douceur dont rÉglise use aujourd'hui avec lui, qui adoucit en sa faveur la sévérité de son ancienne discipline.

Qu'il fasse aussi en sorte que les satisfactions soient proportionnées aux péchés commis, imposant, par exemple, pour pénitence des péchés de la chair, des jeûnes, des veilles, des pèlerinages, des cilices, et choses semblables, qui puissent macérer et fortifier la chair. Pour les péchés d'avarice, outre les restitutions auxquelles les pénitents seront obligés, il ordonnera des aumônes conformément aux commodités d'un chacun. A la superbe, et aux autres péchés de l'esprit, il est bon d'imposer des prières, par lesquelles l'ème, s'humiliant devant Dieu, obtient la force et la vigueur nécessaires pour y résister. Il doit imposer pour pénitence à ceux qui auraient négligé d'apprendre les choses que tous les chrétiens sont obligés de savoir, d'ouir les pré-

1 On les trouvera à la fin de cet ouvrage tels qulls sont rapportés par saint Charles dans ses Avis aux Confuseurs,

dicatioDs, d*aller au moins durant un certain temps aux écoles de la doctrine chrétienne. Il ordonnera à ceux qui sont indéTOts etnesont pas fervents dans les choses qui concernent leur salut, de visiter souvent les églises, d'assister aux offices divins, et d'être assidus dans l'exercice de Toraison. Suite. 4j|g — Il jjQit particulièrement imposer de rudes pénitences

aux blasphémateurs, selon la qualité de leur crime, se confor^ mant à la disposition des sacrés canons, des décrets des papes, du concile de Latran, et autres ordonnances de nos conciles provinciaux. Le confesseur néanmoins doit agir avec prudence^ ayant égard à la qualité des personnes ; de sorte qu'il ne doit point enjoindre aux pauvres de faire des aumônes, ni imposer ordinairement des jeûnes à ceux qui gagnent leur vie par leur propre travail, et garder la même conduite en l'imposition des autres pénitences. Qu'il prenne garde à n'absoudre les pécheurs publics et scandaleux, sans leur imposer une satisfaction publique, et une pénitence proportionnée à leurs crimes ; afin que, se corrigeant eux-mêmes, ils satisfassent aussi au scandale qu'ils ont causé aux autres, conformément au concile de Trente', et à ce qui a été ordonné sur ce sujet par le premier et le troisième de nos conciles provinciaux, et à ne point changer les satisfactions, ni ces pénitences publiques, en d'autres secrètes, sans en avoir notre expresse permission.

Et, afin que le confesseur soit plus libre de faire ce quïldoit envers le pénitent, et avec cela plus autorisé en toutes choses qu'il lui ordonnera pour son salut, il doit non seulement s'éloigner de toute sorte d'avarice, mais encore éviter tout ce qui en peut donner le moindre soupçon, et particulièrement qu'il ne demande pas même par signe, de l'argent, ou quelque autre chose que ce soit dans la confession ni à son occasion. Mais au contraire, qu'il témoigne, autant qu'il pourra, non seulement par ses paroles, mais bien davantage par ses actions, qu'il abhorre semblables choses. Quand pour pénitence il ordonnera de faire dire des messes, il doit prendre garde à ne les appliquer directement ou indirectement à soi, à son église ou à son monastère. Il gardera la même conduite lorsqu'il sera obligé d'ordonner des satisfactions pour des dettes incertaines, pour le changement de vœux, ou pour choses semblables.

> Sess. XXI, c. Mil.

Il se doit encore moins charger d'argeat ou d'autre chose pour restiluer, sinon que ce fût nécessaire pour ne découvrir pas le pénitent ; et, en ce cas, il aura soin de retirer un reçu de celui à qui il aura fait la restitution, pour le remettre entre les mains du pénitent; et, enfin, il se conduira de sorte qu'il évite tout ombrage et toute apparence d'avarice. Cest pourquoi, si le curé rencontre quelqu'un de ses paroissiens qui soit évidemment son débiteur, soil à l'occasion des dîmes, prémices ou chose semblable, lequel n'ayant point dessein de le satisfaire, et auquel, par conséquent, il ne peut en conscience donner Tabsolution, se présente néanmoins pour la recevoir, plutôt que de la lui refuser dans cette occasion où son intérêt particulier est mêlé, il doit le renvoyer à un autre confesseur, auquel il doit laisser le soin d'agir en cela avec ce pénitent et comme lui dictera sa conscience.

417. (Saint François de Sales, n* 629.) — Le confesseur doit comment u faut imposer la pénitence avec des paroles douces et consolât oires, ^^iteneè.^ surtout quand il voit le pécheur bien repentant, et lui doit toujours demander s'il ne la fera pas volontiers ; car, en cas qu'il le voie en peine, il ferait mieux de lui en donner une autre plus aisée ; étant beaucoup meilleur pour l'ordinaire de traiter les pénitents avec amour et bénignité, sans toutefois les flatter dans leurs péchés, que de non pas les traiter àprement. Et néanmoins il ne faut pas oublier de faire connaître au pénitent que, selon la gravité de ses péchés, il mériterait une plus forte pénitence, afin qu'il fasse ce qu'on lui enjoint plus humblement et dévotement.

Les pénitences ne doivent pas être embrouillées et mélangées de diverses sortes de prières et oraisons, comme, par exemple, de dire trois Pater , une hymne, des oraisons, des collectes, des antiennes, des psaumes; ni ne doivent point être données en variété d'action, comme, par exemple, de donner trois jours l'aumdoe, déjeuner trois vendredis, défaire dire une messe, de se discipliner cinq fois ; car il arrive deux inconvénients de cet amas d'actions et d'oraisons : Tun que le pénitent n'en oublie, et puis demeure en scrupule ; l'autre, c'est qu'il pense plus à ce qu'il a à dire ou à faire, que non pas à ce qu'il dit ou fait ; et cependant qu'il va cherchant en sa mémoire ce qu'il doit faire, ou dedans ses Heures ce qu'il doit dire, sa dévotion se refroidit.

Il est donc mieux d'enjoindre des prières tout d'une même sorte, comme tout des Paier, ou tout des psaumes qui soient de suite, qu'il ne faille pas aller chercher çà et là les uns après les autres; et même il sera bon de donner quelques-unes de ces choses en* pénitence, comme de lire un tel ou tel livre, qu'on juge propre pour aider le pénitent, de se confesser tous les mois un an durant, de se mettre d'une confrérie, et semblables actions, lesquelles ne servent pas seulement de punition pour les péchés passés, mais de préservatif contre les futurs.

418. (Prêtre sânctipiA, n* 35.) — Parmi les obligations que confc^i^'^né- ^ous dcvcz imposor au pénitent, il en est une fort importante : '"fcsTuVadt" ^'®^* la confession générale. Vous devez quelquefois Tobliger à que^^eroi» hn- la faire, d*autres fois seulement de lui conseiller. Je vous en parposer. j^pi^i ^^ numéro suivant. Mais, en qualité de médecin, vous devez : i"* la lui faciliter en lui indiquant la manière de s'examiner et de s'exciter à la contrition. Voyez ce que je vous en ai dilau n"" 3i ; 2* avertissez-le de séparer de sa confession générale les péchés commis depuis la dernière confession particulière, et qui n'ont pas même été accusés, et de les dire au commencement ou à la fin de la confession générale. La raison en est qu'il est très utile, pour mieux appliquer les remèdes, de connaître, non seulement les maux passés, mais encore l'état actuel et les maladies présentes de son âme ; S"" pour les ignorants, lisez les excellents avis que vous donne le Père Seigneri appuyé sur d'autres auteurs^. « Si le pénitent, dit-il, à cause de son peu de capacité, n'avait expliqué dans ses confessions précédentes le nombre de ses péchés que d'une manière confuse, comme font les ignorants, il n'est pas nécessaire pour cela de le lui faire répéter avec plus d'exactitude ; car ces péchés, -expliqués ainsi confusément, ont été directement remis, et il n'est pas nécessaire de les découvrir de nouveau. »

Néanmoins si le pénitent, aidé par vous, en connaissait actuellement le nombre avec plus d'exactitude, il devrait alors les accuser de nouveau. Mais ordinairement cela n*arrive pas à ces sortes de personnes^ et dans leurs confessions, soit ordinaires, soit générales nécessaires, vous pouvez, par des interrogations, obtenir en peu de temps beaucoup plus de connaissance sur leurs péchés, leur nombre, leurs circonstances,

MANUEL DBS CONFESSEURS. 459

qu'eux-mêmes ne pourraient vous en donner après un trèslong examen. Ne vous effrayez donc pas s'ils se présentent à vous mal préparés ; si vous les renvoyez, il arrive souvent qu^iis se troubleront et ne reviendront plus.

Ainsi interrogez-les, et ordinairement ce sera avec un tel succès, que vous pourrez les absoudre dès le jour même, ce qui leur sera beaucoup plus avantageux et plus agréable. Si vous ne Je pouvez, vos interrogations seront pour eux un engagement à revenir au temps que vous leur avez prescrit ; 4"* mais voulez-vous que les confessions générales soient véritablement utiles à ceux qui les font, ne vous contentez pas de les instruire et de les engager à s'y préparer avec un soin particulier, persuadez-leur bien de remercier pendant quelques jours Dieu et leur saint 'protecteur du secours qu'ils en auront reçu, afin que cette marque de gratitude leur obtienne la persévérance. 11 sera même fort à propos de recommander celte pratique pour les confessions particulières, qui sont toujours une action db grande importance, et qui demande des grâces spéciales.

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